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  • VT, fausse joie pour les « agglos moyennes »

    VT, fausse joie pour les « agglos moyennes »

    Le versement transport (VT) ne devrait-il pas vivre avec son temps ? Cet impôt transport acquitté par les entreprises de plus de neuf salariés initialement créé en 1973 pour les agglomérations de plus de 300 000 habitants s’est en effet adapté au fils des ans, avec des abaissements successifs de seuils jusqu’à toucher, depuis dix ans, les villes de plus de 10 000 habitants. Mais il reste, aux yeux des élus, une nouvelle adaptation à prévoir. Le versement transport (VT) ne devrait-il pas vivre avec son temps ? Cet impôt transport acquitté par les entreprises de plus de neuf salariés initialement créé en 1973 pour les agglomérations de plus de 300 000 habitants s’est en effet adapté au fils des ans, avec des abaissements successifs de seuils jusqu’à toucher, depuis dix ans, les villes de plus de 10 000 habitants. Mais il reste, aux yeux des élus, une nouvelle adaptation à prévoir : compte tenu du foisonnement de projets de lignes nouvelles dans les villes moyennes, l’idée, portée par le Gart et défendue à l’Assemblée nationale aussi bien par Maxime Bono, le député-maire (PS) de La Rochelle que Gilles Bourdouleix, le député-maire (UMP) de Cholet est d’augmenter le taux de perception dans les agglos de moins de 100 000 habitants porteuses d’un projet de TCSP.

    L’idée est de corriger l’écart considérable avec les grandes agglomérations dont le taux maximum de VT va jusqu’à 1,8 %. « Outre que cette différence n’est aujourd’hui plus justifiée, le faible taux de VT dont disposent les agglomérations de moins de 100 000 habitants constitue de fait un obstacle au développement d’une offre alternative à la voiture individuelle, alors même que l’usage de l’automobile se pose avec encore plus d’acuité aujourd’hui dans ces agglomérations de taille moyenne », fait valoir le Gart. Bien que voté à l’unanimité par les députés le 17 novembre dans le cadre du projet de loi de Finances pour 2011, l’amendement qui permettait de majorer le VT de 0,3 %, le faisant passer d’un maximum de 0,6 à 0,9 %, a fait long feu. Le soir même, il était retiré avec 38 autres amendements par le ministre du Budget François Baroin au nom de la rigueur budgétaire.

    Pour Gilles Bourdouleix, c’est « une grande déception, au moment où ces agglos de taille moyenne se lancent massivement dans les TCSP. C’est un soutien important pour elles car elles ont les mêmes exigences que les grandes agglos mais pas forcément les mêmes moyens ». En témoignent, les 84 réponses au 2e appel à candidatures du Grenelle, représentant 650 km de lignes dont 440 km de bus à haut niveau de service (BHNS). Le produit du versement transport représentait 5,77 milliards d’euros pour 2008, soit environ 40 % du coût des transports. Refuser une possibilité de majoration ne s’apparenterait-il pas à des économies de bout de chandelle ? Contrairement à ce que soutient le Medef, « très franchement pour les entreprises, la différence est modeste, estime-t-il. Mais ces petites sommes mises bout à bout représentent suffisamment d’argent pour les collectivités, en particulier maintenant qu’elles n’ont plus la taxe professionnelle ».

    A la Fédération des maires de villes moyennes (FMVM), où l’on s’est déjà mobilisé par le passé sur cette question du VT, « pas de surprise : c’est un impôt qui prête le flanc à la critique ». Armand Pinoteau, chargé de mission finances et fiscalité locales, reconnaît que l’effet de seuil est « forcément arbitraire » et que ça n’est « pas  très cohérent » car « l’équation budgétaire est généralement plus simple pour les réseaux de taille importante. » Souhaitant le rétablissement de la mesure, le Gart reste mobilisé et a demandé une entrevue à la nouvelle ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Son président, Roland Ries aura pour sa part bientôt l’occasion de donner de la voix devant le Sénat. Mais il reste objectivement peu probable que l’amendement soit voté cette année.

  • RATP Dev se prépare à une croissance de start-up

    RATP Dev se prépare à une croissance de start-up

    Environ 10 000 personnes dont 6 500 hors de France. Les effectifs au siège de RATP Dev, la filiale de développement de la RATP, vont bientôt bondir, quand la reprise de sociétés dans quatre pays en Europe (France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Suisse) sera autorisée par les autorités de la concurrence en contrepartie de la sortie de la RATP du capital de Transdev. Environ 10 000 personnes dont 6 500 hors de France. Les effectifs au siège de RATP Dev, la filiale de développement de la RATP, vont bientôt bondir, quand la reprise de sociétés dans quatre pays en Europe (France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Suisse) sera autorisée par les autorités de la concurrence en contrepartie de la sortie de la RATP du capital de Transdev.

    Le chiffre d’affaires actuel de RATP Dev est de 300 millions d’euros, il devrait représenter 700 millions d’euros en année pleine à partir de 2011, et l’objectif est fixé à 1 milliard en 2013. En attendant que l’opération, subordonnée à la fusion Veolia-Transdev, soit rendue possible, RATP dev se prépare à « encaisser le choc ».

    L’entreprise, dont la langue de travail, en plus du français, est maintenant l’Anglais est en plein recrutement pour ses services centraux, hébergés à la maison de la RATP. Ils étaient 45 en janvier, ils sont 70 et seront bientôt 120. « Nous souhaitons rester une petite structure réactive » tient toutefois à préciser Jean-Marc Janaillac, actuel président-directeur général de RATP Dev. Le groupe se revendique en effet de la filiation RATP, de son savoir faire de renommée mondiale, mais sans les inconvénients liés à un grand groupe plus que centenaire : les inerties et habitudes. « Nous n’allons pas exporter les produits de la RATP, mais en partant des besoins des collectivités mobiliser les savoir faire de ses 2 000 ingénieurs pour y répondre en élaborant des solutions sur mesure » assure Jean-Marc Janaillac. RATP Dev se verrait bien comme la nouvelle alternative en France pour les AOT qui ne souhaitent pas tomber dans l’escarcelle des deux géants que seront en 2011 Veolia-Transdev et SNCF (Keolis). « Notre stratégie est toujours de nous développer dans les villes moyennes. Le renforcement des équipes en France vise à pouvoir répondre à un plus grand nombre d’appels d’offres. A l’exclusion peut-être des quelques plus grands réseaux de province dotés d’un métro, qui ont récemment renouvelé leurs contrats, toutes les agglomérations françaises nous intéressent » affirme Jean-Marc Janaillac. Le plan est simple : profiter du rapprochement entre Veolia et Transdev pour se positionner sur le créneau de ce dernier acteur. Proposer une voie médiane, au besoin en faisant sien les outils de prédilection de Transdev, notamment l’économie mixte.

    Mais RATP Dev sait qu’on l’attend au tournant. Les regards sont braqués sur La Roche-sur-Yon, ou une erreur de casting à la direction du réseau a perturbé les premiers mois d’exploitation. Ils le seront aussi sur la future gestion des actifs que la filiale de la RATP va récupérer en France (les réseaux urbains de Bourges, Moulins, Vienne et Vierzon, 20 lignes régulières interurbaines dans l’Indre et la Vienne, les lignes régulières départementales avec les conseils généraux de l’Allier et de la Saône-et-Loire, les liaisons régulières dans la Marne et les Ardennes et des lignes régulières et scolaires en Haute-Savoie).

    Dans tous ces contrats, le premier objectif de RATP Dev sera de faire ses preuves rapidement pour se maintenir au premier renouvellement. En se méfiant d’abord de Keolis. A moins que Veolia-Transdev ne souhaite récupérer demain des réseaux dont il a aujourd’hui fait le choix de se délester.

  • Maurice Leroy au Grand Paris

    Maurice Leroy au Grand Paris

    Si on en croit Libération, c’est un peu par hasard que le dossier du Grand Paris est tombé dans l’escarcelle du ministre de la Ville. Il semble bien que le chantier prioritaire du président de la République était passé aux oubliettes.

    De fait, Jean-Paul Huchon, au lendemain du remaniement, ne savait pas quel serait son interlocuteur, et il hésitait entre Bruno Le Maire (au titre de l’Aménagement du territoire) et Nathalie Kosciusko-Morizet, ou son secrétaire d’Etat aux Transports, Thierry Mariani.

    Ce sera donc Maurice Leroy (51 ans), centriste comme Michel Mercier, le précédent titulaire du dossier. Député du Loir-et-Cher, il connaît parfaitement la région parisienne, ayant été successivement directeur de cabinet du maire d’Orly, du président du conseil général du Val-de-Marne, du sénateur maire de Nanterre et du maire de Colombes, avant d’être chargé de mission auprès de Charles Pasqua, alors président du conseil général des Hauts-de-Seine et d’Eric Raoult, ministre de la Ville. On a compris par ce parcours en banlieue rouge que ce centriste fut communiste. On apprend par le Who’s Who qu’il s’intéresse à Stendhal.

  • Rabat-Salé, un tramway pour aménager la ville

    Rabat-Salé, un tramway pour aménager la ville

    Les 7, 8 et 9 octobre, les habitants de Rabat et de Salé, ainsi que des élèves d’établissements scolaires, ont découvert deux rames de leur futur tramway exposées place Al Joulane, à Rabat. La mise en œuvre de ce moyen de locomotion moderne et rapide représente une grande première au Maroc. Il réunira bientôt ces deux villes distantes de quelques kilomètres seulement, mais séparées de la vallée du Bouregreg. Une mise en exploitation commerciale partielle est prévue dès fin décembre côté Rabat. Des essais dynamiques sont en cours sur un tronçon de ligne à Salé, où l’ouverture interviendra début 2011. Mais pour relier les deux villes par le tram, et aussi permettre aux rames circulant à Rabat d’atteindre l’atelier-dépôt situé à Salé, il faudra cependant que le nouveau pont Moulay El Hassan encore en construction soit achevé et reçoive les voies ferrées. Ce qui laisse présager une mise en service complète au cours du premier semestre 2011.
     
    Le tramway fait partie d’un très important projet d’aménagement et de mise en valeur de la vallée du Bouregreg sur une zone d’environ 6 000 ha. Cette vaste opération, lancée en 2005, comprend des programmes immobiliers et commerciaux, un port de plaisance, un centre technologique, une cité des arts et métiers. Les aménagements d’infrastructures concernent le creusement en cours du tunnel routier urbain des Oudayas, passant sous la citadelle historique, et donc la création d’un pont enjambant le fleuve pour le tramway, les véhicules individuels et les circulations douces. Le montage de l’opération tramway a nécessité la constitution d’une entité dédiée, la Société du tramway Rabat-Salé (STRS), maître d’ouvrage, ayant pour missions sa réalisation, sa conception, son financement et son exploitation. « Créer le tramway, c’est avant tout une réponse à une problématique de transport. Il y a eu une dégradation de l’offre au niveau de l’agglomération », explique Loubna Boutaleb, directrice du projet tramway au sein de l’Agence pour l’Aménagement de la vallée du Bouregreg (AAVB). Plusieurs éléments se sont combinés. Une régie des bus qui a fait faillite et une politique de privatisation à plusieurs opérateurs qui s’est avéré être un échec. La concurrence anarchique entre ces derniers a déclenché l’arrivée de moyens de transport subsidiaires, les grands taxis, qui ont alors grignoté une part des transports en commun. A cela s’est ajouté un fort développement du transport scolaire puisque, par nécessité, beaucoup d’écoles privées ont fourni leurs propres moyens. Enfin, se greffe là-dessus une flotte non négligeable de transports administratifs, 500 environ. Soit l’équivalent estimé du nombre de bus de transport en commun avant la reprise en 2009 de la gestion par Stareo, détenue à 51,04 % par Veolia et les groupes marocains Bouzid (28,06 %) et Hakam (20,90 %). A terme, le parc en cours de renouvellement de ces derniers devrait atteindre les 400 unités. « Tout cela s’est traduit par un constat : les transports en commun n’étaient pas organisés et, malgré, leur nombre, ils ne répondaient pas à la demande », poursuit Loubna Boutaleb.

    Une autre problématique est liée au développement démographique et économique de l’agglomération, où 60 % des déplacements s’effectuent à pied, les transports en commun représentant 12 %, la voiture particulière 12 à 14 %, le reste étant des moyens réguliers ou irréguliers. A l’origine ville administrative, Rabat (600 000 habitants) développe désormais une importante activité économique, liée à la création de plusieurs centres d’activité, d’une zone franche, du Technopolis, de l’un des principaux pôles universitaires du Maroc et aussi d’un pôle hospitalier.

    Sur l’autre rive, Salé (800 000 habitants) est devenue en quelque sorte une « ville-dortoir ». D’où de très importants flux quotidiens de personnes venant travailler à Rabat qui provoquent d’interminables bouchons routiers matin et soir. Elles franchissent le fleuve par trois ponts, l’ouvrage Moulay El Hassan qui relient les centres-villes totalisant à lui seul environ 70 % des déplacements.

    Dans ce contexte difficile, les autorités devaient impérativement passer à un autre système de transport, plus adapté en termes de capacité, de fréquences, de fonctionnement et de rapidité. « C’est là que l’opportunité de mettre un tram est devenue critique. » La décision de le réaliser est prise en 2002 dans le cadre du projet d’aménagement de la vallée. L’étude de faisabilité a lieu en 2003. Deux ans plus tard, le tram s’inscrit dans le programme général, et les études débutent. Les travaux sont lancés « officiellement » le 23 décembre 2007 par le roi Mohammed VI.

    Le réseau comporte deux lignes émaillées de 31 stations espacées les unes des autres d’environ 500 m et pouvant accueillir des rames de 64,75 m. La ligne 1 (9,25 km), structurante de l’agglomération, s’étend de Hay Karima à Salé au quartier de l’Agdal à Rabat, en reliant les pôles émetteurs-attracteurs majeurs comme les ministères, les gares ONCF, les facultés, la bibliothèque, le domaine universitaire et hospitalier de Souissi. La ligne 2 (5,5 km) dessert les quartiers denses de Rabat et de Salé. Un tronc commun de 2,75 km assurera la liaison pour la traversée du Bouregreg sur le nouveau pont. Pour sa part, Veolia va réorganiser ses lignes de bus autour du tram avec des pôles d’échanges, l’objectif consistant à ne pas leur faire traverser le fleuve mais à rabattre les voyageurs en périphérie. Les prévisions de fréquentation du tramway, qui circulera de 6h à 23h avec une fréquence de 8 mn (4 mn sur le tronc commun), annoncent 170 000 voyageurs/jour, soit environ 56 millions par an.
     

     

    Transdev, le premier exploitant

    Transdev Rabat-Salé SA a été créée le 15 juin 2010. « Nous sommes partis de zéro », explique Serge Rigoulay, directeur exploitation de cette société qui compte aujourd’hui trois expatriés français. L’homme est un spécialiste de longue date des tramways. Il a travaillé sur la première ligne de Grenoble en 1985, a été maître d’œuvre de la première ligne de Strasbourg, exploitant de la deuxième, responsable d’unité d’exploitation, collaboré à Montpellier, apporté son expertise sur les troisième et quatrième lignes de Grenoble, a participé à Orléans et à Toulouse, contribué aux lignes de Porto pour la maintenance et l’organisation… « Mais ici, au Maroc, c’est une première en tant que partie prenante dans un projet complet. Les maîtres d’œuvre viennent de construire la plateforme et l’ensemble du système. Nous, Transdev, nous arrivons pour monter un système complet au niveau exploitation, préparer la mise en service du tramway et surtout l’après-mise en service, pour faire en sorte que tout fonctionne correctement. Ceci avec des Marocains et uniquement des Marocains, de façon à ce que dans sept ans, en 2017, nous leur donnions les “clés”. Ce sont eux qui géreront alors l’entreprise. »

    Missions actuelles de Transdev : assurer les recrutements et formations. Le directeur administratif et des ressources humaines, le responsable du marketing et du commercial viennent d’arriver. Début novembre, c’était au tour des responsables des installations fixes, de la maintenance du matériel roulant et de techniciens qui vont partir en stage en France et en Italie pour découvrir les secrets du matériel roulant. Un agent de maîtrise marocain (deux autres devaient arriver d’ici fin octobre) forme déjà depuis quelques semaines les conducteurs – qui seront environ 70 – sur les rames. Le gros des troupes de la nouvelle société concernera les quelque 180 contrôleurs à embaucher. « Les autorités nous ont demandé de beaucoup travailler sur le fait que le passager doit payer. Dans chaque unité simple, il y aura systématiquement un contrôleur et des brigades de 8 à 10 personnes sillonneront la ville pour mener des contrôles inopinés. »

    Autre mission de taille pour Transdev, préparer la réglementation et écrire les procédures d’exploitation, notamment le règlement de sécurité démontrant à l’autorité comment le système transport dans son intégralité va être maintenu en état. Celle dite « R430 » sur la maintenance, le plan d’intervention de sécurité (PIS) pour des événements particuliers. Quels moyens l’exploitant va mettre en œuvre pour, d’une part, prévenir les autorités en cas d’accident et, d’autre part, déclencher les moyens nécessaires pour y pallier. Un troisième document est le règlement public d’exploitation, véritable mode d’emploi du tram pour les voyageurs. Enfin, il y a celle sur la circulation des rames à l’intention du conducteur : comment doit-il agir dans tel ou tel cas. « Le mode dégradé du matériel roulant est identique à Marseille avec un Citadis, donc la procédure est la même partout. Nous avons suivi le modèle du système tram que Transdev applique aujourd’hui dans les villes françaises qu’il exploite comme à Nantes, Strasbourg, Montpellier ou Orléans par exemple. Nous avons compilé et “rabatisé”, c’est-à-dire adapté au cru en fonction de leur système, car ici ce n’est pas la police nationale, mais la sûreté nationale. Ce ne sont pas les pompiers, mais la sécurité publique. Les procédures d’accidents sont différentes des nôtres. »
     

     

    Colas Rail, le poseur de voies didactique

    « Un projet de tramway comme à Rabat, c’est un mariage des compétences de la route avec celles de la voie ferrée pour donner une voie ferrée urbaine », résume Philippe Zuliani, directeur de projets chez Colas Rail. Après les terrassements de la plateforme démarrés en avril 2008 par sa filiale GTR (Grands Travaux routiers), chargée aussi du revêtement final, la société française a installé les voies. Ce marché d’environ 37 millions d’euros a consisté pour les 130 collaborateurs à poser quelque 55 000 traverses béton bibloc fournies par Sateba, dont l’épaisseur réduite à 120 mm a permis un gain sur la hauteur des terrassements, et 4 500 t de rails fabriqués chez Corus. A cela s’ajoutent 36 appareils de voie et le peigne à 10 itinéraires conçu chez Kihn au Luxembourg, qui donnera aux rames l’accès aux voies de remisage du centre de maintenance situé à Salé, à l’extrémité nord de la ligne 1. « Pour former les compagnons marocains, nous avions monté une petite école avec une quarantaine de mètres de voies. Ils s’y sont mis très vite et il n’y a pas eu de problèmes particuliers dans la pose proprement dite, la seule contrainte était le respect des jalons et des délais. »

    Outre certains secteurs où le principe de dalle flottante a été retenu pour éviter la transmission de vibrations aux bâtiments proches lors du passage des rames, Colas Rail a proposé au client une variante au niveau de carrefours très circulés. Grâce à la mise en œuvre de modules préfabriqués, longs de 18 m et comportant les rails déjà intégrés dans une dalle béton, quatre d’entre eux ont ainsi été réalisés en un temps record. Un week-end seulement au lieu d’une semaine d’interruption de la circulation avec une méthode classique… Mi-octobre, les activités autour du dépôt – centre de maintenance prévu opérationnel à 100 % au premier trimestre 2011 – et du futur poste de commande et de contrôle (PCC) étaient encore en pleine effervescence.

    Ici, le planning initial est un peu débordé, en partie à cause d’une prise de possession tardive des 5 ha de terrain ayant nécessité au préalable le déplacement d’habitants pauvres et d’une zone de commerces. « Le projet a démarré en octobre 2009 avec un délai de 17 mois de réalisation, ce qui est très court pour un centre de maintenance, puisqu’en France on a l’habitude d’avoir 20 à 22 mois. Aujourd’hui, la partie systèmes avance bien, le local technique du PCC est livré à Vossloh pour la signalisation, la sous-station à Cegelec pour l’alimentation du centre », indique Xavier Froidure, expert infrastructure réseaux chez Systra.

    La société d’ingénierie, qui assure l’assistance à maîtrise d’ouvrage du tramway, a dépêché depuis plusieurs années quatre experts sur place. Un à la tête de cette mission qui aide l’Agence de l’aménagement de la vallée du Bouregreg, un pour la voie ferrée, un pour la partie systèmes. Au démarrage, l’un était chargé du suivi de la déviation des réseaux d’électricité, d’eau potable et d’eaux usées. Une tâche complexe pour laquelle peu d’archives fiables existaient. « Environ 30 % du linéaire seulement. Le reste a été découvert au fur et à mesure de l’avancement des travaux. Il y a eu beaucoup d’aléas, mais nous avons réussi à combler le retard sur cette phase en tronçonnant les secteurs et en livrant des parties un peu plus petites aux entreprises de génie civil et de voies pour réaliser la plateforme. »

    Si le linéaire ferroviaire est aujourd’hui achevé sur la majorité du tracé, il manque cependant encore un maillon essentiel : la partie sur le pont toujours en construction. Celui-ci ne devrait être livré à l’entreprise ferroviaire qu’à partir de janvier. Un avenant au contrat de prolongation et d’accélération de délais est en cours. « Nous avons un gros avantage. Les effectifs de la filiale que nous venons de créer au Maroc vont partir sur d’autres chantiers, mais nous les remobiliserons le moment venu », conclut Philippe Zuliani.
     

     

    Des marchés prometteurs pour Colas Rail au Maroc

    Colas Rail veut se faire une place au soleil et suit pour cela de près les marchés ferroviaires prometteurs du Maroc. « Le tramway Rabat-Salé est notre premier projet. Une quinzaine d’expatriés français sont venus pour mener à bien ce chantier. Aujourd’hui, ils ne sont plus que six ou sept et c’est une vraie fierté de transmettre notre savoir-faire technologique aux Marocains », reconnaît Patrick Guénolé, le PDG de la société qui voit aussi d’alléchantes perspectives à Casablanca où elle vient tout juste de soumissionner sur le tram en construction. L’implantation depuis plus de 50 ans de Colas dans ce pays, par ses activités routières au travers de ses diverses filiales (GTR, LRM, GTRS), représente un atout indéniable. « Dans notre stratégie de développement, nous essayons de nous appuyer sur les pays où Colas est déjà présent car nous bénéficions ainsi de leur expérience. Les pays assez proches sur le plan géographique, de notre culture et où il y a un potentiel. Le Maroc remplit toutes ces conditions et nous avons envie de participer à son développement. » Cette stratégie semble d’ores et déjà porter ses fruits. La société a emporté toutes les opérations auxquelles elle a soumissionné en 2010 : la création de l’embranchement de 7 km sur la zone industrielle de Tanger où va s’installer Renault, une voie portuaire à Nador, un renouvellement de voies entre Settat et Marrakech, le marché national avec Railtech des soudures de rails sur les voies du réseau ONCF… « C’est le “fonds de commerce”, des opérations de 1 à 5 millions d’euros, poursuit Patrick Guénolé. Nous essayons aujourd’hui d’apporter la stratégie Colas : le service à la collectivité. Notre axe prioritaire concerne surtout les activités récurrentes de maintenance. Nous nous positionnons en ce moment sur les chantiers de renouvellement de la caténaire et d’électrification de lignes. » A côté de Cegelec, société déjà bien ancrée ici dans ce domaine, Patrick Guénolé estime qu’« il y a de la place pour un deuxième acteur ». Et puis il y a bien sûr la future ligne nouvelle à grande vitesse entre Tanger et Kénitra dont les tout premiers travaux démarrent. « De par le financement de la France à ce projet de LGV, nous espérons bien prendre notre part en tant qu’entreprise française… »
     

     

    Egis Rail, déjà présent dans la pré-ingénierie

    La structure d’Egis Rail basée à Rabat compte une vingtaine de personnes, dont sept expatriés français. Mandataire d’un groupement avec CID, un bureau d’études marocain, la société d’ingénierie a démarré sa mission très en amont. Dès 2002, l’Agence d’aménagement de la vallée du Bouregreg, maître d’ouvrage, la sollicitait en effet pour étudier la faisabilité de deux lignes de tramway devant relier Rabat à Salé.

    Le partenariat s’est poursuivi par un contrat de maîtrise d’œuvre d’environ 12 millions d’euros, le premier dans son genre au Maroc pour un projet de grande envergure. Il a consisté à réaliser les études préliminaires de l’avant-projet en 2005-2006, l’élaboration des cahiers des charges des entreprises précisant la conception du système en fonction des besoins du client, la phase de consultation des entreprises (DCE), puis les travaux. « Ce sont des missions complètes qui vont se poursuivre jusqu’à la mise en service, explique Alain Rousseau, d’Egis Rail, directeur du projet de tramway. C’est un beau contrat pour nous qui équivaut à peu près aux deux premières lignes du tramway de Lyon. A chaque réalisation de ce type, nous nous adaptons au mode de fonctionnement local. »

    Le plus difficile à gérer pour le groupement ? La planification, le phasage, certains marchés un peu longs à passer, des décisions parfois attendues, une mise à disposition tardive des terrains, notamment celui de l’atelier-dépôt à Salé. « C’est un projet de grande ampleur nouveau pour le Maroc. Globalement, il se déroule dans une collaboration fructueuse et il y a une bonne cohésion entre maître d’ouvrage et maîtrise d’œuvre. On retrouve ici tous les outils qui existent sur les tramways réalisés en France ou dans d’autres pays. Celui de Rabat n’a rien à leur envier. Les équipements et systèmes offrent le même niveau de service et de qualité. » Alors que les lignes 1 et 2 ne sont pas encore en service, le maître d’ouvrage prépare deux extensions de celles-ci côté Rabat, totalisant 2,2 km. Egis Rail a aussi déjà mené les études préliminaires pour définir les couloirs et les destinations des futures lignes 3 et 4. Le réseau de tramway Rabat-Salé n’en est qu’à ses prémices…
     

     

    Le pont Moulay El Hassan, trait d’union entre Rabat et Salé

     

    « Plus qu’un pont, un trait d’union », l’image de synthèse de l’ouvrage soulignée de ce logo apparaît sur d’immenses panneaux masquant les clôtures de ce grand chantier débuté fin 2007, parallèle à l’actuel ouvrage qui vit ses derniers mois.

    D’une élégance et d’une finesse très prometteuses, le futur pont Moulay El Hassan, long de presque 1,3 km, « une première au Maroc pour un franchissement de cette taille », selon un spécialiste, a été dessiné par l’architecte ingénieur Marc Mimram, qui travaille en partenariat avec le cimentier Lafarge. Il comportera trois tabliers situés à environ 14 m au-dessus du fleuve Bouregreg, deux pour les voitures, un large de 8,6 m pour le tramway, un dédié aux cyclistes et piétons, et conçus avec un béton très résistant à haute performance fait à partir de ciment blanc.

    Présenté il y a tout juste un an lors de la conférence internationale « Architecture et développement durable » au salon Batimat de Paris, le pont a été cité comme étant un « projet exemplaire de développement urbain à partir de l’infrastructure ». L’architecte, qui souhaite en effet une infrastructure habitable au sens noble du terme, pense qu’elle formera un toit dans la ville et l’imagine déjà accueillant des marchés…
     

     

    Des motifs en zelliges sur les rames Citadis

    Si les 22 rames de tramway sont d’origine française, des Citadis 302 d’Alstom fabriquées à Barcelone et à La Rochelle, le parti pris graphique retenu marque bien leur appartenance marocaine. Il s’inspire de l’identité de l’agglomération de Rabat-Salé au travers de son histoire et de sa culture. Le peintre illustrateur Miloudi Nouiga a souhaité « développer une poétique graphique à partir du motif traditionnel des zelliges », un art qui fait partie intégrante de la vie et du patrimoine culturel du pays. Le choix du motif, du plus bel effet tant sur la livrée extérieure qu’à l’intérieur sur le plafond et sur les sièges, s’est porté sur celui des fontaines du mausolée Mohammed V de Rabat.

    Côté dimensions des rames, les promoteurs marocains ont vu large. Elles mesureront 2,65 m de largeur, soit une vingtaine de centimètres de plus que les trams en France. Constitué systématiquement de deux rames en unité multiple, le véhicule atteint presque 65 m et pourra transporter jusqu’à 500 passagers à la vitesse commerciale moyenne de 20 km/h avec priorité aux carrefours, les terminus étant reliés en 35 minutes. Mi-octobre, les phases d’essais étaient largement entamées. « Huit rames ont été livrées, trois à Rabat et cinq côté Salé. Nous en avons déjà testé cinq, les autres sont en cours. Elles ont déjà été testées et validées en France, mais compte tenu des particularités du site, avec le profil, les rampes, des tests de performances sont redéroulés ici avec la maîtrise d’œuvre et en présence du maître d’ouvrage, explique Noureddine Hmidani, responsable des essais et de la mise en exploitation à la STRS. Nous vérifions aussi les conformités par rapport au cahier des charges des marchés, l’écartement des voies, la hauteur des quais, le gabarit des rames, le passage du pantographe par rapport à la ligne aérienne de contact, la puissance délivrée par les 17 sous-stations. »

    Cette panoplie d’essais va se poursuivre jusqu’au début de l’exploitation commerciale. Les marches à blanc pour tester la conformité de tous les systèmes sont prévues à partir du début décembre.

  • Dominique Bussereau, l’entretien bilan : « Je n’abandonne pas les transports »

    Dominique Bussereau, l’entretien bilan : « Je n’abandonne pas les transports »

    Quelques jours avant de quitter son poste, l’ancien secrétaire d’Etat  aux Transports Dominique Bussereau nous a confié son regard sur ces années qu’il a passées au ministère, ainsi que ses projets pour l’avenir. Ville, Rail & Transports. Vous avez quitté de votre propre chef le gouvernement à l’occasion du remaniement. Pour quelles raisons ? Quels sont vos projets pour les années à venir ?

    Dominique Bussereau. Ma décision de quitter le gouvernement date du printemps 2009. Elle a été prise après les élections européennes. J’avais indiqué que je souhaitais retourner à l’Assemblée nationale, où je vais siéger à compter du 15 décembre. Il y a par ailleurs le conseil général de Charente-Maritime où je vais poursuivre et intensifier mon action comme président, avec pour enjeu politique immédiat les élections cantonales du premier trimestre 2011. Au deuxième semestre 2011, je compte également réaliser un projet qui date d’avant 2002, celui de m’inscrire au barreau. Et puis je vais donner des cours à Sciences Po.

    Mais je n’abandonne surtout pas le domaine des transports. Je vais le suivre localement à travers le projet de LGV SEA, le plus grand chantier d’Europe, ou les projets d’amélioration de la desserte du port de La Rochelle, même si, avec la création d’un opérateur de proximité, le train y siffle en allemand ! Au plan national, je serai le représentant de mon département au Gart, à l’Association des départements de France et je compte bien me réinvestir dans Avenir Transports auprès de François-Michel Gonnot.
     

     

    VR&T. Vous mettez un terme à une très longue période ministérielle, huit ans et sept mois en tout dont plus de la moitié aux transports. Au bout de ces années en poste, comment jugez-vous l’évolution du monde ferroviaire et des transports publics ?

    D. B. J’ai « fait » en tout cinq ans et demi aux transports, plus que Jean-Claude Gayssot ! Je crois que la formule de Louis Armand, selon laquelle le train sera le moyen de transport du XXIe siècle est en train de se vérifier. Voyez tous ces pays qui veulent s’équiper, qu’il s’agisse du Kazakhstan, de la Tunisie, de la Libye, ou du Maroc avec son TGV. L’Espagne va si vite en grande vitesse qu’elle nous dépasse. On voit aussi que la Chine ou les Etats-Unis sont en train de s’ouvrir au tramway. Ce siècle sera décidément très transport public, très rail. En France, jamais autant de projets de LGV n’ont été lancés de manière simultanée, avec, en 2011, les débuts de SEA, de la ligne Le Mans – Rennes, du contournement de Nîmes – Montpellier, sans oublier la mise en service du premier tronçon, de la LGV Rhin-Rhône en fin d’année.

    Or, au niveau industriel, la France peut se targuer d’avoir en 2010 toute la palette du secteur transport. Trois opérateurs de niveau mondial avec Veolia-Transdev, la SNCF-Keolis et la RATP, trois majors du BTP avec Bouygues, Eiffage et Vinci, ce dernier étant très spécialisé dans les concessions. De belles entreprises de réseaux comme Thales ou Safran. Des ingénieries avec Systra ou Egis. Et des industriels de premier rang comme Faiveley et bien entendu Alstom ou les activités françaises de Bombardier.
     

     

    VR&T. Dans le domaine de la grande vitesse, vous avez évoqué la nécessité d’un Airbus ferroviaire, sans grand succès jusqu’à présent…

    D. B. Avec l’arrivée des groupes chinois, je crois que les rapprochements entre industriels européens seront de plus en plus nécessaires. Je continue de penser qu’il faudra un jour créer un Airbus du ferroviaire, même si je sais que Patrick Kron n’est pas encore de mon avis ! Si on veut avoir accès aux marchés mondiaux, il faudra y aller groupés. Il en va de même pour les opérateurs. Dans divers secteurs. A terme, la SNCF devra s’interroger sur son fret qui est mal en point. Je ne sais pas si ce doit être avec les Luxembourgeois des CFL, les Suisses des CFF ou les Allemands de la DB, mais n’est-il pas nécessaire d’aller chercher des alliances ?
     

     

    VR&T. Le cadre juridique et concurrentiel a presque autant évolué dans le ferroviaire entre 2002 et 2010 que depuis les origines du secteur. Quel regard portez-vous sur cette mutation ?

    D. B. Même si certains jugent que cela n’est pas allé assez vite, je pense que le sujet a énormément évolué en quelques années. On a créé un cadre juridique qui va donner des résultats progressivement. Cependant que RFF grandissait et affirmait son rôle, on a créé de nouvelles structures comme l’EPSF, la direction de la Circulation ferroviaire au sein de la SNCF, ou l’Araf. Je suis, soit dit en passant, ravi du choix de Pierre Cardo en tant que président, je ne voulais pas d’un haut fonctionnaire à ce poste, je voulais un élu libre et indépendant. On a lancé la contractualisation des trains d’aménagement du territoire, qui sont aujourd’hui dans un état peu satisfaisant, cela me semble un bon moyen de les rendre plus attractifs. Concernant les TER, le sénateur Grignon va continuer son travail, faire le tour des régions, il faut que la discussion s’engage sur l’ouverture à la concurrence au sein de l’ARF. Je pense que l’ouverture ne pourra pas immédiatement être expérimentée à l’échelle d’une région, mais plutôt à celle d’une étoile ferroviaire. Je crois en la méthode alsacienne de l’expérimentation.

    Dans le fret, dont de très nombreux trains ont été calés lors du dernier conflit sur les retraites, je pense qu’on va bientôt voir fleurir de nombreuses initiatives parlementaires demandant l’instauration d’un service minimum sur le fret.

    Concernant l’économie du système, le sujet le plus délicat a été de trouver le point d’équilibre sur les péages. Heureusement qu’on a augmenté ces péages, sans cela, beaucoup d’opérateurs étrangers viendraient butiner sur nos lignes ! Et puis, si l’on veut rénover le réseau, il faut bien trouver des ressources. A ce sujet, il me semble que les régions doivent veiller à ne pas surcharger la barque en commandes de matériels TER. Je suis ravi de voir tous ces beaux matériels régionaux créés par Alstom ou Bombardier. Mais il ne faut pas créer des kilomètres-trains pour se faire plaisir. Je pense qu’il faut analyser les choses avec pragmatisme et admettre que dans certains cas et à certains moments de la journée un car peut avantageusement remplacer un TER.
     

     

    VR&T. En parlant de financement, la France n’a jamais lancé autant de projets, et les ressources, en particulier des collectivités locales, semblent incertaines. Comment trouver de nouvelles ressources ?

    D. B. Le problème du financement sera un sujet important pour le nouveau gouvernement. L’usage du versement transport a été étendu dans les agglomérations, je pense que c’est suffisant. Je ne suis pas favorable à un VT régional. Si on ouvre cette porte, alors, pourquoi ne pas autoriser un VT départemental ? Au plan local, nous avons dans le cadre du Grenelle ouvert de nouvelles possibilités, notamment celle du péage urbain. A l’avenir, il faudra également réfléchir à la dépénalisation des amendes de stationnement. Il faudra également reposer la question de ce que payent les clients, car je suis assez dubitatif sur le principe du transport gratuit. Il faudra trouver une meilleure péréquation. Dans le ferroviaire, j’ai souhaité que les opérateurs jouissent de la plus grande liberté en matière tarifaire. Leur donner la liberté de gestion, et la capacité d’aller chercher de nouvelles ressources. On doit être plus inventifs : si l’on s’inspirait mieux du Japon, la SNCF, par exemple, pourrait gagner beaucoup plus d’argent avec ses gares, et pas seulement avec les grandes gares. Il y a des choses extraordinaires à faire !
     

     

    VR&T. Au terme de ce mandat, quels sont vos regrets ?

    D. B. J’aurais souhaité que l’on aille plus loin dans la réforme des TER. Si on la regarde avec du recul, la réforme Thatcher aura permis le renouveau du rail britannique. La concurrence aura finalement permis d’apporter un meilleur service aux citoyens. La SNCF a encore beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine du service. Je pense que Guillaume Pepy a insufflé un nouvel esprit, il faut continuer. Sur le plan de notre relation avec l’Allemagne, qui, dans le secteur, n’est pas très bonne ou en tous les cas trop heurtée, j’aurais aimé pouvoir faire encore plus. On a mis en place un groupe de haut niveau avec les principaux partenaires. Il faudrait maintenant quelques expériences concrètes, des projets communs : pourquoi la SNCF et la DB ne rachèteraient pas un réseau en Europe ou ailleurs qu’elles exploiteraient ensemble ?

  • Pierre Cardo : « On n’est pas que gendarme, on est aussi juge de paix »

    Pierre Cardo : « On n’est pas que gendarme, on est aussi juge de paix »

    Le 1er décembre, l’Araf, l’Autorité de régulation des activités ferroviaires, devient pleinement opérationnelle. Rencontre avec son président, Pierre Cardo. Quand Jean-François Carenco, le directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo, lui a demandé s’il voulait présider l’Araf, Pierre Cardo (61 ans) n’a pas caché sa perplexité. Le ferroviaire, il ne connaissait pas. Mais, après tout, le député était assez vite devenu, à la suite d’une mission précédemment confiée, un spécialiste du démantèlement des navires en fin de vie… Pierre Cardo s’est laissé convaincre. Il a accepté, une fois qu’un amendement eût assoupli certaines des conditions qui empêchaient un élu local d’être président de l’Araf. L’ancien maire de Chanteloup-les-Vignes, et désormais ancien député des Yvelines, a donc pu rester président de la communauté d’agglomération des Deux Rives de la Seine.

    Le président de l’Araf revendique un « regard neuf » sur les sujets ferroviaires, mais il est aidé par les six autres membres du collège. Avant même d’entrer pleinement en exercice, l’Araf a déjà entendu Veolia, la Deutsche Bahn, la SNCF, Gares et Connexions… Une trentaine d’auditions qui ont donné au président la culture du sujet. Parallèlement, l’Araf regarde ce que font l’ORR britannique, qui a aussi les fonctions de l’EPSF, la Bundesnetzagentur allemande, régulateur de l’ensemble des secteurs. En France, l’Araf naissante s’est comparée à l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) ou à la CRE (Commission de régulation de l’énergie), a commencé à tracer les frontières avec l’Autorité de la concurrence, et a vu comment, dans le secteur ferroviaire, l’EPSF s’était peu à peu forgé une doctrine.

    Parmi ses premières tâches, l’Araf doit donner un avis conforme chaque année sur la tarification et les conditions d’accès au réseau. L’autorité doit aussi être saisie afin de donner un avis sur les conditions économiques d’accès au réseau de la concession de la LGV Sud Europe Atlantique.

    La grande affaire, ce sera de répondre à toutes les interpellations qui pourraient montrer une discrimination. Or, glisse Pierre Cardo, il y a « des choses qui laissent supposer que nous ne resterons pas inactifs à partir du 1er décembre ». Saisie, l’Araf devra instruire le dossier dans les deux mois. Pour faire face, elle devrait compter une vingtaine de salariés début 2011, et tourner avec une soixantaine à plein régime. Les 10 millions de budget annuel proviennent d’un prélèvement de 3,7 millièmes du montant des péages, ce qui assure l’indépendance de l’autorité. Les avis seront rendus à la suite d’une procédure de type judiciaire observant une séparation entre les services qui instruisent et le collège qui juge.

    L’Araf ne va pas se contenter de compter les coups ni de réprimander. « On n’est pas que gendarme, on est aussi juge de paix », explique Pierre Cardo, qui complète : « On est là pour avoir une doctrine. Pour l’instant, il n’y en a pas réellement. » L’autorité peut s’autosaisir. Exemple : « Faut-il développer le réseau, l’entretenir ou le rénover : il nous appartiendra d’avoir un avis sur la question. » Sur la question du fret aussi, le président Cardo commence à se forger son idée.

    Enfin, il est conscient que le système ferroviaire français n’est pas totalement inattaquable. Déjà, remarque Pierre Cardo, la DCF (Direction de la circulation ferroviaire) fait l’objet de remarques, alors qu’elle est une entité distincte, qu’elle a son propre budget, ses locaux, que son président est nommé par le gouvernement après avis de l’Araf (ce qui fut d’ailleurs son premier acte), et qu’il est donc en théorie complètement indépendant de Guillaume Pepy. A plus forte raison, la gestion des gares, avec une direction Gares et Connexions intégrée à la SNCF sera peut-être plus difficile à défendre face aux prochains concurrents.

  • Trois millions d’euros pour l’aménagement des bus à Vitré

    Trois millions d’euros pour l’aménagement des bus à Vitré

    Vitré Communauté (36 communes, 60 000 habitants) a présenté en novembre son schéma directeur d’accessibilité des transports en commun. Vitré Communauté (36 communes, 60 000 habitants) a présenté en novembre son schéma directeur d’accessibilité des transports en commun. Il résulte d’une étude menée sur dix-huit mois et d’un groupe de travail constitué d’élus représentants des communes, de représentants d’associations de personnes handicapées et de consommateurs, ainsi que de techniciens. Les travaux d’accessibilité porteront sur les aménagements des trottoirs et les abris-bus, ainsi que sur les accès aux 85 établissements recevant du public et aux écoles. « Vitré Communauté compte 66 arrêts de bus devant être mis aux normes, ainsi qu’une cinquantaine d’arrêts d’écoles sur les 36 communes. Ces travaux seront réalisés sur les six à huit prochaines années. Ce schéma d’accessibilité sera mis en place par étapes à partir de 2011, sachant que des travaux de voirie ont déjà été engagés à Vitré », déclare Bernard Renou, vice-président de Vitré Communauté, en charge des transports. Le coût de l’ensemble des travaux d’aménagement et d’adaptation des véhicules est estimé à 3 millions d’euros, répartis entre la communauté d’agglomération et les communes concernées. Des véhicules adaptés ont déjà été mis en service. Avec un budget annuel de 3,5 millions d’euros, le service des transports gère le transport urbain, scolaire (3 600 jeunes sur 61 circuits au quotidien) et à la demande pour les personnes âgées ou bénéficiaires de minima sociaux. A noter que le service est gratuit pour les huit lignes de bus sur la ville de Vitré (18 000 habitants).

  • Bruxelles va-t-il brider les DSP ?

    Bruxelles va-t-il brider les DSP ?

    La Commission européenne planche sur une manière d’encadrer les concessions de service public dans le marché intérieur. Cette législation a le pouvoir de remettre en cause les délégations de services publics, chères au secteur du transport urbain Si pour l’instant rien n’est officiel, les grands groupes français comme Veolia ou Keolis risquent gros. « La Commission adoptera en 2011 une initiative législative sur les concessions de services. » C’est écrit en noir sur blanc dans l’« Acte pour le marché unique » de Michel Barnier, rendu public le 27 octobre dernier. Il y aura donc législation. « Pour l’instant, rien n’est officiel, rappelle-t-on avec insistance à la Commission européenne, nous n’en sommes qu’à l’étude d’impact. » Au niveau du calendrier, cela signifie qu’il n’y aura rien d’annoncé avant la toute fin de l’année, ou plus vraisemblablement le début de l’année 2011. C’est donc une simple « initiative » pour l’instant, pas encore une « directive ».

    « Nous sommes en train de voir les différentes manières dont nous pouvons procéder, explique Joanna Szychowska, cochargée de la conception et de la mise en œuvre de la législation des marchés publics. Nous pensons que nous ne pouvons corriger les failles que grâce à de nouvelles lois, mais nous avons l’obligation d’examiner tous les moyens. »
     

     

    Les délégations de service public chouchoutées

    Alors pourquoi s’inquiéter ? Dans le secteur du transport urbain, on regarde d’un bien mauvais œil ces velléités, et pour cause. Le secteur est concentré : un petit nombre de groupes gère ou apporte une assistance technique à de nombreux réseaux soit directement, soit par l’intermédiaire de filiales locales. Keolis, Connex et Transdev détiennent à eux seuls 70 % du marché de transports routiers réguliers de l’Ile-de-France hors RATP et près de 80 % du marché des transports urbains et interurbains de province. Depuis 1990, le trafic assuré par ces trois groupes sur le marché français s’est accru de 93 %, 45 réseaux urbains étant passés sous leur contrôle. Et ces groupes se satisfont parfaitement du cadre législatif actuel : d’une part la loi Sapin de 1993 et d’autre part le règlement européen sur les obligations de service public (OSP) entré en vigueur en décembre 2009.

    Pour les grandes entreprises il y a deux types de contrats passés avec une personne publique : le marché public et la délégation de service public (DSP). Pour Valérie Beaudouin, directrice des affaires européennes et juridiques de l’Union des transports publics et ferroviaires, la différence entre les deux savoir-faire est radicale : « Dans le cas du marché public, l’opérateur vend une prestation “useur de pneus” au kilomètre ; dans le cas de la délégation de service public, on demande plus à l’opérateur de réfléchir, c’est lui qui perçoit une recette sur les passagers, il prend des risques commerciaux. Il y a un véritable savoir-faire marketing et technique qui est vendu au client. »

    Serge Petetin, directeur juridique de Keolis, est du même avis. « Le marché public est complètement inadapté au transport urbain. La procédure propre au marché public est le dialogue compétitif… Ça ne convient pas à notre travail ! Le dialogue compétitif fonctionne bien dans des cas où l’objet n’est pas bien défini. Nous, nos autorités organisatrices savent exactement ce qu’elles veulent. Il n’y a pas besoin de phase de mise au point de l’objet. »
     

     

    La négociation, bête noire de la Commission

    Par contre, il y a besoin d’une phase de négociation. Et c’est cette phase que l’UTP, aux côtés de Keolis et Veolia, défendent bec et ongles. C’est là que les groupes tremblent du pouvoir de l’Union européenne : une législation sur le sujet pourrait brouiller le système et évincer la délégation de service public au profit seul du marché public, emmenant avec elle la phase sacrée de la négociation.

    La Commission s’en défend. « En ce qui concerne l’initiative sur les concessions, tout dépend de la définition que l’on va donner du terme. Et nous souhaitons garder cette distinction, entre marché public et DSP. Il n’y a aucun risque que les deux soient confondus », affirme Joanna Szychowska, de la DG Market.

    Mais dans le milieu on sait à quel point la Commission européenne voit la phase de la négociation d’un mauvais œil. Ce moment, où l’on discute du prix avec le client, est vu comme un obstacle à la transparence et à la concurrence équitable. Mais pour l’UTP, c’est aussi le moment de proposer des variantes et de concourir à faire augmenter la fréquentation ; c’est au cœur du métier.

    « Tous ceux qui critiquent la phase de négociation ont une méconnaissance de la réalité, tranche avec vigueur Serge Petetin, de Keolis. Une négociation peut durer plusieurs mois, comme ça a été le cas à Lyon. Le temps de parole y est minuté, tout est minutieusement retranscrit. »
     

     

    Un socle permettant à tous de jouir des mêmes conditions d’accès aux marchés publics

    « La moitié des Etats a des règles, l’autre moitié, non. Ce n’est pas normal, rétorque-t-on, plein du bon sens, du côté de la Commission européenne, dans certains pays, il n’y a aucune loi, comme en Allemagne, et une absence totale de transparence ! » Voilà le but dévoilé, créer un socle minimal de règles permettant à tous les pays de jouir des mêmes conditions d’accès aux marchés publics.

    Toujours selon Joanna Szychowska, les pays ayant déjà des cadres juridiques forts, telle la France, n’auraient rien à craindre, « les règles que nous adopterons auront un impact différent sur chaque pays en fonction de son cadre juridique existant… En France, cet impact sera sûrement minime, les règles existantes étant déjà largement en accord avec la loi européenne ».

    En attendant une communication officielle en début d’année prochaine, les rumeurs et « on-dit » se multiplient. Les plus pessimistes craignent toujours des régulations invasives remettant en cause le système français, pourtant tellement favorable aux groupes d’opérateurs ; mais d’autres dorment tranquillement, ils se seraient laissé dire que Michel Barnier serait personnellement en faveur d’une approche allégée.

  • Comment Transdev a gagné le tram de Besançon

    Comment Transdev a gagné le tram de Besançon

    A Besançon, l’opérateur historique Keolis cédera sa place à Transdev à compter du 1er janvier prochain. A Besançon, l’opérateur historique Keolis cédera sa place à Transdev à compter du 1er janvier prochain. Comme l’avait annoncé Jean-Louis Fousseret, président (PS) de la communauté d’agglomération du Grand Besançon (180 000 habitants, 59 communes), début septembre (voir VR&T n° 503, page 12), c’est la filiale de la Caisse des dépôts qui opérera le réseau Ginko. Le conseil communautaire en a en effet décidé ainsi à l’unanimité le 18 octobre. L’offre de Transdev a été préférée à celles de Keolis (délégataire actuel et historique) et de Veolia, également candidat pour la gestion et l’exploitation des lignes urbaines, dans le cadre d’une délégation de service public (DSP) de sept ans, incluant la mise en service de la première ligne de tramway (15 km) en 2015.

    Principalement cinq raisons ont motivé le choix des élus. D’abord, le niveau de service le plus élevé, en volume de kilomètres produits et en fréquence sur les réseaux, y compris pendant les travaux qui devraient débuter à l’automne 2011. « Ce niveau de service s’appuie sur des moyens plus importants en personnels et en matériels », commente-t-on au Grand Besançon. Ensuite, des objectifs forts en matière de développement de la fréquentation, avec un engagement sur une hausse de 50 % d’ici 2017, grâce notamment au tram. Mais aussi un moindre recours aux fonds publics, puisque Transdev s’engage sur le niveau de recettes le plus élevé et assure un fort niveau de maîtrise des dépenses, en particulier en première partie de contrat.

    La contribution forfaitaire cumulée du Grand Besançon, à 138,26 millions d’euros sur la durée du contrat, est la plus basse avec cette offre. « Elle est également la plus intéressante pour la mise en œuvre des options de maintenance des rames et de la plateforme du tramway », estime l’AO, qui rappelle aussi que Ginko est l’un des réseaux les plus performants de France, avec une moyenne de 134 voyages par an et par habitant, et même 186 sur les seules lignes urbaines, soit un trafic de 90 000 voyages par jour et près de 23 millions par an.

    Enfin, Transdev a marqué des points grâce à sa démarche qualité ambitieuse – avec des engagements forts sur la ponctualité, la propreté, l’information et l’accueil du public, la satisfaction de la clientèle – et à son système performant de management environnemental. « Il s’engage à faire baisser la consommation de gazole de 8 % et celle d’électricité pour l’éclairage de 20 %, sur la durée du contrat. » De son côté, l’opérateur souligne qu’il mettra en place le projet de billettique multimodale et se réjouit de l’arrivée du tram dans une agglo de taille moyenne. « Nous sommes heureux que la solution tramway ne soit plus réservée aux grandes agglomérations et se développe maintenant dans des agglomérations de moins de 200 000 habitants, commente Joël Lebreton, PDG de Transdev. Petit à petit, la “ville douce” que nous défendons depuis de nombreuses années gagne de plus en plus de terrain. »

  • Les résultats du palmarès des mobilités 2010

    Les résultats du palmarès des mobilités 2010

    Après la distinction de Nice l’an passé, qui sonnait comme une récompense pour le réveil des transports urbains après des années de tout routier, les grandes cités du transport urbain sont de retour sur les plus hautes marches du Palmarès des mobilités de Ville, Rail & Transports. Nous nous sommes basés cette année encore sur les chiffres 2009 de l’UTP, en pondérant ces données de faits plus subjectifs survenus en 2010. Le pass de Bronze revient à Lyon qui, malgré des mois compliquées sur le plan social, a lancé l’exploitation de son T4, les travaux de ses trolleybus C1 et C2 et le prolongement de la ligne B de son métro. Strasbourg reçoit l’Argent pour une politique des transports toujours plus volontariste : l’agglo la plus cyclable de France a lancé son VLS, teste des Prius rechargeables et continue de développer son réseau classique qui, avec 55,5 km de longueur commerciale, se revendique comme étant le plus long de France. Le pass d’Or revient à Rennes dont le métro ne désemplit pas et qui affiche la plus haute vitesse commerciale de France pour ses bus. L’ouverture des données publiques à Rennes pour la création d’applications smartphone est par ailleurs récompensée par l’un des nouveaux prix thématiques de ce palmarès, le prix Mobilité 2.0. Le palmarès crée un autre prix décerné aux agglomérations moyennes créatives qui revient à Roanne pour sa crèche en gare. La plupart des réalisations structurantes en milieu urbain sont liées au mode ferroviaire, notre palmarès ne s’en écarte pas, mais plus que des modes de transport, il récompense des politiques de mobilité. Dans cette logique, le grand prix des Régions, qui récompensait traditionnellement la qualité de l’exploitation ferroviaire régionale, n’est pas décerné cette année. Un nouveau palmarès VR&T, entièrement consacré au transport ferroviaire régional, sera lancé en avril, dans le cadre du salon Sifer.

     

     

     

    PASS D'OR : RENNES, LE RÉSEAU STAR DÉPLOIE SES AILES

     

     


    Rennes est une habituée des places d’honneur du Palmarès des mobilités. Récompensée en 1992, 1994, 2007 et 2009, Rennes reçoit cette année le pass d’Or du palmarès VR&T pour de très bons résultats en 2009-2010, associés à des efforts pour améliorer la qualité de l’offre.

     


    Ce n’est pas forcément plus, mais c’est mieux. En termes de fréquentation, en 2009 et 2010, le réseau Star de Rennes n’a pas connu de véritable explosion : 67 millions de voyages en 2009, soit 250 000 voyages en moyenne par jour. La capitale bretonne fait partie des agglomérations qui ont réussi à stabiliser « en bon père de famille » leur fréquentation et surtout leurs coûts de production dans un contexte de morosité de la mobilité. Avec 168 déplacements par habitant et par an, Rennes pointe à la cinquième place des réseaux français en termes d’utilisation des transports. L’agglomération bretonne a surtout travaillé à l’amélioration et à la fluidité de son offre, qui augmente en moyenne de 3 % par an. Et sur ce plan-là, cela décoiffe : en 2009, la vitesse moyenne de ses bus est passée à 19,2 km/h, de très loin la meilleure de France. On attend maintenant à l’échéance 2013 la deuxième tranche de l’axe est-ouest de site propre bus, qui devrait permettre aux lignes majeures du réseau d’atteindre la vitesse commerciale de 22 km/h. A la rentrée de 2010, l’agglo a renforcé les lignes de bus de 15 communes, diminuant les temps de trajet de 15 à 20 % et augmentant les fréquences, notamment sur la ligne 9, la plus chargée de l’agglomération (4 millions de voyageurs annuels), qui préfigure le tracé de la ligne B du métro attendue en 2018. Les trois lignes de bus (30, 32, 53) qui desservent les principales zones d’emplois ont par ailleurs été renforcées. Rennes reste une ville de métro, ce qui est un luxe au regard de la dépense publique (1 milliard d’euros au total pour la ligne B, pour laquelle Siemens vient d’être retenu pour fournir le système de transports), mais également pour la qualité des déplacements que le mode métro offre dans l’agglomération. Le métro est à tel point un succès que la ligne A commence à atteindre ses limites de capacité. La charge se situe autour de 5 000 personnes par heure de pointe et par direction sur le tronçon le plus chargé, ce chiffre s’élevant aux alentours de 6 000 aux périodes d’hyperpointe, alors que la capacité théorique actuelle est de 5 700. Pour faire face à cette croissance du trafic, l’acquisition de six nouvelles rames décidée cette année (+25 % de parc) doit permettre d’augmenter les fréquences. Ces nouvelles rames ne rentreront en service qu’en 2012-2013 pour des questions de rentabilisation des chaînes de montage. Dans les rames actuelles, il est par ailleurs prévu de réorganiser l’espace intérieur pour augmenter la capacité. En cumulant ces deux mesures, le gain possible de capacité est de l’ordre de 30 %, soit 7 500 personnes par heure de pointe et par direction. Selon les études, la ligne A devrait voir sa fréquentation croître de l’ordre de 30 % lors de la mise en service de la ligne B.

     

     

     

    PASS D'ARGENT : PIONNIÈRE DU TRAM ET DU VÉLO, STRASBOURG PRÉPARE SON TRAM-TRAIN

     


    Après les grands aménagements des deux décennies passées, Strasbourg peaufine ses réseaux, expérimente de nouvelles technologies de voitures propres et se lance tardivement dans le vélo partagé.

     


    La mise en service, le 27 novembre 2010, de la partie urbaine du projet de tram-train de l’agglomération de Strasbourg marque une étape importante dans les aménagements multimodaux voulus depuis 2001 par les deux dernières municipalités. Ce petit tronçon (moins de 1 km) d’infrastructures de la ligne C du tramway relie désormais la gare centrale à la rue du Vieux-Marché-aux-Vins. Il dédouble les capacités souterraines des lignes A et D dans le secteur le plus saturé du réseau strasbourgeois : avec un trafic supérieur à 20 000 montées et descentes par jour, la station enterrée de la gare constituait un point noir de l’exploitation aux heures de pointe. Fabienne Keller, maire (UMP) de 2001 à 2008, avait présidé aux premiers réaménagements à la surface de la place de la gare, où la ville accueille le TGV Est depuis 2007. Elle avait tenté de rendre la place plus adaptée aux déplacements des vélos et des piétons, et reléguant le trafic automobile sur deux boucles périphériques. Roland Ries (PS) a rendu la circulation automobile moins dangereuse, en lui accordant deux couloirs de circulation parallèles à l’opposé du bâtiment voyageurs de la SNCF. L’aménagement de la ligne C, lancé avant 2008, ne lui incombe pas vraiment, mais la réorganisation des dessertes existantes couronne le palmarès du maire de Strasbourg, président du Gart : avec 55,5 km de longueur commerciale, six lignes maillées et 69 stations, son réseau devient le plus long de France. La fréquentation quotidienne, 300 000 voyageurs, vient d’augmenter de 35 % en cinq ans.

    En attendant la réalisation complète du tram-train périurbain, dans les cartons des collectivités strasbourgeoises depuis plus de dix ans et prévue après 2015, le réseau strasbourgeois va se doter d’une extension vers l’est, à Kehl, la banlieue allemande de Strasbourg. Ce tramway qui franchira le Rhin grâce à 2,9 km d’infrastructures nouvelles s’inscrit dans la volonté municipale d’aménager le quartier du Heyritz, un territoire 250 ha, en cours de requalification urbaine, composé de friches industrielles et militaires et enclavé dans 250 ha entre le port et le centre-ville. Cette extension de la ligne D constituera « l’épine dorsale est-ouest d’un système de déplacements durable à l’échelle de l’Eurodistrict », selon Roland Ries et ses conseillers communautaires, auteurs d’une délibération synonyme de lancement du projet en septembre 2010. Le coût total des tronçons français et allemand s’élèvera à 57 millions d’euros, pour un début de chantier en 2011 et une mise en service en 2013. Roland Ries et les élus de la communauté urbaine ont également décidé de prolonger la ligne A du tramway vers le sud, au-delà du terminus actuel d’Illkirch-Graffenstaden. Ce projet correspond à 1 850 m d’infrastructures nouvelles, soit un budget de 32,5 millions d’euros pour un engagement des travaux en 2013.

     

     

     

    PASS DE BRONZE : LE RÉSEAU LYONNAIS POURSUIT SA PROGRESSION

     


    L’offre de transport augmente et reste diversifiée dans le tramway, le métro et les trolleybus. Et le public suit, avec une fréquentation en hausse de 3,2 % en 2010.

     


    Rares sont les villes qui, la même année, peuvent inaugurer 10 km de ligne de tramway et lancer la construction d’une ligne de métro. C’est pourtant ce qu’a fait Lyon en 2009 avec le nouveau tramway T4 reliant Vénissieux/Feyzin à Lyon 8e (10 km et 18 stations, près de 200 millions d’euros) et le prolongement de la ligne de métro B entre Gerland et Oullins (1,8 km, 222 millions d’euros). Au passage, on notera le rapport coût/tramway, qui est environ cinq fois moins cher que le métro. Un argument que ne se privent pas d’utiliser les tenants du tramway – la majorité municipale – dans le débat remis sur le tapis à intervalle régulier sur le choix entre métro ou tramway. C’est le cas pour le futur prolongement du tramway du nouveau quartier Confluence vers Gerland. L’opposition UMP, elle, verrait bien un métro, mais la cause semble bel et bien entendue en faveur du mode de surface.

    En attendant, le tramway T4 s’est imposé dans le paysage autant par sa qualité environnementale de “ligne verte” que par les services rendus. En un an de fonctionnement, T4 est passé de 25 000 voyageurs/jour à ses débuts à 33 000 aujourd’hui, soit 30 % d’augmentation de fréquentation. Et, selon Bénédicte Guénot, directrice commerciale et marketing des TCL (Keolis Lyon), « l’effet T4 n’est pas terminé ». Le petit dernier devance même son aîné T3 mis en service en 2006 sur la ligne Part-Dieu – Meyzieu ZI.

    D’une façon générale, la fréquentation du réseau lyonnais a enregistré une hausse sensible en 2009 avec 395 millions de voyages (+ 1,6 %). Cependant, le bilan aurait pu être meilleur sans les perturbations liées à des mouvements sociaux. La progression “corrigée” est ainsi estimée par les TCL à 2,5 % en 2009. Ce qui est confirmé pour les neuf premiers mois de 2010 avec une augmentation de la fréquentation qui atteint 3,2 % au 30 septembre. Par mode de transport, la progression est la plus élevée dans le tramway, alors qu’elle reste mesurée dans le métro et stable pour les bus.

    En revanche, au nord de Lyon, le bus s’ouvre un bel avenir avec deux nouvelles lignes de trolleybus dont les travaux ont été lancés lors de l’année écoulée. Coût : 78 millions d’euros. Les lignes C1 (8,4 km) et C2 (12,1 km), dont 3,5 km en commun, relient La Part-Dieu respectivement aux plateaux de Caluire et de Rillieux-la-Pape, en empruntant la montée des Soldats, un itinéraire congestionné aux heures de pointe. Le temps de transport devrait être réduit de 50 minutes (en voiture) à 33 minutes grâce à C2 avec ses allures de tramway sur roues bénéficiant d’un site propre, de la priorité aux feux et même d’un tronçon réservé avec barrières. La fréquentation attendue est de 28 000 voyageurs/jour pour une mise en service de C1 en janvier prochain. Celle de C2, d’abord prévue au printemps, est décalée à août 2011 afin de s’intégrer dans la mise en œuvre de l’ambitieux projet Atoubus.

    Ce dernier vise à redéployer à grande échelle le réseau de bus sur l’agglomération pour mieux répondre aux modes de vie actuels et aux enjeux de mobilité durable. Elaboré en 2009 par les services du Sytral et de Keolis, présenté aux communes et au public en 2010, Atoubus va faire l’objet des aménagements nécessaires et d’une campagne d’information au premier semestre 2011 pour un lancement en septembre. Son principe vise à hiérarchiser le réseau (26 axes structurants, 35 lignes complémentaires et 10 lignes de proximité) en simplifiant l’offre de bus et en la renforçant sur les principaux pôles d’activité.

    Le secteur des transports à Lyon en 2010 a été aussi l’occasion de révéler trois moments forts, à commencer par la reconduction de l’exploitant Keolis pour la DSP. Ensuite, le lancement, pendant l’été, de Rhônexpress (tramway rapide Part-Dieu – aéroport Lyon-Saint-Exupéry) avec deux caractéristiques : un tarif fortement augmenté (+ 46 %) par rapport à l’ancien système de navette par bus, et la première incursion de l’exploitant Veolia Transport en terres lyonnaises. Enfin, le 5e anniversaire de Vélo’V, mis en scène par l’artiste plasticien Ben, dont le succès n’a cessé de se confirmer au fil des ans. Mais le dispositif, aux conditions actuelles, semble avoir atteint ses limites. Ajoutons-y la généralisation de la zone 30 en centre-ville et l’extension du stationnement payant (de 22 000 à 32 000 places). Autant de conditions qui ont conduit les élus dont Jean-Louis Touraine, premier adjoint de Lyon, chargé des déplacements, à se féliciter « de la diminution de manière notable de la part de la voiture dans les déplacements des Lyonnais, soit 17 % de moins sur la Presqu’île ».
     

     

     

     

     

    LES PRIX THEMATIQUES :

     

    PRIX INTERMODALITÉ/ACCESSIBILITÉ : Le tram-train de Mulhouse, l’ambition d’un RER de surface

     


    Depuis le temps qu’il est annoncé, le voici enfin, le premier tram-train de France. Coup d’envoi à Mulhouse le 12 décembre. Directement connecté au tram urbain depuis le parvis de la gare centrale, il rejoindra Thann, à l’entrée de la vallée de la Thur, une zone de 50 000 habitants où la circulation automobile est particulièrement chargée. L’agglo et la région qui ont travaillé de concert sur ce projet de 150 millions d’euros y attendent quelque 10 000 voyageurs quotidiens. Depuis quelques mois déjà, se croisent en ville les Citadis jaunes du réseau Soléa et l’Avanto (Siemens) aux couleurs vives, qui effectue ses essais. Bimode, ce nouveau matériel s’adapte au voltage différent des deux réseaux, tram et SNCF. Les véhicules seront conduits par des agents SNCF ou Soléa, de bout en bout. Une absence de rupture de charge économe en argent et en temps tant pour les exploitants que pour l’usager. Au rythme d’un tram-train toutes les demi-heures, soit un peu moins que prévu en 2002 (on parlait de 20 minutes), les 22 km seront parcourus en quelque 40 minutes. Et dans la partie urbaine, les trams classiques s’intercalant, la cadence sera d’un quart d’heure. Côté TER, des dessertes renforcées pour offrir 45 allers-retours par jour jusqu’à Thann, au lieu de 23. Mais le mieux reste à venir, fin 2011, avec l’arrivée du TGV Rhin-Rhône : les horaires seront revus afin d’offrir un cadencement généralisé…


    Le détail qui change tout :
    Le projet s’accompagne d’un billet multimodal zonal (9 niveaux de prix) utilisable dans tous les modes (TER, tram-train, tram, car ou bus), à l’intérieur d’une zone géographique. Il préfigure ce que pourrait être une carte Orange en Alsace.

     

     

     

    PRIX MOBILITÉ DURABLE : la politique vélo de la CUB sur le grand braquet

     


    « L’Appel de Bordeaux » a été lancé par Alain Juppé au terme de Cyclab, la première rencontre internationale sur le vélo en ville, qui s’est tenue en février dernier à Bordeaux. Il promet la généralisation des choix et des engagements en faveur du vélo, avec pour idées fortes : une refonte du code de la route, l’intégration systématique du vélo dans les politiques urbaines et l’innovation industrielle. Une politique appliquée à la lettre par la capitale girondine, qui possède plus de 700 km de pistes et bandes cyclables reliant les 27 communes de la CUB et permettant de rejoindre les grands itinéraires cyclables départementaux. Les VCub, VLS bordelais lancés également en février (1 545 vélos, 139 stations) et gérés par les Tram et bus de la communauté urbaine de Bordeaux (TBC, Keolis), ont immédiatement fait un tabac. Un million d’utilisations étaient dénombrées début octobre, et la moyenne d’usages quotidiens est en constante progression : 4 800 en mai, 6 550 en septembre. La ville propose aussi 4 500 vélos gratuitement (sauf une caution) pour une longue durée, un service dont le succès est croissant. Une panoplie complète qui permet au vélo de représenter plus de 5 % des déplacements dans la CUB.


    Le détail qui change tout :
    C’est en seulement quelques années que Bordeaux est devenue une véritable ville où la petite reine est reine. La création en 2003 d’une maison du Vélo pour le prêt de bicyclettes était une première en France.

     

     

     

    PRIX INNOVATION : À Nice, on paye sans contact depuis l’été

     


    Bien sûr, l’opération débute, peu de Niçois sont déjà équipés d’un téléphone mobile NFC (Near Field Communication), l’objectif étant 3 300 appareils en circulation mi-2011. N’empêche qu’elle existe, que c’est une première en France et qu’elle donne satisfaction moins de six mois après son lancement. « Techniquement, tout est fonctionnel, précise Florence Barale, conseillère communautaire à l’innovation numérique Et la satisfaction des utilisateurs est là. Ils apprécient la simplicité, l’ergonomie et le fait de ne pas avoir besoin de monnaie ni de borne d’achat. » L’opération « Nice, ville du sans-contact mobile » permet de régler ses achats, dont les transports, avec le téléphone mobile ou une carte bancaire nouvelle génération. Le téléphone sert bien sûr à stocker ses tickets puis à les valider. Et Veolia Transport, opérateur de Lignes d’Azur, propose un bouquet de services “Cityzi” : horaires en temps réel et perturbations à un arrêt donné, parfois plan de quartier… Il suffit d’approcher le mobile d’une étiquette NFC (tag) présente sur 1 400 arrêts (1 800 à terme) du réseau bus et tram. Bilan fin octobre : 400 connexions aux cibles Cityzi, 3 800 aux Flashcodes, 15 300 demandes de SMS et 4 500 connexions au Web mobile. Pour Alain Philip, maire adjoint chargé des déplacements, « c’est très prometteur et dans la lignée de la ville intelligente que nous souhaitons promouvoir ».


    Le détail qui change tout :
    Pour que ce service soit accessible au plus grand nombre, des étiquettes Flashcodes (pour les smartphones) et un système d’information par SMS complètent le dispositif.

     

     

     

    PRIX NOUVELLES MOBILITÉS : Des bus express entre aires de covoiturage sur Albi – Toulouse

     


    Relier une ligne de transport collectif avec des aires de covoiturage, encore une première en France. Début mars, le conseil général du Tarn a lancé T’EX, une ligne de bus express qui va de Lavaur à Albi en desservant les aires de covoiturage de Gaillac/Brens et de Saint-Sulpice, sur l’A68 (Albi – Toulouse). Elle part toutes les 30 minutes aux heures de pointe et ne comporte que cinq arrêts, ce qui lui permet de relier Lavaur à Albi en 50 minutes (au lieu de 1 heure 20) et Saint-Sulpice à Albi en 35 minutes. « Comme ce sont des autocars modernes et confortables de dernière génération, leur consommation n’est pas plus élevée qu’une voiture de dix ans », soulignait de plus Jacques Pages, conseiller général, responsable des transports, le jour de l’inauguration. Les concepteurs de cette nouvelle ligne n’ont pas voulu opposer autocar et train. Déléguée à Veolia Midi-Pyrénées et à Gaillac Tourisme, la liaison T’EX s’appuie sur plusieurs correspondances avec les TER en gare de Saint-Sulpice. Le ticket coûte 2 euros comme sur tout le reste du réseau, le carnet de 10 voyages à est 15 euros et l’abonnement mensuel à 40 euros. Le coût annuel supporté par le conseil général du Tarn s’élève à 235 000 euros. Le département, qui a financé l’aire de Saint-Sulpice (78 places) et celle de l’échangeur autoroutier de Brens (60 places) projette l’aménagement de deux nouvelles aires aux échangeurs de Coufouleux et de Montans.


    Le détail qui change tout :
    Pas besoin de fiche horaire, la ligne assure un service régulier avec un départ toutes les demi-heures en heure de pointe, entre 6h30 et 9h et entre 16h40 et 19h10.

     

     

     

    PRIX AMÉNAGEMENT URBAIN : Angers, un pont rien que pour le tram

     


    Le huitième pont d’Angers est un ouvrage entièrement dédié aux modes doux. Entre le centre hospitalier universitaire, rive droite, et le multiplexe Gaumont, rive gauche, le tout nouveau pont Confluences est un franchissement de 271 m de long et 17 m de large au-dessus de la Maine et de la voie sur berges qui accueillera le futur tramway. Mais aussi les deux-roues sur une piste cyclable de 3 m de large côté amont (nord) et les piétons sur une emprise de 3 m de large également côté aval, avec une vue imprenable sur le centre-ville. Pour des raisons de sécurité, il peut toutefois être emprunté par des véhicules routiers en cas d’urgence, par exemple pour gagner le CHU. Ce pont de béton à charpente métallique a été dessiné par le cabinet d’architectes Lavigne-Cheron, et son impact visuel a été étudié en tenant compte des sept autres, datant de toutes les époques. Accessible depuis la mi-octobre et baptisé pont Confluences – parce qu’il est au cœur de la ville, entre la terre et la rivière, et que le territoire d’Angers est né de la confluence entre la Maine, la Sarthe et le Loir –, il se situe dans un espace intermédiaire. A quelques centaines de mètres du centre-ville, mais dans une zone appelée à s’urbaniser dans les prochaines années.


    Le détail qui change tout :
    Sur l’espace face au multiplexe, un vaste parvis situé entre le cinéma et la voie sur berges est largement réservé aux piétons. Un escalier leur permet d’accéder au pont. Un autre escalier, quelques mètres plus loin, permet aux promeneurs d’accéder directement aux rives de la Maine, après avoir enjambé la voie sur berges.

     

     

     

    PRIX AGGLOMÉRATION MOYENNE CRÉATIVE : Roanne, la première crèche en gare

     


    Exemple type de service “Arlésienne”, la crèche en gare ! Et pourtant elle est souvent citée en premier parmi les services qui paraissent à forte valeur ajoutée dans un tel lieu. Il y a presque dix ans, Connex (aujourd’hui Veolia Transport) tentait l’expérience outre-Manche avec deux structures, à Londres et à Brighton, sans succès. Et c’est finalement dans une agglo de taille moyenne, Roanne, que la première expérience française a été inaugurée le 23 août. Issue d’un appel à projets lancé en 2009 pour revitaliser 14 gares de la région, une mini-crèche, installée dans les 170 m2 de l’ancienne bagagerie, accueille une dizaine d’enfants de 1 mois à 4 ans, du lundi au vendredi, de 6h45 à 19h. C’est Garderisettes, société lyonnaise spécialisée dans les solutions d’accueil clés en main, qui s’est chargée de ce projet qui a coûté 210 000 euros, financé par la SNCF, la région, la ville et la communauté d’agglomération du Grand Roanne. D’autres projets sont à l’étude, notamment à Saint-Chamond (Loire) ou à Bischwiller en Alsace. Les crèches ou haltes-garderies en gare, bientôt un service “banal” ?


    Le détail qui change tout :
    Priorité d’accès est donnée aux abonnés du TER allant travailler notamment à Lyon ou à Saint-Etienne, et les horaires peuvent être élargis en cas de perturbations du trafic.

     

     

     

    PRIX MOBILITÉ 2.0 : Rennes Métropole met ses données de transport en accès libre

     


    C’est la première fois en France qu’une collectivité ouvre les données publiques de son réseau de transport, ainsi que les données d’informations pratiques géolocalisées de 1 500 organismes publics et associatifs. Depuis le 1er octobre, les informations de mobilité, le trafic des bus de la Star, l’infrastructure, l’accessibilité, la disponibilité des équipements tels qu’ascenseurs, stations vélos ou encore escalators, etc., ainsi que les données de localisation de lieux publics sont gratuitement mises à disposition des créateurs d’applications mobiles pour smartphones (http://data.keolis-rennes.com).

    Beaucoup de collectivités travaillent sur la mise à disposition de leurs données de transport ou de voirie, mais toujours en les verrouillant dans leurs propres applications mobiles. Rennes a fait le choix inverse, afin que les usagers puissent définir et créer eux-mêmes leurs propres applications de transport. Cela devrait stimuler les développeurs. D’autant qu’un concours de créativité est organisé jusqu’en avril prochain, doté de 50 000 euros de prix.


    Le détail qui change tout :
    Non seulement Keolis Rennes n’a pas fait de rétention d’informations, mais l’opérateur a aussi accompagné la collectivité en mettant en œuvre la plateforme d’accès aux données transports, en utilisant sa connaissance du voyageur, des besoins du citoyen et son expertise technique pour conseiller l’AO.

     

     

     

    PRIX VILLE ET AUTOMOBILE : Le Mans décide d’un meilleur partage de la rue

     


    A défaut d’un code national, Le Mans a choisi l’initiative locale, en publiant un code de la rue en avril dernier. Une démarche qui va dans le sens d’un meilleur partage de la voirie pour la sécurité de tous, motivée, il faut bien le dire, par l’incivisme des citadins : stationnement gênant et conduite dangereuse perdurent en ville. « On peut observer tous les jours que les usagers de la voie publique ne se respectent pas, expliquait alors Marc Deligny, vice-président aux circulations douces du Mans Métropole. C’est donc un rappel de quelques règles de convivialité. »

    Ce fascicule de vingt pages expose les règles de conduite en zone 30 ou piétonne, en zone « de rencontre » acceptant les voitures à 20 km/h et le stationnement réglementé (la ville en compte une petite dizaine), ou encore le fonctionnement des doubles-sens cyclables. Il ne s’agit pas un code de la route bis, le document n’a d’ailleurs pas de valeur juridique ou répressive. « La rue n’est pas une route. Trop souvent encore, nos rues ou avenues sont appelées des routes : route d’Angers, route de Tours, de Parigné, de Laval, d’Alençon, de Sablé… », relève le maire du Mans, Jean-Claude Boulard, dans les colonnes de Ouest-France. Début novembre, Rennes a formalisé le même type de charte.


    Le détail qui change tout :
    Le maire invite à plus de respect, en rappelant la « spécificité » de la rue, « lieu des usagers fragiles : piétons, cyclistes, usagers du transport collectif ».

     

     

     

    PRIX EUROPÉEN : Copenhague crée des autoroutes pour cyclistes

     


    A Copenhague, on compte plus de vélos que d’habitants ! 85 % des habitants possèdent au moins un vélo, et beaucoup confessent même en avoir plusieurs. Contrairement à la France, où le vélo sert plus pour les loisirs ou le sport, 60 % des cyclistes de la capitale danoise disent utiliser leur vélo pour se déplacer tous les jours. Les services municipaux communiquent toute l’année vers les nouveaux habitants pour les convaincre des bienfaits du vélo. Le 1,6 million d’habitants du Grand Copenhague bénéficie de 300 km de pistes cyclables entretenues avec soin (les pistes cyclables sont déneigées avant les routes !).

    Et ce n’est pas tout, cette année, le Folketing (Parlement danois) a décidé de consacrer 135 millions d’euros en appui aux communes de Copenhague, Arhus, Odense et Aalborg pour aménager des “autoroutes” cyclables, parfois dotées de 3 voies dans les deux sens, d’ici à 2014. Ces axes dédiés au vélo visent à convaincre les automobilistes qui ont entre 5 et 20 km pour se rendre à leur bureau. A Copenhague, selon le journal Jyllands Posten, 200 à 300 km de ces voies express pour cyclistes seraient en projet.


    Le détail qui change tout :
    On s’efforce aussi de créer des “ondes vertes” aux intersections à feux tricolores – comme pour les trams – calées sur un cycliste roulant à 20 km/h. Sinon, des contournements ou passages souterrains permettent aussi de ne pas s’arrêter aux carrefours.