Résultats de recherche pour « LOM »

  • Nouvelle commande ferroviaire importante pour Hitachi en Grande-Bretagne

    Le conglomérat japonais Hitachi a annoncé le 30 juillet la signature officielle d'un contrat avec la firme britannique FirstGroup pour la fourniture de 29 trains devant desservir des lignes vers le sud-ouest de la Grande-Bretagne, notamment au départ de Londres.
    Ces nouvelles rames doivent venir remplacer à partir de 2018 une flotte vieille de 40 ans. Il s'agira de sept configurations à neuf voitures et 22 configurations à cinq voitures, soit un total de 173 voitures.

  • Faiveley racheté par l’américain Wabtec

    Faiveley, équipementier ferroviaire basé à Gennevilliers, en région parisienne, a annoncé le 27 juillet être entré en négociations exclusives avec l'américain Wabtec Corporation, ce dernier ayant fait une offre ferme portant sur l'acquisition de l'ensemble de son capital, pour environ 1,7 milliard d'euros.
    Le groupe issu de ce rapprochement, qui pourrait voir le jour dans moins d'un an, et réaliser quatre milliards d'euros de chiffre d'affaires par an, suit ainsi le mouvement initié dans l'industrie ferroviaire début 2013, avec le rachat par l'allemand Siemens de la branche signalisation du britannique Invensys pour 2,2 milliards d'euros, qui avait créé le numéro un du secteur (20 % du marché).
    En février dernier, le conglomérat industriel japonais Hitachi a repris les activités ferroviaires de l'italien Finmeccanica, Ansaldo STS et AnsaldoBreda, moyennant 809 millions d'euros.
    Alstom Transport attend quant à lui le feu vert de Bruxelles pour reprendre les activités ferroviaires de l'américain General Electric (parallèlement au rachat par ce dernier du pôle Energie d'Alstom). Ensuite, le groupe compte procéder à des acquisitions.
         
       

  • Pas de modèle unique pour les trains touristiques

    Pas de modèle unique pour les trains touristiques

    Ils ont beau attirer près de quatre millions de clients par an, les trains touristiques pâtissent d’un manque de notoriété en France. Et pourtant, ce secteur d’activité est apte à redynamiser des territoires souvent fragiles, en créant des emplois à plein-temps et de proximité, et en ranimant des territoires ruraux de plus en plus désertés. Reste à adopter le bon modèle économique pour garantir une exploitation à l’équilibre, comme l’ont rappelé les intervenants du colloque de l’Unecto « Le tourisme, un trafic marginal pour les lignes capillaires ? », qui s’est tenu le 2 juin, dans les Salons Milan, à Paris. Morceaux choisis.

     

    Avec 3,7 millions d’entrées payantes par an, les trains touristiques pourraient être l’un des moteurs de « la renaissance touristique de nombreuses régions ». A une condition toutefois, précise Louis Poix qui préside l’Union des exploitants de chemins de fer touristiques et des musées (Unecto) : les acteurs doivent se professionnaliser. « C’est un point crucial », estime-t-il, de même que « leur mise en réseau ». Et de glisser au passage que l’Unecto, qui compte actuellement 91 adhérents, a désormais « un représentant officiel à la Fédération européenne des chemins de fer touristiques (Fédécrail). Avec près de 100 sites actifs, nous sommes maintenant à la deuxième place à Fédécrail, derrière les Anglais, et nous nous rapprochons d’eux. C’est positif, sachant que la France compte environ 100 trains touristiques sur un total de 400 recensés dans l’Union européenne. »

    Voie déferrée : attention, danger !
    Que faudrait-il pour progresser encore ? « Surtout, éviter les mauvais choix techniques. Créer un réseau touristique à partir d’une voie ferrée qui a été déposée, cela oblige à réinstaller une voie normale. Or, c’est un immense travail, trop coûteux, trop compliqué. C’est ce qu’a fait le Conifer entre Pontarlier et Métabief, dans le Jura, en reposant une voie qui avait été déferrée en 1971 : ça a été très difficile, très long, et pour 10 kilomètres seulement ! Il faut donc bien réfléchir avant de faire la dépose d’une voie, car, par la suite, les coûts d’une réinstallation sont vraiment faramineux. » Son conseil ? « Mieux vaut conserver une voie désaffectée, quitte à la mettre en sommeil en attendant de pouvoir la remettre en état, avant de faire circuler un train avec l’agrément du Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés », indique Louis Poix. C’est cet organisme qui accorde, ou non, l’autorisation de circuler en dehors du réseau ferré national (RFN).
    Actuellement, les trains touristiques français représentent 1 200 km de voies (hors TER). Les trois quarts d’entre eux circulent en dehors du RFN. Autre paramètre à prendre en compte selon Louis Poix, les contraintes liées à la situation géographique : car bien sûr, « l’entretien d’une ligne de montagne est plus difficile que sur le littoral ».

    En Bretagne, la Vapeur du Trieux inscrite au contrat de région
    Le littoral, justement, est évoqué par Gérard Lahellec, vice-président du conseil régional de Bretagne, chargé des Transports, qui a insisté sur la grande diversité des cas de figure des lignes capillaires de sa région : combinaison voyageurs-fret, train touristique, ligne régulière du quotidien, train saisonnier… Et de citer l’exemple du Tire-Bouchon, un TER classique qui circule dans le Morbihan et qui a reçu ce surnom, car « durant l’été, il permet d’échapper aux embouteillages sur la route reliant Auray à la presqu’île de Quiberon. Ce train a de nombreux adeptes parmi les vacanciers et les touristes », rejoignant ainsi la grande famille des trains touristiques. Une famille dont tous les membres ne se ressemblent donc pas… ce qui complique les choses. « Nous observons une grande diversité dans nos territoires, mais nous sommes prisonniers d’une certaine culture du “général”, du “global” », insiste Gérard Lahellec qui met en garde contre « le risque du dogmatisme : décliner une loi pour tous, sans tenir compte des particularismes. Cela empêche le dynamisme, la vie. Or, la vie, c’est le mouvement ! »
    La Bretagne, qui compte de nombreuses lignes capillaires menacées, a inscrit intégralement ces dernières dans le contrat de région, car « le levier touristique est synonyme d’une mobilité culturelle qui, au final, sert l’intérêt général ». Ce que soulignait le rapport du Conseil national du Tourisme (CNT) publié en 2013 et intitulé Le devenir des chemins de fer touristiques : « L’existence d’un train touristique dans une région n’est pas la panacée, mais elle peut être source de développement économique, de création d’emplois directs ou indirects pour leur canton ou leur région. »
    D’où l’intérêt, pour un territoire, de conserver cet atout touristique et, pour cela, de trouver des partenaires financiers. « Par exemple, pour la Vapeur du Trieux, qui relie Guingamp et Paimpol dans les Côtes-d’Armor, l’investissement pour rénover l’infrastructure représentait 28 millions d’euros. La région en prend 40 % à sa charge et l’Etat 20 % : il manquait encore 40 %, détaille-t-il. Aujourd’hui, nous avons réuni 27 millions d’euros, il n’en manque plus qu’un pour boucler le budget. »

    Le transfert de gestion, oui. Le transfert de propriété, non !
    La région Paca est une autre région « plurielle » en matière de ferroviaire. Son vice-président chargé des Transports, Jean-Yves Petit, évoque les 150 km de réseau à voie métrique, « utilisés à la fois pour le transport quotidien des habitants et le tourisme. Ce service public est exploité en régie régionale depuis un an ».
    Pour la période 2015-2020, les investissements (ex : achat de matériel roulant) sont conséquents (33 millions d’euros) et dûment planifiés. « L’Etat a déjà injecté un million d’euros pour la partie la plus rurale, située en altitude, qui compte 28 000 habitants répartis sur un réseau long de 100 km. »
    A l’inverse, concernant la partie « basse », soit Nice et ses environs, « nous sommes dans une logique pleinement urbaine, avec un objectif de quatre trains par heure. Nous n’aurons pas l’aide de l’Etat. La région, elle, contribuera largement. Quant à la métropole, elle réserve sa réponse ».
    Une autre caractéristique des lignes capillaires dans cette région est le maintien de lignes classées « Défense nationale », interdites aux trains touristiques. « Ces lignes ne sont plus du tout utilisées, mais elles demeurent en place pour des raisons d’ordre stratégique, car l’armée en a besoin », ajoute-t-il.
    Aux passionnés qui ont un projet de train touristique, Jean-Yves Petit conseille : « Ne restez pas entre vous. Ouvrez-vous à l’extérieur, allez frapper aux portes, rencontrez les élus des communes, des départements, des régions ! Ils peuvent vous aider. »
    Et de citer l’exemple des Chemins de fer de Provence : la région a obtenu le transfert de gestion – « Ce n’est plus l’Etat qui est le gestionnaire de l’infrastructure, c’est nous » –, et non le transfert de propriété de l’Etat vers la région, « dont nous ne voulions pas car ce n’est pas tenable au niveau financier ». Il s’interroge sur un autre scénario, lié au fret, celui-là. « Le percement du tunnel routier de la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, implique l’évacuation des déblais : ce pourrait être une opportunité de remettre du trafic fret sur les rails. La région deviendrait ainsi opérateur ferroviaire de proximité », suggère l’élu.

    Le seuil des 20 000 passagers
    A l’opposé de Nice, sur la carte de France, se trouve le Chemin de fer de la Baie de Somme (CFBS), acteur incontournable du tourisme avec 187 700 voyageurs en 2014. Mais Maurice Testu, son président, rappelle combien le chemin a été long pour obtenir ces résultats. « La ligne CFBS était menacée de fermeture dans les années 1950. Elle a été sauvée en 1958 grâce aux 150 000 voyageurs qui l’ont empruntée pour se rendre sur le littoral, et c’est en 1971 qu’a débuté l’exploitation touristique entre Le Crotoy et Noyelles-sur-Mer, par l’association de bénévoles fondée l’année précédente. On a sauvé les meubles, pourrait-on dire ! »
    Les années 1990 ont été consacrées au développement commercial et à la promotion, les années 2000 à la professionnalisation des équipes. Actuellement, 92 % du chiffre d’affaires proviennent d’une section de 14 km (Noyelles – Le Crotoy) du réseau, qui en fait 27 au total.
    En 1997, le conseil général de la Somme a racheté six kilomètres de voies à Réseau Ferré de France, entre Noyelles et Saint-Valéry, mais en conservant un point de jonction avec le RFN à Noyelles. « Nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux, car nous n’avons pas perdu l’ambition du trafic fret : nous disposons d’une voie à quatre files de rails, refaite pour une charge 22,5 tonnes par essieu ! »
    Autre point crucial, la professionnalisation : « en 1972, dernière année d’exploitation commerciale, on comptait 18 salariés. Nous n’avions alors que des bénévoles, raconte Maurice Testu. En 2015, pour 230 jours d’exploitation par an, nous avons 23 employés, dont 19 permanents, et 400 bénévoles, dont 100 “actifs”. Le bénévolat représente 250 000 euros par an », poursuit-il en précisant que « c’est à partir du seuil de 20 000 voyageurs, et pas avant, que nous avons pu créer un emploi : d’abord un poste commercial, à mi-temps, puis à partir de 1985, nous sommes passés aux postes techniques. Aujourd’hui au CFBS, tout le monde est polyvalent. » Et à l’aise pour accueillir comme il se doit les touristes français et étrangers venus découvrir le magnifique décor naturel de la baie de Somme. « Une grande partie de notre clientèle est anglaise ou belge néerlandophone : notre calendrier est adapté aux périodes de vacances scolaires de ces pays. »
    Avec un chiffre d’affaires de deux millions d’euros, l’exploitation est à l’équilibre. Concernant la commercialisation, s’il y avait jusque récemment un manque de cohésion avec les TER Picardie pour la vente de billets combinés, cela a changé en 2015. « Désormais, nous sommes présents dans leur système de vente, tout le monde est au courant. Et nous-mêmes, nous vendons des billets TER. »
    Quant aux projets, ils ne manquent pas : régénération des voies, prestation de fret (transport de sable) liée au projet de désensablement de la baie, tourisme industriel avec la visite des ateliers du CFBS, mise en circulation d’une rame chauffée « Quatre saisons » pour garantir le confort aux passagers pendant la saison hivernale… Autant d’idées pour faire oublier qu’ « en baie de Somme, nous n’avons pas le même ensoleillement que le sud de la France… ».
    Anne JEANTET-LECLERC

  • Quand Bordeaux change d’époque

    Quand Bordeaux change d’époque

    «Le bonheur est à… Bordeaux », titrait récemment Le Parisien. Le journal rendait publics les résultats d’une enquête de l’institut CSA sur la ville dans laquelle une majorité de Français aimeraient vivre. En tête du classement, la cité girondine. Comment imaginer un tel engouement quand, il y a encore vingt ans, on ne parlait d’elle que comme d’une « belle endormie ». Et encore, c’était pour être aimable car, entre le trafic automobile et les façades grisâtres du centre-ville, il fallait avoir de la mémoire ou de l’imagination…
    Bordeaux, qui a toujours joui d’une localisation entre terre et mer exceptionnelle, présente aujourd’hui un visage totalement métamorphosé. Cette transformation, saluée par les enquêtes d’opinion, Bordeaux la doit à l’inhabituelle coopération entre les élus de droite et de gauche. Bien sûr Alain Juppé est aujourd’hui le premier des rénovateurs mais avec lui, il y a eu, il y a encore Alain Rousset (PS), président de la Région Aquitaine et Vincent Feltesse (PS) qui furent tous deux présidents de la CUB – devenue Bordeaux Métropole en janvier dernier.
    Les projets foisonnent. Que l’on en juge sur seulement deux années. Entre 2013 et 2015, mise en service du pont Jacques-Chaban-Delmas, le plus haut pont levant d’Europe, mise en service d’une première partie de la troisième phase des lignes A et C du tramway, ouverture du nouveau stade de plus de 40 000 places, livraison des premiers programmes immobiliers sur d’anciennes friches ferroviaires, etc. La métropole s’est donnée pour objectif de construire 50 000 logements le long des axes de transports pour atteindre à horizon 2030 le seuil symbolique du million d’habitants, contre 730 000 aujourd’hui.
    D’autres réalisations sont attendues. La Cité des civilisations du vin est prévue en 2016, le pont Jean-Jacques-Bosc entre Bordeaux et Floirac en 2018… et bien sûr la LGV en 2017. Une LGV qui va s’accompagner d’un nouveau quartier. Là aussi, la ville et l’Etat ont investi massivement. Sur un territoire de 738 ha au sud de l’agglomération, Bordeaux Euratlantique, Opération d’intérêt national (OIN), est l’un des plus grands projets urbains en France (voir encadré p. 40). Avec comme pierre angulaire la gare Saint-Jean, cette cité dans la cité se déploiera sur les deux rives de la Garonne, via le futur pont Jean-Jacques-Bosc : logements, centre d’affaire, bureau, espaces verts, culture avec l’emblématique Meca (Maison de l’économie créative et de la culture en Aquitaine).
    Saint-Jean Belcier ne sera donc plus un quartier de gare (synonyme, jusqu’il y a peu, de lieu interlope) mais un écrin flambant neuf pour la nouvelle LGV. Avec son carré VIP, comme il se doit. Mais VIP au sens actuel, c’est-à-dire, le luxe de vivre mieux en ville, lenteur et volupté au pied de la grande vitesse (voir encadré p. 38 et interview p. 41).
    Les politiques de déplacements ont été au cœur de la transformation de la ville. Juppé dès son arrivée abandonne les projets de métro de son prédécesseur et opte pour le tram. La réflexion sur la mobilité se poursuit à mesure que la ville se rénove. En 2012, Vincent Feltesse lance un Grenelle des mobilités et fait plancher pendant six mois les principaux acteurs institutionnels sur les problèmes de congestion. Il en résulte la signature, le 6 février dernier par l'ensemble des entités (Bordeaux Métropole, le département, la région, le conseil général, la CCI, La Poste, EDF, Keolis, l’aéroport, au total 22 acteurs) d’une charte des mobilités de l’agglomération bordelaise. Celle-ci comprend 20 principes d’actions « pour une mobilité fluide, raisonnée et régulée ». 17 mesures sont prises dont le déploiement de « contrats employeurs-salariés-collectivités » pour la mise en place de Plans de déplacements entreprise (PDE), un plan coordonné de covoiturage, une nouvelle politique de stationnement ou un plan coordonné vélos.
    L’arrivée de la LGV s’inscrit dans cette politique de déplacements dont elle constitue en quelque sorte le couronnement. Le fait que Bordeaux soit dans moins de deux ans à deux heures de Paris donne une dimension supplémentaire à la transformation de la cité girondine à laquelle l’ensemble des acteurs se sont préparés et crée des attentes nouvelles. « Le marché de l’immobilier est relativement stable depuis une dizaine d’années, avec 75 % de transactions inférieurs à 500 m2, il est porté principalement par des transactions sur les PME, Constate Pierre Coumat, président de l’Observatoire de l’immobilier d’entreprises de Bordeaux (OIEB), avec l’arrivée de la LGV, nous disposons aujourd’hui des outils pour faire des opérations de taille plus importante pour accueillir les entreprises qui souhaite bénéficier d’un phénomène vitrine à Bordeaux. »
    Pour autant, les Bordelais sont conscients que la LGV ne fait pas tout. « Elle n’est en fait qu’un accélérateur, un amplificateur des tendances préexistantes », comme aime à le rappeler Jean-Marc Offner, directeur général de l’a-urba, l’agence d’urbanisme de Bordeaux. Auteur, il y a vingt ans, d’un article sur le mythe des effets structurants du transport, il a jeté un vrai pavé dans la mare à une période d’euphorie générale concernant la grande vitesse. « Mais aujourd’hui, pour Bordeaux, les indicateurs sont au vert tant en termes d’attractivité pressentie qu’effective si l’on en juge par son dynamisme économique et démographique et par les hausses de fréquentation touristique. » Bordeaux d’ailleurs vient d’être élue « Meilleure destination européenne », devant Lisbonne et Athènes par le site de l’association European Best Destination. « La LGV arrive au bon moment », souligne Jean-Marc Offner.
    Alain Juppé, maire de la ville et président de Bordeaux Métropole, partage cet optimisme : « Il s’agit vraiment d’un saut qualitatif pour la clientèle d’affaires comme pour celle du tourisme de court séjour. Le nombre de voyageurs devrait doubler », estime-t-il (lire l’interview p. 36). Mais le succès tiendra aussi au nombre de dessertes quotidiennes et au maillage régional. Or, cette question n’était pas réglée à l’heure où nous mettions sous presse. Elle a fait l’objet d’une forte polémique entre SNCF, les collectivités et Lisea, le concessionnaire de la LGV. La première craint de perdre beaucoup d’argent en exploitant cette LGV en raison des péages élevés demandés par Lisea tandis que les collectivités qui ont participé à son financement réclament en contrepartie un nombre conséquent d’arrêts. Alain Juppé, lui, demande une vraie navette avec Paris, comme en bénéficient Lille ou Lyon. Et attend le prolongement de la ligne vers Toulouse. Pour lui « Bordeaux a vocation à être le carrefour ferroviaire du Sud-Ouest européen ». Et de fait, la ville n’a de cesse que de travailler son attractivité en jouant la carte régionale. « La grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes va créer de nouvelles interdépendances », ajoute Jean-Marc Offner.
    Bordeaux cultive l’image d’une métropole ouverte qui veut prendre sa place dans le sud-ouest de l’Europe en promouvant un nouvel art de vivre dans la ville, une ville tournée vers la mise en valeur du patrimoine et de la nature. La cité girondine a par ailleurs des ambitions en matière numérique. Elle a été récemment été labellisée Métropole French Tech, ce dispositif lancé par le gouvernement en 2013 visant à accélérer la croissance des start-up et des entreprises numériques dans les territoires qui leur sont les plus fertiles, et à appuyer leur développement à l’international. Là encore, Bordeaux Euratlantique a joué un rôle majeur puisque la Cité numérique, vitrine des savoir-faire du numérique en Aquitaine et à Bordeaux Métropole se trouve dans son giron. En somme, il souffle en ce moment sur la cité girondine un petit vent Californien fort agréable. Avec la LGV, comme cerise sur le gâteau.
    Delphine Roseau

    —————

    « Nous demandons une vraie navette TGV, similaire à la desserte de Lyon ou Lille »
    Entretien avec Alain Juppé, maire de Bordeaux

    Alors que Bordeaux se prépare à devenir une métropole d’un million d’habitants et qu’elle a investi dans de nombreux projets, son maire, Alain Juppé, regrette que la proposition de desserte TGV ne soit pas à la hauteur des attentes et des ambitions de la ville.

    Ville, Rail & Transports. La première arrivée du TGV à Bordeaux date de 1990, en quoi le fait de réduire le trajet d’une heure va-t-il selon vous changer la donne ? Est-ce que l’on peut véritablement parler d’un bouleversement ?
    Alain Juppé.
    Depuis 1990, le TGV roule à grande vitesse sur une partie seulement du trajet, entre Paris et Tours. Avec les travaux réalisés depuis plusieurs années sur la voie, le temps de trajet est de 3 heures 15 au minimum, soit aux limites supérieures du champ de pertinence du TGV. La mise en service de la ligne nouvelle mettra Bordeaux à 2 heures de Paris. Elle permettra de faire aisément l’aller-retour dans la journée, voire de travailler une partie de la journée à son bureau, tout en pouvant assister à une réunion à Paris ou Bordeaux. Il s’agit vraiment d’un saut qualitatif pour la clientèle d’affaires comme pour celle du tourisme de court séjour. Le nombre de voyageurs en gare de Bordeaux devrait doubler.

    VR&T. On constate qu’un foisonnement d’initiatives sont mises en place autour de différents quartiers que ce soit Bordeaux Euratlantique, l’écoquartier Ginko, le bassin à flots avec la Cité des civilisations du vin et bien d’autres. Quelles sont les synergies attendues entre ces aménagements et réalisations et l’arrivée du TGV ? Qu’en attendez-vous ?
    A. J.
    Le projet urbain de Bordeaux Métropole prend largement en compte l’arrivée de la grande vitesse. C’est le cas, en particulier, de l’opération d’intérêt national Euratlantique, qui, avec 738 hectares s’étendant de Bègles à Floirac, constitue la plus vaste opération d’aménagement au plan national, et vise notamment à restructurer le quartier de la gare. Avec un centre d’affaires, 480 000 m2 de bureaux, 50 000 m2 de commerces, 160 000 m2 de locaux d’activités, 70 000 m2 de capacité hôtelière, 16 000 logements et des équipements publics, ce projet a l’ambition non seulement de créer un quartier d’affaires, à l’instar de Lyon-Part-Dieu ou d’Euralille, mais également de créer une nouvelle centralité et un quartier à haute qualité de vie, exemplaire de la ville du XXIe siècle, respectueuse de l’environnement et de la nature, connectée et caractérisée par la mixité fonctionnelle et sociale.
    Plus globalement, Bordeaux se prépare à devenir une métropole d’un million d’habitants et les mises en chantier se multiplient. Le nouveau stade, qui accueillera l’Euro 2016, la Cité des civilisations du vin, la grande salle de spectacles, la modernisation du parc des expositions, la cité numérique, mais aussi un nouveau pont et la poursuite de la densification du réseau de tramway, sont autant de réalisations qui contribuent à renforcer l’attractivité de la métropole.

    VR&T. Quel sera impact de l’arrivée du TGV sur l’immobilier à Bordeaux ?
    A. J.
    L’impact est d’ores et déjà perceptible. Le dynamisme de l’immobilier à Bordeaux porte la filière qui souffre au niveau national. L’une des conséquences peut être une pression à la hausse des prix. C’est pourquoi nous portons l’effort sur la réalisation de logements sociaux locatifs ou en accession sociale et sur des offres de logements à prix abordable où, par exemple, l’acquéreur se charge des finitions. Dans les zones d’aménagement en cours et en projet, 35 % des logements sont des logements sociaux.

    VR&T. Bordeaux a été récemment classée ville préférée des Français après Paris, et l’arrivée du TGV va encore renforcer son image au niveau national et international. Comment souhaitez-vous positionner Bordeaux par rapport aux autres villes françaises et européennes ? Avez-vous envisagé une spécialisation de la ville autour de certains secteurs économiques comme le vin ou le tourisme d’affaires ou encore le numérique ?
    A. J.
    Bordeaux bénéficie d’une notoriété internationale grâce au vin et au classement de la ville historique au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette image d’excellence et d’art de vivre est un atout considérable qui nous permet de mettre en valeur nos autres forces : le numérique, dont le dynamisme a été reconnu par le label French Tech, l’aéronautique et l’espace avec le pôle de compétitivité Aerospace Valley, la filière bois avec le pôle de compétitivité Xylofutur, les lasers avec le pôle de compétitivité Route des lasers, la construction nautique, et bien sûr le tourisme, d’affaires et de loisirs. Bordeaux a reçu le label de meilleure destination européenne 2015. Le tertiaire supérieur est également un axe majeur pour une capitale régionale dont l’accessibilité sera encore accrue avec l’arrivée du TGV.
     

    VR&T. Dans l'espace mondialisé, avec l'importance croissante du phénomène de « métropolisation », la compétition entre les villes se développe et certaines d’entre elles ont mis en place des campagnes de marketing urbain comme Lyon, Londres ou encore Amsterdam (OnlyLyon, Visit London, I love New York…), avez-vous envisagé la création d’un slogan et d’une campagne correspondante à destination des investisseurs ?
    A. J.
    Bordeaux a lancé une marque « Osez Bordeaux », qui est notamment portée par des ambassadeurs issus du monde économique. Dans la compétition des grandes villes, il s’agit de faire connaître nos atouts qui sont nombreux : situation géographique, qualité de vie, patrimoine architectural, classé par l’Unesco, mais aussi viticole et gastronomique, dynamisme économique avec un taux de création d’entreprises figurant parmi les plus importants au plan national et des filières phares que j’ai déjà évoquées.

    VR&T. Au mois d’avril, a été créé le Club TGV destiné à optimiser les retombées économiques de la nouvelle desserte, qu’en attendez-vous ?
    A. J.
    J’en attends une mobilisation de tous les acteurs, publics et privés, en vue de maximiser les retombées économiques du TGV. Si les acteurs publics et les grands investisseurs ont depuis dix ans anticipé l’arrivée du TGV, il reste aujourd’hui à mobiliser les énergies pour créer de nouvelles opportunités d’affaires et de développement pour les entreprises. Je pense en particulier à la filière du tourisme, mais aussi aux activités tertiaires supérieures.

    VR&T. Y a-t-il une ville qui a, selon vous, particulièrement bien tiré parti de l’arrivée du TGV et qui pourrait vous inspirer ?
    A. J.
    Lille est exemplaire, comme Aix en Provence. Il ne s’agit pas pour nous de dupliquer un modèle, mais de trouver notre propre voie, tirant parti de nos atouts spécifiques comme des mutations actuelles qui transforment nos modes de vie et de travail. Il nous appartient de bâtir un modèle qui réponde à la recherche par nos concitoyens d’une meilleure qualité de vie, à une mobilité toujours plus importante et aux nouveaux modes de travail.


    VR&T. Les récentes propositions de dessertes faites par la SNCF se traduiraient par un passage de 20 à 17 du nombre de liaisons quotidiennes mais avec une augmentation des TGV directs, que pensez-vous de cette proposition, quel dispositif souhaiteriez-vous pour Bordeaux et pour quel impact ?
    A. J.
    La proposition de desserte de la SNCF est très en deçà des ambitions que les collectivités, qui contribuent pour 1,8 milliard d’euros au financement de la LGV SEA, peuvent légitimement avoir. Nous demandons une vraie navette, avec un train à la demi-heure en heures de pointe et à l’heure en heures creuses, similaire à la desserte de Lyon ou Lille. C’est la condition du basculement modal massif de l’avion vers le train et donc de la réussite du TGV. Par ailleurs la SNCF ne prend pas suffisamment en compte les villes intermédiaires, Poitiers, Angoulême, Libourne, dont les conditions de desserte sont dégradées. Je plaide pour la mise en service de TGV avec un seul arrêt, deux au maximum, permettant de conserver le bénéfice de la grande vitesse pour tous et de relier Bordeaux, futur siège de la grande région, aux principales villes.

    VR&T. La commission d’enquête a récemment rendu un avis négatif pour la prolongation de la LGV vers Toulouse et vers la Côte basque, quel pourrait être l’impact pour Bordeaux de ces ambitions régionales à la baisse en matière de grande vitesse ?
    A. J. Le ministre, que j’ai rencontré avec les présidents des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées, doit rendre sa décision prochainement. Je ne veux pas imaginer que l’Etat ne tienne pas ses engagements. Le Sud-Ouest est en retard en matière d’infrastructures à grande vitesse par rapport à la Bretagne ou à l’Est. Toulouse, la quatrième ville de France, n’est pas reliée à Paris par TGV. L’arrêt des Grands projets du Sud-Ouest, au sud de Bordeaux, aurait évidemment des conséquences pour Bordeaux qui a vocation à être le carrefour ferroviaire du Sud-Ouest européen, à la croisée du corridor atlantique vers l’Espagne (Bilbao à 1 heure 50) et de la liaison transversale vers Toulouse, Narbonne et le Sud-Est.    
    Propos recueillis par D. R.

    ————————-

    Métamorphose urbaine autour de la gare

    C’est une véritable métamorphose urbanistique à laquelle se prépare Bordeaux pour accueillir la LGV Sud Europe Atlantique en 2017. Particulièrement pour le quartier de la gare, Belcier, qui va bénéficier le plus de cette transformation urbaine.

    Loin de se limiter aux abords de la gare, l’opération d’intérêt national Bordeaux Euratlantique concerne 738 hectares situés à cheval sur Bordeaux, Floirac et Bègles. D’ici 20 ans, 25 000 habitants s’installeront dans 17 000 nouveaux logements tandis que des immeubles de bureaux modernes accueilleront 25 000 emplois au sein de quatre projets urbains distincts : Saint-Jean Belcier, Garonne Eiffel Bordeaux/Floirac (de l’autre côté de la Garonne), Bègles Faisceau et Bègles Garonne. Cinq milliards d’investissements publics et privés sont prévus. Des moyens à la hauteur de l’ambition d’une agglomération qui souhaite compter sur la scène européenne et se mobilise pour conjuguer sa qualité de vie avec une modernité faite d’innovation et de développement durable.
    La mobilité est au cœur du projet. Pour absorber une augmentation prévue du nombre de passagers fréquentant la gare de Bordeaux de 10 à 18 millions à l’horizon 2020, Euratlantique créera un hub multimodal. Il articulera les déplacements européens et nationaux de la LGV, régionaux des TER (qui seront cadencés et plus fiables grâce à des lignes dédiées), métropolitains (outre le tramway, plusieurs lignes de transport en commun en site propre seront créées) et locaux grâce au « VIP » (vélo intermodalité piétons), un anneau d’espaces publics sans voitures reliant la gare aux quais. « Le VIP est la manière choisie par Bernard Reichen, urbaniste de réputation mondiale, pour accompagner le passage des 300 km/h de la LGV à la ville à 10 km/h des piétons et des vélos », explique Frédéric Brouard, responsable de la Communication chez Euratlantique.
    Ce VIP structure le projet urbain Saint-Jean Belcier, le quartier le plus proche de la gare, qui mêlera un quartier d’affaires dédié au tertiaire supérieur (finance, assurances) et au numérique (voir l’entretien avec d’André Delpont p. 40) dont les premiers bureaux seront livrés en 2017, avec des logements (à partir de 2018). Ce quartier est emblématique de la manière de procéder d’Euratlantique, basée sur la concertation, la mixité des espaces et la conservation du patrimoine. « Dans les années 60, on détruisait et on faisait des grands ensembles avec une nouvelle architecture. En 2015, on fait dans la dentelle », témoigne Frédéric Brouard, qui consacre beaucoup de son temps à la concertation. « Ce projet est un nouveau morceau de ville. » Jusqu’à présent, le quartier Belcier était isolé du reste de la ville, entre voies ferrées, friches ferroviaires, le MIN (Marché d’intérêt national) et le quai de Paludate avec son ancien abattoir. Quartier de la gare avec ses SDF, ses prostituées et ses boîtes de nuit, Belcier a longtemps été mis de côté. « Quand Euratlantique a été lancé avec son projet de ramener du monde, des commerces, des services, les habitants l’ont vu comme leur salut », affirme Frédéric Brouard. Le cœur du quartier avec ses petites maisons sera donc conservé en l’état et préservé de la circulation automobile. La métamorphose se fera en essayant de conserver le patrimoine de valeur : la gare de Brienne, le centre du tri postal, la halle des abattoirs… Le MIN restera sur place, mais s’ouvrira davantage sur le quartier. Le totem du quartier Belcier sera la Meca (Maison de l’économie créative et de la culture en Aquitaine), un bâtiment à l’architecture remarquable qui ouvrira ses portes en 2017 en bord de Garonne. Sur 145 hectares, on y trouvera 3 700 logements, 285 000 m² de bureaux (parmi lesquels le siège de la direction régionale de la Caisse d’Epargne Aquitaine-Poitou-Charentes dont la première pierre a été posée récemment), 45 000 m² d’hôtels, 90 000 m² d’équipements et de services (dont une piscine en bord de Garonne), 15 000 m² de commerces de proximité et 12 hectares d’espaces verts. « Le but est de reconstruire l’anarchie urbaine, de donner envie aux gens d’y vivre et de s’y promener la semaine comme le week-end, indique André Delpont, expert conseil Economie chez Euratlantique. C’est pourquoi nous avons fait le choix de la mixité bureaux/logements partout, y compris au sein de chaque immeuble. »
    Parmi la myriade de projets portés par Euratlantique, on peut évoquer, sur la zone Bègles Faisceau, la Cité numérique qui concentrera sur les 27 000 m² rénovés d’un ancien tri postal de très nombreuses start-up du numérique à partir de 2016. Ou Newton, un cluster économique autour de la croissante verte qui ouvre cette année sur une ancienne friche de 4,5 hectares en cœur de ville. Et le pont Jean-Jacques Bos, un audacieux projet conçu par Rem Koolhaas avec un espace équitablement partagé entre piétons, vélos, transports en commun et automobiles, transformable en lieu de vie entre Belcier et Floirac. Une chose est sûre, la perspective de l’arrivée de la LGV à Bordeaux a créé un dynamisme urbain qui n’est pas prêt de s’arrêter !
    Catherine Sanson-Stern
     

    —————-

    Dédoublement de la gare Saint-Jean pour accueillir la LGV

    La gare Saint-Jean se prépare à l’arrivée de la LGV dans deux ans. 14 chantiers sont en cours, le plus impressionnant étant celui de la rénovation de la grande halle de 17 400 m2.

    A deux ans de l’arrivée de la LGV à Bordeaux, qui devrait faire exploser le nombre de voyageurs de 10 à 18 millions par an, c’est l’effervescence à la gare Saint-Jean. Pas moins de 14 chantiers sont en cours pour un coût total de 200 millions d’euros ! « C’est un des plus gros chantiers de France actuellement », souligne Stéphane Bousquet, directeur du projet d’extension de la gare pour SNCF Gares & Connexions.
    Le plus visible et impressionnant est sans doute la rénovation de la grande halle voyageurs, une des plus grandes d’Europe avec ses 17 400 m². Une forêt d’échafaudages d’une dizaine de mètres de haut masque aux voyageurs ce superbe témoin de la révolution industrielle datant de 1898. Inscrite aux monuments historiques, la halle n’a jamais été refaite et nécessite une rénovation complète d’une durée de 20 mois, qui sera achevée au deuxième trimestre 2016. Le coût de 46 millions d’euros est financé à 96 % par RFF et à 4 % par le ministère de la Culture au titre des monuments historiques.
    Mais le projet qui changera le plus profondément la perception de la gare de Bordeaux est son extension, et par là même son ouverture, sur sa partie arrière et le quartier Belcier, la transformant en gare double face. La gare bis a été confiée à Jean-Marie Duthilleul. Elle doit être achevée pour l'arrivée de la LGV. Au sud de la gare Saint-Jean, un pont enjambant les voies, conçu par Marc Mimram, sera livré en 2018.
    Le nouveau parvis (aménagé par Euratlantique) sera accessible aux piétons, aux vélos, aux taxis et aux transports en commun et une nouvelle halle voyageurs de 2 500 m², comparable à celle de la gare Saint-Jean, proposera 1 800 m² de services et de commerces. « Nous apporterons aux voyageurs des services et des espaces supplémentaires, en lien avec les aménagements urbains, explique Stéphane Bousquet. Nous répondrons notamment aux besoins de stationnement car la LGV drainera des passagers de toute la région qui viendront essentiellement en voiture, même si beaucoup sera fait pour développer les transports en commun. » Deux parkings de 1 600 places s’ajouteront aux 500 places existantes : dès 2017, un parking de 860 places sera créé sur sept niveaux (dont un au sous-sol réservé à la dépose-minute) avec une vélostation sécurisée de 370 places suivie, en 2019, par un parking de 750 places autos et 150 places vélos. L’investissement se monte à 73 millions d’euros dont 53 % pris en charge par Vinci Park, futur gestionnaire des parkings, et 27 % par Gares & Connexions.
    Les autres chantiers sont notamment la création d’une station de maintenance TGV de 600 m², avec deux voies sur pilotis de 500 m (31 millions d’euros, livré fin 2015) et d’un atelier de maintenance des TER de 2 000 m² pour accueillir les nouveaux matériels Régiolis et Regio 2N (24 millions, livré début 2016). Mais aussi la construction de deux nouvelles voies au nord de la gare Saint-Jean pour supprimer le « bouchon ferroviaire de Bordeaux » (245 millions, livrées fin 2016), le renouvellement de sept voies (11 millions, achevé) et la mise en accessibilité des quais (15 millions, achevée mi-2017).
    Catherine Sanson-Stern
     

    ————

    Bernard Reichen :
    « La voiture ne dessine plus la ville »

    L’agence Reichen et Robert & associés est l’architecte en chef du quartier Bordeaux-Saint-Jean/Belcier, qui occupe environ 170 ha de l’ensemble du périmètre de l’OIN Euratlantique. Un nouveau quartier dans lequel va prendre place la gare bis, le nouvel accès à Bordeaux-Saint-Jean, de l’autre côté des voies. Quartier délaissé, Belcier se métamorphose pour une part en quartier « VIP ». Une appellation que décode pour nous Bernard Reichen.

    Ville, Rail & Transports. Toute une partie de Belcier devient un quartier VIP. Qu’entendez-vous par là ?
    Bernard Reichen.
    Nous avons voulu donner un nom ronflant à quelque chose qui est l’antithèse de la grande vitesse. Nous avons réalisé une boucle de 3 kilomètres, que délimite le dernier kilomètre du quai de la Garonne, un kilomètre longeant les voies, où sera la nouvelle gare, et une rue/jardin. Ce triangle, nous l’avons appelé espace VIP… ce qui veut dire tout simplement « vélo intermodalité piéton ». Nous nous sommes dit : quand on arrive à Bordeaux, dans les quartiers historiques, et presque au cœur historique, il n’y a aucune raison de ne pas entériner la rupture entre la grande vitesse et une ville qui a choisi le tramway, la marche à pied. L’échelle de temporalité que l’on a dans la ville, on doit la comprendre sur le champ.

    VR&T. Comment le situer dans le nouveau Bordeaux ?
    B. R.
    C’est un site rêvé. Autour de la gare ancienne, il y a tout un territoire industriel qui ne demande qu’à être transformé. Ce n’est pas la gare seule qui fait le développement, c’est la réorganisation de l’endroit où elle se trouve. Le travail qui a été fait depuis des années avec les Bassins à flot et le dessin des quais par Corajoud arrive maintenant à sa concrétisation. On est dans le dernier kilomètre de cette magnifique courbe de la Garonne.
    D’habitude, on réalise deux ponts par siècle. Bordeaux fait deux ponts en une génération. D’un côté le nouveau pont [le pont levant Chaban-Delmas, NDLR], de l’autre un grand pont fait par OMA qui va être très spectaculaire, extrêmement intéressant. Ces deux ponts représentent un bornage de la ville dans ses deux extrémités.

    VR&T. A propos de l’ancien quartier Belcier vous parlez de « back-office ». Qu’est-ce à dire ?
    B. R.
    Les grandes villes avaient concentré plus ou moins dans le secteur ferroviaire leur principe de logistique. On assiste aujourd’hui à une mutation du foncier autour du domaine ferroviaire. Dans ce quartier Belcier, nous avions le Marché d’intérêt national (MIN), les abattoirs, un centre de traitement de déchets, le tri postal, des chais… Tout est imbriqué. Ce sont des territoires issus du monde ferroviaire du début du XXe siècle. Le tri postal va s’en aller ailleurs, les abattoirs sont partis. Le MIN va rester. On pourrait dire qu’il n’a rien à faire là, mais il a sa propre économie, personne n’a pris la responsabilité de le faire partir. Tant mieux. C’est un fantastique espace de 20 ha près de l’eau.
    Chaque domaine va se moderniser pour lui-même. Chaque domaine va devoir apporter à son environnement des façades urbaines. L’ensemble de ces domaines sont reliés par un domaine public relativement autonome, qui n’est pas la résultante du plan de circulation ni du bâti. Cela fait une forme urbaine particulière.

    VR&T. Quel en est la particularité ?
    B. R.
    Notre VIP, c’est un tracé, mais ce n’est pas un tracé comme on le faisait avant. Ce n’est pas un axe. Il est déconnecté de la voiture. On part du principe que la voiture ne dessine plus la ville. Dans ce quartier, nous avions la possibilité de créer un espace autonome déconnecté des voiries, et d’associer les vélos, les piétons à des jardins.
    Propos recueillis par F. D.

    —————

    Trois questions à André Delpont, expert conseil Economie/Europe chez Euratlantique : « L’effet d’anticipation est meilleur qu’à Lille à la même période »

    Ville, Rail & Transports. Pouvez-vous nous préciser ce qu’est Bordeaux Euratlantique et quels sont ses enjeux ?
    André Delpont.
    Bordeaux Euratlantique est un projet d’aménagement au service du territoire et de la valorisation de la LGV. C’est une opération d’intérêt nationale mise en œuvre par un établissement public d’aménagement créé en 2010, avec une implication financière de l’Etat. J’y vois trois enjeux : désenclavement, développement durable et business. D’abord, le désenclavement avec le TGV qui met Bordeaux à 2 heures de Paris et en fait la grande banlieue de la mégapole européenne. Ensuite, le développement durable. Un des facteurs de succès de Bordeaux est son attractivité résidentielle, avec une demande de vie saine. Pour être exemplaire, il ne faut pas laisser les nouveaux habitants s’installer partout mais les recentrer vers le cœur de l’agglomération avec un cadre urbain de qualité. Enfin, le business. L’atout maître de Bordeaux est l’éco-innovation : l’innovation issue du croisement de plusieurs secteurs. Au sein du schéma de développement pour la métropole, les clusters économiques sont identifiés avec des lieux (Ecoparc, Aéroparc, route des Lasers…). Notre objectif est de faire d’Euratlantique un lieu dédié au tertiaire supérieur, à la finance et au numérique, des secteurs au croisement de la technologie et des services qui vont bien au cœur de la ville.

    VR&T. Comment comptez-vous attirer les entreprises ?
    A. D.
    Nous ne sommes pas inquiets sur le succès de Bordeaux Euratlantique car les entreprises achètent un écosystème. Bordeaux attire les jeunes cerveaux qui veulent y vivre et travailler. Les entreprises les trouveront sur place ou auront de la facilité à les faire venir. Nous avons créé l’association « Bordeaux place financière et tertiaire », qui réunit les grands noms de la finance et du conseil installés chez nous afin d’attirer d’autres banques et assurances. Nous avons aussi créé la Cité numérique dans un ancien centre de tri postal, sur le modèle du cluster numérique de Lille, afin de permettre la convergence des entreprises du jeu vidéo, des SSII… Plusieurs start-up s’y sont déjà installées. Sur 500 000 m² de bureaux à construire d’ici 2030, 100 000 seront livrés d’ici 2017 et on connaît déjà les occupants de 50 000 m² : la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes dont le siège est en construction sur le quai de Paludate, Mazars, Orange, Suez, Société Générale, Régus…

    VR&T. Pour l’instant il s’agit surtout de relocalisation de directions régionales ou d’entreprises locales. Pensez-vous attirer au-delà ?
    A. D.
    Nous avons mené une opération séduction avec « Bordeaux place financière et tertiaire » à Bruxelles en septembre 2014 et à Londres en juin 2015. Depuis trois ou quatre mois, des entreprises parisiennes et internationales arrivent. L’Agence Bordeaux Gironde Investissements n’a jamais eu autant de demandes d’information que depuis six mois. L’effet d’anticipation est meilleur qu’à Lille à la même période. En 1991, lorsque Bordeaux s’est retrouvé à 3 heures de Paris en TGV, il ne s’est rien passé, contrairement à Marseille. Ce coup-ci, on ne ratera pas le coche !
     

    Propos recueillis par Catherine Sanson-Stern

  • Une ligne mixte pour prolonger la LGV Méditerranée

    Une ligne mixte pour prolonger la LGV Méditerranée

    En octobre 2017, la ligne à grande vitesse Méditerranée va se prolonger un peu plus côté Languedoc avec la mise en service du contournement de Nîmes – Montpellier (CNM). TGV et trains de fret se côtoieront sur ce nouveau tronçon de 60 kilomètres. Une mixité qui a conditionné la conception générale de la ligne, celle des ouvrages d’art et impose une double signalisation.

    Entre Manduel, à l’est de Nîmes, et Lattes, à l’ouest de Montpellier, la LGV de contournement de Nîmes et Montpellier (CNM) va prolonger à partir d’octobre 2017 la ligne à grande vitesse Méditerranée ouverte depuis juin 2001. Elle s’inscrit dans les objectifs du Grenelle de l’environnement prévoyant le lancement de 2 000 km additionnels de LGV sur le réseau national d’ici 2020. Ce nouveau tronçon représente lui-même un peu le trait d’union avec le projet de ligne nouvelle à construire de Montpellier à Perpignan pour rejoindre la section internationale Perpignan – Figueras mise en service en 2010, elle-même prolongée jusqu'à Barcelone fin 2013. La ligne CNM proprement dite est longue de 60 km auxquels s’ajoutent 20 km de raccordements au réseau existant, répartis en 10 km de liaisons sur la rive droite du Rhône et 10 km vers Jonquières, Lattes et Manduel. Les enjeux sont nombreux. Tout d’abord, accroître l’attractivité du transport de voyageurs à grande vitesse vers le sud de la France, l’Espagne et sur l’axe Nice – Bordeaux. Les TGV qui circuleront dessus à 220 km/h dans un premier temps offriront des gains d’une vingtaine de minutes sur les trajets. Montpellier sera ainsi à 1 heure 10 de Marseille, 1 heure 30 de Lyon, 3 heures de Paris et 4 heures 30 de Lille. Ensuite, le report des TGV sur cette ligne nouvelle va permettre d’accroître l’offre des trains régionaux en Languedoc-Roussillon. Grâce à la libération de sillons, un trafic TER supplémentaire de 30 % est envisagé sur la ligne classique qui, avec environ 230 trains au quotidien – TGV, TER et fret confondus – est aujourd’hui proche de la saturation. L’objectif du conseil régional Languedoc-Roussillon étant de pouvoir offrir en heure de pointe un train régional toutes les quinze à vingt minutes. Un espoir est aussi fondé sur un report significatif du fret de la route vers le rail. Soit potentiellement 10 millions de tonnes par an, ou encore 3 000 poids lourds en moins chaque jour sur l’autoroute. Des poids lourds dont le nombre à la frontière espagnole du Perthus a été multiplié par cinq en vingt ans ! Pour la région le projet représente aussi plus d’un milliard d’euros de retombées économiques. Enfin les quatre années de chantier sont créatrices de 6 000 emplois par an, directs et indirects.
    La grande particularité de la ligne CNM, c’est donc sa conception d’emblée pour permettre la circulation à la fois de rames TGV et de trains fret à 100-120 km/h. Certains n’hésitent pas à annoncer cette mixité comme « une première sur le réseau ». Pas tout à fait. Même si les trafics actuels sont loin de ceux espérés (voir VR&T n° 575), TGV, AVE espagnols et convois de marchandises se côtoient déjà sur les 44 km de la LGV internationale Perpignan – Figueras. Mi-2017, avec la mise en service de la ligne nouvelle Bretagne – Pays de la Loire en construction, des trains de fret pourront aussi circuler sur un peu plus d’une vingtaine de kilomètres du contournement du Mans. Dès l’origine, cette future cohabitation sur Nîmes – Montpellier a représenté un défi majeur pour les concepteurs du projet. RFF tout d’abord qui a mené cinq années d’études ayant permis d’aboutir à la déclaration d’utilité publique le 17 mai 2005, suivies d’un programme d’études complémentaires visant à élaborer l’avant-projet sommaire. En juillet 2012, la maîtrise d’ouvrage de CNM est confiée officiellement à Oc’Via, société créée spécialement dont Bouygues est l’un des actionnaires. Le contrat de partenariat public privé (PPP) d’une durée de 25 ans vise à financer, concevoir, construire et maintenir la ligne jusqu’en 2037. Au constructeur alors de relever le défi. « C’est un challenge. La mixité induit le sur-mesure », résume Thierry Parizot, directeur général d’Oc’Via (voir entretien page 60). La déclivité devant être limitée (13,5 mm/m maximum ponctuellement) pour autoriser la circulation des trains de fret, la ligne a dû être bâtie presque à plat. Ceux-ci étant plus lourds que les rames TGV, la prise en compte d’une majoration des charges ferroviaires de 33 % (25 tonnes à l’essieu retenu ici contre 17 tonnes pour les TGV), et les sollicitations plus élevées sur les tabliers des viaducs ont fortement influencé le dimensionnement des fondations et des structures d’ouvrages.
    Bien qu’elle soit construite en plaine, la ligne en concentre une densité inédite. Ses 80 km de linéaire comptent 176 ouvrages d’art courants et 12 non-courants, dont 11 viaducs qui franchissent l’autoroute A54, la RN113, le Vidourle, le Vistre et la Sarelle, le Lez et la Lironde. Le douzième est la tranchée de Manduel. Tout cela équivaut à un ouvrage tous les 450 m environ. A comparer à une moyenne de 860 m sur la ligne Sud Europe Atlantique (Tours – Bordeaux) et de 1 054 m sur celle Bretagne – Pays de la Loire (Le Mans – Rennes). Outre cette densité élevée, CNM se caractérise par une large palette de types d’ouvrages dont la réalisation a été dictée par des contraintes de planning, d’organisation, des exigences techniques et environnementales. Les ouvrages courants comportent ainsi des monotravées, des multitravée, des préfabriqués… Dans les non-courants, on trouve un bowstring métallique mixte, un Warren métallique, deux mixtes bipoutres, cinq quadripoutres en béton armé préfabriquées… Une multiplicité d’ouvrages et de techniques mises en œuvre qui a incité la direction Technique Infrastructures, composée de 25 personnes en pointe, rattachée à la direction de Projet d’Oc’Via, « à définir les lots études en fonction du type d’ouvrages plutôt que de choisir un découpage par tronçons géographiques, explique Dominique Regallet, directeur technique au sein d’Oc’Via Construction. Le planning du projet très tendu et les équipes travaux étant mobilisées simultanément sur l’ensemble du tracé, environ 30 à 40 % des ouvrages ont dû faire l’objet d’un processus d’études accéléré, nécessitant des ressources adéquates à tous les échelons de la chaîne de production et de contrôle ». Cette DT Infra a été créée pour gérer le développement des études d’exécution réalisées par une douzaine de bureaux d’études sous-traitants. Systra et Setec sont, pour leur part, pilotes de la maîtrise d’œuvre conception-construction.
    Michel BARBERON
    ——————–

    Un projet de 2,28 milliards d’euros

    Avec les deux gares nouvelles prévues et les autres missions réalisées par SNCF Réseau (ex-RFF), le financement global du projet CNM s’élève à 2,28 milliards d’euros. La moitié provient de l’Etat, 30 % des collectivités locales, 20 % de SNCF Réseau. Le contrat PPP proprement dit est estimé à 1,8 milliard d’euros. 594 millions d’euros sont des subventions publiques de la région Languedoc-Roussillon, du conseil général du Gard, de la communauté d’agglomération de Nîmes, de la communauté d’agglomération de Montpellier, de SNCF Réseau. Le reste est assuré par Oc’Via (117 millions en fonds propres) et par des prêts bancaires atteignant 1,052 milliard d’euros.

    La LGV en chiffres

    Longueur : 60 km de Manduel à Lattes.
    Raccordements : 20 km (Lattes, Redessan, Jonquière, Saint-Gervasy, Virgulette).
    Matériaux : 9,1 millions de m3, cinq zones d’emprunt (ligne majoritairement construite en remblais).
    Béton : 310 000 m3.
    Ecrans phoniques : 37 km.
    Gares nouvelles : Deux. Montpellier-Odysseum (plate-forme à huit voies, livraison en 2017) ; Nîmes-Manduel (plate-forme à quatre voies, livrée en 2020).
    Longs rails soudés : 17 500 tonnes.
    Traverses monoblocs béton : 211 000.
    Appareils de voie : 28.
    Ballast : 620 000 tonnes.
    Poteaux caténaire : 6 500.


    Les acteurs

    Maîtrise d’ouvrage (hors gares et jonctions) : Oc’Via constitué pour l’essentiel de Méridian Infrastructure (53 %) et Fideppp (27 %).
    Maîtrise d’œuvre Ingénierie, pilotes : Systra, Setec.
    Construction de la ligne : Oc‘Via Construction, GIE concepteur/constructeur (Bouygues, Colas, Colas Rail, Alstom, Spie Batignolles).
    Design général de la ligne : Cabinet d’architecture Alain Spielmann.
    Entretien de la ligne jusqu’en 2037 : Oc’Via Maintenance (mêmes acteurs que Oc’Via Construction).
     

    Les dates

    Mai 2005 : déclaration d’utilité publique.
    Janvier 2012 : Oc’Via désigné titulaire pressenti.
    28 juin 2012 : signature du contrat PPP de 25 ans. Oc’Via devient maître d’ouvrage du CNM (hors gares et jonctions).
    Juillet 2012-fin 2013 : procédures loi sur l’eau, inventaire faune et flore, acquisitions foncières, fouilles archéologiques, déviations des réseaux.
    Fin 2013 : démarrage des terrassements et du génie civil.
    Fin 2015 : début des équipements ferroviaires.
    Mi 2017 : essais et tests.
    Octobre 2017 : mise en service.

    ——————

    « La mixité du trafic induit le sur-mesure »
    Entretien avec Thierry Parizot, directeur général d’Oc’Via

    Ville Rail & Transports. Pourquoi avoir créé Oc’Via ?
    Thierry Parizot.
    Lors de l’appel d’offres, un groupement, dont Bouygues TP était mandataire, a mené l’ensemble du dialogue compétitif et toute la phase études. Etant nommés attributaire pressenti pour le contrat de partenariat public-privé en janvier 2012, nous avons créé Oc’Via dont Bouygues Construction et ses filiales sont l’un des actionnaires. L’essentiel de l’actionnariat de la société du projet, la maîtrise d’ouvrage que je représente, est constitué d’investisseurs financiers.

    VR&T. En quoi cette ligne est-elle particulière ?
    T. P.
    La mixité du trafic est un premier challenge. C’est une donnée d’entrée source de contraintes qui exige de trouver les bons référentiels à appliquer. Comme il existe très peu de lignes bâties pour la grande vitesse qui reçoivent aussi des trains de marchandises, il y a par moments des difficultés à se raccrocher à l’existant. Clairement, la mixité induit le sur-mesure. Elle a aussi des impacts sur la conception comme les profils longitudinaux. Pour ne pas dépasser un certain pourcentage des rampes vis-à-vis des trains de fret, la ligne est quasiment à plat, ce qui a forcément joué sur toute l’optimisation des mouvements de matériaux.

    VR&T. Un peu plus de cinq ans entre l’attribution du contrat de PPP et la mise en service prévue en octobre 2017, Oc’Via n’a pas de temps à perdre.
    T. P.
    Le temps c’est de l’argent et un facteur essentiel de ce genre de PPP. Du début à la fin, il induit des organisations, des contraintes, des pressions. L’essentiel dans ce challenge temps était de respecter impérativement les 18 mois pour les études et obtenir toutes les autorisations administratives nécessaires au démarrage du chantier. Et, au final, assurer la livraison en octobre 2017. A partir du moment où cela a été tenu, c’est devenu un chantier de génie civil relativement traditionnel tel qu’on sait le pratiquer ailleurs. Si nécessaire, il suffit d’augmenter les moyens, les cadences.

    VR&T. Oc’Via a été confrontée à d’autres difficultés ?
    T. P.
    Après, mais là ce n’est pas inhérent à cette ligne-là et d’autres y sont confrontées de la même façon, c’est la multiplicité des acteurs. Par exemple sur les sujets hydrauliques, nous avons eu en face de nous les communes, les agglomérations de communes, les syndicats d’aménagement de tel et tel cours d’eau. Tout le monde y allait de sa demande, de son petit couplet, de ses exigences…

    VR&T. 60 km pour CNM, plus 20 km de raccordements, c’est relativement modeste par rapport aux deux autres LGV en construction.
    T. P.
    Nous voyons souvent nos confrères qui réalisent les lignes Bretagne – Pays de la Loire et Sud Europe Atlantique. Par rapport au chantier pharaonique SEA, notre ouvrage n’est pas le plus spectaculaire. C’est le plus petit en dimension, mais sans doute le plus complexe à réaliser, de part notamment la mixité. Technologiquement parlant, c’est compliqué d’avoir à gérer plusieurs systèmes de signalisation. Ce sont aussi des enjeux remarquables.

    VR&T. Les cinq années de construction vont être suivies de vingt ans d’entretien de la ligne. Vous avez déjà intégré cette notion de maintenance ?
    T. P.
    Depuis que nous avons démarré, Marc Thibaut, le mainteneur, est avec nous. Il a donné ses contraintes, ses spécifications détaillées au constructeur. L’équipe qui compte actuellement moins d’une dizaine de personnes va s’étoffer petit à petit pour atteindre le nombre de 45 à la mise en service. Elles assureront ensuite la maintenance pendant vingt ans. Un bâtiment spécifique avec les installations habituelles de stockage de matériaux, les engins, va être créé à environ 1,5 km de la base-travaux actuelle.
    Propos recueillis par Michel BARBERON

    ———————-

    Insertion, risque pollution, transparence hydraulique… Les défis environnementaux

    Insérer au mieux la ligne nouvelle dans les territoires traversés a constitué là encore un défi. Car CNM possède son lot de contraintes environnementales à respecter. Deux zones Natura 2000 touchées, quelque 126 espèces protégées recensées. L’agriculture à prendre en compte avec des productions à forte valeur ajoutée comme les vignobles d’appellation d’origine contrôlée, des serres, du maraîchage et des cultures annuelles. Le bruit qui devra être limité à 58 dB la nuit et 63 dB le jour… A noter aussi une anticipation sur la maîtrise de risques pour parer à toute pollution liée à d’éventuelles fuites de liquides provenant d’un train de fret. Un réseau de collecte des eaux sous forme de caniveaux en crête de plate-forme ou de fossés en pied de remblai a ainsi été créé dans les zones sensibles. Enfin, et cela n’a pas été le moindre des soucis, outre la préservation des milieux aquatiques sensibles, la ligne se doit aussi d’assurer la transparence hydraulique. C’est-à-dire ne perturber en aucune façon l’écoulement de l’eau, du moindre ruisseau à la grande rivière. Un sujet majeur pour les 31 communes méditerranéennes traversées qui sont, de plus, confrontées à des phénomènes climatiques récurrents : les fameux épisodes dits « cévenols » caractérisés par de très abondantes pluies sur de courtes périodes. Pour y parer, de nombreux ouvrages hydrauliques ont été créés tout au long de la ligne. 86 d’entre eux ont une largeur supérieure ou égale à 2,50 m, ceux d’ouverture inférieure dépassent les 90 unités. Le dimensionnement des grands viaducs a été adapté pour passer au-dessus de rivières dont le débit peut augmenter soudainement, mais aussi franchir les plaines inondables. Exemple dans le Gard avec celui du Vistre calculé pour des crues exceptionnelles : 530 m3/h, alors que le débit de pointe a atteint 400 m3/h lors d’une crue en 2005. Ses 87 m au-dessus de la rivière se prolongent par un ouvrage de décharge de 261 m qui passe au-dessus du ruisseau de la Sarelle et assure la transparence hydraulique de toute la plaine inondable. Situé sur la commune de Lattes, en périphérie de Montpellier, le viaduc du Lez et de la Lironde, qui avec ses 576 m est l’ouvrage non courant le plus long de la ligne, comporte lui aussi dans sa partie centrale une succession d’estacades calculées pour ne pas s’opposer aux inondations. Même principe pour les estacades de l’ouvrage de décharge du Vidourle, une rivière aux crues dévastatrices.    

    M. B.
    ——————-

    « Donner une ligne à la ligne et faire aimer les ponts »
    Alain Spielmann, architecte

    Ville Rail & Transports. Comment vous êtes-vous intégré dans le projet CNM ?
    Alain Spielmann.
    A l’origine je faisais partie des équipes Bouygues qui ont répondu aux appels d’offres pour Sud Europe Atlantique, Bretagne – Pays de la Loire et Nîmes – Montpellier. Ce sont elles qui m’ont mandaté. Sur CNM, le travail a débuté dès le lancement du projet en 2008-2009. Pour mieux cerner les paysages, nous avons fait des reconnaissances à pied, en voiture et surtout aériennes : il était important de trouver ce qu’il convenait de réaliser pour donner une ligne à la ligne.

    VR&T. Quels ont été vos objectifs pour la conception générale de la ligne ?
    A. S.
    Ce devait être simple à construire, économique, esthétique, correspondre aux sites particuliers. Tout en apportant quelque chose aux habitants, car il y a plusieurs aspects dans une telle création. Le passage des trains bien sûr, mais aussi la coupure entre les paysages qui va devenir leur quotidien. Dans ma manière de travailler, j’ai donc beaucoup considéré ce que le public allait voir et comment il allait vivre avec ces ouvrages. Quand les premières lignes de chemin de fer ont été construites, il y avait une unité par secteur géographique comme sur le PLM, Paris – Lyon – Méditerranée. Pour moi, CNM c’est un peu comme PLM avec une unité de ligne.

    VR&T. Imaginer les ouvrages d’art exige une démarche particulière ?
    A. S.
    Les nombreux dessins m’ont permis de comprendre l’architecture locale et d’imaginer du très optimiste et très positif. Nous voulions que ce soit gai, heureux en restant simple malgré tout. Je souhaitais des ouvrages le plus bas possible, mais qui ne s’effacent pas cependant et affirment une présence. C’était réaliser une nouvelle génération de ponts donnant l’unité recherchée pour que, d’un bout à l’autre, la ligne soit reconnaissable tout en étant un peu diversifiée selon que l’on se trouve dans le Gard ou dans l’Hérault.

    VR&T. Comment avez-vous appréhendé cette diversification ?
    A. S.
    C’est l’actualisation d’une infrastructure très complexe, pour que cette complexité paraisse venir naturellement. Avec des couleurs différentes sur les ouvrages. Jaune clair dans le Gard, un peu en harmonie avec la terre. Bleu clair dans l’Hérault pour rappeler le ciel et la mer. Blanc pour l’agglomération de Montpellier qui le souhaitait. Un symbole de légèreté et de finesse incrusté sur le béton des ponts va être visible : des ailes d’oiseau stylisées, jaunes ou bleues. Il y a mille contraintes techniques, fonctionnelles, financières à respecter. Mais il reste une marge de liberté pour faire en sorte que la technique devienne esthétique. Faire aimer les ponts est important, surtout dans le ferroviaire parce que ça touche beaucoup de monde.

    VR&T. Vous aviez carte blanche pour élaborer ces ouvrages et définir cette unité et une « ligne de la ligne » ?
    A. S.
    Oui, mais avoir carte blanche oblige beaucoup plus. On est très responsable et cela ne doit pas décevoir après. En voyant les ouvrages aujourd’hui, je trouve dans la réalité ce que j’avais imaginé. On a fait de belles structures, très différentes : un pont à poutres latérales sur l’A54, un pont de la famille Warren « revisité » sur le Vidourle, un bowstring biais sur le Lez. Je les ai étudiés en concertation avec le client et pas uniquement Oc’Via. Par exemple, plus d’une vingtaine d’études ont été menées pour le viaduc du Lez et de la Lironde qui se trouve au cœur de l’agglomération de Montpellier !
    Propos recueillis par Michel BARBERON 
    —————-

    Manduel : opération hors norme pour la connexion du fret au réseau classique

    Pour que les trains fret puissent passer de la ligne nouvelle au réseau classique ou inversement, un raccordement spécifique a été créé à l’extrémité est de CNM : la tranchée de Manduel. Long de 1 217 m, cet ouvrage en béton se décompose en trois parties. Une tranchée ouverte côté Nîmes de 552 m, une semblable de 568 m côté Montpellier. Toutes deux forment les rampes de descente et permettent de franchir en souterrain la RD3 à fort trafic et la route de Jonquières qui sera un accès à la future gare TGV de Manduel. Sensiblement au milieu de ces deux ouvrages, se trouve la tranchée couverte longue de 97 m qui passe sous le réseau ferré national. Un faisceau de quatre voies, deux de la LGV Méditerranée Paris – Nîmes encadrant deux voies de la ligne classique Tarascon – Sète, dont l’interruption du trafic ne pouvait être que très temporaire. La solution pour mettre en place l’élément supérieur de l’énorme cadre a consisté à le réaliser en deux parties, de part et d’autre de la plateforme. Puis à procéder à leur ripage horizontal jusqu’à leur situation définitive. Opérations spectaculaires qui ont consisté en « non-stop » à déposer les voies SNCF, araser le déblai de 6 000 à 8 000 m3, préparer le fond de fouille, riper les ouvrages à l’aide d’énormes plateformes automotrices, les remblayer, reposer les voies et procéder aux épreuves d’essais ! Mobilisant 180 personnes, l’ouvrage nord (17 m de large, 40 m de long, 3 000 t) a été mis en place en 60 heures du 6 au 8 septembre 2014. L’ouvrage sud (50 m de long, 4000 t) en 81 heures du 18 au 22. Une fois en place, les entreprises pouvaient alors entreprendre les travaux « en taupe » pour achever la structure inférieure du cadre.

    M. B.
    ——————————-

    Double signalisation, gabarit, entraxe… Des solutions pour la mixité

    Outre l’influence sur le profil longitudinal de la ligne et le renforcement des ouvrages, la cohabitation de rames TGV et de trains de fret sur CNM a d’autres conséquences. Le gabarit tout d’abord qui doit être compatible avec les deux types de circulation. Comme sur la section Perpignan – Figueras, le choix s’est porté sur le GIC 3 permettant la constitution progressive d’un grand itinéraire européen nord – sud. L’entraxe entre les voies (posées sur grave-bitume) sera porté ici à 4,80 m alors qu’il est en général de 4,50 m sur les lignes à grande vitesse. Une valeur élevée d'écartement bien adaptée à une LGV mixte qui limite l'effet de souffle lors du croisement de TGV et de trains de fret. L’espacement des trains va être assuré par deux systèmes de signalisation. L’ERTMS niveau 1 et le block automatique lumineux (BAL) avec signaux fixes implantés le long de la voie, et contrôle de vitesse par balises (KVB). Cette double signalisation et la limitation correspondante de la vitesse à 220 km/h pour les TGV devraient être maintenues jusqu'à ce que l'équipement ERTMS en cabine des locomotives du parc fret soit suffisant. Si le tracé de la ligne tient compte d’une future évolutivité vers les 300 km/h, voire les 350 km/h, de nombreuses adaptions seront nécessaires. Un relevage de la voie par ajout de ballast, une reprise des dévers au niveau des courbes et des raccordements paraboliques. La dépose de la signalisation classique BAL et KVB, la mise en place de l’ERTMS de niveau 2, des réglages de la caténaire… Mais aucune échéance n’est pour l’instant avancée.    

    M. B.
     

     

  • Transdev veut faire de CDG VAL sa vitrine pour le Grand Paris… et CDG Express

    Célébrée le 23 juillet par leurs PDG respectifs, Augustin de Romanet et Jean-Marc Janaillac, la dévolution par Aéroports de Paris (ADP) du CDG VAL à Transdev a donné l’occasion aux deux dirigeants d’affirmer leurs visions sur deux autres projets  et non des moindres : le Grand Paris et CDG Express.

    En tant que successeur depuis le 1er juillet de Keolis comme exploitant du métro automatique reliant depuis 2007 les terminaux, les parkings et les gares de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle (CDG), le PDG de Transdev veut faire de ce service fonctionnant sept jours sur sept et 21 heures sur 24 « une vitrine de notre savoir-faire ». Même si aux yeux de ses quelque 10 millions d’usagers annuels, CDG VAL continue de porter la marque d’ADP et qu’aucun revenu n’est tiré de ce service gratuit.

    Pour Transdev, qui exploite également la liaison aéroportuaire lyonnaise Rhônexpress, la référence francilienne qu’est le CDG VAL en matière de métro automatique est la bienvenue. Comme ne l’a pas caché Jean-Marc Janaillac le 23 juillet, « nous visons le Grand Paris », en particulier les lignes 17 et 18 du Grand Paris Express, appelées à desservir les aéroports de CDG et d’Orly. Et d’ajouter, devant le PDG d’ADP, que « tout ce qui est ferroviaire nous intéresse ». Dont le projet CDG Express.

    Un projet sur lequel Augustin de Romanet « veille personnellement, afin qu’aucun caillou n’empêche le démarrage en 2023 des quatre trains par heure entre la Gare de l’Est et l’aéroport, en 22 minutes et aussi bien que le CDG VAL ». Pour ce qui est des candidats à l’exploitation de ce dernier, le PDG d’ADP indique diplomatiquement qu’il y avait « un bon et un très bon » et que l’offre de Transdev, chiffrée à 15 millions d’euros par an (y compris la desserte Lisa du terminal 2E), permettait « une économie raisonnable, substantielle ». Quant à la transition entre exploitants, elle a été « magnifique » selon Augustin de Romanet. Ceci « malgré deux “accidents” relativement rares » et indépendants de la volonté d’ADP ou de l’exploitant de CDG VAL, dont la grève des taxis, qui a entraîné une « sursaturation » entre les terminaux et les gares RER.

  • La commission européenne veut libéraliser les taxis et les autocars

    Bruxelles forcera-t-elle le secteur des taxis à se réorganiser ? Dans un document interne lu par VR&T, la Commission européenne s’interroge sur la légalité des licences en vigueur dans de nombreux pays de l’UE, et notamment en France depuis près d’un siècle. Selon l’exécutif européen, le système des licences « empêche des compagnies et des particuliers d’exercer la profession » et pourrait être incompatible avec le principe du marché intérieur. Le document pointe aussi un nombre de licences « typiquement insuffisant pour rencontrer la demande ». La Commission ne cache dès lors pas qu’elle veut évaluer « si les législations nationales sur l’accès au marché des taxis sont conformes aux règles de base de l’UE ». Le cas échéant, elle pourrait envisager une « initiative européenne » pour résoudre les problèmes identifiés. A la DG MOVE, l’on nous confirme qu’une étude sera bien lancée dès septembre sur les marchés des taxis et des VTC dans les Etats membres. Pour légiférer ensuite ? Le document interne prépare en tout cas un paquet de mesures que la Commission doit présenter dans le secteur routier au début 2016. Pas exclu qu’une initiative arrive à ce moment-là donc.

    Et les taxis ne sont pas les seuls à être concernés. Egalement dans le viseur de Bruxelles : le secteur des autocars, qui pourrait être davantage libéralisé. Ce marché reste très encadré en France, comme dans d’autres Etats membres. Dans son document, la Commission épingle des restrictions « qui ne semblent exister qu’au profit des intérêts particuliers des opérateurs ferroviaires » et qui empêchent le secteur d’offrir une alternative low cost efficace sur les liaisons interurbaines. « Une plus grande ouverture du marché renforcerait l’accessibilité des régions en offrant aux populations à revenu modeste une offre de transport abordable », estime-t-elle.

    Des propositions devraient donc voir le jour à Bruxelles, même si la Commission semble d’abord vouloir s’atteler à un autre gros dossier : une révision de la réglementation européenne sur les péages routiers (directive Eurovignette). Cataclysme en vue ? Cette révision pourrait marquer la fin des vignettes autoroutières en Europe, au profit de taxes kilométriques qui varient en fonction de la distance parcourue. La Commission n’a jamais caché qu’elle préférait ce système à un péage forfaitaire (vignettes annuelles, semestrielles…) qui reflète peu l’utilisation réelle de l’infrastructure. Elle semble prête à passer à l’action et à proposer l’interdiction progressive des vignettes.

    Enfin – et c’était une demande de la France – le document de la Commission indique qu’elle compte bien proposer la mise sur pied d’une agence routière européenne, tout comme il en existe aujourd’hui dans les secteurs aérien, ferroviaire et maritime. Cette proposition viendrait plus tard, pas avant la fin 2016, en même temps que des propositions visant à renforcer la lutte contre le dumping social dans le secteur.

    Isabelle SMETS

  • Une troisième ligne de métro à Toulouse en 2024

    Le projet de troisième ligne de métro reliant les pôles économiques majeurs de la région toulousaine, priorité du mandat du maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, se précise Le 7 juillet, la deuxième étude sur Toulouse Aerospace Express (TAE) a été présentée à mi-parcours à un comité de pilotage partenarial réunissant les quatre intercommunalités membres du SMTC, l’Etat, la région, le département, la SNCF et des acteurs du monde économique (CCI, aéroport et Airbus).
    Le corridor d’étude relie l’ouest à l’est en empruntant le nord de Toulouse et concentre 48 % des emplois de la région toulousaine. TAE partira de Colomiers, traversera la zone aéronautique (notamment les sites d’Airbus employant 21 000 salariés et de nombreux sous-traitants), rejoindra la gare Matabiau-Toulouse-Euro-Sud-Ouest, puis se dirigera en direction des pôles spatiaux et numériques de Montaudran Aerospace et Labège. Le choix du fuseau, selon les options choisies (orientées emploi, habitat dense, habitat en développement ou connexions), sera annoncé en décembre pour un début des travaux en 2019 et une mise en service prévue en 2024. Les prévisions minimales sont de 200 000 voyages par jour, bien plus élevées que celles de la ligne A (130 000 au départ en 1993 mais 245 000 aujourd’hui).
    Le budget prévu est de 1,5 à 1,7 milliard d’euros. « Le montage financier s’affinera d’ici deux ans, a indiqué le président de Tisséo Jean-Michel Lattes, avec des montages originaux pouvant inclure des partenariats publics-privés. »
    Le projet de prolongement de la ligne B du métro vers Labège, siège de la communauté d'agglomération Sicoval, au sud-est de Toulouse, pourrait en faire les frais. « Je milite depuis 15 ans pour que le métro arrive à Labège, a affirmé Jean-Luc Moudenc. Mais le mieux que le Sicoval ait à faire aujourd’hui, c’est de s’embarquer dans TAE. » Réponse d’ici fin 2015.
    Catherine SANSON-STERN

  • Côte d’Ivoire : projet de train entre Abidjan et son aéroport

    Les ministres ivoiriens des transports Gaoussou Touré et celui des finances Nialé Kaba, ont signé, le 6 juillet, avec le consortium franco-coréen, Bouygues-Dongsan Engineering, la construction d’un train urbain qui doit relier la ville d’Abidjan à son aéroport, pour un investissement de 852 milliards de francs CFA (1,3 milliard d'euros). 

    Longue de 37,5 kilomètres, cette ligne devrait transporter « environ 300.000 personnes par jour » selon Gaoussou Touré. 

    Les premiers travaux démarreront en 2017. La fin des travaux et la mise en service de la première phase sont prévus pour 2019 pour une exploitation totale en octobre 2020, a expliqué Madame Jungwon Park, vice-présidente Afrique de Dongsan Engineering.

     

  • La 100e rame MI09 Alstom – Bombardier est sortie d’usine

    La 100e rame MI09 Alstom – Bombardier est sortie d’usine

    Alstom, Bombardier, la RATP et le STIF ont célébré, le 2 juillet, sur le site Alstom de Valenciennes Petite-Forêt, la sortie d’usine du 100e train à deux niveaux MI09 destiné à la ligne A du RER. Cette livraison s’inscrit dans le cadre du marché confié au consortium Alstom-Bombardier en 2009. 

    Les trains MI09 sont conçus et fabriqués en France sur … … les sites industriels d’Alstom à Valenciennes Petite-Forêt et de Bombardier à Crespin. Les cinq autres sites français d’Alstom Transport impliqués sont Ornans pour les moteurs de traction, Le Creusot pour les bogies, Tarbes pour les équipements des chaînes de traction, Petit Quevilly pour le transformateur principal et Villeurbanne pour le système d’information voyageurs et les électroniques de contrôle-commande. La ligne A du RER transporte 1,2 million de voyageurs par jour, ce qui en fait la ligne régionale la plus fréquentée d’Europe. Les MI09 actuellement en service sur cette ligne ont déjà parcouru plus de 24 millions de kilomètres. 

    Chaque MI09 peut transporter jusqu’à 2 600 voyageurs à une vitesse maximale de 120 km/h. D’une longueur de 110 mètres, ces rames sont composées de 5 voitures équipées chacune de 3 larges portes de chaque côté qui facilitent les échanges en station. Son système de freinage électrique très performant réduit la consommation énergétique des rames. Une liaison Wi-Fi train-sol assure la transmission des paramètres de fonctionnement du train permettant d’anticiper les opérations de maintenance et de garantir un service fiable. 

    En février dernier, le STIF a commandé dix trains supplémentaires ce qui porte à 140 le nombre total de rames de cette commande.