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Toulouse a-t-elle les moyens de se payer un prolongement en métro ?
Alors que la concertation publique sur le prolongement de la ligne B du métro toulousain de 5,2 km vers le sud-est entre dans sa deuxième phase, du 25 mars au 12 avril, son financement se précise. Pendant plusieurs années, le choix du métro pour desservir Labège-Innopole (inscrit au PDU de 2001 et validé par Tisséo en 2006) avait été bloqué par Pierre Cohen, maire de Toulouse, élu en 2008 et président de Tisséo depuis 2010, à cause de la situation économique dégradée. L’hypothèse d’un prolongement en bus en site propre évolutif en métro avait alors été retenue par Tisséo. Refusant catégoriquement cette solution jugée insuffisante et plus onéreuse à terme, la communauté d’agglomération du Sicoval, à laquelle appartient Labège, membre de Tisséo, avait alors fait pression pour obtenir le prolongement en métro. C’est finalement sa proposition d’apporter 140 millions d’euros sur les 340 à 370 millions d’euros (hors matériel roulant) qui a convaincu Pierre Cohen et Tisséo. Le SMTC financera 100 millions d’euros, le conseil général de la Haute-Garonne 40 millions d’euros au minimum, les 80 millions d’euros restants étant à trouver auprès de l’Etat, de l’Europe et du conseil général (qui a déjà apporté des garanties au Sicoval dans ce sens). Le schéma de financement devrait être finalisé début 2014.
Le Sicoval utilisera un mode de financement innovant : la vente des droits à construire pour les 35 ha d’Innométro, le quartier qui verra le jour autour de la station terminus, connectée à la future halte SNCF. La taxe foncière des entreprises (700 sur Labège-Innopole et 200 dans le parc technologique du Canal à Ramonville), qui rapporte entre 4 et 5 millions d’euros par an, sera entièrement consacrée au financement du métro. En attendant le versement des droits à construire, le Sicoval pourra faire appel à l’emprunt. « Nous sommes une des collectivités les moins endettées de France, et donc un emprunteur tout à fait fiable sur le marché, y compris européen », souligne Christian Lavigne, maire de Labège et vice-président de Tisséo.
Dans son rapport annuel sur Tisséo-SMTC publié en février, la chambre régionale des comptes alertait sur le « seuil critique d’endettement » du syndicat mixte des transports : « Fin 2010, l’encours de la dette s’élevait à 1 353,47 millions d’euros, écrivait-elle, soit 1 600 euros par habitant. Il a été multiplié par 2,4 depuis 2003. (…) Il serait raisonnable de stabiliser sa progression. (…). Or, pour réaliser le programme d’investissements projeté, il est prévu de porter l’encours de la dette à 1 800 millions d’euros fin 2020. »
Alors, y a-t-il vraiment de quoi s’inquiéter ? Pour Christian Lavigne, « la possibilité de rembourser de Tisséo ne fait absolument pas question et sa situation n’est pas aussi catastrophique qu’on veut bien le dire ». D’ailleurs, si la chambre régionale des comptes appelle de ses vœux le financement des investissements « en privilégiant l’autofinancement, les participations des collectivités membres et les subventions des tiers », c’est justement ce qui se produit avec le prolongement de la ligne B grâce à un apport fléché du Sicoval et l’accroissement de la participation des collectivités de 210 % entre 2007 et 2013, passé de 33 à 102 millions d’euros, dont 100 millions d’euros de Toulouse Métropole.
Catherine Sanson-Stern

Accidentologie : les tramways sont-ils dangereux ?
Le phénomène est connu depuis longtemps. Dans les semaines et les mois qui suivent la mise en service d’une nouvelle ligne de tramway, et a fortiori celle d’un réseau tout neuf, on observe toujours un nombre anormalement important d’incidents, voire d’accidents, dans lesquels des tiers sont impliqués. Il n’est pas vraiment de pays qui échappe à ce mécanisme, même si le degré de respect des règles du code de la route par les automobilistes diffère sensiblement, comme on l’imagine, d’un point à l’autre de la planète. La France se distingue toutefois par le fait que la « culture tramway » (à la différence, par exemple, de l’Allemagne) y avait longtemps disparu ou presque. Avec le retour en force, dans l’Hexagone, de ce mode de transport et le rythme de création (unique en Europe !) de réseaux construits ex nihilo, il ne faut donc pas s’étonner de l’occurrence, en apparence très élevée, d’incidents ou d’accidents de nature à impressionner l’opinion, mais qui ne saurait en aucun cas être considérée comme une faille rédhibitoire du système… Parmi les tout derniers réseaux inaugurés en France, celui de Brest n’a bien sûr pas échappé au phénomène. Mis en service le 23 juin 2012, il cumulait 28 accidents de la circulation au 31 janvier dernier. « Un chiffre au-dessus de la moyenne nationale, mais inférieur à ceux enregistrés pour la mise en service de réseaux comparables », relativise Yann-Noël Dherbecourt, le « Monsieur Sécurité » du tram brestois. En réalité, l’accidentologie relevée dans les premiers mois d’exploitation de la ligne bretonne rejoint, en consistance, celle déjà observée au démarrage des réseaux du Mans ou de Bordeaux.
Une stratégie de conduite basée sur la prise d’informations et l’anticipation
Hormis sur de rares tronçons équipés d’une signalisation de cantonnement (cas des tunnels où la visibilité est réduite), la conduite d’un tramway s’effectue, par définition, en marche à vue. On pourrait arguer que c’est aussi finalement le cas au volant d’un autobus, mais il y a pourtant une différence fondamentale entre ces deux modes : aux commandes d’un tramway, l’anticipation tient un rôle bien plus prégnant. A cela, deux raisons majeures : le mode ferroviaire, qui n’offre qu’un seul degré de liberté, reste prisonnier d’une trajectoire prédéterminée (pas question d’éviter un piéton en donnant un coup de volant !), et les distances d’arrêt sont beaucoup plus longues (conséquence physique du roulement « acier sur acier »). Pour avoir le temps de freiner avant de heurter un obstacle potentiel qui pourtant n’engageait pas encore le gabarit de la voie quelques secondes auparavant, il faut donc anticiper l’enveloppe des déplacements possibles que ledit obstacle potentiel sera susceptible d’avoir (voir encadré ci-contre). La question se pose avec une acuité particulière en site partagé, où le trafic automobile cohabite avec le tram sur la même chaussée, et plus encore dans les zones piétonnes, où il partage la voirie avec un genre d’obstacle potentiel (le piéton) au comportement parfois très difficilement prédictible. Les zones d’arrêt sont également à considérer comme particulièrement sensibles en raison de la traversée intempestive de piétons ou de voyageurs au plus près, devant ou derrière les rames, avec un risque aggravé lors de leur croisement, l’une pouvant alors masquer l’autre. La stratégie de conduite va donc se baser sur la recherche permanente d’informations en portant successivement le regard au loin dans l’axe de la voie, au plus près dans le même axe, et en opérant un balayage visuel latéral dans un champ rapproché, tout en demeurant réceptif à tous les stimuli extérieurs. Pour le conducteur expérimenté, une telle prise d’information requiert parfois moins de 300 millisecondes. L’identification d’un risque potentiel (avec un temps de réaction légèrement inférieur à la seconde), puis son analyse et la décision finale qui doit en résulter (souvent de nature binaire, à savoir « je freine » ou « je ne freine pas »), s’opèrent dans un laps de temps global qui varie d’une seconde et demie à quelques secondes selon la proximité du danger supposé. Pour évaluer la dangerosité du risque, le conducteur fait appel aux connaissances qu’il a antérieurement mémorisées, qu’elles proviennent de la formation reçue ou, surtout, de l’expérience acquise. A partir d’un référentiel de modèles issus de ses propres observations, il sait ainsi prédire les scénarios les plus probables, qu’il s’agisse du cheminement d’un piéton ou du comportement d’un automobiliste dans un environnement donné. C’est donc toute une gymnastique visuelle et intellectuelle à laquelle le conducteur de tramway doit se livrer en permanence s’il ne veut pas déroger un seul instant au sacro-saint « comportement de sécurité » qui lui est demandé. On ne s’étonnera donc pas que le métier puisse être ressenti paradoxalement comme plus éprouvant que celui de conducteur d’autobus, même si ce dernier garde des spécificités contraignantes, comme le recours permanent aux rétroviseurs pour la surveillance du gabarit.
Et pourtant le tramway est un mode de transport plus sûr que l’autobus. Le rapport annuel sur l’accidentologie des tramways français (voir encadré p. suivante) du STRMTG (Syndicat technique des remontées mécaniques et des transports guidés) a en effet comparé l’accidentologie des tramways à celle des autobus sur huit réseaux qui exploitent les deux modes, au cours de la période s’étendant de 2004 à 2011. Il en ressort que le nombre d’événements aux 10 000 km (pour l’essentiel, collisions avec des tiers et accidents de voyageurs) reste significativement plus élevé en mode routier qu’en mode ferré. Pour l’année 2011, on a dénombré 0,739 événement pour 10 000 km avec les bus, contre 0,355 avec les trams.Du matériel roulant conçu pour limiter les conséquences des chocs
Les dispositions constructives adoptées pour le matériel roulant peuvent diminuer les conséquences d’un choc frontal. Dans la dernière décennie, d’importants progrès ont ainsi été accomplis. Déjà, il n’est plus aujourd’hui envisageable d’avoir en extrémité de rame, comme par le passé, un attelage de type « Scharfenberg » non caréné, voire non rétractable. La construction des nez avant fait désormais appel aux principes de sécurité passive, avec capacité d’absorption d’une partie de l’énergie émise et possibilité d’encaisser un choc aux très basses vitesses sans déformation des structures de caisse (cas d’un rattrapage, par exemple). Les formes des nez, en partie inférieure, sont maintenant calculées pour rejeter latéralement, à l’extérieur du gabarit, les piétons qui viendraient à être heurtés. De fait, sur les matériels actuels à plancher bas intégral, il s’agit d’éviter d’abord qu’un piéton ne se retrouve coincé sous la partie avant. Ce type d’accident, qui n’est malheureusement pas si rarissime, oblige alors à lever la rame pour pouvoir dégager la victime. A cette fin, les pompiers sont équipés de moyens de levage adaptés au tramway, basés sur des coussins pneumatiques ou des vérins hydrauliques, et ils reçoivent régulièrement, pour ce type d’intervention, un entraînement spécifique.
En 1991, les TL (Transports publics de la région lausannoise) mettaient en service le TSOL (Tramway du sud-ouest Lausannois), qui est une ligne de type « Stadtbahn », aujourd’hui intégrée au métro sous la désignation « m1 ». Un an avant la première circulation commerciale, l’exploitant suisse lançait déjà une grande campagne de sensibilisation sur les risques liés aux futures circulations ferroviaires. Un conducteur de trolleybus, visiblement doué d’un vrai talent de dessinateur de BD, créa pour la circonstance le célèbre personnage de raton laveur baptisé « Museau prudent ». Décliné sous la forme de grandes affiches, mais aussi de peluches pour les jeunes et les moins jeunes, Museau prudent égrenait partout ses conseils de bon sens. Malgré le prévenant raton laveur, quelques semaines seulement après l’inauguration du TSOL survenait le premier accident mortel d’un enfant. Renforçant encore leur campagne de sensibilisation, les TL installaient alors des barrières à tous les passages à niveau, et instauraient une surveillance continue, avec procédure de dénonciation automatique et lettre écrite aux parents dans le cas d’enfants mineurs. Museau prudent sachant, à l’occasion, se déguiser en Museau mordant ! Aujourd’hui encore, il se trouve des piétons pour passer sous les barrières et des automobilistes pour tenter de les franchir quand elles commencent à se fermer. Mais la détermination des TL (et des autorités) a, semble-t-il, fini par payer. Peut-être aussi que les réseaux de tramway français pourraient tirer parti d’un raton laveur venu d’Helvétie ?
Philippe Hérissé
A 15 km/h, il faut plus de 7 m pour que le tram s’arrête en urgence
Dans son étude sur l’ergonomie des postes de conduite de tramways dans les réseaux français, Marie-France Dessaigne, maître de conférences à l’université Paris-Descartes et chercheur au Laboratoire Adaptations Travail Individu (Lati), évoque le cas d’une rame roulant à la vitesse de 15 km/h en zone piétonne. Pour son conducteur, l’activité d’anticipation consiste alors à regarder dans l’environnement immédiat les piétons qui lui tournent le dos, les jeunes en roller, les cyclistes, les personnes âgées et les enfants. Il promène son regard dans un champ situé entre 10 et 20 m devant lui, tout en focalisant sur un individu particulier, à quelques mètres de lui, dont le comportement lui paraît a priori imprévisible. A 15 km/h, la rame parcourt 4,16 m durant chaque seconde, qui est aussi le temps approximatif de réaction du conducteur. A l’issue de ce temps, il provoque le freinage d’urgence. Avec une valeur de décélération maximale de 2,9 m/s2, la distance d’arrêt atteint déjà les trois mètres. La rame aura donc parcouru plus de sept mètres avant de s’immobiliser. Pas étonnant que la plupart des conducteurs se soient ainsi fait, à plusieurs reprises, quelques frayeurs…
Rapport sur l’accidentologie : des collisions en baisse
Chaque année, le STRMTG (Syndicat technique des remontées mécaniques et des transports guidés) publie son rapport sur l’accidentologie des tramways français, élaboré à partir des événements déclarés par les exploitants, et qui viennent ainsi enrichir sa base de données. Ce rapport intéresse l’année n-2. Ainsi, le dernier document émis en date du 24 janvier 2013 analyse-t-il les événements arrivés en 2011 sur 22 agglomérations, qui totalisaient alors 47 lignes « fer » et quatre lignes « pneu ».
Sur l’année 2011, 1 176 collisions avec des tiers ont été enregistrées, faisant deux morts, 35 blessés graves et 372 blessés légers (dont 73 voyageurs). Ces collisions ont représenté 67 % de l’ensemble des événements déclarés, et 44 % des victimes. Celles impliquant des voitures particulières forment la grande majorité (plus de 60 % des cas), mais celles avec des piétons génèrent une part quasi équivalente de victimes. Depuis 2004, le nombre de collisions aux 10 000 km est en baisse relativement continue, ce qui semble encourageant. Lors de leur premier mois d’exploitation, les nouveaux réseaux connaissent invariablement un ratio triple de celui d’agglomérations plus expérimentées, mais les courbes représentatives se rejoignent en général au bout de la première année. Les collisions avec des tiers se produisent majoritairement au niveau des ronds-points giratoires, l’autre configuration à risque étant celle des intersections de type « tourne-à-droite » ou « tourne-à-gauche ». Par ailleurs, toujours en 2011, on a dénombré 522 accidents de voyageurs, faisant sept blessés graves et 512 blessés légers. Il y a eu 409 chutes à l’intérieur des rames, dont 320 (78 %) sont dues à des freinages d’urgence. Ces freinages d’urgence proviennent, pour plus des trois quarts, d’actions de conduite. Les deux principaux types d’événements occasionnant des victimes sont, bien sûr, les collisions avec des tiers et les accidents de voyageurs. Toutefois, les collisions présentent à l’évidence une gravité supérieure, puisqu’elles sont, à elles seules, responsables des deux tués déplorés dans l’année, et de 35 des 42 blessés graves recensés.
Parmi les événements (autres que collisions avec des tiers et accidents de voyageurs) qui sont survenus en 2011, on relève : un court-circuit dans un coffret d’alimentation APS (alimentation par le sol) suite à forte pluie ayant inondé la plate-forme, provoquant une déflagration et l’éjection brutale de la plaque métallique de protection du coffret ; un début d’incendie d’un bogie suite à blocage des freins (dysfonctionnement d’une valve de surpression) ; trois déraillements en ligne (franchissement d’un signal fermé ; erreur de télécommande d’aiguille et passage consécutif en voie déviée à la vitesse de voie directe ; présence fortuite d’un potelet dans la gorge d’un rail ayant entraîné le léger déport d’un bogie intermédiaire sur trois interstations consécutives, événement passé d’abord inaperçu du conducteur et des voyageurs, mais qui s’est aggravé au franchissement d’un appareil de voie avec le heurt de plusieurs véhicules présents sur la chaussée adjacente) ; un « déguidage » de tram sur pneu, entraînant le heurt d’un muret, avec deux voyageurs choqués ; deux déraillements lors des manœuvres de tiroir en terminus (dans un cas, à cause d’un décollage d’aiguille non détecté et, dans l’autre, d’une rupture d’entretoise) ; quatre dépassements de fin de voie dus à un manque de vigilance des conducteurs concernés ; deux rattrapages ; un nez à nez sur voie unique en mode dégradé suite à l’erreur d’un opérateur du PCC ; 21 heurts d’obstacles engageant le gabarit des voies ; et, enfin, 23 événements divers, parmi lesquels des accrochages de ligne aérienne de contact (LAC) et des actes de vandalisme.Ph. H.
Les galères du TVR de Caen
Aujourd’hui plus personne ne s’en étonne, le TVR accumule les travers. Mardi 19 mars, à Caen, une rame du tram sur pneus a subi un déguidage provoqué par un capteur de rail que l’une de celles qui la précédaient avait perdu. Le dernier incident de ce type s’était produit le 21 février, soit moins d’un mois avant ! Et il s’ajoute à une longue suite de dysfonctionnements qui font actuellement l’objet d’une mission d’expertise judiciaire après la requête de Viacités, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération caennaise, en mars 2012. Toutes les rames ont dû être vérifiées une à une au dépôt par l’opérateur Keolis. C’est le 22e déguidage depuis la mise en service du réseau, et le cinquième depuis 2008. Aussi Viacités a-t-il décidé de saisir en référé le tribunal administratif de Caen, et il a adressé un courrier de mise en demeure aux deux concessionnaires, Keolis et la STVR (société du TVR). Le syndicat se réserve la possibilité de bloquer le versement d’une partie de leurs subventions.
Australie : la LGV coûterait plus de 90 milliards d’euros
La construction d’une ligne ferroviaire à grande vitesse en Australie, reliant en cinq heures Brisbane (est) à Melbourne (sud) au lieu de 24 heures actuellement, coûterait 91 milliards d’euros et prendrait 45 ans, selon le ministère du Transport. « L’étude [commandée sur le sujet en 2010, ndlr] conclut qu’une fois que la ligne à grande vitesse sera pleinement opérationnelle, elle transportera 84 millions de passagers par an », a expliqué le 11 avril, dans un entretien à la radio ABC, le ministre du Transport, Anthony Albanese. « On estime aussi, en termes de modélisation financière, qu’elle générerait suffisamment de revenus pour couvrir ses coûts de fonctionnement et l’entretien du matériel », a-t-il ajouté.
Au total, le bénéfice pour l’économie australienne serait de 1,85 euro pour chaque dollar investi. L’investissement représente quelque 64 millions de dollars par kilomètre pour quelque 1 700 km de voies, dont 144 kilomètres de tunnels. Les premiers tronçons n’ouvriraient qu’en 2030 au plus tôt.

Des histoires à télécharger dans les bus de Saint-Dizier
Depuis le 18 mars, le réseau de Saint-Dizier, géré par Veolia Transdev, propose des histoires à lire dans ses bus. Non pas à travers des livres ou des magazines mis à la disposition des passagers, mais sur leurs téléphones portables. Depuis le 18 mars, le réseau de Saint-Dizier, géré par Veolia Transdev, propose des histoires à lire dans ses bus. Non pas à travers des livres ou des magazines mis à la disposition des passagers, mais sur leurs téléphones portables. Le voyageur n’a qu’à photographier, flasher comme disent les spécialistes, un code en 2D pour accéder à un site où il pourra télécharger une histoire. Découpées en feuilleton, suffisamment courtes pour être lues pendant un trajet en bus, les dix histoires proposées sont contemporaines aussi bien dans le ton que dans les sujets abordés.
Le principe est le même que celui du feuilleton au XIXe siècle. Les romans d’Alexandre Dumas ou d’Eugène Sue, par exemple, étaient découpés en chapitres et publiés dans les journaux de l’époque tels que Le Temps ou Le Siècle.
Aujourd’hui, c’est un partenariat noué en 2009 entre SFR, Veolia Transdev et SmartNovel qui permet de proposer des textes à lire aux voyageurs. « J’ai découvert ces histoires il y a quelques années à Nice, sur le réseau de bus de l’agglomération, explique François Lourdelet, directeur de Ticéa. Mais je ne connaissais pas le nombre de clients qui possédaient un smartphone. Après m’être renseigné auprès des opérateurs, j’ai découvert que 40 % de la population locale était équipée. » Suffisant pour proposer ce service.
« C’est un moyen de faire lire les plus jeunes en sortant des auteurs classiques », poursuit le directeur de Ticéa. Les histoires sont construites pour être lu en 30 minutes. Mais comme elles sont téléchargées sur le portable, leur lecture peut se poursuivre partout, à la maison, le soir par exemple. SmartNovel s’appuie aussi sur le principe de séduction des séries télé et de leur héros. « Le lecteur devient accro aux personnages, veut les retrouver, de savoir comment ils évoluent dans l’histoire », explique Véronique Girard, directrice littéraire de SmartNovel.Y.?G
Pologne : Thales sélectionné pour moderniser la ligne Varsovie – Radom
Le consortium formé avec le tchèque Trakce et dirigé par Thales a signé avec le gestionnaire d’infrastructures polonais PKP PLK un contrat de modernisation d’une valeur de plus de 76 millions d’euros pour la modernisation de la ligne entre Radom et Okecie, à la sortie sud de Varsovie. Ce contrat concerne notamment la signalisation et la supervision des circulations : le consortium est chargé de la conception et de la construction d’équipements tels que les centres de contrôle, les centres de maintenance et de diagnostic, les systèmes d’enclenchement et de comptage d’essieux, les télécommunications, l’information des voyageurs et la vidéosurveillance. Cette modernisation renforcera la sécurité, augmentera la capacité de la ligne et permettra aux trains de circuler jusqu’à 160 km/h, ce qui devrait réduire de moitié la durée des trajets (actuellement plus de deux heures sont nécessaires pour relier Varsovie et Radom, distantes d’une centaine de kilomètres seulement.) Ce contrat, que Thales qualifie de « majeur », conforte la présence du groupe sur le marché ferroviaire polonais. « Il s’agit du deuxième succès en peu de temps, puisque Thales fait également partie du consortium choisi récemment pour moderniser les 350 km de la ligne E65 qui relie Varsovie et Gdynia », explique Pawel Piotrowski, directeur pays de Thales en Pologne.
La région Nord-Pas-de-Calais veut porter le litige sur le Paris – Lille devant les tribunaux
La dénonciation des tarifs « trop élevés » du TGV Paris – Lille est l’un des rares sujets qui rassemblent la maire et présidente de la communauté urbaine de Lille, Martine Aubry, et le président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, Daniel Percheron. Sur ce thème, les deux élus tiennent un seul et même discours : « Il n’est pas normal de payer plus cher au kilomètre un Paris – Lille qu’un Paris – Marseille. » L’affaire devrait faire l’objet d’une délibération du conseil régional, le vendredi 12 avril, avant le dépôt d’une (nouvelle) plainte devant le tribunal et devant le Conseil d’Etat. Pour Daniel Percheron, il s’agit d’une « question prioritaire de constitutionnalité ». « On paie l’électricité le même prix que les Marseillais, on paie le timbre-poste le même prix que les Lyonnais, et on paie le TGV deux fois plus cher », a-t-il déclaré, d’après l’AFP, lors de l’inauguration de la bourse du travail de Lille. Mais tout cela est-il bien comparable ? A l’argument de défausse sur les péages plus élevés sur la LGV Nord, qui est aussi l’une des LGV les plus circulées, la directrice régionale SNCF Nord-Pas-de-Calais, Odile Fagot, ajoute celui de la distance parcourue : « Dans tous les modes de transports, plus le trajet est long, moins le prix au kilomètre est élevé. Le calcul est simple : il y a des coûts fixes à amortir, quelle que soit la distance. Si vous comparez le Paris – Lille au Paris – Le Mans ou au Paris – Tours, vous obtenez des tarifs du même ordre ».
Vélos en libre service : Clermont-Ferrand se lance aussi
La ville de Clermont-Ferrand va lancer en juin son service de location de vélos en libre accès, baptisé C. Vélo, avec une flotte de 100 bicyclettes dans un premier temps, puis de 220 d'ici à quatre ans. Disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, le nouveau service permettra aux Clermontois et aux touristes de se déplacer, notamment, sur les 66 kilomètres d’itinéraires cyclables que compte la ville. La première demi-heure d’utilisation sera gratuite et il faudra ensuite compter un euro par demi-heure.
Travaux de finalisation pour le BHNS à Tours
Depuis le 2 avril, marteaux-piqueurs et pioches remplacent automobiles et camions dans deux artères de l’agglomération tourangelle. Sur un kilomètre et demi, le Syndicat des transports de l’agglomération de Tours (Sitcat) aménage la voirie afin d’accueillir Tempo, le futur bus à haut niveau de service (BHNS) qui remplacera la ligne 2 du bus. Réalisés par Eiffage pour un coût de 2,6 millions d’euros, ces travaux consistent à aménager des voies de bus en site propre, à équiper les carrefours de systèmes de priorités aux feux et à créer deux stations de bus accessibles aux PMR. La fin de travaux est prévue pour août prochain et l’inauguration de Tempo, qui circulera sur un axe nord-sud de 13 kilomètres, aura lieu le 31 août, en même temps que celle du tramway.

Les collectivités ont-elles intérêt à gérer seules leurs transports publics ?
Quel sort aura connu le fonctionnaire qui eut, fin 2012, le malheur d’inverser les enveloppes des deux finalistes de l’appel d’offres de Cannes, contraignant le réseau à passer en régie ? La petite histoire des transports publics ne le dit pas. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que contrairement à Cannes une petite vingtaine de réseaux de transport ont fait depuis deux ans un choix délibéré, celui de passer d’une gestion déléguée de leurs transports à une gestion en interne.
Depuis la loi sur les SPL de mai 2010, les réseaux urbains d’Aurillac, Clermont-Ferrand, Nice, Périgueux, Dax, Saint-Brieuc et Thionville sont passés en régie, et ceux de Forbach, Maubeuge, Saint-Nazaire et Saumur en SPL. Les réseaux interurbains d’Ille-et-Vilaine, des Pyrénées-Orientales, d’Ardèche-Drôme, de Saône-et-Loire et du Tarn ont également basculé. Les Chemins de fer de Provence (Train des pignes) doivent également passer en régie en 2014. Ces réseaux, pour majorité d’anciens réseaux de Veolia Transdev, ont choisi de prendre en mains leurs transports, en s’entourant des conseils de l’association des transports publics indépendants Agir. La gestion déléguée des transports, cette fameuse DSP à la française, qui concerne toujours 90 % des réseaux en France, serait-elle en péril ? Pour les groupes, la gestion interne risque de tuer le marché, mais pas uniquement. Elle menacerait également la qualité des transports publics. Les exploitants estiment qu’avec le temps les régies se sclérosent. « Au bout de cinq à sept ans, un cadre dirigeant n’apporte plus forcément d’idées nouvelles. Au sein d’un groupe, il peut au contraire évoluer et apporter son expérience à un autre réseau », argumente Francis Chaput. L’autre argument des anti-régie, qu’ils se refusent à assumer publiquement, concerne l’administration par les élus eux-mêmes : « Dans les SEM, les SPL comme dans les régies, ce sont les élus qui sont au premier rang. Ils décident, mais ils ne sont pas des managers. Faire tourner des bus et gérer des plannings, ce n’est pas leur boulot. Et puis, à chaque cycle électoral, ils sont soumis à des pressions qui les affaiblissent et les poussent à des choix anti-économiques. La gestion interne va donc favoriser une rente de situation, une inflation des coûts, des avantages et, dans certains cas, des copinages », dénonce un exploitant. Les « régiphiles » répliquent qu’au final, quand il y a un problème sur le réseau, délégataire ou pas, c’est de toute manière le maire que se retrouve en première ligne. Mais celui-ci doit-il pour autant vouloir entrer dans le détail de l’exploitation de son réseau ? Le président de l’agglomération de Montpellier, Jean-Pierre Moure, ne le considère pas : « Avant de vouloir passer en régie, il faut bien évaluer tout ce qui entre en ligne de compte. Le service, la maintenance et la technique, et l’environnement dans lequel on évolue. Je ne suis pas certain que dans ces domaines nous ferions mieux en interne. On ne peut pas tout demander aux collectivités locales. » L’argument vaut pour les grands réseaux, dont les problématiques sont complexes, mais ces agglomérations qui n’ont que quelques bus ont-elles vraiment besoin de payer les services d’un délégataire ? « Les petits réseaux ne sont pas si simples que cela à exploiter. Mettre en place un TAD, intégrer les transports scolaires au réseau urbain ou la mutualisation des centres d’appels, cela nécessite des compétences pointues », rétorque Patrick Jeantet, directeur général France de Keolis.
Le point le plus contesté du débat porte moins sur la gouvernance que sur le coût de l’exploitation. En cette période de disette budgétaire, si les élus choisissent de se passer de délégataire, c’est le plus souvent pour des raisons économiques. Le passage en régie autorise une fiscalité plus avantageuse (récupération de la TVA), des contrats de sous-traitance passés en direct et la disparition des frais de siège ou d’assistance technique. Exit également les d’impôts sur le bénéfice de l’opérateur, et bien entendu la marge de ce dernier. « Au-delà des marges identifiées et négociées dans le contrat, les grands groupes peuvent tirer des bénéfices sur de nombreuses prestations réalisées en direct ou par des filiales. On peut y retrouver des facturations de création et d’administration de sites Web, d’assistance comptable, de mise à disposition de véhicules, carburant, sous-traitance, etc. Mises bout à bout, ces sommes peuvent représenter des coûts importants », remarque le secrétaire général d’Agir, Arnaud Rabier. « Les grands groupes peuvent parfois avoir une marge limitée sur le contrat et se rattraper sur le reste. Cela reste cohérent avec leurs objectifs de rentabilité. Mais les collectivités qui ne connaissent pas toujours la réalité des coûts ne s’en rendent pas toujours compte. A titre d’exemple, peu de collectivités savent que les groupes reçoivent de la part de leurs fournisseurs des remises sur volumes en fin d’année. Ces “rétro-remises” devraient peut-être être partagées avec les collectivités », poursuit-il. Certains promoteurs de la régie vont jusqu’à dénoncer un système opaque dans lequel les filiales servent de « machines à remonter du cash » pour financer le train de vie des groupes. Chez les opérateurs, évidemment, le son de cloche est très différent. « Il y a des doutes sur la transparence économique des groupes, et les collectivités veulent se réapproprier le produit transports. Faute de solutions, l’élu dit : “Je fais moi-même !” », reconnaît Francis Chaput, directeur du grand urbain de Veolia Transdev. « Pourtant, si l’on regarde les marges actuelles, on ne peut que constater que le transport public français est en réalité subventionné par les opérateurs. » Le président de RATP Dev, François Xavier Perrin, place le débat au niveau macro-économique : « Les élus qui optent pour la régie ou la SPL choisissent de rapatrier un certain nombre de risques financiers, sociaux ou techniques. Je m’interroge sur cette tendance. C’est un peu comme si vous décidiez de ne pas assurer votre voiture en faisant le pari que vous n’aurez jamais d’accident. » Pour les exploitants, l’internalisation des transports se paye toujours d’une manière ou d’une autre. « Les économies en régie sont de courte vue. On supprime l’AT du groupe, certes. Mais l’on se coupe des capacités d’achat en gros massifié du groupe, de son innovation, de son réseau d’expertise et de son vivier de managers », note Patrick Jeantet.
Bien que prudents sur la question, les récents convertis assurent pourtant qu’ils dépensent moins pour des transports équivalents. A Saumur, l’agglo, qui est passée en SPL en juillet 2010, estime économiser en année pleine 650 000 € de fonctionnement sur un budget global de 3,8 millions. « Cela nous a permis d’absorber un certain nombre d’investissements, notamment la construction d’un nouveau centre technique, d’un local administratif et l’aménagement de la gare routière », indique Mélanie Rouault, directrice opérationnelle de Saumur Agglobus. Un an après avoir passé un quart de ses transports départementaux en régie (le lot 2, qui regroupe les ligne du sud du département), le conseil général d’Ille-et-Vilaine ne regrettait rien. Lors du congrès Agir 2012, André Lefeuvre, vice-président transports collectifs au conseil général d’Ille-et-Vilaine, nous confiait qu’à périmètre comparable il estimait les coûts de la régie 10 % inférieurs à ceux de Keolis sur les autres lots. « Calculs biaisés », dénoncent les opérateurs quand on leur présente ces chiffres. Qui croire ? Pour mettre tout le monde d’accord, il faudrait une comparaison objective, menée par un consultant indépendant. Une étude vient justement d’être lancée par le cabinet Jonction, visant à donner des éléments de comparaison entre les différents modes de gestion. L’idée est d’étudier dans le détail ce que sont les différents postes de coût et de fonctionnement dans différents réseaux. Une telle étude ne peut évidemment avoir de sens que si elle a le soutien de tous les protagonistes. Et cela commence mal. Si le ministère des transports, l’UTP, le Gart et la FNTV font bien partie du tour de table, Agir a décliné, refusant les généralités sur les modes de gestion, et estimant le cahier des charges… « à charge ».
Guillaume LEBORGNE
Où vont les SEM ?
Elles ont connu leur heure de gloire dans les années 70. Les SEM sont-elles pour autant devenues vintage ? Ce mode de gestion dans lequel exploitants et élus sont partenaires de long terme est né suite à la création, en 1973, du versement transport. Les sociétés d’économie mixte (SEM) ont fleuri, permettant à quatre agglos françaises (Nantes, Strasbourg, Grenoble, Montpellier) de financer le renouveau du tramway et de développer les meilleurs réseaux de transport de l’Hexagone. Entité juridique hermaphrodite, mixte entre gestion interne et gestion privée, la SEM semble donner toute satisfaction aux collectivités qui ont opté pour. Depuis la création de la SEM de Montpellier, en 1977, à la demande de Georges Frêche, TAM exploite mais est également en charge de la maîtrise d’ouvrage déléguée pour l’étude et la construction des lignes de tram. L’avantage de cette formule, assure-t-on chez VTD (qui est partenaire en direct ou à travers la Caisse des dépôts de 80 % des SEM), est que la conception de chaque ligne de tramway intègre dès le départ des contraintes essentielles, liées à sa future exploitation. Autre taille de réseau, autre avantage à Montauban, où la SEMTM, qui compte 52 salariés, fait aussi office de service transports. « Pour l’agglomération, c’est faire d’une pierre deux coups », souligne Emmanuel Boivin, son directeur. « Nous nous sommes posé à une époque la question du passage en DSP, mais nous voulions rester au capital de l’opérateur et garder la maîtrise », précise Brigitte Barèges, présidente de la communauté d’agglomération de Montauban, qui a renouvelé sa confiance à VTD pour dix ans à partir de janvier 2013. Dans cette agglomération de huit villes et 71 000 habitants, « le transport n’est pas une mission sur laquelle on pouvait espérer un niveau de professionnalisation suffisant pour la gérer en direct », considère Didier Lallemand, DGS de l’agglomération de Montauban. « VTD est force de propositions, après, nous sommes libres d’accepter ou pas », poursuit-il. « Avec la transparence inhérente au fonctionnement en SEM, il ne peut y avoir de soupçons d’enrichissement du partenaire. Il faut démontrer que nous avons rempli notre mission avant d’aller demander des moyens supplémentaires », ajoute Francis Chaput. Les exploitants sont discrets sur la rémunération de leur travail dans les SEM. Cette prestation n’est pourtant pas bénévole. La marge est négociée. A Montpellier, elle s’élève à 250 millions d’euros sur la durée du contrat, ce qui est peu. Le corollaire est le suivant : la collectivité viendra à la rescousse en cas d’aléas, c’est-à-dire qu’elle assume le risque. Avec la bénédiction de l’AOT, l’opérateur se rémunère en général par ailleurs à travers les contrats de sous-traitance qu’il passe à ses filiales, ou de nouveaux contrats de service qui font l’objet d’avenants au contrat conclu avec la SEM. Mais les résultats de la SEM sont réaffectés dans les développements du réseau, et le capital immobilisé n’est pas rétribué. « La question qui se pose est de savoir si la marge réalisée sur l’AT justifie le capital immobilisé », relève Patrick Jeantet. « On ne privilégie pas les gains immédiats. C’est ensemble que l’on développe le réseau pour être reconduits le mandat suivant », souligne Robert Subra, vice-président transports de l’agglomération de Montpellier. A mi-chemin entre privé et public, les SEM peuvent-elles faire un come-back ? « Nous nous adaptons à la demande locale, mais il est vrai que les SEM sont ce mode de gestion qui est peut-être une bonne réponse aux questions que se posent en ce moment les élus. C’est une approche que nous aimerions développer », indique Francis Chaput. Est-ce le sens de l’histoire ? Pas forcément. Car depuis quelques années les SEM « historiques » semblent évoluer vers une prise de risque de plus en plus importante pour l’actionnaire minoritaire. Dans l’appel d’offres de Grenoble, le cahier des charges prévoit un risque recettes assumé à 75 % par l’opérateur. Cette tendance, qu’un opérateur qualifie de « dévoiement de l’esprit de la SEM », pourrait sonner le glas d’une pratique avant tout partenariale et la transformer en une prestation pas si éloignée d’une DSP classique.
G. L.
A Nice, la surprise du chef
Jusqu’aux derniers oraux, l’appel d’offres pour la DSP de transports de Nice s’était déroulé tout à fait normalement. Keolis, qui, d’après plusieurs sources, avait proposé l’offre la plus compétitive et séduit la commission d’appel d’offres, semblait le mieux placé pour l’emporter. Mais Christian Estrosi ne l’a pas entendu ainsi. Le président de la Canca a pris l’étonnante et quasi monarchique décision de passer les transports en régie, prétextant « des offres ne correspondant pas aux attentes de la collectivité » et fustigeant des fuites dans la presse. Incrédulité dans le monde des transports, stupéfaction locale, mais pas de vague chez les élus niçois qui soutiennent la décision du chef. « Christian Estrosi n’est pas un politique prudent. Il se mouille, il fonctionne comme cela. Il a constaté à l’issue de l’appel d’offres que cela coûterait au moins 10 millions de plus par an à la collectivité, il a donc choisi de faire autrement. L’agglo ayant l’expérience des régies dans d’autres domaines, ce n’est pas non plus un saut dans le vide », justifie un proche. Suite à cette décision autant inattendue qu’impréparée, les services et le vice-président transports Alain Philip pagayent pour préparer la bascule du réseau, programmée en septembre. Un comité de pilotage confié au vice-président du Gart, sénateur-maire de Cagnes-sur-Mer, Louis Nègre, est en charge de veiller aux relations avec les élus et les syndicats. Avec l’assistance d’Agir et les conseils du réseau de Toulouse, un grand réseau ayant aussi basculé il y a peu, les élus et techniciens font en ce moment le ménage dans la centaine de contrats de sous-traitance et transforment la filiale de Veolia en Epic. Tout se passe en bonne intelligence avec la CGT, syndicat majoritaire qui, selon les mauvaises langues, monnaye la paix sociale, notable dans ce réseau, contre une forte association aux décisions. Bien que l’appel d’offres ait été déclaré sans suite, Keolis semble n’avoir pas été satisfait par les explications niçoises. Le groupe a demandé à l’agglomération d’être défrayé de ses frais d’appels d’offres, soit 600 000 euros.
G. L.
Assister n’est pas exploiterLes groupes n’aiment pas les régies. Mais, à défaut d’exploiter, ils acceptent des contrats d’assistance technique sur lesquels leur marge est plus élevée. Récemment, Keolis a remporté un contrat d’assistance auprès de la SPL de Maubeuge, et Veolia Transdev auprès de la régie de Douai. « Nous avons beaucoup de contacts avec des régies pour des missions d’assistance technique. Je trouve positif que ces réseaux admettent avoir besoin du support d’un grand groupe privé. Nous respectons le choix de gestion des collectivités. Mais notre idée est de les convaincre à terme de l’intérêt d’opter pour la DSP », indique le directeur général France de Keolis, Patrick Jeantet. Veolia Transdev se positionne très résolument sur ce marché de la sous-traitance, notamment auprès de ses anciens réseaux : « Qu’il s’agisse de Nice ou de Cannes, il n’a jamais été dit qu’il s’agirait de régies isolées », indique Francis Chaput, directeur délégué grand urbain de Veolia Transdev. Suite à sa décision de passer en régie, le SITP de Cannes n’a pas prolongé sa DSP, mais il a confié à Veolia, fin 2012, un contrat d’assistance auprès de Bus Azur. Et les élus promettent un nouvel appel d’offres d’ici à dix-huit mois, dans une configuration nouvelle, puisqu’un BHNS aura entre-temps été mis en service.
G. L.
Marseille, la pire des régies
La deuxième ville de France a des transports en commun indignes d’une ville de cette taille et de ce rayonnement. Bien entendu, les faibles résultats des transports marseillais n’ont rien à voir avec leur mode de gestion. Marseille reste la plus grande régie de France, et les dysfonctionnements de son réseau méritent d’être analysés.
L’homme arrête sa voiture en double file avenue de Saint-Louis et traverse la chaussée pour aller au bureau de tabac. Arrive un bus qui se dirige vers le nord de Marseille. Il y a du trafic, la rue est étroite, le bus est bloqué. Le chauffeur klaxonne alors pour attirer l’attention de l’automobiliste. Mais celui-ci, au lieu de reprendre son volant, se met à insulter le chauffeur du bus… et s’engouffre dans le commerce. Des scènes comme celles-là sont fréquentes à Marseille où le réseau de transports urbains ne couvre que les quatre communes centres de la communauté urbaine (891 000 habitants desservis). A cela, s’ajoute la saturation du trafic, l’étroitesse de nombreuses rues. C’est ainsi que la vitesse d’exploitation y est la plus faible des grandes villes de France : 12,2 km/h, selon les « chiffres clés 2011 » de l’UTP (-6,9 % par rapport à 2010), contre 15,2 à Lyon, 15,6 à Lille ou 14,4 à Toulouse.
« La RTM a fait d’énormes efforts sur le matériel, qui est confortable, climatisé, largement renouvelé. Le problème des bus à Marseille, c’est qu’ils sont englués dans le trafic, et la municipalité ne fait rien pour faciliter leur circulation, ni pour faire respecter les couloirs de bus », critique Claude Jullien, vice-président de la Fnaut-Paca.
Cela explique en partie que sur 673 km de lignes, le bus a transporté 69,5 millions de passagers en 2011, selon la RTM, alors que le métro, sur deux lignes de 21,5 km, en a totalisé 74,4 millions. Même si le réseau souterrain est plus « concentré », les Marseillais ont clairement choisi.
Et pourtant le métro marseillais, sur pneus, est vieillissant et de conception ancienne. Le premier tronçon a été inauguré en 1977. Les 144 voitures ont été rénovées en 2006 et 2007, et le réseau a été prolongé de 2,5 km en 2010, avant une nouvelle extension attendue en 2014. Il est, à en croire Claude Jullien, « le métro le plus bruyant au monde ». La Fnaut-Paca a fait des relevés en 2011. En voiture, les niveaux dépassent largement les 80 dB. En station, le « record » est de 96,7. « Vous ne pouvez pas parler normalement à votre voisin dans le métro de Marseille quand il roule », conclut Claude Jullien, qui souhaite un fonctionnement jusqu’à 23h30 tous les jours de la semaine et pas seulement le week-end.
Quant au tramway, deuxième mode de transport lourd de Marseille, lancé en 2007, ses deux lignes trouvent peu à peu leur vitesse de croisière (15,5 millions de voyages en 2011, ou 60 000 par jour contre 20 000 en 2007). « Le tramway, c’est quasiment le sans-faute. Nous regrettons simplement qu’il n’y ait pas plus de kilomètres de lignes », note le vice-président de la Fnaut-Paca. Son tracé, essentiellement en centre-ville et « oubliant » les quartiers les plus peuplés, a aussi été très critiqué, notamment par Karim Zéribi, président de la RTM depuis en 2008.
Etablissement public à caractère industriel et commercial, la Régie des transports de Marseille (RTM) est dirigée par un conseil d’administration dont le président est issu de l’AOT, la communauté urbaine de Marseille. Elle compte un effectif de 3 400 salariés, le deuxième plus important après celui du réseau de Lyon, dont un peu plus de la moitié de chauffeurs. Selon l’UTP, la RTM « produit » 13 815 km par personnel roulant. C’est le taux le plus faible des 23 réseaux desservant plus de 250 000 habitants. Ramenées au kilomètre par habitant, les performances de la RTM ne sont pas meilleures : 29,5 km, loin derrière Lyon (40,1 km) ou Toulouse (40 km), et surtout sous la moyenne des 19 réseaux à TCSP (36,5 km).
Une autre faiblesse des transports urbains est l’interconnexion entre les réseaux du bassin marseillais. En mars, le gouvernement doit présenter la loi de décentralisation qui devrait inclure la création d’une métropole à Marseille… largement rejetée aujourd’hui par les élus des villes voisines. Les transports seront un des axes principaux de cette métropole où chacun gère encore son réseau sans regarder celui de son voisin. Ainsi, Aubagne va lancer les travaux d’un tramway qui s’arrêtera aux limites de Marseille. Une connexion entre TCSP aubagnais et marseillais n’est pour le moment pas envisagée. Pire, des deux côtés, cela semble un sujet tabou. Autre exemple, la ligne TER Aix – Marseille propose 25 000 places par jour et ne transporte que 8 000 passagers. Sur le même parcours, mais par la route, la navette du conseil général « tourne » à 10 000 voyages par jour. Cherchez l’erreur. Et il y a encore 150 000 voitures par jour sur l’autoroute.
Il ne faut pas pour autant oublier le contexte économique. La RTM dispose d’un budget de fonctionnement de 245 millions d’euros, quand celui du réseau lyonnais est de 346 millions. C’est que le pouvoir économique des deux plus grandes villes de France après Paris n’est pas le même. Marseille est une ville « pauvre » où 48,5 % des foyers fiscaux sont imposables ; 60,8 % à Lyon (chiffres Insee 2009).
Pourtant, tout n’est pas sombre. De nombreux tarifs permettent l’accès à toutes les couches sociales. La sécurité s’est améliorée dans le métro. L’information passe mieux, grâce à Internet. La vidéo-verbalisation devrait réduire les stationnements sauvages. Selon une étude de l’Insee publiée en novembre 2012, à Marseille, « les transports collectifs sont de plus en plus utilisés (+26 % entre 1997 et 2009). Aujourd’hui, 13 % des déplacements se font en transport en commun ». Mais il reste que si la moitié de la population est à moins d’une demi-heure en transport en commun de la Canebière, les zones périphériques sont en général moins accessibles, et « un habitant sur cinq met ainsi plus de 40 minutes pour accéder au centre-ville », révèle cette étude. Pour l’Insee, il s’agit donc de « renforcer le réseau des transports en commun en site propre, et sa complémentarité avec celui des bus est donc un enjeu fort ». C’est l’objectif de Karim Zéribi et de la communauté urbaine. Le lancement à partir de fin 2013 de 28 km de réseau de BHNS rapprochant les quartiers nord et sud du centre-ville est une première réponse.
José SOTO
Trois questions à…
Karim Zéribi,président du conseil d’administration de la RTM
« Les causes ? L’état de l’infrastructure, l’empilement des accords sociaux »
Ville, Rail &Transports.?Comment expliquez-vous les mauvais résultats de la RTM ?
Karim Zéribi.?D’abord, par l’état de l’infrastructure. Avec une vitesse commerciale de 12 km/h alors qu’elle est de 17 à Nantes, la première explication est là… Nous avons très peu de sites propres. Les bus sont pris dans la circulation, or Marseille est la ville la plus embouteillée d’Europe avec Varsovie. De plus, le métro est ancien, avec des coûts de maintenance très importants. Deuxième raison, l’empilement des accords sociaux passés par les directions précédentes, pas toujours pertinents, passés parfois sous pression, sans vision d’avenir.VR&T.?Comment rattraper ce retard ?
K. Z.?Avec des investissements beaucoup plus importants sur la voirie, en donnant la priorité aux bus, et sur le matériel. Pour le métro, il faut 800 millions d’euros, 400 pour les rames d’ici à 2020, et 400 pour les quais. Ensuite, en remettant en place des accords non pas pour enlever des avantages aux salariés, mais pour avoir un réseau compétitif tout en prenant en compte leurs attentes. Cette double approche n’a pas été tenue par le passé. Il faut trouver les moyens de discuter avec les salariés sur une RTM plus efficace et qui rayonne sur ce territoire.VR&T.?Justement, comment améliorer les transports dans la future métropole ?
K. Z.?Avec une autorité organisatrice de gestion et pas un syndicat mixte de coordination, comme cela a été fait en 2009, via le conseil général. Tous les opérateurs de ce territoire devront avoir une autorité commune, un syndicat mixte de gestion qui mettra en place des interconnexions, des tarifs, des investissements, des plateformes multimodales, pour avoir une offre de transports cohérente, structurée et élargie aux 84 communes de la future métropole. Ainsi, nous aurons enfin des transports dignes de la deuxième métropole de France.
Propos recueillis par J. S.

Chalon filme ses basketteurs pour vanter les mérites du BHNS
La Stac, filiale de Veolia Transdev, associée à la communauté d’agglomération du Grand Chalon (Chalon-sur-Saône avec ses 110 000 habitants répartis dans 39 communes), et aux Autocars Girardot (délégataire des transports) a fait appel aux services de Jean-Baptiste Adolphe Michel (JBAM) pour un clip publicitaire. La Stac, filiale de Veolia Transdev, associée à la communauté d’agglomération du Grand Chalon (Chalon-sur-Saône avec ses 110 000 habitants répartis dans 39 communes), et aux Autocars Girardot (délégataire des transports) a fait appel aux services de Jean-Baptiste Adolphe Michel (JBAM) pour un clip publicitaire. Le basketteur vedette du club Elan Chalon (Pro A) y vante le réseau de bus Zoom qui a lancé en septembre 2012 son BHNS baptisé Flash. Le sportif emprunte le bus entre la gare et la salle d’entraînement, alors que trois coéquipiers de l’Elan, embauchés eux aussi pour le tournage, circulent en voiture. On vous laisse imaginer qui arrivera à l’heure…
Déjà en 2007, les joueurs avaient participé à la campagne locale « Respecte ton bus ». Cette année, avec « Joue-la comme JBAM », « l’idée est d’inciter les habitants à privilégier le bus pour leurs déplacements dans l’agglomération, voir au-delà grâce à l’intermodalité possible avec le train, explique Ludovic Jourdain, directeur de la Stac. Les basketteurs professionnels de l’Elan Chalon transmettent un message avec humour, sans se prendre au sérieux. D’ailleurs lors du tournage les passants les interpellaient, ils ont su rester disponibles pour répondre aux sollicitations tout en humour. Grâce à eux, davantage de personnes auront envie de voir le film, et, j’espère prendre le bus. »
Le réseau Zoom enregistre aujourd’hui sept millions de voyages par an soit 23 000 voyages par jour. La Stac s’est engagée auprès du Grand Chalon sur une fréquentation de 9 millions de voyages annuels en 2018. Quant au BHNS, avec 4 200 voyages quotidiens dès son lancement, il atteint aujourd’hui 4 700 voyages, soit une progression de 12 %.Y. G.
Pour voir la vidéo : www.buszoom.com