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Jean-Sébastien Barrault réélu à la tête de la FNTV
Jean-Sébastien Barrault entame son troisième mandat consécutif après sa réélection, le 20 décembre, à la présidence de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV).Diplômé de l’Université Paris-Dauphine en gestion et finance et titulaire d’un MBA à Washington, il a débuté en 1998 sa carrière aux Cars Lacroix jusqu’en 2019. Il est aussi président de Bardhum SAS depuis 2017.
Montpellier fait le pari de la gratuité des transports publics pour ses habitants
Difficile d’avoir une approche laïque de la gratuité des transports publics, pour reprendre l’expression de Jean-Pierre Orfeuil, professeur émérite à l’Université Gustave Eiffel. Alors que Montpellier, septième ville de France, va basculer juste avant Noël, les transports gratuits font toujours débat.
A Montpellier, les élus ont décidé de plonger dans le grand bain de la gratuité. La promesse de campagne de Michaël Delafosse, maire et président socialiste de la métropole (500 000 habitants), finit par se réaliser : jeudi 21 décembre, l’ensemble des habitants monteront sans payer à bord des tramways, des bus et bientôt des bus à haut niveau de service. Un passe gratuité en poche. La mesure était en place pour les résidents, les week-end depuis 2020, puis tous les jours depuis 2021 pour les moins de 18 ans et les plus de 65 ans. « Nous osons maintenant la gratuité universelle », s’enorgueillit Julie Frêche, vice-présidente de la collectivité locale (lire son interview). Les non-métropolitains continueront d’acheter des billets ou un abonnement.
A gauche, à droite, le sujet de la gratuité a fini par s’imposer pour les transports publics et ne s’embarrasse plus des étiquettes politiques des élus locaux. La mesure est électoralement payante et immanquablement, il y a davantage de passagers dans les bus et les tramways quand ils sont gratuits. A Aubagne, la fréquentation a doublé. A Dunkerque, elle a bondi de 125 % en cinq ans. Il est vrai que la ville du Nord partait de loin.
Pour Arnaud Passalacqua, coprésident de l’Observatoire des villes du transport gratuit, « C’est clairement une marque politique. A Dunkerque, la différenciation par la gratuité a permis au maire de l’époque, Patrice Vergriete (nommé en juillet 2023 ministre du Logement, NDLR), de prendre la lumière. ça plaît à l’électeur alors que ce n’est pas vraiment une demande des usagers », avance-t-il. Quand Bruno Bernard, vice-président écologiste de la métropole de Lyon rejette la gratuité, estimant qu’elle mettrait en péril les investissements nécessaires au développement des transports (la billetterie rapporte 55 % des ressources du réseau), Joanna Rolland, maire et présidente socialiste de la métropole de Nantes s’interroge sur son extension au-delà des week-end, et n’ira finalement pas plus loin. A Paris, Anne Hidalgo y avait pensé, Valérie Pécresse, présidente de région et d’Ile-de-France Mobilités, avait vite éteint l’étincelle avec une étude affirmant que le coût serait énorme pour les contribuables : 500 euros par an pour chaque ménage francilien. Un an avant les élections municipales de 2020, la maire de Paris s’était contentée de rendre les transports publics gratuits aux enfants de 4 à 11 ans ainsi qu’aux Parisiens handicapés de moins de 20 ans. Aujourd’hui, une quarantaine de villes ont fait le choix de la gratuité, à 100 % ou partiellement (voir la carte ci-dessous).Objectiver le débat
Ses détracteurs affirment que la mesure est injouable si l’on veut préserver le fragile équilibre financier de ce service public déjà fortement subventionné. Elle serait même contre-productive car là où les villes ont opté pour des bus gratuits, ce sont les piétons et les cyclistes qui se sont rués à bord. Pas les automobilistes.
Une étude conduite en 2020 par Frédéric Héran, maître de conférence à l’université de Lille, sur les effets de la gratuité dunkerquoise, révélait que la voiture avait reculé de 3 % en un an dans la ville nordiste, la marche de 3 %, et les déplacements à vélo de 12 %. Bref, les transports gratuits auraient un impact sur le report modal, mais pas celui que l’on escomptait… « Pour avancer des vrais chiffres sur le report modal, il nous faut attendre la prochaine grande enquête ménage prévue en 2024.
Et dans tous les cas, les changements de comportement, c’est du temps long », rétorque Vanessa Delevoye, directrice de l’innovation à l’Agence d’urbanisme de Dunkerque. Insistant sur le motif avant tout social de la gratuité mise en place en 2018 : « On ne lui demandait pas de changer les comportements en faveur des transports publics, mais selon la dernière étude de l’Observatoire, en 2022, on s’aperçoit qu’il y a enfin des cadres dans nos bus : pas parce que c’est gratuit, mais parce que c’est plus simple », ajoute-t-elle. Wojciech Keblowski, chercheur en urbanisme à l’Université libre de Bruxelles et membre du comité scientifique de l’Observatoire des villes du transport gratuit, ose quant à lui des comparaisons extrêmes : après tout, les ascenseurs urbains, ou les parcs publics sont gratuits, peut-on lire dans ses articles.
De leur côté, les anti-gratuité craignent qu’elle ne tue les transports publics en les paupérisant, alors qu’un mur d’investissement et de dépenses de fonctionnement se dressent devant les autorités organisatrices de la mobilité. « Au final, si vous n’avez pas une vision complète, une stratégie et un programme d’investissement pour permettre d’augmenter la qualité des transports publics, alors introduire uniquement la gratuité n’est pas une bonne idée », affirmait mi-2023, François Bausch, ancien vice-premier ministre du Luxembourg. Le pays est passé en 2020 à la gratuité totale de tous les transports ! Il en a les moyens… En attendant, pour les Montpelliérains, le cadeau de Noël de leur maire, ce sont des transports 100% gratuits.Nathalie Arensonas
Interview. « Devant l’urgence des crises, il faut oser la gratuité des transports »
Julie Frêche, vice-présidente de la métropole de Montpellier, chargée des transports et des mobilités actives.
Ville, Rail & Transports. Juste avant Noël, la 7e ville de France basculera vers la gratuité totale des transports publics. Ce n’est plus un épiphénomène réservé à quelques petites villes : comment l‘expliquez-vous ?
Julie Frêche. Le réchauffement climatique n’est plus une perspective mais une urgence et la question du pouvoir d’achat est la priorité numéro un des Français. Les politiques publiques doivent arriver à concilier la défense de l’environnement et la protection du pouvoir d’achat. La gratuité des transports répond à ces deux défis. Le XIXe siècle a été celui du combat pour l’école publique, laïque et gratuite. Le XXe, celui du combat pour la Sécurité sociale. Le XXIe doit être celui du droit à la mobilité, avec la gratuité des transports. Parce que nos déplacements ont un impact trop fort sur la qualité de l’air. Et si à Montpellier, nous défendons une gratuité universelle, c’est parce que la classe moyenne, cœur battant de notre pays, ne sera plus exclue des aides, comme elle pouvait l’être avec une tarification sociale et solidaire. C’est une mesure écologique non punitive et universelle.
Entre 1994 et 2019, les parts modales n’ont pas bougé : il y a toujours 79 % de Français qui prennent la voiture pour se déplacer, 23 % qui marchent, 9 % qui prennent les transports collectifs et 2 % le vélo. Devant l’urgence des crises, économique, sociale, climatique, il faut oser des choix innovants. La gratuité des transports en est un.VRT. Passé l’effet waouh de la gratuité, juste avant Noël, quelles sont vos attentes ? Une hausse importante de la fréquentation des trams, des bus ? Sur la durée ?
J. F. La gratuité n’est pas un acte isolé, elle est intégrée dans une stratégie mobilités qui actionne plusieurs leviers à la fois : plan de circulation anti-transit, voitures repoussées vers des axes de contournement, zone à faible émissions, site propre pour les bus à haut niveau de service, réseau express vélo, covoiturage gratuit, aide de 500 euros pour l’achat d’un vélo à assistance électrique.La gratuité n’aurait aucun sens si elle n’était pas corrélée à une augmentation du service de transport public. Avancer de chiffres de fréquentation post-gratuité serait hasardeux. Les réseaux n’ont toujours pas récupéré leur niveau de fréquentation d’avant Covid, et ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui pratiquent la gratuité…VRT. A Dunkerque, la gratuité a pris des parts de marché aux mobilités douces, marche, vélo, vous ne craignez pas le même écueil à Montpellier ?
J. F. L’Observatoire des villes du transport gratuit montre qu’un an après la gratuité, 48 % des Dunkerquois interrogés déclaraient prendre le bus pour certains des trajets qu’ils faisaient en voiture, et 8 % avaient complètement renoncé à la voiture. Un tiers envisageait de s’en passer dans les cinq à dix ans à venir. Cela montre qu’il y a progressivement un report modal de la voiture vers le transport collectif. Tallin, la ville estonienne qui pratique la gratuité depuis dix ans, n’a pas de problème de congestion automobile.VRT. A Montpellier, une part importante des automobilistes vivent hors de la métropole, ils ne sont pas concernés par la gratuité.
J. F. Oui, c’est un problème. En 2005, le projet d’extension de ce qui était alors la communauté d’agglomération de Montpellier a été refusée par le Préfet, pour des raisons purement politiciennes. Le périmètre de la métropole ne correspond pas à l’aire urbaine et aux déplacements. Le temps n’est peut-être plus à l’extension des périmètres, mais nous proposons aujourd’hui de créer des coopérations renforcées avec les intercommunalités voisines, afin qu’elles participent et financent la gratuité des transports pour leurs habitants. Pourquoi pas une gratuité à la carte : parking + tram, gratuité pour les séniors, les moins de 18 ans, les étudiants ? Nous sommes prêts à engager des réunions techniques avec ces intercommunalités pour trouver des solutions pour les habitants qui effectivement, résident hors de la métropole, mais viennent y travailler en voiture.
Plus on est volontaristes, plus on nous reproche de creuser des inégalités avec des territoires dont on ne gère pas les gouvernances !VRT. La gratuité n’est pas gratuite, comment la financer ?
J. F. Je retourne la question puisque personne ne nous la pose : comment finance-t-on l’entretien de la voirie qui coûte 42 millions d’euros à notre collectivité ? Je trouve que le débat est assez déraisonnable sur la question des transports gratuits. Soyons transparents : cela coûtera entre 30 à 35 millions d’euros de recettes commerciales auxquelles va renoncer la métropole, soit 5,7 % de son budget de fonctionnement. Il restera environ six millions d’euros de recettes issus de la vente des billets aux voyageurs non métropolitains puisque seuls les habitants de la métropole bénéficieront des transports gratuits. Chez nous, le versement mobilité (VM) est très dynamique : il va passer de 90 millions d’euros en 2020 à 120 millions d’euros en 2024, grâce au pouvoir d’attractivité de notre territoire.
Et la gratuité fait partie des atouts de la métropole pour faire venir des entreprises et de la matière grise. Ces 40 millions d’euros de VM supplémentaires suffisent à compenser le prix de la gratuité des transports.VRT. Avec la gratuité, y a-t-il un risque d’insécurité ?
J. F. Dans le sondage qualitatif réalisé par la métropole, la peur de l’insécurité liée à la gratuité n’est pas anodine. A partir des chiffres des incivilités déjà constatées sur notre réseau, nous avons décidé de créer une police des transports, avec 42 agents à terme.
Mais le lien entre gratuité et insécurité n’a jamais été démontré. Plus il y a de voyageurs, plus les transports sont sûrs.Propos recueillis par N.A

Nouvelle-Aquitaine Mobilités présente le titre unique Modalis – Conférence VRT
Présentation du Titre unique Modalis :
Renaud Lagrave (Président de Nouvelle-Aquitaine Mobilités) et Michel Germaneau (Vice-président mobilités du Grand Angoulême) présentent le titre unique Modalis :
Tout savoir sur les enjeux d’un MaaS régional
Depuis 2019, Nouvelle-Aquitaine Mobilités coordonne l’ensemble des mobilités à l’échelle régionale afin de connecter les territoires ruraux, urbains et péri-urbains. Aujourd’hui, il rassemble 34 autorités organisatrices de la mobilité (Région, Métropoles, Syndicats de transports, Agglomérations, Départements et Communautés de communes).
Présidé par Renaud Lagrave, et décliné en 5 comités de bassin présidés par des délégués issus d’AOM urbaines, NAM a des compétences obligatoires qui font l’actualité : le titre unique, le déploiement de lignes de cars express et du covoiturage…
Nouvelle-Aquitaine Mobilités développe depuis 2019 les différentes briques du projet de mobilité intégrée (MaaS) Modalis :

En 2023, le projet a franchi une nouvelle étape clé en développant l’ensemble des briques techniques permettant de proposer aux usagers un parcours client d’achat et de voyage unifié, y compris de Vélos Libre-Service, comme VéloModalis.
Pour 2024, l’ambition est simple :
- Distribuer la totalité des lignes routières régionales : ☑ déjà en service !
- Distribuer 85% des réseaux urbains de Nouvelle-Aquitaine dès l’été 2024 : ☑ 70% déjà référencés !
- Distribuer le TER : ☑ le Pass Abonné Télétravail déjà référencé !
- Distribuer les TGV et Intercités : faire en sorte que la LOM s’applique !
- Distribuer les services de mobilités complémentaires : vélos, covoiturage, scooters, taxis…

La SNCF signe ses dernières conventions TER de gré à gré avant l’ouverture obligatoire à la concurrence
Après avoir signé la semaine dernière une convention TER de gré à gré avec la Bretagne pour les dix prochaines années, SNCF Voyageurs a conclu le 15 décembre une convention sur la période 2024-2033 avec la Normandie. Le contrat, dont le montant est stable autour de 181 millions d’euros, prévoit une augmentation de la fréquentation de 20 % d’ici dix ans notamment grâce à un renforcement de l’offre sur les axes Caen-Rouen, Caen-Granville et Pont de l’Arche.
Le matériel roulant continuera à être renouvelé grâce à l’arrivée de 27 rames Omnéo et à la livraison des rames AGC rénovées. Les nouveaux matériels seront déployés progressivement, jusqu’en décembre 2024, sur les lignes Paris-Vernon-Rouen, Paris-Evreux-Serquigny, indique la SNCF. Ils remplaceront les anciens TER2NNG, V2N, VO2N et BB15000. Un nouvel atelier est également créé au Havre pour la maintenance. Par ailleurs, en faveur de la décarbonation, la Normandie a décidé de pérenniser l’utilisation, sur la ligne Paris-Granville, du biocarburant B100 (issu du colza).
Parmi les nouveautés à bord des TER Nomad, il y aura plus de services connectés (prises USB, wifi, système d’information voyageurs…) et plus de places pour les vélos (12 contre 3 dans les Omneo Premium).
A la différence de la Bretagne toutefois, la nouvelle convention prévoit un calendrier d’ouverture à la concurrence pour les TER normands, en commençant par le lot Etoile de Rouen en 2027. A partir du 25 décembre, les contrats de gré à gré ne seront plus possible, la législation européenne imposant à cette échéance une ouverture à la concurrence systématique.
En 2033, date d’achèvement de toutes les conventions TER signées avec la SNCF (dont certaines prévoient donc déjà une ouverture progressive à la concurrence), un kilomètre sur deux sera ouvert à la concurrence selon SNCF Voyageurs.
MH P

Covoiturage : la prime de 100 euros prolongée en 2024 pour les trajets courte distance
Un an après le lancement de son plan pour accélérer la pratique du covoiturage sur les trajets du quotidien, et alors que les premières amendes sur les voies réservées aux covoitureurs sont tombées sur l’A1 près de Lille, le gouvernement dresse le bilan. Et utilise les mêmes recettes, ou presque, pour 2024. Tout d’abord, il renouvelle la prime de 100 euros versée aux nouveaux automobilistes inscrits sur les plateformes de court-voiturage, type Karos, Ecov, Ynstant, Covoit, BlaBlaCar Daily(qui a racheté Klaxit). Pour la toucher, il faut réaliser au moins dix trajets partagés sur l’année.
En revanche, la prime disparait pour les covoitureurs de la longue distance. Pour rappel, ce bonus est financé dans le cadre du dispositif des certificats d’économies d’énergie.
« Le bilan est encourageant avec 400 000 trajets court-distance réalisés en covoiturage intermédiés [via une plateforme internet] en 2023 : deux fois plus en un an. Et 200 000 nouveaux conducteurs inscrits sur un site de covoiturage« , se félicite-t-on au cabinet du ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. Deux fois plus en un an, mais encore loin des trois millions de trajets espérés pour 2027. En ciblant tout particulièrement les salariés des entreprises, et les grands événements sportifs ou culturels.
Quant au cofinancement des projets de covoiturage portés par les collectivités locales, il est lui aussi reconduit en 2024 pour les aider à payer les aires de covoiturage, les arrêts d’auto-stop pour les services qui reposent sur des lignes régulières de covoiturage comme le propose l’opérateur Ecov. Ces fonds proviennent des 2,5 milliards d’euros mobilisés dans le Fonds vert des ministères de la Transition écologique et énergétique.
Le gouvernement annonce le lancement d’une « grande enquête annuelle » afin, entre autres, de ne pas passer à côté de tous les covoitureurs informels qui échappent aux intermédiaires, les plateformes numériques. Ce qui vaut dès demain au site de l’Observatoire national du covoiturage une refonte totale pour mieux appréhender, promet-on au cabinet de Clément Beaune, la réalité du covoiturage du quotidien.
Outre la voie réservée au covoitureurs sur l’autoroute A1 près de Lille, huit nouveaux kilomètres de voies dédiées devraient voir le jour en 2024 sur l’A7, selon le ministère des Transports. Elles seront équipées de système de contrôle automatique du nombre de passagers à bord.
N.A

Les priorités de Jean-Marc Zulesi
Jean-Marc Zulesi est arrivé avec une bonne nouvelle le 9 novembre, jour de son intervention devant le Club VRT : la veille, la commission mixte paritaire au Parlement s’était entendue sur un texte commun sur les services express régionaux métropolitains, ouvrant une adoption rapide de la loi. Loi qui devait être votée avant la fin de l’année. L’idée de lancer des services express régionaux métropolitains (Serm) dans une douzaine de métropoles, à l’image du RER francilien, a été portée au plus haut niveau par Emmanuel Macron en novembre 2022. Reprise par Jean-Marc Zulesi, dans le cadre d’une proposition de loi, le processus a ainsi pu avancer vite.
Un cadre large pour les RER métropolitains
Le député s’est réjoui des nouveaux principes définis par les parlementaires qui fixent un cadre juridique à ces grands projets, permettant leur déploiement dans les dix prochaines années. Le texte donne une définition large des Serm, incluant non seulement des TER mais aussi des cars à haut niveau de service, des pistes cyclables, du covoiturage… Bref, tout ce qui peut contribuer à la mobilité dans les territoires dans une logique d’intermodalité, a résumé le président de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire à l’Assemblée nationale.
Il prévoit aussi le renforcement du rôle des collectivités territoriales dans le processus de déploiement. « La priorité de la loi est de créer une ossature ferroviaire mais aussi de favoriser la multimodalité. Si les collectivités souhaitent s’appuyer sur des solutions décarbonées comme les cars express, des transports fluviaux, une offre de pistes cyclables pour compléter l’offre ferroviaire, c’est positif car cela permet de désenclaver les territoires et d’aller dans le bon sens », explique l’élu. Les députés souhaitent une tarification spécifique pour les péages ferroviaires qui seront appliqués aux circulations des Serm afin de soutenir leur lancement. « Il faut parvenir à réduire les redevances, tout en veillant à ne pas obérer la capacité d’investissement de SNCF Réseau », souligne Jean-Marc Zulesi.
Pour être labélisés (sésame pour obtenir des financements), les projets devront faire l’objet d’une concertation entre l’État, la région, les autorités organisatrices de la mobilité, les départements et, le cas échéant, les gestionnaires d’autoroutes et de voies routières express du périmètre. « Le statut de Serm sera conféré par arrêté du ministre des Transports, après délibération des conseils régionaux concernés », explique le député.D’où l’intérêt d’un billet unique permettant de combiner facilement les différents modes de transports collectifs publics dans le périmètre d’un Serm.
Un défenseur des transports publics et de l’aménagement du territoire
Député des Bouches-du-Rhône depuis 2017 spécialiste reconnu des mobilités, Jean-Marc Zulesi a été rapporteur, entre autres, du volet innovation de la loi d’Orientation des mobilités (LOM), du volet transport de la loi Climat-Résilience ou encore auteur d’un rapport sur les mobilités actives, il est devenu coordinateur du groupe LREM au sein de la commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire en 2020, puis a pris la présidence de cette commission en juin 2022. Il est à l’origine de la proposition de loi sur les RER métropolitains
Un nouveau rôle pour la SGP
La loi prévoit de s’appuyer sur l’expertise de la société du Grand Paris, rebaptisée Société de Grands Projets (SGP). Il s’agit de faire bénéficier les territoires de son expérience et notamment de son analyse technique et financière, a expliqué Jean-Marc Zulesi. La SGP sera ainsi chargée de participer à la conception, à la maîtrise d’ouvrage et au financement des infrastructures nécessaires aux futurs Serm mais uniquement s’il s’agit d’infrastructures nouvelles. Ou sur des infrastructures existantes si et seulement si elles sont ouvertes à l’exploitation mais non circulées depuis au moins cinq ans. Dans les autres cas, c’est SNCF Réseau qui a compétence.
Le Sénat souhaitait aussi conditionner le contrôle des ZFE-m (Zones à faibles émissions de mobilité) à l’existence des Serm, Jean-Marc Zulesi a préféré une autre formulation, « de manière à ce qu’on puisse déployer des Serm là où il y a des ZFE, mais pas uniquement. Les Serm doivent être un argument pour accompagner les citoyens dans l’acceptabilité des ZFE-m et un argument supplémentaire pour les élus pour faire labelliser leurs projets ».
Pour atteindre l’objectif de créer au moins une dizaine de Serm dans les dix prochaines années, des mesures de simplification ont été décidées, notamment pour les déclarations d’utilité publique. « Cela devrait permettre de gagner quelques mois à quelques années dans les déploiements. Un projet comme celui des Hauts-de-France par exemple, nécessitant des infrastructures nouvelles, demandera du temps. Mais pour d’autres, où il “suffit“ d’augmenter la cadence, les mises en service pourraient se faire à des échéances plus courtes. Le temps d’améliorer les infrastructures existantes et de disposer des trains pour répondre à la demande. On pourrait ainsi voir les premiers résultats de la loi d’ici deux à cinq ans », estime le parlementaire. Interrogé sur les débuts difficiles d’un des premiers Serm, celui de Strasbourg, où 600 trains de plus circulent autour de la métropole, Jean-Marc Zulesi relativise : « Les critiques ont été sévères. Mais après quelques difficultés au départ, liés à des problématiques d’organisation et de ressources humaines, la cadence est intéressante et les citoyens sont satisfaits. C’est un exemple à suivre en évitant de reproduire les mêmes erreurs dans les projets à venir. »Le contrat de performance Etat- SNCF Réseau doit être révisé
Du côté du ministère des Transports, on confirme les propos de Jean-Luc Zulesi selon lesquels le contrat de performance État-SNCF Réseau sera révisé sans doute avant la fin de l’année. L’objectif est de passer progressivement de 3,2 milliards d’euros dépensés en 2024 pour régénérer le réseau à 4,5 milliards d’euros en 2027. Puis de rester sur cette tendance. Le but est non seulement d’arrêter le vieillissement du réseau (pas avant 2030 si tout va bien) mais aussi de donner de la visibilité aux entreprises (cinq ans est un minimum) pour qu’elles puissent investir des sommes importantes dans des outils de renouvellement des infrastructures ferroviaires. Toutefois, pour le moment, ce n’est pas l’Etat qui va mettre la main à la poche. En 2024, c’est la SNCF qui apportera, via son fonds de concours, les 300 millions d’euros supplémentaires permettant de passer à plus de 3 milliards. Le ministère rappelle d’une part que la situation financière de la SNCF le permet, d’autre part que l’Etat renonce ainsi à des dividendes. Et les années suivantes ? On verra…
L’épineuse question du financement
Reste à régler la question du financement. Le coût total des Serm est estimé entre 15 et 20 milliards d’euros par le conseil d’orientation des infrastructures. Le Président de la République a annoncé qu’il mettrait quelques 800 millions sur la table pour amorcer la pompe et contribuer notamment à des études. Pour trouver de nouvelles ressources, Jean-Marc Zulesi dit avoir accepté la proposition sénatoriale d’une conférence nationale de financement, qui sera organisée avant le 30 juin 2024. Elle réunira l’État, les régions, les métropoles, SNCF Réseau, la SGP… Sans s’avancer sur les conclusions, le député évoque des pistes et rappelle que la SGP est une société publique capable de lever de la dette pour financer des projets d’infrastructures. « Le modèle a marché sur le Grand Paris et mérite d’être déployé localement. » Mais seulement une fois que la SGP aura achevé sa mission sur le périmètre parisien, selon Jean-Marc Zulesi.
De plus, poursuit-il « au regard des ressources humaines dont elle dispose, la SGP ne pourra pas aller sur tous les projets, sur tous les territoires. » Il rappelle que son souhait de lever le plafond d’emplois de l’entreprise a reçu un avis défavorable du gouvernement. Il a depuis déposé un amendement permettant d’augmenter de 20 ETP (équivalent temps plein) les effectifs de l’entreprise en 2024. « Cela ne suffira pas pour répondre aux sollicitations dans les années à venir », prévient-il, avant d’imaginer que la SGP pourrait prendre 20 % de la maitrise des premiers projets, puis pourra monter en puissance sur des projets de plus long terme, en fonction de la volonté des collectivités territoriales. Pour trouver les moyens supplémentaires, Jean-Marc Zulesi évoque également le recours à une fiscalité locale, à l’instar de la taxe annuelle sur les bureaux en Île-de-France qui permet de financer des infrastructures. Et il plaide pour la modulation du versement mobilité (VM) pour financer l’exploitation. « Les sources de financement sont nombreuses. Ce n’est pas une équation impossible à résoudre. On peut y arriver en donnant de la perspective et de la visibilité dans les offres de transport qui seront proposées localement », affirme-t-il.
Il rappelle que la loi Climat et résilience donne la possibilité aux régions de lever une contribution spécifique sur le transport routier de marchandises (TRM). C’est cette mesure, également appelée écotaxe, que l’Alsace compte mettre en vigueur en 2024. « Son objectif est de limiter le report de camions européens dans la région, ces reports étant effectués pour contourner la fiscalité sur le TRM existant en Allemagne et en Suisse », explique l’élu des Bouches-du-Rhône, en rappelant que toutes les régions peuvent le faire et affecter les recettes à la décarbonation des transports.
Pour une loi de programmation
Plus généralement, Jean-Marc Zulesi se dit convaincu de la nécessité d’une loi de programmation des infrastructures, perspective attendue de longue date. Sur ce sujet, il se veut optimiste : « En 2024, nous aurons sans doute une loi pour décliner le plan de 100 milliards annoncé par la Première ministre. C’est le rôle de l’Etat pour les infrastructures. » Mais il prévient qu’il faudra aussi « compter sur les collectivités territoriales pour financer à la fois les infrastructures et donner des perspectives sur les services à proposer. »
L’invité du Club VRT est aussi revenu sur le contrat de performance État-SNCF Réseau, adopté en avril 2022 et beaucoup critiqué pour l’insuffisance de ses moyens. Le député dit regretter que des financements supplémentaires n’aient pas été accordés au gestionnaire des infrastructures ferroviaires dans le cadre du projet de loi de finances en cours de discussion au Parlement. Il rappelle être monté au créneau, avec d’autres parlementaires, pour demander des fonds supplémentaires pour la régénération du réseau. « Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais la volonté de l’Etat c’est de demander à la SNCF de s’appuyer sur le fonds de concours déployé depuis la réforme du pacte ferroviaire. En gros, les dividendes générés par SNCF Voyageurs arrivent dans le fonds de concours et participent à la régénération du réseau. » Il poursuit : « Je ne vois pas pourquoi on ne changerait pas le contrat de performance pour répondre aux exigences à la fois des Serm et de la régénération du réseau. Je pense que courant 2024 on aura de bonnes nouvelles pour le contrat de performances de Réseau. Ce serait bien normal vu les enjeux à venir. »
Un soutien nécessaire au fret ferroviaire
A ceux qui s’inquiètent du démantèlement programmé de Fret SNCF et craignent en conséquence un report des marchandises vers la route, Jean-Marc Zulesi rappelle les faits : la France a versé 5,3 milliards d’euros à l’entreprise entre 2007 et 2019. Aides qui font l’objet d’une enquête à Bruxelles. Pour éviter un remboursement par Fret SNCF, qui conduirait à sa liquidation, l’entreprise va devoir céder 20 % de ses activités à ses concurrents. « C’est la moins mauvaise solution proposée », assure l’élu. Il faut, estime-t-il, continuer à soutenir le développement du fret ferroviaire pour atteindre l’objectif de doublement de sa part modale, en la portant de 9 % à 18 % d’ici 2030, comme le demande la loi Climat. 170 millions d’euros d’aides annuelles sont prévues jusqu’en 2024 pour soutenir les opérateurs. Ces aides permettront la prise en charge à hauteur de 50 % des péages dus par les opérateurs à SNCF Réseau, le versement de 70 millions aux wagons isolés, 47 millions pour le transport combiné via une aide supplémentaire au coup de pince et 15 millions pour des projets d’autoroutes ferroviaires. L’élu compte aussi sur l’Europe pour aller chercher des moyens destinés à développer des corridors européens et entend travailler au rééquilibrage des coûts entre le ferroviaire et routier. « Soit en augmentant les coûts de la route ou en baissant ceux du fer afin d’équilibrer les conditions de concurrence entre ces deux modes. »
A l’origine du leasing social
Pour décarbonner les transports, le gouvernement mise sur le véhicule électrique, mais pas seulement, affirme le député. Le projet de loi de finances prévoit 1,5 milliard d’euros destinés à la prime à la conversion, au bonus écologique et au leasing social qui permettra de proposer un véhicule électrique pour 100 euros par mois aux plus modestes. Pour limiter l’impact de la voiture électrique sur l’environnement, il a aussi été mis en place un malus pour les véhicules de plus de 1 800 kilos. Pénalité qui s’ajoute au malus CO2, destiné à inciter les constructeurs à revoir la conception de leurs véhicules, afin de limiter leur emprise sur l’environnement.

Le Club VRT s’est tenu le 9 décembre dans nos locaux de la rue de Clichy, à Paris. Et demain ?
L’agenda est encore chargé pour les mois à venir. « Nous allons travailler sur l’ouverture à la concurrence des bus transiliens sur le périmètre parisien. Nous aurons à discuter de la proposition de loi relative à la prévisibilité de l’organisation des services de la navigation aérienne en cas de mouvement social et à l’adéquation entre l’ampleur de la grève et la réduction du trafic. » Il faudra aussi évaluer la loi d’orientation des mobilités (LOM) à laquelle il a contribué il y a quelques années. C’est prévu pour 2024. Jean-Marc Zulesi prévoit aussi de réaliser un tour de France des Serm.
« Nous irons expliquer aux élus et aux acteurs locaux la volonté du législateur, afin que cette loi puisse accompagner la dynamique ». Selon lui, l’enjeu, en 2024, sera de donner « de la visibilité sur les investissements ». Et de résumer : « Nous souhaitons donner aux collectivité les moyens de développer leurs ambitions, au plus proche des territoires. »
Valérie Chrzavzez

Busworld 2023, le grand salon du bus enfin de retour
Après quatre années d’interruption dues à la pandémie, Busworld, le grand salon du bus a connu un succès sans précédent. Cette vingt-sixième édition du plus grand salon mondial consacré aux autobus et autocars s’est tenue, du 7 au 12 octobre, au Palais des expositions de Bruxelles.
Texte et photos de Philippe Hérissé
On se bousculait presque, dans les 8 km d’allées, pour découvrir les dernières innovations proposées par 526 exposants venus de 38 pays. Quelque 40 000 visiteurs professionnels du monde entier avaient fait le voyage à Bruxelles pour venir découvrir les 222 véhicules exposés sur plus de 75 000 m2. Par rapport à la dernière édition, qui remontait à 2019, le nombre de constructeurs présents est passé de 66 à 75. En 2023, les trois nations cumulant à Busworld le plus grand nombre d’exposants étaient, par ordre décroissant, la Turquie (96), l’Allemagne (79), et la Chine (61). Signe des temps, le premier et le troisième de ce trio de tête sont visiblement en train de prendre de plus en plus d’ascendant dans le monde des autobus et autocars. Autre constatation, l’étoffement significatif de l’offre « hydrogène » reflète, à l’évidence, le degré de subventionnement de cette filière par l’Europe et l’attrait qu’elle exerce auprès des instances politiques de plusieurs pays. Et après la longue interruption de quatre années, Busworld aura aussi été, pour les professionnels du monde entier, l’occasion d’enfin pouvoir se retrouver, comme en témoignent quelques accolades, au hasard de rencontres dans les allées. C’était également le retour de ces étranges visiteurs, restant de longues minutes accroupis devant la roue d’un véhicule, tout en essayant de placer leur appareil photo au-delà du pneu ou sous le soubassement, au plus près de certaines dispositions constructives, avant d’être poliment, mais fermement délogés par le staff de l’exposant, soucieux de ne pas voir si rapidement s’envoler vers la concurrence quelques-unes de ses meilleures idées de conception. Cela aussi participe d’un certain rituel, sans lequel, peut-être, Busworld ne serait plus Busworld…
Une start-up à l’origine du bus ArthurIl s’appelle « Arthur Zéro H2 Bus 12 ». Drôle de nom pour un bus. C’est une start-up munichoise, installée à Planegg, petite localité concentrant les activités de recherche et biotechnologie de toute la Bavière, qui en est à l’origine. Long de 12 m, cet autobus à hydrogène est équipé d’une pile à combustible de 125 kW, qui est également la puissance unitaire des deux moteurs électriques mis en œuvre, ainsi que de batteries LTO d’une capacité de 15 à 45 kWh. Assemblé en Pologne, il a été essayé en juillet dernier à Vienne (Autriche) par l’opérateur municipal Wiener Linien.
Avec le H2.City Gold, Caetano fait équipe avec Toyota Dévoilé en 2019, puis commercialisé l’année suivante, le H2.City Gold est l’autobus standard à hydrogène du constructeur portugais Caetano qui, pour la pile à combustible, fait équipe avec Toyota. Cette pile de 60 kW alimente indifféremment un moteur Siemens de 180 kW et des batteries de 44 kWh. Profitant, tout comme Arthur, du retrait de Solaris dans l’appel d’offres initial de dix véhicules lancé par l’exploitant viennois Wiener Linien, Caetano a mis à disposition, cet été, son H2.City Gold sur la ligne 39A (Heiligenstadt-Sievering) qui doit recevoir des autobus à hydrogène dès 2025.
Les allègements selon Ebusco

Le constructeur néerlandais, né en 2012, fait fabriquer, pour partie, ses véhicules en Chine, où il source également leurs équipements électriques. Il va investir dix millions d’euros pour assembler également en France, sur le site Renault de Cléon. À Busworld, on pouvait admirer son bus électrique articulé de 18 m Ebusco 3.0, qui affiche une autonomie pouvant atteindre 700 km, avec une masse à vide de seulement 14,9 t, grâce à l’utilisation de matériaux composites. Le constructeur table sur une longévité du véhicule approchant les 25 ans ! Juste à côté de l’articulé, la version standard de 12 m, avec faces latérales réalisées en fibres de carbone, et batteries d’une capacité supérieure à 350 kWh, a fait l’objet d’un essai sur route lors duquel la consommation au kilomètre parcouru n’a pas excédé 0,65 kWh, soit un record de sobriété ! L’avenir devrait établir si légèreté et longévité, dans un environnement urbain agressif, peuvent s’accorder… Des moteurs aux batteries côté FPT


Le motoriste d’Iveco, qui fabrique ses motorisations thermiques en Bourgogne – Franche-Comté, à Bourbon-Lancy, présentait le N67, seul moteur de 6-7 l à six cylindres pour gaz naturel disponible sur le marché européen, et bien sûr compatible avec le biométhane. D’une puissance de 206 kW, il développe un couple de 1000 Nm, et sa longévité peut atteindre les 450 000 km. L’industriel FPT, qui s’est également lancé dans la fabrication de batteries, exposait sur son stand le pack eBS 37, en technologie Li-NMC, d’une capacité de 37 kWh et, sur celui du constructeur Iveco, le pack eBS 67 de 67 kWh. Iveco va d’ailleurs progressivement passer aux batteries FPT pour l’ensemble de ses autobus, en commençant par les standards de 12 m. Ces batteries seront fabriquées dans l’usine de Turin, en Italie.
Le lighTram de Hess a été redessiné


La qualité suisse n’est pas un vain mot. Le mode d’assemblage CO-BOLT des structures de caisse en aluminium élaborées par le constructeur helvétique Hess en garantit la pérennité, tandis que la finition de ses autobus demeure légendaire. À Bruxelles, Hess était venu avec deux véhicules de la gamme lighTram : l’autobus standard de 12 m de type électrique à batteries lighTram 12 PLUG, restylé dans un nouveau design, et présenté en livrée InterBUS, ainsi que le lighTram 19 DC (Dynamic Charging), un articulé de 18 m aux essieux 2 et 3 motorisés, et terminé dans la livrée des transports publics neuchâtelois qui exploitent les transports urbains de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds. Ce dernier véhicule est, en réalité, un trolleybus IMC (In Motion Charging, recharge en mouvement). Il peut circuler en parfaite autonomie, en dehors de toute alimentation par ligne bifilaire, jusqu’à 30 % de son parcours en service commercial, et jusqu’à 30 km en acheminement haut-le-pied. Et, comme tout trolleybus IMC, il offre le meilleur rendement énergétique du marché. À noter que dans sa communication, Hess ne fait pour ainsi dire jamais apparaître le terme « trolleybus », sans doute car il est injustement connoté comme appartenant au passé.
Higer conçoit un midibus pour l’Europe


Le constructeur chinois Higer carrossait déjà des châssis d’autocars de la marque Scania depuis plus d’une dizaine d’années. Mais il est aussi très actif en tant qu’ensemblier dans le secteur de l’urbain. À Busworld, il a dévoilé son nouveau « midibus » électrique Azure 9, spécialement conçu à destination des marchés européens, ainsi que son nouvel autobus standard 100 % électrique Fencer F1.
L’ie tram articulé d’IrizarLe constructeur espagnol présentait quatre véhicules de dernière génération, dont un autocar à hydrogène i6S. Côté transport urbain, le véhicule exposé était un ie tram articulé de 18,73 m, pouvant transporter 125 voyageurs. Cet autobus 100 % électrique, dont la structure est en aluminium, est équipé d’un moteur synchrone à aimants permanents, d’une puissance nominale de 285 kW. Le moteur est alimenté par des batteries lithium-ion d’une capacité de 726 kWh. L’ie tram articulé peut négocier, dans toutes les configurations, des pentes de 15 %.
Le NovoCiti Volt d’IsuzuLe midibus électrique NovoCiti Volt de 8 m du constructeur turc Isuzu se caractérise à la fois par son confort et son faible coût d’exploitation. Équipé d’un pack-batteries de 268 kWh, son autonomie peut atteindre les 400 km. Dans une configuration avec pack-batteries de 211 kWh, cette autonomie est encore voisine de 320 km.
Avant-première Hydrogène chez Iveco


Sur le stand d’Iveco, tous les véhicules exposés appartenaient déjà à la catégorie « zéro émission ». À commencer par le Crossway Low Entry électrique en classe II, prééquipé « ceintures de sécurité » . C’est l’un des atouts de ce modèle, qui fait le lien naturel entre les deux classes. De toute manière, le Crossway reste toujours le best-seller de sa catégorie, et le cap des 60 000 exemplaires devrait être franchi avant la fin de cette année. Cela dit, le véhicule qui concentrait tous les regards était, sans conteste, le prototype d’autobus à hydrogène, dont les résultats se révèlent dès à présent particulièrement satisfaisants. Il est équipé de batteries NMC Hyundai légèrement surdimensionnées en puissance pour réduire la capacité embarquée. La solution originale développée par Iveco se situe à mi-chemin entre le « full power », où la traction est gérée par l’hydrogène, et le « range extender », où seules les batteries alimentent, en mode nominal, la motorisation électrique, l’hydrogène n’étant alors mis à profit qu’en tant que prolongateur d’autonomie. En fait, sur le prototype d’Iveco, on n’utilise la pile à combustible qu’à 60 % de sa puissance maximale. Ainsi, l’énergie qui arrive à la motorisation provient tout à la fois de la pile et des batteries. Cela permet de réduire le volume de batteries embarquées, et donc le poids du véhicule. Le démarrage peut s’effectuer en « pur électrique », puis la pile va s’allumer pour fournir de l’énergie tant aux batteries qu’à la motorisation. Des stratégies d’urgence existent en cas d’apparition d’un défaut affectant la pile ou les batteries. Les composants dialoguent entre eux, et c’est cette intégration qui, en réalité, fait toute la différence avec les autres solutions. Le choix technique d’Iveco permet ainsi d’emporter jusqu’à 112 voyageurs, tout en garantissant une autonomie supérieure à 400 km. « Sur un autobus 100 % électrique, il faut toujours choisir entre transporter des passagers ou transporter des batteries, rappelle Alessandro Giuliani, responsable Marketing produit bus chez Iveco. Mais avec notre solution hydrogène, le véhicule s’adapte à la ligne et même au moment de la journée, et l’exploitant gère son parc à sa façon, beaucoup plus finement. » En début de service, batteries et réservoirs d’hydrogène sont chargés à 100 %. On peut alors rouler sur quelque 50 km en « pur électrique ».
Lorsque le SOC (State of charge, état de charge des batteries) descend en dessous de 60 %, la pile s’allume et alimente alors simultanément la motorisation et les batteries qui stabilisent le flux d’énergie. Toute la suite du service se déroule ainsi, la pile maintenant toujours le SOC entre 45 et 55 % de la capacité nominale de 69,3 kWh. À la rentrée au dépôt, on retrouve donc le même SOC, tandis que le reliquat d’hydrogène dans les réservoirs dépendra des aléas de la route. « Cette stratégie diminue le stress sur les composants, tout en optimisant à la fois l’autonomie et la longévité des batteries », explique Alessandro Giuliani. Au dépôt, le remplissage des réservoirs n’excède pas quinze minutes, et la charge des batteries, qui dure moins d’une heure, ne saurait donc s’apparenter à une charge lente de nuit. Sur le véhicule, les batteries et la pile à combustible sont logées à l’arrière, et seuls les réservoirs d’hydrogène sont montés en toiture. Le prototype, en cours d’homologation, va donner lieu à une présérie, et les premières livraisons des véhicules de série interviendront à la fin du premier trimestre 2025. Cet autobus à hydrogène serait, a priori, 30 à 40 % plus cher qu’un véhicule 100 % électrique à batteries. « Il nous faut maintenir la gamme la plus large possible, avec aussi le biogaz, le “mild hybrid“, le HVO et éventuellement Euro 7, estime Alessandro Giuliani. Mais concernant le gaz, on remplacera surtout des volumes existants, car l’hydrogène étant très aidé, les nouveaux clients basculeront plutôt sur cette filière… » Notons que le Streetway en version 100 % électrique était également présenté, mais qu’Iveco ne commercialisera pas ce véhicule un peu plus spartiate sur le marché français.GoA4 en service commercial avec Karsan



Très en pointe dans le domaine de la conduite autonome, le constructeur turc Karsan présentait son midibus électrique e-Atak de 8 m, en service commercial à Stavanger, en Norvège, depuis 2022, avec un degré d’automatisation de niveau 4 (GoA4). Il s’agit indiscutablement d’une première mondiale. Karsan exposait également son minibus électrique e-Jest de 5,80 m, ainsi que son autobus standard de 12 m e-Ata à hydrogène. Ce modèle est équipé d’une pile à combustible d’une puissance de 70 kW et de batteries LTO d’une capacité de 30 kWh. « À la fin de cette année, nous roulerons dans 22 pays, avec un total de 1 000 véhicules électriques », se félicite déjà Okan Bas, président de Karsan.
Les nouveaux Low Entry de MAN


Le constructeur allemand MAN nourrit l’ambition de devenir, à terme, le leader européen de l’électromobilité, et il s’en donne les moyens. Il vient d’aménager son site industriel de Nuremberg pour y produire désormais ses propres batteries. Et, en première mondiale à Busworld 2023, il présentait encore deux nouveaux modèles, tous deux de type « LE ». Le premier est le Lion’s City 12 E LE de 12,185 m, équipé d’un moteur électrique central d’une puissance maximale de 240 kW (160 kW en régime continu), capable de développer un couple de 2100 Nm. Quant au second, il s’agit du Lion’s Intercity LE 14 de 14,435 m sur trois essieux, propulsé par le moteur 6 cylindres vertical Euro 6 MAN D1556 LOH, d’une puissance de 360 chevaux, couplé avec une boîte automatique à six vitesses EcoLife 2. Ce véhicule emporte 39 voyageurs assis, 88 debout, et compte deux emplacements pour fauteuils roulants. Enfin, MAN travaille depuis cinq ans sur la conduite autonome. Dans le cadre d’une coopération avec la firme spécialisée Mobileye, le constructeur va mettre en service à Munich, dès 2025, le tout premier Lion’s City E spécialement équipé. Le véhicule circulera, en site partagé, sur la ligne 144 de la MVG (Münchner Verkehrsgesellschaft, société de transport munichoise), en conservant toutefois un conducteur à son bord, même si l’automatisation accroît déjà le niveau de sécurité. « Mais à la fin de la décennie, nous disposerons alors d’un autobus dont les redondances permettront, cette fois, de nous dispenser totalement de la présence du conducteur, confiait sur le salon, Jana Kirchen, cheffe du projet Conduite autonome chez MAN. Et alors, l’exploitation sera 30 % moins chère qu’aujourd’hui ! » C’est assurément tout l’intérêt des développements en cours…
Les déclinaisons de l’eCitaro chez Mercedes


Sur le stand du constructeur allemand Mercedes, outre l’eCitaro 100 % électrique désormais bien connu, trônait le nouvel eCitaro fuel cell à hydrogène. Il est équipé d’une pile à combustible Toyota de deuxième génération, d’une puissance maximale de 60 kW, de trois packs-batteries NMC3 d’une puissance unitaire de 98 kWh, et de cinq réservoirs d’hydrogène en toiture. Cet autobus entre dans la catégorie « range-extender », où la pile est utilisée comme prolongateur d’autonomie. Dans la gamme Setra, la nouvelle MultiClass 500 était représentée par l’autocar interurbain « low entry » en version « mild-hybrid » S 515 LE Hybrid.
Design attractif pour le Kent C Hydrogen d’OtokarLe nouvel autobus Kent C Hydrogen de 12 m à pile à combustible du constructeur turc Otokar se distingue déjà par son design particulièrement réussi. Embarquant 38 kg d’hydrogène, soit environ 1 600 l, dans cinq réservoirs de type IV en fibre de carbone, et doté de batteries d’une capacité de 140 kWh en deux packs, il peut transporter jusqu’à 82 voyageurs. Son remplissage en hydrogène dure moins de dix minutes, et il offre une autonomie supérieure à 500 km.
Le Hycity de Safra dévoiléLe seul constructeur 100 % français d’autobus à hydrogène avait choisi Busworld pour dévoiler son tout nouvel autobus Hycity de 12 m, dont il va livrer dix unités à Keolis pour son réseau de Clermont-Ferrand en milieu d’année prochaine. Safra avait déjà remporté, cet été, l’appel d’offres du réseau de Dunkerque, exploité par Transdev, pour dix autres véhicules similaires. L’Hycity intègre une pile à combustible française d’une puissance maximale de 45 kW – pour une puissance utile de 30 kW – développée et commercialisée par Symbio, entreprise cofondée par Michelin et Faurecia. La chaîne de traction du Hycity se compose également d’une batterie NMC de 30 kW, d’une capacité de 130 kWh, et d’un essieu motorisé avec deux moteurs de 125 kW chacun. Le nouveau véhicule embarque 35 kg d’hydrogène dans six réservoirs Plastic Omnium de type 4 positionnés en toiture. Il est du type « full power », puisque la totalité de l’énergie utilisée pour la traction provient de l’hydrogène, si bien que sa batterie ne nécessite pas de recharge nocturne en dépôt.
Nouvelles versions des articulés hydrogène et électrique côté Solaris

Pionnier de l’autobus électrique articulé de 18 m alimenté par pile à combustible, le constructeur polonais Solaris avait naturellement apporté à Bruxelles son Urbino 18 Hydrogen, mais dans une toute nouvelle version. L’autre véhicule exposé sur son stand, également articulé, mais à batteries, était l’Urbino 18 Electric, lui aussi dans une nouvelle version. Dariusz Michalak, responsable Produits chez Solaris, expliquait pourquoi ces changements permanents : « Premièrement, les matériaux et la technologie sont en train d’évoluer rapidement, aussi les améliorations en continu sont-elles impératives ; deuxièmement, le retour d’expérience que nous recueillons de la part des opérateurs, qui exploitent des autobus électriques depuis une dizaine d’années, sont une véritable mine d’or d’informations. » Avec ses batteries « haute densité » d’une capacité jusqu’à 800 kWh, le nouvel Urbino 18 Electric offre maintenant une autonomie supérieure à 600 km ! C’est bien assez pour désormais couvrir toutes les missions. Et il peut transporter 145 voyageurs. Quant au nouvel Urbino 18 Hydrogen, il est équipé d’une pile à combustible de 100 kW et de huit réservoirs d’hydrogène d’une capacité totale de 509 kg. Actuellement, sur les quelque 350 autobus à hydrogène qui roulent en Europe, un tiers sont de Solaris. Le constructeur est aujourd’hui numéro 1 sur le marché des autobus urbains en Europe, avec 16,4 % des nouvelles immatriculations.
L’Exqui.City de Van Hool joue les starsL’autobus électrique biarticulé Exqui.City de 24 m destiné à Île-de-France Mobilités était la star incontestée du salon (voir VRT n°677). C’est aujourd’hui le grand retour du constructeur belge, qui a subi, sans doute davantage que d’autres, les conséquences fâcheuses de la pandémie de covid. De fait, après une longue période bénéficiaire, Van Hool a dû affronter trois années successives de pertes. Sa stratégie a alors été de développer de nouveaux véhicules : un autocar électrique simple étage pour les États-Unis en 2020 ; l’Astromega double étage à batteries pour le même pays en 2021, avec un total de 130 exemplaires vendus ; la toute nouvelle gamme A en urbain et intercity pour l’Europe en juin 2022 ; et enfin la nouvelle gamme T des autocars de nouvelle génération (Alicron, Acron, et Astron) en novembre 2022. En quinze mois, plus de 300 autobus de la nouvelle gamme A (électrique à batteries, hydrogène ou trolleybus) ont été vendus. À Busworld, Van Hool avait apporté son A 12.
Yutong s’attaque au bus britannique à étage


Sur le stand du constructeur chinois, on ne pouvait pas manquer l’autobus à étage 100 % électrique U11 DD, en livrée rouge très « British », long de 10,90 m, et capable de transporter 82 voyageurs, dont 70 en places assises à raison de 27 au niveau inférieur et 43 au niveau supérieur. Curieusement, ce véhicule était présenté comme conçu pour le « sightseeing », alors qu’il paraissait viser en priorité le marché britannique du transport urbain, et tout particulièrement l’autorité organisatrice londonienne TfL (Transport for London) dont il semblait déjà pouvoir satisfaire un certain nombre de spécifications. Côté chaîne de traction, le véhicule est équipé d’un moteur électrique d’une puissance maximale de 350 kW, développant une puissance continue de 220 kW, de batteries d’une capacité de 385 kWh (423 kWh en option), et d’un essieu motorisé ZF AV133. Et il demeure particulièrement sobre en dépit de ses dimensions, puisque sa consommation n’excède pas 0,7 kWh/km. L’autre véhicule exposé par Yutong, qui attirait l’œil par son design spécialement travaillé, était l’articulé U18 très capacitaire, puisque capable d’accueillir 120 passagers. Avec un pack-batteries de 563 kWh, cet autobus affiche une autonomie dépassant les 500 km.
L’essieu-portique motorisé de ZF économise l’énergieLe célèbre équipementier allemand de Friedrichshafen avait apporté à Busworld son essieu-portique motorisé de toute nouvelle génération pour autobus à plancher surbaissé et transmission électrique. Cet essieu autorise des économies d’énergie jusqu’à 10 %, comparé à ceux de la génération précédente. Et il se révèle 20 % plus puissant pour gravir des pentes avec des véhicules simple-articulés de 29 t équipés d’un seul essieu moteur.
Toute première apparition pour ZhongtongC’était la première fois que le jeune constructeur chinois exposait à Busworld, lui qui a amené en Europe son premier autobus à la fin de l’année 2020, non sans difficulté au cours de la période de pandémie. Aujourd’hui, quelque 300 autobus Zhongtong y circulent, dont environ 200 au Portugal ! Cet étonnant succès, le constructeur chinois le doit certainement, en grande partie, à Ricardo Guimarães, directeur technique de la firme portugaise Energia Fundamental, spécialisée en mobilités électriques. C’est lui qui, en tant que chef de projet, a aidé ses interlocuteurs asiatiques à trouver des fournisseurs européens. L’essieu motorisé provient de ZF, les freins de Knorr-Bremse, la suspension de Wabco, les sièges du Polonais Ster, la rétrovision de l’Espagnol Arcol, la vidéosurveillance du Britannique Brigade, et le revêtement de sol du Français Gerflor, si bien que plus de 60 % de la valeur du véhicule correspond à des composants sourcés en Europe. « Finalement, ce n’est pas un bus chinois, concède Ricardo Guimarães. Mais tous ces composants sont déjà homologués pour l’Europe, et c’est la raison pour laquelle on les achète. Et pour l’opérateur, si des sièges sont vandalisés, il est plus rapide d’en faire venir d’autres de Pologne plutôt que de Chine… » L’usine toute neuve de Zhongtong se situe à Liaocheng, à 400 km au sud de Pékin. Elle a été inaugurée en 2014. Sur un kilomètre carré, on ne produit que des autobus, avec une capacité de 30 000 véhicules par an ! « Nous sommes prêts pour l’Europe », affirme aujourd’hui Cairns Jiang, directeur général de Zhongtong, dont l’actionnaire premier est l’État chinois. Sur son stand, le constructeur présentait notamment son autobus électrique à batteries N12 BEV, ainsi qu’un prototype pour pile à combustible. On remarquait tout particulièrement le réglage, individualisé par rangée de sièges, et à la disposition des voyageurs, du débit des éjecteurs de climatisation situés à la base des voussoirs de pavillon.

Avancées (et revirements ) du train à hydrogène
Les projets de train à hydrogène se multiplient. A travers les expérimentations, on voit se dessiner une typologie de la voie ferrée idéale pour l’application de l’hydrogène à la traction des trains : non électrifiée sur des distances trop élevées pour être parcourues sans recharge par des trains à batteries, voire idéalement proche de sources d’énergie renouvelable et géographiquement isolée.
L’actualité des différents « trains à hydrogène », qui pour l’écrasante majorité sont en fait des automotrices électriques alimentées par pile à combustible, est pour le moins riche ces derniers mois… tout en semblant paradoxale. Car alors que les annonces se suivent en matière de lancements de nouveaux projets ou de démonstrations, voire de commandes et de mises en service commercial (limité ou à pleine échelle), le développement des automotrices à piles à combustible a aussi connu quelques revirements. En particulier en Allemagne, pourtant considéré comme pays « locomotive » en la matière : en Basse-Saxe, où les éléments Coradia iLint d’Alstom sont produits et ont fait leurs premières démonstrations avec voyageurs entre 2018 et 2020, avant d’entrer en service régulier sur le réseau Weser-Elbe l’an dernier, les transports publics du Land décident d’en rester là. Les iLint resteront en service, mais la décarbonation se poursuivra avec des trains à batteries. Alors que plus au sud, dans le Bade-Wurtemberg, le projet H2goesRail mené en coopération avec la DB et Siemens, fournisseur du train Mireo Plus H, a été arrêté à l’automne 2022, avant même les premières démonstrations. Dans les deux cas, l’utilisation d’automotrices à batteries, voire l’électrification sur certaines lignes du Bade-Wurtemberg, ont été préférées. Des axes sans doute plus adaptés aux assez faibles distances à parcourir par des trains régionaux dans des régions relativement denses, comme c’est souvent le cas en Allemagne.
Mais électrifier n’est pas gratuit, l’opération ne se limitant pas à poser des poteaux et à tirer des caténaires : les gabarits peuvent poser des problèmes, en particulier au passage des ouvrages d’art. Cette réflexion, déjà lancée au milieu de la décennie précédente en Grande-Bretagne par Bombardier, a donné naissance à l’électrification « par îlots », également dite « frugale », qui permet à des trains munis de batteries de recharger ces dernières au passage de brèves sections (quelques centaines de mètres à quelques kilomètres) équipées de caténaires. Une solution entrée en application cet automne dans le Land allemand du Schleswig-Holstein, avec des Flirt Akku de Stadler, au moment même où la SNCF présentait son AGC à batteries.
hydrTrains à batteries ou trains à hydrogène
Le train à batteries serait-il désormais en train de voler la vedette au train à hydrogène ? Pas si sûr, car les deux pistes restent souvent explorées en parallèle par les mêmes acteurs, la SNCF comme les constructeurs. Mais souvent, il faut reconnaître que les démonstrations de trains à hydrogène ont lieu sur des lignes où l’emploi de batteries, assorties ou non à une électrification « frugale », pourrait également convenir.
Côté trains à hydrogène, le Coradia iLint d’Alstom, matériel pionnier s’il en est, avec ses essais puis sa mise en service en Basse-Saxe, a battu un record d’autonomie (1 175 km) en 2022. Il poursuit sa tournée des réseaux : après les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède ou la Pologne en 2020 et 2021, l’élément automoteur, déjà vu en France au Centre d’essais ferroviaires de Valenciennes, a fait une brève incursion en février sur le réseau ferré national, entre Tours et Loches, avec la région Centre. Plus convaincante a été la présentation au Québec cet été sur le Train de Charlevoix, avec plus de 10 000 voyageurs, qui a précédé une nouvelle démonstration, pour les Chemins de fer saoudiens (SAR) cette fois, près de Riyad. Mais le Coradia iLint n’est pas le seul développement d’Alstom en matière de train à hydrogène. L’industriel participe à la constitution d’une filière, avec le rachat du spécialiste Helion, alors que dans le projet italien H2iseO dans le Val Camonica, en Lombardie, les six rames Coradia Stream pour FNM s’inscrivent dans un système global, qui comprend une fourniture d’hydrogène produit localement (Talgo annonçait également en 2020 avoir une telle vision « système », en intégrant la production de ce gaz).
Alstom rappelle que le réseau ferré nord-américain est à un pour cent électrifié seulement et que les distances y sont élevées. Le constructeur a lancé un centre d’innovation au Québec pour la décarbonation des transports, qui explore aussi bien la solution hydrogène que les batteries. Plus près d’ici, 12 Régiolis H2 ont été commandés par quatre régions (Auvergne Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Occitanie, Grand Est) dans le cadre d’un des projets de décarbonation menés par la SNCF (avec l’AGC à batteries, le TER hybride et les biocarburants). Ces rames « H2 », qui sont en fait bimodes, car elles seront alimentées en électricité par pantographe sous caténaire, devraient faire parler d’elles l’an prochain, avant d’accueillir leurs premiers voyageurs fin 2025. L’hydrogène prend également le relais « quand la caténaire s’arrête » dans le projet de wagon générateur pour locomotive fret. Avec ce wagon attelé à une locomotive électrique, Alstom a en quelque sorte « réinventé le tender », dans le cadre d’un projet mené avec Engie pour Nestlé Waters.

Au Québec, le Coradia iLint à hydrogène d’Alstom a transporté plus de 10 000 voyageurs du Train de Charlevoix entre le 17 juin et le 30 septembre. Concurrence européenne
La concurrence européenne n’est pas en reste. Venus en voisins à l’édition 2022 du salon berlinois Innotrans, Stadler et Siemens multiplient depuis les annonces. Stadler a pris pied en Amérique avec son Flirt H2 livré en Californie, pour une ligne de banlieue à San Bernardino, avant d’être commandé dans le même État en version intercités. La version hydrogène du Flirt de Stadler se vend aussi en Italie, mais en version pour voie étroite de 950 mm, avec une commande groupée de six éléments pour le réseau local sarde ARST plus six autres pour FdC, en Calabre, auxquels s’ajoutent les options. Quant à Siemens, la version hydrogène de sa plus récente génération de rames automotrices Mireo, dite Mireo Plus H, a conclu une phase d’essais avant une mise en service régulier-pilote en Bavière, avec la Bayerische Regiobahn (BRB, filiale de Transdev Allemagne).
En Espagne, où l’on s’est intéressé très tôt au train à hydrogène en procédant à des essais sur un ancien tramway vicinal belge, il y a une quinzaine d’années, les essais ont commencé cet été sur l’emblématique ligne de Canfranc pour le démonstrateur bimode du projet FCH2RAIL (Fuel Cell Hybrid Power Pack for Rail Applications), entrepris par un consortium regroupant CAF, la Renfe, le gestionnaire d’infrastructure espagnol ADIF, le centre national d’hydrogène CNH2 et le gestionnaire d’infrastructure portugais IP. On le voit, les projets de « trains à hydrogène » ne manquent pas. En France encore, qu’il s’agisse de trains légers (Taxirail, mais aussi en option sur le Train léger innovant Telli de la SNCF) ou de véhicules plus lourds, comme la locomotive de manœuvre HyShunt de HDF Energy et Captrain.
En Extrême-Orient, où la recherche japonaise travaille patiemment depuis deux décennies, la concurrence est apparue en Corée du Sud et en Chine à la fin de 2022 : alors que l’industriel Woojin et l’Institut de recherche ferroviaire de Corée du Sud ont lancé leur prototype d’automotrice bimode (alimentée par pantographe sous caténaire), le groupe CRRC et la région de Chengdu des Chemins de fer chinois présentaient leur train « urbain à grande vitesse », un genre de super-métro à hydrogène.

La première des six rames Coradia Stream commandées par FNM a dans le cadre du projet italien H2iseO, pour la ligne du Val Camonica (Alpes de Lombardie), a été présentée cet automne. Le fret aussi
Mais le plus disruptif des projets présentés cette année vient sans doute de la République d’Irlande, dont les chemins de fer ÉI, avec DiGas, spécialiste letton de la recherche sur les gaz appliqués à la traction ferroviaire, ont dévoilé leur idée de locomotive fret (071 Class) à hydrogène, le gaz étant cette fois destiné à un moteur à combustion interne et non à une pile à combustible. Peut-être voit-on se dessiner au travers de ces exemples, a priori très différents, une typologie de la voie ferrée idéale pour l’application de l’hydrogène à la traction des trains : géographiquement isolée (vallée, île, ligne un peu à part), idéalement proche de sources d’énergie renouvelable (stockée sous forme d’hydrogène) et sur un réseau non électrifié, ou sur un secteur présentant des distances trop élevées pour tirer profit de croisements de lignes électrifiées (voire d’îlots) pour recharger des trains à batteries. Et surtout, qui dit « train à hydrogène » doit raisonner à petite échelle tant qu’il n’existe pas de véritable filière, pour laquelle les applications ferroviaires resteront sans doute assez marginales à terme. Ce qui ne veut pas dire qu’elles seront inexistantes, mais il est clair que l’hydrogène n’est pas « la » seule solution à envisager pour décarboner le chemin de fer. Il est clair – et les premières conclusions de la présentation du Coradia iLint au Québec vont dans ce sens – qu’un potentiel existe à condition de se donner les moyens, tant en créant une filière qu’en étudiant l’aspect réglementaire. Sans doute, le train à hydrogène n’est-il pas encore mûr en tant que système, même si le véhicule semble au point… et ce ne serait pas la première fois (on se souviendra que l’hydrogène a une première fois été « à la mode » vers 2003-2006). Pour autant, dans un contexte où l’on passe rapidement d’un enthousiasme excessif à un rejet total, il serait dommage de « tuer » une telle solution, même appelée à rester marginale, car la production d’hydrogène « vert » réalise un vieux rêve : tirer profit d’énergies renouvelables inexploitées, même avec un rendement qui laisse à désirer.
Après tout, les compétiteurs de l’industrie européenne s’y intéressent, et pas seulement pour toucher des subsides dans le cadre de projets européens. Car nul doute que des réseaux ferrés entiers, en Amérique ou en Afrique, ne seront toujours pas électrifiés en 2050 : il serait alors dommage de laisser des acteurs extra-européens produire les trains qui permettraient d’exploiter ces réseaux sans émissions carbonées, à l’image de ce qui est arrivé au secteur du panneau photovoltaïque. Mieux vaut rester pragmatique, comme ce constructeur dont un dirigeant a déclaré : « Après tout, c’est le client qui décide : s’il veut de l’hydrogène, nous le faisons ; s’il veut des batteries, nous l’avons aussi »…
Patrick Laval
Mobility Tomorrow
Gare maritime, Bruxelles (Belgique)
Organisateur : Mediafin NMG
« The place to be » pour ceux qui travaillent dans le domaine de la mobilité durable, réunit des décideurs politiques, des CEOs, des gestionnaires de RH et de flotte pour débattre et proposer des solutions. De l’e-mobilité aux solutions du dernier kilomètre, des applications intelligentes aux smart cities.
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Le T12, premier « vrai » tram-train francilien, entre en service
Inauguré le 9 décembre, pour une mise en service régulier le lendemain, le T12 n’est pas la première ligne exploitée par des trams-trains en Île-de-France. Mais il se distingue du T4, du T11 et du T13, qui sont plutôt des modes guidés hybrides, entre tram et ferroviaire lourd, tout en ne croisant jamais de trains, même sur le réseau ferré national (RFN). En effet, le T12 a non seulement tout d’un tram sur les 10,4 km du tracé réalisé par TSO, Terideal et Alstom entre Évry-Courcouronnes à Épinay-sur-Orge, mais il circule aussi sur les voies de la Grande Ceinture jusqu’à la gare SNCF de Massy-Palaiseau. Des voies du RFN empruntées également par des trains classiques Ouigo, des TGV et des convois de fret… sans oublier que les rames à deux niveaux du RER C reliaient Juvisy à Massy et Versailles sur ce tronçon jusqu’aux premiers jours de décembre.
Pour inaugurer le nouveau trait d’union entre 12 communes du nord de l’Essonne, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités (IDFM), était bien entourée, par Marc Guillaume, préfet de la région Île-de-France et de Paris, François Durovray, président du Département de l’Essonne, Matthieu Chabanel, PDG de SNCF Réseau et Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, mais aussi de Stéphane Beaudet, en qualité de maire d’Évry-Courcouronnes, alors que la présence de Manuel Valls, ancien Premier ministre et ancien maire d’Évry, a également été remarquée. Le moins que l’on puisse dire est que l’inauguration à Évry-Courcouronnes a été pluvieuse et que l’unité multiple formée par deux trams-trains Citadis Dualis n’était pas de trop pour permettre aux nombreux invités et journalistes d’effectuer le premier voyage. Les deux véhicules (TT611 et 618) qui composaient cette rame inaugurale de 84 m font partie des 25 trams-trains commandés à Alstom pour le T12 et désignés U 52600 par la SNCF (version bitension 750 V et 1,5 kV, courant continu, profil de roues pour tram et RFN).
A l’intérieur, d’une largeur de 2,65 m, les premiers voyageurs ont pu se réchauffer, s’installer, pour les plus chanceux, sur les deux fois 184 sièges bleus ou rouges (pour les personnes à mobilité réduite, PMR), voire profiter des 72 prises USB équipant chaque tram-train. En revanche, la vue promise à travers les larges baies vitrées a été masquée par la buée… Et tout au long du voyage inaugural (20,4 km effectués en 54 minutes avec 16 arrêts, contre 38 minutes théoriquement, soit 32 km/h) les voyageurs ont pu lire les affichages dynamiques sur les 20 écrans de chaque tram-train de quatre caisses. Pour ce qui est de l’accessibilité des PMR, les comble-lacunes des portes à deux vantaux des Citadis Dualis s’avèrent parfaitement adaptés aux quais bas en ligne et aux arrêts en mode tram, mais des ascenseurs ou les rampes d’accès restent à mettre en service aux points d’arrêt qui ne sont pas situés au niveau de la voirie (c’est-à-dire sur la Grande Ceinture, ainsi qu’à l’arrêt de Morsang-sur-Orge, établi à 6 m au-dessus du sol).
Parti à 12 h 09 du terminus d’Évry-Courcouronnes, le tram-train inaugural a d’abord emprunté pendant 33 minutes la partie « tram » de la ligne, qui sur 6,5 km jusqu’à Épinay-sur-Orge est longée par une nouvelle voie cyclo-piétonne. A part sur les premières centaines de mètres, le tracé de ces premiers kilomètres est généralement indépendant de la voirie en place, qu’il croise à une douzaine de reprises. En revanche, ce tracé n’est jamais très éloigné de l’autoroute A6, en particulier de Grigny au parc du château de Morsang. Le large axe autoroutier est franchi à trois reprises (ponts de 86 m, 96 m et 62 m) avant que le T12 ne passe définitivement à l’ouest de la coupure. Comme à l’accoutumée, un grand soin a été apporté aux plantations de 700 arbres et aux aménagement paysagés, tant pour ce qui est des plantes (sédum nécessitant peu d’entretien) que du design des arrêts, dans l’environnement varié de la grande banlieue sud de Paris.
Puis le tracé se rapproche des voies ferrées des la ligne Paris – Orléans, longé sur des courbes très serrées, alors que la voie devient brièvement unique. A l’arrêt d’Épinay-sur-Orge, les voies sont ensuite au nombre de trois. Ce nouvel arrêt a été établi non loin de la gare, qui continue d’être desservie par les rames du RER C, à proximité de nombreuses places de parking. Au moment de croiser un tram-train venu de Massy, certains voyageurs ont constaté que désormais, on roule à gauche, comme sur le RFN ! Ce dernier est rejoint après de nouvelles courbes serrées et c’est à 10 km/h que le tram-train arrive sur les voies de la Grande Ceinture. A peine le temps de prendre de la vitesse qu’un arrêt est marqué en gare de Petit Vaux. Au redémarrage, l’accélération est rapide jusqu’à 98 km/h. Ce sera la seule occasion de frôler la vitesse limite de 100 km/h, les intervalles entre arrêts étant courts, d’autant plus qu’aux gares desservies il y a encore peu par le RER C (cinq au total) ont été ajoutés deux nouveaux arrêts de tram-train en approche de Massy-Palaiseau : Champlan et Massy Europe.

Arrivée du T12 à Massy-Palaiseau. C’est enfin l’arrivée à Massy-Palaiseau, côté SNCF, par un plan de voie complexe qui permet de garer le tram-train sur le même quai que les rames à deux niveaux de la ligne V, qui remplace depuis le 4 décembre le RER C sur la Grande Ceinture jusqu’à Versailles-Chantiers. Cette situation est-elle appelée à se perpétuer, alors qu’il était prévu à l’origine de faire arriver le T12 à Versailles ? Toujours est-il que la fréquence des trams-trains exploités par Transkeo T12-T13, qui doit prochainement atteindre un passage toutes les 10 minutes aux heures de pointe, serait trop élevée pour les nombreux passages à niveau de la nouvelle ligne V (sur cette dernière, la fréquence maximale sera moins élevée, tous les quarts d’heure en pointe). Quoiqu’il en soit, les trams-trains iront quand même à l’ouest de Massy-Palaiseau… mais pour quelques centaines de mètres seulement, afin de gagner le nouvel atelier-garage du T12.

A Massy-Palaiseau, correspondance quai à quai entre la nouvelle ligne V et le T12 Pour ce qui est de la section actuelle d’Évry-Courcouronnes à Massy-Palaiseau, le T12 sera revenu à 688,6 millions d’euros pour l’infrastructure, répartis entre la région Île-de-France (56 %), l’État (30 %), le Département de l’Essonne (10 %) et la SNCF (4 %). Et c’est la région qui finance intégralement le matériel roulant (165 millions d’euros), ainsi que le fonctionnement (28,6 millions d’euros prévus en 2024).
La fréquentation attendue sur le T12 est de 40 000 voyageurs par jour, le service étant assuré de 5 h 30 à 0 h 30.
P. L.