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Communication : comment Vannes Agglo prépare le lancement de son futur réseau
La communauté d’agglomération de Vannes a annoncé, le 1er mars, le nouveau nom choisi pour le réseau. En septembre prochain, l’actuel réseau TPV, pour Transports publics vannetais, s’appellera Kicéo. La communauté d’agglomération de Vannes a annoncé, le 1er mars, le nouveau nom choisi pour le réseau. En septembre prochain, l’actuel réseau TPV, pour Transports publics vannetais, s’appellera Kicéo. De l’avis de l’agglomération, le nom TPV avait vieilli, après plus de vingt ans d’existence. Vannes Agglo a donc fait appel à une agence de communication pour trouver une nouvelle signature pour ses transports (voir encadré ci-dessous).
Il y a un peu plus d’un an, à l’automne 2010, la communauté d’agglomération de Vannes avait adopté un nouveau PDU. Son objectif était de passer « à 15 000 voyageurs supplémentaires par jour dans les transports publics d’ici 2020 », souligne Denis Bertholom, vice-président de la communauté d’agglomération, en charge des déplacements. Depuis l’adoption du PDU, les services de l’agglo et le délégataire, Veolia Transdev, travaillent à sa mise en application. « Nous avions un réseau très emprunté par les scolaires, mais il fallait pouvoir toucher les salariés », poursuit Denis Bertholom. Cela va se traduire par de profondes modifications dans les transports en commun. Si l’élu promet une annonce plus détaillée dans un mois, il dévoile déjà aujourd’hui les grands principes. Le futur réseau, prévu pour septembre 2012, devrait reposer sur deux lignes importantes, la 1 (axe nord – sud) et la 2 (est – ouest), les plus fréquentées, qui seraient « nourries » par des lignes capillaires conduisant les voyageurs vers les principales. Pour donner toute la pertinence à cette structure, il faut rationaliser le tracé des lignes de force pour le rendre le plus rectiligne possible, tout en empruntant des voies à large gabarit, voire des voies dédiées, permettant une bonne fluidité du trafic. Autre apport de taille : le cadencement à 10 minutes, qui doit rendre le réseau attractif pour les usagers.
L’un plus l’autre, il ne manque plus que du matériel adapté pour réunir les ingrédients d’un BHNS. Vannes Agglo a justement annoncé, début février, l’achat de 10 Créalis Néo d’Iveco, des véhicules de 12 m de long, 2, 55 m de large et 3 m de haut, avec des grandes fenêtres panoramiques et de larges portes coulissantes, notamment pour l’accessibilité des PMR. L’agglomération attend les cinq premiers à la rentrée scolaire prochaine, les cinq autres l’année suivante. Evidemment, ils porteront les nouvelles couleurs du réseau, vert pâle souligné d’orange, et le nom de Kicéo. Les autres bus adopteront la nouvelle livrée progressivement.Y. G.
Un nom soumis au choix des usagers
« Nous souhaitions donner aux transports de l’agglomération une identité propre afin que les habitants se l’approprient », souligne Denis Bertholom. Aidé d’une agence de communication, quatre noms avaient été retenus : Réflex, Eckô, La Vag, Kicéo. Des noms sans signification particulière, mais courts, faciles à prononcer et à retenir. Poussant le raisonnement de l’appropriation jusqu’au bout, Vannes Agglo et l’agence ont même ouvert un site Internet (http://www.monnouveaureseaudebus.com) pour permettre aux usagers, jusqu’à la fin du mois de février, de voter parmi ces quatre possibilités. Résultat, près de 1 000 personnes se sont prononcées : deux noms se sont largement dégagés, avec une courte avance pour Kicéo. Mais l’agglo se réserve la possibilité d’utiliser La Vag pour un autre service, puisqu’il semble plaire.Mode de gestion : Saint-Brieuc passe à la SPL
Les TUB de Saint-Brieuc Agglomération rejoignent la petite dizaine de réseaux urbains et interurbains désormais gérés en direct par l’intermédiaire d’une société publique locale. La décision a été entérinée le 29 mars, après que les offres reçues pour la DSP eurent été jugées trop élevées. Le sortant Veolia Transdev réclamait 1,5 million de plus par an (9,8 millions d’euros jusqu’à présent) pour le même service, Keolis était aussi 1,2 million d’euros au-dessus de l’ancienne subvention. A l’unanimité, les élus ont donc voté le changement. « C’est un choix politique, comme pour l’eau, les déchets, l’énergie. Nous y gagnerons une plus grande maîtrise de nos politiques publiques, a estimé Bruno Joncour, le maire (MoDem) de Saint-Brieuc, cité par Ouest-France. Nous serons aussi moins dépendants des multinationales privées. » Les élus, qui sont allés visiter le réseau choletais, espèrent donc faire des économies, notamment en optimisant leurs moyens techniques et humains, même si bien sûr les actuels salariés des TUB (Transports urbains briochins) seront repris d’office, seule la direction étant à recruter. Promesse de l’AO : coller aux besoins des habitants, qui sont d’ailleurs actuellement sondés sur leurs attentes en matière de transport.
Tram sur pneus : Caen attaque la société concessionnaire du TVR
Viacités, le SMTC de l’agglomération caennaise, a saisi le tribunal administratif le 28 mars d’une requête en référé-expertise en vue d’obtenir la désignation d’un expert judiciaire qui recensera les dysfonctionnements du système TVR et fournira les éléments techniques permettant de déterminer les responsabilités de la STVR. La société concessionnaire du tram sur pneus, la STVR, a en effet, selon Viacités, failli à sa mission de conception, réalisation et exploitation technique (maintenance pendant 30 ans) du système. Le constructeur promettait la pérennité et l’évolutivité du réseau, la fiabilité du matériel roulant et un SAV sans failles. « Force est toutefois de constater que très rapidement la réalité s’est révélée bien différente, précise le communiqué de Viacités. Problèmes chroniques de fiabilité, disponibilité insuffisante et en dessous des engagements contractuels, vieillissement accéléré de certaines pièces et des rames, arrêt de la fabrication du TVR dès 2002, fréquentation en baisse due à l’insatisfaction des usagers… » En décembre dernier, l’AO a été contrainte de décider du remplacement anticipé du TVR. Aujourd’hui, elle attaque la STVR.

Saint-Lazare : une nouvelle idée de la gare
Avec l’inauguration de la « nouvelle » gare Saint-Lazare, prévue ce 21 mars, c’est le plus grand projet de rénovation de gare lancé par la SNCF depuis quinze ans qui s’achève. Une opération hors normes, menée dans une gare en exploitation. La seconde d’Europe, en termes de flux de voyageurs, et qui n’avait pas connu de rénovation importante depuis 1970. Et depuis une dizaine d’années, Saint-Lazare, c’était toujours des quais, des trains, quelque 450 000 voyageurs chaque jour… mais aussi, et surtout, des palissades et des panneaux métalliques cachant le cœur de gare. Un chantier mené, ce fut l’une des difficultés majeures, sans interrompre les circulations, en garantissant la continuité de service pour les voyageurs, gérés au quotidien dans un dédale de travaux.
Sur cette scène phénoménale, le rideau vient donc de se lever. On assiste à la véritable renaissance d’une gare, en bonne partie démolie, puis reconstruite. Une gare de nouvelle génération, fruit d’un projet ambitieux, puisqu’il s’agit, résume Sophie Boissard, directrice générale de Gares & Connexions, d’adapter « un patrimoine exceptionnel, souvent classé, aux attentes et besoins des voyageurs mobiles du XXIe siècle ». Un projet précurseur aussi puisque ce « tour de force » a été rendu possible grâce à un partenariat public-privé mis en place dès 1996, un PPP avant la lettre en quelque sorte. Il regroupe la SNCF et Klépierre, exploitant des commerces pour quarante ans, maître d’ouvrage et financeur des aménagements de ces nouveaux espaces, qui a confié à Spie Batignolles la réalisation des travaux. Pour Sophie Boissard, c’est clair : ce partenariat a permis de financer ce que Gares & Connexions n’aurait pu faire seule.
De quoi mettre les très grands moyens nécessaires pour répondre à la complexité particulière du projet, comme l’explique Jean-Marie Duthilleul, architecte de la gare : « L’histoire de Saint-Lazare, c’est celle d’une pelote de branchements de stations de métro sur le bâtiment historique, avec des couloirs. C’était devenu, au fil des temps, assez inextricable. » L’agrandissement s’est donc « vraiment fait par en dessous, en allant chercher les gens là où ils sont, c’est-à-dire aux sorties des bouches de métro. Nous avons eu l’idée de faire une grande ouverture au centre même de la salle des pas perdus, afin de faire descendre la lumière » par la verrière du XIXe siècle remise, elle aussi, en valeur. Ainsi, à une vingtaine de mètres de profondeur, un nouvel espace est né dans la gare avec la création de trois niveaux supplémentaires : l’un pour le métro, deux pour deux niveaux de parkings souterrains. Ces trois niveaux s’ajoutent aux deux existants, ceux du quai et de la rue.
Pour ses promoteurs, après cette cure de jouvence, Saint-Lazare comprend « tout ce que nous pouvons attendre d’une grande gare parisienne » : espace, modernité, luminosité, circulation facilitée, information renforcée… et 80 commerces sur 10 000 m2. Des services, des commerces, pour simplifier la vie quotidienne dans ces « années Internet » où il est essentiel de satisfaire un maximum de besoins en un minimum de temps.
Saint-Lazare doit donc devenir, au fil des jours, une gare où le voyageur organise mieux son temps, dans un lieu plus ouvert, plus fluide, plus accueillant. Simple lieu de transit pour les uns, espace de vie pour les autres, dans un quartier particulièrement commerçant et attractif. « Au XXe siècle, les commerces innovants se sont construits autour de la voiture et de ses parkings. Au XXIe siècle, ce sera autour des trains et des gares, devenues lieux où convergent tous les modes de transport », affirme Guillaume Pepy. Et Saint-Lazare a déjà ses disciples. Parmi lesquels Austerlitz, dont les travaux s’achèveront en 2020. Un autre chantier colossal, avec six fois plus de surfaces disponibles qu’à Saint-Lazare. C’est déjà toute une autre histoire.
Pascal GRASSART
Jalons historiques
– 26 août 1837 : rue de Londres, la reine Amélie, épouse de Louis-Philippe, inaugure la ligne Paris – Saint-Germain, première ligne de chemin de fer partant de Paris.
– 1842 : la gare s’avance jusqu’à la place Saint-Lazare et prend son nom définitif.
– 1885 : création de la façade principale.
– 1889 : à l’occasion de l’Exposition universelle, construction de l’hôtel Terminus et édification de la salle des pas perdus.
– 1930 : réalisation de la galerie des Marchands.
– 1971 : dernière rénovation de la gare, avec l’installation de six escaliers mécaniques et du téléaffichage dans la galerie des Marchands.Une rénovation en quatre temps
– 2003-2007, la rénovation du quai transversal
La réhabilitation de l’espace quai transversal, au plus près des voyageurs et des trains, était une priorité. Les travaux ont permis la création d’une dalle homogène sur toute la surface, avec un sol en granit plus clair et plus facile d’entretien. Parallèlement, le patrimoine a été revalorisé : restauration des verres peints, ravalement de la façade. Et le retrait de la poutre bleue qui masquait les halles et les trains a permis de libérer le volume sous la verrière et la vue sur la structure métallique.
– 2006-2008, l’ouverture côté Amsterdam
Amorcés en 2006 et achevés en 2008, les travaux « passage et cour d’Amsterdam » métamorphosent cet espace pour le rendre plus moderne dans son architecture, plus accessible aux voyageurs, plus sécurisé. Le passage de la gare vers la rue d’Amsterdam est élargi, ce qui permet de créer une véritable entrée secondaire. Quant à la cour d’Amsterdam, son amélioration architecturale vise à lui donner plus de clarté et de luminosité. Et puis, un nouvel espace de vente grandes lignes moderne et lumineux prend place côté Amsterdam, face à la voie 27 du quai transversal, avec 16 guichets et des bornes Internet.
– 2009-2012, la transformation de la gare
Dans l’ancienne salle des pas perdus, un hall est créé, reliant les niveaux du métro, de la rue et des quais. Parallèlement apparaissent les 10 000 m2 de l’Espace commercial Saint-Lazare Paris.
– 2013, la rénovation des parvis
Ce doit être le point final du projet. La gare verra ses parvis Rome et Havre et la rue intérieure rénovés. Cela permettra d’améliorer les circulations autour de la gare et de la rendre plus accessible aux piétons. Ainsi, libéré du trafic automobile, le nouveau parvis Havre facilitera le cheminement des voyageurs. Ceux-ci pourront aussi bénéficier de plus d’espace et de transparence, de grandes baies vitrées dévoilant le cœur de la gare depuis l’extérieur. Sur le parvis Rome, les déplacements seront facilités grâce à la création d’un nouveau terminal bus desservant quatre lignes majeures et les dessertes taxis seront optimisées.
Exploitation : l’envers du décor
450 000 voyageurs par jour, 1 600 trains au quotidien, soit un train qui sort ou entre en gare toutes les 28 secondes aux heures de pointe, ce sont des chiffres clés pour appréhender ce qu’est cette gare dont l’exploitation est particulièrement délicate. Et l’inauguration de ses nouveaux lieux ne va pas, d’un coup de baguette magique, rendre fluides chaque jour les circulations sur un réseau souvent ancien, particulièrement mis à l’épreuve. Toutefois, le mouvement de modernisation est engagé. Depuis 2009, le rythme des investissements pour les infrastructures s’est fortement accru, passant de 35 millions d’euros en 2009 à 120 millions en 2012.
L’effort se concentre en grande partie sur la régénération des installations, voies et ballast, appareils de voie, postes de circulation, circuits de voie… Ainsi, en 2011, cinquante appareils de voie ont été remplacés, plusieurs kilomètres de rails, des joints isolants. En 2012, trente kilomètres de voies et ballast seront renouvelés, tout comme une cinquantaine d’autres appareils de voie. La télécommande du poste des Mureaux vient d’être mise en service, des voies sont également renouvelées sur le chantier de Batignolles, sans compter les multiples opérations de fiabilisation sur les lignes LAJ. Ce rythme très soutenu de travaux doit se poursuivre au moins jusqu’en 2017. Dans le même temps, de gros projets d’investissements vont démarrer, comme Eole à l’ouest, le Grand Paris, la commande centralisée du réseau…
Denis Alalouf, directeur adjoint du développement Ile-de-France chez Klépierre-Ségécé« Un projet de l’ampleur de Saint-Lazare, c’est nouveau, inédit »
Ville, Rail & Transports : Quelle place peut prendre Klépierre-Ségécé dans la rénovation des gares ?
Denis Alalouf : Nous sommes une société d’investissements immobiliers cotée, spécialiste de l’immobilier de commerces et de tous les métiers liés à l’activité commerciale. En Europe, nous sommes présents dans treize pays, sur 335 sites, dont 271 en propriété, avec 1 500 personnes et 17 000 baux gérés. Même si nous avions une expérience en gare de Rennes, un projet de l’ampleur de Saint-Lazare, c’est nouveau, inédit. Il est dans notre cœur de métier. Nous investissons 160 millions d’euros dans l’opération, avons confié au promoteur Spie Batignolles la construction, et venons sur notre métier de base, la commercialisation et la gestion.VR&T : Qu’apportez-vous à la SNCF qu’elle ne pourrait faire ? Que vous apporte-t-elle ? Est-ce une bonne affaire pour les deux ?
D. A. : C’est un équilibre entre les deux partenaires, une conjonction de divers atouts. La SNCF a apporté le patrimoine, l’image, l’emplacement dans un quartier très commercial. Elle cherchait des financeurs et les métiers du commerce ne sont pas son cœur de métier. Nous avions la source d’investissement et la solution en termes de commerces. Le patrimoine est tout à fait remarquable, avait une vocation naturelle au commerce mais l’objet commercial n’était pas lisible. La clarté, la transparence du corps de commerce accolé au cœur de gare, c’est une solution que nous avons apportée. Et puis, avec notre expérience européenne, nous avons connaissance d’enseignes à l’international.VR&T : Quel est votre modèle économique ?
D. A. : Il s’appuie sur une concession de quarante ans, pendant lesquels nous sommes propriétaires des 10 000 m2 d’espaces commerciaux. Nous choisissons les commerçants qui nous versent une sous-commission et cela nous sert à amortir nos investissements et à les valoriser. Ensuite, on reverse à la SNCF une quote-part de ce que l’on perçoit.VR&T : Comment avez-vous retenu les enseignes ?
D. A. : L’offre devait être assez complète pour répondre à une clientèle qui n’est pas à visage unique, voyageurs, résidents, personnes qui travaillent dans le quartier. C’est une caractéristique de Saint-Lazare. Pour cela, nous avons misé à la fois sur des enseignes connues, reconnues, attendues, et d’autres plus exclusives, originales.VR&T : Quel prix paient-elles ? Et sur quel niveau de redevances annuelles ?
D. A. : Nous ne donnons pas de prix, car ils dépendent de la taille des commerces, de leur activité. Une bijouterie, ce n’est pas pareil que du textile, par exemple… Ensuite, il y a un minimum garanti et une part variable, en fonction du niveau du chiffre d’affaires. Les baux sont plus courts que les douze années habituelles. Quant au niveau des redevances, nous attendons 12,9 millions d’euros annuels (part Klépierre).VR&T : Par rapport aux commerces existants, on peut prendre l’exemple de l’arrivée de Virgin alors qu’il y a la Fnac en face, attendez-vous une émulation profitable à tous ou risque-t-on une certaine cannibalisation au détriment des magasins « historiques » ?
D. A. : Cela va renforcer tout le quartier, déjà très important au niveau commercial, avec 37 millions de visiteurs par an sur Haussmann-Saint-Lazare. Nous ne sommes pas encore ouverts et le nombre de visiteurs est déjà considérable. Globalement, tout ce qui renforce le pôle existant est une garantie pour tous.VR&T : Sur ce registre, quels sont vos chantiers les plus spectaculaires actuels et à venir ?
D. A. : Sur les projets à venir dans de grandes gares parisiennes, Montparnasse puis Austerlitz, nous devons être capables de capitaliser ce que nous avons développé sur Saint-Lazare et pouvoir répondre à la demande de la SNCF. Et puis, il y aura les gares du Grand Paris. Pour tout cela, Saint-Lazare est une bonne porte d’entrée.
Propos recueillis par P. G.
Franck Ailloud, directeur de Spie Batignolles Immobilier
« Le plus beau chantier de ma vie professionnelle »
Ville, Rail & Transports : Pourquoi une partie de la gare est prête et pas l’autre ?
Franck Ailloud : Le moins abouti, c’est la voie de desserte intérieure qui passe sous le quai transversal. Car les entreprises qui font leurs travaux de finition sont obligées de passer par là. On attend la fin de l’aménagement des boutiques. Après, elles vont s’en servir pour acheminer leurs marchandises.VR&T : Quelles ont été les difficultés majeures rencontrées sur ce chantier ? Celles qui étaient prévues…
F. A. : Il y a deux complexités folles, dont nous avions conscience. Le plus délicat, depuis l’origine, c’est la gestion des flux de voyageurs, 2 000 à la minute en heure de pointe, à l’intérieur du chantier. L’autre sujet majeur de complexité a été de devoir suspendre la gare, posée sur quatre poutres massives de 200 m de long, pour reprendre toutes les fondations de la gare. Un bâtiment qui n’avait jamais été vraiment travaillé depuis l’origine. Il ne fallait pas que ça bouge. Et pour le vérifier en permanence, nous avons utilisé des cordes optiques, une sorte de laser susceptible de détecter la moindre déformation.VR&T : … et les difficultés qui étaient moins prévues à l’origine ?
F. A. : Ce que l’on découvre lorsque l’on démolit et que l’on gratte le sol n’est jamais complètement prévu car il n’y a pas de plan précis, de relevé complet de la gare. Lorsque l’on creuse pour reprendre les fondations, c’est chaque fois différent et le chantier doit s’adapter en permanence avec des techniques différentes en fonction de ce que l’on découvre.VR&T : En quoi ce chantier peut-il être, à votre niveau, exemplaire ?
F. A. : Il a été le plus grand chantier de réhabilitation à Paris tout en demeurant, en grande partie, invisible. En plein chantier, les gens sont passés dans trois tunnels avec relativement peu de gêne dès que ces tunnels ont été terminés. L’idée, c’était qu’ils puissent traverser cet énorme chantier, passer au-dessus sans s’en rendre compte alors que l’on travaillait à l’intérieur du bâtiment. Il n’y a pas d’autres chantiers du même type. Il est unique et c’est, à 53 ans, le plus beau chantier de ma vie professionnelle.
Propos recueillis par P. G.
Sophie Boissard, directrice générale de Gares & Connexions :
« Un modèle adapté à ces hyper-centres-villes que sont les grandes gares »
Pour Sophie Boissard l’opération Saint-Lazare est exemplaire à plus d’un titre. La SNCF installe une gare du XXIe siècle dans un monument du XIXe qui retrouve son lustre d’antan. Elle le fait en partenariat avec un aménageur privé. Et, grâce aux commerces de proximité, elle aide à donner un rôle majeur à la gare dans le centre-ville.
Ville, Rail & Transports. En parlant de Saint-Lazare, vous évoquez un chantier emblématique de ce que la SNCF veut faire. En quoi ce modèle doit-il faire école ?
Sophie Boissard. Il est exemplaire par sa dimension technique, par la qualité de la réhabilitation d’un monument historique qui est une grande réussite architecturale. On lui a redonné son lustre historique et on a exhumé les verres peints de Sarteur, absolument magnifiques, au niveau du quai transversal. Exemplaire également par la création d’un pôle d’échanges fonctionnel du XXIe siècle dans un bâtiment du XIXe, avec le travail fait sur la signalétique, la simplicité des accès à la rue, la simplicité d’accès au métro. Ce projet est encore exemplaire de ce que l’on peut faire en termes de financement.VR&T. Le principal intérêt de ce type d’opération, est-ce de vous permettre de financer ce que le groupe SNCF n’aurait absolument pas les moyens de faire ?
S. B. C’est clair, nos moyens en fonds propres sont limités, notamment en raison des contraintes d’endettement de la SNCF. Seuls, nous n’aurions pas pu investir 250 millions d’euros dans la rénovation de Saint-Lazare. Klépierre met 160 millions, nous, 90 millions sur nos fonds propres. A titre de comparaison, le budget annuel que nous investissons sur fonds propres hors Ile-de-France est de 170 millions d’euros. 90 millions, c’est la moitié du budget annuel investi dans les gares ! Et puis, ce partenariat permet aussi de croiser les compétences. Nos partenaires nous apprennent à revisiter nos espaces, à sortir de nos schémas. Sans eux, nous n’aurions pas su regarder et réutiliser l’ensemble de ces surfaces.VR&T. Comment conjuguer les ambitions en termes de patrimoine et de services ?
S. B. Il y a, par exemple, le choix des couleurs, très en accord avec les verres peints. Nous avons été draconiens dans la charte de marques, très épurée, y compris pour la signalétique commerciale de grande qualité. Cela met en valeur le bâtiment plus que cela ne l’étouffe. Et puis, c’était historiquement une gare Grandes Lignes, de prestige, avec toutes les fonctionnalités d’une gare de voyages au long cours. Aujourd’hui, c’est par excellence, en Ile-de-France et avec la Normandie, la gare des pendulaires. Les espaces étaient dimensionnés pour la gare d’hier, alors qu’elle accueille une grande quantité de voyageurs. Il fallait réinventer. Entre les personnes pressées de la semaine et celles qui flânent avant leur week-end, chacun a son mot à dire. Nous n’imposons rien, nous proposons. Saint-Lazare a besoin de cette multifonctionnalité.VR&T. La commercialisation des espaces en gare, est-ce un métier que vous ne savez pas faire puisque vous le déléguez ?
S. B. Nous ne le déléguons pas complètement. Dans la convention avec Klépierre, on s’est mis d’accord sur le type de services et de commerces et, pour le choix des enseignes, nous avons travaillé en étroite collaboration. Nous ne sommes pas un opérateur de centre commercial mais une gare n’est pas un centre commercial. Nous avons à construire ensemble un modèle adapté à ces hyper-centres-villes que sont les grandes gares.VR&T. Dans ce type de partenariat, y a-t-il un risque de cannibalisation progressive de la SNCF par le privé ?
S. B. Il n’y a pas de cannibalisation car nous restons maîtres du domaine public ferroviaire. Nous demandons à l’occupant d’avoir des activités compatibles avec les missions principales d’une gare et de générer des flux de revenus qui participent au coût économique du service de transport. Actuellement, les revenus qui remontent des gares parisiennes servent d’ailleurs à financer les investissements en gare sur l’ensemble du réseau. Il n’y a donc pas cannibalisation si l’on trouve un juste équilibre entre les services et commerces et la fonction première des gares qui est d’être un lieu d’échanges et de transports.VR&T. Quels sont les prochains grands défis de ce type pour vous à Paris ? Austerlitz ? Montparnasse ?
S. B. A Montparnasse, Il est grand temps de « ranger » la gare et de revisiter les circulations depuis le métro. Le trafic ne cesse de croître. Nous faisons un cahier des charges puis ouvrirons un dialogue compétitif pour voir ce que des partenaires nous proposent pour faire évoluer l’espace. L’objectif est d’avoir une première tranche significative achevée en 2017. Aussitôt après, sur la liste, Austerlitz. Le montage est très compliqué car c’est un programme immobilier tout autant que de rénovation de gare. Nous avons une convention avec la Ville de Paris et son aménageur, la Semapa, qui prévoit trois choses. Un, une piétonnisation et une remise à neuf de la façade de l’embarcadère sur la Seine. C’est engagé et doit être livré en 2014. On reconfigure complètement le parvis, avec ouverture sur les nouvelles voies potentiellement TGV construites sous la dalle, création d’un escalier reliant le parvis à l’avenue de France, d’un autre reliant le parvis à la Seine, et « verdissement » du parvis. Deuxième temps, on va s’attaquer à l’intérieur de la halle. On va couvrir le RER C qui émerge au bout de la halle, enlever le parking, créer des bureaux à l’intérieur de la halle. Nous allons chercher un partenaire pour définir avec lui ce qu’on peut faire de ce volume extraordinaire qu’est la halle historique, qui ne sert plus pour le train. Dans le même temps, on va travailler sur la partie qui va jusqu’à l’hôpital de la Salpêtrière et au Muséum, en copropriété avec la Ville de Paris et la Semapa. 100 000 m2 vont sortir de terre, de logements, équipements publics, espaces tertiaires, espaces pour la gare, dont, globalement, 20 000 m2 de commerce. C’est un quartier qui va voir le jour. Ce grand projet de ville autour d’un nœud de transport va prendre une bonne dizaine d’années.VR&T. Y a-t-il dans ces nouvelles idées certains commerces qui marchent bien et d’autres pas ?
S. B. Ce que les gens attendent avant tout, c’est de la restauration et des concepts centrés sur le quotidien sous ses différentes formes. Un concept comme food-court – avoir dans un même lieu différents types de restauration rapide –, tout ce qui est achat du quotidien aussi. La santé aussi est un secteur qui marche très bien, comme on le voit avec la pharmacie de la gare de l’Est, qui est un lieu magnifique. Il ne faut pas de lieux encombrés dans lesquels on peut à peine circuler. Les espaces doivent être vastes et faciles pour déambuler avec sa valise…
Mon sentiment, c’est qu’on part d’assez loin et que, par rapport à la fréquentation des gares, au mode de vie urbain, à ce que font d’autres pays autour de nous, on ne souffre pas d’un excessif remplissage des gares par des commerces – au contraire ! L’essentiel dans les années qui viennent va être de rester juste et de montrer au voyageur qu’on ne le prend pas pour une vache à lait. On doit être dans les mêmes prix que ce qu’on pratique dans le quartier. Il n’y a pas de « taxe gare ».VR&T. Vous êtes-vous inspirée de pays voisins ?
S. B. Les Espagnols sont partis sur un modèle de centres commerciaux de 30 000 à 40 000 m2 pour leurs gares TGV. Du fait de la violence de la crise dans le pays, je pense que ces programmes ne verront pas le jour. C’est un modèle très éloigné de la conception qu’on se fait en France d’une gare comme lieu public, lieu aéré, lieu urbain. A l’inverse, voyez la Suisse. La gare de Zurich est le troisième centre commercial du pays… et cela ne se voit pas. Ils ont par exemple densifié les commerces au niveau du sous-sol, C’est un très bon modèle à suivre. C’est un peu la même chose à Bâle. Mais c’est en Suisse, et avec les moyens financiers de la Suisse… Les Allemands ont à peu près la même inspiration. Leurs gares marchent très bien pour prendre le train, le tram ou le métro, et elles sont très animées. Le point principal pour moi, c’est l’animation. Je trouve assez intéressant de pouvoir à partir des gares contribuer à la révolution des pratiques de consommation. Rompre avec l’âge des horribles entrées de ville, leurs zones de très grande surface, et l’affichage qui va avec, où l’on ne peut aller qu’en voiture. Qu’on en revienne à une réflexion sur les centres-villes et les commerces de proximité, cela me semble salutaire. Il y a un enjeu de politique publique. Quand j’entends parler de marchandisation des gares, c’est presque à rebours de ce que nous faisons.
Propos recueillis par François Dumont et Pascal Grassart
Gares parisiennes : trois autres grands projets– Paris-Lyon, une gare nouvelle à côté de l’ancienne
Depuis mai 2010, cette gare « nouvelle », qui devrait être inaugurée en septembre prochain, s’agrandit pour faire face à une fréquentation accrue. D’ici à 2020, elle accueillera 45 millions de voyageurs grandes lignes par an, soit… 10 millions de plus qu’aujourd’hui. Elle accueillera plus de cinquante commerces et services de proximité. Deux nouvelles halles, « à l’écriture contemporaine », ont été réalisées pour prolonger les halles existantes. L’ensemble permet une réorganisation de grande ampleur, dans le prolongement de la gare actuelle.
– Paris-Montparnasse, un grand réaménagement
Comme la gare Montparnasse explose en termes de trafic, elle va être complètement repensée. Un appel d’offres est lancé pour sélectionner un opérateur qui portera, avec Gares & Connexions, la restructuration des espaces intérieurs de la gare et des circulations des voyageurs. Sans oublier le métro, le lien entre les divers modes de transport, à repenser largement.
– Paris-Austerlitz, un véritable quartier nouveau
Avec la Ville de Paris et son aménageur, la Sémapa, il s’agit de rénover complètement la gare et sa dalle historique, « lui rendre sa splendeur passée » et en faire un espace de services, de circulation urbaine. Les travaux s’achèveront en 2020 et le chantier s’annonce colossal. Parallèlement, il s’agit de faire sortir de terre, côté Salpêtrière, un quartier de 100 000 m2 comportant à la fois des logements, des équipements collectifs et des commerces. Les travaux commencent, côté Seine, dès cette année. L’appel d’offres pour trouver le partenaire qui permettra de mener à bien cette opération urbaine devrait être lancé dans un an.
Italie : Hitachi intéressé par AnsaldoBreda et Ansaldo STS
Selon le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore, le conglomérat industriel japonais Hitachi pourrait être intéressé par l’acquisition d’AnsaldoBreda et d’Ansaldo STS. AnsaldoBreda, le constructeur, est détenu à 100 % par Finmeccanica, et Ansaldo STS, le spécialiste de la signalisation, à 40 % par le même groupe. Hitachi prendrait 50 % du premier groupe et entrerait avec « un rôle de poids » dans Ansaldo STS. Finmeccanica, contacté par l’AFP, s’est refusé à tout commentaire. Le groupe en difficulté a présenté en novembre un plan de restructuration comportant la cession de ses filiales ferroviaires.

Toulouse rénove ses 28 rames de VAL
Mise en service en juin 1993, la ligne A du métro de Toulouse a entamé la rénovation de la totalité de ses 28 rames VAL 206, pour un coût de 21,5 millions d’euros. Mise en service en juin 1993, la ligne A du métro de Toulouse a entamé la rénovation de la totalité de ses 28 rames VAL 206, pour un coût de 21,5 millions d’euros. La première rame rénovée a été présentée le 8 mars dernier. Cette rénovation à mi-vie (après 1,5 million de kilomètres) permettra d’étendre leur durée de 30 à 40 ans. La rénovation dure treize semaines. Elle permet de traiter les obsolescences, d’étendre la capacité voyageurs (de 208 à 222 en remplaçant des sièges par des appuis-ischiatiques), d’améliorer le confort, de mettre les rames aux normes d’accessibilité et d’homogénéiser l’équipement, constitué de 116 rames sur les deux lignes (14 VAL 208 AG de 2003, 56 VAL 208 NG de 2007 et 18 rames VAL NG2 de 2011).
Plusieurs innovations technologiques ont été intégrées : un sécheur d’air dans le circuit pneumatique, des freins à disques sectorisés, une chaîne de traction nouvelle génération, un pupitre de commandes plus ergonomique pour la conduite manuelle, un éclairage à LED, des coffres allégeant les rames de 500 kg, des afficheurs numériques indiquant le nom des stations et les correspondances à partir de l’été 2012. Pour améliorer l’accessibilité, des branches ont été ajoutées aux barres de maintien, ainsi qu’un bouton de signal d’urgence accessible aux personnes en fauteuil. Deux strapontins ont été démontés pour dégager un espace aux fauteuils roulants. Côté design, le revêtement des assises sera le même que celui des rames VAL 208 NG2. « L’éclairage amélioré et l’ambiance chromatique créée par un tissu coloré et de nouveaux revêtements de sol transformera totalement la perception du véhicule pour l’usager », indique Tisséo.
Catherine Sanson-Stern

Sylvia Barthélémy se met en travers du tramway
Le projet de tram d’Aubagne a l’air bien engagé, mais Sylvia Barthélémy, élue d’opposition (Alliance républicaine radicale et centriste) à la mairie veut encore croire à ses chances de faire capoter le tram. Le quotidien La Provence raconte ainsi un débat contradictoire que l’élue a tenu avec Jean-Yves Petit, conseillé régional EELV (Paca). Elle a dénoncé une « lubie qui va tuer dans l’œuf tout autre investissement dont la ville et la communauté d’agglomération ont besoin comme les crèches, les équipements sportifs, ou la voie de Valdonne à laquelle nous tenons. Aujourd’hui, Aubagne court un vrai danger avec le projet du tramway que veut nous imposer une municipalité qui perd toute raison ». Puis Sylvia Barthélémy a énuméré les nuisances qui découleront de ce projet. « Les travaux vont défoncer nos rues, la circulation va devenir infernale, les commerces riverains ne survivront pas à ces chambardements et nos impôts vont exploser ! Nous n’en voulons pas ! Nous ne pouvons pas laisser la municipalité jouer au "petit train" avec l’argent public pour un projet délirant, totalement inutile et sans intérêt pour l’ensemble de la population de l’agglomération aubagnaise. »
Ce à quoi son contradicteur a répondu. « Avec l’augmentation de la population, il faut avoir une vision métropolitaine du transport. La région doit cofinancer le projet tramway à hauteur de 6 % sur les 124 millions d’euros que vont coûter les travaux de la première tranche. Il faut envisager pour l’avenir une forme de RER qui pourrait desservir Aubagne, Marseille et Aix-en-Provence. »
SNIT : pour Pierre Serne, on nous prend pour des imbéciles
Le représentant d’Eva Joly, le tout nouveau vice-président (EELV) du conseil régional d’Ile-de-France, délégué aux transports, estime quant à lui qu’« avec un Snit à 245 ou 300 milliards d’euros, on prend les gens pour des imbéciles, y compris les élus. » Il compare ce projet au Grenelle de l’environnement qui affirmait qu’il n’y aurait plus d’autoroutes « et par-derrière on ne fait que des dérogations pour ajouter des kilomètres, c’est mentir aux gens. »
Portugal : la LGV Lisbonne – Madrid enterrée
Le Portugal, actuellement sous assistance financière, va « définitivement suspendre » le projet de construction de la LGV qui devait relier Lisbonne à Madrid en moins de trois heures, a indiqué le ministère de l’Economie. Cette LGV, initialement prévue pour 2013, devait permettre de relier les deux capitales ibériques et raccorder le Portugal au réseau européen à grande vitesse. Le gouvernement de centre-droit confirme ainsi sa décision de juin dernier, lors de sa prise de fonction, de suspendre le projet phare du précédent gouvernement socialiste, au nom de la réduction de l’endettement public. Cette annonce intervient de plus après que la Cour des comptes a estimé que le contrat accordé au consortium Elos, en mai 2010, pour la construction du premier tronçon de LGV, qui devait traverser le Portugal d’ouest en est sur une distance de 167 kilomètres de Poceirão à Caia (à la frontière espagnole), ne respectait pas le cahier des charges.

Peut-on faire l’Airbus du rail ?
En anglais, on dit Railbus, en français, Airbus du rail. Ce nom qui se cherche est celui d’un problème mal posé… qui recouvre des questions bien réelles. L’expression désigne la formation d’un consortium. Mais, ce qu’on imagine souvent par Airbus du rail, c’est pour commencer la production d’un train à grande vitesse. Sans doute parce que la seule esquisse de concrétisation a été liée au marché de la grande vitesse à Taïwan (voir ci-dessous). Sans doute parce que la modernité ferroviaire à la française est liée au TGV. Pourtant, en dehors de l’Hexagone, notre produit phare ne s’est pas énormément vendu. L’Espagne et la Corée l’ont acheté. Il a aussi conquis, sous des formes adaptées, grâce à des sociétés dominées par la SNCF, l’Angleterre (Eurostar), la Belgique et les Pays-Bas (Thalys), la Suisse (Lyria). Il a même abordé l’Allemagne (Thalys, TGV Est). Le bilan n’est pas négligeable. Mais ces acquis ne datent pas d’hier et, dans les compétitions récentes, les échecs sont patents. Les Chinois ont acquis les technologies des trains à grande vitesse de Siemens ou de Kawasaki et noué une joint-venture avec Bombardier. En 2011, les Saoudiens ont choisi contre le TGV le train proposé par l’espagnol Talgo. Avant même de construire leurs lignes nouvelles, les Russes ont donné l’avantage à Siemens, qui a fourni huit rames Velaro destinées aux lignes classiques Moscou – Saint-Pétersbourg et Moscou – Nijni-Novgorod. Le TGV à deux niveaux qui donne pleine et entière satisfaction à la SNCF ne s’est pas exporté. L’AGV qu’Alstom a par la suite développé seul n’a trouvé jusqu’à présent qu’un preneur, l’exploitant italien privé NTV, avec 25 rames. Et Eurostar, dans son récent appel d’offres, a préféré Siemens à Alstom.
Alors que l’exportation est en berne, des menaces venues d’Asie s’accumulent. Les Japonais d’Hitachi ont vendu 29 rames aux Britanniques pour la desserte du Kent. Commande qui doit être suivie d’une autre, de rames différentes, au même constructeur. Pas des trains à très grande vitesse, mais des trains rapides. Pourquoi pas ? Mais, en retour, le marché japonais est quasiment bouclé à double tour. Quant aux Chinois, forts des technologies acquises, et malgré le très grave accident de Wenzhou (40 morts en 2011), ils ont l’intention de devenir un acteur majeur dans le monde. L’arbre grande vitesse ne doit pourtant pas cacher la forêt. Elle ne représente que 7 % du marché mondial du ferroviaire. De quoi, selon l’humeur, en faire une vitrine ou une niche. De toute façon, le gros des troupes n’est pas là. Aussi le choix d’Alstom – qui a en fait hérité de la politique de la SNCF – de faire un train à grande vitesse bien à part dans l’ensemble de ces produits a-t-il été récemment contesté par le Conseil d’analyse stratégique. Le CAS a souligné, par contraste, la pertinence de l’approche allemande, qui a mis l’accent sur la gamme dite Velaro, plus aisément déclinable selon les besoins et les pays.
Car le drame du ferroviaire, ce sont les petites séries. Pour élargir celles-ci, ou du moins augmenter la part de « communalité » des éléments, mieux vaut raisonner en termes de gamme. Il n’y a qu’à, dira-t-on, profiter du marché unique européen pour mieux amortir les coûts de R&D ou de fabrication. Problème : ce marché n’existe pas. L’avion a été d’emblée conçu comme international et l’est resté. Le train a été rêvé comme tel à ses débuts, mais, très vite, au XIXe siècle, les nationalismes européens se sont figés en particularismes nationaux. Les progrès techniques (électrification, signalisation) ont été l’occasion de s’affirmer de plus en plus et de se parler de moins en moins. Aujourd’hui, les industriels et les fonctionnaires bruxellois tentent de débrouiller l’écheveau. On progresse, mais lentement. Le déploiement de la signalisation européenne ERTMS est un casse-tête technique. Qui plus est, les Allemands renâclent et les Français traînent les pieds.
La structuration d’une industrie ferroviaire allemande forte autour de Siemens et celle d’une industrie ferroviaire française plus faible autour d’Alstom ne facilitent pas les échanges. « Un de mes grands regrets est que nous n’ayons pas réussi à marier Alstom et Siemens pour faire un grand groupe européen », nous confiait Jacques Barrot, en marge de sa première interview comme commissaire européen chargé des transports, en 2004. Et récemment un parlementaire bon connaisseur du dossier, pris de doute, s’interrogeait : « Peut-être a-t-on fait une erreur en sauvant Alstom, une absorption par Siemens aurait peut-être été plus utile à l’Europe du rail… »
Les deux grands groupes ne sont aujourd’hui pas plus qu’hier dans une logique de coopération. Ils dépendent largement de deux donneurs d’ordre, SNCF et Deutsche Bahn, qui sont concurrents sur tous les marchés, ce qui n’arrange rien. L’émiettement technique de l’espace européen ne donne guère l’occasion de progresser. L’Airbus du rail n’est pas près de prendre son essor.
C’est pourtant le flambeau qu’ont rallumé en juin 2011 Yanick Paternotte et Alain Bocquet, deux députés, l’un UMP, l’autre PCF, en écrivant : « Un Airbus du rail poserait incontestablement des problèmes de concurrence dans un secteur qui peut apparaître concentré. Cela interroge notamment sur le rôle de l’Union européenne. Son rôle est-il de favoriser l’émergence de champions européens ou d’assurer à tout prix le respect de la concurrence au sein de l’Union. » Aussi ont-ils demandé dans la 23e proposition que comporte leur rapport d’enquête sur la filière ferroviaire : « Ouvrir, dans la perspective d’un consortium européen, des négociations de haut niveau sur la conciliation possible entre cette construction et les obstacles d’ordre doctrinal et juridique résultant notamment des politiques européennes relatives à la concurrence et à la libéralisation. Il est urgent que l’Europe définisse enfin une stratégie commune pour se doter d’un consortium capable de peser fortement face aux nouveaux entrants. Le débat pourrait se conclure par des propositions d’adaptation des politiques communautaires. »
L’idée a été à nouveau mise au débat le 15 février, lors de rencontres parlementaires sur le ferroviaire. Alain Bocquet a adressé plusieurs courriers à Nathalie Kosciusko-Morizet dans le cadre du débat des Assises et des questions sur la filière industrielle. Le 16 février, le député du Nord a reçu une longue réponse de la ministre, précisant notamment : « La création d’un Airbus du rail (proposition n° 23) a malheureusement été très loin de rassembler un consensus dans le débat des Assises. Il est clairement apparu que les acteurs industriels étaient réticents à cette idée qui, par ailleurs, risquait de ne pas être acceptée par les autorités européennes de la concurrence. »
Aujourd’hui, dans des conditions peu favorables, le marché français du ferroviaire ne se porte pas mal, et dégage un excédent commercial de 1 milliard d’euros (grosso modo : 1,5 milliard d’exportations, 500 millions d’importations) pour un chiffre d’affaires annuel de 5 milliards. Pour l’instant, ça va…François Dumont
Les rapprochements infructueux
S’il ne remonte pas à 1970 et aux débuts d’Airbus, le thème de l’Airbus du rail ne date pas d’hier. Il a même connu un semblant de concrétisation dans le cadre d’une offre commune pour Taïwan. Les Français et les Allemands avaient jugé un peu bête de s’écharper comme ils l’avaient fait en Corée. Ils avaient donc réuni leurs forces. Le couple franco-allemand étant comme on le sait le moteur de l’Europe, le consortium s’est naturellement appelé Eurotrain. En vain : le consortium a remporté l’appel d’offres en 1998, ce qui n’a pas empêché les Taïwanais de confier la réalisation de leur train aux Japonais. L’entreprise avait cependant donné lieu à la mise au point d’un démonstrateur de train à grande vitesse franco-allemand. Mais les concepts de TGV et d’ICE sont tellement différents que le démonstrateur, se souvient un témoin, tenait « du mariage de la carpe et du lapin ».
Les Français et les Allemands disposaient pourtant déjà d’un programme de recherche ferroviaire commun. Il remonte à 1978, du temps de Giscard d’Estaing et d’Helmut Schmidt. L’idée était de mettre en commun la recherche et le développement des réseaux et des industriels du ferroviaire des deux pays. Deufrako, c’est le nom de ce programme, existe toujours sur le papier mais il ne produit plus. Un groupe de haut niveau franco-allemand a récemment été constitué. Sous l’égide des ministères des Transports, il regroupe les gestionnaires d’infrastructures (RFF et DB Netz), les opérateurs ou leurs associations (DB, VDV, UTP), les associations d’industriels (FIF et VDB) et les organismes de sécurité (EPSF et EBA). Il doit traiter de l’ensemble des questions ferroviaires et veut donc ranimer Deufrako. Si ça continue, c’est le groupe lui-même qu’il faudra ranimer : il ne s’est pas réuni depuis avril 2011. La FIF ne désespère pas et considère essentiel que le groupe reparte et fasse progresser tous les dossiers. Tous ceux qui, avant même de parvenir à un éventuel Airbus du rail, en ouvrent déjà la possibilité.Les industriels ne se présentent pas à l’embarquement pour l’Airbus du rail
Ils ne disent pas « non » frontalement, pour ne pas froisser les politiques qui en rêvent. Mais les constructeurs ferroviaires ne veulent pas entendre parler de l’Airbus du rail. La question du rapprochement entre industriels européens s’est posée de manière très précise en 2004, lorsque Alstom était au bord du gouffre. A l’époque, il s’agissait pour le géant allemand Siemens d’absorber son rival français plutôt que d’imaginer collaborer à parité dans un conglomérat industriel européen. Depuis, il n’a plus jamais plus été question d’un rapprochement. En juillet 2011, le patron d’Alstom Transport, Henri Poupart-Lafarge nous livrait son opinion sur l’Airbus du rail : « C’est une expression sympathique. Il faut voir ce que l’on met derrière. S’il s’agit comme pour Airbus de la fusion de tous les groupes industriels pour fabriquer un groupe européen… cela se passe de commentaires. […] A l’avenir, je ne dis pas non à toute consolidation qu’elle soit avec Siemens ou un autre. Quoique l’analyse du groupe n’en ferait pas le meilleur candidat pour une consolidation. Si une opportunité se présente, on regardera. Mais il faut éviter le mécano. » Faisant l’objet d’une table ronde lors des rencontres parlementaires sur le transport ferroviaire de 2012, le sujet « Airbus du rail » n’a guère motivé les constructeurs. Les Alstom, Bombardier, Vossloh Cogifer, Thales ou Faiveley étaient présents et représentés au plus haut niveau quelques minutes avant pour parler de marché international, mais seul CAF a accepté de se colleter la thématique « Airbus ». Voici le message qu’a délivré son patron France, Francis Nakache : « Le marché ferroviaire présente de nombreux traits distincts de celui du transport aérien. Celui-ci est international par nature et les avions fonctionnent de la même façon quels que soient les pays survolés. Les trains, eux, sont nationaux voire locaux, ce qui n’est pas toujours fortuit. Les normes ont souvent été définies dans le souci d’éviter l’entrée d’un opérateur venant d’un pays voisin. L’aérien se distingue aussi par une normalisation très avancée. Airbus a été créé dans un souci de standardisation et pour répondre à un besoin de production de masse avec des coûts améliorés. Ce seuil critique n’existe pas encore dans le ferroviaire, où dominent de petites séries. » Henri Poupart-Lafarge ne disait pas autre chose en juillet 2011. « La grande différence entre le train et l’avion est que ce dernier se produit en série pour être vendu partout dans le monde. Cette économie d’échelle, qui est importante, n’existe pas dans le domaine ferroviaire. Si le réseau européen était consolidé autour de quelques grands opérateurs, évidemment l’industrie aurait intérêt à se mettre au diapason » nous expliquait-il. L’autre argument que les industriels ne manient pas en public, mais dévoilent volontiers hors micros est celui de la mondialisation. Le marché ferroviaire est global et il comprend de fortes contraintes de localisation dans la plupart des pays. Prendre un marché par exemple en Inde, c’est accepter de construire une usine en Inde. La plupart des constructeurs avant d’être français, allemand ou même européen se considèrent d’abord comme des acteurs mondiaux et ils ont le sentiment qu’un groupement européen les plongerait dans un fonctionnement d’économie administrée, déconnecté des réalités du marché. « Chacun se souvient des heurs et des malheurs de l’industrie européenne de l’aluminium qui est passée sous le contrôle d’acteurs extra-européens en raison notamment d’une vision trop eurocentrée du jeu concurrentiel », prévient Stéphane Buffetaut, président de la section des transports, de l’énergie, des infrastructures et de la société de l’information du Comité économique et social européen. A vouloir pousser l’intégration européenne, on affaiblirait les champions existants ? Pas nécessairement, si par intégration on entend standardisation ou normalisation estiment les opérateurs. Représentée par Christophe Gardavaud, conseiller pour la stratégie réglementaire européenne lors de la table ronde sur l’Airbus du Rail, la DB pourrait souscrire à l’organisation suivante : « Des clients opérateurs soumettent des objectifs de service et, forts d’une compétence industrielle, conseillent la filière industrielle. Les acteurs industriels pourraient alors, de leur côté, proposer des modules standardisés à partir des objectifs de service, permettant in fine de créer des trains quasiment “sur étagère”, à l’image de ce qui existe pour l’A380. » L’autre possibilité serait de partager des programmes de recherche plus ambitieux : « dans le cadre du programme-cadre de recherche européen, l’Unife (Union des industries ferroviaires européennes) et les acteurs industriels ont décidé de lancer une joint technologie initiative, à l’image de ce qui avait été fait par les acteurs du transport aérien avec le projet Clean Sky visant à réduire de 30 % la consommation des appareils. Les industriels s’engagent ainsi à financer la moitié du coût des projets lancés autour de différents axes pour se préparer à la concurrence internationale (matériel roulant, moindre consommation, ERTMS, etc.), l’autre moitié étant financée par l’Union européenne », témoigne le directeur général de l’Unife, Philippe Citroën
Guillaume LEBORGNE