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  • Nantes met la Semitan au régime

    Au cours de la délégation de service public écoulée, l?opérateur des transports publics nantais, la Semitan, a eu sérieuse tendance à l?embonpoint. Ses coûts de production ont explosé Plus 42% de charges entre 2001 et 2008 pour seulement 18 % de recettes supplémentaires. Au cours de la délégation de service public écoulée, l’opérateur des transports publics nantais, la Semitan, a eu sérieuse tendance à l’embonpoint. Même si le réseau nantais est passé de 85 millions à 115 millions de voyageurs et que l’augmentation des tarifs a été faible, les coûts de production de l’opérateur ont explosé. Nantes métropole a néanmoins choisi de reconduire la société d’économie mixte qui exploite son réseau pour sept ans à compter de 2010, mais en fixant à sa gourmande SEM des objectifs de sobriété. « Au fil de l’eau, nous augmentions de plus de 7 % par an la contribution de Nantes métropole », explique le vice-président de Nantes métropole, Jean-François Retière. « Pour la nouvelle, nous avons mieux cadré cette évolution. Le nouveau contrat prévoit une hausse annuelle limitée à 2,5 % Ce qui nous ferait passer de 85,4 millions d’euros en 2010 à 93,8 en 2016. » La Semitan s’est dans un même temps engagée à améliorer la fréquentation de son réseau de 20 % et de passer ainsi de 115 à 134 millions de voyages annuels entre 2010 et 2016. La Semitan mettra en place une billétique avec post-paiement visant à inciter les clients « occasionnels réguliers » à emprunter plus souvent les transports en commun. L’offre de transport sera par ailleurs renforcée : 1,5 million de kilomètres supplémentaires seront proposés aux usagers nantais. Nantes va réorganiser son réseau : un million de kilomètres vont être supprimés sur des dessertes locales peu fréquentées, tandis que 2,5 millions de kilomètres seront ajoutés sur des nouveaux itinéraires. Dix nouvelles lignes structurantes de Chronobus (avec des systèmes de couloirs et de passage prioritaire aux carrefours) seront ajoutées, qui visent chacune entre 10 000 et 12 000 voyageurs par jour. Par ailleurs, un appel d’offres pour 8 nouvelles rames de tramway (+ 4 en option) va être lancé pour pouvoir passer les fréquences du tram de 5 à 3 minutes en heure de pointe.
     

    Guillaume LEBORGNE

  • La grande vitesse en France est la moins chère d’Europe

    Sur les tarifs ferroviaires en Europe, sur leur comparaison avec le prix du train en France, on entend régulièrement tout… et son contraire. Les conclusions confidentielles de l’étude que nous nous sommes procurée présentent un intérêt tout particulier. Réalisée par le cabinet Ernst & Young, à la demande du Medad, le ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, entre janvier et novembre 2008, elle prend en compte 11 pays européens. Soit l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni. Dans ce panel, la Pologne se distingue comme représentant des anciens pays de l’Europe de l’Est, où les tarifs restent bas, alors que les autres pays ont un niveau de pouvoir d’achat comparable à la France. Cela pourra apparaître à certains comme une surprise, au lendemain de l’annonce de la hausse de 1,9 % des tarifs TGV en 2010 : il n’en demeure pas moins que la France se situe, pour les tarifs des trains à grande vitesse sur longue distance, dans le groupe des pays qui pratiquent les prix les plus bas. Devant elle, l’Italie, qui doit être au printemps prochain la première à débarquer dans l’Hexagone. En ce qui concerne les lignes classiques, la moyenne des tarifs européens est 23 % plus élevée que la moyenne française. La France décroche même la première position sur longues distances LGV, à parité de pouvoir d’achat, pour les voyageurs fréquents dotés d’une carte de réduction, juste devant l’Italie. Voici les principaux détails de cette étude.

    Sur LGV, l’Italie bat la France en finale
    C’est un chiffre clé dans l’étude réalisée pour le ministère des Transports, surtout dans un contexte marqué par l’ouverture du marché des transports de voyageurs à l’international et l’arrivée annoncée en France de la compagnie Trenitalia, déjà présentée comme le futur « low cost du rail » : sur de longues distances (aux alentours des 500 km, voire davantage) sur LGV, la France se situe 6 % en dessous de la moyenne européenne. Toutefois, si ces trains à grande vitesse sont en moyenne 33 % moins chers qu’en Allemagne, 16 % moins chers qu’en Espagne, ils restent 25 % plus chers que les trains sur LGV en Italie, mais ces trains n’ont aujourd’hui pas des performances comparables.
    Parallèlement, au niveau tarifaire, la France est moins compétitive sur les courtes distances d’une centaine de kilomètres, où elle est plus chère que la moyenne, tout juste devant l’Allemagne.

    Sur ligne classique, la France dans le bas de l’échelle des tarifs
    En quatrième position derrière la Pologne, l’Italie et l’Espagne, la France a des tarifs estimés 23 % plus bas que la moyenne des 11 pays européens étudiés. Loin de la Pologne, certes, 43 % moins chère, mais encore plus loin du Royaume-Uni, 101 % plus cher. Ces différences sont à relativiser en fonction des distances parcourues. Car, tout comme sur le réseau TGV, la France est plus performante au niveau tarifaire sur les courtes distances, classifiées dans cette étude en catégorie 100 km, que sur les moyennes et longues distances, regroupées dans la catégorie 500 km. Dans la catégorie 100 km, la France est en cinquième position, derrière la Pologne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique et juste devant les Pays-Bas et l’Allemagne. Et juste dans la moyenne tarifaire européenne. Sur les 500 km, la France est en quatrième position et les tarifs sont très nettement inférieurs à la moyenne européenne. La France apparaît ainsi, que ce soit sur LGV ou sur lignes classiques, comme étant plus compétitive sur les moyennes et longues distances, alors qu’elle a tendance à être seulement dans la moyenne pour les distances dites courtes.

    La France tient la comparaison à J – 20
    La SNCF mise sur l’anticipation des voyageurs et y met les moyens : ainsi, pour des réservations sur LGV à J – 20, les prix pour une distance de 500 km sans carte de réduction (68 euros en moyenne) sont très compétitifs. Proches de ceux proposés en Italie (58 euros) et bien en dessous de la moyenne européenne (80 euros). A J – 2, le classement reste identique : deuxième sur quatre, même si les tarifs sont alors juste en dessous de la moyenne européenne. En ce qui concerne les lignes classiques, si la France a également des tarifs en dessous de la moyenne des 11 pays étudiés, elle se situe dans une relativement modeste cinquième position. Elle est devancée, ce qui est fréquent, par la Pologne, l’Italie et l’Espagne, mais également, ce qui est rare, par le Royaume-Uni. L’explication avancée : un yield management particulièrement agressif et donc attractif pour ceux qui s’y prennent longtemps à l’avance pour l’achat de leurs billets. En revanche, le Royaume-Uni est le plus cher des 11 pays sur ligne classique à J – 2. Le trio de tête reste le même. Quant à la France, elle est toujours en cinquième position, devancée cette fois par l’Autriche. Globalement, si l’on considère le critère d’anticipation pour l’achat de son billet, on peut considérer que la pratique du yield management permet à la France de pratiquer des prix attractifs, en particulier sur LGV, à qualité de service supérieure. En particulier si l’on tient compte des vitesses et des temps de parcours.

    En France, place aux jeunes
    Outre les comparaisons qui tiennent compte de l’anticipation pour la réservation, l’étude compare également les tarifs en fonction des diverses catégories de la population. A cet égard, selon les pays, les priorités et donc les réductions proposées ne sont pas les mêmes. En France, ce sont les jeunes qui bénéficient des tarifs les plus bas des quatre pays européens concernés pour les LGV, devant l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne. Pour les trois autres catégories, la France arrive en seconde position derrière l’Italie pour les familles et les adultes, derrière l’Espagne pour les seniors. Dans les quatre catégories examinées, l’Allemagne est le pays le plus cher. Sur lignes classiques, la France apparaît comme le troisième pays moins cher, derrière l‘Espagne et l’Italie, avec des prix toujours en dessous de la moyenne. Elle se situe en seconde position pour les jeunes, derrière l’Espagne, en troisième pour les seniors, derrière l’Espagne et l’Italie, et pour les adultes, derrière l’Italie et l’Espagne, et en quatrième position pour les familles, derrière l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas. Globalement, la France apparaît donc comme très compétitive sur les tranches d’âge jeunes, voire seniors, et l’est moins pour les adultes et les familles.

    Privilège à la carte, la France en tête
    Lorsqu’on examine les cas particuliers, mais assez généralisés, des voyageurs fréquents avec une carte de réduction, la France pratique des tarifs très en dessous de la moyenne. A parité de pouvoir d’achat, pour les LGV, elle se situe d’ailleurs en première position et en seconde, derrière l’Italie, pour les lignes classiques. Si l’on ne prend pas en compte le pouvoir d’achat des pays respectifs, c’est l’Italie qui est la moins chère sur LGV, l’Espagne et l’Italie sur lignes classiques. Le Royaume Uni et la Suède sont les pays les plus chers.
     

    Pascal GRASSART

    Tarifs de la grande vitesse : six pays, six cas particuliers

  • La concertation sur le tronçon LGV Montauban – Toulouse est prolongée

    Le comité de pilotage de la LGV Bordeaux – Toulouse – Espagne a accordé un délai supplémentaire pour étudier les propositions alternatives dans le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne autour de Montauban Le comité de pilotage de la LGV Bordeaux – Toulouse – Espagne, réuni à Bordeaux le 11 janvier dernier sous la houlette du préfet d’Aquitaine, Dominique Schmitt, a validé le tronçon commun au sud de Bordeaux, l’itinéraire Bordeaux – Agen, l’implantation de la nouvelle gare d’Agen au sud de l’agglomération, la liaison sud Bordeaux – Hendaye, ainsi que le fuseau de 1 000 mètres pressenti pour la LGV Bordeaux – Toulouse sur la quasi-totalité du parcours. Mais il a accordé un délai supplémentaire pour étudier les propositions alternatives dans le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne autour de Montauban, où les protestations de riverains ont été nombreuses. « Nous avons obtenu un délai supplémentaire de quatre mois pour que RFF étudie les propositions faites par le président du conseil général du Tarn-et-Garonne, Jean-Michel Baylet, et par la présidente de la communauté d’agglomération de Montauban », s’est félicité Martin Malvy, président de Midi-Pyrénées. Le fuseau alternatif proposé par le conseil général du Tarn-et-Garonne toucherait moins le vignoble du Frontonnais (AOC). La concertation sera donc reprise autour de ces propositions et le tracé choisi par Réseau ferré de France sera connu lors du prochain comité de pilotage qui se tiendra au mois de mai. « L’inquiétude des uns et des autres étant assez logique, il était normal de se donner un peu de temps pour prolonger la discussion, a indiqué le préfet de Midi-Pyrénées, Dominique Bur. Il était toutefois important que ces quatre mois ne modifient pas le calendrier prévu, et surtout la tenue de l’enquête d’utilité publique qui doit démarrer début 2011. »
     

    Catherine STERN

  • En vingt ans, le tramway et le vélo ont redessiné Strasbourg

    A Strasbourg, le recul de la part modale de la voiture particulière récompense la constance de la promotion publique des modes de transport alternatifs A Strasbourg, le recul de la part modale de la voiture particulière récompense la constance, sur les quatre mandats municipaux successifs de Catherine Trautmann, Fabienne Keller et Roland Ries (remplaçant de Catherine Trautmann en 1997, puis élu en 2008), de la promotion publique des modes de transport alternatifs. Le tramway inauguré sur 10 kilomètres en 1994 a connu quatre phases d’extension, multipliant son réseau commercial par cinq. Au sud, le terminus a été déplacé au centre de la ville d’Illkirch-Graffenstaden en juin 1997. Le grand axe nord-sud des lignes B et C (Hoenheim-Elsau et Esplanade) a été tracé en 2000. Après l’alternance politique locale, en 2001, Fabienne Keller (UMP) a poursuivi l’investissement en créant la ligne radiale E, desservant les quartiers de l’Esplanade et de Neudorf, espérant limiter la saturation des tronçons centraux du réseau historique. Pari gagné, en partie seulement : la ligne E s’avère déficitaire. Dernières prolongations réalisées, les lignes B et C desservent désormais la commune de Lingolsheim, au sud, et le quartier du Neuhof. « La cohérence des investissements menés depuis deux décennies nous confère une avance sur les autres villes françaises, estime Roland Ries. Nous n’avons pas réduit la liberté de se déplacer. Mais nous n’avons pas construit de radiales routières, qui auraient produit le même effet qu’une balle dans le pied. » Dans les transports en commun, la logique tout tramway, qui a dominé le débat pendant deux décennies, cède sous la demande d’irrigations plus fines en périphérie. « Il faut réfléchir à une diversification de l’offre, qui inclura des bus à haut niveau de service, davantage de couloirs de bus, et améliorer les fréquences », propose Roland Ries, également président de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). La ligne F, qui préfigure le tram-train entre la gare SNCF et le centre-ville, sera opérationnelle dans un an. Le réseau de pistes cyclables, passé de 300 à 500 kilomètres en vingt ans, intègre le concept des contresens cyclables, quasiment généralisés en centre-ville à Illkirch-Graffenstaden, et s’impose lentement dans les autres communes périphériques. Strasbourg, qui compte plus de 130 000 vélos particuliers, ne dispose pas encore d’un réseau de vélos partagés. Prenant le contre-pied de Fabienne Keller, favorable à la location en libre-service et séduite par le système allemand Call a Bike, Roland Ries a annoncé fin 2009 la mise en service imminente d’un système sans publicité, par extension de la délégation de service public de la CTS. Dans un nouveau schéma communautaire de développement du vélo, il prévoyait 15 stations et 5 000 vélos pour couvrir les besoins ponctuels de déplacement de la population et des étudiants, en formule d’abonnement. Mais le projet, qui vient d’être remodelé, connaîtra plusieurs mois de retard : les services municipaux ont découvert tardivement qu’un tel marché devait être soumis à un appel d’offres.
     

    Olivier MIRGUET

  • Mobilité : le découplage des évolutions entre l?urbain dense et le reste du territoire s?accentue

    Grandes villes et zones rurales évoluent en sens inverse en terme de mobilité : réduction des déplacements et de la voiture dans les premières contre augmentation de la part de l?automobile chez les secondes En matière de mobilité, grandes agglos et zones rurales ou faiblement urbanisées évoluent en sens inverse : tandis qu’on note une réduction des déplacements et de la voiture dans les premières, on assiste à une stabilité de la mobilité et à une augmentation de la part de l’automobile chez les secondes. C’est la première conclusion de l’enquête nationale transports et déplacements 2007-2008 réalisée par l’Insee et le service de l’observation des statistiques du ministère de l’Ecologie, rendue publique à l’été 2009. La précédente enquête datait de 1994. Entre ces deux dates, les habitants des villes-centres des grandes agglomérations sont 5 % de moins à utiliser une voiture. Les reports modaux profitent aux modes doux ou légers – avec + 3 % pour la marche et + 1,5 % pour les deux-roues motorisés ainsi que pour le vélo –, contrairement aux transports en commun qui voient leur part reculer de deux points. Entre 1994 et 2008, la vitesse des transports n’a significativement varié (la variation étant calculée à partir de l’évolution de la distance à vol d’oiseau et de celle de la durée des déplacements) que pour les résidents des espaces faiblement urbanisés, qui réalisent trois déplacements sur quatre en voiture. Pour eux, la part des transports collectifs reste stable, à 5 %, et ces déplacements sont le fait des jeunes pour les trois quarts ; la part de la voiture gagne deux points, au détriment de la marche et du vélo. D’ailleurs, le taux de motorisation continue de croître dans l’espace rural : 68 % des personnes appartiennent à un ménage comptant autant de voitures que de membres adultes !
     

    Cécile NANGERONI

  • 407 millions de dollars de plus pour le ferroviaire canadien

    La version canadienne du programme de relance économique profite au transport ferroviaire de voyageurs. Un précédent plan d’investissements de 516 millions de dollars canadiens (un dollar canadien vaut 0,65 euro), décidé fin 2007, vient d’être complété par une enveloppe de 407 millions de dollars, dans la foulée de la crise financière. Ce total de 923 millions va permettre, sans attendre un hypothétique train à grande vitesse, d’améliorer les infrastructures et le matériel utilisés par Via Rail Canada, l’agence fédérale du transport ferroviaire de voyageurs, pour déboucher sur une amélioration des vitesses et des fréquences sur les lignes les plus chargées, le triangle Montréal – Ottawa – Toronto.
    En matière d’infrastructures, la ligne Montréal – Toronto va connaître une métamorphose. Propriété de Canadien National, cette artère, la « subdivision Kingston », est à double voie sur la totalité des 540 km du parcours.
    Sur les fonds débloqués en 2007, une phase 1, en cours de réalisation, vise à la création d’une troisième voie latérale sur un total de 64 km en trois sections de 32, 20 et 12 km. Sur ces segments, les trois voies seront banalisées, comme le sont systématiquement les voies multiples sur le réseau. À Belleville, près de Toronto, une quatrième voie sera construite pour accroître la capacité de la gare. Mise en service prévue en 2011. Fait nouveau dans les mœurs ferroviaires canadiennes, la marche à droite sera posée comme prioritaire aux régulateurs, entraînant l’abandon du principe de mise à quai côté bâtiment voyageurs. Cette dernière pratique, qui occasionne des acrobaties de gestion des voies banalisées aux approches des gares en ligne, découle d’un règlement fédéral imposant le consignement de tout canton de voie principale traversée par des voyageurs à pied en gare.
    Logiquement, les gares de cette subdivision Kingston sont donc appelées à être dotées de passages supérieurs piétons : Belleville en banlieue de Toronto (dotée d’une quatrième voie) et les gares de pleine ligne d’Oshawa, Cobourg et Brockville, dotées de nouveaux quais, ainsi que Dorval sur l’île de Montréal, à proximité de l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. L’hypothèse de passages inférieurs a été abandonnée en raison de la nature des terrains, des interférences des travaux sur le trafic et de considérations budgétaires.
    Une phase 2 du projet, assise sur les fonds débloqués dans le cadre du plan de relance, consistera en l’équipement d’autres tronçons de la « subdivision Kingston » d’une troisième voie banalisée, permettant de porter le cumul des sections triplées de 64 km à 130, voire 160 km.
    Cet effort particulier sur l’infrastructure CN n’est-il pas contradictoire avec le projet, encore récemment réaffirmé, d’une ligne à grande vitesse Québec – Windsor ? « Non », répond l’ingénieur ferroviaire André Gravelle, au siège national de Via Rail, à Montréal. Il explique : « Notre part de marché doit augmenter sans attendre. Il est difficile de faire un acte de foi en lançant un projet de train à grande vitesse à partir d’un marché insuffisamment achalandé. La meilleure façon de faire avancer le rail c’est, dès à présent, d’améliorer sensiblement l’offre de service. »
    Malcolm Andrews, directeur général de la communication de Via Rail, précise de son côté : « Pour que le rail gagne en crédibilité, il nous faut encore améliorer notre couverture des coûts par les recettes, qui est de 60 % à présent après avoir été de 30 % il y a trente ans. »
    De fait, ces améliorations d’infrastructures permettront d’améliorer la vitesse commerciale sans avoir à relever les vitesses limites, déjà de l’ordre de 160 km/h grâce à un excellent armement des voies en LRS d’un poids dépassant les 60 kg/m. L’objectif, en 2011, est de réduire le temps de parcours, actuellement de 4 heures 59 minutes pour 539 km, soit une vitesse commerciale de 108 km/h – une belle performance en traction thermique –, « d’une trentaine de minutes grâce à une plus grande fluidité du trafic et à la création de services express », précise Malcolm Andrews. Soit 4 heures 20 minutes, correspondant à une vitesse commerciale relevée à 124 km/h.
    La ligne reliant Montréal à Ottawa, capitale fédérale, qui se débranche de l’axe Montréal – Toronto à Coteau, à 63 km à l’ouest de Montréal, vient de subir une sérieuse cure de rajeunissement pour 12,5 millions de dollars. Cette « subdivision Alexandria » Coteau – Ottawa, pour l’essentiel, a été acquise à CN en 1998 par Via Rail. Cette dernière y alloue d’ailleurs un sillon quotidien à un tractionnaire fret short liner, un cas atypique en Amérique du Nord… Elle est progressivement équipée de longs rails soudés, depuis 2002. Cette année, elle a été dotée d’un nouvel évitement situé à 16 km à l’est d’Ottawa, à Carlsbad Spring, d’une longueur (modeste pour le Canada) de 760 m. Via Rail vient par ailleurs d’acquérir la pleine propriété de 10 km résiduels d’infrastructure auprès de Canadien National (vers Montréal) et d’une portion de ligne de Canadien Pacific (vers Toronto), à proximité d’Ottawa.
    La signalisation vient d’être modernisée et centralisée. La gare d’Ottawa, construite en 1966 en périphérie de la capitale fédérale, après la suppression malheureuse de l’ancienne gare souterraine de plein centre, a été rénovée.
    Sur Ottawa – Kingston (Toronto), d’importants renouvellements de voies sont programmés à court terme entre Ottawa et Smith Falls, sur une soixantaine de kilomètres.
    Sur la ligne Montréal – Québec, enfin, parcourue par les trains Via Rail reliant les deux villes et par les trains de nuit de et vers Halifax et Gaspé, rien n’est programmé en termes d’infrastructures dans le cadre des deux plans d’investissement Via Rail en cours. CN, voici une dizaine d’années, avait allongé ses voies d’évitement sur la section à voie unique, à l’est de Saint-Hyacinthe, à 54 km de Montréal. Cet autre segment du Transcanadien est au demeurant équipé d’une voie d’excellente qualité.
    En termes de fréquence, l’ensemble de ces améliorations d’infrastructures va permettre de densifier l’offre. En jour ouvrable de base, Via Rail prévoit d’ajouter deux rotations aux 6 allers-retours actuels Montréal – Toronto et deux rotations aux 5 allers-retours Ottawa – Toronto actuellement parcourus en 4 heures 37.?La liaison Montréal – Ottawa bénéficie déjà de 6 allers-retours.
    Côté matériel roulant, le plan de modernisation complété par le plan de relance prévoit une rénovation massive des engins de traction comme du matériel tracté.
    Concernant le parc des voitures voyageurs, les célèbres LRC (Light Rail Cars) vont être modernisées au titre du plan de relance. Conçues en 1968 par le consortium Dofasco, Alcan et Montréal Locomotive Work (devenu Bombardier), acquises en 1978 et 1981 par Via Rail pour 98 unités, elles sont autorisées à la vitesse de 152 km/h. C’est la société Irsi, sise à Moncton au Nouveau-Brunswick, qui va totalement réviser ce matériel constitué de monocoques d’aluminium, pour 98,9 millions de dollars. Au programme : rénovation des bogies, attelages et intercirculations, traitement anticorrosion des caisses, amélioration de l’efficacité énergétique tant par un nouveau câblage que par de nouveaux moteurs de portes et un conditionnement « intelligent ».
    Objectif : prolonger d’une vingtaine d’années la durée de vie de ce matériel profondément novateur en Amérique du Nord.
    Cette rénovation massive viendra épauler les 106 voitures Alstom construites pour les trains de nuit mort-nés du Transmanche. Via Rail avait racheté le lot de 139 en 2000, sans possibilité de n’en acquérir qu’une partie, comme il l’aurait souhaité. L’exploitant a néanmoins pu ainsi cannibaliser plusieurs éléments pour optimiser le parc en service. Notons que ce matériel ne correspond pas aux normes américaines de résistance au tamponnement, qui imposent une capacité de résistance de 800 000 livres (174 tonnes métriques) contre la moitié en Europe. Pour cette raison, une voiture de transition sans voyageurs est imposée entre la rame ouverte au service commercial et la locomotive.
    Six automotrices aluminium Budd sont par ailleurs réhabilitées, utilisées sur liaisons isolées de l’île de Vancouver (Colombie Britannique) et Sudbury-Whiteriver (Ontario). Une option de rachat d’une quinzaine d’autres est à l’étude. Le reste du parc est complété par des voitures Budd des années cinquante ex-CP, dénommées Streamliner.
    Concernant le matériel de traction, les 54 locomotives F40 de General Motors vont être rénovées au titre du premier plan d’investissement, complété à la marge par le plan de relance. Elles avaient été acquises en 1987 après l’échec des motrices profilées conçues spécialement pour les rames LRC dont elles respectaient la ligne de toiture. Leurs moteurs, non suspendus, s’étaient révélés trop agressifs pour la voie.
    Très présentes en Amérique du Nord (Amtrak les a étrennées à la fin des années soixante-dix et elles sillonnent de nombreuses banlieues), les F40 de Via Rail vont être réhabilitées pour une prolongation de carrière de 15 à 20 années par les ateliers CAD de Lachine, en banlieue de Montréal. L’exploitant en attend une baisse d’émission de gaz à effet de serre de l’ordre de 12 %, après une diminution de 16 % déjà réalisée. Les économies cumulées de ces locomotives aptes à 153 km/h devraient se chiffrer à 5 millions de litres de gazole par an. Un moteur diesel leur sera ajouté pour générer l’électricité des rames tractées.
    C’est donc bien un plan ambitieux pour le rail qui se réalise sur le dense et prometteur corridor Québec – Windsor, lequel réunit l’essentiel de la population des deux provinces les plus peuplées du Canada. Québec et Ontario cumulent près de 21 millions d’habitants, près des deux tiers des 34 millions de Canadiens.
    Les récentes élections municipales au Québec auront scellé le grand retour du train à grande vitesse dans l’arène politique. Le maire de Québec, Régis Labeaume, a plaidé très vivement cet automne pour que la première phase du projet parte de Québec. Une exigence relayée par le Premier ministre provincial Jean Charest (libéral), le 30 septembre : « Nous voulons, nous insistons pour que le trajet se fasse de Québec à Montréal, ensuite de Montréal à Toronto. Parce que, si on ne le fait pas au départ avec Québec, les chances que ça se fasse un jour sont à peu près nulles. » Un thème auquel s’est ralliée l’opposition libérale au niveau fédéral, dont le responsable transport, Joe Volfe, qui a confié au journal Le Soleil, de Québec, sa volonté que cela soit fait « en une seule phase ». Enjeu municipal, provincial et fédéral relancé par les questions climatiques et les plans de relance du grand voisin états-unien, le futur réseau canadien de LGV aura connu une interminable gestation.
    « Un comité des transports a été réuni récemment à Ottawa et a réexaminé le dossier », confie André Gravelle, ingénieur chez Via Rail. Représentants fédéraux de l’Ontario et du Québec y ont réexaminé le sujet. Avant qu’ils ne publient leurs conclusions, deux audits ont été demandés. Les grandes villes concernées ont demandé une étude prospective à la SNCF pour un coût de 375 000 dollars. Ses conclusions, publiées en juin, ont montré l’opportunité commerciale du réseau sur le corridor, étendu à Chicago et New York. Les gouvernements provinciaux et fédéral ont pour leur part demandé une étude à la firme Dessau et au cabinet Éco-Train, pour un coût de 3 millions de dollars, dont le résultat est attendu début 2010. Elle devra synthétiser et actualiser les travaux réalisés auparavant.
    Il faut dire que les avant-projets n’auront pas manqué. Dès 1981, Via Rail Canada réalise des études complètes en collaboration avec la SNCF et les chemins de fer japonais. Elles débouchent en 1984 sur un rapport préconisant un réseau à grande vitesse voyageurs s’étirant de Québec à Windsor (1 150 km) et desservant Montréal, Ottawa, Toronto, ainsi qu’une liaison Calgary – Edmonton, à l’ouest du Canada.
    Via Rail reprend son avant-projet en 1987, travail débouchant sur un nouveau rapport en 1989, suscitant un intérêt plus marqué que le précédent de la part des trois gouvernements les plus concernés (fédéral, Ontario, Québec). De ce fait, un groupe de travail est constitué en 1990. Cette commission Bujold-Carman remet en 1992 un rapport sur la rentabilité socio-économique, le financement, l’environnement et les questions industrielles. L’année suivante, les études initiées par les trois gouvernements sont actualisées sous l’égide de leurs ministres des Transports respectifs.
    Si Via Rail ne mène plus d’études en propre à l’heure actuelle, elle pose comme quasi-certitude qu’une infrastructure nouvelle relierait Québec à Montréal par la rive nord du Saint-Laurent et non par la rive sud comme la ligne classique CN, empruntée actuellement par ses trains, afin d’éviter deux franchissements du fleuve. Ce qui ravit Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières, ville située à quelque 150 km de Montréal et Québec sur la rive nord : « Cela ne prendra que 30 minutes pour se rendre au centre-ville de Montréal », prévoit-il déjà, déplorant « qu’on nous [ait] enlevé le train il y a plusieurs années », en 1990. Miracle du train à grande vitesse outre-Atlantique : on se bat de nouveau pour avoir des trains !
    Alors que se prépare l’aménagement d’une sixième ligne de banlieue dans l’agglomération de Montréal sous l’autorité de l’Agence métropolitaine des transports (AMT), le « train de l’Est » vers Repentigny et Mascouche, l’année 2009 aura été celle des grands avant-projets pour le métro de la capitale économique du Québec. Le premier ministre provincial Jean Charest a annoncé le 16 septembre la création d’un bureau de projet doté d’un budget de 12 millions de dollars pour trois ans afin de réaliser les études nécessaires à la construction de douze nouvelles stations sur trois prolongements de lignes totalisant 20 km.
    Objectif : une mise en service dans 10 à 15 ans. Coût estimé : 3 milliards de dollars. La ligne Orange (n° 2), déjà prolongée de trois stations (5,3 km) l’an dernier au nord-est d’Henri-Bourrassa à Montmorency (Laval), via une traversée sous-fluviale de la rivière des Prairies, serait « bouclée » par une mise en liaison de ses deux extrémités nord. Cette nouvelle section relierait sur plus de 5 km Côte-Vertu, actuel terminus nord-ouest, à Montmorency, via deux stations intermédiaires nouvelles (Poirier et Bois-Franc) et une autre traversée sous-fluviale.
    La ligne Bleue (n° 5, tangentielle nord) serait prolongée de plus de 5 km et cinq stations supplémentaires de Saint-Michel à Anjou.
    La ligne Jaune (n° 4, trois stations), seule à franchir le Saint-Laurent et à rejoindre la rive sud en plein développement, serait prolongée à la demande de la municipalité de Longueil de 8 km et quatre stations jusqu’à Roland-Thérien, aux abords de l’aérodrome de Saint-Hubert, en longeant le Saint-Laurent côté sud.
    Les médias montréalais se sont toutefois montrés prudents sur la probabilité de réalisation d’un tel plan, annoncé peu de temps avant la « Journée sans ma voiture » et en pleine campagne électorale pour les municipales. Il y a d’abord la question financière. Le maire de Montréal déplorait au printemps dernier que le déficit structurel des réseaux métro-bus de la STM (Société des transports de Montréal) s’apprête à atteindre 38 millions de dollars en 2009, exigeant une rallonge des subventions provinciales d’un montant de 30 à 55 millions de dollars. De plus, le projet de liaison rail aéroport, promis depuis des années et annoncé comme prochain, tarde à se concrétiser. Bien que deux voies ferrées majeures passent à moins de 1 km kilomètre des terminaux aériens, l’AMT se limite pour l’instant à annoncer que sur onze hypothèses d’avant-projet, seules trois restent en lice. La pose de nouvelles voies le long des corridors ferroviaires CN et CP, en parallèle sur cette section, et le choix d’un terminus à Lucien-L’Allier tiennent la corde. Mais pour l’instant, l’aéroport Pierre-Trudeau, seule plate-forme importante de la ville depuis la fermeture de l’éphémère Mirabel, reste l’un des plus inaccessibles du continent nord-américain, malgré sa proximité du centre-ville. Ses seules voies d’accès, des autoroutes, sont presque toujours congestionnées.
     

    Michel-Gabriel LÉON

  • Moins de voitures dans les grandes villes

    A ce stade-là, ce n’est plus un phénomène émergent, mais une tendance de fond ! La bagnole a de moins en moins la cote. Enfin ! diront certains, car depuis son invention, elle avait toujours pris une place croissante dans la vie des citadins français, dominant largement les autres modes de déplacements. Mais au milieu des années 2000, les chercheurs ont commencé à s’interroger : les résultats des enquêtes ménages-déplacements de Lille et de Lyon en 2006 (EMD, menées selon la méthodologie définie par le Certu, environ une fois par décennie) montraient une inflexion. Serait-elle durable ? Ils n’osaient y croire. Aujourd’hui, le doute n’est plus permis, puisqu’une demi-douzaine d’enquêtes sont venues conforter ce résultat tant espéré par les techniciens et les élus : la part de marché de la voiture baisse un peu partout. Que ce soit à Strasbourg, comme le montrent les résultats de 2009 tout juste analysés, à Bordeaux, à Rennes, à Toulon, à Rouen ou à Reims. Et en quantité non négligeable.
    Au moment de la publication de l’EMD de Strasbourg, mi-janvier, le Certu a reporté tous ces résultats sur un histogramme. Et cela saute aux yeux ! « Partout, nous avons une évolution en bosse de chameau, analyse Jean-Marie Guidez, expert en mobilité au Certu. Le règne de la voiture se poursuit jusqu’à la fin des années 90 et l’utilisation décroît ensuite dans des proportions assez variables selon le point de départ. » Seules Lyon et Strasbourg réussissent à passer sous la barre fatidique des 50 %.
    Cependant, dans toutes les villes où il y a au moins deux enquêtes, c’est le même constat : la voiture recule de 2 à 7 points. Mais étrangement, qu’il y ait eu des efforts sur les transports collectifs ou non… Reims, qui n’a pas encore son tramway (- 2 %), et Toulon (- 5 %), qui n’a pas fait preuve de grand dynamisme en la matière, en sont les preuves. Alors, que s’est-il passé ? Trois raisons principales expliqueraient cette nouvelle tendance, selon l’expert du Certu. Des raisons économiques, d’abord : depuis 2003, le prix du pétrole est sur une pente ascendante, du moins jusqu’à la crise. Ensuite, les politiques volontaristes qui commencent à porter leurs fruits. Citant en vrac « les PDU, les PDE, le développement de l’offre de transport public, les contraintes sur le stationnement… », Jean-Marie Guidez constate : « A force de faire des métros, des trams et plus de TER, ça a fini par payer. L’effet réseau joue, mais il a fallu dix à vingt ans pour que ça se voit. »
    Et, enfin, la sensibilisation aux problèmes environnementaux, qui fait son chemin dans les esprits. Ces dix dernières années, à force d’entendre parler de réchauffement climatique, d’effet de serre et de développement durable, les citadins ont davantage de conscience environnementale. En tout cas, « on culpabilise plus en voiture aujourd’hui qu’hier ! », estime-t-il. Ces trois motifs avaient été évoqués dès 2007. On peut désormais en ajouter un autre : sans aucun doute, la crise économique ne favorise pas la mobilité. Si la voiture recule, c’est aussi parce que la mobilité dans son ensemble est moindre. Trente années durant, la mobilité totale urbaine, tous modes confondus, n’a cessé de croître, d’abord lentement, puis plus rapidement. Et l’on avait fini par penser que c’était bon signe.
    Pour sa part, la mobilité en voiture a toujours été celle qui augmentait le plus fortement. C’est bien pourquoi les spécialistes se frottent les yeux. « Moins 7,4 % de part de marché de l’automobile à Strasbourg en douze ans, c’est considérable ! A tel point que les responsables ont presque douté de leur résultat ! », raconte Jean-Marie Guidez. Mais ce résultat est aussi à relativiser, puisque dans cette ville modèle 55 % des trajets font moins de 3 km… Sachant que la part de la voiture demeure importante, il reste un peu de marge pour le report modal. De plus, dès qu’on s’éloigne du centre, ce n’est plus la même chanson. L’EMD, qui a pour la première fois été menée non pas à l’échelle de la communauté urbaine de Strasbourg (CUS) mais à celle du Bas-Rhin, montre aussi que dans le département, la voiture continue de se tailler la part du lion avec 60 % des déplacements. Par ailleurs, si l’on raisonne en kilomètres parcourus et non plus en nombre de déplacements, les résultats, même dans la CUS, bien que tout à fait honorables, sont moins spectaculaires, les distances moyennes parcourues ayant augmenté. Les déplacements en voiture représentent encore 72 % des kilomètres parcourus dans la communauté urbaine de Strasbourg, contre 76 % en 1997. Il apparaît cependant que la baisse globale de la mobilité est imputable en quasi-totalité à la diminution des déplacements motorisés.
    Pour expliquer la baisse globale, l’expert du Certu relève aussi un phénomène inéluctable qui pèse sur la mobilité : le vieillissement de la population. « Même si les seniors d’aujourd’hui sont infiniment plus mobiles qu’autrefois, c’est un fait qu’ils bougent moins que les actifs. » Si bien qu’un simple regard à la pyramide des âges permet de conclure que « la mobilité moyenne ne peut que décroître, uniquement grâce au vieillissement de la population », poursuit-il. A cet état de fait, s’ajoutent d’autres facteurs. Sachant que dans les EMD un déplacement est comptabilisé dès qu’on pose un pied sur la voie publique, l’évolution des modes de vie a aussi une influence. Ainsi, par exemple, le développement de la journée continue joue-t-il un rôle. Il est devenu très rare de rentrer déjeuner chez soi en voiture, et ce déplacement-là est remplacé par un trajet à pied jusqu’à la cantine, voire par aucun déplacement quand on déjeune sur le pouce au bureau. Enfin, à ne pas négliger non plus, l’impact probable « des e-comportements : e-commerce, réseaux sociaux, vidéo à la demande et autres services permettant de faire tout un tas de choses à distance. On se déplace moins pour voir ses amis, sa famille, pour ses achats, ses loisirs… souligne Jean-Marie Guidez. Ce sont des pratiques particulièrement développées chez les jeunes, qui, selon une enquête récente, passent en moyenne 2 heures 30 par jour sur le Net ».
    Au total, dans la communauté d’agglomération de la métropole alsacienne, par exemple, le nombre de déplacements par jour et par personne est passé de 4,53 à 3,87, soit 15 % de moins ; c’est une baisse conséquente. Un phénomène qui a pu plonger certains dans la perplexité, « parce que le premier réflexe est de penser que PIB, croissance, emploi, compétitivité, efficacité… seraient corrélés à la mobilité ! Or c’est bien plus compliqué que ça… Si par exemple on a remplacé ses dix petites courses en voiture par une seule mais bien plus longue, est-ce une régression ? » Autre exemple : la mobilité des Lyonnais (3,39) est inférieure à celle des Lillois (3,76). « Est-ce à dire pour autant que Lyon est économiquement en retard sur Lille ? » L’important, c’est donc de regarder comment les déplacements sont structurés et éventuellement rationalisés. D’aucuns ont parlé de « démobilité », un terme que réfute Jean-Marie Guidez, qui lui préfère « mobilité sobre » ou « mobilité raisonnée ». Un phénomène qui semble bien parti pour durer.
    Et puisqu’il faut bien, quand même, « une morale à l’histoire », selon l’expression favorite de l’expert en mobilité du Certu, en décortiquant davantage les chiffres, on s’aperçoit que ce n’est sans doute pas un hasard si les meilleurs résultats sont obtenus dans des villes comme Lille, Strasbourg ou Rennes pour ne citer qu’elles. « Pas de miracle ! C’est bien le résultat des politiques volontaristes de développement des modes alternatifs : la voiture à Toulon a certes perdu cinq points, mais sa part de marché est encore plus haute qu’elle ne l’a jamais été à Strasbourg. » Et prochainement les EMD de Nice-Côte d’Azur et d’Aix-Marseille, en cours d’analyse, viendront compléter le panorama.
    Optimiste, Jean-Marie Guidez estime bien que le rapport à la voiture a changé. Lentement mais sûrement, les contraintes ont fait réagir. « Comme à chaque fois, la tendance émerge d’abord chez les bobos des grandes agglos comme Paris et Lyon et se diffuse partout ensuite. » Le mythe de la voiture en ville est écorné. « Voyez les jeunes urbains tokyoïtes qui ont deux fois moins de voitures que leurs aînés et préfèrent dépenser leur argent dans les nouvelles technologies que dans la bagnole. C’est pareil chez nous : on passe de la voiture objet à la voiture “service”. » Autant dire que covoiturage, autopartage, et voitures en libre-service n’ont pas dit leur dernier mot !
     

    Cécile NANGERONI

  • Les Français de plus en plus écolos en matière de mobilité

    l?UTP a commandé à l?institut BVA un sondage portant, entre autres, sur l?évolution des déplacements. Principal constat : 21 % des sondés déclarent avoir diminué leurs déplacements en ville en général Pour la deuxième année consécutive, l’UTP a commandé à l’institut BVA un sondage portant, entre autres, sur l’évolution des déplacements. Réalisé du 16 au 21 novembre 2009 auprès d’un échantillon de 1 006 personnes, il est représentatif des habitudes de la population de plus de 18 ans dans les agglomérations de plus de 50 000 habitants. Principal constat : 21 % des sondés déclarent avoir diminué leurs déplacements en ville en général. Et, même constat que le Certu : ce sont les déplacements en voiture qui chutent le plus (- 29 %), contre 17 % de baisse pour les trajets en transports publics, – 12 % pour le vélo, – 6 % pour les deux-roues motorisés et – 9 % pour la marche. Au total, 48 % des habitants ont diminué au moins un type de déplacement. Leur explication ? 40 % assurent que ce nouveau comportement est dicté par une volonté de protéger l’environnement et 23 % par la crise économique. Ils sont aussi 32 % à avouer qu’ils n’utilisent jamais les transports en commun au motif de « fréquences insuffisantes et d’arrêts mal situés ». Ainsi, pour aller au travail, la moyenne d’utilisation du transport collectif n’est que de 34 %, sachant que l’Ile-de-France et les 18-24 ans gonflent la moyenne. En effet, 47 % des Franciliens vont au boulot en métro contre 27 % des provinciaux. Quant aux jeunes, ils sont 71 % de convaincus. Une note espoir pour la mobilité future…
     

    Cécile NANGERONI

  • Le Limousin lance sa centrale de mobilité

    Avec Mobilimousin, en un coup de fil gratuit, les habitants du Limousin peuvent désormais organiser tous leurs déplacements quels que soient leur lieu de départ et d?arrivée La région, les départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne, les communautés d’agglomérations de Limoges et de Brive, la ville de Tulle et la SNCF ont en effet lancé Mobilimousin le 7 décembre. Au bout du fil (au numéro Vert 0800 87 23 19, un conseiller délivre toutes les informations sur les horaires, itinéraires, correspondances, informations-trafic pour tous les modes de transports : bus, autocar, tramway, TER. Depuis plusieurs années, diverses enquêtes avaient en effet mis en évidence un déficit d’information sur les transports dans le Limousin. Pour répondre à ce besoin et aussi inciter les habitants à mieux utiliser les différents réseaux, le conseil régional du Limousin a souhaité créer une centrale de mobilité. Coût de l’opération : 207 000 euros d’investissement et 325 000 euros de fonctionnement annuel. Afin de s’assurer de la cohérence du projet et de l’exhaustivité de l’information, « nous avons d’emblée voulu fédérer l’ensemble des autorités organisatrices de transports, raconte Jacques Gangler, responsable du service transports au conseil régional. Et même au-delà, puisque nous travaillons aussi avec des partenaires comme l’aéroport de Limoges, les taxis, la SNCF au niveau national, les loueurs de voitures, les parkings en ouvrage… » Ces derniers ne sont toutefois pas signataires de la convention pour la mise en œuvre de la centrale, qui a été signée par les AOT et la SNCF en début d’année. Elle définit les engagements financiers et prévoit l’organisation fonctionnelle de l’exploitation du système d’information multimodale – il a notamment fallu établir un référentiel et des interfaces d’échanges permettant de rendre leurs données homogènes. A partir d’avril 2010, un site Internet dédié (mobilimousin.fr) viendra compléter le service téléphonique et une grande campagne de communication sera lancée.
     

    Cécile NANGERONI

  • Des TGV menacés, des élus indignés

    La SNCF veut revoir à la baisse certaines dessertes TGV. Les élus réagissent. Le ministre des Transports les soutient. Et la SNCF est dans l?embarras Le sujet est sensible, comme en témoigne l’impact de l’article des Échos paru le 18 janvier dernier sous le titre : La SNCF songe à supprimer des dessertes pour ses TGV en 2011. Colère des élus régionaux, en particulier en Alsace et dans le Nord, et ferme mise au point du ministre. Il a juste manqué une convocation en urgence de Guillaume Pepy par Nicolas Sarkozy pour dramatiser la situation.
    En fait, tout tient à un paragraphe dans une petite page de la présentation du projet de budget de la SNCF qui en compte une centaine. Une page tout sauf anecdotique. Il y est rappelé qu’une première vague de restructurations ou suppressions de dessertes, « ciblée sur les relations TGV structurellement déficitaires, les intersecteurs et les flancs de pointe », est intervenue courant 2009 et « donnera son plein effet en 2010 ». Et il est précisé qu’une refonte plus profonde de l’offre est prévue pour le service 2011. À étudier, donc, dès le printemps prochain, pour une mise en œuvre en décembre. En ligne de mire : une réduction significative du déficit, entre 60 et 80 millions d’euros, « généré par certaines relations, notamment Paris – Arras, Nord-Est et Est-Atlantique ». À travers l’évocation du Nord-Est, on peut penser par exemple à Lille – Strasbourg. Et pour l’Est-Atlantique, à Bordeaux – Strasbourg et Nantes – Strasbourg.
    De quoi faire réagir immédiatement et vigoureusement les responsables politiques des régions concernées. Face à la bronca, la SNCF a joué profil bas. Un communiqué a précisé que le projet de budget intégrerait, comme chaque année, des créations et suppressions de dessertes. Souligne que l’offre en parcours TGV augmentera de l’ordre de 1 % en 2010 sur un total de 800 TGV en moyenne qui circulent chaque jour. Et en ajoute que, « dans le cadre des réflexions en cours sur le modèle économique des TGV à plus long terme, des travaux plus poussés d’évolution de l’offre TGV sont engagés. Ces travaux s’appuient sur les besoins en transport et le bilan économique des dessertes ».
    Mais ce « démenti » de la SNCF, le secrétaire d’État aux Transports l’a trouvé « un peu mou ». Précisant : « La SNCF est une entreprise publique. L’État y est à 100 % majoritaire, et naturellement elle a des objectifs de rentabilité, de concurrence […]. N’empêche qu’elle a des missions de service public, des missions d’aménagement du territoire ». À l’Assemblée nationale, Dominique Bussereau a enfoncé le clou. « Il n’y aura pas de risques de suppressions de dessertes sur notre réseau TGV […]. La SNCF a connu des baisses de trafic mais cela ne justifie pas de fermer des lignes. Notre position est définitive. La SNCF devra l’appliquer. »
    Au lendemain de ces déclarations, en visite à Strasbourg, en pleine zone de turbulence, pour la signature de la convention d’exploitation du TER, Guillaume Pepy a prudemment déclaré : « Il n’y a pas aujourd’hui de plan de réduction des dessertes. La réalité, c’est que la SNCF comme toute entreprise de transports, est à l’écoute des usagers, des élus et de ce que dit l’économie pour adapter chaque année ses services. »
    Quoi qu’il en soit, il va bien falloir appliquer les consignes du gouvernement. Un TGV assumant des missions de service public, et qui va pourtant être directement soumis à la concurrence, c’est toute la difficulté de l’exercice.
    Et l’avenir ne s’annonce pas tout rose. Comme le dit un expert, « contrairement à ce que dit le gouvernement, plus le réseau s’accroît, moins il rapporte ». En effet, les liaisons les plus rentables ont naturellement été réalisées en premier. Aujourd’hui, la SNCF fait de la péréquation sur l’ensemble des dessertes. Les TGV « bénéficiaires » supportent les TGV non rentables, aux alentours des 20 % en 2009, 30 % envisagés dès 2011 estimait David Azéma, directeur Stratégie et Finances de la SNCF, devant la presse en octobre. Demain, redoute la SNCF, les concurrents ne seront candidats qu’aux relations les plus lucratives, sur lesquelles, leurs comptes n’étant pas plombés par les dessertes terminales, ils pourront d’entrée de jeu faire 15 % moins cher…
    Qui plus est, cette menace provenant d’une extension des dessertes avec une arrivée prochaine de la concurrence intervient en pleine déprime de la demande. En témoignent quelques chiffres clés du projet de budget. La marge opérationnelle de SNCF Voyages devrait se réduire de moitié entre 2008, à 20,1 %, et 2010, 10,2 % en prévision. Après avoir progressé de 8 % en 2008, le chiffre d’affaires de la branche Voyageurs a reculé de 1,2 % en 2009. Et le résultat passerait de près de 15 % en 2008 à 8 % en 2009, puis, en 2010 à moins du 5 % du chiffre d’affaires de cette même branche. Une chute impressionnante pour l’activité de la SNCF qui, historiquement, tire vers le haut l’ensemble du groupe.
    Le projet de budget précise que les quinze rames nouvelles qui doivent être mises en service commercial vont « générer une surcapacité, du fait de l’atonie de la demande ». À partir de 2013, la cadence de livraison des rames deux niveaux sera réduite, la commande de trois Dasye a été annulée… Et, c’est une première, « pour résorber au moins en partie cette surcapacité, trois rames Sud-Est seront garées en 2010 ». Autrement dit : pas utilisées. Pas surprenant, lorsqu’on examine l’évolution du taux d’occupation des TGV qui serait descendu, l’an passé, de 77 à 75 %. Une tendance qui ne semble pas devoir s’inverser, puisque la SNCF prévoit une baisse proche des 4 % du nombre de ses voyageurs à grande vitesse en 2010. Limites de la péréquation, arrivée de la concurrence, et crise de la demande : tout un modèle à repenser.
     

    Pascal GRASSART