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L’explosion du marché des villes
L’urbanisation à marche forcée de la planète, le renouveau des villes autour du développement durable, autant d’occasions de se développer pour l’ingénierie, au-delà du seul transport. L’ingénierie française peut en profiter pour se consolider…?ou pour rejoindre des groupes internationaux.En témoignent la création d’Artelia, la fusion d’Egis et d’Iosis, l’acquisition de Ginger par Grontmij…?Sans oublier l’inusable feuilleton Systra, au dénouement sans cesse repoussé. C’est un feuilleton pas toujours bon, à coup sûr bien long, qui ne passionne pas les foules mais qui a ses fans. Quel avenir pour Systra ? Deux propositions occupent le devant de la scène. L’une de la SNCF. L’autre de la RATP. Jean-François Bénard a remis son rapport le 14 juillet, recommandant au gouvernement la solution RATP. Il a reçu au moins l’aval de Dominique Bussereau et de Jean-Louis Borloo, tandis que la SNCF comptait notamment sur l’instruction du dossier par l’APE (Agence des participations de l’Etat) pour rattraper son handicap. Ce qui est sûr, c’est que la décision imminente parfois annoncée dans la presse se fait attendre. A la RATP, on reconnaît que « les pouvoirs publics continuent de réfléchir et n’excluent pas d’autres scénarios ».
Rappelons en attendant les propositions formulées. Le 3 décembre 2009, selon le rapport Bénard, Guillaume Pepy proposait dans une lettre à Pierre Mongin que la SNCF apporte à Systra Inexia (80 millions d’euros de CA estimés en 2010), Arep (49 millions), SNCF-International (20 millions), la RATP apportant pour sa part Xelis (15 millions). Les apports de la SNCF étant nettement supérieurs à ceux de la RATP, la SNCF devenait ipso facto majoritaire dans le champion national ainsi créé, dont elle devenait l’actionnaire industriel de référence. La proposition a ensuite été amendée, mais, pour la RATP, cela revenait à toujours à se voir offrir, nous dit-on, « un strapontin ». La SNCF se dotait ainsi d’une ingénierie sur le marché de la ville et des transports urbains, correspondant grosso modo au volet Keolis de son activité.La RATP a fait en mars 2010 une contre-proposition : elle achète les parts de la SNCF, apporte Xelis à Systra et s’allie à d’autres ingénieries françaises, à commencer par Setec, proposant, selon Jean-François Bénard, « une ingénierie pluridisciplinaire avec un accent mis sur la ville ». Proposition que l’on préfère résumer ainsi à la RATP : « La colonne vertébrale, c’est le transport urbain au service de la ville. »
La proposition de la SNCF a une force évidente. Elle permet de maintenir l’ensemble des activités de Systra (urbain et ferroviaire), tout en renforçant suffisamment le groupe pour atteindre rapidement une taille plus respectable sur le marché mondial. Une faiblesse : elle fait comme s’il n’y avait pas de problème majeur de gouvernance, et que la concurrence entre RATP et SNCF/Keolis pour l’exploitation de services de transport était indifférente à la question de l’ingénierie, bref, que les deux Epic pouvaient continuer à cohabiter…
La proposition de la RATP, beaucoup plus carrée sur la question du capital, règle franchement la question de gouvernance. Sa faiblesse : en faisant sortir la SNCF, on se prive de la majeure partie des compétences en ferroviaire et en grande vitesse. Certes, nous dit-on à la RATP, « nous n’avons jamais nié la double compétence (ferroviaire et urbain) de Systra ». D’où l’intérêt de Setec. Cependant, l’apport de Setec Ferroviaire ne peut évidemment pas compenser la défection de la SNCF. D’autant qu’on se prive aussi du savoir-faire de la SNCF comme exploitant, de l’interface exploitation/conception qui dans ses deux métiers, urbain et ferroviaire, fait la force de Systra par rapport à des groupes plus puissants.La bataille de Systra est majeure et va bien au-delà du chiffre d’affaires du groupe d’ingénierie. Car avec 280 millions d’euros de CA en 2010, même portés à 320 selon la proposition RATP ou à plus de 400 selon celle de la SNCF, on n’atteint pas le seuil parfois avancé de 500 millions pour peser sur le marché mondial. L’affaire Systra est importante parce qu’il s’agit de la nouvelle empoignade entre ses deux groupes publics, RATP et SNCF, chacun comptant bien sur la force de prescription d’une ingénierie prestigieuse pour faire progresser l’ensemble de ses activités.
Ce lien exploitation/ingénierie est un modèle national, éminemment respectable, que pratiquent aussi, remarque-t-on à la RATP, MTR (Hong Kong) et le groupe Deutsche Bahn. Mais il peut être aussi un handicap sur certains marchés où l’on apprécie au contraire une ingénierie indépendante qui puisse prescrire des solutions ouvertes.
On ne peut de toute façon pas résumer la situation de l’ingénierie de transports ou de la ville à la bataille pour Systra. Egis, jusqu’à présent filiale à 100 % de la Caisse des dépôts, vient de franchir une étape décisive en fusionnant avec le privé Iosis, selon une formule combinant participation des cadres référents et actionnariat public. Leader de l’ingénierie de la construction, le groupe se place résolument sur le marché de la ville, en associant les infrastructures. On a vu aussi cette année Coteba et Sogreah fusionner dans Artelia, en centrant leur stratégie sur les métiers de la ville. On a vu cette année encore Ginger être repris par le néerlandais Grontmij et venir grossir aussi un groupe d’ingénierie centré lui aussi sur les métiers de la ville et de la construction.
En regardant l’ensemble de ces mouvements, un des acteurs regrette que les auditions de Jean-François Bénard se soient limitées à la « technostructure hexagonale », se dit surpris par l’approche franco-française de Systra, et juge qu’il est temps de penser européen plutôt que de délirer sur le champion franco-français…
Quoi qu’il en soit, les métiers de la ville sont en pleine explosion. C’était déjà un des sujets de prédilection de Jean-Paul Bailly quand il était président de la RATP. Et c’est la RATP qui, en mars 2010, a synthétisé ce mouvement dans une note que résume ainsi Jean-François Bénard : « En 2010, la proportion de personnes qui habitent dans des villes a dépassé 50 %. Selon l’ONU, elle devrait atteindre 60 % en 2030 et 70 % en 2050. Dans ces conditions, les besoins en infrastructures sont considérables. (…) Or, nombre de villes de plus de 500 000 habitants ne disposent d’aucun système lourd de transport. Ce serait le cas, selon la note, de 30 % des agglomérations aux Etats-Unis, de 75 % en Amérique latine, de 85 % en Asie (hors Japon) et de 95 % en Afrique. » C’est sur cet énorme marché que les groupes d’ingénierie privés, publics, franco-français, franco-européens sont en train de se concentrer, et de se consolider.

Appel à projets TCSP : 6 milliards à financer, avec une enveloppe divisée par deux ?
Les collectivités ont rendu leur copie pour le deuxième appel à projets TCSP. Les projets totalisent 6 milliards d’euros avec une très forte participation des villes moyennes. Dans le précédent appel à projets de transport collectif en site propre de province (TCSP), 800 millions avaient été attribués à une cinquantaine de projets, dont 300 millions au titre du plan espoir banlieues. Cette fois-ci, des sources proches du dossier au ministère laissent entendre que la participation de l’Etat aux projets de TCSP en province dans le cadre du deuxième appel à projets de la loi Grenelle 2, clôturé le 8 octobre, ne devrait pas dépasser les 400 millions d’euros. Dominique Bussereau a indiqué, le mardi 12 octobre en commission élargie à l’Assemblée nationale, qu’il souhaitait « qu’environ 500 millions d’euros soient affectés au deuxième appel à projets ». Le secrétaire d’Etat au Transports aura-t-il cette latitude ? En tout cas, l’engouement des villes de provinces pour les TCSP ne s’est pas démenti. « Malgré la faible visibilité dont on dispose sur les finances publiques et sur la répartition des compétences transports, on constate que des villes de taille intermédiaire se lancent quand même dans des projets de TCSP », s’est réjoui le président du Gart, Roland Ries, dans une conférence sur les villes intermédiaires. Dans la liste des projets remis au ministère que VR&T publie – en exclusivité – dans son numéro du 20 octobre, on constate que le nombre de dossiers est proche de 80 dans 60 agglos et que l’enveloppe globale des projets présentés s’élève pratiquement à 6 milliards d’euros, c’est-à-dire le même montant que dans le précédent appel à projets. « Plus de dossiers, moins d’argent et des taux inchangés, on va vers un durcissement des conditions d’attribution », prédit un expert. Certes, le BHNS (et même le CHNS, car à haut niveau de service présenté par le conseil général de la Haute-Savoie et la ville d’Annecy ou le conseil général de l’Hérault), qui se présente en force (plus de 30 projets), est un outil moins onéreux. On notera d’ailleurs qu’aux côtés d’agglos « moyennes » comme Brive, Cannes, Chalon-sur-Saône, Chambéry ou le SMT de l’Etang-de-Berre, de grandes agglomérations font également ce pari : Marseille (3 lignes), Lille (3 lignes), Toulouse (4 lignes) ou Nantes (7 lignes). On note également au rang des projets moins coûteux les navettes maritimes proposées par Ajaccio, Lorient et Toulon. Mais les modes lourds sont bien présents dans la liste et ils représentent plus de 85 % du financement à apporter. Les tramways d’abord, avec les projets des grandes agglomérations : Lyon tente une nouvelle fois sa chance (4 lignes), ainsi que Bordeaux (4 lignes), Nice (2 lignes), Toulouse, Grenoble ou Strasbourg. On trouve également des projets dans les agglomérations intermédiaires, avec des créations de lignes dans des villes comme Aubagne ou Nîmes, ou des prolongements comme celui porté par le conseil général de l’Ain vers Genève (voie métrique) ou par l’agglomération d’Annemasse. Notons comme un signe des difficultés budgétaires de villes moyennes qu’une agglo comme Angers n’a finalement pas présenté sa ligne 2, faute de garanties financières. On trouve également dans la liste des projets de métro : Lille, qui va passer ses rames de 26 à 52 m sur la ligne 1 et devra modifier ses stations, et la ligne B de Rennes, plus important projet présenté. Il y a enfin le mode ferroviaire avec le tram-train du Médoc, celui d’Aubagne (voie de Valdonne). Et puis, il y a les sujets plus politiques : celui de la réouverture aux voyageurs de la voie ferrée Sathonay – Trévoux express en Rhône-Alpes, qui imposerait, pour être retenu, que ces voies sortent du réseau ferré national. Enfin, invité de dernière minute, il y a l’étonnant projet de RER entre Lille et le bassin minier Lensois porté par le Nord-Pas-de-Calais. Le début des travaux place théoriquement ce dernier projet en zone « non qualifiable ».
Le Gart demande plus d?argent pour l?appel à projets
Après la déclaration de Dominique Bussereau devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale évoquant un financement maximum de 500 millions d’euros pour le 2e appel à projets TCSP, le Gart est inquiet et réclame « l’égalité de traitement » entre les projets du 1er appel (810 millions d’euros de subventions, ndlr) et les 80 projets présentés au second appel. Selon son recensement, une cinquantaine de collectivités ont déposé des dossiers représentant plus de 500 km de lignes de TCSP pour un investissement proche de 8 milliards d’euros et une demande de financement dépassant 900 millions d’euros. Les élus rappellent « l’engagement du président de la République de mobiliser 2,5 milliards d’euros dans ces projets d’ici 2020. (…) Nous sommes, à ce jour, encore loin du compte ». L’association pointe aussi « la forte motivation des agglomérations de taille intermédiaire qui ont déposé une vingtaine de dossiers », principalement des BHNS, « pour le financement desquels le Gart s’était battu avec succès pendant les débats du Grenelle de l’Environnement ».
Orléans et le Loiret passent à la télébillettique
Son nom : Moda’Pass. Son usage : permettre la circulation sur le réseau interurbain du Loiret (Ulys) et sur les lignes urbaines de l’agglomération d’Orléans (réseau Tao). Présentée le 25 octobre, cette nouvelle carte sans contact interopérable sera utilisable dans les cars dès novembre, dans les bus et tram de la ville centre au 1er décembre. Les cars scolaires seront pour leur part équipés des valideurs ad hoc à la rentrée de septembre 2011. La carte est gratuite jusqu’au 31 janvier et rechargeable en ligne (www.ulys-loiret.com). Dommage tout de même que les deux autorités organisatrices, conseil général du Loiret et l’Agglo Orléans-Val de Loire n’aient pas songé à se rapprocher du conseil régional du Centre et de la SNCF, une interopérabilité avec les TER aurait sans doute été la bienvenue…
Le chantier de la ligne « Orbital » catalane se dessine
Le ministère espagnol du Développement vient d’adjuger à l’entreprise d’ingénierie « Equipo de Tecnicos en Transporte » (ETT) la conception de la ligne ferroviaire « Orbital » de l’agglomération de Barcelone. D’un montant de 1,3 million d’euros, le contrat concerne une liaison en grande partie nouvelle qui desservira en demi-cercle les contours de Barcelone. Partant de Mataró au nord, elle aboutira au sud à Vilanova i la Geltrú via Sabadell et Martorell. Prévu dans le plan global « Cercanías/Rodalies » 2008-2015, conclu entre le gouvernement de Madrid et la Generalitat (son équivalent catalan), ce projet doit aboutir à une ligne d’une longueur comprise entre 50 à 100 km (selon les tracés retenus). Elle sera réservée à un trafic banlieue qui ainsi évitera le centre encombré de la métropole.

Strasbourg lance son système sur mesure de location de vélos
Les trois premières boutiques Vélhop, le nouveau système de vélos en libre service imaginé par la mairie et la communauté urbaine de Strasbourg, ont ouvert le 23 septembre à proximité du centre-ville. 760 vélos ont été mis à la disposition du public, dans le cadre d’une offre de location avec retour obligatoire vers la station d’origine. Quatre agences supplémentaires ouvriront en octobre, portant le parc à 1 500 vélos. Le système de location en boutique se double d’une offre en stations automatiques, où des vélos légèrement différents, au cadre plus massif et équipés d’un antivol intégré, sont accessibles à un tarif privilégié pour les abonnés du réseau de transports en commun de la CTS. Le cahier des charges élaboré par un groupement constitué de Transdev, de la Compagnie des transports strasbourgeois et de l’association locale Vélo Emploi prévoit l’ouverture de vingt boutiques et stations automatiques d’ici fin 2011, réparties entre les communes de l’agglomération, et totalisant 4 400 vélos. Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, table sur « un million de locations en 2011 », malgré les contraintes liées à l’interdiction des trajets « one way » et l’offre réduite, la nuit, aux seules stations automatiques.
« Le système one way coûte trop cher. Nous visons un coût d’exploitation de 1 000 euros par an et par vélo, contre 4 000 euros dans les systèmes concurrents en place dans les grandes agglomérations », affirme l’élu strasbourgeois. Les effectifs de Vélo Emploi, qui assuraient déjà le fonctionnement un précédent service de location de vélos, passeront l’année prochaine de 8 à 16 salariés.
Les vélos choisis par l’agglomération strasbourgeoise sont fournis par le fabricant vendéen Intercycles, qui parie sur une originale transmission par cardan pour limiter les opérations de maintenance. Dotés d’un cadre aluminium, de trois vitesses dans le moyeu et de périphériques sécurisés par une visserie antivol, ils représentent un investissement unitaire de 350 euros. Le tarif de location varie entre 1 euro/heure en station, 5 euros/jour en boutique, 19 euros/mois pour les abonnés de la CTS et 151 euros/an pour tous publics. L’ensemble du système mobilisera 3 millions d’euros sur dix ans, à la charge de la collectivité.

La compétition entre les modes de gestion des réseaux est stimulante pour tous
« L’UTP est favorable à une vraie compétition entre les modes de gestion d’une part, et à une véritable concurrence entre les entreprises d’autre part si le choix de l’AO est celui de la délégation de service public (DSP). Elle estime en effet que cette compétition est stimulante pour les opérateurs et qu’elle s’effectue au bénéfice des clients : AO et passagers. » L’UTP représente à la fois les délégataires de service public (90 % de ses réseaux adhérents(1)) et les régies gérant les réseaux de transport public (10 % de ses réseaux). La gestion déléguée peut être confiée à des opérateurs privés ou à des partenaires de l’économie mixte, la gestion directe peut être effectuée par des régies directes ou sous forme d’établissement public et plus récemment par des SPL.
L’UTP est particulièrement attachée au principe constitutionnel de « libre administration des collectivités locales ». Elle s’était d’ailleurs battue aux côtés de Gilles Savary, alors parlementaire européen, pour que les autorités organisatrices (AO) continuent d’avoir le droit de choisir le mode de gestion de leurs transports publics lors des discussions sur le règlement européen sur les obligations de service public (OSP)(2).
L’UTP est favorable à une vraie compétition entre les modes de gestion d’une part, et à une véritable concurrence entre les entreprises d’autre part si le choix de l’AO est celui de la délégation de service public (DSP). Elle estime en effet que cette compétition est stimulante pour les opérateurs et qu’elle s’effectue au bénéfice des clients : AO et passagers.Il existe une vraie concurrence dans les transports publics
Contrairement à ce qui a pu être indiqué ici ou là, il existe une vive concurrence sur le marché des transports urbains. L’enquête annuelle réalisée par l’UTP en 2009 montre en effet que plus de 40 % des réseaux adhérents de l’UTP mis en concurrence entre juillet 2005 et juillet 2009 ont changé d’opérateur(3) (toutes classes confondues) ; six réseaux entre septembre 2009 et août 2010(4). La mise en concurrence n’implique toutefois pas forcément un changement d’opérateur et donne lieu, fréquemment, à de « sévères batailles » entre les candidats, ce qui a un impact significatif sur le niveau des offres de transport et/ou sur la prise en charge par l’opérateur de prestations ou d’investissements supplémentaires, notamment en matière de qualité ou de développement durable. Bernard Rivalta, président du Sytral, a d’ailleurs indiqué lors du dernier appel d’offres à Lyon que « le choix du délégataire avait été une épreuve cruelle au regard de la qualité des réponses ».
Rappelons en outre que les entreprises françaises sont certes bien représentées sur le territoire hexagonal, mais qu’il existe également d’autres opérateurs européens tels que CarPostal, filiale de la poste suisse, et Vectalia, filiale du groupe espagnol Siberbus, qui exploitent un nombre significatif de réseaux, notamment grâce aux succès qu’elles ont remportés en 2009… Sans compter la nouvelle entité « Arriva-DB », qui suit avec attention depuis plusieurs années les évolutions du marché français(5), les entreprises britanniques telles que First Group et bien sûr le Hongkongais MTR, déjà présent sur le marché européen…
La loi SRU de décembre 2000, puis plus récemment l’Autorité de la concurrence confirment par ailleurs la RATP comme un opérateur à part entière(6). Le Gart reconnaît également dans son communiqué de presse de juillet 2010 que « la concurrence s’est largement développée entre les différents groupes, comme en témoigne le changement d’opérateur dans un certain nombre d’agglomérations ».
Enfin, il convient de relever qu’aucune des enquêtes effectuées par l’Autorité de la concurrence en 2009 n’a abouti à l’observation de pratiques irrégulières, que ce soit dans l’urbain, dans l’interurbain ou dans le ferroviaire. Les récentes condamnations qui ont été prononcées en matière de concurrence ne sont d’ailleurs pas toutes définitives et concernent des faits anciens de plus de douze années.La compétition entre les modes de gestion doit être équitable et transparente
L’enquête de l’UTP citée ci-dessus relève que cinq réseaux ont changé de mode de gestion de 2004 à 2009.
Comme il a déjà été indiqué, cette compétition entre les modes de gestion est fondamentale pour l’UTP, encore faut-il toutefois qu’elle soit équitable et transparente.
Le rapport réalisé en 2005 pour l’Institut de la gestion déléguée (IGD) par Christian Babusiaux, président de la première chambre de la Cour des comptes, a ainsi relevé plusieurs domaines dans lesquels les « différences injustifiées sont nombreuses » entre les modes de gestion.
Pour n’en citer que quelques-unes, le mode de récupération de la TVA afférente aux biens d’investissement diffère entre modes de gestion dans certaines hypothèses ; le Fonds de compensation de la TVA (FCTVA) bénéficie aux collectivités publiques lorsqu’un service non soumis à TVA est exploité en gestion directe, alors qu’il n’en est pas de même en cas de DSP, les exonérations de taxe professionnelle et de l´impôt foncier sont très larges pour les AO, contrairement aux délégataires…
L’UTP compte donc sur l’IGD pour poursuivre ces travaux pour que des règles du jeu saines et impartiales soient établies pour permettre aux élus de comparer en toute transparence les modes de gestion et de prendre leurs décisions en connaissance de cause, le choix des autorités organisatrices devant toujours être motivé et demeurer réversible. Ces mesures sont d’autant plus urgentes que la compétition entre les modes de gestion s’intensifie en Europe.Le contrat, l’audit et l’évaluation sont nécessaires à la bonne gestion de tous les réseaux sans distinction de leur gestion, ce qui n’est pas sans coûts…
L’UTP se félicite que le règlement précité sur les OSP oblige désormais toute AO à passer un contrat pour une durée limitée avec son opérateur, sans distinction entre les modes de gestion.
La fin d’un contrat est en effet un moment privilégié pour la collectivité pour tirer le bilan de la gestion qui s’achève et pour mesurer si les résultats correspondent aux moyens engagés. La fin d’un contrat implique par ailleurs pour elle de s’interroger sur ses ambitions pour les années à venir et de lancer des débats approfondis sur l’organisation des transports et de la mobilité, dans le but de répondre le mieux possible aux besoins des passagers. Ces rendez-vous réguliers obligent fréquemment les collectivités publiques à débattre des options en matière de priorité pour les transports publics, concernant le partage de la voirie, le stationnement… qu’elles n’auraient pas forcément envisagées préalablement, ce qui est essentiel dans le cadre de la concurrence avec la voiture.
Par ailleurs, comme il a été indiqué, une réflexion approfondie préalable doit également être menée sur le choix du mode de gestion, d’autant que le règlement sur les OSP oblige les collectivités publiques, une année avant le lancement de la procédure de mise en concurrence ou l’attribution directe du contrat, à publier un avis indiquant le mode d’exploitation du nouveau contrat.
La prise de décision en matière de politique des transports publics oblige donc toute collectivité publique à procéder à des évaluations, ainsi qu’à réaliser des études et des benchmark, quel que soit le mode de gestion. Cela a forcément un coût non négligeable que les collectivités doivent dans la plupart des cas supporter.
Par ailleurs, rien n’empêche une AO qui aurait confié l’exploitation de son contrat à une régie ou à une SPL de s’appuyer ensuite sur un prestataire pour l’aider à piloter son contrat et vérifier que le coût et les performances de son service public se situent bien dans le marché des opérations similaires.
Une autre grande vertu des contrats est de permettre une séparation claire et équilibrée des rôles et des compétences de chacune des parties, ce qui facilite la prise de responsabilités. La rédaction d’un cahier des charges avec la fixation d’objectifs, de critères… est un gage pour les deux parties d’un meilleur respect des obligations de chacune et surtout la condition pour qu’une véritable évaluation puisse être effectuée chaque année. La distinction claire des obligations à la charge des deux parties est également une source de réflexions et d’initiatives plus intenses, le dialogue étant toujours plus riche et approfondi que le soliloque.
Si la définition du service public appartient à l’AO qui en définit les grands principes – politique des transports, tarification, notamment sociale… – et si les investissements sont réalisés par la collectivité, toute entreprise, quel que soit son statut, doit avoir des objectifs d’équilibre économique et doit être jugée pour les résultats qu’elle obtient. Ce sont en effet les obligations de service public qui sont compensées et non pas l’entreprise.Par Cyrille du Peloux, président de l’UTP
(1) Réseaux compris en dehors de l’Ile-de-France.
(2) Règlement 1370/2007 du 23 octobre 2007 sur les services publics de transport.
(3) Soit 21 réseaux sur 51 qui ont été mis en concurrence.
(4) Les réseaux de : Bayonne, Besançon, Chaumont, Obernai, La Roche-sur-Yon, Valenciennes.
(5) La DB a contesté les conditions de l’appel d’offres du réseau de Bordeaux.
(6) Elle a remporté l’appel d’offres de La Roche-sur-Yon en octobre 2009.
L’Ecoliner, un bus sans fuel et sans fils
Sur la voie de gauche de cette autoroute à six voies dans chaque sens (!) qui quitte Los Angeles en direction de l’Est, on roule vraiment plein pot sans aucune difficulté. Rien d’étonnant à cela : c’est la voie estampillée « Carpools only », autrement dit celle réservée aux véhicules qui transportent, outre leur conducteur, au moins un passager. Sur les cinq autres voies, voitures (et camions) avancent désespérément au pas. Avec, bien sûr, leur seul conducteur à bord ! Sous les cocotiers de Californie, le transport individuel (au sens premier du terme) semble vouloir encore se donner l’illusion d’avoir l’avenir devant lui…
Pourtant, les transports collectifs ne restent pas inactifs, loin s’en faut. A preuve, le réseau modèle de Foothill Transit, du groupe Veolia, qui dessert une superficie de 850 km2 incluant la partie est du comté de Los Angeles, autour des vallées de San Gabriel et Pomona, avec une incursion d’une trentaine de kilomètres vers le centre de la métropole. C’était la fameuse promesse de Los Angeles : « Vous travaillerez en ville et habiterez la campagne. » Mais le tramway interurbain construit a l’époque héroïque a vite fait faillite. Et n’a été que bien partiellement remplacé par un métro léger, certes ultramoderne, mais qui, toujours faute de crédits, s’achève encore au milieu de nulle part. « Dans ma voiture et sans bouchons, c’est bien ce qu’ont toujours voulu les Américains », déplore Doran J. Barnes, vice-président Transit Management chez Veolia et directeur exécutif de Foothill. « Une culture de l’autoroute a grandi en même temps que la ville de Los Angeles et, pour relever ce challenge, nous nous devions d’être vraiment très, très bons. »
Bons, assurément, les gens de Foothill le sont. Cet opérateur est reconnu comme l’un des plus performants aux Etats-Unis. Pareil résultat est pour partie attribué à un mode d’organisation considéré, sur un réseau d’autobus, comme unique dans ce pays, à savoir un PPP (Public Private Partnership) entre les 22 villes du comté de Los Angeles, secteur public, et Veolia, entreprise privée qui, par l’entremise de Foothill, assure un rôle d’exploitant confinant souvent à celui d’autorité organisatrice. Ce PPP a démarré en décembre 1988 à titre expérimental. « Rassemblant ainsi le meilleur du public et du privé, nous avons vite découvert qu’un tel modèle, dicté par le souci de satisfaire les clients mais également centré sur les résultats, pouvait se révéler extrêmement bénéfique pour la communauté », commente Doran J. Barnes. « Ainsi, à la différence du secteur public, nous sommes en mesure de mettre plus d’argent sur la table si nous savons que nous pourrons ensuite en gagner davantage encore. »
L’opérateur Foothill, qui dessert 33 lignes régulières, exploite un parc de 260 autobus, essentiellement des marques Nabi (North American Bus Industries) et Orion. La plupart sont récents, les plus anciens ayant à peine dix ans. Seuls 66 véhicules sont encore à plancher haut, et l’effectif des « articulés » s’élève à 30 unités. Mis à part les derniers 18 autobus diesel Gillig dont les jours sont désormais comptés, l’ensemble du parc utilise comme carburant le GNV (gaz naturel pour véhicules), auquel l’opérateur se dit très attaché. Le remisage et l’entretien s’effectuent dans deux dépôts, Pomona et Arcadia, ouverts respectivement en 1997 et 2002. Foothill transporte 14 millions de voyageurs par an. Avec la crise économique, ce trafic est hélas en chute de 10 % sur les deux dernières années…
En mars dernier, le premier « Ecoliner » est arrivé. C’est le tout nouvel autobus électrique que le constructeur américain Proterra appelle « EcoRide BE-35 », et qui est fabriqué à 80 % aux USA. Sa particularité réside à la fois dans la rapidité de sa charge (à peine dix minutes) et dans son autonomie (plus de 60 km). C’est en poursuivant un programme de recherche sur les autobus à pile à combustible subventionné par l’Etat américain que Proterra en est tout naturellement venu à développer ce projet en partenariat avec l’université de Clemson. Deux autres Ecoliner sont arrivés en Californie depuis et, le vendredi 3 septembre, le premier service régulier était officiellement inauguré. « C’est le bus le plus cool que j’ai jamais vu dans ma vie ! », s’enthousiasmait à l’inauguration David Dreier, représentant au Congrès. « Quand je pense qu’il aura mis moins de temps à se recharger que, ce matin même, mon rasoir électrique… »PORTRAIT D'UN AUTOBUS PAS COMME LES AUTRES
Dix minutes d’arrêt pour la charge de ses batteries, et l’autobus redémarre avec 50 à 70 km d’autonomie ! Aux vitesses commerciales pratiquées, il peut ainsi fonctionner pendant environ trois heures, avant de devoir être à nouveau rechargé. Ces simples chiffres se suffisent à eux-mêmes pour jauger de l’importance du saut technologique accompli. Le nouvel EcoRide BE-35 que son constructeur, l’américain Proterra, compare volontiers à un « trolleybus sans fil », concrétise bien une petite révolution dans la recherche de l’autobus idéal « à zéro émission ». Outre ses performances exceptionnelles, ce véhicule se distingue par l’extrême célérité avec laquelle ses batteries lithium-titane peuvent être chargées et la non moins extrême facilité avec laquelle l’opération est menée. Le conducteur se contente… de conduire ! Pas de « plug-in » comme sur les désormais classiques petits véhicules électriques, autrement dit aucune manipulation de câble, et pas davantage de prise à raccorder. A la faveur d’un arrêt qui peut être, par exemple, le stationnement au terminus, le système de charge rapide se met automatiquement en fonctionnement. Avant même que le véhicule ne se soit immobilisé à l’emplacement habituel, le long du quai ou du trottoir, pour permettre l’échange de voyageurs, une potence installée à cet endroit a déjà identifié la présence d’un véhicule EcoRide. Les tolérances sur les trajectoires d’approche sont suffisamment larges pour que cette potence puisse être installée pratiquement en n’importe quel endroit de la ligne. La « tête chercheuse » qui équipe la potence descend alors en direction de la toiture en se guidant d’elle-même vers les bornes de charge qui s’y trouvent. Une fois le contact établi, la charge peut commencer. Quand celle-ci est terminée, la tête « décolle » de la toiture et vient se repositionner, tout aussi automatiquement, dans sa position de repos. Et dans l’opération, le conducteur n’a rien eu à faire… Si le processus complet (avec l’approche de la tête, l’établissement du contact et le retrait) dure bien dix minutes, le temps de charge stricto sensu, lui, n’excède pas, en réalité, six minutes, ce qui en dit long sur la capacité du système…
Or l’EcoRide BE-35, en termes de positionnement sur l’échelle de capacité des véhicules routiers de transport en commun, n’est nullement un « mini », ni même un « midi », mais bien un « standard » au gabarit américain de 35’ (35 pieds de long, soit pratiquement notre précédent standard français de 11 m), et qui peut transporter 68 voyageurs avec un maximum de 37 assis ! Il s’agit donc indubitablement d’une première mondiale avec un autobus qui, de surcroît, n’a plus rien d’expérimental, puisque les trois autobus mis en service régulier par Foothill, le mardi 7 septembre, sur la ligne 291 qui relie La Verne à Pomona, ne se différencieront normalement pas des neuf autres que l’opérateur a d’ores et déjà commandés en option.
L’EcoRide BE-35 est un autobus à deux portes et plancher surbaissé, dont la caisse fait très largement appel aux matériaux composites. Du coup, il est de 20 à 40 % moins lourd qu’un véhicule classique (sa masse n’excède pas 10,9 t), plus résistant au crash, et il devrait aussi se distinguer par une longévité supérieure d’au moins 40 % ! En plus, les matériaux composites ne conduisent pas l’électricité comme les métaux, ce qui se révèle toujours très intéressant dès lors qu’il s’agit d’un véhicule « pur électrique » (on connaît, en effet, l’importance des dispositions constructives à prévoir sur les trolleybus pour s’assurer que leur structure demeure en permanence au potentiel de la terre…). Les batteries, qui représentent inévitablement un poids relativement important, sont très intelligemment positionnées non sur la toiture mais à hauteur du soubassement, le long des faces latérales. Ce choix, combiné avec le recours à une caisse composite, permet d’avoir un centre de gravité exceptionnellement bas, facteur bien évidemment d’un excellent comportement dynamique, d’autant que la suspension avant est indépendante. Le « design » de cette caisse tout en rondeurs a été voulu drôle, sympathique et reposant. « Il y a beaucoup d’influence française dans ce bus », s’amuse Dale Hill, président de Proterra, citant notamment le design extérieur, mais aussi la suspension ou encore le tableau de bord. En 2002, Dale fit un passage de neuf mois chez Irisbus, à Vénissieux, et avoue aujourd’hui avoir été « un bon étudiant »…
Les batteries lithium-titane de l’EcoRide se composent de modules de 23 V regroupés en conteneurs de huit unités conçus pour s’insérer parfaitement dans la structure composite du plancher elle-même dessinée pour eux, tout en optimisant en même temps la répartition des masses. Le « pack » de batteries ne devra être changé qu’une fois dans la vie du véhicule. Sa propulsion fait appel à un unique moteur de traction UQM Power Phase de type triphasé synchrone à aimants permanents (sans doute le nec plus ultra en matière de motorisation à l’heure actuelle), qui développe une puissance unihoraire de 150 kW pour 100 kW en régime continu, et génère un couple de 650 Nm. Il confère à l’autobus une remarquable capacité d’accélération, les 30 mi/h (environ 50 km/h) « départ arrêté » étant atteints en un temps de 5,6 s. Monté à l’arrière gauche parallèlement à l’axe du véhicule, ce moteur est couplé à une transmission Borg-Warner avec boîte ZF à trois vitesses tout nouvellement conçue pour satisfaire aux exigences des applications « transport urbain » de Proterra. Cette transmission permet au moteur de travailler dans une plage de rendement de 92 à 95 %, et ce aussi bien en mode « traction » qu’en mode « freinage par récupération ». Et si l’EcoRide BE-35 se veut avant tout un véhicule « pur électrique », il a néanmoins été conçu, dès l’origine, pour pouvoir être équipé, si nécessaire, d’un groupe thermique d’autonomie pour la recharge du système électrique de stockage de l’énergie. Cette disposition conservatoire permettra à des réseaux qui choisiront cette option d’exploiter aussi leurs véhicules sur des lignes dépourvues de poste de charge.Compte tenu de ses aptitudes et de ses performances, cet autobus se démarque donc assez significativement des véhicules hybrides (et a fortiori diesel), fussent-ils les plus récents et les plus perfectionnés du marché. Sur le seul plan des économies réalisées par rapport à la non-utilisation de carburant fossile, les résultats des tests pratiqués par le centre d’essai et de recherche « autobus » d’Altoona montrent que l’EcoRider est déjà 500 % meilleur que n’importe lequel de ses homologues diesel ou hybrides. A partir de l’ensemble des données fournies par Altoona, le constructeur s’est amusé à calculer quel serait l’impact global de la mise en service, au niveau national, de 10 000 de ses autobus BE-35, étant entendu que les seuls trois plus gros réseaux des Etats-Unis représentent déjà un parc total supérieur à 12 000 unités. En prenant comme hypothèse une durée de vie de l’autobus égale à douze ans (valeur visiblement minorée compte tenu de la longévité escomptée), l’opération se solderait par l’économie de 37 millions de barils de combustible diesel. Même avec les projections les plus raisonnables sur l’évolution future du différentiel de prix, aux Etats-Unis, entre le fuel et l’électricité, il apparaît ainsi que les opérateurs gagneraient facilement 430 000 dollars (environ 547 000 euros) par véhicule, soit, pour le parc des 10 000 unités, 4,3 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros) ! En toute rigueur, et sans nier leurs fondements, il conviendrait toutefois de s’interroger sur les limites de ces calculs, dont on ne voit a priori comment ils pourraient intégralement refléter l’origine et le coût énergétique du kWh produit à la centrale, ni même prendre en compte les pertes intermédiaires jusqu’aux batteries. Cela dit, côté émissions polluantes, on éviterait aussi le rejet dans l’atmosphère de 17 millions de tonnes de dioxyde de carbone…
A l’évidence très performant vis-à-vis de l’économie en carburant, et de surcroît totalement respectueux de l’environnement, le nouvel autobus devrait se distinguer aussi par la sobriété de sa maintenance. La raison première réside dans l’absence de motorisation thermique et l’utilisation d’un moteur électrique à aimants permanents, avec peu de pièces en mouvement, qui offre la plus forte puissance massique sous un faible volume et une masse très réduite. Ce moteur devrait avoir la robustesse nécessaire pour garantir une longévité au moins égale à celle du véhicule. Comme plus de 90 % de l’énergie de freinage sera récupérée pour être stockée sous forme électrique dans les batteries, les freins à disques, présents sur toutes les roues, ne devraient guère être très sollicités, d’où une moindre usure et moins de remplacements. Enfin, l’EcoRide BE-35 n’est pas le premier autobus à recourir aux matériaux composites pour sa structure de caisse, aussi le retour d’expérience existe-t-il déjà en ce domaine : les réparations de carrosserie sont généralement 80 % moins chères qu’avec l’acier, et la durabilité comme la résistance aux chocs sont supérieures. Au total, les économies réalisées sur la maintenance d’un véhicule pendant sa durée de vie devraient se situer, selon le constructeur, dans la plage des 75 000 à 150 000 dollars. Quant au coût d’acquisition du nouvel autobus de 35 pieds, à 1,2 million de dollars (environ 950 000 euros), il équivaut, selon Kevin McDonald, directeur des opérations à Foothill, au double de celui de l’un de ses autobus GNV de 42 pieds (12,80 m). Sur une commande d’une centaine, Jeff Granato, directeur général de Proterra, anticipe un prix de 900 000 dollars, soit deux fois celui d’un autobus diesel de même longueur…
DIX MINUTES POUR DEUX TOURS
Simple en apparence, la procédure de chargement rapide des batteries sans aucune intervention du conducteur est, en réalité, la juxtaposition de plusieurs phases successives qui ont chacune nécessité le développement de systèmes « high-tech » aux seules fins de réaliser un interfaçage parfait entre le véhicule et le poste de charge. Lorsqu’un EcoRide BE-35 approche de la potence du poste, il est d’abord identifié par elle. Un dialogue radio sous forme de transmission de données s’établit entre le poste et le véhicule dont la vitesse se trouve alors automatiquement limitée. Grâce à un dispositif ultrasonique de mesure des distances, la potence reconnaît en premier lieu la position de la toiture du véhicule. Dans un deuxième temps, elle localise avec plus de précision des éléments caractéristiques comme la casquette de pavillon, certains équipements en toiture et, bien sûr, la future cible d’atterrissage de la tête de charge, tout en s’assurant, par de multiples contrôles, qu’ils vont tous s’inscrire peu à peu dans les bonnes « fenêtres » de positionnement en vue de pouvoir respecter les tolérances finales. Lorsque le véhicule est enfin parfaitement positionné pour permettre l’atterrissage de la tête, il est automatiquement stoppé, et celle-ci descend sur de courts rails de guidage solidaires de la toiture du véhicule. L’autobus avance alors automatiquement de quelques centimètres, et la tête désormais matériellement guidée s’enfonce pour venir se positionner exactement sur les contacts électriques, ce qui va provoquer successivement l’immobilisation du véhicule, la sortie des brosses de contact, le début de la charge effective et l’ouverture des portes afin de permettre l’échange de voyageurs. Une fois le chargement des batteries terminé (le système est en mesure de les charger de 0 à 95 % de leur capacité, les 92 % étant atteints dès les six minutes mais les 60 % suffisant généralement), les brosses se rétractent dans leur logement, la tête décolle de la toiture, et le conducteur peut « reprendre la main », autrement dit quitter son arrêt après avoir fermé ses portes, repartant ainsi pour 60 km. En pratique, le véhicule pourra faire deux « tours » sur la ligne 291 avant d’être rechargé. Le plus impressionnant demeure que l’ensemble de l’opération n’aura pas duré dix minutes…Les chargeurs rapides mis en œuvre dans l’application Foothill proviennent de la firme américaine AV Aerovironment, leader en ce domaine, mais aussi grand spécialiste des drones (avec, pour l’un de ses avions sans pilote généralement utilisés dans les armées, un record mondial d’altitude à près de 100 000 pieds !). La charge s’effectue en courant continu, sous une tension de 300 à 400 V (mais on pourrait aller jusqu’à 600 V), et avec une intensité pouvant atteindre les 1 100 A. Compte tenu des courants forts ainsi générés, des protections performantes existent au niveau du poste de charge afin que la disjonction intervienne pratiquement dans l’instant d’apparition d’un défaut.

Les voleurs de cuivre en accusation
Une quarantaine par semaine : la SNCF accuse les vols de cuivre d'être la première cause d'irrégularité des trains. RFF y voit « l'une » des premières causes. Les grands moyens s'imposent. Guillaume Pepy l’a assuré aux journalistes, le vol de câbles serait la principale cause de détérioration de la régularité des trains de la SNCF. De quoi l’inciter à pousser « un coude gueule » contre ce phénomène qui a pris une « gigantesque ampleur ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2 100 vols de plusieurs centaines de mètres à chaque fois, enregistrés en douze mois, soit une quarantaine par semaine.
Dans certaines régions, comme le Languedoc-Roussillon, on en recense en moyenne près de deux par jour, soit quatre fois plus en 2010 que l’année précédente. En tête, on cite également les zones périurbaines, les régions frontalières et la région lyonnaise. Et le phénomène gagne les campagnes.
Les répercussions peuvent à chaque fois être considérables et les conséquences sur les voyageurs « énormes ». Car une fois le vol détecté et les trains immobilisés pour raisons de sécurité, il faut encore compter quelques heures pour identifier l’endroit exact où le vol a été effectué avant de réagir.
Ce fut le cas dernièrement près de Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne : un vol a occasionné quelque 36 heures de fortes dégradations sur le trafic, touchant un millier de trains… Et on se souvient de la multiplication d’importants retards de trains Eurostar, Thalys et TGV Nord dus à l’absence de signalisation sur dix kilomètres à la suite d’un vol de câbles. À chaque fois, des milliers de personnes se trouvent bloquées.
C’est devenu, insiste le président de la SNCF, un « phénomène explosif », qui concerne d’ailleurs aussi les autoroutes, le périphérique, RTE (Réseau de transport d’électricité)… Et comment, pour la seule SNCF, surveiller à toute heure du jour et de la nuit quelque 33 000 km de lignes ?
Ce travail fastidieux est mené avant tout par la gendarmerie et la police, afin de remonter les filières de revente du cuivre, pour l’essentiel via des réseaux de ferrailleurs difficiles à pénétrer.
Il n’y a pas de hasard, comme l’a précisé Pierre Izard, directeur général SNCF Infra, branche qui s’occupe de la gestion des infrastructures : « Le rythme des vols est corrélé, à quinze jours près, à l’évolution du cours du cuivre ». En un an, la hausse des cours représente plus de 33 %.
Si la SNCF estime la facture à plusieurs dizaines de millions d’euros, « le véritable problème, c’est que ce phénomène est en train de saper les efforts pour améliorer le service, à un moment où nous nous inquiétons déjà de la capacité du réseau à supporter l’ambition que nous portons sur les trains de la vie quotidienne », souligne Guillaume Pepy.
À Réseau ferré de France, le propriétaire du réseau, qui règle le montant des réparations qu’il faut effectuer, on veut préciser que le vol de câbles est « l’une » des principales causes de la détérioration de la régularité. Et on rappelle que le problème n’est pas nouveau. En 2008, en commun avec la SNCF, il a été décidé de mettre « en sûreté de proximité » une trentaine de parcs de stockage de matériel, dont les câbles. Ce sont les sites les plus menacés. Mais si cela a « endigué les vols sur les sites protégés », cela a aussi suscité un transfert des vols sur les lignes elles-mêmes, précise Francine Keravel, responsable pour RFF du programme d’investissements sûreté sur l’ensemble de l’infrastructure.
Début 2009, RFF a également demandé à la SNCF de « prendre des mesures immédiates en marquant les câbles, afin de permettre de mieux remonter les filières des malveillances ». Et préconisé d’utiliser autant que possible de l’aluminium plutôt que du cuivre, notamment pour « les câbles de retour traction ». Quant aux mesures immédiates, la mise en place d’un « ancrage » des câbles doit permettre, si l’on tente de les tirer, de n’en soustraire qu’un petit morceau, d’une part, et d’autre part le marquage des câbles neufs doit en assurer la traçabilité. Des dispositifs dissuasifs pour les trafiquants. À plus long terme, des recherches technologiques sont en cours pour trouver d’autres technologies que le câblage avec du cuivre.
Dès maintenant, le président de la SNCF a évoqué le renforcement de la surveillance des lignes. Parmi les pistes qu’il préconise : le marquage des câbles avec des dispositifs de géolocalisation (puces RFID, GSM) pour voir plus rapidement où s’est produit le vol, voire suivre les voleurs à la trace, des caméras de surveillance sur les chemins de câbles, l’utilisation d’hélicoptères munis de détecteurs infrarouges ou même, dans le futur, de drones – mini-avions sans pilote – au-dessus des voies. Un petit air de science-fiction.
A Rennes, le big bang de la donnée publique
Beaucoup de collectivités travaillent sur la mise à disposition de leurs données de transport ou de voirie, mais toujours en les verrouillant dans leurs applications mobiles. Rennes estime au contraire qu'il faut libérer les données. Cela se passe à Rennes, et c’est le premier acte d’une révolution numérique pour les collectivités locales. La ville et la communauté d’agglomération ont rendu libre, le 1er octobre, l’accès à une série de données publiques concernant le transport, la voirie et les équipements publics. But de l’opération : susciter une inspiration qui permette de créer de nouveaux services passant par des applications mobiles sur smartphone. « Ce n’est plus l’institution qui du haut de son piédestal dit voilà comment je comprends vos besoins et voilà le service que je mets en face. C’est l’usager qui va potentiellement créer le service public dont il aura besoin en matière de mobilité. On démultiplie la possibilité de développement de ces services liés à l’usage de la ville », s’enthousiasme Xavier Crouan, directeur de l’information et de l’innovation numérique de Rennes.
Suite à l’ouverture en mars des données du vélo en libre-service, il existe déjà une dizaine d’applications à Rennes. Un balbutiement. Car ce qui est intéressant n’est pas la donnée isolée, mais le croisement des données. A la base de toutes les applications mobiles évoluées, il y a une géolocalisation, une cartographie et des données contextuelles plus ou moins étoffées et interactives. On disposera sans doute bientôt à Rennes d’une application permettant de calculer en temps réel le meilleur itinéraire intermodal, en prenant en compte la disponibilité des vélos en libre- service, la cartographie des pistes cyclables, les horaires des transports en commun, l’accessibilité des stations, le fonctionnement des escalators et autres ascenseurs.
Un simple gadget pour geeks et autres accros à la technologie ? Pas si l’on considère que d’ici à 2012 la moitié des téléphones mobiles français permettront l’accès à l’Internet mobile et que 80 % de l’usage de l’accès à l’Internet devraient se faire par téléphone mobile d’ici à 2015. « C’est une tendance lourde, on cherche des informations de plus en plus géolocalisées dans un contexte de mobilité », indique Xavier Crouan.
La libération des données part également du constat que les créateurs d’applications prennent les données là où elles se trouvent. « Imaginons que quelqu’un décide de créer une application à partir des données du Vélo Star en les récupérant sur le site de Keolis. Si le site change de format, cette appli ne marchera plus et, quelque part, on sera tenus pour responsables car il s’agit de nos données », souligne Noël Philippe, directeur général des services urbains de Rennes Métropole. En proposant sa propre base de données (son « entrepôt »), Rennes garantit de donner une information pérenne sous un format informatique stable. Pour accélérer le processus de création de services, la ville a lancé le 1er octobre un concours doté de 50 000 euros récompensant les meilleurs services développés à partir de ces bases de données (cinq prix différents décernés). Rennes cherche maintenant a entraîner dans son sillage d’autres partenaires institutionnels, à commencer par la région (pour les horaires des TER et SIG) et le conseil général (bus Illenoo). Les gestionnaires de parkings (Citédia) et de l’info-circulation (Dor Breizh) sont également dans la ligne de mire, ainsi que toutes les entreprises de réseau (la Poste, EDF…). Mais tous ne vont pas au même rythme dans cette ouverture numérique.
Car derrière tout cela se pose la question centrale, angoissante pour les collectivités, du devenir de ces données lâchées dans la nature. Première règle, qui est également une loi : les données personnelles n’ont pas vocation à être libérées. Deuxième règle, une autre série de données ne peut être libérée pour des raisons de sécurité. « On ne va évidemment pas donner les plans des canalisations de gaz ou d’eau », assure Xavier Crouan. Enfin, un certain nombre de données, actuellement vendues, si elles étaient libérées, seraient aspirées par les moteurs de recherche, déstabilisant au passage des professions qui en font le commerce, les géomètres par exemple. Il y a par ailleurs le débat presque philosophique sur l’enrichissement des bases de données. Faut-il, dans l’esprit d’Open Street Map, autoriser l’ajout de couches d’information aux données cartographiques ? Les porteurs du projet rennais d’ouverture sont évidemment pour. Les services techniques seront peut-être plus mesurés.
Guillaume LEBORGNE