Résultats de recherche pour « LOM »

  • V’Lille, un « vélo de gauche » ?

    V’Lille, un « vélo de gauche » ?

    Le V’Lille, c’est parti. Martine Aubry devait inaugurer vendredi 16 septembre le service de location de vélos de la métropole lilloise. Le V’Lille, c’est parti. Martine Aubry devait inaugurer vendredi 16 septembre le service de location de vélos de la métropole lilloise. L’originalité du service : une double formule libre-service et longue durée. Au-delà du désormais classique vélo en libre service (VLS), la communauté urbaine propose un service de location de vélos en longue durée (VLD), au même tarif que le VLS. Pour 3 euros par mois (et 2 euros pour les abonnés du réseau de transports publics Transpole), les Lillois pourront bénéficier d’un vélo pour une durée de leur choix (abonnements d’un à douze mois). 1 100 VLS et 3 000 VLD seront progressivement mis à disposition dans 110 stations. Toutes connectées au réseau Transpole, elles sont implantées tous les 300 mètres. A ce jour, 80 sont opérationnelles, 30 autres seront installées d’ici fin octobre. On en comptera alors 97 à Lille, 8 à Mons-en-Barœul et 5 à la Madeleine. Le plan prévoit qu’en 2014, 10 000 vélos soient disponibles dans 210 stations, Lille serait alors la deuxième flotte de France après Paris. La société Effia, filiale de la SNCF, assure l’implantation et l’exploitation du réseau de bornes et de vélos. Elle a confié à Solutif, une entreprise lilloise employant des personnes en réinsertion, la réparation des vélos et le rééquilibrage des stations.
    Interrogé sur la singularité du service, Eric Quiquet, vice-président aux transports de Lille Métropole, apporte une réponse très politique : « Le V’Lille est un système vélo de gauche. L’objectif est de rendre le vélo accessible et de redonner aux Lillois l’envie de l’utiliser tous les jours. Nous avons fait le choix d’avoir comme partenaire le réseau de transports publics et non une entreprise privée. Et nous n’avons pas tout misé sur le VLS, le VLD doit permettre à des populations ayant peu de moyens, tels que les étudiants, d’y avoir recours quotidiennement. Le but étant de développer l’usage du vélo et d’arriver à 10 % de part modale d’ici 2020. »
    Un véritable pari et un investissement pour Lille Métropole : 5 millions d’euros d’aménagement et 6,8 millions d’euros de coût de fonctionnement par an, versés à Keolis, concessionnaire du réseau Transpole. Autres pierres à l’édifice, l’implantation prochaine de 1 000 nouveaux arceaux vélos dans la métropole ainsi que la fin des travaux d’aménagement de 117 kilomètres de voies « zone 30 » d’ici la fin de l’année.
        

    Marie Raimbault
     

  • Beaune remplace deux lignes régulières par un TAD

    Beaune remplace deux lignes régulières par un TAD

    La communauté d’agglomération Beaune Côte & Sud (52 000 habitants, 54 communes) a lancé un deuxième service de transport à la demande. La communauté d’agglomération Beaune Côte & Sud (52 000 habitants, 54 communes) a lancé un deuxième service de transport à la demande. Le 7 septembre, Côte à Côte 2 a remplacé le service des anciennes lignes régulières 20.1, desservant Beaune et Savigny-lès-Beaune, et 20.2, desservant Meloisey, Nantoux et Mavilly. C’est la très faible fréquentation, inférieure à 10 usagers sur l’année 2009-2010, qui a conduit à la création de ce nouveau service de TAD. Le transport à la demande Côte à Côte 2 sera assuré par Keolis avec un minibus de 9 places de type Renault Master, et sur demande par un véhicule accessible aux PMR. Il circulera tous les mercredis de l’année, sauf ceux d’août, de 13 à 19h, sur réservation effectuée la veille du trajet avant 17h. « Il sera possible de faire des trajets entre les communes concernées sans passer par Beaune et également dans les hameaux eux-mêmes », explique Alain Suguenot, président de la communauté d’agglomération Beaune Côte & Sud. En mars 2010, Beaune Côte & Sud avait créé Côte à Côte pour desservir les communes en TAD de Beaune et Nolay, au sud-est de la ville. Exploité par Transdev, il transporte 200 personnes par mois. Côte à Côte 2, s’il n’a pas d’objectif précis, devrait rencontrer plus de public que les lignes régulières grâce à une plus grande amplitude et une desserte zonale, de commune à commune, sans forcément passer par Beaune.
        

    Y. G.

  • Interconnexion Sud de l’Ile-de-France : RFF souhaite une gare TGV à Orly

    Après le débat public sur le projet de ligne à grande vitesse d’interconnexion au sud de l’Ile-de-France, qui s’est tenu entre décembre 2010 et mai 2011, c’était au tour de RFF de présenter ses choix. Le 22 septembre, le gestionnaire des infrastructures a décidé de poursuivre « les études sur les retombées économiques des différents scénarios ». Selon les différentes hypothèses, ce projet qui veut permettre aux TGV d’effectuer des parcours de province à province sans passer par Paris, a une longueur comprise entre 16 et 31 kilomètres pour un coût estimé entre 1,4 et 3,3 milliards d’euros. RFF se prononce d’ores et déjà pour une gare TGV à Orly. Au cas où une seconde gare serait édifiée, RFF retient une localisation à Sénart, sur le RER D. Après une phase de concertation, RFF devrait annoncer en 2012 quel scénario il retient.

  • Turquie : les TCDD engagent un programme de coopération avec l’Adif espagnole

    Au terme d’un séjour de l’Adif à Ankara, début septembre, le RFF espagnol a conclu avec les chemins de fer turcs (TCDD) un programme de coopération en trois points :

    – poursuite du travail de conseil pour les lignes à grande vitesse. Déjà entamé par l’Adif pour la ligne Ankara – Eskisehir (Istanbul) opérationnelle depuis 2009, il s’intensifie par la formation de techniciens à la circulation et à la maintenance pour la ligne Ankara – Konya inaugurée en août dernier,
    – formation de 150 cadres TCDD à la construction de lignes à grande vitesse et à un trafic mixte sur celles-ci (voyageurs-fret),
    – recherche de coopérations à mener en commun avec des réseaux tiers du Moyen Orient (Irak, Egypte et Syrie sont évoqués) et surtout ceux d’Asie centrale, avec, en arrière-plan, le déploiement diplomatique turc en cours.

    Actuellement, des rames type S 120 construites par CAF roulent sur Ankara – Istanbul, et des entreprises d’équipement ibériques (OHL et Dimetronic) ont reçu des lots pour l’équipement du tunnel ferroviaire qui se creuse sous le Bosphore (projet Marmara).     

    M. G.
     

  • Le marché des autobus : plutôt de la haute couture que du prêt-à-transporter

    Le marché des autobus : plutôt de la haute couture que du prêt-à-transporter

    Pour les Jeux olympiques de 2012, Londres va recevoir six autobus de présérie d’un modèle totalement inédit, conçu et construit « de A à Z » pour la seule capitale britannique. Ces machines révolutionnaires doivent être mises à disposition du groupe Arriva, l’un des acteurs majeurs des transports de surface londoniens. Si l’autobus urbain est aujourd’hui encore, à la différence de l’autocar, un marché sur lequel les constructeurs doivent en permanence adapter, au gré des commandes, leurs véhicules pour répondre aux spécifications très particulières de chaque opérateur, pareille radicalisation de la tendance outre-Manche n’a pas manqué de semer le trouble dans les milieux industriels comme chez nombre d’observateurs. A l’heure de l’Europe, où les exploitants seraient plutôt invités à rédiger des cahiers des charges ne spécifiant que les performances mais n’entrant plus dans la définition technique des produits, le futur autobus londonien, lui, fait figure de retour aux errements du passé. Il est né d’une promesse électorale de Boris Johnson, l’actuel maire de Londres, qui souhaitait une nouvelle « icône » ambassadrice de sa ville vis-à-vis du monde entier. Du coup, en attendant qu’un nom lui soit officiellement trouvé, le projet n’a pas tardé à être baptisé « Borismaster » par la presse comme par les professionnels, en mémoire du mythique Routemaster, qui était justement un pur produit de l’exploitant « London Transport » des années cinquante, et qui aura circulé plus de quarante ans dans les rues de la capitale avant d’être retiré du service en décembre 2005 pour non-compatibilité avec les nouvelles normes d’accessibilité. Cultivant un air rétro « so british », avec sa carrosserie toute en rondeur et sa plateforme arrière ouverte permettant aux voyageurs d’y monter ou d’en descendre librement, le Borismaster n’en sera pas moins un autobus « high-tech », avec sa transmission hybride-série.


    Londres est l’exemple même d’un réseau urbain aux conditions d’exploitation redoutables, qui ne peut visiblement se satisfaire de l’offre standard des constructeurs. Déjà, au tout début des années 70, le « London Transport » avait voulu jouer la carte d’un retour au produit « sur étagère », en achetant à plus de deux mille exemplaires des autobus à étage sur châssis « Fleetline », majoritairement construits par Daimler. Le fiasco des DMS fut mémorable, les premiers de la série étant réformés pour disponibilité calamiteuse avant même que les derniers n’aient seulement été livrés. Curieusement, beaucoup connurent ensuite une seconde vie exempte de pannes chez de nombreux exploitants de province (et même de la capitale), laissant aussi accréditer l’idée que le « London Transport » n’avait pas su (ou pas voulu) changer ses méthodes de maintenance ancestrales pour les adapter au « Fleetline ». Mais ne serait-ce pas là une constante universelle dans le monde des opérateurs de transport urbain que de se montrer d’autant plus inflexibles à l’égard de l’industrie qu’ils sont en position de monopole sur leur propre terrain ?


    Plus près de nous, la RATP n’a jamais eu, elle non plus, la réputation d’être un client facile. A tout seigneur tout honneur, les constructeurs sont souvent prêts à consentir bien des efforts pour décrocher un marché avec un client d’une telle envergure. Inversement, à la Régie, on ne manque pas de spécialistes compétents pour « passer à la moulinette » les offres reçues, et se montrer d’une intransigeance implacable à l’égard du respect de chacune des spécifications exigées. Et il n’est pas rare qu’une génération nouvelle d’autobus soit développée prioritairement, par un constructeur, en fonction des attentes de son plus gros client. Quand, dans les années 80, Renault opte, sur le futur R 312, pour une motorisation montée transversalement à l’arrière avec renvoi d’angle (une solution très discutable au plan de la consommation), il faut y voir le choix stratégique de la RATP d’acquérir à nouveau des autobus à trois portes et plancher plat, choix qui sera d’ailleurs remis en cause, un peu plus tard, par le même opérateur, en raison notamment de l’évasion tarifaire constatée et des problèmes d’incivilité…
    Dans sa campagne électorale, l’actuel maire de Londres Boris Johnson avait aussi promis de débarrasser ses administrés des autobus articulés Citaro O 530G que son prédécesseur Ken Livingstone avait introduit en grand nombre dans la capitale. Et pas seulement pour l’envolée de la fraude liée au self-service incontournable sur un « 18 m » ! En fait, le véhicule allemand du constructeur Mercedes avait fait l’objet d’une attaque en règle par un tabloïd britannique, à la suite d’accidents de circulation impliquant des cyclistes. Là encore, les professionnels n’ont pas manqué de s’interroger sur la pertinence économique d’un tel retrait anticipé, au demeurant désormais bien engagé. Quant aux « poids lourds » européens de l’autobus, après moult hésitations pour certains, ils ont finalement tous décliné l’offre de construire le Borismaster : trop compliqué (encore que les moteurs-roues initialement envisagés aient été fort heureusement abandonnés en cours de développement), et surtout beaucoup trop particulier ! C’est Wright, en Irlande du Nord, qui a relevé le défi. Un industriel atypique qui ne cesse de grandir, et dont on n’a sûrement pas fini d’entendre parler…


    Pourtant, sous tous les cieux, les constructeurs n’ont toujours rêvé que de standardisation. Par le passé, les organismes fédérateurs au plan national des opérateurs de transports urbains ont d’ailleurs essayé d’impulser de telles dynamiques. En France, au tout début des années 60, l’Utpur (Union des transports publics, urbains et régionaux, ancêtre de l’UTP, Union des transports publics), en conjonction bien sûr avec la RATP, avait justement lancé le projet de l’« autobus standard » (le si bien nommé !), avec un cahier des charges très contraignant, auquel répondirent nos trois constructeurs de l’époque, Berliet, Saviem et Verney. Le PCM du premier et, surtout, le SC 10 du deuxième furent produits en très grandes séries pour les réseaux français. En Allemagne, on observa exactement la même démarche de la part des organismes équivalents, VöV puis VdV (Verband Öffentlicher Verkehrsbetriebe, Verband Deutscher Verkehrsunternehmen), avec le Standard I dans les années 70, puis le Standard II dans les années 90. Là encore, il s’agissait d’une unification extrêmement poussée dans la définition comme dans la réalisation des véhicules (entre autres construits par Büssing, Mercedes et MAN), jusqu’à l’aspect extérieur qui, pour le commun des mortels, ne se différenciait plus, d’une marque à l’autre, que par la seule calandre et son logo. Cette approche pragmatique avait été aussi celle des Etats-Unis entre les deux guerres. On se souvient surtout du PCC (Presidents’ Conference Committee), qui réunit les dirigeants des grands réseaux américains, et d’où sortit ce concept de matériel « tramway » absolument révolutionnaire (particulièrement en ce qui concerne les équipements électriques de traction-freinage), auquel on continue toujours de faire référence, dans le monde entier, sous les trois fameuses initiales précitées. Actuellement encore, de très nombreuses motrices PCC circulent sur de grands réseaux européens. Au regard des chiffres de production atteints, la standardisation a donc toujours été synonyme de succès. Pourtant, elle n’a jamais réussi à s’imposer bien longtemps. A cela, au moins deux raisons. Sans doute aujourd’hui plus encore qu’hier, les élus entendent marquer d’empreintes visibles et durables leur mandature. Une certaine personnalisation, au moins « cosmétique », des matériels de transports urbains, en particulier pour les autobus, leur en fournit l’opportunité. Sans avoir accompli une œuvre comparable à celle de Boris Johnson, les élus de France ne semblent toutefois pas en reste, avec notamment l’invention du BHNS (bus à haut niveau de service). La deuxième raison qui ne milite pas en faveur de la standardisation est la tendance persistante des opérateurs eux-mêmes à vouloir répondre aux enjeux techniques avec, chacun, « leur » propre solution. Il y a une dizaine d’années, l’UITP avait bien essayé, à la demande pressante des constructeurs, de standardiser les logiques de commande des portes. Mais entre vantail louvoyant ou coulissant, à déplacement vers l’intérieur ou vers l’extérieur, avec rampes d’accès PMR (personnes à mobilité réduite) ou sans, la recherche même d’une unification des systèmes qui respecte l’enveloppe des textes réglementaires et apporte un « plus » au plan sécuritaire était vite devenue un véritable enfer ! Tout espoir n’est cependant pas perdu pour autant, puisqu’en septembre 2008 l’UITP a lancé un vaste projet de recherche et développement, planifié sur une période de quatre ans, en collaboration avec Mercedes, Irisbus, MAN, Scania et Volvo, afin de définir les contours d’un autobus du futur. Gageons néanmoins qu’autorités organisatrices et opérateurs continueront encore à avoir de fortes demandes de personnalisation, et que les constructeurs devront continuer à développer des prodiges de réactivité pour pouvoir s’y adapter…
        

    Philippe Hérissé
     

     

    Irisbus et Heuliez : la proximité avec les clients français
     

    A eux deux, en France, Irisbus et Heuliez représentent aujourd’hui, dans le secteur urbain, 65 % du marché. Selon les années, la part du premier oscille entre 40 et 45 %, et celle du second entre 25 et 30 %. Mais hormis leur appartenance commune au groupe italien qui les réunit, chaque constructeur n’en mène pas moins sa propre vie. « Nous avons la chance, chez Iveco-France, de disposer de deux sites industriels spécialisés dans l’urbain, Annonay et Rorthais, avec chacun leur bureau d’études de proximité », explique Antoine Garnier, directeur commercial car et bus, en charge des grands comptes internationaux bus. « Chaque constructeur est ainsi motivé pour répondre aux demandes particulières de ses clients. » Bruno Maurin, responsable du pôle personnalisation d’Annonay, le confirme, l’objectif premier reste la compréhension des besoins : « Parfois, il arrive que certains clients aient déjà transformé leurs demandes en “solutions à eux”, et c’est à nous d’être alors force de proposition pour y répondre aussi bien, voire mieux, mais surtout sans que cela ne nuise ni à la qualité du véhicule ni à sa maintenance. » Après une lecture approfondie de l’appel d’offres, le constructeur entame les discussions avec l’opérateur. Le processus peut paraître simple, mais c’est dans le détail que tout devient rapidement compliqué. « Quand on doit monter cinq antennes différentes sur le toit d’un véhicule qui ont leur propre zone d’ombre, dont les unes vont parasiter les autres et pour lesquelles le câblage ne saurait excéder une certaine longueur, on ne fait sûrement pas cinq trous n’importe où ! », commente Bruno Maurin, qui rappelle que le constructeur est d’abord un « intégrateur », de la billettique aux portes, en passant par les girouettes, la télésurveillance, les systèmes d’aide à l’exploitation ou encore la radiotéléphonie. Le deuxième volet de la personnalisation, lui, est souvent moins technique, puisqu’il intéresse des aspects « marketing », comme l’implantation des sièges ou encore la livrée extérieure.
    La logique adoptée tant par Irisbus qu’Heuliez consiste à traiter chaque personnalisation comme s’il s’agissait d’une option de série, soigneusement étudiée dès le plan de montage. Ainsi, un trou supplémentaire sera-t-il toujours percé avant le passage en cataphorèse, pour que la résistance à la corrosion ne soit en rien altérée par la modification. Environ 70 % des clients viennent réceptionner leur véhicule « tête de série » à l’usine, et c’est alors l’occasion pour le constructeur, sur une à quatre journées de vérifications communes, de « reboucler » avec eux… En moyenne, Irisbus et Heuliez reçoivent 50 demandes particulières par marché, représentant à chaque fois quelque 250 heures d’études supplémentaires. Dans le cas particulier de la RATP, ces chiffres sont évidemment largement dépassés. « En réalité, c’est presque un véhicule à part que nous faisons, autrement dit un “modèle RATP” de telle année ou pour tel marché, tant sont nombreuses les demandes particulières. Mais il peut y avoir heureusement 200 véhicules à produire à la clé… » Les autres clients des deux constructeurs n’ont pas, loin s’en faut, les mêmes appétits. La commande moyenne des opérateurs s’élève à deux ou trois véhicules par marché chez Heuliez, cinq ou six chez Irisbus, qui a la chance de compter parmi ses gros clients Paris et Lyon. « Mais même pour un seul véhicule commandé, nous déploierions les mêmes forces », assure Antoine Garnier. Le challenge est d’autant plus difficile qu’à chaque nouveau marché à peine 15 % des solutions à mettre en œuvre ont été déjà développées antérieurement et peuvent être reprises directement…
    Parmi les récents marchés les plus emblématiques, les 14 Citelis articulés pour Saint-Etienne (dont les deux premiers ont été livrés en décembre 2010 et les douze autres en début d’année) auront requis, pour circuler dans la « ville du design », une refonte complète de leur pavillon, avec profilés en aluminium spécifiques intégrant deux rampes lumineuses continues en remplacement de l’éclairage intérieur en quinconce, sans pour autant changer, au final, la puissance et le niveau d’éclairement. Le designer avait aussi prescrit des colonnes « double coude », pour lesquelles Irisbus a suggéré, avec succès, une variante d’exécution ne trahissant pas l’idée d’origine, mais sauvegardant l’utilisation des pièces d’accastillage habituelles, afin de préserver la sécurité des voyageurs debout ainsi que la facilité de maintenance. Pour les Citelis standards à trois portes destinés à la SRWT (Société régionale wallonne du transport), le constructeur a dû concevoir des postes de conduite entièrement fermés, supportant de surcroît de volumineux monnayeurs et distributeurs de billets. En Suède, Veolia spécifie des rampes PMR manuelles sur porte avant pour ses Citelis GNV de 10,60 m. A la faveur d’un marché norvégien, le constructeur a été amené à étudier un système de projection de sable devant les roues arrière pour restaurer l’adhérence sur chaussée enneigée. Enfin, à Athènes, les Citelis GNV standards à trois portes devaient être chacun impérativement livrés avec… un jeu de chaînes ! Et l’on s’étonnera que les constructeurs éprouvent parfois quelque difficulté à comprendre les souhaits de leurs clients…
    La prouesse des équipes réside dans la rapidité avec laquelle il faut opérer, puisque la définition technique, le développement, les études, l’industrialisation et le montage doivent se dérouler dans le délai commercial de livraison des véhicules. De fait, le détail des demandes particulières émanant des opérateurs n’est connu qu’une fois leur commande acquise. Autrement dit, le constructeur ne dispose que de six à sept mois pour réagir. « Mais nous avons pour nous la proximité géographique et culturelle avec nos clients, bien utile pour le développement comme pour la réception des véhicules, et puis nous n’avons pas à traduire les documents dans une autre langue… », ajoute Antoine Garnier. C’est là sans nul doute l’avantage d’une implantation du constructeur au pays de l’opérateur…    

     

    Ph. H.

     

    Scania : l’enrichissante expérience parisienne


    Mis en service au printemps 2003, les dix Omnicity articulés à moteur de 260 ch livrés pour la desserte Orlybus, entre Paris (Denfert-Rochereau) et l’aéroport d’Orly, ont représenté, à l’époque, une vraie révolution. Pour la première fois, la RATP diversifiait ses fournisseurs en faisant entrer un constructeur étranger, achetait un véhicule avec climatisation complète (continuité du confort avec le transport aérien), et de surcroît un véhicule qui était entièrement multiplexé. « Pour nous, qui n’avions jamais encore travaillé avec un opérateur aussi important en France, c’était une vraie découverte », se souvient Stéphane Boidin, l’actuel directeur des ventes cars et bus de Scania France. La plus sérieuse difficulté ? Saisir les attentes du client et les retranscrire pour la production. « Nous devions d’abord bien comprendre nous-mêmes les spécificités techniques voulues par l’opérateur, car ce qui est écrit au cahier des charges ne reflète pas toujours en totalité les besoins réels du client, d’où la nécessité de nombreuses réunions à notre bureau d’études en Suède, avec souvent la participation des ingénieurs de la RATP », rappelle Stéphane Boidin. Depuis la fin de l’année 1999, l’Omnicity n’est plus produit à Angers, mais à Slupsk, en Pologne. Aussi y avait-il également un important travail de traduction de l’ensemble des spécifications à l’intention de ceux qui allaient devoir les mettre en œuvre. Les points délicats intéressaient la cabine de conduite anti-agressions, les processus de gestion des cycles d’ouverture et fermeture des portes avec leur synoptique de sécurité, l’aménagement des racks à bagages (entre autres, au droit de l’intercirculation !), et l’intégration particulièrement complexe du volumineux SAEIV (système d’aide à l’exploitation et d’information des voyageurs) propre à la RATP, avec ses équipements de géolocalisation ou encore ses interfaces vers l’électronique générale de l’autobus. Il a fallu, par exemple, modifier la structure même du véhicule pour que la centrale électrique du SAE, logée dans le pavillon, n’entraîne pas une réduction de la hauteur sous plafond en dessous du 1,80 m réglementaire. Trois mois avant l’arrivée de la série, les spécialistes de la RATP ont pu valider à Slupsk un véhicule « tête de série », opération d’une durée de deux jours avec vérifications et mesures systématiques. « Avec l’opérateur, nous sommes partenaires et devons apprendre à travailler ensemble », insiste Stéphane Boidin, qui n’hésita pas à consacrer une journée suivie d’une nuit entière au centre-bus d’Ivry pour présenter le véhicule à l’ensemble des mécaniciens de l’établissement…    

    Ph. H.

     

    MAN : sans discrimination de volume ou de perspective
     

    « Nous nous attachons en permanence à adapter nos véhicules aux besoins de nos clients, et nous avons su mettre en place des structures et une organisation orientée “projets” qui nous permettent de traiter des demandes parfois bien éloignées de la définition de la série, sans aucune discrimination de volume ou de perspective », assure Laurent Gugumus, directeur de la division bus et car chez MAN France.
    En 2006, pour la communauté d’agglomération d’Albi, le Lion’s City se dote d’une nouvelle carrosserie, avec un découpage des panneaux latéraux tout à fait spécifique à ce marché. L’adoption de bas de caisse segmentés facilite la maintenance, en permettant le remplacement facile d’un élément en cas d’accrochage. Deux autres agglomérations (Evry, dans l’Essonne, et Périgueux) adopteront, dans la foulée, le concept proposé. La même année, pour satisfaire à une exigence de luminosité accrue à l’intérieur des véhicules de transport public, MAN entreprend d’équiper ses autobus articulés d’un soufflet d’articulation translucide totalement innovant, dont non seulement les côtés mais aussi la partie supérieure assurent la transmission de la lumière.
    « En 2007, dans le cadre du marché de la SMTC (Syndicat mixte des transports en commun) à Belfort, MAN valide le projet d’un bureau de design local et modifie l’aménagement intérieur de ses véhicules en adoptant une implantation spécifique présentant trois zones distinctes, à l’avant, au milieu et à l’arrière, avec trois harmonies de couleurs différentes », rappelle Laurent Gugumus. « Le concept BHNS s’approprie ainsi une formule qui, depuis, a été reprise en d’autres endroits… »
    A la recherche constante d’innovations esthétiques, le constructeur a livré en 2009 au réseau d’Annemasse des autobus articulés avec « spoiler » de pavillon s’inspirant de celui du Lion’s City Hybrid qui, sur ce dernier véhicule, sert de carénage pour les supercapacités du système de stockage de l’énergie. Apparu au congrès UITP de Vienne en 2009, l’Hybrid avait alors fait sensation pour son design
    futuriste…  

    Ph. H.

    Solaris : un BHNS franco-polonais pour l’export


    Parmi les commandes françaises où le respect des demandes spécifiques du client a nécessité, de la part des équipes du constructeur Solaris, une importante adaptation du véhicule en amont et lors de sa production, se détachent le marché dit « Transdev Aéroport Services » pour le pôle de Roissy et l’exploitation Air France, ainsi que le BHNS (bus à haut niveau de service) « T-Zen » du Stif (Syndicat des transports d’Ile-de-France), également exploité par le même opérateur.
    Sur Roissy, Solaris a dû concevoir des racks à bagages modulaires en fonction de l’exploitation et des capacités souhaitées, notamment pour les véhicules utilisés par les personnels navigants commerciaux. Le constructeur a également réalisé un véhicule avec toit solaire pour la récupération d’énergie. Concernant le BHNS, il s’agit d’un développement complet du véhicule sur la base de l’articulé Urbino 18. Au rang des modifications et innovations, on relève une toute nouvelle face avant de type « tramway », s’inspirant justement du nouveau Tramino produit depuis peu par le même constructeur, une face arrière dédiée, un poste de conduite également inspiré du tram avec tableau de bord tactile, des pneumatiques « supersingle » sur l’essieu 2 pour élargir le passage à l’intérieur, une articulation translucide, des portes coulissantes, et des luminaires de type « spot » avec éclairage du plancher. Le véhicule T-Zen est équipé du système de guidage optique de Siemens. Développé initialement pour le Stif, ce projet pourrait assez vite faire école. « Nous répondons actuellement avec le même BHNS sur d’autres marchés français ou étrangers », confie Christian Weintz, président de Solaris France. « Notre plateforme de véhicules urbains a justement été étudiée pour une flexibilité maximale, elle peut recevoir toutes les technologies envisageables (diesel, GNV, hybride, trolley, BHNS), et nous permet une grande réactivité. »   

    Ph. H.

     

  • Veolia-Transdev, ça va chauffer à Madrid

    La convention annuelle du club des élus et techniciens des villes Transdev (Trans.cité), qui se tient cette année le 28 septembre à Madrid, devrait être mouvementée. Le président du club, Marc Baïetto, et quelques-uns de ses soutiens souhaitent queTrans.cité devienne un club d’élus et de techniciens ouvert à tous les réseaux, ce qui semble difficilement acceptable pour Veolia-Transdev (VTD). Au-delà du club, plusieurs agglomérations questionnent la présence de Transdev, devenue Veolia-Transdev dans le capital de leur SEM de transports. A Grenoble, les dés semblent déjà jetés, et personne ne semble plus douter que, lors du prochain renouvellement de la DSP, l’agglomération changera de partenaire industriel. A Nantes, Transdev semble être en ballottage. Attachée à sa SEM, l’agglo qui a renouvelé son contrat récemment s’interroge sur l’opportunité de changer de formule. Faute de données nouvelles, certains évoquent l’entrée d’un partenaire financier au capital ou un passage en SPL. A Strasbourg, on avance, comme souvent, avec prudence, mais la menace est tout juste voilée, la ville de Roland Ries peut basculer. Du côté de Montpellier, enfin, on réserve les commentaires sur l’évolution de la gouvernance du réseau à l’après-Madrid.
    A Madrid, VTD compte donner des gages de sa future bonne conduite. Trois mesures doivent être annoncées par le président de VTD, Jérôme Gallot, dont voici les deux premières : l’adoption d’une charte de Trans.cité et la création d’un pacte d’actionnaires à l’usage des SEM. Cet outil permettrait à chacun des actionnaires de définir ce qu’il attend de l’autre et de circonscrire la collaboration (voir l’article complet et l’entretien avec Marc Baïetto dans le numéro 527 de VR&T, paru mercredi 21 septembre).

  • «?Faire de la qualité sans être au coût du TGV » par Jean-Marc Delion,  directeur général délégué de RFF

    «?Faire de la qualité sans être au coût du TGV » par Jean-Marc Delion, directeur général délégué de RFF

    Trente ans après ses débuts, le train à grande vitesse est quasiment arrivé au bout de la fonction qui lui était assignée : desservir à 300?km/h les grandes métropoles au départ de Paris. Pour le compléter, Jean-Marc Delion envisage des relations offrant d’autres atouts que la vitesse,  une complémentairté TGV?TER,  l’ouverture au fret et au trafic régional de certaines LGV. Ville Rail & Transports : On voit s’affirmer, dès l’origine du TGV, une sorte de doctrine française de la grande vitesse, marquée par la spécialisation voyageurs et un souci de la vitesse maximale entre grands pôles… Aujourd’hui, le concept évolue. Pour la Normandie, par exemple, on ne parle plus de LGV mais de ligne nouvelle. La grande vitesse à la française se modifie-t-elle donc ?
    Jean-Marc Delion. Le premier point fort de notre système à grande vitesse, c’est qu’il s’agit d’un réseau en étoile autour de la région capitale. L’Europe du Nord, l’Allemagne relèvent beaucoup plus d’une logique de maillage. Notre réseau en étoile vient de l’hypercentralisation autour de Paris et de grandes distances entre les métropoles. Ceci nous rapproche du réseau espagnol. Deuxième point fort, c’est un réseau purement voyageurs et à très grande vitesse : 300-320 km/h. Donc, c’est un réseau en étoile et qui va vite, pour couvrir des distances le plus souvent comprises entre 300 et 800 km. C’est le territoire qui le veut, et c’est ce qu’il fallait commencer par faire, mais faut-il continuer sur cette lancée ? Il faut parler de complémentarité TGV et TER. Sur la LGV Tours – Bordeaux, un cinquième des voyageurs de la grande vitesse viendra des trains régionaux. Pour la LGV Le Mans – Rennes, la virgule de Sablé devrait être ouverte à la circulation des TER Rennes – Laval – Sablé – Angers, empruntant la ligne nouvelle afin de mieux utiliser cet investissement. Ensuite, on découvre que tout n’est pas tourné vers Paris et qu’il y a un enjeu considérable des TGV province – province. Le TGV Med a induit un potentiel de trafic entre Marseille et Lyon. Quant au TGV Rhin-Rhône, son nom montre bien qu’on n’est plus sur une logique purement radiale. En un sens, on est au bout du système car on n’est pas loin d’avoir desservi toutes les grandes métropoles françaises : il ne manquera plus en 2017 que Toulouse et Nice. Au-delà, on « attaque » des zones qui ont leur intérêt. Car si cela a du sens de payer très cher quand il s’agit de rapprocher des grandes villes, pour des villes de 50 000 habitants, il faut trouver un modèle adapté. Si on a rapproché les grandes villes de Paris, à l’inverse, il y a des villes restées hors du réseau grande vitesse, comme Amiens ou Rouen. C’est à l’origine de projets comme Roissy – Picardie, Paris – Normandie ou Paris – Troyes, et c’est encore un aspect important du projet Paris – Orléans – Clermont. A-t-on besoin pour toutes ces villes de la très grande vitesse ? Certaines d’entre elles, proches de Paris, ne justifient pas qu’on aille à 300 ou 320 km/h. C’est le cas de Rouen, où la vitesse de pointe n’est pas le sujet central. Tout cela met en cause une poursuite continue du développement en étoile du réseau à grande vitesse et nous éloigne d’une logique de tout TGV.

    VR&T : Déjà, on envisageait une ligne mixte voyageurs-fret sur le Rhin-Rhône, on va la réaliser pour le contournement de Nîmes et Montpellier. Se rapproche-t-on d’une vision plus allemande ?
    J.-M. D. : Si les Allemands acceptent la mixité des trafics, les lignes sont assez peu utilisées en vraie mixité intégrale. Ce n’est pas commode de faire cohabiter des trains à 300 km/h et des trains à 100 km/h. Mais on cherche à mieux rentabiliser les investissements. Pourquoi ne pas faire passer du fret et du service régional à grande vitesse ? Il y a un projet qui avance bien, c’est la ligne mixte Nîmes – Montpellier. L’idée, c’est de mettre Paris à moins de 3 heures de Montpellier, en prolongement de la LGV Méditerranée, tout en améliorant le service fret, en cohérence avec l’axe de la vallée du Rhône. Le modèle en ce cas devrait fonctionner par ségrégation horaire : à telles heures les trains de fret, à telles autres les TGV.
     

    VR&T : Quelle est votre contribution au projet de schéma national des infrastructures de transport ?
    J.-M. D. : Nous avons encore des modèles économiques très sensibles à la valorisation du temps gagné. Ce sont des modèles qui poussent à la grande vitesse. Or nous savons que le voyageur attend de plus en plus des performances en termes de confort, de régularité, de fréquence, de prix. Il nous faut passer d’une logique centrée sur la vitesse à une autre prenant en compte l’ensemble des attentes des clients. Certes, RFF est né avec les grands projets de lignes nouvelles, aime les grands projets. En même temps, nous gérons un système ferroviaire de près de 30 000 km, dont un peu moins de 2 000 km en LGV. D’ailleurs, les trois quarts du réseau utilisé par les TGV ne sont pas des lignes à grande vitesse. Or nous avons des besoins aujourd’hui insatisfaits. Je pense aux besoins de remise en état et de rajeunissement du réseau, c’est le plan de modernisation que nous avons lancé en 2006. Les systèmes de signalisation et de commande du réseau sont souvent anciens. Et il y a des zones auxquelles on a accordé insuffisamment d’attention. Je pense notamment aux RER en Ile-de-France. Le Snit prend en compte tout cela à notre grande satisfaction : il ne porte pas que sur les LGV, il est aussi dans une logique de qualité de service et de diversification de l’offre pour l’ensemble du système ferroviaire.

    VR&T : Que faites-vous des critiques portant sur le privilège que vous auriez accordé aux LGV au détriment du réseau existant ?
    J.-M. D. : Elles sont sans objet. Nous avons complètement isolé le budget des investissements de renouvellement et le budget des lignes nouvelles. Pour le renouvellement, nous avons une enveloppe en très forte croissance, 13 milliards d’euros, fixée avec l’Etat pour la période 2008-2015. Le budget que nous allouons à une ligne nouvelle résulte pour sa part d’un calcul de la rentabilité de chaque grand projet. Prenons Tours – Bordeaux. D’abord, la ligne va permettre d’accroître le trafic en prenant des voyageurs à la voiture et près d’un million de passagers à l’aérien, ou en suscitant une nouvelle demande de transport. Ensuite, pour les trafics existants, on va gagner une heure sur Paris – Bordeaux. Cela vaut quelque chose : le service change et il est légitime qu’il soit plus cher. Troisième effet, la grande vitesse représente de la productivité pour la SNCF, un temps de parcours réduit lui permettant d’accroître son offre avec le même outil de travail. Ces trois effets, on cherche à les capter sous forme de péages que RFF ou, dans le cas de Tours – Bordeaux, le concessionnaire remettent au pot pour financer le projet. La différence entre le coût du projet et ce que rapportent les péages futurs doit enfin être apportée par des subventions. Il n’est donc jamais question de prendre de l’argent prévu pour le réseau existant pour le mettre sur les LGV. C’est fondamental. Cela dit, on peut penser que les collectivités auraient pu mettre ailleurs l’argent public investi sur une LGV. Les élus et les pouvoirs publics veulent le TGV parce qu’ils y voient un service de qualité dans un réseau qui ne l’offre pas toujours. Il ne faut plus qu’il y ait cette équivalence : « je veux la qualité » égale « je veux le TGV ». Il faut que RFF comme la SNCF puissent dire : on peut vous faire de la qualité sans être forcément au coût du TGV.

    VR&T : Le coût du TGV ? C’est-à-dire ?
    J.-M. D. : Une LGV, hors zone montagneuse ou urbaine, se situe entre 18 et 28 millions d’euros du kilomètre, acquisitions comprises. Ce sont des investissements extrêmement coûteux, et je ne parle pas des lignes dans un tunnel où l’on atteint 100 millions du kilomètre. On doit s’intéresser à l’équilibre économique des nouveaux projets dans un contexte d’argent public rare. Il faut donc voir ce que cela nous rapporte, par le biais d’une tarification demandée au transporteur ferroviaire, qui les impute sur le prix du billet. Nous envisageons la même question que la SNCF, qui est celle de la soutenabilité de l’effort demandé au voyageur et celui demandé au contribuable. Ce sera une question de plus en plus importante. Le modèle TGV est un modèle cher, en infrastructure pour le gestionnaire, en prix du billet pour le client et en conditions de production pour l’opérateur.

    VR&T : On dit que la grande vitesse est à l’échelle du continent européen. Mais l’effet frontière ne s’efface pas partout. Comment les gestionnaires d’infrastructure peuvent-ils travailler ensemble pour donner des caractéristiques communes aux réseaux ? Va-t-on voir naître un concept européen de LGV ?
    J.-M. D. : Il y a une vingtaine d’années, la première route aérienne mondiale était Paris – Londres ! Vous voyez bien avec le succès d’Eurostar qu’on y arrive de temps en temps. Je suis persuadé que, à long terme, cet effet frontière va s’estomper, qu’aller faire ses études à Barcelone sera aussi banal pour nos enfants qu’aller aujourd’hui, pour un Lyonnais, faire ses études à Paris. Cet effet reste assez net, surtout au sud de la France, du fait d’obstacles naturels, bien plus qu’au nord où, de plus, la taille des métropoles n’est pas le même, ni la distance entre elles. Intuitivement, on voit bien qu’il y a quelque chose de majeur qui se dessine entre Londres, Bruxelles, Lille, Paris, Cologne, Amsterdam, soit cinq pays et, compte tenu d’Eurotunnel, six gestionnaires d’infrastructure. Mais cela nécessite des règles d’interopérabilité et des règles communes de gestion des sillons. Nous avons déjà les EIM, qui ne rassemblent pas tous les gestionnaires d’infrastructure européens, nous avons aussi Rail Net Europe, et la Commission nous pousse à créer des corridors de fret : nous avons quelques outils de coopération qu’il faut développer. Il faut encore une standardisation des équipements. On a signé, il y a un an et demi, le premier PPP pour basculer notre radio sol-train sur le système de communication GSM-Rail, qui est une norme européenne. Parallèlement, nous devons implanter le système de signalisation européen ERTMS sur notre réseau grande vitesse d’ici 2020. Tous nos nouveaux projets prévoient l’équipement natif en ERTMS. Mais il faut rééquiper le réseau à grande vitesse existant. La LGV Est, qui fonctionne aujourd’hui avec la TVM, recevra l’ERTMS en 2013.

    VR&T : Quand RFF a pris les rênes, on est passé d’un système simple (SNCF-Etat) à un système complexe, avec de nombreux financeurs, de nombreux décideurs, et un recours à des solutions financières nouvelles. Quel changement…
    J.-M. D. : La LGV Sud-Est avait été faite sur fonds propres par la SNCF, et le TGV Med n’avait reçu que 10 % de subventions. Il restait à faire des lignes moins rentables. Pour Tours – Bordeaux, la subvention requise est de 40 %, pour Le Mans – Rennes, de 57 %, pour Dijon – Mulhouse, 67 %. Car une des raisons de la création de RFF, c’est la quasi-faillite de la SNCF du fait du poids des investissements et de l’échec financier du TGV Nord. D’où l’idée d’inverser un modèle qui reposait sur l’emprunt et de ne plus faire de l’emprunt que sur la partie qui sera remboursée par les péages, le reste étant payé par la subvention.

    VR&T : RFF, après s’être saisi de l’infrastructure, va-t-il se saisir des gares ?
    J.-M. D. : D’ores et déjà, nous avons des intérêts majeurs dans les gares. Nous vendons des capacités, nous vendons donc l’accès à la voie à quai. C’est décisif dans un système où l’on va vers l’articulation de différentes missions ferroviaires, TGV-TER, voire de différents opérateurs. Dans la gestion des voies à quai ou des avant-gares, nous avons des investissements majeurs à faire pour améliorer la fluidité des circulations. Ensuite, il y a la gestion du « bâtiment-voyageurs ».  La loi de 1997 dit : l’existant et l’investissement sur l’existant, c’est la SNCF. Par contre, en ce qui concerne le développement du réseau, la gare tout entière fait partie de l’infrastructure. Sur Nîmes – Montpellier, sur Bordeaux – Toulouse, les gares nouvelles font partie du projet. RFF peut alors soit utiliser les capacités d’ingénierie du groupe SNCF, soit recourir à d’autres prestataires. Nous voulons travailler avec Gares & Connexions, par exemple, pour réussir ensemble l’adaptation de Paris-Montparnasse dans la perspective de l’arrivée des lignes nouvelles vers Bordeaux et Rennes dans moins de six ans. Mais nous n’excluons pas, sur quelques gares nouvelles, de les réaliser en maîtrise d’ouvrage directe, voire en partenariat public-privé. Notre enjeu est aussi de développer le partenariat avec les agglomérations. Les gares sont des objets ferroviaires mais aussi des objets urbains. Ainsi, selon le projet de l’agglomération, la gare de Montpellier sera interconnectée au tram ; pour les gares de Nice-Manduel ou de Montauban, on va se servir de l’interconnexion avec la ligne TER.

    VR&T : Pour développer le réseau, vous avez eu recours à la concession comme au PPP. Tirez-vous déjà un enseignement de ces formules de financement ?
    J.-M. D. : L’Etat nous a demandé de mener quatre projets à la fois. On ne l’avait jamais fait. Nous ne pouvions pas monter quatre équipes de projets en maîtrise d’ouvrage. Sur les quatre projets, on a lancé une concession (SEA), deux contrats de partenariat (BPL et CNM) et assuré une maîtrise d’ouvrage classique (LGV Est 2e phase). On a exploré toutes les méthodes de montage et de gestion contractuelle. La place de Paris a de quoi assurer ce type de projets en termes d’outil juridique, d’ingénierie, de grands groupes de travaux publics. Nous avons réussi à monter ces appels d’offres malgré une crise financière sans précédent. Ce n’était pas gagné. C’est un grand sujet de satisfaction. Le volet industriel de ces appels d’offres a été entre correct et bon. On a eu des réponses en ligne avec ce qu’on attendait, et plutôt meilleures que ce qu’on attendait, alors qu’on transférait le risque du côté du partenaire privé. Le risque de mise en service de Rhin-Rhône, c’est RFF qui le porte. Celui de mise en service de SEA, ce sera le groupement attributaire, qui peut encourir des pénalités et des pertes de péages. D’un point de vue financier, la crise a eu des impacts négatifs sur les conditions de rémunération des banques et des fonds propres. Comme les coûts financiers sont bien supérieurs à ce qu’ils étaient avant la crise, ceci nous a amenés sur le projet BPL à réduire l’exposition à ces coûts. On a raccourci la durée du contrat (les crédits longs sont chers, les crédits courts moins chers), on a payé une part importante du projet en subventions lors de la phase de construction, de l’ordre de 70 %, pour ne laisser que 30 % au financier, et on a fait venir des prêteurs comme la BEI ou la Caisse des dépôts pour réduire encore un peu plus le coût financier. On a ainsi réajusté notre modèle pour réduire l’impact post-crise des coûts financiers. Mais l’histoire des PPP n’est pas achevée. Il reste à faire vivre ces contrats qui sont des véhicules puissants, gros et compliqués.? Il n’était pas mal qu’on commence par le PPP de GSM-Rail, de taille modérée, sur un système de télécommunications et non sur une ligne nouvelle. Nous avons ensuite validé le modèle sur deux lignes nouvelles. Aujourd’hui, on se demande : le PPP peut-il s’appliquer à d’autres objets ? Des objets technologiques comme les télécoms, mais aussi des petites lignes régionales, de fret, voire de voyageurs ? Ou des gares ? A la condition, toujours, et c’est une exigence absolue, de rechercher l’intérêt de la sphère publique en termes de prix, de risque et de service.
        

    Propos recueillis par François DUMONT
     

  • Autolib’ : début des tests et incertitude sur le stationnement

    Autolib’ : début des tests et incertitude sur le stationnement

    Le dispositif de location de voitures électriques en libre service va être testé à partir du 1er octobre à Paris, avant son ouverture au public deux mois plus tard. Ses promoteurs réclament au gouvernement de faire connaître ses préconisations sur les modalités de recharge des batteries en milieu confiné après la publication d’une étude sur les risques d’incendie.
      Les premiers signes de la naissance prochaine d’Autolib’ commencent à se montrer à Paris. Les aménagements en voirie ont commencé le 16 août rue du Poteau dans le XVIIIe arrondissement. Et d’autres chantiers ont suivi. Avec deux mois de retard sur le calendrier initial en raison de recours en justice finalement gagnés par le syndicat mixte Autolib’, une phase de test va démarrer le 1er octobre. 33 stations sur la voirie parisienne vont pouvoir accueillir 66 véhicules électriques. « Nous ferons réaliser ce test par un panel d’utilisateurs. Nous souhaitons expérimenter notre dispositif auprès de beaucoup de monde mais le test se fera uniquement à Paris », précise un porte-parole de Bolloré, qui gérera le système de location de voitures en libre service. « L’idée est de voir ce qui pose problème pour améliorer le fonctionnement », souligne Annick Lepetit, adjointe PS au maire de Paris chargée des déplacements et également présidente du syndicat mixte Autolib’.
    Le 1er décembre, le service commercial sera lancé à Paris et les communes adhérentes au syndicat mixte, soit 46 villes. On devrait alors compter 250 stations et 250 Bluecar, les voitures électriques fabriquées par Bolloré. En banlieue, Bolloré affirme qu’il y aura au moins une station par commune adhérente. Peu à peu, la flotte devrait s’étoffer pour atteindre 3 000 véhicules fin 2012. Il est prévu au total 1 000 stations en voirie et en sous-sol.
    Mais ce calendrier, qui prévoit une montée en puissance rapide du service, est aujourd’hui suspendu à une décision gouvernementale qui concerne les parkings souterrains pouvant accueillir les véhicules électriques. Avant l’été en effet, une étude de l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques) alertait sur les risques d’incendie de certaines batteries au lithium équipant les voitures électriques. Un danger conséquent en milieu confiné et qui représente un véritable casse-tête pour les interventions des pompiers.
    Suite à ce rapport, les pouvoirs publics ont émis de premières préconisations mais, selon Annick Lepetit, celles-ci ne sont pas assez claires. La présidente du syndicat mixte réclame au gouvernement des précisions de toute urgence. Elle lui demande notamment d’envoyer des experts pour examiner les batteries de Bolloré, tout en rappelant que « les voitures de Bolloré ont passé avec succès les contrôles techniques début juillet ». Selon elle, « tous les parkings ne sont pas les mêmes. En fonction des recommandations du gouvernement, on pourra s’adapter ». De son côté, Bolloré se dit serein, affirmant que ses batteries sèches au lithium ne sont pas concernées car elles utilisent une technologie différente. « Nos batteries ont plus d’autonomie que les autres et ne chauffent pas. Elles sont donc plus sûres », affirme un porte-parole. De plus, selon lui, la construction de parkings souterrains pour Autolib’ n’est pas prévue avant de longs mois. D’ici là, les promoteurs du système espèrent bien que ces questions seront résolues. « A ce stade, le projet n’est pas bloqué », assure Annick Lepetit. Avant d’ajouter : « Je ne peux pas croire qu’on veuille plomber le projet Autolib’ ».
      

     Marie-Hélène Poingt

  • Les travaux de la ligne 9 du métro de Barcelone paralysés

    Lluís Recoder a confirmé, le 16 septembre dernier, la suspension de la construction de la ligne 9 du métro de Barcelone. « Faute de financement », a avoué le ministre catalan du Territoire, car les caisses de la Generalitat (gouvernement régional) sont à un bas niveau. Et aucune date de reprise du chantier n’a été avancée : les deux tunneliers sont à l’arrêt. Cet axe transversal contourne la métropole par l’ouest avec à chaque extrémité deux branches poursuivant une partie commune et formant les futures lignes 9 et 10 du réseau souterrain TMB. Entièrement automatique, cette liaison de 50 km devait être livrée en 2016 et certains tronçons finaux (Santa Coloma) sont déjà en exploitation. D’ailleurs, la branche Sud (de L’Hospitalet vers l’aéroport et la zone franche) sera achevée en 2014, a indiqué le ministre. Pour la partie centrale, il envisage de ne pas construire, dans un premier temps, toutes les stations prévues, « certaines étant à 350 m de la suivante ».

  • Retour sur… les limites du modèle TGV avec David Azéma

    Retour sur… les limites du modèle TGV avec David Azéma

    Pour le numéro 2 de la SNCF, on a peu à peu dérivé du modèle initial en utilisant très largement la compatibilité du TGV?avec le réseau classique. Résultat, un système très consommateur en capital, que la tarification d’infrastructure ne permet pas de corriger. Ville, Rail & Transports. Michel Walrave, en revenant sur la période où on inventait la première ligne TGV, a dit un jour : « Si on se limite à des trains Paris – Lyon s’arrêtant à Lyon, point final, on passe certainement à côté de choses intéressantes. » Mais n’a-t-on pas mis ainsi le doigt dans un engrenage dangereux ? Ce à quoi on assiste aujourd’hui, dans la crise du modèle, n’est ce pas un retournement de l’effet réseau ?
    David Azéma. Il fallait aller au-delà de Lyon, mais je ne sais pas dire exactement où il aurait fallu s’arrêter dans l’extension des dessertes. Entre le seul Lyon ou toutes les dessertes que nous assurons aujourd’hui, la vérité économique du seul point de vue de l’opérateur est sans doute entre les deux, et la vérité du point de vue de la politique des transports se trouve encore ailleurs. D’un point de vue de pur opérateur, y compris d’opérateur intégré, il y a dans le réseau TGV, comme dans tous les réseaux ferroviaires, un point d’extension au-delà duquel on rencontre une rentabilité décroissante. C’est ce qui s’est passé à la fin du XIXe siècle pour les compagnies ferroviaires qui sont allées au-delà de cette limite : les investissements marginaux ne produisaient pas de revenus suffisants. Il y a un point au-delà duquel il devient extrêmement difficile de justifier l’infrastructure et les besoins de parc supplémentaires.
    Si d’un point de vue strict d’opérateur on ne peut pas justifier qu’on couvre l’ensemble des dessertes actuelles, cela se présente autrement d’un point de vue collectif, public. Pour la part du réseau qui sera sous-utilisée, ou utilisée par des gens qui ne seront pas prêts à le payer entièrement, il s’agit d’une décision d’arbitrage entre clients et contribuables. Cet arbitrage en France a été placé assez loin en faveur du client par les pouvoirs publics, sans que le contribuable soit sollicité pour combler l’écart. C’est alors la dette des établissements publics qui fait la soudure.

    VR&T. Fallait-il imaginer un produit mixte voie classique-voie à grande vitesse ?
    D. A. C’est l’originalité du modèle français par rapport à son prédécesseur, le modèle japonais. Le modèle japonais, c’était un réseau dédié, neuf, qui dans l’équivalent japonais allait bien au-delà de Lyon. Ce n’est pas Tokyo – Osaka seulement, c’est Tokyo – Osaka – Kobe – Kyushu. Par contre, les trains ne vont pas plus loin, ils ne sortent pas de cette ligne nouvelle. Les voyageurs qui en ont besoin ont alors recours aux correspondances, à partir de ces grandes métropoles.
    D’un point de vue d’opérateur, en France, on est sans doute allé trop loin dans la suppression des correspondances. On a cherché à capter le maximum de volumes en réduisant au maximum l’effet correspondance, en offrant le plus d’origines – destinations directes possibles. C’est le contraire de la stratégie aérienne : on ne rassemble pas à un point de correspondance, ou hub, des flux de taille faible pour faire un gros flux qu’ensuite on rééclate. On a de ce fait un système très consommateur en capital. Cela m’a beaucoup frappé quand j’ai comparé le nombre de rames au Japon et en France. JR Central réalise un trafic annuel de 42 milliards de voyageurs-kilomètres et nous de 45 milliards. Mais JR le fait avec 103 rames quand nous en avons 475. Le fait qu’elles soient moins capacitaires n’explique pas tout l’écart. On a longtemps dit qu’on était le premier pays TGV parce qu’on avait le plus de rames, mais ce n’est sans doute pas le bon critère d’appréciation de la performance économique.

    VR&T. Un peu comme les Espagnols, qui ont le kilométrage le plus conséquent…
    D. A. … alors qu’il n’y a pas beaucoup de voyageurs dessus ! Eh bien, si nous sommes nettement meilleurs que les Espagnols dans l’optimisation du « capital lignes », nous sommes beaucoup moins bons que les Japonais dans l’optimisation des rames.
    Cela dit, si les pouvoirs publics jugent qu’il faut maximiser les volumes qui utilisent les infrastructures, maintenant qu’elles sont construites, alors, il n’est pas idiot de faire le plus possible de dessertes directes. Car, on le sait, moins il y aura de correspondances, moins on mettra de temps, et plus on aura de voyageurs qui prendront le train. Mais du coup il faut concevoir la tarification d’infrastructure en fonction de cet objectif politique. Il faut que la tarification d’infrastructure intègre la désoptimisation de flotte que suppose ce type de desserte pour l’opérateur.
    Par analogie, si on voulait que les habitants de Memphis (Tennessee) bénéficient d’un vol direct en A380 en prolongement de Paris – New York, il faudrait sacrément modifier les taxes d’aéroport ou les redevances de route pour trouver un équilibre économique à cette desserte.
    D’où notre exigence d’un taux de marge opérationnelle sur chiffre d’affaires pour l’activité TGV de minimum 20 % (sur la base d’un mix de dessertes constant), très supérieur à celui d’une compagnie aérienne dont l’utilisation du capital, bien qu’il soit beaucoup plus cher, est beaucoup plus optimisée. Une compagnie aérienne adapte ses tailles d’avions aux tailles de marchés, les fait tourner plus vite puisqu’ils vont plus vite et fait du hub. Nous n’avons pas toutes ces souplesses.

    VR&T. C’est un choix qui a été fait au début du TGV et qui d’ailleurs n’allait pas de soi…
    D. A. Ceux qui ont inventé le TGV l’avaient conçu sur un modèle plus compact et ne prévoyaient sans doute pas le contournement de Paris et la démultiplication des origines – destinations longues qui en résulte. Ils prévoyaient encore moins qu’on ferait des Brive – Lille, ou qu’il y aurait une desserte permanente entre la côte d’Opale et Paris.
    Ils n’avaient pas anticipé le fait que le TGV soit devenu la seule expression de la modernité ferroviaire à longue distance en France. Je suppose qu’ils avaient anticipé le risque de demande d’arrêts intermédiaires et la nécessité dans leur modèle d’y résister autant que faire se peut, mais pas l’extension actuelle, ni le TGV d’aménagement du territoire. On avait au départ un concept cohérent et compact, né de l’alliance de la recherche économique et de la recherche technique, visant à exploiter avec des navettes hyperdenses et hyperfréquentes des O-D (origines – destinations) particulièrement appropriées avec de gros volumes.

    VR&T. Si vous aviez fait l’aérotrain, vous n’auriez pas eu ces soucis d’extension. Vous ne regrettez pas ?
    D. A. J’en doute un peu, car je crois que si cette technologie avait été réellement au point, elle aurait réémergé quelque part. Et puis, la technologie compatible avec le réseau classique que nous avons choisie présente de très grands avantages, comme la possibilité d’un phasage dans la réalisation des lignes nouvelles, ou comme la possibilité d’entrer dans les gares existantes.
    Ce que je regrette, c’est autre chose. On aurait pu à l’origine penser les gares – leur architecture, leurs plans de voie, leurs flux – plus comme des lieux de correspondances. Ce qu’on n’a pas fait. N’a-t-on pas ainsi complètement raté l’occasion de réaliser, en région parisienne, ce qu’ont les Japonais à Tokyo ? Plutôt que d’avoir un contournement, et de très longs parcours de bout en bout, on a une gare centrale où il n’y pas d’interconnexion. La gare est un hub entre les Shinkansen du Nord, de JR East, et les Shinkansen du Sud, de JR Central. Toute personne qui veut aller de Sendai à Nagoya changera de train en gare de Tokyo Central. Il y a moins de risque de contamination par les incidents d’exploitation et on maximise les emports.
    Peut-être que la bonne idée aurait été de faire une grande gare de correspondances par exemple sous la place de la République ou à Roissy ou Marne-la-Vallée. Pour poursuivre cet exercice de rail-fiction, je formulerai un autre regret, c’est que la gare de Roissy n’ait pas été placée sur l’itinéraire entre Paris et Londres, ce qui empêche de faire de Roissy-CDG, grâce à l’Eurostar, l’aéroport du sud-est de l’Angleterre. Ce qui aurait été bon à la fois pour Eurostar, pour Aéroports de Paris et pour Air France.

    VR&T. Le modèle TGV aujourd’hui est en crise. On entend dire que vous auriez 150 rames de trop. Vous confirmez ?
    D. A. Ce que nous disons, c’est que nous avons plus de 30 % de dessertes TGV qui ne couvrent pas leurs charges de capital. Si nous étions un acteur normal et rationnel, nous aurions revendu les rames utilisées pour ces dessertes aux Espagnols ou pourquoi pas aux Chinois. 30 % du parc, cela fait environ 150 rames. Dire qu’on a 150 rames de trop, c’est un peu un effet de manche, mais ce n’est pas loin de la vérité. Avec la dynamique de péages actuelle, si la branche SNCF Voyages (transport ferroviaire de voyageurs grande vitesse) était une entité autonome, elle ne pourrait pas obtenir d’un banquier le financement pour renouveler la totalité de sa flotte à partir de 2020.

    VR&T. Si vous étiez un opérateur normal, quelles dessertes arrêteriez-vous ?
    D. A. Nous ne sommes pas un opérateur « normal », et c’est pourquoi cette question est assez virtuelle, une forme de démonstration par l’absurde. En fait, nous savons que la restauration du modèle économique TGV par le seul ajustement des dessertes à la baisse serait impossible. Je vais prendre un exemple qui me semble très révélateur : les liaisons TGV dont le temps de trajet n’excède pas une heure, qui deviennent des trains de banlieue pour leurs clients. Lorsqu’on habite en province à une heure de TGV de la capitale, on peut organiser sa vie pour travailler à Paris et s’y rendre chaque jour en TGV. La distance est importante, 300 km, tout en ayant un temps de parcours de grand banlieusard. Or, en l’espèce, l’abonnement payé par les clients de ce type de liaisons TGV ne couvre parfois même pas le péage que nous payons à Réseau Ferré de France ! Est-ce concevable que nous fermions ces trains à ces clients « commuteurs » ? Sans doute pas, c’est pourquoi nous réclamons une politique de péages d’infrastructures raisonnée qui permette le maintien d’une certaine péréquation entre les TGV.
     

    VR&T. Vous évoquiez la desserte de la Normandie. On a l’impression que pour cette ligne comme pour la ligne nouvelle Paca, si on les fait un jour, la SNCF n’a pas la bonne réponse, qu’il faut inventer quelque chose d’autre que le TGV pour ces dessertes en chapelets de villes, à l’allemande.
    D. A. Il revient d’abord aux constructeurs de trains d’inventer le produit. Un train conçu pour une relativement longue distance et la très grande vitesse n’est pas adapté à des interdestinations de moins de 100 km : ni dans son temps d’accélération, son temps de freinage, ni dans la conception même de caisse, la façon d’y monter ou d’en descendre. Nous avons, nous aussi, à apporter une réponse, mais nous ne sommes plus aujourd’hui, institutionnellement, le seul penseur du système ferroviaire français. S’il devait y avoir un nouveau concept pour Paris – Rouen – Le Havre ou pour Marseille – Toulon – Nice, il devrait y avoir une réflexion collective. Ces projets de ligne seraient, c’est vrai, un bon support pour faire évoluer le concept.
     

    VR&T. Nous avons évoqué deux facteurs qui déséquilibrent le système, certaines dessertes trop longues et les coûts de l’infrastructure. Un autre va s’ajouter : la concurrence.
    D. A. A ce sujet, il y a un argument que je réfute toujours, c’est qu’il faudrait augmenter nos péages pour notre bien, pour nous aider à faire face à la concurrence ! Je préfère affronter les concurrents en étant vivant et en bonne santé plutôt que fragile. Car la vraie menace, ce n’est pas l’écrémage, c’est l’étranglement de SNCF Voyages par un niveau de péages trop élevé et une qualité opérationnelle qui se dégrade. J’espère que les pouvoirs publics définiront des modalités d’ouverture du marché qui n’auront pas pour effet d’affaiblir le système ferroviaire, à la fois financièrement et opérationnellement. Il faut que l’ouverture à la concurrence domestique longue distance n’ait pas pour effet de transférer massivement au contribuable les bénéfices restitués au client par la baisse des prix offerte par la concurrence : le système coûte aussi cher, le client paye moins cher et c’est le contribuable qui fait la différence.
    Opérationnellement, il faut que la concurrence soit pensée non pas dans un monde où tout le monde est identique et égal, ce qui n’est pas vrai, mais qu’elle soit un aiguillon pour que l’ancien monopole se remette en cause et progresse. Mais il faut que cette concurrence-aiguillon reconnaisse le rôle pivot que joue SNCF dans le système ferroviaire français. Faute de quoi, il n’y aura pas de concurrence car il n’y aura pas d’écosystème ferroviaire offrant le rapport nécessaire à l’exercice de la concurrence.

    VR&T.?Alors comment faut-il ouvrir selon vous ?
    D. A.?Je pense qu’il faut ouvrir avec un bon régulateur et des pouvoirs publics qui trouvent une balance entre de l’open access challengeant le modèle central et une forme de péréquation admise entre les dessertes phares de l’opérateur historique et d’autres dessertes qu’il assure. Les concurrents ne peuvent pas tout prendre à l’opérateur historique sur les bonnes dessertes et lui laisser le reste.

    VR&T. Sur deux points déjà vous avez été bien entendus par l’Araf : le refus du péage à la silhouette et le refus d’un péage plus élevé pour les parcours sur ligne classique.
    D. A. C’était tout de même étrange de vouloir nous faire payer plus cher un train qui ne consomme pas plus de sillons qu’un autre, qui est plus plein parce qu’on a fait des efforts de productivité en achetant des véhicules plus gros, et qu’on nous pique une partie de cette productivité. Ce n’est pas une incitation à faire des choses intelligentes. Etrange aussi d’introduire une tarification différenciée selon l’aptitude à la vitesse sur les voies classiques ; parce qu’il peut aller plus vite alors qu’il ne va pas plus vite, le TGV aurait payé plus cher sur les lignes classiques ! L’argument, c’est qu’il serait peuplé de clients payant plus cher. C’est une idée fausse parce que sur pas mal de dessertes terminales, la dégressivité kilométrique, plus la politique commerciale yield-managée peuvent faire que la recette moyenne TGV est moins élevée que celle du TER. Sur ces deux points, nous avons été entendus et nous en sommes heureux. Mais il faut aller au-delà pour sauver une réalisation aussi belle que le TGV.
        

    Propos recueillis par François Dumont