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Quand Ayrault augmente les prix, les Nantais toussent
Entrée en vigueur le 1er juillet dernier, la nouvelle grille tarifaire relève la note moyenne des tarifs de 11 % Cela dure depuis six mois. A chaque fois qu’ils parlent transport, les élus de Nantes, le maire Jean-Marc Ayrault en tête, ne peuvent éviter la question de la hausse du ticket de tramway, passé de 1,20 à 1,50 euro. Votée mi-mars, entrée en vigueur le 1er juillet, la nouvelle grille tarifaire des transports de l’agglomération nantaise, relevant la note moyenne des tarifs de 11 %, ne passe toujours pas. Dernièrement encore, le quotidien Presse Océan enfonçait le clou. Il donnait la parole à des usagers prêts à « reprendre leur voiture ». Ils voyaient dans cette hausse le contraire d’un encouragement aux comportements écologiques. D’autres ne percevaient plus le « socialiste » dans ce maire qui augmente les prix en période de dégringolade de leur pouvoir d’achat. « Nous disons aux Nantais : Faites vos comptes ! La voiture vous coûterait bien plus cher », leur répond Jean-Marc Ayrault. Depuis, pour suggérer une comparaison avec le prix du ticket de tram, les élus ne communiquent plus que sur un chiffre magique : 64 centimes d’euro. C’est « le coût journalier d’accès au réseau des transports publics » pour le détenteur d’un abonnement annuel de 465 euros. Ils oublient de préciser qu’il faut, pour obtenir 0,64 euro, que l’employeur ait déjà payé la moitié de la dépense, comme l’a ordonné François Fillon à toutes les entreprises. « L’habitude s’installe ici à vive allure », vient de préciser Pascal Bolo, le président des transports de l’agglomération Nantaise, en conférence de presse de rentrée. Il se fonde entre autres sur les 200 plans de déplacements d’entreprises signés à Nantes et les 62 000 salariés touchés. « Nous aurions sans doute dû augmenter les prix il y a quelques années, quand nous avons lancé le Busway », a reconnu dernièrement un élu. Jean-Marc Ayrault vient de dire que Nantes « referait » bientôt un tramway…
Hubert HEULOT
Un tramway au supermarché à Montpellier
La ligne 1 a été prolongée de 600 mètres pour que le tramway arrive à l’intérieur de la galerie commerciale A Montpellier, on peut maintenant faire ses courses en tram. Exactement comme les gares, qui accueillent de plus en plus de magasins, le tramway se doit de desservir les espaces commerciaux. Là, le concept a été poussé à l’extrême, avec le prolongement de 600 m de la ligne 1 qui pénètre carrément à l’intérieur de la galerie commerciale à ciel ouvert Odysseum et ses 50 000 m2 de nouveaux commerces. La particularité de la nouvelle station inaugurée le 21 septembre est « d’avoir été conçue en même temps que le centre commercial », souligne-t-on chez Egis, qui a été chargé de la maîtrise d’œuvre. Avec sa patinoire, ses cinémas, son planétarium, son aquarium, son mur d’escalade, ses restaurants et ses commerces, Odysseum (150 000 m2) draine quelque six millions de visiteurs chaque année. Ils pourront désormais s’y rendre en 15 mn depuis le centre historique, avec une rame toutes les 5 mn en journée, 15 mn en soirée et 10 mn le dimanche. Pour Montpellier Agglomération, l’extension du tramway « traduit la progression naturelle du centre-ville de Montpellier vers le sud-est et répond à la formidable croissance démographique de l’agglomération ». L’ancien terminus est rebaptisé Place-de-France et le nouveau reprend le nom d’Odysseum. Avec cette extension qui a coûté 5,5 millions d’euros, le tramway devrait transporter quelque 2 000 voyageurs de plus chaque jour. Il est déjà plébiscité puisque, avec un démarrage à l’été 2000 avec 75 000 voyageurs par jour, la ligne 1 enregistre aujourd’hui une fréquentation de plus de 130 000 voyageurs par jour, ce qui en fait l’une des plus fréquentées de France. La ligne 2 avoisine pour sa part les 50 000 voyages, et la ligne 3 (22,4 km), en chantier, est attendue pour 2012. L’objectif du PDU après la réalisation des trois lignes est de faire passer la part modale des transports en commun à 24 % des déplacements dans l’agglomération.
Cécile NANGERONI
Les petites astuces des opérateurs pour réduire la facture énergétique
La flambée du baril de pétrole est passée par là. Peu présente à l’esprit des opérateurs de transports jusqu’à encore une petite dizaine d’années, la préoccupation est aujourd’hui largement répandue : il faut multiplier les mesures pour réduire la consommation d’énergie. Et si l’exigence ne figure pas noir sur blanc au cahier des charges des appels d’offres de DSP, cela ne saurait tarder. Par ailleurs, les offres des groupes comportent généralement une analyse de l’impact environnemental, dont les économies d’énergie sont un sous-ensemble. C’est donc un critère pris en compte, même indirectement. « C’est une préoccupation récente des AOT de moins consommer d’énergie, commente Réginald Babin, responsable du pôle aménagement, environnement et systèmes de transports du Gart. D’ailleurs, pour les constructeurs, c’est devenu un argument commercial. Par exemple, sur les métros, toute l’électronique de puissance a fait beaucoup de progrès qui ont induit des consommations moindres, dans des proportions non négligeables. » Le groupement d’élus a également lancé cette année un groupe de travail « tramway optimisé » « qui se penche sur les économies en exploitation, maintenance et consommation énergétique, car les systèmes tramways actuels sont souvent surdimensionnés pour l’alimentation électrique », poursuit-il. Du côté des exploitants, l’équation est simple : après les salaires des personnels, les dépenses en carburants sont le deuxième poste. « Pour un véhicule routier, l’énergie représente 10 à 12 % du coût du transport, 15 % pour un tramway et 20 à 25 % pour un TER, c’est pourquoi l’énergie est un facteur de régulation de nos coûts », précise Claude Arnaud, directeur régional Midi-Pyrénées chez Veolia Transport et qui a longtemps été directeur recherche et innovation. Si, pour les tramways, la récupération d’énergie associée au lissage de consommation au démarrage permet des économies substantielles – 25 à 30 % pour un tram bien géré, assure Claude Arnaud –, pour les bus, il faut être plus inventif. Globalement et schématiquement, quatre principaux éléments concourent à la chasse au gaspi. Cela va du matériel à la fluidité des lignes, en passant par la conduite et la gestion de l’exploitation.
S’équiper en véhicules économes
« A l’achat des véhicules, le critère consommation de carburant est prépondérant, car c’est un poste de dépense énorme sur la durée de vie du véhicule », précise Philippe Fénart, directeur des achats, de la maintenance et du parc chez Keolis. Le groupe a développé une pratique de collaboration avec les constructeurs afin de paramétrer chaque véhicule neuf de façon à optimiser sa consommation. La conformité des préréglages d’usine est même vérifiée après quelques mois d’exploitation. Il s’agit de choisir les meilleures plages de passage des vitesses en fonction de l’affectation des bus. « Ces opérations sont usuelles, mais elles ont été fortement renforcées depuis les fortes hausses du pétrole, poursuit Philippe Fénart. Le choix du meilleur rapport entre le moteur, la boîte et le pont en fonction de la vitesse commerciale, de la ligne, du nombre d’arrêts, des pentes, de la charge du véhicule aboutit à un paramétrage optimal qui nous permet d’économiser facilement 5 % de carburant. » Depuis deux ans, Keolis s’est aussi doté d’outils de suivi des consommations avec analyse statistique par type, marque et modèle de véhicule, permettant d’identifier des consommations « anormales » et d’intervenir rapidement. Tout le monde commence aussi à s’intéresser sérieusement aux motorisations hybrides. Là encore, la flambée du pétrole a accéléré le développement de ces véhicules pour lesquels on ne voyait guère d’intérêt économique jusqu’alors. Avant-gardiste en la matière, le groupe Transdev teste le bus hybride à Strasbourg, en région parisienne et à Londres (2 bus et bientôt 10). Prochainement, 10 bus hybrides sillonneront aussi le réseau Connexxion aux Pays-Bas. « Nous sommes dans une phase d’observation opérationnelle qui permet de comparer les consommations par rapport aux véhicules traditionnels, estime Georges Despaignes, responsable de la filière production au département innovation, métiers et produits de Transdev. Il semble que le gain soit de 10 à 15 % par rapport à un bus diesel de toute dernière génération et de 25 à 30 % par rapport aux bus anciens qu’on remplace. Mais il faut être très prudent car les consommations varient beaucoup avec les conditions d’exploitation : pente, nombre d’arrêts, site propre… » Chez Veolia, où l’hybride est expérimental (à Toulon, en Allemagne, en Pologne et en Suède), on arrive aux mêmes résultats, soit « 10 à 15 % d’économie maxi en régime de croisière ». Par ailleurs, il faut prendre garde aux pourcentages qui sont annoncés. Ainsi, les réseaux américains qui ont testé des bus diesel-électriques avancent des gains phénoménaux… Mais il faut voir d’où ils partent, leurs véhicules classiques consomment déjà deux fois plus en moyenne que les bus européens. Les solutions de stop & start qui coupent le moteur à l’arrêt sont peut-être des atouts d’avenir, mais malheureusement « cela génère un inconfort certain pour les voyageurs car le véhicule secoue beaucoup au démarrage », ajoute le responsable production de Transdev. « Les résultats sur microbus sont très satisfaisants », relève pour sa part Claude Arnaud pour Veolia.
Un facteur-clé : la conduite souple
« Un véhicule urbain passe dans le meilleur des cas un tiers de son temps arrêté, et dans les zones très denses, cela peut aller jusqu’à 50 %, rappelle Georges Despaignes. Il y a donc succession permanente de freinages et d’accélérations, une situation idéale pour travailler sur la douceur de la conduite pour économiser le carburant. » Et, paradoxalement, les conducteurs qui sont les premiers centres de coût pour un exploitant urbain sont aussi peut-être les facteurs premiers d’économies d’énergie ! « Il peut y avoir un écart de consommation de l’ordre de 20 % entre un conducteur qui conduit très mal et un autre qui conduit très bien, résume de son côté Claude Arnaud de Veolia. Quand l’ensemble des conducteurs d’un réseau a suivi un cursus de conduite rationnelle, les économies réalisées sont non négligeables : de 3 à 5 % de carburant en moins. » Tous les groupes ont d’ailleurs des programmes de formation à la conduite économique. Veolia envoie chaque année 20 à 30 % de ses chauffeurs en formation depuis près de dix ans. Chez Keolis, c’est la démarche 5.10, comprenez un gain de 5 % en carburant en 2010. « Dans un délai relativement court, tous nos conducteurs auront suivi ce cursus de conduite rationnelle », affirme Philippe Fénart. Même version chez Transdev. « Tous les conducteurs ont des stages de formation continue obligatoire à la sécurité des voyageurs (FCO), on en profite pour mettre l’accent sur l’aspect économie d’énergie, raconte le responsable de la filière production. Les résultats sont incroyables car globalement on consomme de 8 à 10 % de gazole en moins. » Selon lui, la conduite est un facteur-clé. C’est aussi le plus visible pour le client et le plus délicat à mettre en œuvre car il faut tenir dans la durée, les mauvaises habitudes de conduite pouvant rapidement reprendre le dessus. A Londres, des enregistreurs mémorisent même chacun des coups de frein, des débords et autres accélérations fulgurantes des bus en exploitation. Enfin, cerise sur le gâteau, avec la conduite plus souple, « on gagne aussi en sinistralité ». « Avec la conduite rationnelle, on engage un cercle vertueux, complète Claude Arnaud. Avec plus de confort, donc de qualité de service, et aussi moins d’accidents, donc des assurances moins chères… » Dans certains des réseaux Veolia, un accord est même signé avec les syndicats pour un intéressement à l’économie de consommation.
Des sites propres pour une meilleure insertion urbaine
Au même titre qu’une conduite sans à-coups est positive pour le réservoir, une conduite fluide est un plus indéniable. « C’est une réalité mécanique : plus on roule de façon fluide, moins on consomme », rappelle Georges Despaignes. Sur ce point, la balle est dans le camp des AO qui privilégieront ou non les sites propres. « En 2002, la protection des voies du PC à Paris avait amélioré la vitesse commerciale de 18 % », se remémore-t-il. Parfois, « une meilleure régulation des feux tricolores peut considérablement améliorer la consommation », précise Claude Arnaud chez Veolia.
Adapter l’exploitation
En l’absence de site réservé, on peut encore agir sur la facture énergétique en rendant le kilomètre plus efficace commercialement, c’est-à-dire en favorisant une bonne vitesse commerciale et des bus bien remplis. Cela peut parfois se faire au prix de modifications de tracés ou encore, comme le pratique Keolis, par le biais de la relève de véhicules. « Sur une même ligne, on peut mettre des bus articulés aux heures de pointe qui consomment 70 à 100 l aux 100 km et les remplacer par des bus classiques en heures creuses. » Finalement, quelques pourcentages grappillés de-ci de-là finissent par faire de grandes rivières d’économies. Et il reste encore des marges de manœuvres.
Cécile NANGERONI
La France propose de rénover le métro de Caracas
Le gouvernement français a présenté à l’exécutif vénézuélien une proposition de rénovation du métro de Caracas qui intéresserait le groupe industriel Alstom et aurait un coût initial de 500 millions d’euros. De sources diplomatiques, ce projet a été présenté le 30 septembre à la demande des autorités vénézuéliennes. La France propose une modernisation complète de la voie ferrée de la ligne 1 du métro ainsi que l’ajout de 10 trains de nouvelle génération qui permettrait une augmentation du service de 30 %. L’offre inclut aussi un plan de financement, des améliorations du service et des transferts de technologie (en ouvrant un Institut ferroviaire d’Amérique latine pour former localement des techniciens et des ingénieurs). La rénovation de la ligne 1 a suscité l’intérêt de plusieurs entreprises, dont Alstom qui a déjà participé à sa construction. Le métro de Caracas est utilisé chaque jour par 1,5 million de personnes.
le Topo va devenir le métro de Saint-Sébastien
En 2013, devraient s’engager les travaux de transformation de la ligne métrique dite Topo, en un axe de métro de l’agglomération de Saint-Sébastien. L’ingénierie et le projet définitif seront connus dans quelques jours. Il s’agit de construire une boucle souterraine de 4,35 km pour desservir l’hypercentre, de mettre à double voie le plus possible de ce qui fut une ligne secondaire, de stimuler l’intermodalité par une gare d’échanges avec la Renfe à Riberas Loiola et par une desserte de l’aéroport de Fontarabie. Ainsi, à l’horizon 2017, le Topo devenu « MetroDonosti » transportera 24 millions de voyageurs, contre 7 aujourd’hui et s’étendra sur 24 km. Coût des travaux : 700 millions d’euros, dont 200 pour la partie centrale, à financer par le gouvernement basque et l’exécutif de la province de Saint-Sébastien.
Incendie criminel dans un dépôt de bus à Lyon
Un dépôt de bus urbains a été incendié à Lyon dans la nuit du mardi 29 au mercredi 30 septembre, brûlant 34 bus du réseau TCL. « Cela représente 12 millions d’euros », a indiqué Bernard Rivalta, président du Sytral. L’opérateur Keolis a saisi le parquet, qui a indiqué dans la matinée que l’incendie était d’origine criminelle. Celui-ci survient alors que le réseau était déjà fortement perturbé par un mouvement de grève entamé le 24 septembre. Interviewé sur France Info, le marie de Lyon Gérard Collomb, a indiqué que l’incendie « ne peut pas être totalement un hasard », compte tenu du contexte actuel.
Seine-Eure : Veolia prend Transbord à Keolis
Né en 1993 et successivement exploité par Cariane puis Keolis, le réseau de transports en commun Transbord, qui dessert les 29 communes de la Case (communauté d’agglomération Seine-Eure) autour des villes de Louviers et Val-de-Reuil, change de mains. Après appel d’offres, Veolia Transport Nord-Ouest prend le volant pour 5 ans dans le cadre d’une DSP « en régie intéressée ». Ce transfert prévoyait également l’achat de véhicules neufs qui seront majoritairement construits par Heuliez et Dietrich d’ici 2012. A travers une offre très tôt diversifiée, Transbord transporte plus d’un million de passagers depuis plusieurs années.
Lancement du syndicat mixte Autolib?
Avec quelques mois de retard sur le calendrier, le syndicat mixte Autolib’, chargé de définir le système de location de véhicules électriques en libre-service à Paris et sa région, a tenu sa première réunion le 24 septembre. Présidé par Annick Lepetit, adjointe PS du maire de Paris, chargée des transports, il rassemble 26 communes de l’agglomération. Une douzaine de communes supplémentaires devraient y adhérer, ainsi que la région, qui pourrait faire son entrée « avant la fin de l’année ». Prochaine étape décisive, l’appel d’offres pour la délégation de service public devrait être lancé en décembre. Il concernera dans un premier temps 3 000 véhicules avec, in fine, un objectif de 4 000, accessibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept dans plus de 1 000 stations réparties entre Paris et son agglomération. Autolib’ devrait être lancé courant 2011.
En Allemagne, les OFP ont trouvé leur place
A côté des compagnies « longue distance », près de 300 opérateurs de proximité sont parvenus à développer un modèle économique rentable C’est une usine gigantesque, plantée au beau milieu de la campagne. A droite, des champs à perte de vue. A gauche, la petite ville de Harsewinkel et ses 24 000 habitants. C’est ici que le constructeur allemand de matériel agricole Claas s’est implanté avant la guerre. Depuis, le site n’a cessé de croître. Moissonneuses, tracteurs, charrues : plus de 400 000 machines sortent désormais des chaînes de montage chaque année. Face à l’ampleur des volumes à transporter, l’industriel décide de miser sur le train pour atteindre ses clients. Problème : l’embranchement ferré le plus proche est situé à 3 km de l’établissement. Claas passe alors un accord avec un opérateur local, Teutoburger Wald-Eisenbahn (TWE), qui se charge de construire une voie de raccordement. En échange, il obtient l’exclusivité d’exploitation de cette « miniligne » et l’ensemble des transports d’usine : les machines sont acheminées jusqu’à la gare de triage la plus proche avant d’être confiées à d’autres compagnies qui effectuent le transport longue distance, comme la Deutsche Bahn, par exemple. Loin d’être un cas isolé, la solution apportée par TWE, depuis racheté par Veolia, illustre le dynamisme des opérateurs ferroviaires de proximité outre-Rhin. Alors qu’en France le secteur est balbutiant, le voisin germain fait figure de modèle : 300 compagnies se livrent bataille sur le segment du fret, et les trois quarts d’entre elles opèrent sur des réseaux limités. Résultat : un trafic sur cinq est transporté sur une distance inférieure à 50 km, contre 6 % dans l’Hexagone. « En Allemagne, il existe une longue tradition de compagnies ferroviaires locales », avance Maria Leenen, directrice du cabinet SCI Verkehr. Tout commence au XIXe siècle avec la révolution industrielle. Pour soutenir l’activité économique naissante, de nombreuses collectivités achètent des trains et montent des réseaux ferrés secondaires. Leur mission : raccorder les usines locales aux ports ou aux grandes lignes de chemins de fer d’Etat. Un héritage toujours présent aujourd’hui : les Länder (états régionaux) ou les communes sont présents au capital d’un opérateur de fret ferroviaire sur cinq. « En France la création de la SNCF est intervenue en 1938 et a regroupé un grand nombre d’acteurs locaux », décrypte Martin Henke, directeur des questions ferroviaires à la fédération allemande des entreprises de transport VDV. « Chez nous, la nationalisation des chemins de fer a eu lieu dès 1879, laissant ainsi davantage d’espace au développement ultérieur des OFP. » Autre avantage de l’Allemagne : un tissu industriel dense et surtout très décentralisé. A l’image du fabricant de matériel agricole Claas, beaucoup d’entreprises sont implantées à l’écart des grandes agglomérations, quand en France l’activité est concentrée sur l’Ile-de-France ou autour de pôles régionaux. « Du coup, il est plus intéressant de monter des OFP dans des petites villes allemandes, car les tonnages à transporter sont importants », ajoute Martin Henke. Les opérateurs locaux ont aussi reçu un coup de pouce indirect de la Deutsche Bahn, lancée dans une cure d’amaigrissement drastique au milieu des années 90. Sous la houlette de son ancien patron Hartmut Mehdorn, la compagnie nationale se concentre alors sur quelques gros clients et délaisse plus de 6 000 contrats jugés trop peu rentables. En dix ans, elle abandonne aussi 2 000 km de voies secondaires dédiées au fret. Une aubaine pour les OFP : après de longues tractations, ils parviennent à mettre la main sur ces lignes dont la Bahn ne veut plus. D’un coup, le réseau local allemand double de taille pour atteindre 4 000 km. Ces nouveaux débouchés sont d’autant plus intéressants que le marché du rail s’est, entre-temps, ouvert à la concurrence. Du coup, les OFP peuvent s’aventurer au-delà de leurs frontières et emprunter le réseau national. « Au lieu de s’arrêter au premier embranchement, les OFP peuvent pousser un peu plus loin, jusqu’à des gares de triage plus importantes, par exemple », détaille Martin Henke. Quelques kilomètres supplémentaires qui suffisent à massifier les flux et donc à faire baisser les coûts : sur les trajets locaux, les prix fondent de 30 %. Cette évolution n’est pas pour déplaire à la DB, qui peut sous-traiter une partie de ses trafics de proximité à des tarifs devenus très compétitifs. « Sur certains segments, les OFP peuvent être en concurrence avec la DB, mais sur le créneau du wagon isolé, c’est la collaboration qui prévaut pratiquement à chaque fois, poursuit Martin Henke. La Bahn a même monté un département spécifique chargé des relations avec les OFP. » Mais cette situation « gagnant-gagnant » connaît néanmoins des limites. Avec la forte hausse du trafic ferroviaire de marchandises des dernières années, les voies ferrées régionales montrent de graves signes de fatigue. Traverses en bois attaquées par la moisissure, rails rouillés : les OFP manquent de moyens pour mener à bien les travaux qui s’imposent. Qu’elles soient privées ou financées par les collectivités locales, ces petites compagnies sont souvent propriétaires du réseau sur lequel elles circulent et, à ce titre, responsables de son entretien. Une mission pour laquelle elles ne reçoivent cependant aucune aide de l’Etat fédéral. « La Deutsche Bahn, en revanche, touche 2,5 milliards d’euros par an », rappelle la fédération allemande des entreprises de transport, qui réclame une meilleure répartition des allocations : 150 millions d’euros seraient nécessaires pour l’entretien et la maintenance des 4 000 km de voies régionales contrôlées par les OFP. Faute d’argent, la moitié de ce réseau pourrait disparaître. Malgré l’urgence, cette revendication est pour l’heure restée lettre morte. Certaines compagnies en font déjà les frais : sur l’une de ses lignes à l’ouest de l’Allemagne, la Westfälische Landes-Eisenbahn a dû se résoudre à limiter la vitesse des trains à 20 km/h. Les sillons se sont tellement dégradés que l’opérateur redoute un accident s’il roule trop vite.
Antoine HEULARD
Short-lines d’Amérique du Nord
Coup d’œil en Amérique du Nord, où les short-lines permettent de rassembler les wagons et de massifier les flux Il y a d’abord eu un constat : le fret ferroviaire local n’intéresse pas les chercheurs en France. D’où la volonté, début 2006, de lancer un projet de recherche sur le sujet, associant le Predit et l’Ademe. Le projet européen, baptisé Shortlines, est désormais achevé. Il a donné lieu à la publication d’un ouvrage, Quel fret ferroviaire local, coordonné par Lætitia Dablanc, chercheuse à l’Inrets, et publié par la Documentation française. Cet ouvrage s’intéresse notamment aux short-lines apparues en Amérique du Nord, qui permettent de rassembler les wagons et de massifier les flux.
Aux Etats-Unis, les short-lines ont une longue existence. On en comptait près de 1 000 en 1916 mais, avec le temps, leur nombre s’est considérablement restreint : elles n’étaient plus que 240 en 1970. La politique de libéralisation mise en œuvre dans les années 80 leur a donné une nouvelle vigueur. En particulier la législation comme le « Staggers Rail Act » a conduit à simplifier la gestion du réseau ferré et a favorisé l’apparition d’opérateurs privés gérant des lignes courtes distances. Une vague de concentrations a également eu lieu, faisant passer les grandes compagnies ferroviaires – également dénommées les Class 1 – de 56 à 6. Parallèlement, des compagnies régionales se sont développées. En dix ans, 230 short-lines ont vu le jour. Actuellement, elles sont plus de 550. « Aujourd’hui, un quart des wagons transportés par les Class 1 aux Etats-Unis ont été apportés ou récupérés par une entreprise short-lines, cette proportion étant en croissance », notent les auteurs du livre. Ils précisent que les Class 2 et 3 représentent 30 % du kilométrage des voies ferroviaires. Leur chiffre d’affaires est passé de 1,49 milliard de dollars en 2002 à 1,63 milliard en 2004, soit une augmentation de 9,1 %. « Les short-lines sont majoritairement détenues par des entreprises ferroviaires privées indépendantes, un petit nombre de chargeurs, des entités publiques ou des compagnies de Class 1 », écrivent-ils. Les chercheurs évoquent également une étude du département du Kansas, réalisée en 2005, qui montre que l’abandon de lignes courtes distances dans les milieux ruraux a pour conséquence une hausse du prix du grain pour les agriculteurs, du fait de l’augmentation du coût des transports. De ce fait, certains Etats aident financièrement au développement des services ferroviaires régionaux, notamment via des aides aux infrastructures. Le Canada a également vu un développement des short-lines, poussé par la restructuration du réseau ferré dans les années 1990. « Entre 1996 et 1999, Canadian National Railway (CN) et Canadian Pacific Railway (CP), compagnies de Class 1, ont transféré plus de 8 500 km de voies à des entreprises ferroviaires dites short-lines ou CFIL (chemin de fer d’intérêt local) », rappellent les auteurs de l’ouvrage. « Ces lignes, identifiées comme déficitaires dans le cadre de l’exploitation par les compagnies de Class 1, sont alors exploitées par les short-lines avec une rentabilité liée à une structure différente : peu d’employés par compagnie, exécutant une grande variété de tâches, “ententes” de travail moins contraignantes que celles des chemins de fer de catégorie 1, épargne sur les coûts d’équipement (locomotives moins récentes), investissement limité et frais de structures (locaux, publicité…) plus bas. » Mais il y a un revers à la médaille. Si les short-lines rentabilisent les lignes jusqu’alors déficitaires, leurs marges sont très faibles. D’où des investissements limités dans les infrastructures et le matériel. « La dépendance aux subventions publiques pour l’entretien et l’aménagement des infrastructures peut constituer une tentation et, pour certaines compagnies (notamment au Canada), fait partie intégrante du système », peut-on lire dans l’ouvrage. « Le fait que les short-lines soient un élément direct de stratégie des Class 1 peut également constituer un élément de fragilité supplémentaire pour ces opérateurs de courte distance, qui sont finalement dépendants des trafics fournis par les Class 1 et de la mise à disposition des wagons. »
Marie-Hélène POINGT