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  • Lille muscle ses réseaux

    « Mon métier a changé. » Chargé des transports publics de Lille Métropole Communauté urbaine (LMCU) depuis 2001, Eric Quiquet (Verts) prend un peu de recul. « J’ai passé mon premier mandat à trouver des usagers, à convaincre les gens de prendre les transports en commun. Je vais passer le second, maintenant, à redimensionner le réseau, pour gérer la croissance ! » Effectivement, les chiffres de fréquentation augmentent, augmentent, augmentent… Et de plus en plus vite. « On est au seuil de l’emballement ! »
    « Tous les ans nous avons maintenant 10 millions de voyages en plus, se réjouit l’élu. Fin août, sur douze mois courants, nous en étions à 142 millions. ça nous fait un rythme de croissance, très, très soutenu, de 7,2 %. Nous atteindrons les 150 millions vers mars ou avril. Quand j’ai pris la responsabilité du réseau en 2001, nous en étions à 106 millions de voyages, et c’était une année de baisse du trafic. » Il s’agit d’un effet boule de neige vertueux, observe-t-il : « Les habitants de la Métropole prennent de plus en plus les transports en commun, et les habitants de la région Nord-Pas-de-Calais prennent de plus en plus le TER et viennent de plus en plus à Lille en TER, et sont en correspondance, généralement à la gare de Lille Flandres, avec notre réseau. » L’agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing connaît « un changement structurel dans la mobilité », poursuit Eric Quiquet, qui cumule les fonctions d’adjoint au maire de Lille, de vice-président de LMCU et de président du Syndicat mixte des transports de Lille Métropole. Une enquête ménages réalisée en 2006 avait déjà montré une baisse de la mobilité en voiture (-12 % par rapport à la précédente enquête de 1998), tandis que l’usage des transports collectifs urbains progressait fortement (+40 %). La tendance est confirmée : on se bouscule dans les métros, trams et bus de l’agglomération, tandis que la consommation de carburant recule aux pompes de la région, et que les parkings payants sont moins remplis en ville. Du coup, la Communauté urbaine s’attend maintenant à ce que le cap des 200 millions de voyageurs dans les transports en commun soit franchi en 2013 ou 2014, « alors que le PDU, voté en 2000, l’envisageait entre 2015 et 2020 ! » « Cela nous impose, sur le tard, de redimensionner notre réseau pour imaginer les transports en 2020, souligne Eric Quiquet. Ce qui commence par muscler l’existant. » Et cet existant à muscler commence par le Val, le métro automatique dont la première ligne est de plus en plus bondée aux heures de pointe. S’il ne compte pas intervenir pour l’instant sur le tramway, le Mongy reliant Lille à Roubaix et Tourcoing qui a été entièrement rénové en 1994, l’élu veut lancer un tram-train qui serait très urbain dans la traversée de Lille. Il compte aussi poursuivre l’effort sur les bus, avec la création de nouvelles lignes à haut niveau de service et l’acquisition de véhicules supplémentaires. Sans oublier le vélo, les voitures en libre service (autopartage), etc. Et aussi l’aménagement de pôles d’échanges, à l’image de ceux qui viennent d’ouvrir ces derniers mois à la gare de Lille Flandres ou à Armentières. « Le maître mot, c’est complémentarité entre tous les modes, insiste Eric Quiquet. Pour rester une Métropole qui garantirait la liberté de mouvement de ses habitants. » On devrait retrouver son programme dans la prochaine version du PDU de la Métropole, actuellement en révision. Ledit programme est assez ambitieux ; Eric Quiquet entend l’étaler au-delà de la mandature qui commence : « Dans les dix ans qui viennent, on est sur un milliard d’euros d’investissements. On ne règlera pas tout dans ce mandat, mais, au moins, il faut lancer les chantiers ! » Ici comme ailleurs, « des arbitrages seront à opérer », note-t-il attendant plus d’argent de la Région – « qui a beaucoup aidé les tramways de Valenciennes et Douai, et peut donc aider Lille » – que de l’Etat. Ces investissements seront à décider lors d’un conseil communautaire en mars ou avril 2009. C’est-à-dire un peu plus tard que ce qui était annoncé jusqu’à présent.

    Lancer un nouveau « plan bus ».
    « Le bus a trop longtemps été le parent pauvre des transports en commun dans la Métropole. On l’a délaissé quand on a choisi d’avoir une vitrine technologique avec le Val. » Jugement sévère d’Eric Quiquet. D’où le Plan bus 2006-2009, dont la mise en œuvre s’achève : il visait à augmenter l’offre d’un tiers, grâce notamment à l’achat de 102 nouveaux bus (et la création de deux dépôts… ce qui a au passage permis la création de 300 emplois), afin de gagner 10 millions de voyageurs supplémentaires. Les premiers résultats sont là : sur les douze derniers mois, la fréquentation des bus était en hausse de 12 %. Une première ligne de bus à haut niveau de service (BHNS), appelée par l’exploitant Transpole Liane 1 – Keolis, le groupe qui pilote Transpole, a apporté le nom Liane déjà utilisé à Brest et Dijon, et parle volontiers de « bus à niveau élevé de service » –, a été ouverte en janvier. Longue de 25 km, dont 5,5 km en site propre, elle relie Ronchin, Lille, Wambrechies et Comines, avec des bus se succédant toutes les sept à dix minutes. « La Liane est déjà un succès, avec plus de 13 000 voyageurs par jour, constate le patron des transports à la Communauté urbaine. On a de la fréquence soutenue, et les gens savent qu’ils n’attendront pas trop longtemps. » Cinq autres lignes de BHNS sont dans les cartons : Loos – Lille (CHR Calmette) – Wattignies, Roubaix – Hem, Roubaix – Wattrelos, Tourcoing – Wattrelos et Tourcoing – Roncq – Halluin. Eric Quiquet ne compte pas en rester là. « Je souhaite qu’on poursuive notre rattrapage en matière de bus, dit-il. Il faut passer de 400 à 500 bus, ce qui implique de construire un dépôt supplémentaire. » Il y en a pour environ 85 millions d’euros.

    Doubler la capacité de la ligne 1 du métro.
    Depuis son ouverture en 1983, le métro de Lille est exploité avec de courtes rames, longues de 26 m. Ce qui commence à faire un peu juste… Comme à Toulouse, on envisage de doubler la longueur des rames de la ligne 1, en faisant circuler des unités doubles longues de 52 m. Mais contrairement à Toulouse, les stations ont été conçues pour, ce qui limitera les travaux. Il faudra cependant remettre les systèmes à niveau, et acheter de nouveaux véhicules. Et il y en a pour 420 millions d’euros ! « On sait qu’on doit muscler la ligne 1, car on risque la thrombose, en 2014 ou 2015, note Eric Quiquet. Le chantier de 52 m de la ligne 1 devra commencer dans ce mandat, on n’a pas le choix ! » LMCU est-elle donc condamnée à ne faire que ça, au détriment d’autres projets ? Pas sûr, répond son vice-président chargé des transports : « On regarde comment étaler le chantier sur dix ans, comment on peut exploiter la ligne avec à la fois des rames à 52 m et des rames à 26 m. Car ce qui est le plus cher, c’est le matériel. On n’a pas de certitude, mais on y travaille. »

    Prolonger quand même un peu le métro.
    « Etendre le métro automatique est la boîte de Pandore que j’ai toujours refusé d’ouvrir, lance Eric Quiquet. L’investissement métro correspond à une autre époque ! » En ces temps de vaches maigres et de rééquilibrage du réseau vers des modes moins lourds et sur l’ensemble du territoire, l’élu Vert est sans appel : il faut oublier les prolongements évoqués dans le PDU de 2000 et le schéma directeur de 2002 (évoqués à horizon 2015, dans ce dernier), vers Wattrelos, la gare de Pérenchies ou Mouscron en Belgique. Sans parler des lignes 3 et 4 des plans des années 1970… « Toutefois, note-t-il, la seule extension que je trouve cohérente et souhaitable, c’est d’ajouter deux stations vers Eurasanté », le parc d’activités dédié à la biologie et à la santé qui pousse à quelques encablures de l’actuel terminus CHR B.-Calmette de la ligne 1 du métro. Ce court prolongement faisait partie des promesses électorales de la maire de Lille Martine Aubry lors des dernières municipales. Il coûterait 160 millions d’euros.

    Lancer le tram-train.
    Le tram-train, un serpent de mer à Lille ? Le PDU de 2000 évoquait « l’utilisation possible de certaines voies ferrées en service ou actuellement désaffectées par du matériel plus léger comme un tramway “ hybride ” interconnecté avec une circulation sur voies ». Adopté deux ans plus tard, le schéma directeur de l’agglomération était déjà beaucoup plus précis, et envisageait des lignes dans toutes les directions, s’appuyant à Lille sur une nouvelle gare régionale à créer à la place de la gare de marchandises de Saint-Sauveur (près de l’hôtel de ville) et prévoyant une branche vers l’aéroport. Une étude a depuis été réalisée par le cabinet allemand TTK, chantre du tram-train. « Mais Pierre Mauroy, l’ancien président de LMCU, n’a jamais été vraiment chaud, raconte Eric Quiquet. Il a toujours dit : “ Continuez à faire des études ”… L’étude existe. Avec des trafics plus que faibles pour des coûts importants. » La Communauté urbaine souhaite maintenant partir sur de nouvelles bases. Il s’agirait de créer peu à peu un réseau suburbain qui s’appuierait sur une partie urbaine forte (promise par la gauche lilloise aux dernières municipales) : « Ce que je souhaite, c’est travailler sur deux lignes. Je plaide pour un tramway qui traverse des zones urbaines denses et qui génère du trafic, et donc passe dans le centre-ville. » Le tracé qu’il préconise part de Seclin, au sud, remonte vers Lille par l’ancienne route d’Arras (la D549), entre en ville par la porte d’Arras, passe à proximité de la gare (pour ceux qui connaissent par les rues d’Arras, de Paris, du Molinel et l’avenue de la Liberté puis la façade de l’Esplanade) et gagne Saint-André, où le tram-train récupèrerait la voie ferrée qui mène vers Comines, à la frontière belge. Une voie ferrée peu utilisée que la Communauté urbaine rachèterait bien à RFF pour un euro symbolique. L’idée est de « lancer cette première ligne », qui coûterait 300 millions d’euros, avant les prochaines élections, dit-il. C’est-à-dire, plus concrètement ? « C’est difficile à dire… attaquer les travaux à la fin de ce mandat, ou au début du prochain. » Une seconde ligne, se branchant sur la première dans le centre de Lille, conduirait ultérieurement vers le sud-ouest passant par Porte des Postes (en correspondance avec les deux lignes de métro), Loos et Haubourdin, avant de récupérer une voie ferrée qu’il faudra quadrupler vers Don-Sainghin. Quoi qu’il en soit, il n’est pas prévu avant longtemps de connexion entre le futur tram-train (nécessairement à voie normale) et le Mongy (qui est à voie métrique). Quant au secteur de la gare Saint-Sauveur, appelé à se développer, il n’aurait plus vocation à accueillir une gare régionale, mais pourrait être relié au réseau le cas échéant. Il est de toute façon surplombé par le métro (aérien à cet endroit), et il est possible d’ajouter une station.

    Une nouvelle DSP, avec des vélos en libre-service et peut-être l’autopartage.
    La délégation de service public (DSP) qui lie le Syndicat des transports à Keolis arrive à terme fin 2009. L’occasion pour les élus d’exiger plus de son opérateur… ou à d’autres. « Dans l’appel d’offres pour la DSP l’an prochain, nous allons demander aux candidats de proposer une offre de vélo en libre service, indique par exemple Eric Quiquet. On table sur un minimum de 5 000 vélos », qui seront déployés « en milieu urbain dense », c’est-à-dire Lille et sa première couronne, Roubaix-Tourcoing-Wattrelos, Villeneuve-d’Ascq, Seclin, Armentières… Certains les appellent déjà Vélille. A cet égard, l’élu annonce l’organisation au printemps d’états généraux consacrés au vélo. Avec une mise en garde déjà très claire : « C’est donnant, donnant. Les maires qui ne joueront pas le jeu et n’offriront pas d’aménagement pour les cyclistes ne verront pas la couleur des vélos en libre service ! » En ligne de mire, il a surtout les municipalités du « Versant nord-est », du côté de Roubaix-Tourcoing. L’usage des vélos y a baissé ces derniers temps, alors qu’il prospère sur Lille… « L’objectif est de multiplier par quatre l’usage du vélo dans la Métropole d’ici 2020, pour arriver à 8 %. C’est ambitieux mais faisable. De l’autre côté de la frontière belge, en Flandre, on est à 20 %. Ce n’est donc pas irréaliste ! » Une idée pour décharger le réseau de transports publics serait notamment de « sortir les scolaires des modes lourds aux heures de pointe pour les installer sur des vélos en libre service, qui seraient gratuits pour eux ». La DSP pourrait aussi comprendre un service d’autopartage, et aussi des navettes fluviales sur la Deûle.

    Une nouvelle billettique, vers un « passeport métropolitain ».
    « La grande révolution, aujourd’hui silencieuse, qui attend les Métropolitains, c’est la billettique. » Un brin théâtral, Eric Quiquet attend beaucoup du nouveau système de télébillettique qui devrait vers 2011 ou 2012 remplacer les titres de transport actuels par des supports de type carte à puce sans contact. Il s’agit d’offrir un billet commun aux réseaux urbains des différentes agglomérations de la région, aux services interurbains et aux TER. Mais pas seulement : le nouveau sésame devra aussi permettre de payer son parking, d’enfourcher des vélos en libre service, de prendre un taxi… et pourquoi pas de payer son entrée à la piscine ou d’emprunter des livres à la bibliothèque municipale ? En somme, « un vrai passe mobilité qui intègre les services de la ville qu’on habite », ou, dit autrement, « une sorte de passeport métropolitain ». Comme le résume le vice-président de Lille Métropole, « cette carte doit être l’alternative complète et totale à la voiture ». Si elle n’a pas encore de nom, elle a un coût : 30 millions d’euros, qui devraient être autofinancés par la hausse du trafic et la baisse de la fraude.
     

    François ENVER

  • Strasbourg prolonge son tramway à l’ouest

    Neuf mois après son élection, le maire de Strasbourg, a obtenu l’accord pour lancer son projet d’extension de la ligne A du tramway Neuf mois après son élection, Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, a obtenu l’accord du Conseil de communauté urbaine pour lancer son projet d’extension de la ligne A du tramway. Le coût de l’infrastructure à construire en banlieue Ouest est estimé à 47 millions d’euros, sur une longueur de 3,1 à 3,4 kilomètres autour du quartier de Hautepierre. Esquissée depuis un an dans son programme d’action municipale, la desserte de la salle de spectacles du Zénith (10 000 places) est jugée indispensable les soirs de concerts, où l’offre de navettes autobus de la Compagnie des transports strasbourgeois ne donne pas satisfaction. Deux motivations supplémentaires se greffent au projet de Roland Ries : la branche nord de la ligne A sera prolongée jusqu’à Oberhausbergen, où un parking-relais est prévu à proximité de la VLIO, la future rocade routière de liaison intercommunale Ouest. Elle comptera trois nouvelles stations, et son aménagement entraînera la démantèlement de 300 mètres d’infrastructures au terminus actuel de Hautepierre-Maillon (photo). La branche sud, appelée ligne A2, franchira l’autoroute A351, a priori par un pont routier existant. Elle desservira le nouveau quartier d’habitat mixte des Poteries (7 000 habitants) par trois nouvelles stations. La desserte du Zénith ne sera assurée qu’épisodiquement par débranchement sur voie unique. « Le projet doit être bouclé avant la fin du mois de janvier 2009 », annonce Roland Ries. « Le développement du réseau sur le secteur de Hautepierre répond à l’appel à projets lancé par l’Etat suite au Grenelle de l’environnement. Un quart de l’investissement en infrastructures est subventionnable, voire davantage si Hautepierre est reconnu comme un quartier à désenclaver prioritairement dans le plan banlieue. »     
     

    Olivier MIRGUET

  • Gruau, un microbus qui plaît à tout le monde

    Le Microbus s’est répandu doucement mais sûrement dans les agglomérations. Des caractéristiques simples : 22 places, plancher bas intégral, trois motorisations possibles (thermique, hybride et électrique) qui ont fait son succès. Le matériel imaginé par l’industriel lavallois Gruau a surtout séduit des villes moyennes (Douai, Perpignan, Béziers, Royan, Amiens…), mais de plus grandes métropoles s’y sont également essayé, pour de petits parcours à la demande bien identifiée (Nantes, Amiens). Polyvalent, le Microbus est adapté aussi bien à des centres-villes denses que pour du transport spécifique (handicapés ou transport à la demande). Il correspond à l’évolution de la demande de nombreuses collectivités qui souhaitent mettre en place des offres plus proches des besoins d’une population peu concernée par le transport capacitif.

  • Un barreau de 10 km pour relier la Picardie à Roissy

    Prolonger jusqu’à Amiens des TGV desservant Roissy Un rêve qui pourrait devenir réalité dans une douzaine d’années avec la relance du projet Creil – Roissy par RFF Le chaînon manquant entre l’aéroport Charles-de-Gaulle et la ligne Paris – Chantilly qui rejoint l’étoile ferroviaire de Creil représente à peine une dizaine de kilomètres de voies à construire. Et ce dans un environnement « relativement peu contraint », assure Yves Jouanique, directeur régional RFF Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Une large concertation est lancée, avec l’objectif d’aboutir à un débat public au premeir trimestre 2009. Il s’agit d’un projet inscrit au contrat de plan 2000-2006 en Picardie (puis au contrat suivant) et dont les premières études remontent à cinq ans. Elles sont complétées par quatre études lancées l’été dernier, dont on attend les conclusions en fin d’année. Particularité du projet : intéresser avant tout les Picards en se situant sur le territoire francilien. Son caractère interrégional apporte donc une certaine complexité. Mais depuis que l’Ile-de-France l’a aussi inscrit à son contrat de Projets 2007-2013, ses chances d’aboutir sont plus grandes. Quel intérêt à ce barreau ? D’abord, offrir une liaison directe à la clientèle de l’aérien résidant en Picardie et dans le nord-ouest francilien, ensuite, aux 15 000 Picards qui travaillent sur la plateforme aéroportuaire et à autant d’habitants du Val-d’Oise. On leur proposerait 2 TER par heure. Enfin, connecter l’Amiénois au réseau à grande vitesse. Il y a en effet 60 TGV quotidiens vers 130 destinations à CDG2 TGV. Un marché de 15 millions de déplacements par an, dont on peut capter 20%.
    Selon les hypothèses, ce projet coûterait de 200 à 500 millions d’euros. « Il y a deux familles de variantes, poursuit-il. Celles concernant l’origine et l’aboutissement de la ligne et celles liées à l’exploitation : faut-il des TER aptes à rouler sur une LGV ou des TER-GV comme en Nord-Pas-de-Calais ? » Une solution de base s’appuierait sur un barreau Louvres – Roissy accessible par le nord et par le sud. L’inconnue qui subsiste concerne la gare de Roissy : ses deux voies traversantes inutilisées suffiraient-elles ? Des discussions en cours avec ADP, le Stif, le conseil régional d’IDF permettront de trancher car peut-être faudra-t-il construire une nouvelle gare…
     

    Cécile NANGERONI

  • L’activité fret de la Bahn rattrapée par la crise

    Les difficultés de l’industrie automobile et du secteur de la chimie plombent les commandes de la compagnie, qui prévoit des mesures d’économie Trains annulés, commandes en berne. Les activités de fret ferroviaire de la Deutsche Bahn sont rattrapées par la récession en cours. « Nous sommes au bord d’un précipice dont nous ne connaissons pas la profondeur », affirme le patron de la compagnie, Hartmut Mehdorn. Dans le pire des scénarios, la DB pourrait réduire ce mois-ci de 40 % le nombre de ses trains de marchandises par rapport à décembre 2007.
    En cause : la baisse de la production industrielle, notamment dans les secteurs de la chimie ou de l’automobile. Deux branches qui comptent parmi les plus gros donneurs d’ordres de l’opérateur. « S’ils produisent mois, cela se traduit automatiquement par une réduction de leurs besoins de transport », explique un porte-parole.
    Par ricochet, le trafic de voyageurs pourrait lui aussi souffrir : avec la multiplication des mesures de chômage partiel, le nombre de travailleurs qui se déplacent risque de se contracter.
    Résultat : Hartmut Mehdorn veut prendre des mesures d’économie. Gel des embauches, pause de Noël rallongée pour certains salariés ou limitation des heures supplémentaires : l’objectif est de contenir les surcapacités. Autre « possibilité » envisagée : la suppression de 4 000 postes d’intérimaires.
    Mais, pour nombre d’observateurs, ces déclarations permettent surtout au chef de la DB de mettre la pression sur les syndicats, alors que les deux parties s’apprêtent à entamer un nouveau round de négociations salariales.
    Transnet, la plus grosse organisation de cheminots, réclame une hausse des salaires de 10 %. « Mehdorn cherche à faire peur à ses salariés, rien de plus », conclut l’éditorialiste du Financial Times Deutschland.
     

    Antoine HEULARD

  • Rhône-Alpes, pionnière du cadencement

    Plus que les autres, une région a suscité l’intérêt cette année : Rhône-Alpes, la pionnière, qui a fait basculer à la fin 2007 tous ses TER à l’heure du cadencement. Un an après, le bilan est jugé positivement, tant du côté régional que de celui de la SNCF ou de Réseau Ferré de France (RFF).
    Le challenge n’était pourtant pas évident, et les débuts ont été difficiles, voire « éprouvants », à en croire Guillaume Pepy, le président de la SNCF. Déjà, le seul fait du cadencement a fait reprendre totalement l’organisation et les horaires des trains. Ensuite, le changement s’est accompagné d’un accroissement de l’offre de 10 %. Enfin, une série d’incidents exceptionnels, comme le déraillement d’un TGV entre Bourg-en-Bresse et Ambérieu, ont fortement perturbé le lancement du nouveau service. « Au démarrage, il y a eu des tensions fortes, beaucoup de plaintes. Mais depuis, ça s’est calmé, c’est en voie d’amélioration », commente Gabriel Exbrayat, le responsable de la Fnaut Rhône-Alpes (Fédération nationale des associations d’usagers des transports).
    Au bout de neuf mois, en septembre dernier, la SNCF a estimé être enfin sortie de la période de rodage. « On retrouve un niveau de qualité équivalent à celui d’avant le cadencement, alors que nous avons ajouté cent trains supplémentaires aux 1 100 déjà en service. La ponctualité moyenne est proche de celle de 2007, tournant autour de 88 %. Ce n’est pas suffisant. La région souhaite un taux de 92 %. Nous visons 91 % dans trois ans. Nous savons que nous avons encore d’importants progrès à réaliser », reconnaît Gilles Cheval, le directeur délégué TER Rhône-Alpes à la SNCF.
    Ce taux moyen de régularité cache de fortes disparités entre les lignes qui fonctionnent bien, comme Lyon – Saint-Étienne, Lyon – Roanne, l’ouest lyonnais ou l’axe Villefranche – Vienne, et celles qui plombent les résultats, comme Lyon – Grenoble, l’épine dorsale du réseau TER, complètement saturée avec une infrastructure qui n’est plus adaptée au trafic. Ou comme le sillon alpin (Valence – Grenoble et Grenoble – Chambéry). « Globalement, l’état du réseau n’est pas terrible. Nous disons : attention, on ne peut pas passer au cadencement si les lignes ne sont pas aptes à l’accueillir. Le cadencement doit se faire, mais sans dégradation de service. Sur le sillon alpin par exemple, des trains Grandes Lignes ont été supprimés, ce qui a complètement désorganisé le service. Maintenant, il y a beaucoup moins de liaisons avec Genève », souligne Gabriel Exbrayat, qui vient de transmettre un rapport sur la mise en place du cadencement en Rhône-Alpes à l’Association des régions de France (ARF).
    Les mauvaises performances s’expliquent aussi par les nombreux chantiers menés actuellement dans la région, qui se traduisent par des diminutions de capacité sur certaines liaisons, des ralentissements et au final, une situation fragile où le moindre incident a des répercussions en chaîne sur les trains suivants. Car la force du cadencement (une circulation de trains ininterrompue, qui se suivent à un rythme soutenu et régulier à la minute) est aussi sa principale faiblesse : il fonctionne comme un jeu de quilles et fait dépendre tous les trains les uns des autres. « Partout où nous avons des chantiers, la régularité n’est pas très bonne », note Gilles Cheval.
    Il faudra donc encore patienter pour bénéficier de tous les atouts du cadencement. « Il y aura des sauts de qualité ligne par ligne. Nous devrions progresser mais de façon assez faible dans les mois à venir, dans la mesure où les travaux continuent ou redoublent sur certaines lignes », estime Gilles Cheval, qui voit le bout du tunnel à l’horizon 2011 ou 2012. A ce moment-là, les chantiers auront bien avancé, même si des travaux sont programmés jusqu’en 2015, en particulier sur le sillon alpin pour lequel plus de 300 millions d’euros doivent être engagés. Entre-temps, vers 2010, 80 % du matériel seront neufs ou rénovés, ce qui contribuera aussi fortement à améliorer la qualité du service, la fiabilité et la ponctualité.
    Reste que, malgré les aléas et les défauts de jeunesse, les clients affichent leur satisfaction. Un sondage réalisé dans les trains en mai par Ipsos montre que 74 % des personnes interrogées apprécient la nouvelle grille horaire des TER. 80 % estiment aussi qu’elle leur apporte « plus de lisibilité et de simplicité dans l’utilisation des TER », se félicite la région.
    Autre signe de la réussite, la fréquentation est au rendez-vous. Après un début jugé timide (malgré une hausse du trafic de + 4 à + 5 % les premiers mois de l’année), les hausses de fréquentation affichent désormais deux chiffres depuis avril. En juillet et en septembre, elles dépassent les + 13 %.
    Pour faire encore mieux connaître le TER, la SNCF et la région ont lancé d’importantes campagnes de publicité, notamment autour des prix pratiqués, très attractifs comparés au coût de déplacements en voiture. Elles ont aussi démarché 1 300 entreprises et collectivités pour les aider à élaborer leurs PDE (plans de déplacements d’entreprises). Sur ce total, 300 ont été concrétisés. Autant d’initiatives nouvelles qui contribuent aussi à booster le TER. « A terme, le bilan du cadencement sera positif. N’oublions pas que la Suisse a mis 20 ans pour arriver au degré de cadencement tel qu’il existe aujourd’hui », observe Gabriel Exbrayat.
     

    Marie-Hélène POINGT

  • Le viaduc de la Savoureuse est lancé

    La dernière semaine de novembre a vu le premier lançage, par Eiffel-Eiffage, du tablier du viaduc qui permettra à la future LGV Rhin-Rhône de franchir la Savoureuse, au sud de l’agglomération belfortaine. Outre le cours d’eau arrosant Belfort, cet ouvrage d’art enjambera sur 792 m la RD 437, le canal de la Haute-Saône et l’autoroute A 36. L’un des plus longs des 12 viaducs de la branche est de la LGV Rhin-Rhône présente la caractéristique de reposer sur des tétrapodes qui seront au nombre de 13.

  • Le vélo au Mans : doucement, doucement

    L’agglomération du Mans n’a pas de chiffres quant au développement des vélos, mais selon Bruno Melocco, « leur présence est plus visible grâce aux aménagements autour du tram ». Par ailleurs, un pôle vélo (gardiennage, petits entretiens, location) est à l’étude à la gare, suite à une forte demande liée à l’intermodalité vélo/train. Il devrait être mis en place avant l’été 2009. Le projet de location de vélos avance plus prudemment « autour de trois ou quatre points de location, et non vers une solution borne à borne comme le vélib’, précise Dominique Niederkorn. Nous souhaitons mettre en place une vérification humaine à chaque location, nous allons chercher un prestataire de service. »

  • Tram du Mans : 1 an et 10 millions de voyageurs

    Le succès du tram du Mans a modifié les habitudes de déplacement et a entraîné la création d’une zone piétonne en centre-ville. Le Mans ne compte pas s’arrêter là Le 17 novembre 2007, Le Mans inaugurait sa première ligne de tramway. Un an après, la fréquentation du tram dépasse toutes les espérances : 47 000 voyages par jour, 43 % de voyages en plus sur le réseau (bus + tram). « C’est un véritable succès populaire » affirme Dominique Niederkorn, élue Vert, en charge des transports. Avant l’arrivée du tramway, le bus transportait moins de 390 000 voyageurs par semaine. Dès sa mise en circulation, ce chiffre est passé à près de 500 000. Aujourd’hui, le réseau compte environ 560 000 voyages hebdomadaires, dont la moitié sur le tramway. A elle seule, la ligne de tramway transporte donc l’équivalent de l’ensemble du réseau de bus. Lors des 24 heures du Mans, le tram a atteint un record de fréquentation avec plus de 52 000 voyages dans la journée.

    7 000 nouveaux abonnés en un an.
    Autre preuve du succès du tram, l’explosion des abonnements. Plus de 7 000 nouveaux abonnés depuis le lancement du tram. Parmi ceux-ci, on recense une proportion importante de salariés et d’étudiants. Sur ces deux catégories, les abonnements progressent de 40 % par rapport à 2007. Ainsi, les salariés qui étaient moins de 4 000 en septembre 2007 sont plus de 5 300 en septembre 2008. « Le tram fait l’unanimité, renchérit Jean-Claude Boulard, maire du Mans. De plus, il est arrivé dans un contexte favorable, lié à la hausse du prix de l’essence. » Et le tram est désormais inscrit dans le quotidien des Manceaux, les variations à la baisse n’empêchent pas les abonnements de progresser. « Si la prime de transports promise par Fillon pour subventionner les déplacements domicile-travail s’impose, on peut parier sur une hausse encore plus forte » se réjouit Dominique Niederkorn. Le prix mensuel de l’accès au réseau pour le salarié serait alors divisé par deux (il est actuellement de 27,50 euros).

    30 % de voitures en moins.
    Les Manceaux ont également modifié leurs habitudes de déplacement. Les embouteillages ont diminué sensiblement, particulièrement à l’entrée sud de la ville. « La circulation est plus apaisée et la qualité de vie des riverains s’est améliorée » affirme Dominique Niederkorn. « Sur les grands axes du tram, la circulation automobile a diminué de près de 30 %, sans report équivalent sur les autres axes ; il existe donc un vrai report modal, surtout lié à de nouvelles pratiques des Manceaux eux-mêmes, plus que des personnes extérieures » constate Bruno Melocco, chargé de mission tramway à Le Mans métropole.

    La piétonnisation du centre-ville.
    Le tram amène également plus de monde en centre-ville. « Le Mans est une ville très étalée, le tram rend donc plus facile la venue dans le centre-ville ; le samedi en particulier, les familles affluent », explique Dominique Niederkorn. « Le centre-ville est beaucoup plus fréquenté et plus tardivement, confirme Bruno Melocco. Non seulement cela se remarque de visu, mais les chiffres sont assez parlants. » Le système de billettique mis en place en septembre 2007 donne en effet des éléments intéressants (ils seront complétés en 2009 par une enquête d’utilisation du tram) « Ces données montrent une fréquentation importante de l’arrêt République situé au centre-ville, qui concentre à lui seul 15 % des voyages de la ligne. De plus, les trois arrêts du centre-ville représentent 25 % de la fréquentation » commente Sylvain Rochat, de la Setram (société d’économie mixte des transports en commun de l’agglomération mancelle). L’effet induit est le vote courant novembre d’une zone piétonne sur tout un quartier du centre, déjà piéton le samedi après-midi. Cette piétonnisation sera mise en place le 15 décembre à l’occasion du marché de Noël… malgré quelques oppositions de commerçants.

    Les projets à venir.
    Après la première ligne de tramway, quel avenir pour les transports en commun au Mans ? Une certitude : les conseils de la ville et de la communauté urbaine ont voté une délibération en novembre actant un développement du transport en commun en site propre (TCSP). Des études vont être lancées pour ces prolongations. Actuellement, il est envisagé une extension du réseau ferré tramway de 3 km vers le nord-est. Selon Jean-Claude Boulard, « ce serait en fait une seconde branche », comme celle de l’Espal. Vers le sud-ouest, l’extension de taille équivalente se ferait en site propre avec un bus à haut niveau de service (BHNS). « Nous attendons d’avoir une certitude quant au financement » déclare Jean-Claude Boulard. Avec un budget total de 302 millions et à 20 millions d’euros le kilomètre, Le Mans s’est payé le tram le moins cher de France. Le projet actuel (tram + BHNS) est évalué à 110 millions d’euros. Mais Le Mans ne partira pas sans une participation importante de l’Etat et des autres collectivités locales. Or pour la première ligne, le conseil général n’a pas participé. Quant à l’Etat, il a fait faux bond : sur près de 43 millions d’euros promis, seuls 12,4 millions ont été réellement versés. Le Mans Métropole va répondre à l’appel à projets lancé par l’Etat dans le cadre du Grenelle de l’environnement. « Le Grenelle prévoit 2,5 milliards d’euros pour les transports en commun, pour en bénéficier, il faut déposer un projet d’ici la fin 2008, ce que nous allons faire, affirme Dominique Niederkorn. Mais cette fois-ci, nous attendrons un vrai contrat de la part de l’Etat. » Le collectif transports de l’agglomération mancelle (CTAM) pousse à la roue. Comme pour la première ligne, il a symboliquement inauguré en décembre 2007 une seconde ligne de tramway nord-est/sud-ouest, en croix sur la première (nord-ouest/sud-est). Pour le collectif, « sa réalisation serait un signe fort de la part de la municipalité de prendre en compte les problèmes d’émissions de gaz à effet de serre. Toutes les villes qui se sont dotées d’un tramway ne se sont pas limitées à une seule ligne, devant le succès de ce mode de transport, la réalisation d’une 2e voire d’une 3e ligne s’est rapidement avérée indispensable. »
     

    Sylvie LUNEAU

  • Des corridors prioritaires pour le fret européen

    Bruxelles va ajouter dans les prochaines semaines un nouvel élément à son dispositif législatif, afin de donner de l’élan au transport de marchandises sur rail Objectif : revitaliser le fret ferroviaire en Europe. Une tâche dantesque : pour mémoire, selon les statitistiques officielles, dans l’Union européenne en 2006, le rail détenait 17 % de parts de marché, la route 73 %. Bruxelles va ajouter dans les prochaines semaines un nouvel élément à son dispositif législatif, afin de donner de l’élan au transport de marchandises sur rail. Annoncé il y a un an, le réglement « relatif au réseau ferroviaire européen pour un fret compétitif » est en cours de peaufinage avant son adoption par la Commission européenne et sa présentation prévue à ce stade au cours de la première quinzaine de décembre.
    Le texte crée des corridors à priorité fret, des tracés internationaux à améliorer en priorité pour permettre au rail de reprendre des parts de marché sur la longue distance, là où il est le plus compétitif par rapport à la route. « Le marché du fret ferroviaire ne pourra pas correctement se développer si l’infrastructure ne développe pas un niveau de service convenable, diagnostique la Commission européenne. Cela concerne particulièrement les services internationaux qui représentent 50 % du fret ferroviaire et pour lesquels la gestion est encore trop morcelée sur la base de logique nationale ». Voilà pour le constat : Bruxelles propose donc d’œuvrer pour l’unification du marché européen du fret, un peu comme cela peut se faire en parallèle pour l’aérien avec les législations créant un ciel unique. Après consultation des principaux acteurs, la Commission européenne a conclu qu’il fallait agir le plus vite possible, et que le développement de corridors de fret internationaux serait un « facteur très positif ».
    Le texte définit les corridors de la façon suivante, c’est « l’ensemble des lignes ferroviaires établies sur le territoire des Etats membres reliant des terminaux stratégiques (des ports ou des bassins industriels, par exemple) comportant un axe principal, des routes alternatives et des voies qui les relient ». Important aussi de développer l’intermodalité dans les terminaux stratégiques, pour que les connections avec la route ou le maritime soient bonnes.
    Pas de carte dans cette proposition de loi européenne. Pas de corridors imposés par les technocrates bruxellois. Les Etats membres et les gestionnaires d’infrastructures seront libres de faire des propositions, encadrées tout de même : il faut que les tracés des corridors s’insèrent dans le réseau RTE. Une contrainte qui fait déjà grincer des dents dans certains pays. En revanche, les Etats sont contraints de participer, les obligations des uns et des autres sont définies en fonction du volume de fret annuel. S’il représente plus de 30 milliards de tonnes-kilomètres comme c’est le cas pour la France, il faudra avoir identifié au moins deux corridors dans les trois ans suivant l’entrée en vigueur du réglement. A priori, pour l’Hexagone, ce devrait être Anvers – Lyon – Bâle et la liaison entre l’Espagne et l’Italie, qui avait déjà été définie comme le corridor D dans le plan de déploiement d’ERTMS. Les trajets doivent être définis en fonction de considérations économiques, des analyses régulières du marché et des consultations des clients sont réclamées.
    Pour améliorer la coordination entre les Etats, Bruxelles propose de créer des « mini-gestionnaires d’infrastructures au niveau du corridor », afin que les trains ne restent pas en carafe aux frontières pendant des heures et que les investissements se fassent de façon concertée et cohérente. Cet organisme, créé par les gestionnaires d’infrastructures des pays concernés, prendrait la forme d’un GEIE (groupe européen d’intérêt économique) et piloterait le projet. Ce GEIE serait également chargé de mettre en place un guichet unique pour la demande de sillons internationaux.
    Le point le plus sensible du texte tourne autour de la définition de la priorité à accorder au fret. « Là dessus, ca va être la fête avec les Etats membres », soupire un expert du secteur. Deux « classes » de fret sont définies : le fret prioritaire est opposé au fret non prioritaire et qualifié de la façon suivante, il s’agit « des marchandises dont le transport est très sensible au temps, qui doivent bénéficier d’un temps de transport performant et d’une ponctualité garantie ». Un sillon alloué à un convoi de fret prioritaire ne pourra pas être annulé moins de sept jours avant son horaire de service. Les règles de priorité doivent être publiées de façon transparente. « L’idée, c’est de tenir compte de la valeur socio-économique du convoi, explique un spécialiste. Certains trains de marchandises doivent pouvoir passer avant des trains de passagers quasiment vides. » Pour éviter d’attaquer frontalement, pas de listes précises, mais le fret prioritaire pourrait regrouper par exemple les produits dangereux ou encore les convois qui transportent des produits liés à un cycle industriel comme des pièces détachées pour l’automobile. La discussion promet d’être chaude : en France par exemple, les régions participent aux investissements dans la réseau, elles ont leur mot à dire sur les priorités. Mais Bruxelles veut mettre le sujet sur la table.
    Après son adoption par la Commission, le nouveau réglement européen devra passer sous les fourches caudines du Parlement européen et du Conseil des ministres des Transports. « Ce texte est un peu un épouvantail, j’ai du mal à imaginer que les ministres acceptent de se mettre autant d’obligations sur le dos », regrette un bon connaisseur des institutions européenne. Il fait en tout cas tiquer les entreprises ferroviaires. Certaines estiment déjà qu’elles ne seront pas assez associées à la mini-structure de gouvernance, d’autres qu’une proposition législative n’est pas forcément le meilleur outil pour faire avancer la cause du fret, que c’est davantage la volonté politique de la Commission qui pourrait faire la différence. Ceci dit, l’un n’empêche pas forcément l’autre.
     

    Isabelle ORY