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Alstom remporte un contrat de 190 millions d’euros sur la ligne 3 du métro du Caire
Alstom a remporté un contrat de 190 millions d'euros pour la signalisation et l'infrastructure d'une partie de la ligne 3 du métro du Caire Alstom fournira à son client, la National Authority for Tunnels (NAT), qui gère les 78 kilomètres du réseau, un système de gestion du trafic, ainsi que l'équipement de signalisation des stations, un système de ventilation, des ascenseurs et des escalators.
Au Caire, Alstom a déjà fourni ses modèles de train Metropolis ainsi que ses systèmes de signalisation pour les lignes 1 et 2, et des parties de la ligne 3.

Siemens implante le siège de son activité VAL à Toulouse
Le siège mondial de l’activité de métros automatiques VAL s’installera à Toulouse, regroupant une centaine de salariés éclatés aujourd’hui entre les sites de Châtillon (Hauts-de-Seine), Roubaix (Nord) et Colomiers (Haute-Garonne), a indiqué la direction de Siemens le 9 novembre. « A Toulouse seront progressivement réunies les activités de recherche & développement, d’ingénierie, de direction de projets et de maintenance liées aux projets clés en main de métros automatiques de la gamme Val, Cityval et Airval », a précisé Eric Cazeaux, directeur de la division Mobility de Siemens France. Le centre de compétences pour les automatismes de métros sans conducteur, qui emploie 400 personnes environ, restera basé à Châtillon.
Une cinquantaine de salariés a déjà pris possession d’une partie des 10 000 m² de locaux réaménagés dans le quartier de Basso-Cambo, au sud-ouest de Toulouse, non loin du siège de Tisséo, qui gère les transports urbains de la Métropole toulousaine, et de Nexter Electronics, à qui Siemens a confié en avril dernier la réalisation d'équipements électriques pour la future ligne B du métro de Rennes.
En faisant le choix de Toulouse, dont les élus ont décidé la construction d’une troisième ligne de métro, Siemens « s’appuie sur une filière industrielle toulousaine à la pointe sur les systèmes embarqués, comprenant de nombreuses PME avec qui nous sommes déjà en partenariat, comme Nexter Electronics ou Actia (qui travaille sur les automatismes du métro de New York) et sur un important vivier universitaire », explique Hervé de Lacotte, directeur de la Communication de Siemens Mobility.Catherine Sanson-Stern

Comment le « TER fou » a perdu ses freins
Ville, Rail & Transportss’est procuré la première expertise menée par l’EPSF, Bombardier et la SNCF, sur l’accident survenu à un AGC le 20 octobre, qui avait dérivé sur 19 kilomètres avant que le conducteur n’arrive à l’immobiliser. L’expertise révèle des fragilités aux extrémités et en partie basse du train. Elle a conduit au lancement de quatre études de faisabilité, portant aussi bien sur le renforcement du chasse-obstacle aux extrémités des rames, la protection renforcée des panneaux de frein, l’évolution des valves de purge et l’alimentation électrique des équipements de sécurité en mode dégradé. Enfin, une étude comparative est lancée sur des matériels roulants techniquement similaires à l’AGC, en particulier les rames Francilien et Regio 2N.
Rappel des faits. Le 20 octobre, le TER 848973 reliant Abancourt et Rouen est assuré par l’AGC Z 27674 – Z 27673, une rame automotrice articulée tri-caisse reposant sur quatre bogies. Après un arrêt à Formerie (Oise), le mécanicien aperçoit deux vaches sur les voies principales alors qu’il roule à 138 km/h et ordonne un freinage d’urgence quelques instants avant l’impact, générant la mise à l’atmosphère de la conduite générale et l’ouverture de la boucle de sécurité de freinage. Mais, suite au choc (côté motrice Z 27674), la rame se retrouve dans l’incapacité de freiner et entame une dérive de 19 km, avant que le mécanicien ne finisse par l’immobiliser au-delà de la gare de Serqueux.
C’est sur ce dernier site, ainsi qu’au technicentre Normandie, à Sotteville, que l’expertise a été menée par un représentant de l’EPSF (Etablissement public de sécurité ferroviaire), des représentants de Bombardier Transport, ainsi que des agents SNCF du Pôle Ingénierie de Nevers et du technicentre Normandie.
Visiblement, le carénage et l’attelage de la motrice ont pris le choc de plein fouet. Arraché de son support, le coupleur électrique a subi une forte dégradation mécanique, à l’origine de courts-circuits électriques, déclenchant des coupe-circuits qui à leur tour ont généré la perte de l’alimentation électrique 72 V en niveau de la motrice de tête. De ce fait, la descente des patins magnétiques, qui auraient dû assurer un freinage puissant suite à l’ouverture de la boucle de sécurité, n’a plus été possible. Parallèlement, la conduite principale a été arrachée lors du choc au niveau de l’attelage, faisant perdre l’alimentation pneumatique de l’ensemble de la rame.
Mais la collision ne s’est pas limitée au choc frontal : mêlés au ballast, les bovins sont ensuite passés sous la rame, endommageant les équipements installés sous caisses, dont ceux de freinage (tuyauteries, panneaux de frein…) Sous l’effet de la force exercée sur le panneau de frein du bogie de tête, les valves de purge ont été déclenchées, faisant perdre la capacité de freinage pneumatique de ce bogie moteur. Sur les deux bogies suivants, porteurs, les impacts sur la tringlerie ont également entraîné une purge, donc une perte de la capacité de freinage pneumatique. Enfin, même cause et même effet au niveau du bogie de queue (moteur) que sur celui de tête. Conclusion : sans capacité de freinage pneumatique, alors que les patins magnétiques ne pouvaient plus être activés faute d’alimentation électrique, il devenait dès lors impossible de freiner la rame…
P. L.
L’abonnement de transport urbain prend le train à Strasbourg
Il y a près de dix ans que la région Alsace évoque la création d'une « Carte Orange », en référence à l'ancien nom du passe Navigo francilien. Et que pas à pas de nouveaux titres intermodaux sont proposés Mais toujours pas d'équivalent à la Carte Orange, ce serait trop simple…
Fin 2006, la région Alsace lançait la carte Alséo ou la possibilité pour les abonnés au TER d'utiliser les trams et bus de Strasbourg (CTS) avec le même billet, mais moyennant un surcoût. Un nouveau pas sera bientôt franchi, puisque les AO annoncent maintenant qu'elles proposeront à l'automne 2016 aux habitants de l’Eurométropole de Strasbourg de « bénéficier de nouveaux abonnements valables sans surcoût sur les réseaux CTS et TER Alsace, sur le territoire de l’Eurométropole. »
Après 18 mois de travail, le président du conseil régional d’Alsace, Philippe Richert, celui de l’Eurométropole de Strasbourg, Robert Herrmann, et le maire de Strasbourg, VP Transports de l’Eurométropole, Roland Ries, « se félicitent de l’aboutissement de ce dossier, écrivent-ils dans un communiqué. Cette nouvelle facilité permettra aux habitants de l’Eurométropole, et notamment ceux des communes de la première et de la deuxième couronne de l’agglomération, de modifier leurs habitudes de déplacement et de réduire leur usage de la voiture, en profitant de deux réseaux de transport efficaces et performants. »
Les avantages tarifaires ne sont pas encore connus. Encore faut-il préciser que le nouveau dispositif, doit être soumis prochainement aux assemblées délibérantes des deux collectivités. Mais celles-ci se félicitent déjà du fait que ce titre vienne compléter la gamme tarifaire afin que « l’ensemble des usagers des réseaux CTS et TER bénéficient d’une formule leur permettant de se déplacer en toute liberté avec un seul titre de transport, pour un tarif compétitif sur le territoire de l’Eurométropole. »
De fait, avec 14 gares sur le territoire de l’Eurométropole, 24 nouveaux trains Régiolis adaptés aux parcours périurbains, des dessertes cadencées et des temps de parcours optimisés, le réseau TER Alsace fait en sorte de présenter une complémentarité avec le réseau urbain CTS. Car les deux AOT coordonnent constamment leurs offres de train, tramway et bus.
Ce nouveau progrès était réclamé depuis longtemps par l'Astus (Association des usagers des transports urbains de l'agglomération strasbourgeoise) : « Nous souhaitons que dans le périmètre des transports urbains de la CUS l’accès au TER et bus du réseau 67 soit autorisé avec les tickets et abonnements du réseau urbain de la CTS », peut-on lire sur son site. L'association reconnaît en effet « une grande efficacité » aux réseaux TER + CTS, mais qui serait « freinée par une tarification dissuasive ». Avec par exemple un trajet Vendenheim-Mairie – Homme-de-Fer qui prend 43 minutes en bus et coûte 1,50 euro, alors qu'en TER + tram il se fait en 21 minutes mais moyennant quatre euros pour l'achat des deux billets. Sa revendication est donc partiellement entendue puisqu'il n'est pas pour l'heure question de ticket unique mais d'abonnement unique.
Quant aux voyageurs qui empruntent les cars du Réseau 67, il leur faudra plutôt acheter l'un des multiples titres intermodaux (Alsa+ ou bien l'abonnement mensuel combiné bus-tram-car Réseau 67 ou encore un Europass s'ils vont prendre le bus à Kehl en Allemagne, etc.). Pour leur part, les Mulhousiens peuvent acheter d'autres titres combinés avec le réseau Soléa, à d'autres tarifs naturellement… Ajoutez à cela que sur leur carte Badgéo, les Strasbourgeois peuvent souscrire au Pass Mobilité, qui ne donne accès qu'au bus, tram, Vélhop' et aux voitures partagées Citiz, et l'on a immédiatement le sentiment que la fameuse « Carte Orange » aurait du bon… D'autant plus si l'on songe que l'Alsace se fondra au sein d'une grande région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Cette belle usine à gaz tarifaire va-t-elle croître ?
Deux associations d’élus unissent leurs forces
L’union fait la force, c’est bien connu. L’idée qui avait été lancée en 2012 par Michel Destot, alors président de l’Association des maires des grandes villes de France (AMGVF), d’un rapprochement avec l’association « cousine », celle qui regroupe les communautés urbaines de France (Acuf), est en passe de se concrétiser.
Le 6 novembre 2015, à Lyon, au cours d’une séance plénière « Le monde urbain, une chance pour la France », à laquelle le Premier ministre, Manuel Valls doit participer, le regroupement sera officialisé.
Une nouvelle association d’élus verra le jour avec une identité et une gouvernance renouvelées. Ainsi, Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse, président de Toulouse Métropole – et de l’AMGVF – devrait prendre la présidence de la nouvelle entité dont le nom sera dévoilé vendredi prochain. Tandis que Gérard Collomb, sénateur maire (PS) de Lyon, président de la métropole de Lyon et président de l’Acuf hériterait de la présidence déléguée. Côté gouvernance, entre conseil d’administration et bureau, 38 élus mèneront le nouveau groupement, qui comptera 99 membres répartis dans quatre collèges – métropoles et communautés urbaines, communautés d’agglomérations, villes-centres, et enfin, Ile-de-France.
Ces deux associations d’élus du monde urbain travaillant sur les mêmes questions et s’adressant au même public, leur fusion semble logique. Elles la qualifient toutefois d’« événement majeur » et d’« étape importante dans le processus de territorialisation induit par la réforme territoriale ». Elles ont aussi des problématiques communes, avec l’Assemblée des communautés de France (ADCF), avec l’Association des maires de France (AMF) ou encore celle des maires d’Ile-de-France (Amif)… pour ne citer qu’elles. Et selon l’une des parties prenantes, cette fusion est la première pierre d’un mouvement de convergence : d’autres rapprochements pourront s’opérer ensuite…
C’est aussi la promesse de parler plus fort et l’espoir de mieux se faire entendre. Et la première épreuve du feu, c’est pour demain, avec le dossier de la réforme de la dotation globale de fonctionnement (DGF), volet important de la réforme territoriale qui sera discuté cette semaine dans le projet de loi de finances 2016. Si à peu près tous les élus s’accordent pour dire qu’il faut toiletter un système qui, à force d’empilements, finit par produire des inégalités territoriales, nombreux sont ceux qui ont peur d’être perdants. En particulier dans un contexte de baisse de l’enveloppe globale annuelle de la DGF, alors que les charges des collectivités sont, elles, plutôt orientées à la hausse.
Le gouvernement souhaiterait décomposer la DGF en trois parts – une de base d’un montant égal pour toutes les collectivités, une « dotation de ruralité » et une autre « de centralité » pour les communes qui financent des équipements intercommunaux. Une philosophie qui ne sied pas aux associations de maires et d’Epci, qui souhaitent, de plus, que la réforme soit menée par Marylise Lebranchu, davantage que par Bercy…

Le face-à-face Bussereau/Savary. Faut-il faire le GPSO ?
Le Grand projet Sud-Ouest, qui n’avait pas eu l’assentiment de la commission d’enquête publique revient sur le devant de la scène à l’approche des élections. Bordeaux – Toulouse, Espagne : une ardente nécessité
Par Dominique Bussereau,
Député LR de Charente-Maritime, président du conseil général de Charente-Maritime, vice-président du Gart.La décision gouvernementale de réaliser une LGV au sud de Bordeaux, d’abord vers Toulouse puis vers l’Espagne est excellente. Mais que de temps perdu ! Après le rapport Duron que j’ai qualifié en son temps de décliniste, à cause du poids politique des Verts, de râleurs rabougris, (du genre « je suis contre car la ligne traverse ma circonscription »), de faux défenseurs de la viticulture, le gouvernement a mis trop de temps à se rendre à l’évidence : seul le contexte des élections régionales a permis d’accélérer cette décision !
Pourquoi faut-il impérativement réaliser au plus vite cette ligne nouvelle (je reviendrai plus loin sur son financement) ?
– D’abord pour Toulouse. La quatrième ville de France ne peut rester en dehors de la grande vitesse européenne. L’aéroport de Blagnac est maintenant enclavé dans l’agglomération et a besoin de nombreux créneaux pour des vols liés à l’activité industrielle d’Airbus. Blagnac ne peut donc pas accompagner suffisamment le dynamisme économique toulousain : quand une grève de pilotes (cf. en 2014) interrompt les liaisons avec Paris et le reste de l’Europe, c’est tout le système qui tousse.
Faut-il ajouter que lorsqu’ont été examinées sur un plan uniquement technique, les possibilités de construire un nouvel aéroport, dans un rayon de 100 km autour de la métropole toulousaine, tous les territoires envisagés sont entrés en rébellion ?
L’avenir de la capitale de notre industrie aéronautique passe donc par le ferroviaire et la LGV.
– Ensuite pour l’Espagne. Deux possibilités de raccordement ferroviaire existent, l’une de Barcelone vers Perpignan aujourd’hui desservie par une LGV aux débuts d’exploitation pour l’instant décevants, l’autre via le Pays basque où l’Espagne achève la réalisation des lignes nouvelles du fameux Y basque. Se relier à l’ouest de l’Espagne est pour la France une ardente obligation, confirmée par un traité diplomatique entre nos deux pays. Chacun comprend bien l’intérêt de relier Bordeaux, Toulouse à Bilbao et Madrid par un tracé ouest réalisé très majoritairement en LGV.
– Enfin pour asseoir économiquement la LGV Tours – Bordeaux. Le débat actuel entre la SNCF et Lisea, les interrogations et colères des élus, de Châtellerault à Bordeaux, de La Rochelle à Saint-Maixent, les demandes pressantes d’Alain Juppé et Alain Rousset, montrent à quel point la SNCF est sur le reculoir pour proposer une desserte de qualité. Pour atteindre le cadencement nécessaire, il faut pouvoir compter à terme sur le trafic supplémentaire induit demain par une desserte de Toulouse et après-demain de l’Espagne.
Les péages supplémentaires ainsi perçus par le concessionnaire, la venue de nouveaux opérateurs ferroviaires, dont la Renfe, sera un élément essentiel d’une bonne rentabilité de la LGV Tours – Bordeaux.
Reste l’essentiel, à savoir le financement de ces lignes nouvelles dont Virginie Calmels pointe à juste raison la difficulté.
Il est inutile de proclamer, comme le fait l’actuel gouvernement, que le financement (estimé ce jour à 8 milliards d’euros) ne peut être que public, après l’inepte et scandaleuse suppression de l’écotaxe qui handicape structurellement l’Afitf. Il faut donc obligatoirement utiliser à nouveau un partenariat public-privé dont les formes définitives restent à définir.
Il faudra aussi continuer à faire appel aux collectivités locales. Rappelons d’ailleurs que de très nombreuses collectivités au sud et au sud-est de Bordeaux se sont engagées dans le financement de Tours – Bordeaux car cette LGV était le préalable indispensable à leur future desserte. L’on me rétorquera que le système a échoué sur Tours – Bordeaux. C’est faux ! Si certaines collectivités ont suspendu leurs paiements, c’est parce que l’Etat n’a pas tenu parole :
– En arrêtant trop longtemps le projet à Bordeaux, alors que les collectivités suscitées avaient décidé de financer un projet d’ensemble Tours – Bordeaux, Toulouse et Sud-Est, Espagne.
– En laissant la SNCF proposer des fréquences ou des dessertes insuffisantes, parfois en recul par rapport à la situation actuelle.
Enfin faut-il rappeler que si les grandes régions, départements, intercommunalités ont été partenaires, Ségolène Royal, ministre en charge actuellement des Transports a donné un triste exemple en refusant tout financement de la région Poitou-Charentes.
Il faut donc réaliser vite ce projet fondamental pour les deux nouvelles régions, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon.
C’est aussi un projet majeur pour l’UE en reliant l’ouest de l’Espagne au reste du continent.
Il faut maintenant au plus vite définir les financements, fixer des délais et réaliser cet équipement fondamental.GPSO, la dernière LGV ?
Par Gilles Savary,
Député PS de la Gironde et ancien vice-président de la commission Transport du Parlement européen.
L'approche d'une élection est toujours prodigue ! Les prochaines élections régionales ne le démentent pas !
En quelques semaines les digues posées par la commission Mobilité 21 présidée par le député Philippe Duron, contre les risques budgétaires et ferroviaires du « tout-TGV » cèdent sous les brèches que ne cesse d'y ouvrir le gouvernement ! En 2013, la Commission, reprenant à son compte les conclusions alarmistes des audits de notre réseau ferré réalisés par l'Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne, préconisait de réorienter notre politique d'infrastructures ferroviaires au profit de la régénération du réseau, et ne retenait que la LGV Bordeaux – Toulouse comme chantier grande vitesse finançable avant 2030. Toutes choses égales par ailleurs…
Mais, depuis, le gouvernement a réaffirmé ses engagements pour le tunnel Lyon – Turin (8,5 milliards pour le seul tunnel central ; 26 estimés pour l'ensemble de l'ouvrage et de ses accès) et pour le Canal Seine – Nord (4,7 milliards) ! Et puis le gouvernement était déjà passé outre les mises en garde du Conseil d’Etat en signant le 11 janvier 2015 la déclaration d’utilité publique de la LGV à voie unique entre Limoges et Poitiers. Tous projets considérables qui n'entraient pas dans les figures imposées à la Commission Duron, et qui en brouillent les préconisations.
Depuis quelques semaines, les élections approchant, c'est la grande braderie LGV : en Midi-Pyrénées, les LGV Toulouse – Bordeaux, Montpellier – Perpignan, Toulouse – Montpellier se sont invitées au bal des promesses de la campagne électorale ! Le ministre des Transports a annoncé de son fief landais, que le gouvernement s'affranchirait de l'avis négatif de la Commission de l'enquête publique pour réaliser dans les délais prévus la LGV Toulouse – Bordeaux – Dax pour un coût estimé à 8,3 milliards d'euros !
Pour ce qui concerne le projet GPSO, ses objectifs visant à prolonger la LGV Tours – Bordeaux dans la vallée de la Garonne jusqu'à Toulouse, comme celui de rejoindre le « Y » ferroviaire basque sont incontestables ! Ils deviennent même pressants ! Mais ce qui risque de les compromettre, c'est cette obstination française pour un train techniquement remarquable, dont le modèle économique devient cependant un boulet, surtout quand il est utilisé en cabotage comme on en fait la promesse aux élus locaux pour leur extirper une participation à l’investissement.
Les accidents de Brétigny-sur-Orge et de Denguin ont confirmé la nécessité absolue de régénérer un réseau trop longtemps sacrifié au TGV et aujourd'hui dangereusement dégradé ! Le gouvernement en a pris la mesure, en augmentant, de moins d'un milliard par an sous Sarkozy, à 2,5 milliards sous Hollande la subvention annuelle de l'Etat pour la remise en état des infrastructures du quotidien ! Il faudrait un milliard de plus pour y parvenir en une décennie !
Partout en Europe, on a renoncé aux LGV au profit de trains à grande vitesse plutôt qu'à très grande vitesse. L'Allemagne a ainsi libéré cinq milliards d’euros pour régénérer son réseau, l'Angleterre quatre milliards de livres ! Chez nous, la réalisation des quatre LGV en cours de chantier augmentera mécaniquement la dette de notre système ferroviaire, de son record européen actuel de 44 milliards d'euros à 65 milliards en 2020. Une partie s'inscrira fatalement dans la dette maastrichtienne de l'Etat, puisque la SNCF ne cesse de déprécier ses actifs TGV sous l'effet d'une révolution des usages qui deviennent plus attentifs au prix et à la ponctualité des trains !
La ligne nouvelle Perpignan – Figueras est en quasi-faillite, et SNCF Mobilités prévoit d'emblée quelque 150 millions de perte de chiffre d'affaires entre Bordeaux et Paris à l'ouverture de la ligne nouvelle Tours – Bordeaux l'an prochain.
C'est précisément pour préserver l'avenir de notre système ferroviaire de telles inconséquences, que le Parlement a voté une « règle d'or » limitant les possibilités légales d'endettement de SNCF Réseau.
Pour un projet comme GPSO, vieux de 10 ans, le concours d'amour-propre qui consiste à exiger tout le TGV, et rien que le TGV, s'est traduit jusqu'à présent par rien de concret vers Toulouse et l'Espagne !
Alors que l'on vit une révolution des usages dans le transport de passagers, la faiblesse de ce type de projet est de rester fossilisé à l'époque Borloo-Bussereau ! Nul doute qu'il faut réaliser quelque chose qui ressemble à GPSO. Mais la plus grande faiblesse de ces projets, c'est de rester prisonniers d'une propension politique pour le prestige, de plus en plus décalée de notre époque, de ses moyens financiers, de ses besoins, et de ses mentalités ! Prisonniers surtout d'une gamme nationale de trains qui n'offre aucun choix intermédiaire performant entre le Régiolis et le TGV !
La plupart de nos aéroports n'ont heureusement pas attendu le Concorde pour développer leurs trafics !
Ils le doivent plutôt à leur lucidité à l'égard de l’évolution des usages en matière de mobilité !
Il serait peut-être utile d'en tirer les enseignements pour le rail d'aujourd'hui !
Bus électrique. Est-ce la bonne idée ?
La décision prise par le Stif, en décembre 2013, de passer au plus vite au bus électrique (et, de façon complémentaire, au GNV biogaz) en a surpris plus d'un. Etait-ce une lubie politique, une utopie verte ? Une méconnaissance de la réalité industrielle ? On a remarqué quelques moues dubitatives de constructeurs, entendu un murmure. Et ce murmure en substance disait : nous venons de passer à la norme Euro VI, plus propre que propre ! Mieux encore, nous proposons des bus hybrides… Quelle drôle d'idée de se mettre au tout-électrique alors que personne n'est prêt…
La décision du Stif concerne toute l'Ile-de-France. Elle très est ambitieuse. Car il s'agit en un premier temps de réduire de moitié les émissions de particules fines du parc de bus en deux ans, en s'appuyant en partie sur les bus hybrides… Rendez-vous pour ce premier résultat à la mi-2016…
Mais ce n'est qu'une étape et, au-delà, il s'agit donc de passer essentiellement au bus électrique. En Ile-de-France, la moitié du parc de bus (environ 4 500) est exploitée par la RATP. L'autre moitié l'est par les entreprises réunies dans Optile, où se côtoient des géants du transport comme Keolis et Transdev, et des entreprises familiales. Optile ne s'est guère manifesté. Même ses grands adhérents font un peu profil bas. Le poids limité de Keolis ou de Transdev en Ile-de-France ne leur donne pas la masse critique pour enclencher le processus. Ces grands groupes mondiaux peuvent certes échanger en interne sur les bonnes pratiques, confronter les retours d'expérience. Mais, en matière de bus électrique, à une exception notable près sur laquelle on reviendra, l'expérience internationale est assez faible. En France elle est inexistante.
C'est donc assez naturellement que l'Union des transports publics a adopté une position prudente le 8 janvier 2015, pour ne pas dire en retrait, ménageant la chèvre et le chou, ce qui est le lot des fédérations professionnelles. Et défendant avant tout le bilan environnemental des bus Euro VI. Position qui est aussi celle du groupement Réunir. Position que l'on peut comprendre en prenant en compte les investissements consentis pour passer à l'Euro VI.
Autant dire qu'en France, le passage au bus électrique sera lié à la stratégie de la RATP, qui apparaît comme la seule en mesure d'effectuer ce basculement. C'est naturel, dira-t-on, vu son poids, ses ingénieurs, son énorme savoir-faire industriel. Naturel ? Certes, mais il y a bien des années le retour du tramway est venu par la province, et que l'Ile-de-France a mis du temps à emboîter le pas, la RATP ne voulant alors entendre parler que de métro. Pierre Mongin, en sortant son plan Bus 2025, a relevé le défi du Stif. Il aurait pu traîner des pieds. Il a au contraire poussé des équipes qu'on disait récalcitrantes. Le PDG de la RATP souhaitait ainsi favoriser l'émergence d'une filière industrielle.
Car, en Europe, s'agissant des bus, l'électromobilité est encore balbutiante. Serait-ce dû au lobbying des constructeurs de bus ? A une simple inertie ? En tout cas, rares sont ceux qui mesurent l'énorme avance chinoise dans le domaine. On passe beaucoup de temps à nous dire en Europe que la technologie n'est pas mûre. Et à laisser entendre que les bus chinois ne sont pas à nos exigeants standards. Peut-être. Mais, à l'autre bout de l'Eurasie, ce ne sont pas comme de ce côté-ci quelques unités de bus électriques qui sillonnent les grandes villes. Ce sont des milliers. L'arrivée de BYD à Londres, la percée de Yutong et de Golden Dragon en France sont la sanction de cette avance technologique, voulue, programmée, soutenue par l'Etat chinois. Et d'une habileté politique qui se manifeste par des partenariats avec des Européens. Peut-on résister à la force de l'industrie chinoise ? Sans doute est-il encore temps, mais si l'on y parvient ce sera in extremis. Ce sera en grande partie le fruit d'une alliance inattendue entre un élu Europe Ecologie Les Verts et l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, Pierre Serne et Pierre Mongin. Ce sera peut-être aussi grâce à de nouveaux acteurs, comme Bolloré, venu au bus par la batterie. Ou à des constructeurs ferroviaires, Alstom, Bombardier ou Siemens, qui ont mis au point des procédures de rechargement issues de leur savoir-faire d'électricien comme de techniques utilisées pour les tramways. Ce sera sans doute aussi grâce au réveil des constructeurs traditionnels qui, volens nolens, se mettent à la technologie nouvelle, comme le montre Volvo à Göteborg (voir articles ci-dessous), ou comme on a pu le voir au grand salon Busworld, à Courtrai (voir articles ci-dessous). Mais on commence à mesurer à quel point le lobbying industriel des vieilles filières du diesel a freiné l'innovation en Europe… et affecté la santé de millions de gens. On le sait pour la voiture, et l'affaire Volkswagen restera dans l'histoire. Pour les bus, la question est posée.
L'électricité est-elle pour autant la solution ? Pas si simple. Ne fait-on pas passer un peu vite à la trappe l’hybride ? Donne-t-on au GNV biogaz toutes ses chances ? On n’aura de réponses à ces questions qu’après de longs tests qui ne font que commencer à la RATP. Ce qui semble acquis, avec l’électromobilité, c’est que la question des particules est résolue. Mais va se poser en aval la question du recyclage des batteries. Et surtout, en amont, celle de la production de l'électricité. Soit par les énergies fossiles, ce qui décale la question du CO2. Soit par le nucléaire, qui ne va ni sans risque, ni sans coûts. Soit par les énergies renouvelables. On les a longtemps moquées. Mais leurs coûts, selon des études concordantes, deviennent comparables à ceux du nucléaire, longtemps vanté comme peu cher. La route revêtue de panneaux solaires, dernièrement présentée par Colas, montre que l'innovation n'est pas morte en Europe. Et qu'on peut espérer une production « propre » de l'énergie nécessaire aux véhicules « propres ».F. D.
Quelles sont les villes pionnières en Europe ?
Pendant longtemps, la masse des batteries a restreint l’intérêt de la solution électrique aux seuls midibus. Sur un bus standard de 12 m, elles auraient occupé tant d’espace et pesé si lourd qu’il aurait fallu réduire significativement le nombre de voyageurs transportés. Aujourd’hui la donne, grâce aux progrès de la technologie, a radicalement changé. Les constructeurs commencent désormais à proposer des standards de 12 m, des articulés de 18 m, et même un véhicule à étage conçu pour le marché britannique. Ce sont des premiers matériels, voire des prototypes. Pourtant, des modèles circulent déjà. En particulier à Londres qui devrait devenir sans conteste, avant la fin de l’été prochain, la capitale européenne de l’électromobilité, puisqu’elle disposera du plus grand parc d’autobus à propulsion 100 % électrique. Après dix-huit mois de test de deux bus électriques BYD, TfL vient en effet de se déclarer officiellement très satisfait de cette exploitation, disant avoir apprécié à la fois le relationnel avec l’industriel chinois et son approche technique, essentiellement son choix de batteries du type fer-phosphate, considéré par TfL comme le plus pertinent. Le 29 juillet, l’autorité organisatrice londonienne a donc passé commande de 51 bus qui devraient être mis en service à partir du 27 août 2016, par l’opérateur London General (groupe Go-Ahead). 51 « single-deckers » (pour un montant global de 19 millions de livres) circuleront sur les deux lignes 507 Waterloo – Victoria et 521 Waterloo – London Bridge, héritières du célèbre réseau Red Arrow initié du temps de l’ancien London Transport. Les nouveaux autobus marieront un châssis et des équipements électriques de l’industriel chinois BYD (Build Your Dreams) à une carrosserie du constructeur britannique Alexander Dennis. Récemment, BYD aurait déclaré vouloir reproduire ce type de partenariat industriel pour de futures commandes sur le marché européen. Les deux véhicules intégraux qu’il avait fournis avec succès pour les dix-huit mois d’exploitation commerciale probatoire à Londres devraient donc demeurer l’exception. La carrosserie des 51 autobus appartiendra au type Enviro200 de dernière génération, récemment commercialisé par Alexander Dennis. Le constructeur, qui produit notamment le même véhicule en version intégrale avec motorisation Cummins, doit assurer la maintenance et les réparations sur site des futurs autobus 100 % électriques. Aptes à transporter 90 voyageurs, ces véhicules n’auront plus que deux packs de batteries fer-phosphate au lieu des trois mis en œuvre sur les exemplaires probatoires. Londres a d’ores et déjà décidé qu’en 2020 les quelque 300 « single-deckers » entrant dans la zone à zéro émission devraient tous être 100 % électriques. Il devrait donc rester environ 250 véhicules de ce type à fournir aux différents opérateurs londoniens.
A côté de Londres, on peut mentionner certaines villes européennes comme Vienne, Berlin, Brunswick, Göteborg, où l'électromobilité commence à percer. Des expérimentations sont lancées à Barcelone, Stokholm, Varsovie… Mais cela n'empêche pas d'avoir le sentiment d'une certaine frilosité européenne sur le sujet. Londres et Paris jouent leur rôle de métropoles mondiales. Londres est vraiment pionnière et Paris, avec la commande massive que préparent le Stif et la RATP, annonce un véritable changement de dimension.
Philippe HÉRISSÉFaut-il avoir peur des Chinois ?
La grande crainte, c'est que l'industrie chinoise ne s'impose sur le marché du bus électrique, avant que les Européens n'aient eu le temps de développer leur filière. Crainte fondée. Car si l'industrie du bus en Europe est naissante, en Chine elle est adolescente. C'est l'une des raisons de la stratégie arrêtée par Pierre Mongin, le précédent PDG de la RATP, conformément au vœu du Stif : lancer vite son entreprise dans l'aventure du bus électrique, dans l'espoir de permettre pendant qu'il est temps l'émergence par une grande commande publique d'une filière européenne capable de résister à l'industrie chinoise sur un marché ouvert. Les chinois sont déjà sur les marchés européens. On vient de le voir à Londres, avec la commande de 51 bus électriques à BYD allié à un carrossier britannique. En France, rappelons que deux constructeurs chinois ont déjà proposé leurs véhicules, qui seront testés par la RATP. Golden Dragon, associé au néerlandais Ebusco, propose un bus disposant, assure-t-il d'une autonomie de 300 km et capable de transporter 90 passagers.
Yutong, le géant mondial du bus, s'est pour sa part allié avec un industriel alsacien, Dietrich Carebus Group (DCG), pour proposer le ou les véhicules qui seront testés. Le Français assemblera les véhicules et il assurera leur maintenance. Les partenaires comptent bénéficier du retour d'expérience des 8 000 bus full électriques Yutong de 12 m qui roulent déjà en Chine, tout en proposant un véhicule répondant en tout point aux normes européennes (plancher bas intégral, ergonomie du poste de conduite sur spécifications françaises…), doté de batteries françaises (neuf packs de batteries sur le toit du bus) et assemblé en Alsace. Pour les batteries lithium-Ion, DCG a signé le 30 septembre un contrat de partenariat avec l'entreprise française Forsee Power dont le siège est en Seine-et-Marne. « Ce sont eux qui ont fourni les batteries à Heuliez, et EDF fait partie de leur actionnariat », fait valoir Laurent Gugumus, directeur général de DCG. Dès 2016, nos véhicules franco-chinois seront assemblés en Alsace et nous avons déjà des demandes pour une vingtaine de véhicules de la part d'autorités organisatrices françaises », poursuit-il.
Si les chinois sont déjà en Europe c'est parce qu'ils sont très fortement présents en Chine. Emmanuel Vivant, PDG de RATP Dev Transdev Asia, en témoigne : « Beijing, Shanghai, Guangzhou, Shenzhen, Nanjing, Hefei, Dalian… toutes les grandes villes chinoises sont en train d'introduire les bus électriques car il y a une demande, et un soutien par l’Etat avec des politiques de subventions qui varient en fonction des provinces. »
Plus d’une dizaine de constructeurs répondent à la demande. Les plus grands sont Yutong, Golden Dragon, BYD, Sunwin (Volvo Shanghai), Ankai. Plusieurs types de technologies ont été adoptés par les constructeurs, y compris la batterie de Lithium-ion (dont BYD est le leader mondial) ou le super capacitor. Trois types de rechargement sont très fréquemment mis en œuvre : le rechargement par borne au dépôt, le chargement rapide des batteries au terminus, le rechargement à l’arrêt par pantographe et borne aérienne. Les techniques sont assez éprouvées, et Emmanuel Vivant se souvient qu'en 2007, déjà, la JV chinoise de Volvo testait la solution du pantographe en station, considérée comme « futuriste » en Europe. Cela dit, l'appétit pour les technologies nouvelles n'empêche pas de conserver une technique éprouvée : les trolleybus sont restés très présents en Chine.
Quant aux bus électriques, ils s'imposent en masse. Yutong – de très loin le leader – a vendu en 2014 1 487 bus électriques sur le marché domestique chinois (21,8 % de ce marché). Si on compte les bus hybrides, le chiffre est de 6 823 (33,6 % de ce marché). Et le mouvement est en très forte croissance. Rien qu'en 2015, jusqu’à fin août, Yutong a vendu 21 583 bus de nouvelle énergie (électriques, hybrides) dont 7 295 sont des bus purement électriques.
Les autres sont plus faibles, mais loin d'être négligeables. En 2014 Golden Dragon a vendu entre 800 et 850 bus électriques en Chine, et BYD entre 600 et 650. Les autres constructeurs en ont chacun vendu entre 200 et 400 sur le marché domestique, toujours selon des chiffres communiqués par Emmanuel Vivant.
RATP Dev Transdev Asia exploite d'ailleurs un parc non négligeable en JV avec un partenaire chinois : 2 000 bus, dont une centaine électrique, dans la région de Nanjing.
Cet aspect massif du marché chinois donne un avantage aux industries d'Extrême-Orient. Alors qu'en Europe les constructeurs attendent de l'industrie automobile qu'elle effectue les grands progrès sur les batteries, en Chine, les constructeurs de bus ont la taille critique pour assurer eux-mêmes la R&D. Le seul Yutong dit Emmanuel Vivant, « a l'échelle pour gérer l'innovation et l'expérimentation ». Et l'un des constructeurs est particulièrement bien placé pour innover sur les batteries. BYD. Car c'est par la batterie que BYD est venu au véhicule électrique et au bus… Un modèle qui est en Europe celui du groupe Bolloré.F. D. et C. N.
Comment recharger les batteries ?
Recharge aérienne ou au sol ? Avec un pantographe s’élevant du véhicule ou descendant d’un mât ? En transmettant l’énergie par conduction ou bien par induction ? Petite promenade parmi les différentes solutions.
Sur un autobus 100 % électrique ou électrique-hybride, l’opération de « charge rapide » consiste à transférer, en un minimum de temps, une quantité d’énergie suffisante depuis l’extérieur vers le véhicule, en profitant du temps de stationnement aux terminus (par ailleurs « graphiqué » pour le repos du conducteur et la remise à l’heure en cas de retard antérieur), ou éventuellement lors d’un arrêt intermédiaire au milieu du parcours.
Les différents modes de charge rapide se différencient essentiellement par la localisation dans l’espace des installations fixes (aériennes ou au sol) et la nature de la transmission d’énergie (par conduction ou par induction). Historiquement, ce sont les installations aériennes, développées à l’origine sur des applications chinoises et américaines, qui sont apparues les premières. Elles n’ont d’intérêt que pour la transmission par conduction, qui représente, jusqu’ici, la part prépondérante des réalisations.
En Europe, la toute première charge rapide aérienne a été conçue pour Vienne. Dans la capitale autrichienne, Siemens a opté pour une courte section de ligne bifilaire, analogue à celle d’un trolleybus. Les véhicules sont équipés d’un pantographe unijambiste de type ferroviaire, dont les barres de frottement sur l’archet ont simplement été remplacées par un système à deux contacts. Les réalisations suivantes ne devaient pas reconduire cette approche linéaire, lui préférant un système de contacts pseudo-ponctuels montés sur un mât. Shanghai avait déjà expérimenté à grande échelle un tel système, mettant en œuvre deux rails courts, lors de l’exposition universelle de 2010. Là encore, le véhicule était équipé d’un pantographe qui montait pour venir au contact des deux rails.
Puis l’idée est venue, comme à Göteborg dans sa version actuelle, de faire migrer le pantographe des véhicules vers les stations. Cette conception, où le pantographe descend désormais du mât pour rejoindre des contacts sur la toiture, a le mérite d’alléger le matériel roulant. Ce qui augmente de facto son autonomie en diminuant sa consommation. Les parties mobiles se trouvent alors concentrées aux seules stations de charge, comme dans le système de tête chercheuse qu’avait développé, avant tout le monde, l’Américain Proterra pour un réseau périphérique de Los Angeles.
Quant aux installations fixes implantées au sol, elles sont directement dérivées d’applications ferroviaires. Le premier, Bombardier a proposé son système révolutionnaire Primove, qu’il avait d’abord développé pour l’alimentation continue des tramways en équipant, à titre expérimental, un tronçon de la ligne 3 du réseau d’Augsbourg. Et déjà l’industriel envisageait une version purement routière. Basée sur le principe du transfert d’énergie électrique par induction, la technologie Primove permet à des véhicules de se recharger quand ils sont en mouvement (recharge dynamique), ou bien lorsqu’ils marquent l’arrêt (recharge statique).
Pour des autobus, qui ne requièrent par définition que des puissances assez faibles et qui, de surcroît, ne sauraient respecter, en l’absence de guidage, une trajectoire stricte, c’est la recharge statique, avec stockage d’énergie à bord, qui s’impose. Quand un véhicule s’arrête au-dessus d’une station de charge dont la boucle inductive se trouve au demeurant noyée dans la chaussée, la bobine réceptrice installée sous le véhicule s'abaisse sans pour autant venir en contact avec le sol, et la transmission d'énergie par induction peut commencer. Le champ électromagnétique ainsi généré reste inoffensif pour le conducteur, les voyageurs et les passants. De fait, grâce à l'optimisation des fréquences de transmission utilisées et les protections mises en œuvre, les effets de ce champ demeurent très inférieurs aux valeurs limites établies par les normes européennes. Des autobus équipés de Primove circulent à Brunswick, et maintenant à Berlin. L’impact visuel en voirie est inexistant, mis à part une éventuelle armoire d’appareillage logeable dans le mobilier urbain, comme pour toutes les autres stations de charge.
L’autre système au sol, proposé par Alstom, se base sur la conduction. Dénommé SRS (Système de recharge statique par le sol), il dérive de l’APS (Alimentation par le sol). En terminus ou aux arrêts, le SRS se caractérise par la présence de plots sur chaussée, assimilables à de courts tronçons du rail de contact APS déjà utilisé à Bordeaux, Reims, Angers et Orléans. Un seul plot va suffire avec un véhicule ferroviaire, pour lequel le retour du courant s’effectue par les rails de roulement, mais il en faudra deux, bien sûr, avec un autobus. Le SRS utilise la même logique sécuritaire – aujourd’hui largement éprouvée – que l’APS pour vérifier la présence du véhicule. Une charge rapide en station dure vingt secondes. Le stockage de l’énergie à bord s’effectue dans des supercapacités. Les arguments d’Alstom pour avoir choisi le système par conduction résident dans la non-limitation de la puissance échangée, l’absence de refroidissement des équipements pour la conversion de puissance et la facilitation d’un bon fonctionnement de la climatisation. Le constructeur raconte avoir exploré, dans un premier temps, la voie concurrente de l’induction, mais pour finalement l’abandonner. Elle n’aurait, selon lui, pas permis de « passer », en statique, des intensités de 1 500 A sous la tension de 750 V (dont est capable le système SRS par contact), et qui sont requises pour des puissances supérieures à 1 MW en tramway. En revanche, pour un autobus, 350 kW devraient bien sûr suffire. Reste à savoir lequel de tous ces systèmes sera promis au plus bel avenir…Ph. H.
Le bus électrique revient-il plus cher ?
Acheter un bus électrique revient très cher. Selon les constructeurs, il faut compter entre 500 000 et 600 000 euros contre 250 000 euros pour un diesel. Exemple : le contrat signé par l'opérateur londonien London General (groupe GoAhead) pour 51 bus électriques avec le chinois BYD, allié au carrossier britannique Alexander Dennis, s'élève à 19 millions de livres, soit 26 millions d'euros, à peine plus que 500 000 euros l'unité. Pour compléter le tableau, il faut savoir qu’un hybride coûte un peu moins de 400 000 euros, un bus au gaz environ 300 000 euros et un bus à hydrogène près de 800 000 euros.
Mais pour pouvoir établir des comparaisons, il faut prendre en compte le coût de possession, qui couvre toute la durée de vie du matériel et comprend les coûts d’exploitation et d’amortissement. Aujourd’hui, il est très difficile de l'évaluer. La technologie démarre. Les nombres d’exemplaires produits demeurent encore très réduits, du moins en Europe. Un tout récent exemple montrerait sur l'ensemble de la durée de vie un rapport de 1 à 4 entre diesel et électrique sur la base du même véhicule de 12 m, en coup de possession. Mais l’industrialisation de la fabrication et l’arrivée de commandes conséquentes diminueront significativement ces écarts. Certes, les constructeurs chinois produisent déjà à l'échelle industrielle. Mais peut-on s'inspirer pleinement de leur expérience ? Laurent Gugumus, DG de Dietrich Carebus Group (DCG), distributeur des bus électriques Yutong en France suite à l'accord industriel signé au printemps, le confirme : « On a besoin de faire des tests supplémentaires pour connaître le TCO [ou coût de possession, NDLR], car les bus qui roulent en Chine ne sont pas comparables. Les Chinois n'ont pas la même culture de l'entretien que les Européens et font rouler les bus jusqu'à 250 000 ou 300 000 km par an, contre 50 000 en France. »
Ce sont surtout les futurs progrès sur les batteries qui devraient contribuer à l’abaissement des prix. En particulier tous les efforts qui pourront être faits pour améliorer leur autonomie. Il se dit que les bus de Montmartre reviennent quatre fois plus cher à l'achat depuis qu’on est passé à l’électrique : deux fois le coût à l’achat par bus, et deux fois plus de bus pour des questions d’autonomie. Le sujet de l'autonomie rejoint celui de la masse des batteries. Il faut alléger celles-ci et éviter de transporter plus de poids de batterie que de voyageurs, ce qui a aussi une incidence sur la consommation en énergie. Autre sujet majeur, leur durée de vie. De nombreux constructeurs nous disent qu’il ne faudrait pas changer de batterie plus d’une fois au cours de la vie d’un bus, qui dure en moyenne quinze ans, ce qui ne semble pas acquis. On attend beaucoup, pour parvenir à ces résultats sur les batteries de l'industrie automobile. « Ce sont les progrès qui seront réalisés sur les voitures électriques qui vont faire progresser les batteries en termes d'autonomie et de coûts », affirment de concert les industriels.
Toutes ces incertitudes n’empêchent pas Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus à la RATP de se dire « sûre que l'exploitation électrique sera moins chère ». Elle estime que la maintenance sera 20 % moins onéreuse « car il y aura moins d'entretien sur la mécanique, la boite de vitesse… ». Et pas de vidange, pas de pot, pas de filtre ! Mais quel sera le coût de maintenance des batteries ? Et celui de leur recyclage ?
Enfin, poursuit Marie-Claude Dupuis, « le coût de l'énergie électrique est moins élevé ». Une conviction « partagée » affirme-t-elle au sein de l'UITP. Et d’ajouter : « C'est pour cela que les hybrides ne peuvent représenter qu’une solution transitoire car avec deux moteurs, leur exploitation est beaucoup plus élevée du fait des coûts de maintenance. »
Mais les gains en coûts d'exploitation seront peut-être moins sensibles qu'on ne l'escompte aujourd'hui. Car la RATP n'est pas inerte avec son parc diesel. Elle estime avoir déjà réalisé d’importantes économies avec l’arrivée dans sa flotte des Euros IV : Marie-Claude Dupuis estime avoir gagné 25 à 30 % en coûts d'exploitation. « Avec Euro VI, nous bénéficierons de nouveaux gains, l'avenir dira à quelle hauteur », indique-t-elle. Une hauteur qui influera sur les bilans économiques comparés entre bus électrique et bus diesel.Marie-Hélène Poingt
Est-il plus facile à exploiter ?
Quel rapport entre le mode de traction d’un bus et sa vitesse commerciale ? En principe – et on le voit sur les métros à pneus – l’application de la traction électrique à des véhicules roulant sur pneumatiques leur donne des performances inégalables en termes d’accélération. Ces performances sont d’autant plus intéressantes que la ligne où circulent les véhicules présente de fortes déclivités. D’où une augmentation possible de la vitesse commerciale, avec pour conséquence une diminution des temps de trajet et du parc nécessaire…
« Effectivement, avant, c’était vrai », rappelle Pierre Debano, consultant spécialisé dans les transports publics : lors de l’arrivée du trolleybus bimode à Nancy, au début des années 1980, « on a pu constater que le mode électrique disposait d’une puissance installée instantanée plus importante qu’un bus diesel ». La comparaison était spectaculaire sur rampe de 8 %, que le trolley bimode avalait à 45 km/h en mode électrique, contre seulement 20 km/h pour les bus diesel !
« Mais depuis, il y a eu augmentation de la puissance des moteurs diesel », ajoute le spécialiste des transports. Même si « en théorie, on pourrait toujours obtenir une vitesse beaucoup plus importante en mode électrique, mais on dépasserait alors l’accélération de confort ! » A moins de faire tomber tous les voyageurs, les simulations indiquent que « l’on est dans un mouchoir de poche ». Et sur le terrain, que ce soit à Zurich ou sur les lignes majeures (indice C) de Lyon, les trolleybus sont exploités avec les mêmes vitesses commerciales que les bus diesels actuels.Patrick LAVAL.
Quelles sont les autres technologies d’avenir ?
Depuis des décennies, la filière hydrogène est présentée comme la technologie d'avenir, et à chaque fois on l'annonce « pour dans dix ans »… Le bus fonctionnant avec la pile à combustible est en effet considéré comme le « zéro émission » par excellence, puisqu'à la sortie de son pot s'échappe de la vapeur d'eau ! Seulement voilà, pas si simple de l'industrialiser, ni de stocker l'hydrogène en toute sécurité. Si bien que depuis le premier prototype canadien en 1994 (un moteur thermique alimenté par de l'hydrogène liquide), suivi du modèle MAN deux ans plus tard, conçu de manière hybride avec de l'essence et qui a circulé jusqu'en 1998 à Erlangen et Munich, il n'y a eu en réalité que des expérimentations.
La société canadienne Ballard a ainsi livré un modèle à motorisation électrique doté de la pile à combustible de type PEM à Vancouver fin 1992. Ce sont les industriels allemands, Daimler et MAN, qui ont été les plus actifs dans le domaine. Pour autant, les américains, les japonais – Toyota en tête – et les chinois se sont lancés dans l'aventure au début des années 2000. Le programme Althytude du Predit a également permis la mise en service en 2010 d'un modèle à l'hythane à Dunkerque. Selon l'association Afhypac de promotion de la filière hydrogène, « le bus à pile à combustible a aujourd'hui atteint sa maturité : en 2013, quinze pays, dont la France ne fait pas partie, l'exploitent malgré son coût encore élevé mais toutefois en décroissance régulière ». L'Afhypac lui prédit un développement rapide au vu de son impact environnemental nul.
Par ailleurs, dans le cadre du projet européen CHIC (Clean Hydrogen in European Cities), 56 bus à pile à combustible, principalement Evobus et Van Hool, circulent dans neuf pays (à Londres, Oslo, Milan ou Bolzano notamment), dont le Canada. En France, Cherbourg a prévu d'en faire rouler cinq en 2016. D'ores et déjà, les résultats sont jugés encourageants car on obtient la même flexibilité d'exploitation qu'avec un bus diesel, avec une autonomie de 400 km ou 18 heures moyennant une recharge effectuée en moins de 10 minutes. La consommation moyenne des bus étant de 8 kg d'hydrogène par 100 km.
Lors des dernières journées hydrogène dans les territoires – à Cherbourg en juin dernier – Nicolas Brahy, responsable du projet FCH JU (Fuel cells hydrogen Joint undertaking), assurait que « le prix des véhicules a chuté de 75 % en vingt ans, mais les prix actuels restent un obstacle à la commercialisation. Pour débloquer la situation, il faut atteindre 1 000 bus à hydrogène ». Pour l'heure, cinq industriels se sont engagés à produire des centaines de bus (Van Hool, Solaris, Evobus, Man-Skoda et APTS-VDL) en décembre 2014. 30 villes y ont répondu en signant une lettre d'accord officiellement remise à Violeta Bulc, la commissaire européenne aux Transports en juin 2015. Serait-ce l'amorce du décollage de la filière ?
Reste à garantir le ravitaillement d'une flotte de bus. Pour ce faire, le projet NewBusFuel a débuté cet été. Paradoxalement, les questions de sécurité liées au stockage sous forme gazeuse à 350 bars ne sont pas soulevées, ni par les conducteurs de bus ni par les voyageurs interrogés. En revanche, la majorité souhaite l'utilisation d'hydrogène vert, issu des énergies solaire ou éolienne. Les promoteurs de la filière soulignent toutefois que même quand l'hydrogène est produit par SMR, pour « steam-methane reforming », le bus permet d'éviter l'émission de grandes quantités de CO2.
A noter que le bus, tout comme son homologue au gaz naturel pour véhicule (GNV) stocke son énergie dans des bonbonnes en toiture. Le GNV reste par ailleurs une des filières propres, vu les derniers progrès des motorisations, et surtout s'il s'agit de biogaz. C'est bien pourquoi le Stif et la RATP misent aussi sur cette technologie, avec l'installation prévue de plusieurs sites de méthanisation en grande couronne, sachant qu'aujourd'hui, l'Ile-de-France compte trois sites d‘injection de biométhane (Chaumes-en-Brie, Ussy-sur-Marne et Sourdun).
En mai 2014, la RATP signait avec GDF Suez (devenu Engie) un accord de trois ans pour la mise en place de solutions d'avitaillement en GNV et BioGNV (issu de la méthanisation des déchets) à proximité des centres bus. Première mission : identifier les sites pour ces nouvelles installations. La RATP a prévu que le premier centre bus équipé soit celui de Créteil puisqu'il compte déjà un parc de 90 bus au gaz.C. N.
Au fait, la filière électrique est-elle vraiment propre ?
Zéro émission, certes. Mais quel est le bilan environnemental du bus électrique si l'on va en amont ? Si on ne s'en tient pas à la consommation de l'énergie électrique par les véhicules et qu'on regarde la production d'électricité ? Car comme le dit Michel Dubromel, de France Nature Environnement (FNE), « l'électricité n'est pas une énergie, c'est un vecteur ». Qui peut renvoyer aux sources d'énergie fossiles comme à l'énergie nucléaire ou aux énergies renouvelables.
On pourrait donc dire : le bus électrique est propre en Suède, où la moitié de l'électricité produite provient d'énergie renouvelable, mais beaucoup moins en Grande-Bretagne, où le thermique est prépondérant. Certes, où qu'il soit, le bus est à zéro émission et présente un avantage décisif par rapport à un bus diesel, pour le Nox et donc la santé de millions de gens. Mais il n'en va pas forcément de même pour l'émission de CO2. En France, en tout cas, vu la part prépondérante de l'électricité nucléaire, la contribution au CO2 est négligeable.
Mais le nucléaire n'est pas une mince affaire. Depuis Tchernobyl, Three Misles Island et Fukushima, on ne peut plus prétendre que le nucléaire est anodin. De plus, le vieillissement des centrales en France nécessite de forts investissements si l'on veut maintenir l'électricité d'origine nucléaire, coûts que les déboires de l'EPR de Flamanville conduisent à revoir spectaculairement à la hausse. Ce qui rend la production d'électricité renouvelable (solaire ou éolienne) compétitive par rapport au nucléaire. Et l'on n'est pas au bout des innovations. La route solaire présentée dernièrement par Colas (revêtement applicable sur les routes existantes composé de cellules photovoltaïques protégées par une résine) le montre spectaculairement. Les infrastructures nécessaires aux automobiles – et aux bus – peuvent contribuer significativement à la production nationale d'électricité…
Mais il n'y a pas que la production qui pose problème et il y a un sujet pour lequel l'innovation est attendue. Pour l'instant on n'a pas de solution et cela risque de devenir un sérieux problème : le recyclage des batteries des véhicules.F. D.
Mix électrique : la désunion européenne
Mix électrique en France en 2013
Nucléaire : 73,3 %
Hydraulique : 13,8 %
Energies fossiles : 8,1 %
Energies renouvelables (hors hydraulique) : 4,8 %
Mix électrique au Royaume-Uni en 2013Energies fossiles : 75,7 %
Nucléaire : 16,3 % de la production
Energies renouvelables : 7,5 %
Mix électrique en Allemagne en 2013Charbon : 45 %
Gaz : 15 %
Nucléaire : 15 %
Biomasse : 8 %
Hydraulique : 3 %
Autres énergies renouvelables : 12 %Mix électrique en Suède en 2010
Energies renouvelables : 55,3 %
Nucléaire : 38,9 %
Thermique : 5,8 %
Les arguments de la RATP en faveur de la recharge lente
La RATP a clairement fait le choix de la recharge lente de nuit pour les batteries qui équiperont à l'avenir ses bus électriques. La recharge s'effectuera donc dans les dépôts de bus. Plusieurs raisons sont avancées. D'une part, il serait très compliqué, explique la RATP, d'installer un réseau de fils électriques pour alimenter les stations et les bus dans la ville-musée qu'est Paris. Seconde justification : la RATP veut garder de la flexibilité. Or, un système de recharge en station serait trop rigide et ne permettrait pas de détourner une ligne en cas de travaux dans une rue par exemple.
« Nous avons entamé des discussions avec EDF pour raccorder nos dépôts au réseau électrique. EDF nous a clairement dit qu’ils sont totalement d’accord avec notre choix, souligne Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus de la RATP. Nos dépôts sont souvent des installations classées : il faudra au moins deux ou trois ans pour réaliser les infrastructures nécessaires. Nous aurons une idée sur le calendrier et les coûts vers la fin de l’année », ajoute-t-elle.
Pour permettre ces raccordements, il faudra aussi faire évoluer la réglementation et les normes de sécurité. « L’administration voit le plan bus de la RATP comme une opportunité pour faire évoluer la réglementation et aller vers la transition énergétique », estime-t-on côté RATP.
Selon de bons observateurs, qui ne sont pas convaincus par ces seuls arguments, la RATP pourrait avoir d'autres raisons moins avouables d'être aussi attachée à une recharge la nuit dans ses dépôts de bus. La Régie est la seule à disposer de dépôts de bus dans la capitale, rappellent-ils. Développer un système de recharge dans les dépôts serait un moyen de gêner la concurrence dans les bus lorsqu'elle sera possible en 2019… Mais si les dépôts sont considérés comme des « facilités essentielles », la RATP serait tenue de les ouvrir à la concurrence.
Si la RATP envisage de compléter au besoin les installations électriques en terminus de ligne, ce sera uniquement en grande banlieue « pour des lignes spécifiques qui ont besoin de rouler sur grandes distances ». Le biberonnage sera aussi testé, a indiqué Elisabeth Borne, la présidente de la RATP, lors des RNTP début octobre à Lyon. Mais pas à Paris ni en petite couronne.
Pour un constructeur comme Iveco, « on ne peut pas se contenter du principe de recharge en dépôt. Cela reste une demande de la RATP. Beaucoup d’autres opérateurs demandent une recharge en bout de ligne ». Philippe Grand, directeur des Relations institutionnelles chez ce constructeur français, estime qu’il faut « privilégier les bouts de ligne car on peut toujours trouver de la place. Personne n’est encore suffisamment avancé pour savoir quel sera le standard demain ». M.-H. P.
Un danger pour les piétons ?
Parce qu’il ne fait presque aucun bruit, le déplacement d’un bus électrique n’attire pas forcément l’attention des personnes
aux alentours. Les premiers retours d’expérience montrent qu’il y a bien danger potentiel. Le phénomène existait déjà quelque peu pour les tramways, mais il est plus manifeste encore pour
le bus dont la masse, bien inférieure, roule sur pneus. Mis à part
le classique « gong », on réfléchit aussi, comme d’ailleurs pour
les trams, à des systèmes électroniques d’aide à la conduite
qui pourront, par algorithmes d’analyse d’images, détecter des
situations à risque susceptibles de conduire à un heurt d’obstacle, puis alerter le conducteur ou freiner automatiquement en urgence le véhicule.
ZeEUS : un programme européen pour développer les bus électriques
Démarré en novembre 2013, le programme européen ZeEUS doit se poursuivre jusqu'en avril 2017. Soutenu par la DG Move (direction générale de la mobilité et des transports, à la Commission européenne) à hauteur de 13,5 millions d'euros, son budget total atteint 22,5 millions apportés par les membres (40 partenaires dont Transport for London, Stockholm, Varsovie, Barcelone ou encore Paris qui vient de rejoindre le consortium). « ZeEUS est la suite logique de European bus of the future, qui était le premier projet à réunir les cinq grands constructeurs de bus européens [Daimler, Iveco, MAN, Scania, Volvo, NDLR], raconte Pauline Bruge, coordinatrice du projet ZeEUS pour l'Union internationale des transports publics (UITP). Pour la première fois, nous avons réussi à mettre tous les acteurs du secteur autour de la table afin d'établir des priorités de recherche et développer des projets dans différentes villes européennes », poursuit-elle.
Un état des lieux sur la flotte de bus en Europe a été dressé. Le résultat n'est pas brillant : 45 % des bus sont à la norme Euro III ou sont encore plus âgés. Dans le cadre de ZeEUS il a été demandé aux autorités organisatrices des transports comment elles voient l'évolution de la composition de leurs parcs. Selon elles, à l’avenir, le diesel ne représentera plus que 34 % et l'électricité 41,5 % (dont des hybrides).
Mais avant de renouveler le parc pour disposer de matériels plus performants et plus « propres », il y a encore du chemin à parcourir, tant il y a de questions à résoudre sur les technologies possibles. Les expérimentations de bus électriques ont commencé (à Barcelone avec les bus Irizar, Stockholm avec Volvo, Varsovie avec Solaris, Pilsen en République Tchèque avec Skoda), et d’autres seront menées dans une dizaine de villes européennes pour tester différentes technologies. Des expérimentations sont notamment prévues à Cagliari en Sardaigne, à Londres début décembre, puis à Paris (avec Bolloré), Varsovie, ou Bonn. « Nous avons voulu que les tests se déroulent dans des lieux géographiques différents, avec des conditions climatiques variées », indique-t-on côté UITP.
187 indicateurs de performances ont été identifiés. Ils aideront à établir les comparaisons. L'idée est d'élaborer une sorte de catalogue qui recensera les performances des différentes technologies de bus électriques, proposera une standardisation et pourra servir d'outil d'aide à la décision.
Par ailleurs, un observatoire a aussi été créé cet été pour prendre en compte les expérimentations menées par les villes qui testent aussi le bus électrique mais ne sont pas parties prenantes au programme ZeEus. De son côté, la Commission européenne a mandaté le CEN/Cenelec pour disposer d'une standardisation européenne en 2019. M.-H. P.
N’oublions pas le trolleybus !
Le trolleybus a une image « datée », celle des années de guerre ou d’après-guerre, lorsque ce bus électrique, doté de perches pour s’alimenter par une double ligne aérienne de contact, a complété ou remplacé le tram. Parfois, le trolley a survécu jusqu’à nos jours, comme en France sur les réseaux de Lyon et Limoges, où sa modernisation se poursuit (le premier rouvrant ou prolongeant les lignes électrifiées, le second achetant des véhicules articulés). Et à l’étranger, de nouveaux réseaux se créent toujours.
Le principal reproche que l’on puisse faire au trolleybus est la présence de ses lignes aériennes, deux fois plus « envahissantes » que celles du tram. Mais des solutions visuellement légères existent, tel le système Malico proposé par l’entreprise SM-CI, basée près de Grenoble, qui met en œuvre des câbles transversaux en matière synthétique. Et si l’on veut se passer de lignes aériennes sur quelques kilomètres, le trolleybus IMC (In Motion Charging, soit « charge en mouvement ») offre une solution non propriétaire de bus électrique, à charge lente et en temps masqué !
Inversement, on pourrait même considérer que le « marquage de territoire » de la ligne aérienne rassure le public, presque au même titre que les rails du tramway, matérialisant le passage du trolleybus, voire sa pérennité (en principe !) Et par rapport au tram, on gagne même un degré de flexibilité : tout en restant en contact avec son alimentation, le trolleybus peut s’écarter de sa trajectoire pour contourner un obstacle. Enfin, sur une ligne de bus électrique à haut niveau de service, cette alimentation filaire a toute sa place puisqu’en exploitation, le véhicule n’est pas censé s’écarter de son site propre. Le bus étant ainsi alimenté en permanence, le stockage d’énergie à bord est moins prépondérant que sur un bus électrique à batteries et la masse ainsi gagnée permet de prendre plus de voyageurs à bord.
Bref, le trolleybus reste le mode de traction électrique « zéro émission » le plus pertinent – physiquement, économiquement et écologiquement.P. L.

A Göteborg, Volvo fait des étincelles
En 2008, Volvo prend une étonnante décision de pure stratégie industrielle. Le constructeur suédois décide carrément d’abandonner la production d’autobus à moteur diesel conventionnel pour se lancer dans le développement d’une gamme de véhicules de type hybride. Il devient ainsi le premier – et le seul ! – grand constructeur européen à renoncer au déploiement d’une offre Euro VI, tout en visant plus particulièrement l’« électrique-hybride », variante dans laquelle le moteur diesel ne vient plus qu’en appoint, ainsi que le tout-électrique, où toute forme de propulsion thermique disparaît en totalité. Il est vrai que la Suède présente la singularité de produire davantage d’énergie renouvelable – essentiellement d’origine hydraulique – qu’elle n’en consomme. Profitant de cet environnement favorable, Volvo entend se positionner comme le leader mondial, dans son champ d’action, du développement durable. Dès le lancement de sa série d’autobus hybrides 7900H en 2010, le constructeur avait fait le choix original de la technologie « hybride-parallèle », dans laquelle le moteur diesel reste mécaniquement lié au pont arrière par l’intermédiaire d’une boîte de vitesse conventionnelle et d’un arbre de transmission. Il y est resté fidèle pour la sortie de son électrique-hybride en 2014. La grande majorité des constructeurs d’autobus ont préféré, quant à eux, la solution « hybride-série », où il n’existe plus aucune liaison mécanique entre la propulsion thermique et les roues motrices du véhicule. Longtemps d’aucuns ont considéré cette dernière option comme plus satisfaisante pour l’esprit, car d’apparence plus simple dans son principe : entre stockage d’énergie et moteur de traction ne subsistaient plus, en effet, que de simples fils électriques. Cependant, les très bons résultats obtenus avec la technologie « hybride-parallèle » en ont surpris plus d’un. Les économies de carburant réalisées atteignent 30 à 40 % par rapport aux véhicules diesels traditionnels. De plus, cette approche ménage un avenir dans lequel le moteur thermique ne viendra effectivement plus qu’en appoint de la traction 100 % électrique, puisqu’il sera automatiquement inactivé, par l’entremise du GPS embarqué, lors de la traversée de certaines sections des lignes parcourues (centre-ville, zones vertes, proximité d’écoles, etc.). C’est précisément ce qu’on appelle l’électrique-hybride (autobus hybride-parallèle où la part tout-électrique de la traction devient désormais prépondérante), concept auquel croit de plus en plus Volvo, et qui conduit assez naturellement au bus tout-électrique à mesure que le recours au moteur diesel s’amenuise pour tendre vers zéro, si bien qu’à la limite on pourra définitivement se passer de ce dernier. Voilà qui rejoint l’une des résolutions du G7 réuni à Elmau (Allemagne) en juin dernier, qui visait à tourner résolument le dos à tout carburant fossile d’ici 2050…
En attendant, Volvo a déjà vendu 2 000 autobus hybrides dans le monde. Son premier marché reste la Grande-Bretagne, et plus spécialement les opérateurs œuvrant pour TfL (Transport for London, l’autorité organisatrice des transports londoniens), pour lesquels le constructeur fournit son châssis B5LH carrossé à l’origine par Wright, qui allait bientôt être rejoint par Alexander Dennis à la demande de Stagecoach. Derrière la Grande-Bretagne, la Colombie occupe le deuxième rang des ventes d’hybrides Volvo, avec le célèbre BRT (Bus Rapid Transit) de Bogota, qui transporte, à lui seul, davantage de voyageurs que le métro londonien ! Fort de l’expérience ainsi engrangée, le constructeur suédois franchit une étape d’importance, le 15 juin dernier, en mettant en service chez lui, à Göteborg, trois midibus tout-électriques assez révolutionnaires. Ils se partagent l’exploitation de la ligne 55 avec sept électriques-hybrides de 12 m de facture similaire, tous en livrée vert pâle qui contraste avec le bleu des tramways et autobus locaux. La ligne, longue d’environ 10 km, relie deux sites de la grande école d’ingénieurs Chalmers, l’un situé à Johanneberg au sud-est, et l’autre à Lindholmen au nord-ouest, en traversant le centre-ville de Göteborg. Elle est exploitée par le français Keolis de 6h à 19h, avec un engagement simultané de sept véhicules en heure de pointe. Les trois midibus utilisés sont, en réalité, de véritables « concept-bus ». Longs de 10,70 m et au gabarit maximal européen de 2,55 m, ils se distinguent déjà par leur empattement de 7 m et leur porte-à-faux avant réduit à seulement 1,20 m ! Ainsi le conducteur se retrouve-t-il littéralement assis sur les roues avant, dans une cabine fermée et parfaitement séparée des voyageurs. De plus, son poste de conduite est de type « centré ». Cette disposition atypique, figurant au demeurant dans les recommandations de l’étude « European Bus of the Future », et pour laquelle visiblement, ces dernières années, les designers qui travaillent sur des concept-bus ont eu les yeux de Chimène, ne semble pourtant pas emporter l’adhésion des conducteurs, pour qui elle complique plutôt qu’elle ne facilite l’appréciation du gabarit. La réduction à l’extrême du porte-à-faux à l’avant facilite, en revanche, l’obtention d’un plancher très bas et totalement plat, qui débute juste derrière le poste de conduite pour se prolonger un peu en arrière de l’accès, où une première marche, puis une seconde se révèlent nécessaires. Ce midibus ne comporte, en effet, qu’un seul accès à double vantail, en position médiane, mais qui se distingue par sa largeur tout à fait exceptionnelle de 2,40 m. A Göteborg, aucun titre de transport ne peut être acheté auprès du conducteur, aussi un accès à l’avant n’était-il pas indispensable. Le midibus peut emporter 86 voyageurs et dispose de 29 sièges. Neuf des 13 sièges situés dans l’espace à plancher surbaissé sont des strapontins qui peuvent être verrouillés à distance en position haute, par le conducteur, aux heures de pointe. Les voyageurs disposent à bord du Wi-Fi et de prises USB pour recharger leurs téléphones. Côté technique, le stockage de l’énergie électrique s’effectue dans quatre packs de batteries du type lithium-ion refroidis par eau à une température stabilisée entre 20 et 24 °C, de capacité 4×19 kW à 640 V, et montés en toiture. La masse totale des batteries s’élève à 1 408 kg. A pleine charge, celles-ci confèrent au véhicule une autonomie d’au moins 20 km. Compte-tenu de la longueur de la ligne 55, il serait donc théoriquement possible de ne les recharger qu’à l’un des terminus, alors que les deux se trouvent, en réalité, équipés. Conçues par l’allemand Siemens, les stations de charge rapide des deux terminus sont prévues pour une alimentation des véhicules en mode aérien. Le choix a été fait de ne plus doter chaque midibus de son pantographe, comme lors des premières réalisations, mais d’intégrer cet appareil à la station. L’intérêt réside dans le gain de poids que l’on réalise ainsi sur le véhicule lui-même, qui rejaillit favorablement sur son autonomie, ainsi que dans l’accroissement global de la sécurité obtenu en reportant toutes les parties en mouvement sur les deux seules installations au sol. A chaque terminus, c’est donc le pantographe Stemman-Technik de la station de charge rapide qui descend automatiquement pour venir rejoindre les rails de contact électriques en toiture (placés à 1,20 m derrière l’essieu avant), après que le système a vérifié l’isolation effective du véhicule. Son conducteur dispose d’une tolérance de l’ordre de 40 cm pour se positionner correctement sous le pantographe. Le temps de charge, avec une puissance de 300 kW sous une tension de 750 V et des intensités appelées de 200 à 400 A, avoisine les six minutes pour un rayon d’action supérieur à 10 km. Quant à la charge lente dite « de maintenance », elle est fixée à quatre heures par 24 heures. L’avantage du rechargement aux terminus, le jour, versus celui uniquement opéré lors du remisage pendant la nuit, apparaît double : la masse (comme le volume) des batteries à embarquer est bien sûr moindre, et il n’y a pas à dimensionner les installations du dépôt pour les énormes puissances nécessaires à une charge lente et prolongée de tous les autobus en même temps. De plus, en garantissant en permanence un bon niveau de charge dans les batteries, les stations en terminus devraient concourir à en augmenter la longévité. Chaque véhicule est propulsé par un moteur de traction de 155 kW monté à l’arrière, qui entraîne une boîte très particulière, à deux vitesses, dont la seconde s’enclenche automatiquement à 40 km/h. La consommation d’énergie de ce midibus 100 % électrique s’avère inférieure d’environ 80 % à celle d’un véhicule diesel équivalent ! Et il a même été calculé que si tous les autobus circulant à Göteborg étaient de ce type, cela générerait, à terme, quelque 11 millions d’euros d’économies par an ! La conduite des midibus est confiée à 19 agents spécialement formés, et leur maintenance reste assurée par le constructeur dans ses propres ateliers. On nous promet maintenant l’autobus standard de 12 m, cette fois avec poste de conduite classiquement décentré, pour 2017…
En vérité, beaucoup plus qu’un véhicule révolutionnaire développé par Volvo, ElectriCity se veut aussi un vaste projet collaboratif entre la recherche, le secteur industriel et la société civile locale. L’objectif visé est l’introduction et l’évaluation de solutions innovantes en faveur d’un futur système de transport public durable, évidemment basé sur l’exploitation d’autobus 100 % électriques. Aux côtés de Volvo, on trouve donc la région de Västra Götaland, l’autorité organisatrice des transports Västtrafik, l’opérateur Keolis, la ville de Göteborg, la grande école d’ingénieurs Chalmers, de nombreux universitaires, ou encore l’agence suédoise de l’énergie. L’une des pistes explorée est la recherche systématique d’une meilleure intégration de l’autobus à la ville, justement favorisée par son caractère 100 % électrique. Ainsi est venue l’idée de concevoir des arrêts d’autobus entièrement fermés, sortes de grands garages vitrés parfaitement étanches dans lesquels le véhicule entre par une porte automatique qui se referme aussitôt derrière lui, et en ressortira dans un deuxième temps par une autre qui va s’ouvrir devant lui. Ces arrêts, dont l’avantage premier est de permettre aux voyageurs d’attendre en étant totalement à l’abri du froid ou de la pluie, peuvent alors devenir de véritables lieux de vie, implantés en bordure, voire au cœur même de bâtiments à usage de bureaux ou d’habitation. On ne se contente plus d’y attendre son bus, on y boit son café, et l’on y rencontre ses amis. Ces arrêts d’un nouveau genre posent toutefois de redoutables « colles » en termes de génie climatique, puisque température et hygrométrie doivent être constamment régulées dans ces lieux normalement fermés, mais où, tout à coup, de grandes portes s’entrouvrent quelques secondes, pouvant laisser entrer un vent glacial et un autobus ruisselant de pluie ! Dans le cadre de l’arrivée en juin dernier, au port de Göteborg, de la Volvo Ocean Race, course à la voile de neuf mois autour du monde, la ligne 55 a même desservi une bibliothèque installée à Frihammen. Les midibus et les électriques-hybrides de 12 m (bien sûr en mode électrique) passaient au milieu des lecteurs et du personnel, sans presque se faire remarquer. Il est vrai qu’ils sont incroyablement silencieux. Il faut croire que Volvo a particulièrement travaillé ces questions, puisque même le murmure des auxiliaires, par intermittence, ne parvient que difficilement à se détacher sur le quasi nul bruit de fond lié à la traction…Philippe Hérissé

Etat, collectivités, entreprises. Les flottes automobiles se réinventent
Le marché automobile français a été « atone » en 2014, estime l’Observatoire des véhicules d’entreprise (OVE) dans son bilan annuel publié en mai. Mais si les ventes aux particuliers ont encore baissé l’année dernière, ne représentant plus que 54 % du marché français (contre 57 % en 2012), les ventes aux entreprises continuent de progresser. « Les entreprises ont acheté ou loué 21,6 % des véhicules particuliers en 2014 contre 20 % en 2013. […] Même si le canal des entreprises est moins rémunérateur pour eux, les constructeurs ont mis en place ou renforcé des organisations de ventes spécifiques et la plupart proposent des gammes “business” enrichies », ajoute l’OVE.
Autre tendance pointée par l’OVE, le crédit-bail et la location en longue durée représentent des formules qui connaissent un véritable succès en France. Ainsi, le parc de véhicules en location longue durée est passé de 190 000 en 1990 à plus de 1,2 million en 2014. Plus de la moitié des parcs d’entreprise sont désormais gérés par les loueurs longue durée. Le taux monte à plus de 80 % pour les plus grandes entreprises.
Crise des finances oblige, les gestionnaires de flotte automobile sont en effet obligés de revoir depuis quelques années leur modèle économique. Qu’ils interviennent au sein d’entreprises ou de collectivités publiques, un nombre croissant cherche à rationaliser la gestion du parc, ce qui passe souvent aussi par une réduction du nombre de véhicules utilisés. Avec à la clé des incidences budgétaires conséquentes.
L’Etat, premier propriétaire de véhicules de France, s’est d’ailleurs s’engagé dans cette voie depuis 2010. Il a externalisé la gestion de son parc et fait désormais appel à l’Ugap (Union des groupements d’achats publics). Dans le même temps, il a réduit de quelque 20 000 unités son parc automobile en moins de cinq ans.
A Paris, l’heure est aux économies mais aussi au comportement exemplaire. La Ville s’est engagée dans un ambitieux programme d’éradication du diesel. Dans cette perspective, elle est en train de revoir la composition de sa flotte et elle teste tous les types de motorisation possible.
C’est d’ailleurs une tendance de fond : le diesel est en recul, particulièrement dans les parcs des collectivités publiques. D’autant que la législation se durcit et impose des quotas de véhicules dits « propres » aux collectivités publiques. Et le scandale Volkswagen pourrait avoir un impact sur les ventes du diesel. On constate une percée des modèles hybrides qui suscitent un fort intérêt chez les gestionnaires d’automobile. En revanche, les véhicules électriques, même s’ils bénéficient comme les véhicules hybrides d’un bonus à l’achat (mais celui-ci devrait diminuer), ont plus de peine à décoller. Le surcoût à l’achat, la question de leur autonomie et la nécessité de disposer d’équipement en bornes de recharge sont autant d’obstacles sur sa route.
La Poste est un cas à part. L’entreprise a fait résolument le choix de l’électricité qui représente aujourd’hui une trentaine de pour-cent de son parc. Elle l’explique ce choix sociétal par plusieurs raisons : en plus d’être vertueux, les différents véhicules électriques sont plus aisés à utiliser pour le transport du courrier et des colis en centre-ville. Ils seraient aussi moins accidentogènes, et permettent d’anticiper les interdictions de circulation à venir dans les villes. Enfin, elle affirme que si on prend en compte tous les coûts tout au long de sa vie, le véhicule électrique est finalement moins onéreux qu’un véhicule thermique.
Le tableau ne serait pas complet s’il s’arrêtait à une simple comptabilité des véhicules. Les entreprises comme les collectivités expérimentent de plus en plus de nouvelles pratiques comme le covoiturage, l’autopartage ou encore le télétravail. L’autopartage notamment se développe à l’image de ces start-up qui frappent de plus en plus à la porte des entreprises pour leur proposer des prestations. Les parcs des deux-roues sont aussi en train de s’imposer.
Le mouvement est lancé. Le métier de gestionnaires des flottes est à la fois en train de se professionnaliser et de s’ouvrir de à nouveaux horizons.
Marie-Hélène Poingt
Régime minceur pour l’Etat
A la tête du plus grand parc automobile du pays, l’Etat a confié sa gestion à la centrale d’achat Ugap. Le nombre de véhicules a déjà été réduit de plus de 20 % et les achats doivent désormais répondre aux quotas de véhicules dits propres.
A la tête de quelque 60 000 véhicules, l’Etat possède la plus vaste flotte du pays. Elle confie sa gestion à l’Union des groupements d'achats publics (Ugap). Un choix relativement récent puisque pendant longtemps, chaque ministère achetait et gérait son propre parc. « A partir de 2010, l’Etat a cherché à rationaliser son parc avec le souci de faire des économies, raconte Jean-Pierre Sivignon, directeur du Développement et des Partenariats à l’Ugap. La première étape, mise en œuvre entre 2010 et 2015, a consisté à réduire de 10 000 en trois ans le parc estimé à environ 80 000 véhicules (on ne connaissait pas le chiffre exact). Finalement, 17 000 véhicules ont été sortis. »
Deuxième étape du plan gouvernemental : standardiser le parc dans le but de réduire les émissions de CO2 et d’atteindre des quotas prédéfinis de véhicules moins polluants. « Depuis 2012, l’Etat a l’obligation d’acheter au moins 25 % de véhicules électriques et hybrides. Ce taux est monté à 30 % en 2013, indique Jean-Pierre Sivignon. Dans le nouveau plan gouvernemental, il y aura 33 % de véhicules électriques et hybrides dès 2015, dont la moitié en électrique (et 33 % minimum d’essence, 33 % maximum de diesel). »
Aujourd’hui, en plus, l’Etat va devoir prendre en compte les ambitions de la loi sur la transition énergétique qui impose à l’Etat et aux établissements publics de s’équiper à hauteur de 50 % de véhicules dits « propres » lors de leurs achats. Un décret doit en préciser les caractéristiques. La question du choix des modèles risque alors de se poser. L’Etat, traditionnellement soucieux de choisir des marques françaises, pourrait être obligé de se tourner vers d’autres constructeurs, notamment asiatiques, s’il ne trouve pas les modèles électriques en adéquation avec ses besoins.
« Nous sommes l’opérateur de l’Etat pour la standardisation. C’est-à-dire que nous proposons un catalogue spécifique : telles catégories de véhicules avec telles options pour tel budget en fonction du cahier des charges défini par l’Etat. Nous mettons en phase notre catalogue avec ce cahier des charges », explique Jean-Pierre Sivignon.
La politique de réduction du parc est également poursuivie : tous les véhicules de plus de sept ans sont sortis et on en remplace un sur deux. Il est ainsi prévu d’abaisser le nombre de véhicules de 10 % en trois ans en jouant sur le levier de la mutualisation des parcs entre services. L’Etat veut également abaisser de 15 % la consommation en carburant. Ce qui passe aussi par la définition de nouveaux plans de déplacement reposant sur de nouveaux modes.
L’Ugap, qui est l’opérateur retenu pour toute la partie achats, s’occupe aussi de l’entretien puisque l’Etat a aussi fait le choix d’externaliser cette fonction et donc de mettre fin aux garages qui existaient auparavant au sein des ministères. Selon ce même principe de rationalisation, l’Ugap est également chargé de gérer les assurances. Ce sont en quelque sorte des offres « packagées » qui sont ainsi proposées à l’Etat, financièrement intéressantes et complètes puisqu’elles incluent aussi des formations comme par exemple l’écoconduite.M.-H. P.
La force de frappe de l’Ugap
L’Ugap est une centrale d’achats qui intervient dans tous les domaines, tout particulièrement sur les marchés de l’informatique et des véhicules. Réalisant un chiffre d’affaires de plus de 2,8 milliards d’euros l’an dernier, la centrale permet de passer des marchés avec les grands constructeurs à des tarifs imbattables. Lorsqu’elle travaille pour l’Etat, les marques françaises et européennes sont en bonne place, et dans ses choix finaux, l’Etat marque, représentation nationale oblige, sa préférence pour des marques hexagonales.
En 2014, la centrale a acheté pour le compte de l’Etat 7 431 véhicules légers (dont 203 véhicules électriques, 591 hybrides, 3 008 thermiques et des 4×4, véhicules spécifiques et motos). Ce qui représente 113 millions d’euros. Pour les opérateurs entrant dans la sphère de l’Etat, elle a commandé 1 415 véhicules achetés dont 89 véhicules électriques, 142 hybrides, 1 066 thermiques et pour le reste des 4×4, véhicules spécifiques et motos. Pour les collectivités, elle a acheté 7 592 véhicules légers (répartis entre 551 véhicules électriques, 121 hybrides, 5 994 thermiques, le reste en 4×4, véhicules spécifiques et motos). Ce qui représente 108 millions d’euros pour les véhicules légers.
En 2014, on note toutefois un recul dans les achats de véhicules électriques et hybrides comparé à 2013 : -6,3 % sur l’électrique, -15,8 % sur l’hybride. « Une conséquence directe de la baisse du montant du bonus écologique », note l’Ugap.
Presque plus de diesel à la Mairie de Paris
Même si la Mairie de Paris a éradiqué une bonne partie des voitures de fonction, il reste tout de même 2 600 véhicules qu’elle doit gérer au mieux avec l’objectif de réduire au maximum la pollution émise par son parc.
Le véhicule de fonction fait partie des vieux souvenirs à la Mairie de Paris. A l’exception d’Anne Hidalgo, qui possède une Zoé, et des maires d’arrondissement, plus personne n’en bénéficie en effet depuis 2010. Il reste tout de même une flotte conséquente de véhicules de services, qui sont symboliquement attribués à une personne dans un service, histoire d’identifier un responsable unique en cas de pépin, mais qui profitent à un maximum de collaborateurs. « Le parc est constitué aux deux tiers de véhicules utilitaires, du deux-roues au camion, souligne Hervé Foucard, responsable des Services techniques des transports automobiles municipaux. Certaines tournent 24 h/24 en deux ou trois postes sur une même journée… »
Depuis plusieurs années, l’heure est donc aux économies à Paris sur ce poste réputé pour être budgétivore. Et la municipalité qui se permet d’être exigeante avec les habitants, à qui elle refusera bientôt de rouler en vieux diesels, se doit aussi d’être exemplaire en la matière. Sa flotte comprend quelque 2 600 véhicules : 80 berlines – dont 70 Prius, l’hybride de Toyota – 450 citadines (principalement C Zéro et Twingo), 1 330 fourgonnettes et utilitaires moyens, 340 porteurs Piaggio, 40 poids lourds et cars, enfin 360 deux-roues motorisés (dont deux scooters électriques, un marché en cours de déploiement). Ce à quoi il convient d’ajouter 250 vélos et depuis un an, 50 vélos à assistance électrique, appelés à se développer pour la mobilité des services. « Nous sommes une des rares collectivités à posséder les quatre générations de Prius, ajoute-t-il. Et nous avons aussi quelques Yaris hybrides. »
Le service dirigé par Hervé Foucard fonctionne en autarcie, achète ses véhicules, qu’il loue ensuite aux différents services, possède ses propres garages et ses stations-service. Depuis la fin 2014, plus aucune berline ni citadine ne roule au gazole, ses services ont cessé d’en acheter en 2010. A son arrivée, Anne Hidalgo a en effet demandé qu’on éradique le diesel.
Les fourgonnettes sont désormais dans le viseur, le tiers du parc (près de 300) étant encore diesel. « Au plus tard au premier trimestre 2016, il n’y en aura plus. L’étape suivante touchera les utilitaires moyens, d’ici à 2020, mais c‘est plus compliqué par manque d’offre des constructeurs », souligne Hervé Foucard.
La Ville a testé le GNV (Iveco) mais regrette les problèmes d’avitaillement, lorgne sur les Gruau Electron, mais pense que « dans un premier temps, il faudra peut-être passer par des modèles essence ». Tous véhicules confondus, la Mairie possède aussi quelque 300 modèles au GPL.
Sur 50 000 agents de la Ville, 20 % environ sont appelés à se déplacer régulièrement. Ils disposent également, depuis 2008, d’un service d’autopartage, auquel 800 fonctionnaires sont désormais inscrits. Il comprend une cinquantaine de véhicules électriques (C Zéro et Kangoo ZE) et tout de même une voiture thermique pour les trajets de plus de 150 km. « On considère qu’une voiture partagée en remplace trois, nous avons ainsi pu rationaliser le parc en supprimant 150 véhicules de service », explique le responsable. La baisse est continue. Depuis 2001, le parc de berlines aurait diminué de 73 %, celui des citadines de 34 %. Les baisses futures ne pourront se faire qu’à la marge, juge Hervé Foucard, qui souligne que les utilitaires sont des outils métier pour les artisans intervenant dans les bâtiments publics, agents des parcs et jardins, etc.
Cécile Nangeroni
Une politique d’achat très classique
Suivant un plan quadriennal, la politique d’achat est classique : des véhicules neufs via des marchés publics, revendus aux enchères dès leur amortissement, soit 5 à 7 ans plus tard, avec environ 70 000 km au compteur, sachant que la loi de roulage est de 8 000 à 8 500 km par an. « Nous fonctionnons avec les mêmes règles de bonne gestion que tous les loueurs et avons d’ailleurs des coûts globaux de possession proches des loueurs longue durée », indique Hervé Foucard.
Les voitures étant utilisées à 99,99 % du temps en zone urbaine dense, elles ont aussi droit à un entretien de type « utilisation sévère », soit une révision tous les ans ou tous les 15 000 km. Cela coûte bon an mal an quelque sept millions d’euros par an en investissement (comprenant la rénovation des garages). Quant au fonctionnement, les chiffres ne sont pas publics. Cependant, le responsable estime qu’en conjuguant les effets de la diminution du parc, de l’autopartage, de la fiabilité des véhicules et de l’économique entretien des hybrides, le poste de dépenses a baissé de 50 %.
« Nos modalités de gestion sont régulièrement inspectées par la Chambre régionale des comptes, nos coûts sont comparables à ceux du privé, même parfois en dessous », souligne Hervé Foucard. Un compliment qui ne pourrait sans doute pas concerner le pool de chauffeurs destiné aux déplacements des élus et hauts fonctionnaires. A noter que sauf pour la maire de Paris, les chauffeurs en pied ont disparu. Le pool est donc utilisé comme un service de taxi. Ce service avait pourtant été épinglé par un rapport de l'inspection générale de la Ville de Paris en 2011, qui signalait une utilisation par des personnels ne figurant pas dans la liste des 120 ayants droit et le fait que certains élus y faisaient appel pour parcourir 300 mètres…
Des pratiques contraires au plan de déplacement de l’administration parisienne (PDAP) d’il y a quatre ans, qui stipule que chaque trajet doit être rationalisé en fonction du meilleur rapport temps passé et pollution émise. Autre précepte : « Le meilleur déplacement est celui qu’on ne fait pas ! »C. N.
Vers une mutualisation du parc à Toulouse
La mairie de Toulouse et Toulouse Métropole gèrent en commun leur parc sous forme
de régie. 170 agents gèrent l’entretien, les réparations, la comptabilité et les achats. Les deux collectivités n’excluent toutefois pas d’autres solutions pour les véhicules électriques.La flotte de la mairie de Toulouse et de Toulouse Métropole approche les 2 400 véhicules motorisés, véhicules légers (environ 300 par collectivité), fourgonnettes (respectivement 170 et 216), fourgons (145 et 248) ou véhicules plus spécifiques partagés selon les compétences (140 balayeuses à moteurs et 205 bennes à ordure à la métropole qui a la compétence propreté, 28 nacelles surélévatrices, une dizaine de véhicules aménagés pour l’élagage et 17 fourgons frigorifiques pour la mairie qui a la compétence éclairage, élagage et restauration). Plus étonnant, la mairie de Toulouse possède aussi près de 100 tracteurs – c’est même le premier agriculteur de Haute-Garonne avec le domaine de Candie. Les deux collectivités possèdent la quasi-totalité de leur parc de véhicules en propre et l’administrent en régie, de façon mutualisée. Plus de 170 agents en gèrent l’entretien, les réparations, la compatibilité et les achats.
La réduction des coûts est bien sûr à l’ordre du jour et un « cost killer » a été nommé à l’arrivée de l’équipe Moudenc à la mairie en 2014. « André Thomas, délégué général à la Modernisation de l'administration, a tout analysé pour optimiser les dispositifs », explique Jean-Michel Lattes, élu en charge des Déplacements à la mairie et à la métropole. Mais la compression du parc par la généralisation de la mutualisation, le développement d'une centrale de prêt pour le matériel technique et la réaffectation des véhicules moins utilisés a débuté dès 2012. « On a évalué avec la direction des ressources humaines les réels besoins en déplacement des agents, explique l’élu. Les véhicules ne sont plus attribués en fonction du niveau hiérarchique (ce qui a fait un peu grincer des dents au début), mais de la fonction, avec des flottes plus collectives. Les agents sont invités à prendre le métro ou le vélo. J’ai moi-même un vélo de fonction avec lequel je me déplace. » Des billets de métro et des cartes de location de vélos sont à disposition dans les services. Le covoiturage est encouragé pour les réunions en première et deuxième couronne.
La composition du parc évolue au fil des renouvellements, avec une augmentation des carburations hybrides et électriques, conformément au plan climat territorial, même si le diesel domine encore. De 76 en 2010, les véhicules électriques sont passés à 116 en 2012 et près de 200 en 2015 (dont 40 fourgonnettes et 33 triporteurs). « Les véhicules de nettoyage en centre-ville sont de plus en plus souvent électriques », souligne Jean-Michel Lattes. La loi de transition énergétique imposera bientôt une part de 20 % de véhicules propres lors des renouvellements du parc. Un groupe de travail se penche actuellement à Toulouse Métropole sur les stratégies futures pour déterminer s’il faut poursuivre la tradition d’achat et de maintenance en interne ou développer des formules de location longue durée avec un opérateur pour ce nouveau type de véhicule.Catherine Sanson-Stern
La Poste exploite la première flotte électrique du monde
La Poste affirme qu’elle a le premier parc électrique du monde avec 20 500 véhicules.
Elle poursuit ce développement pour anticiper les contraintes de circulation de plus en plus nombreuses dans les centres-villes mais aussi pour le confort d’usage et la sécurité
de ses agents.« La Poste a toujours voulu développer une offre responsable car elle est le premier logisticien de France, rappelle Frédéric Delaval, directeur technique à La Poste. Nous avons pris conscience très tôt qu’il fallait chercher à réduire les rejets de CO2 et de toutes les autres particules. Et donc qu’il nous fallait avoir des véhicules respectueux de l’environnement. Autrement, nous risquerions d’être confrontés à des évolutions sociétales alors que nous pouvons les anticiper. »
Conséquence de cette démarche, La Poste affirme posséder la première flotte électrique du monde : rien que pour le transport du courrier et des colis, elle dispose de 80 000 véhicules, dont une trentaine de pour-cent de véhicules électriques, soit plus de 20 000. Des fourgonnettes électriques, mais aussi des vélos à assistance électriques, quads et autres chariots électriques, (voir encadré ci-dessous). Un parc qu’elle souhaite écologique et qu’elle veut continuer à développer.
Selon Frédéric Delaval, le développement « massif » de la flotte électrique s’explique non seulement par des considérations environnementales, aussi par l’accueil très favorable des agents postaux. « Le confort est très important. Les véhicules électriques ne font pas de bruit, ils sont plus dynamiques que les véhicules thermiques. Comme on ne passe pas de vitesses, les TMS (troubles musculo-squelettiques) diminuent. Ce sont des éléments importants dans un contexte où la tendance est de repousser l’âge du départ à la retraite. »
Autre raison à cette évolution du parc : la sécurité routière. « Nous avions jusqu’alors une flotte de deux-roues motorisés mais ils sont très accidentogènes. Il nous en reste 6 000 sur tout le territoire. Nous sommes en train de les remplacer par des trois-roues électriques. Ils permettent de faire reculer l’accidentologie », affirme Frédéric Delaval. Qui ajoute : « Nous n’en aurons plus fin 2016. » A la place, le Staby, sorte de tricycle électrique, est utilisé pour la distribution et la collecte de courrier et des petites marchandises aussi bien en centre-ville qu’en zone périurbaine ou rurale. L’objectif est d’utiliser 3 000 Staby fin 2016.
Enfin, la nécessité d’anticiper les besoins de la logistique dans le futur a joué dans les choix. La Poste fait aussi face à un changement de son modèle économique. Le volume de courrier baisse de 5 à 6 % par an depuis plus de cinq ans, tandis que l’e-commerce se développe. Les comportements changent, l’urbanisme aussi. Avec l’étalement urbain, les distances des tournées s’allongent. « Avant, il n’y avait pas de tournées allant au-delà de 100 kilomètres. Aujourd’hui, 2 % des tournées peuvent aller jusqu’à 120 km. Nous devons nous adapter. Nous transportons aussi de plus en plus de charges lourdes », poursuit Frédéric Delaval.
« Avec le développement de l’e-commerce, les clients veulent de plus en plus de services à domicile. Cela ne pourra se faire que si les postiers respectent les contraintes de circulation. qui seront fixées par les collectivités. On le voit à Paris, à Bordeaux ou encore à Toulouse, des quartiers se ferment aux véhicules polluants », résume le directeur technique de La Poste.
Des évolutions progressives qui se font sans surcoûts, assure-t-il. « Car nous transformons aussi notre façon de travailler. Avant chaque facteur avait son véhicule. Désormais, un véhicule électrique va être utilisé 2 à 3 fois sur différentes tournées sans être spécifiquement dédié à un facteur. Les logiques d’exploitation sont différentes pour atteindre le point d’équilibre économique. »
Ainsi, avec les Kangoo ZE, ce point d’équilibre est atteint si le véhicule parcourt 50 km par jour. « Si le véhicule roule 50 km par jour, six jours sur sept pendant six ans, les coûts d’un véhicule électrique de ce type sont équivalents à ceux d’un véhicule thermique », affirme Frédéric Delaval. Bien sûr, le véhicule électrique est plus cher à l’achat. Il faut compter environ 27 000 euros l’unité (moins cher en cas d’achats groupés). Auquel il faut déduire la subvention de l’Etat de plusieurs milliers d’euros. A comparer aux 10 000 ou 12 000 euros nécessaires à l’achat d’un Kangoo thermique. Il faut aussi disposer d’un équipement en bornes électriques. « Mais à l’inverse, le facteur ne se déplace pas pour faire le plein et le coût de l’électricité est plus faible, de même que la maintenance. L’accidentologie est plus faible, et le confort plus important… », énumère-t-on à La Poste. Tout bénéfique !
C’est la filiale VéhiPoste qui gère la flotte pour tout le groupe. Et qui les loue à La Poste. Ce qui permet d’assurer un renouvellement fréquent, en général tous les six ans. Un sixième de la flotte est renouvelé chaque année. Pour la maintenance, Véhiposte fait appel à des gestionnaires de flotte d’entreprise comme par exemple ALD.
Il y a toutefois un frein au développement d’une flotte à 100 % « propre ». Pour assurer les gros emports, La Poste recourt encore aux véhicules thermiques. « Nous allons continuer à promouvoir l’électromobilité pour assurer les livraisons en centre-ville tant que les modèles le permettent. Notre limite tient au business model. Nous disposons de quelques véhicules électriques de fort emport mais nous ne les généralisons pas au-delà de 4 m3 car ils sont très coûteux », explique Frédéric Delaval. Second frein, les modèles sur le marché sont limités. « Les constructeurs qui pourraient nous les fournir n’ont pas forcément une surface nationale. Comme nos véhicules parcourent des centaines de kilomètres sur tout le territoire, il faut que les constructeurs aient un réseau de maintenance très fort. Il faut qu’ils puissent entretenir les véhicules sur tout le territoire. »
Pour rester à l’avant-garde, La Poste teste toutefois énormément de véhicules. « De nombreux constructeurs nous sollicitent. » Car comme l’explique le directeur technique, La Poste est un fabuleux laboratoire pour qui veut soumettre ses voitures à rude épreuve : « Un facteur s’arrête et repart 400 fois par jour… Quand un constructeur passe ses tests avec succès avec La Poste, c’est que son véhicule est solide. Nous prêtons en quelque sorte notre activité opérationnelle. »
Marie-Hélène Poingt
La Poste croit dans l’hydrogène
La Poste affirme avoir été la première entreprise à développer en France des tournées avec des véhicules à hydrogène. Dans le cadre de son projet Mobypost, elle a testé des véhicules abrités de panneaux photovoltaïques produisant de l’électricité, celle-ci alimentant un système d’électrolyse qui génère de l’hydrogène (et c’est cet hydrogène sous pression qui vient alimenter le moteur du véhicule). Se rechargeant la nuit, le véhicule peut effectuer des tournées de 30 à 35 km.
Seconde expérience, le projet MobilHytest concerne des fourgons électriques dotés d’un prolongateur d’autonomie : une petite pile à combustible fournit de l’énergie électrique. Ce qui permet une autonomie de 300 km.
Mais pour passer à grande échelle, il faudra encore attendre pour que se développent les filières de production et de distribution. « Il faut attendre que le marché “mûrisse”. Mais nous pensons que l’hydrogène, c’est l’avenir. Peut-être à l’horizon 2025-2030… », souligne Frédéric Delaval.Un panel de véhicules électriques
5 000 Kangoo ZE, fourgonnettes électriques, sont utilisées par La Poste, 6 000 sont attendus à la fin de l’année. Pour s’équiper, La Poste avait lancé en 2010 un appel d’offres mené par le groupement national de commandes de véhicules électriques, sous la coordination de l’Ugap (Union des Groupements d’Achats Publics).200 Staby sont en circulation. Il en est prévu 3 000 fin 2016. Ce tricycle électrique qui doit remplacer le deux-roues dispose d’une autonomie de 35 km en usage postal et permet de transporter près de deux fois plus de courrier que le scooter.
Des milliers de VAE. La Poste a équipé ses facteurs de plus de 18 000 vélos à assistance électrique (VAE). Le VAE dispose de 20 km d’autonomie et permet de remplacer les deux-roues motorisés. L’assistance électrique peut prendre en charge plus de 80 % de l’effort à fournir.
1 000 chariots à assistance électrique facilitent la vie des facteurs en centre-ville, où la plupart d’entre eux effectuent leur tournée à pied. Ces tournées piétonnes permettent notamment de distribuer le courrier dans les zones inaccessibles avec des véhicules.
17 Quadeos électriques sont en service. Plus de 1 300 sont prévus, ayant vocation à remplacer des deux-roues moteur ou, dans certains cas, des quatre-roues thermiques. Il est notamment prévu pour les zones urbaines et suburbaines et les zones piétonnes interdites aux véhicules thermiques. L'autonomie du véhicule est de l'ordre de 25 km et il peut transporter jusqu’à 150 kg de courrier.
Une flotte 100 % hybride pour Boiron
L’entreprise lyonnaise abandonne sa flotte diesel pour le « tout-hybride » avec 265 véhicules d’ici fin 2016 en France, et plus de 500 dans le monde à terme. L’un des plus gros contrats hybrides signés par Toyota.
En adoptant dès septembre 2014 une flotte hybride à 100 %*, le leader mondial de l’homéopathie (3 600 salariés) a souhaité mettre en adéquation son parc automobile avec l’image et les valeurs de santé de l’entreprise (une médecine préventive douce et « alternative » pour résumer), et avec les préoccupations environnementales sur la réduction des gaz à effet de serre. Valérie Poinsot, directrice générale de Boiron, y ajoute une raison propre à sa boîte et à un certain éloge de la lenteur : « je préfère des commerciaux zen plutôt que speedés ». Un effet apaisant, selon elle, procuré par la conduite d’un véhicule hybride et, au bout du compte, des contacts avec les clients pharmaciens ou médecins plus détendus.
Enfin, le modèle économique de l’opération tablait sur un surcoût de 200 000 euros par an pendant au moins trois ans. Bonne surprise, le budget est resté stable, comme l’a montré, au bout d’un an, un premier bilan de « l’hybridation » de la flotte portant sur 121 véhicules. Un bémol : si tous les collaborateurs ont été accompagnés à « l’écoconduite hybride », la baisse de consommation de carburant n’est pas au niveau attendu (+2 %), et l’amplitude des consommations reste importante (de 4,2 l à 7 l/100 km !). « Nous organisons un stage avec dix personnes pour mieux mesurer l’impact et les mesures d’une conduite adaptée », précise Eloise Manfredi, responsable achat parc auto de Boiron.
Pour le reste, les indicateurs sont au vert pour l’impact environnemental – « on réduit l’émission de CO2 de 107 g/km à 85 ou 90 g/km selon les modèles » – et grâce aux économies du prix du carburant sur une consommation de 590 000 l/an. Ce facteur conjoncturel renforce le bénéfice de l’exonération de la taxe sur les véhicules de sociétés pendant huit trimestres pour les hybrides, en partie amputé par la fin de la récupération de la TVA du fait du passage du diesel à l’essence-hybride. Enfin, Boiron a bénéficié de bonnes conditions commerciales de la part de de Toyota « qui a soutenu l’entreprise ». Les loueurs Parcours et Alphabet ont aussi « joué le jeu » en évaluant les prix de revente des véhicules à des niveaux permettant de « bien positionner les loyers financiers de Boiron », indique Eloise Manfredi. De même, le taux de sinistralité à la baisse – à confirmer – pourrait avoir un impact significatif sur les primes d’assurance.
Claude Ferrero
*Toyota Yaris, Auris, Auris TSH, Prius, Prius+, Lexus CT200h et GS300h.
Vélogik, spécialiste de la mobilité cyclable
L’entreprise créée en 2008 propose son expertise pour promouvoir les services relatifs à la mobilité cyclable. Elle gère aujourd’hui un parc de 1 600 vélos.
La petite société lyonnaise a bien roulé depuis sa création en 2008 par ses deux cofondateurs, dirigeants et premiers employés Franck Brédy et Gwendal Caraboeuf. Aujourd’hui, Vélogik compte 22 salariés et affiche un chiffre d’affaires de 1,1 million d’euros attendus pour 2015, en hausse de 20 %. Une activité réalisée grâce à la gestion d’un parc de 1 600 vélos, dont plus de 1 000 vélos à assistance électrique. « On est sur une taille intermédiaire, mais leaders grâce à notre parc VAE », précise Gwendal Caraboeuf.
2015 est une année faste : Vélogik a mis en route l’important contrat remporté pour la maintenance des vélos de La Poste dans le Rhône (800 vélos). Elle s’est renforcée cet été à Clermont-Ferrand où, après deux ans de présence, elle vient de déployer pour le SMTC une flotte de 200 nouveaux vélos (+50 %) pour passer au total à 600 VLS classiques/VAE et location longue durée. Lancée sur le créneau de la mobilité cyclable grâce au Grenelle de l’environnement et aux Agendas 21, la PME voit son activité se rééquilibrer entre sa clientèle collectivités (60 %) et entreprises (40 %). Pourtant, dans le mouvement de fond de la mobilité durable, Vélogik ne devrait bénéficier qu’à la marge de la nouvelle étape importante de l’indemnité kilométrique vélo car son activité se déploie essentiellement sur sites (80 % en gestion/exploitation) et en ventes/formation (20 %). Même si ses conseils aux collaborateurs d’entreprises sur la pratique du vélo concernent indirectement les déplacements domicile – travail.
Pour l’heure, Vélogik attend les résultats de deux appels d’offres importants à Grenoble (5 000 vélos) face à Transdev, et sur le Sud-Est pour le groupe La Poste (1 600 vélos environ).C. F.
La location, outil privilégié de la SNCF
77 % du parc de la SNCF est aujourd’hui en location longue durée. Côté motorisation,
les véhicules électriques restent marginaux étant mal adaptés aux interventions souvent éloignées de SNCF Réseau, principal utilisateur des 18 000 véhicules du groupe.Sur les 18 000 véhicules de l’entreprise, 14 000 sont utilisés par SNCF Réseau. Pour ces véhicules, destinés à transporter de l’outillage, la motorisation diesel est la plus adaptée Sur l’ensemble de ses véhicules routiers de la SNCF, seul 0,5 % est électrique. Une petite centaine. Autant dire une goutte d’eau. Qui s'explique par les contraintes liées aux infrastructures de recharge, à l’autonomie des batteries, et à la fonction des véhicules. Car la très grande majorité (80 %) des véhicules de service de la SNCF sont des utilitaires de petites tailles, des fourgonnettes comme des Kangoo ou des Berlingo et des camionnettes comme des Jumper. Ils servent pour la plupart à transporter agents et petits matériels sur les lieux de chantier de voie. En effet, les lieux d’intervention sont en général éloignés d’une borne de recharge. Il n’est pas rare que les équipes parcourent 150 km dans la journée, ou plus souvent dans la nuit d’ailleurs, pour se rendre sur les lieux de travaux. Or, si installer un point de charge sur un site ferroviaire est aisé, il est impossible de le faire sur le lieu des travaux.
La SNCF rencontre les mêmes difficultés avec ses anciens véhicules aux GNV (ils représentent également 0,5 % du parc et ont en moyenne entre 8 et 12 ans), qui pâtissent d’un réseau très faible de station de recharge. Si bien que ces véhicules, bicarburation, ne fonctionnent plus qu’à l’essence, annulant le bénéfice de pouvoir circuler au GNV. La SNCF est en train de les sortir progressivement de son parc.
Cependant, si l’électrique est pour l’heure mal adapté à ses missions d’entretien du réseau, l'entreprise les introduit toutefois peu à peu parmi les véhicules légers (15 % de la flotte). Ces voitures sont généralement utilisées par les agents de conduite et les contrôleurs pour se rendre d’une gare à une autre ou vers un technicentre. Autrement dit, ils sont utilisés pour des parcours urbains ou semi-urbains, notamment en Ile-de-France.
Quant aux véhicules attribués en nom propre, ils sont finalement assez rares, assure-t-on à la SNCF. Quelques cadres dirigeants de l’entreprise en bénéficient, se borne-t-elle à indiquer. Les directeurs d'établissement par exemple partagent leur voiture avec d’autres agents. Ils ont droit à une Renault Mégane, une Peugeot 306 ou une Citroën C4.
Enfin, si le diesel reste la norme obligée, la SNCF travaille à un renouvellement plus rapide de ses véhicules afin de rajeunir son parc et avec lui les motorisations aux normes Euro 6. Avec un taux de renouvellement de 97 %, l’âge moyen des véhicules a été abaissé à trois ans et quatre mois depuis dix ans. A partir de trois à quatre ans d’âge, les véhicules commencent à coûter plus cher en entretien et en consommation. Et plus il est ancien, plus il est difficile à vendre et moins il a de valeur. Si bien que la SNCF opte de plus en plus pour la location longue durée. Aujourd’hui, cela concerne 77 % du parc. La SNCF a l’ambition de porter cette proportion à 90 %, avec l'objectif de faire baisser l’âge moyen à deux ans et demi. Le reste du parc (33 %), pour le moment acheté en propre, concerne principalement des poids lourds à l’équipement particulier, dont le marché d’occasion est quasiment inexistant et qui ne parcourent pas plus de 25 000 km. Quant aux quelques voitures particulières que la SNCF possède encore, elles seront progressivement remplacées par des véhicules loués, à mesure de leur radiation.
Yann Goubin
La location longue durée se développe
Les professionnels de la location de voitures en longue durée gèrent 1,5 million de véhicules. Pendant longtemps, la croissance du secteur était à deux chiffres. Depuis quelques années, elle s’élève à 2 à 3 % par an. « La location longue durée a continué à croître quand le marché automobile a été en baisse », relativise François-Xavier Castille, président du Syndicat national des loueurs de voitures en longue durée (SNLVLD), qui est également directeur général d’Arval France.
Selon lui, alors que les grandes entreprises ont longtemps été les clients privilégiés des loueurs, les autres entreprises, qu’elles soient de taille moyenne ou petite, s’y mettent aussi, ainsi que les administrations et même les associations.
Autres tendances fortes, la location de moyenne durée se développe (de 3 mois à 24 mois) et les loueurs proposent désormais un service d’autopartage. « Nos prestations comprennent aussi de la formation, notamment à l’écoconduite, et plus de télématique et d’offre digitale », souligne François-Xavier Castille.
Enfin l’offre de véhicules « verts », se développe, poursuit-il, « même s’il n’y a pas le boom attendu : nos clients sont de gros utilisateurs de la voiture, ils roulent en moyenne de 25 000 à 30 000 km par an. Ce qui ne correspond pas à l’utilisation de véhicules électriques ».
Les véhicules « propres » représentent entre 2 et 3 % de la flotte, selon le SNLVLD. Et le parc est renouvelé régulièrement, tous les 3-4 ans,
les véhicules les plus anciens ayant 4 ou 5 ans au plus.M.-H. P.
Les sociétés d’autopartage multiplient les offresLa gestion des parcs évolue aujourd’hui grâce aux sociétés d’autopartage qui proposent souvent des solutions qui permettent aux entreprises de réduire leur budget sans pour autant bousculer les habitudes des salariés.
Touche pas à ma voiture de fonction ! Ce pourrait être le cri de guerre de certains cadres dirigeants habitués à cet avantage souvent accordé sans barguigner par les grandes entreprises, sans qu’il soit forcément indispensable à la fonction. « Les gestionnaires de parcs ont l’impression qu’on leur enlève du pouvoir quand on leur enlève des voitures », explique ainsi un responsable d’une société d’autopartage. « Le véhicule de fonction est attaché à un statut que les cadres ont beaucoup de mal à abandonner, même s’ils n’ont pas l’utilité du véhicule dans leur travail », raconte un autre. Et pourtant, plusieurs sociétés d’autopartage sont en train de révolutionner ce fonctionnement. Peut-être pas encore jusqu’à le rendre archaïque, mais tout de même. « Depuis deux ans, la demande augmente fortement. Il y a une prise de conscience sur le fait qu’avoir un véhicule attitré à l’arrêt 95 % du temps n’a pas de sens », estime Alexandre Fournier, de Mobility Tech Green.
Les sociétés d’autopartage ont au moins réussi le pari de faire admettre aux entreprises et aux salariés qu’un véhicule partagé présente des avantages pour tout le monde. Et petit à petit elles font leur trou, le plus souvent avec des offres packagées. Revue de détail.Vulog, simple comme un smartphone
Créée il y a huit ans par deux chercheurs de l’Inria qui travaillaient sur la voiture connectée, Vulog a pris son essor avec l’arrivée de la géolocalisation et du smartphone. L’entreprise niçoise propose des services d’autopartage exclusivement aux flottes d’entreprises ou de collectivités locales, grâce à son boîtier qui s’installe en un tournemain dans le tableau de bord de pratiquement n’importe quel véhicule pour gérer l’ouverture des portières, le démarrage, l’authentification du conducteur… Une box qui réalise aussi la synchronisation avec les serveurs de Vulog via le réseau GSM. L’équipement comprend aussi un micro pour que l’utilisateur puisse communiquer avec le support de Vulog, et un GPS. Concrètement, un smartphone ou un badge – typiquement le badge de l’entreprise – qui permet d’utiliser un véhicule après l’avoir préréservé environ 30 minutes avant. Une dizaine d’entreprises se sont laissées séduire à ce jour, parmi lesquelles TF1 – pour 25 véhicules destinés aux journalistes – Veolia, Transdev, PSA et tout récemment la Mairie de Paris pour près d’une centaine de véhicules.
Au total près de 2 000 voitures sont équipées de la technologie Vulog, « ce qui représente plus de 100 000 utilisateurs dans le monde, estime Christophe Amalric, le directeur marketing. Sachant qu’on a déjà enregistré chez Evo à Vancouver qui possède 500 voitures autopartagées, jusqu’à 24 utilisateurs sur un seul véhicule en 24 heures… » La promesse : en moyenne 30 % d’économies sur le budget annuel de gestion d’un parc automobile. L’entreprise est en pleine croissance. A telle enseigne que Vulog vient d’annoncer une levée de fonds de 8,4 millions d’euros auprès du fonds Ecotechnologies, géré par BPI France, et de Environmental Technologies Fund. Vulog ambitionne d’atteindre 3 500 véhicules en 2016, correspondant à un nouveau client chaque mois… La clé du succès selon Christophe Amalric ? « On ne change pas les habitudes des gens, on s’inclut dans leur routine. »Citiz, pour les habitants et les agents de la métropole marseillaise
L’antenne provençale du réseau national créé en 2002, Citiz Provence, a pour client Marseille Provence Métropole depuis cinq ans, avec 80 utilisateurs réguliers. Particularité du système prévu dans l’appel d’offres : les véhicules partagés le jour par les agents, le sont les soirs et week-ends par les particuliers. « Plus que supprimer des véhicules de fonction, l’idée c’est d’abord d’arrêter d’en acheter de nouveaux », décrit Yvon Roche, le directeur de Citiz Provence. L’opération avait au préalable fait l’objet d’une expérimentation sur la base du volontariat. Le parc de voitures partagées touche à ce jour quelque 2 000 conducteurs dans la région, avec notamment 50 agents de la CCI qui viennent juste d’adhérer à Citiz. Tous peuvent au choix conduire une des 30 Renault Twizy, une hybride (20 modèles), ou bien l’une des 50 citadines essence ou diesel. Des véhicules qui réalisent 21 000 km par an.
Mobility Tech Green, même à partir d’un seul véhicule
Cette start-up rennaise issue, en 2009, de la création d’un service d’autopartage dans la ville dès 2002, puis de City Roul’, la voiture en libre service 24/24, 7 j/7 quatre ans plus tard, décline plusieurs offres à destination des gestionnaires de parc. La solution e-Colibri destinée aux grands comptes qui souhaitent du sur-mesure (équipements embarqués, software hébergé et pack de services de communication) ; adoptée par Orange (100 véhicules, des Twizy, des hybrides et des thermiques pour répondre à tous types de déplacements), Bouygues immobilier, Alstom. « L’optimisation du parc permet généralement de réduire le parc automobile de l’entreprise de 30 % et les dépenses d’autant », assure Alexandre Fournier, directeur Marketing de Mobility Tech Green. Les PME peuvent opter pour Mobilycar, une offre clé en main, voiture comprise, développée en partenariat avec Europcar Atlantique, accessible dès un seul véhicule. Enfin, carsharing ready, lancée il y a quelques mois à la demande d’entreprises. C’est une offre packagée mensualisée, à partir de 60 euros par mois et par voiture, qui comprend le hardware et le software avec un call center pour les utilisateurs.
Ubeeqo invente les crédits mobilité pour remplacer la berline de fonction
Vieille de huit ans, l’entreprise qui s’appelait alors Carbox est née de l’idée de mettre en réseau les véhicules des collaborateurs dans les entreprises. Ses premières références ? Airbus, Danone, LVMH, la Snecma (groupe Safran) ou encore Michelin. Elle compte aujourd’hui une trentaine de salariés dans une dizaine de pays et l’arrivée d’Europcar qui a pris 70 % des parts fin 2014 en injectant quatre millions d’euros au capital marque sa volonté de s’internationaliser. « Notre approche est désormais de fournir des solutions de mobilité courte distance aux entreprises, et de devenir des fleet managers », décrit Emmanuel Nedelec, DG France et Benelux d’Ubeeqo. C’est ainsi qu’au-delà d’un pool de voiture à partager, Ubeeqo propose des « crédits mobilité ». Le cadre qui renonce à sa berline de fonction peut ainsi cumuler une Smart ou l’accès aux véhicules partagés et un compte virtuel de crédits mobilité, utilisables à tout moment pour se déplacer en train, VTC ou taxi. Aux entreprises, comme L’Oréal qui a fait ce choix, qui souhaitent externaliser la problématique complexe et coûteuse de la gestion de flotte, Ubeeqo promet des économies de l’ordre de 20 à 40 % en fonction de la taille de la flotte (de 50 à 2 000). « C’est efficace pour les collaborateurs et les comptes de l’entreprise, poursuit-il. Or dans les très grandes entreprises, la gestion des véhicules peut représenter le deuxième centre de coût. » La politique impacte en effet les taxes sur les véhicules de sociétés ou la consommation de carburant. L’entreprise compte une quarantaine de clients, grands groupes comme Veolia, ou PME comme Crèche Attitude, une filiale de Sodexo. Le directeur assure que 18 000 collaborateurs utilisent régulièrement l’interface de réservation de véhicules partagés. Ubeeqo a entrepris de se développer en Allemagne il y a un an, depuis peu en Belgique et prochainement au Royaume-Uni.
Cécile NANGERONI
Elections régionales. Les grands enjeux du transport
Dans les deux, cas il faut améliorer les relations entre les grands pôles urbains. Amiens et Lille au nord, Charleville-Mézières, Metz, Nancy et Strasbourg à l'est. Villes qui sont parfois plus tournées vers Paris que vers leurs voisines. Une véritable réorientation des territoires s'impose, qui ne va pas de soi et qui prendra des décennies avant d'entrer dans les faits. Pas de changement en Paca, mais la région souffre particulièrement de la faiblesse endémique de son système de TER, que n'arrange pas la restriction générale des crédits. En Ile-de-France enfin, la grande affaire est de ne pas accentuer la coupure régionale : la petite couronne est plutôt bien dotée et le sera encore mieux avec le métro du Grand Paris alors que les habitants de la grande couronne souffrent de l'état des RER. Les principaux candidats promettent des investissements massifs…
Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
Le bien-fondé de la fusion diversement apprécié
« C'est une aberration économique et sociale », avait fustigé Martine Aubry l’été dernier à l’annonce de la fusion des deux régions. « Deux régions pauvres n’ont jamais fait une région riche », avait-elle ajouté… La maire de Lille s’est ainsi opposée avec des mots fermes à cette fusion prévue au 1er janvier 2016. Ses craintes peuvent s’entendre : le Nord-Pas-de-Calais est la troisième région la plus pauvre de France, avec près de 20 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. La Picardie, sans être au niveau de sa voisine du Nord, se situe également au-dessus de la moyenne nationale, avec 13 % des habitants vivant sous le seuil de pauvreté. Pourtant, avec un PIB de plus de 150 milliards d’euros, elle sera la quatrième région la plus riche de France.
La position de la maire de Lille est plutôt représentative du scepticisme des habitants. Selon un sondage réalisé par La Voix du Nord en juin dernier, plus de la moitié des Picards (53 %) ne sont pas favorables à cette fusion. Les Nordistes eux sont plus optimistes, puisque 58 % d’entre eux y sont favorables. Il faut donc encore convaincre les habitants du bien-fondé de cette fusion, et pour cela la question de la mobilité est essentielle.
Il existe, malgré ces craintes et ces réticences, d’importantes similarités entre les deux régions dans l’organisation du territoire. Elles sont par exemple toutes deux organisées autour des villes : selon l’Insee, 89 % des habitants des deux régions sont sous l’influence des grandes aires urbaines (les pôles de plus de 10 000 emplois). Elles sont un peu plus espacées en Picardie qu’en Nord-Pas-de-Calais, mais le fait est que sur ces deux territoires, l’influence des villes sur le territoire est considérable.
La première nécessité est donc d’améliorer les échanges entre les grandes agglomérations du territoire. Certes les deux régions disposent d’un réseau routier et autoroutier dense, mais celui-ci est souvent saturé. Et « les liaisons ferroviaires entre les deux régions sont encore trop faibles », selon Raymond Annaloro, président de la commission transport au Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) du Nord-Pas-de-Calais. « Ces liaisons efficaces entre les deux régions, il n’y en a quasiment pas… », assène-t-il. Un exemple : il faut une heure en train pour relier Lille à Paris, mais il en faut plus d’une heure vingt pour relier Amiens et Lille… « Il faut prolonger certaines lignes pour qu’elles aillent d’une région à l’autre », affirme-t-il. Par exemple, le Ceser milite pour que le projet de RER Grand Lille (reliant Lille au bassin minier) soit prolongé jusqu’à Amiens. Mais le projet fait encore débat, du fait de son coût : plus de deux milliards et demi d’euros.
Les deux régions se distinguent également par un réseau fluvial important : ensemble, les deux régions représentent environ 18 % du réseau navigable national. Mais « les échanges fluviaux entre les deux régions sont faibles à cause du tonnage limité des canaux », explique le responsable du Ceser. Alors la région, avec l’aide de l’Union européenne, a entrepris la construction d’un grand canal reliant la Seine (et le port du Havre) au Benelux, traversant la future grande région de haut en bas.
Pour faire en sorte que les deux régions regardent dans le même sens, leurs Ceser travaillent depuis plus d’un an pour harmoniser ce grand Nord. Et alimenter de propositions la campagne des régionales : le canal Seine – Nord, le doublement de la RN25 pour soulager l’A1, une billetterie SNCF unique pour les deux régions, etc. « Il faut que le centre d’intérêt de la Picardie se tourne davantage vers le Nord que vers l’Ile-de-France », ajoute Raymond Annaloro. Assurément le sujet des transports tiendra une place prépondérante dans l’élection, pour construire la future grande région.
Théo HETSCHPierre de Saintignon (PS, majorité sortante) : la SNCF dans le viseur
Le candidat socialiste veut renégocier le plus vite possible les conventions avec la SNCF : « En Picardie les trains sont bondés et souvent en retard, déplore le premier adjoint de Martine Aubry, il faut tout remettre à plat. » Autre motif de colère : l’écotaxe, qu’il voudrait voir appliquée à l’échelle régionale. Son colistier dans le Pas-de-Calais, l’ancien ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, avait suggéré cette idée afin que la région profite de sa situation de carrefour européen, mais il a reçu un refus clair du gouvernement. « Nous remettrons le sujet sur la table, persiste-t-il, aux heures de pointe il y a des longues files de camion qui entravent la circulation. » Parmi ses autres propositions : concrétiser le projet d’autoroute ferroviaire entre le Pas-de-Calais et les Landes – lui aussi retoqué par le gouvernement – ou encore valoriser le covoiturage : « il faut une voie spéciale sur certaines routes pour les voitures transportant plusieurs personnes en covoiturage », propose-t-il.
Xavier Bertrand (LR) : des projets ambitieux mais coûteux
Fin septembre, le candidat Les Républicains s’est rendu à l’aéroport de Lille-Lesquin, qui avec 1,6 million de passagers par an, peine à décoller, notamment en raison de sa situation : il est coincé entre l’aéroport de Charleroi, à une centaine de kilomètres, et celui de Beauvais, à 150 km. Xavier Bertrand souhaite dynamiser l’aéroport, « il faut qu’il soit mieux desservi avec une vraie gare », déclare-t-il. Le Picard veut aussi améliorer la sécurité : s’il est élu, il promet la création d’une police régionale des transports et l’équipement en caméras de surveillance de certaines lignes de train. Pour désengorger la métropole lilloise, il veut ressortir des cartons le contournement sud-est, vieux serpent de mer de la politique régionale depuis les années 1980. Ce projet autoroutier avait été enterré par le rapport Duron en raison de son coût : plus de 350 000 millions d’euros. Autre investissement important : le RER Lille – Lens (plus de deux milliards d’euros), qu’il souhaite relier à la Picardie.
Marine Le Pen (FN) : relier les « oubliés »Le FN du Nord fustige régulièrement la congestion automobile autour de Lille. Pour Philippe Eymery, tête de liste dans le Nord, « il faut relocaliser davantage d’activités vers les zones rurales ». Fervent partisan du projet de Réseau Express Grand Lille, un projet de RER entre Lille et le bassin minier, le FN veut « fluidifier le trafic entre Lens et Lille », explique Philippe Eymery, « il y a 28 passages à niveau entre les deux villes, ce n’est pas possible ! »
Marine Le Pen, qui a lancé sa campagne fin septembre sur une péniche, croit aussi au développement du réseau fluvial, avec l’apport considérable du canal Seine – Nord. « Mais il faut qu’il y ait un lien entre la façade maritime et le canal Seine – Nord », ajoute Philippe Eymery.
Mais le grand credo du parti d’extrême droite est la sécurité. Marqué par la tentative d’attentat du Thalys en gare d’Arras, le FN veut entamer une réflexion sur des portiques de détection, « un peu comme pour accéder au métro, car l’accès au train est trop aisé ».Sandrine Rousseau (EELV) : vers une mobilité zéro carbone
L’écologiste est la seule des principaux candidats à vouloir renégocier le projet de canal Seine – Nord : « trop coûteux, pas compétitif en raison de la longueur du temps de trajet », avance-t-elle avec un exemple : « Même avec le canal, il faudra cinq jours pour relier Paris et Rotterdam, contre cinq heures en camion, par la route. » Elle souhaiterait davantage investir dans le fret ferroviaire et la rénovation des lignes TER de la région : « Avec 1,5 milliard d’euros, on peut rénover l’ensemble des lignes TER et proposer une haute qualité de service. » Sandrine Rousseau a un objectif majeur : « aller vers une mobilité zéro carbone » dans cette région qui s’est construite sur le charbon. Pour cela, elle veut dynamiser le covoiturage, l’autopartage, le télétravail et veut expérimenter l’écotaxe au niveau régional. « Il faut interdire à certains véhicules de circuler lors des pics de pollution », assène l’élue, qui rappelle que la région compte le plus fort taux d’asthmatiques en France.
T. H.
Grand Est. Des logiques territoriales différentes
«Je continuerai de me battre pour l'aéroport de Vatry, troisième plate-forme du Bassin parisien. » La promesse de Jean-Paul Bachy, président sortant (divers gauche) du conseil régional de Champagne-Ardenne, en dit long sur la nécessaire mise en cohésion des infrastructures de transport dans le « Grand Est ». Favorable à un rapprochement avec la Picardie et regardant naturellement vers l'Ile-de-France pour les échanges économiques, l'assemblée régionale champardennaise s'est soumise à contrecœur à l'idée d'un ancrage à l'Est. Le Lorrain Jean-Pierre Masseret (PS) et Philippe Richert, président sortant (LR) du conseil régional d'Alsace, n'appelaient pas non plus de leurs vœux cette fusion avec la voisine de l'Ouest. Un an après l'adoption de la carte de la réforme territoriale par l'Assemblée nationale, la polémique n'est pas retombée. « La fusion a été décidée de manière très artificielle. Champagne-Ardenne a été collée à l'ensemble constitué par la Lorraine et l'Alsace, parce que les socialistes de l'Assemblée nationale ne savaient pas qu'en faire », résume Roger Cayzelle, président du Comité économique, social et environnemental (Cese) de Lorraine.
Avec cinq aéroports à vocation internationale (Vatry, Metz-Nancy-Lorraine, Mirecourt, Strasbourg, Bâle-Mulhouse) sur son territoire et une zone de chalandise étendue à la Belgique (Chaleroi), au Luxembourg, à l'Allemagne (Sarrebruck, Francfort, Baden-Baden), le conseil régional issu des urnes le 13 décembre devra contrer des logiques territoriales crispées sur les infrastructures existantes. « Il va se créer des habitudes de travail en commun, elles vont s'imposer d'elles-mêmes », tempère Jean-Paul Bachy, soutien du socialiste Jean-Pierre Masseret dans une campagne régionale qui a peiné à monter en puissance, depuis la fin de l'été. Les Alsaciens exigeront le maintien de la priorité à l'Euroairport, qui vient de passer la barre des six millions de passagers grâce aux clientèles suisse et allemande, friandes de low cost. Les Lorrains vont chercher, à tout prix, une meilleure coordination entre l'aéroport de Metz-Nancy, en perte de vitesse, et la plate-forme luxembourgeoise du Findel où l'opérateur national, Luxair, pourrait rechercher de nouveaux partenariats.
Dans le ferroviaire, comme pour les flux économiques sur l'axe Strasbourg – Châlons en Champagne, d'inédites relations est – ouest sont à réinventer. « Nous demandons des liaisons interrégionales directes et refusons le maintien d'une situation ridicule où il faut passer en train par Paris », prévient François Giordani, président de la Fnaut Alsace. « Les liens est – ouest sont plus faibles que ceux nord – sud internes à la région, et également plus faibles que les solides liens transfrontaliers avec nos voisins de France et d’Europe », ont confirmé les agences d'urbanisme de la région dans leur étude commune publiée en septembre 2015. Avant la mise en service commercial de la deuxième phase du TGV-Est, en avril 2016, la SNCF proposera dès décembre 2015 deux aller-retours le week-end sur l'ancienne ligne Strasbourg – Paris, via Nancy. « C'est un bon début », reconnaît François Giordani. La rupture de charge à Sarrebourg qui apparaît à la même date sur les liaisons Strasbourg – Metz, en dehors des heures de pointe, marque déjà un recul dans la cohésion recherchée sur l'axe est – ouest. « Nous allons nous battre pour rétablir les trains directs à l'horaire d'hiver », promet François Giordano.Olivier MIRGUET
Jean-Pierre Masseret (président sortant du conseil régional de Lorraine, PS) : respecter les engagements
« Il faut respecter les engagements contractualisés dans les contrats de plan Etat-région. L'électrification de la ligne Paris – Troyes est une revendication ancienne de Champagne-Ardenne, elle doit se faire. La question de la prolongation de cette ligne vers Belfort se posera, plus tard. Plus au nord, la rénovation de la ligne Charleville-Mézières – Givet est indispensable. En Alsace, les opérations inscrites au niveau de l'étoile ferroviaire de Mulhouse et à l'entrée de Strasbourg sont prévues, elles se feront. La grande question de la gare TGV de Vandières est en suspens : après le référendum fin 2014, j'ai décidé de respecter la voix populaire, malgré la faible participation de la population. Je reste favorable à la construction de cette gare d'interconnexion fer-fer, qui s'impose entre Strasbourg et Reims. »
Philippe Richert (président sortant du conseil régional d’Alsace, LR) : résoudre les problèmes routiers
« L'Alsace souffre du report de trafic poids lourds généré par la “Maut” allemande, avec une dégradation plus rapide des infrastructures et des engorgements supplémentaires. Nous avons réfléchi à un certain nombre de mesures pour faire en sorte que ce trafic de transit soit taxé. La question se pose de l'organisation des responsabilités de transport dans tout le pays. L'Alsace a été en pointe dans la régionalisation du ferroviaire. Heureusement qu'on l'a fait. Demain, il faut réfléchir aussi dans le domaine routier. Il faut donner les compétences pour le faire. On peut réfléchir à une expérimentation. En termes routiers, c'est difficile de faire un listing de projets prioritaires. Il ne s'agit pas de faire des listes pléthoriques. On connaît les difficultés : en Alsace, le contournement de Châtenois est une évidence. La construction d’une liaison sud au niveau de Strasbourg, entre le Rhin et Entzheim, doit démarrer. Le retard pris par le Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO) est scandaleux. A plus long terme, la situation de la RN66 est insupportable au niveau de Thann. Le problème, ce sont à chaque fois les moyens. »
Florian Philippot (FN) : entre enjeux locaux et programme national
La tête de liste pour le Front national, n'avait pas encore, au moment où nous blouclions, décliné en région le programme national de son parti, dont il devrait reprendre l'essentiel. La principale annonce locale concerne l'installation du siège du futur conseil à Metz, plutôt qu'à Strasbourg. La sortie du système Schengen, que le FN appelle de ses vœux, serait-elle acceptable pour les travailleurs frontaliers, ralentis par des contrôles douaniers rétablis au passage des anciens postes de frontière vers la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne ? Le désengorgement des axes routiers (A31 au nord de Thionville, ponts sur le Rhin) figure parmi les préoccupations principales des associations de frontaliers. Sollicitée sur ce point précis, l'équipe régionale du FN n'a pas donné suite aux interrogations de Ville, Rail & Transports.
Sandrine Bélier (EELV) : en lutte contre le Grand contournement ouest
L'ancienne députée européenne Sandrine Bélier (EELV), partie en campagne en dehors de toute alliance, a élaboré douze priorités pour les régionales en Alsace-Lorraine-Champagne, orientées sur la vie quotidienne des habitants (alimentation, transport). Les écologistes s'opposent notamment à la construction, en partenariat public-privé, du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, une autoroute 2×2 voies sur 28 kilomètres qui doit délester l'A35 dans sa partie urbaine. Faute d'accord préélectoral, la liste EELV n'est pas donnée parmi les listes susceptibles d'accéder au deuxième tour.
Paca. Un TER à remettre à niveau
Le premier défi pour le futur exécutif régional sera d’améliorer la qualité de service des TER. En 2014, le taux de train en retard a été de 18,6 % (8,5 % en moyenne au plan national) et celui des suppressions de 6,5 % (2,4 % au plan national). Les plus mauvais résultats, de loin, des régions françaises. En renégociant la convention avec la SNCF, qui arrive à échéance en 2016 et dont la durée de dix ans veut être réduite par les candidats, ceux-ci entendent exercer une pression plus forte sur l’opérateur ferroviaire pour améliorer le service. Un autre « levier » sera celui des investissements. Le contrat de plan Etat-région 2015-2020 a inscrit 398 millions d’euros (dont 217 millions par la région) pour la modernisation et l’augmentation des capacités des lignes. Le projet de ligne nouvelle entre Marseille et Nice, comprenant le traitement des nœuds ferroviaires de Marseille et de Nice, vise également l’amélioration des « trains du quotidien ».
La région devra par ailleurs « travailler sur un schéma régional de l’intermodalité », estime Jean-Yves Petit, actuel vice-président délégué aux Transports, et candidat EELV. Il s’agira notamment de favoriser le développement de pôles d’échanges multimodaux et la capacité des gares mais aussi d’harmoniser les tarifications entre les offres régionales, départementales et urbaines. Le tout dans un contexte de baisse globale des dotations d’Etat, de concurrence pour les TER et LER par les liaisons interurbaines privées en car, et « sans ressources dédiées pour le transport public régional », souligne le vice-président sortant.
Enfin, le développement du fret ferroviaire, la création de la métropole Aix-Marseille, le 1er janvier 2016, et l’implication financière des collectivités et AOT dans le réseau régional, seront aussi des enjeux importants pour la politique régionale des transports.
José SOTO
Christophe Castaner (PS, majorité sortante) : améliorer la qualité de l’offreChristophe Castaner, candidat PS de la majorité sortante, reconnaît « un niveau de qualité insuffisant » des TER malgré le développement de l’offre et veut « passer du plus de trains au mieux de trains. […] Ma volonté est de gagner en fiabilité en posant comme principe la consolidation de la qualité », affirme le candidat tête de liste du PS, député des Alpes-de-Haute-Provence. « La convention avec la SNCF va être renégociée en 2016 et elle doit permettre de rebattre les cartes, sur une convention d’une durée de six ans, et non plus dix, mobilisée sur la qualité du train », insiste-t-il. Christophe Castaner veut aussi étendre la gratuité de l’abonnement aux collégiens et aux étudiants.
Côté investissements, outre les 485 millions inscrits dans le CPER 2015-2020, le candidat PS pense pouvoir « dégager des marges de manœuvre » par la renégociation avec la SNCF sur l’exploitation des TER.
Quant à la métropole Aix-Marseille créée le 1er janvier 2016, il « faudra que le volet transport soit au cœur de la négociation entre la région et [elle] » pour « éviter les doublons et renforcer les conditions du transport collectif ». Enfin, Christophe Castaner considère le fret ferroviaire comme un « sujet majeur » pour la région Paca, et veut « garantir » l’ouverture du port de Marseille-Fos vers l’Italie et le centre de l’Europe en soutenant le projet de tunnel ferroviaire du Montgenèvre.
Christian Estrosi (LR) : faciliter les déplacements
Christian Estrosi, tête de la liste Les Républicains, estime que « depuis 18 ans nos territoires sont toujours autant enclavés, les matériels se sont dégradés et l’insécurité a progressé. Cette situation affecte les usagers dans leur quotidien ». Le candidat à la présidence de la région Paca veut « faciliter les déplacements en améliorant la qualité du service ferroviaire, construisant des infrastructures pour améliorer notre accessibilité et en installant des dispositifs pour lutter contre la fraude et l'insécurité. Nous ferons des transports une de nos priorités ! »
Pour lui, l’enjeu de la politique régionale en matière de transports ferroviaires est notamment de proposer « des trains plus nombreux et plus fiables aux heures de pointe ».
La renégociation de la convention avec la SNCF sur l’exploitation des TER devrait être au cœur de cet enjeu avant l’ouverture à la concurrence du transport de voyageurs en 2019.
Christian Estrosi veut par ailleurs instaurer la carte unique de transports, « décentraliser » la maintenance des matériels et mettre à la disposition des usagers des agents de la région pour les accompagner dans leurs démarches dans les gares.
Il pourrait aussi adopter une proposition faite par les usagers : le remboursement partiel de l’abonnement et l’indemnisation des voyageurs en cas d’annulation de TER.Marion Maréchal-Le Pen (FN) : plus de régularité et de sécurité
Tête de liste du Front national, Marion Maréchal-Le Pen pointe du doigt « les graves dysfonctionnements sur la gestion des transports en Paca et particulièrement celle des TER ». Elle souligne « l’impact » des « retards récurrents, la dégradation des rames et du service, les incivilités, sur le quotidien des 100 000 usagers ».
A l’occasion de la renégociation de la convention SNCF-Région, la tête de liste du FN exigerait « la mise en place d’un contrat financier ferme lié à la régularité des trains, la surveillance par un organisme indépendant de la SNCF de la qualité de service, et la sécurité. Cette convention ne doit pas être prise sur dix ans mais tenir compte de l'ouverture à la concurrence en 2019 ». Elle veut en outre associer des représentants des usagers à l’élaboration de la nouvelle convention.
La candidate prévoit aussi « la mise en place d’une police régionale des transports dans les TER, l’introduction de critères de sécurisation des lignes dans la renégociation, en exigeant davantage de qualité de service » et le développement « des lignes de bus alternatives pour les secteurs mal desservis par le train ».
Marion Maréchal-Le Pen souhaite enfin que soit menée « une réflexion sur la possibilité de mettre en place des TER couvrant un segment plus court, mais avec une plus grande fréquence, sur les tronçons de ligne les plus fréquentés ».
Sophie Camard (EELV) et Jean-Marc Coppola (FG) : simplicité et fiabilité
« Simplicité et fiabilité » sont les objectifs de la liste commune EELV-FG conduite par Sophie Camard (EELV) et Jean-Marc Coppola (FG) pour qui la mobilité des personnes et des marchandises est « un des enjeux majeurs de notre société ».
« Les compétences de la région vont être renforcées, avec la gestion des TER mais aussi des transports interurbains et scolaires. La région sera l’organisatrice de la mobilité dans tous les départements », notent-ils. Ils comptent donc proposer la création d’un passe unique dans chaque département, constituant « un pas supplémentaire vers la gratuité pour les scolaires et les fragiles ».
Pour les candidats EELV-FG, l’amélioration du service ferroviaire passe par « un pilotage renforcé et décentralisé des transports, avec un nouveau contrat avec la SNCF dès 2016 », dont l’enjeu principal est « la fiabilité des trains et une garantie pour les voyageurs, avec remboursement en cas de suppressions et retards de train, et l’accès à tous les trains, TER, TET, Thello, TGV, avec un billet régional ».
L’enjeu est aussi « la poursuite du développement des infrastructures et des services pour rapprocher le transport public des habitants, des emplois, de la culture, à dix minutes maximum. » Enfin, ils entendent encourager l’utilisation du vélo pour les déplacements de proximité, mais également l’autopartage et le covoiturage.J. S.
Ile-de-France. Bartolone et Pécresse sur les pas de Jean-Paul Huchon
La candidate Les Républicains promet la révolution et la tête de liste socialiste annonce une accélération. Mais tous deux se placent en fait dans la continuité du président sortant. Le FN veut abandonner le Grand Paris Express, EELV refuse d’entrer dans la course à l’acquisition de matériel et le Front de gauche met l’accent sur les embauches.
Jean-Claude Delarue, l'animateur de l'association SOS Usagers l'avait annoncé. Il irait jusqu'au bout. Il a pourtant jeté l'éponge. En septembre il s'est rallié à Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat souverainiste a un triple message pour cette campagne. Il veut des RER tout neufs, refuse le Grand Paris Express, « pharaonique ». Surtout, à en croire ses affiches, il veut qu'on arrête d'embêter les automobilistes.
Pas de Grand Paris Express, tout pour le RER, l'idée a des partisans tout à fait sérieux et elle a été formulée de façon moins radicale et plus subtile par des grands sages du Cercle des transports. Le couplage avec la défense des automobilistes est plus surprenant. Mais, maire de Yerres, ville de l'Essonne, Nicolas Dupont-Aignan est assez naturellement porté à demander le meilleur accès à Paris par les RER, et à défendre pour le reste le mode de déplacement qui reste le plus évident quand on n'est pas en zone dense. Quant à Delarue, il devient tête de liste en Seine-et-Marne de la liste Debout la France, qui devient un peu un « Debout les damnés du RER », « Debout les forçats des vieux trains ! » Mâtiné d'un « Touche pas à ma bagnole ».
Ce mélange un peu déroutant, on s'attendrait à le trouver à l'extrême droite, souvent prompte à prendre le parti des automobilistes en colère. Les positions du Front national sont à prendre avec d'autant plus de sérieux que la liste, emmenée par Wallerand de Saint-Just, peu connu, est tout de même donnée autour de 20 % à un mois et demi du premier tour et donc largement en position de se maintenir au second tour . Les gisements de voix du FN sont jugés les plus importants en deuxième couronne.
Claude Bartolone et Valérie Pécresse, les deux candidats qui selon les sondages ont le plus de chances de l'emporter, candidats de gouvernement en quelque sorte, se doivent de parer le coup. Car il y a danger, pour les listes #avecbarto ou #jaichoisivalerie à laisser le parti d'extrême droite engranger des voix sur le thème : dans les transports, comme ailleurs, nous seuls représentons les vrais pauvres et les exclus.
Aussi trouve-t-on dans les programmes de ces deux candidats une approche assez soignée de la grande couronne, qui contribue à donner à la campagne un vrai tour régional. Rien à voir avec la campagne très bobo-vélo de Hidalgo vs NKM à Paris. Pas de zone à circulation restreinte, pas de zone 30. On veut du lourd ! Des trains à deux niveaux ! Malgré Volkswagen, malgré COP21, la question du diesel ou de l'électromobilité ressort peu. La pollution n'est pas absente mais n'est pas la question comme elle l'était dans la campagne parisienne. La grande affaire des transports aux régionales, c'est la vie de millions de personnes qui viennent travailler dans des trains bondés ou sont bloquées dans les bouchons.
L'urgence, les deux candidats de gouvernement l'affirment en termes vigoureux. « J'accélère ! », dit Claude Bartolone, quand Valérie Pécresse n'hésite pas à promettre la « Révolution des transports ». Le premier ne peut que reprendre l'héritage Huchon. La seconde se doit de tout changer. Mais quand on oublie les postures et qu'on regarde les mesures, les différences ne sautent pas aux yeux. Si bien qu'on en vient (parfois) à se dire : #avecvalerie #jaichoisibarto.#avecbarto #j'aichoisivalerie pas sur le même tempo
Sur la forme, les différences sont flagrantes. Valérie Pécresse, chef de l'opposition régionale UMP puis Les Républicains depuis 2010, est la candidate naturelle de la droite. A gauche, cela n'a pas été aussi simple. Jean-Paul Huchon se serait bien représenté pour un quatrième mandat, Marie-Pierre de la Gontrie a voulu secouer le cocotier et le président de l'Assemblée nationale, poussé à se présenter, a dit non en avril avant de dire oui en mai.
Résultat, la droite a un temps d'avance. Elle déroule. Un témoin proche des industriels se souvient d'avoir été contacté au tout début de 2015 par l'équipe de la candidate qui souhaitait comprendre le fonctionnement de l'industrie ferroviaire, notamment les contraintes de production. Valérie Pécresse siège au Stif depuis plusieurs années, est entourée de personnes qui connaissent le transport. Particulièrement Gaëtan Grandin, chargé depuis 2010 des transports et des finances à son cabinet, récemment élu premier adjoint au maire de Gagny, puis conseiller départemental de Seine-Saint-Denis. Aussi la candidate a-t-elle donné très tôt une interview au JDD, poursuivi son chemin avec Le Parisien. En délivrant à chaque fois un message choc : j'achète 700 RER, j'achète 1 000 bus. Et, le mercredi 7 octobre a-t-elle tenu une conférence de presse et présenté un document de 19 pages très argumenté, qu'accompagnèrent les jours suivants les déclinaisons départementales du programme, cartes à l'appui…
Rien de tel chez Claude Bartolone, qui a commencé par donner une interview sur les transports assez générale à la lettre professionnelle Mobilettre le matin de la conférence de presse de Valérie Pécresse, a donné une interview au Parisien sur l'ensemble du programme en douze engagements le jeudi 15 octobre. Et devait tenir une conférence de presse, elle aussi générale le jeudi 22 octobre. On ne s'inquiète pas pour « Barto ». Ancien président du conseil général de Seine-Saint-Denis, le président de l'Assemblée nationale connaît parfaitement l'Ile-de-France et devrait pouvoir accélérer sans difficulté. Il sait s'entourer et l'on prête un grand rôle dans la définition de son programme transport à Pascal Auzannet, aujourd'hui président d'Ixxi, la filiale ITS de la RATP. Pascal Auzannet, l'un des grands artisans du projet de métro du Grand Paris, avait d'ailleurs contribué à la campagne de François Hollande sur les transports. Interrogé, il ne dément pas son engagement mais ne fait « pas de communication particulière » à ce sujet.
« Valérie » est donc partie très tôt, « Barto » démarre un peu tard. A cette distinction près, on l'a dit, l'approche du dossier est plus consensuelle qu'il n'y paraît. Pas surprenant. Les transports ne sont pas l'objet d'un vrai clivage et Valérie Pécresse, au conseil du Stif, a voté nombre de projets avec la majorité sortante… Cela dit, que promettent-ils ?
Les RER se commandent à la pelleValérie Pécresse achète 700 RER sur le mandat, soit 407 de plus que ce qui est prévu. Elle a été la première à dégainer sur le sujet. Claude Bartolone explique lui aussi que « la meilleure façon de montrer aux usagers qu'il se passe quelque chose, c'est de changer tous les trains ». Thème éminemment sympathique et porteur. Marre des vieux trains ! Est-il si légitime ? Pas sûr. D'une part il suppose que l'industrie puisse fournir. Pas de problème, dit-on chez Valérie Pécresse. La candidate a consulté les constructeurs, qui le lui ont confirmé. Reste que le rythme de livraison supposé est terriblement rapide – 140 par an ! – et excède ce qu'on peut faire avec les lignes de production et les moyens humains actuels. Même si les constructeurs, par la commande alléchés, se gardent de le faire remarquer.
L'autre point, c'est le financement. Valérie Pécresse a une réponse toute trouvée. Le crédit-bail. Pas si nouveau que cela. Le Stif y a recours depuis 2011. Certes, c'était pour 107 tramways, soit 378 millions d'euros seulement, si l'on peut dire. Cette fois, l'ordre de grandeur est de plus de 7 milliards… 20 fois plus ! Est-il raisonnable d'endetter la région pour de très fortes sommes sur une durée de trente ans ?
Mais la question majeure, ce n'est ni le rythme de production, ni le coût de l'opération. C'est sa légitimité. Un achat rapide et massif de matériel conduirait à radier des rames certes vieillies, mais tout à fait en état de marche, et qu'une opération de rénovation à mi-vie peut profondément moderniser, sans dépenser trop d'argent public. Ce qu'il faut viser, selon des spécialistes, pour un matériel d'une durée de vie de 40 ans, c'est un âge moyen de 20 ans. Et un âge moyen de l'aménagement intérieur de 10 ans. Il serait inutile et coûteux de vouloir aller au-delà. Et, en fait, on n'est pas en si mauvais chemin que cela, puisque, fin 2016, l'ensemble du parc aura été remplacé ou modernisé…
Signalons aussi que les deux candidats veulent largement recourir au pilotage automatique pour les RER, excellente idée qui a fait son chemin.Réseau : on modernise
Si les trains sont souvent en rade, ce n'est pas tant le matériel qui est en cause que l'infra. Valérie Pécresse veut consacrer à la modernisation 100 millions de plus qu'aujourd'hui, soit pas loin de 700 millions. Claude Bartolone fait plus : 800 millions. On ne saurait lui donner tort. Cela ne sert pas à grand-chose d'avoir des trains flambant neufs si, parallèlement, l'infrastructure est pourrie. Le problème c'est que, malgré l'augmentation depuis les dernières années de 2 000 postes à SNCF Réseau en Ile-de-France, les moyens de production du gestionnaire d'infrastructure sont saturés, et que l'accélération des travaux ne peut pas être assurée simplement avec des moyens financiers supplémentaires.
Pour les bus, c’est toujours plusValérie Pécresse veut commander un millier de bus supplémentaires, avant tout destinés à la grande couronne. Le système est cohérent. Il correspond d'ailleurs à ce qu'on a pu entendre dire de la part de professionnels. Quand on compare les systèmes de l’Ile-de-France et du Grand Londres, on se dit qu'un renforcement des bus pour des radiales ou des rocades, serait le bienvenu. Mille bus en plus sortiraient de la galère une bonne partie des Franciliens. Assez logiquement, Valérie Pécresse demande que l'on adapte les infrastructures routières au nouveau dispositif. Et compte sur les bus pour prolonger les services de nuit dans l'ensemble du territoire. Les services de nuit, Claude Bartolone pour sa part les confie plutôt aux trains ou aux métros, et va même jusqu'à vouloir aller à des services 24h/24.
Passe Navigo : le passe unique préservé… et augmentéAffaire étrange, le principe d'une tarification unique était soutenu par Roger Karoutchi, le prédécesseur de Valérie Pécresse à la tête de l'UMP régionale. Jean-Paul Huchon qui n'en voulait pas avait dû l'accepter, prix de son accord avec les écologistes. Il a tenu parole en fin de mandat. Quasi impossible, quand une telle mesure est votée, de revenir en arrière. Valérie Pécresse l'a tout de suite reconnu. La gauche Huchon était contre, la droite Pécresse aussi et c'est une victoire d'EELV d'avoir réussi à faire passer la mesure. Pierre Serne, vice-président Transport et Déplacements du conseil régional doit d'autant plus la savourer qu'aujourd'hui, les candidats, non seulement la gardent mais en plus veulent l'étendre et en faire le support de toute une gamme de services…
Sécurité prioritéOn s'en doute, le sujet sécurité est affirmé de façon plus directe par Valérie Pécresse qui réitère sa demande que l'on soit tenu de présenter une pièce d'identité. Contexte sécuritaire de lutte contre le terrorisme, mais aussi de lutte contre la fraude, dont les opérateurs font un de leurs principaux objectifs. Pour Valérie Pécresse, 10 % seulement des PV sont payés, contre 70 % des PV des automobilistes. Claude Bartolone ne se dit pas convaincu par l'idée et rappelle que la possession d'une carte d'identité n'est pas obligatoire. Il souhaite plutôt modifier les conditions de délit de fraude d'habitude. Approche qui est celle du gouvernement et que doit traduite une prochaine proposition de loi qui sera présentée par Gilles Savary. Claude Bartolone souhaite d'autre part aller vers un corps unique regroupant tous les agents de sûreté.
Le FN ne veut pas du métro du Grand Paris
Le FN, est-ce l'effet de la dédiabolisation, est assez sage et prudent dans les propositions transport. Le candidat se félicite du passe unique, demande la mise en œuvre des schémas directeurs des RER, le passage au pilotage automatique des RER et de la plupart des lignes du Transilien, le prolongement d'Eole à l'ouest. La grande affaire pour le FN c'est la sécurité et c'est dans le chapitre consacré à cet aspect du programme qu'est traité le sujet. Tout de même, une proposition radicale. L'abandon du « pharaonique » Grand Paris Express. Ce qui permet au FN d'économiser une trentaine de milliards et de financer sans difficulté les mesures qu'il évalue entre 10 à 12 milliards. Dont l'une est particulièrement coûteuse ; le doublement du tunnel Châtelet – Gare du Nord.
Le Front de gauche embauche
Mesure phare du Front de gauche, emmené par Pierre Laurent : l'embauche de 10 000 personnes dans les transports (2 000 pour la maintenance, 3 000 pour l'humanisation, 5 000 pour l'offre). Le Front de gauche propose aussi un passe Navigo à 35 euros mensuel pour les retraitées, la gratuité des transports pour les moins de 18 ans, le quadruplement des investissements pour les vélos afin d'augmenter sensiblement sa part modale grâce à l'effacement des coupures urbaines, et la réalisation d'un plan d'urgence pour les RER, allant bien au-delà du plan de mobilisation de la région. Il demande pour ce faire que soit lancée une procédure de débat public semblable à ce qui avait été fait pour Arc Express. A ceux qui pourraient juger que tout cela est bien dispendieux, le Front de gauche estime qu'il est bien plus raisonnable que Valérie Pécresse en ce qui concerne le matériel roulant qu'il souhaite en grande partie rénover. Et que la plupart des mesures seraient financées par des ressources affectées, par exemple des taxes sur des parkings. Enfin, remarquons une attention particulière portée par le Front de gauche au développement d'espaces logistiques urbains, préoccupation quasiment absente de la campagne.
EELV n’est pas dans la course à l’échaloteAu moment où nous bouclions ces pages, EELV, emmené par Emmanuelle Cosse, venait tout juste d'arrêter les éléments clés de son programme. On sentait EELV un peu pris de court par ce qui lui semblait une surenchère des deux principaux candidats. Tout n'était pas fixé, mais on voit bien que EELV s'apprêtait à se centrer sur les usages, sur les parcours, pour permettre au bout du compte aux usagers, qui passent en moyenne 1 heure 40 dans les transports en Ile-de-France, de gagner un temps significatif, jouant sur les meilleures correspondances entre les modes, ou bien sur le transport à la demande, etc. Problème : ces mesures sont sans doute efficaces et payantes, et plus réalistes que des mesures flamboyantes. Mais elles parlent moins à l'électeur…
EELV s'apprêtait aussi à remettre en chantier un véritable ticket T, ticket qui, sur le modèle de nombreuses villes, ait une validité d'environ une heure trente et permette les changements de mode. Autre axe, sur lequel EELV avait déjà communiqué : la prolongation des services de nuit le week-end, jusqu'à 3h du matin, pas seulement pour les métros mais aussi pour les RER ou les tramways… ce qui suppose d'ailleurs, correspondance oblige, à faire en sorte que les bus soient au rendez-vous. Ce qui nécessite aussi un renforcement de la présence humaine, dans les rames et dans les bus, au-delà de ce qu'ont prévu les contrats du Stif avec les opérateurs.F. D.