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Étiquette : coronavirus

La fronde des transporteurs contre les mesures de distanciation sociale
C’est un acte fort et inhabituel que viennent de réaliser les opérateurs de transport en revenant à la charge contre les mesures de distanciation sociale. Dans une lettre dévoilée par Le Point et par Le Parisien et adressée au Premier ministre le 30 avril (et que nous nous sommes procurés), plusieurs patrons d’entreprises de transport public, dont la SNCF, la RATP, Keolis, Transdev, Agir ainsi que l’UTP, ont expliqué, dans une belle unité, qu’ils ne pourraient pas mettre en œuvre les mesures de distanciation sociale demandées par le Premier ministre lors de son discours sur le déconfinement devant l’Assemblée nationale. C’est peu dire que cette prise de position n’a été appréciée ni par Edouard Philippe ni par le ministère des Transports…
Rappelons que les transporteurs réclamaient le port du masque obligatoire pour prendre les transports publics car expliquaient-ils, ils ne pourraient pas faire respecter des distances d’1 mètre à 1,5 mètre entre les voyageurs à bord des trains, des bus ou des métros. Alors qu’il était auditionné mi-avril par le Sénat, Jean-Pierre Farandou avait notamment expliqué que, « dans les trains de banlieue d’Ile-de-France par exemple, si on nous impose de mettre un mètre ou un mètre et demi entre chaque passager, avec 100 % des trains on ne transporte que 20 % de ce qu’on transporte d’habitude… Donc ça ne marche pas ! »
Or, si Edouard Philippe a accédé à leur demande en imposant le port du masque, il a aussi demandé le respect de la distanciation sociale « au moins pour les trois semaines à venir ». Dans leur lettre, les transporteurs affirment « qu’après plusieurs jours de travail et de concertation avec l’ensemble des parties prenantes, il apparaît que les transporteurs ne disposent pas, aujourd’hui, des moyens humains et des matériels de nature à satisfaire à une telle obligation ».
Sinon, en cas de forte affluence, ils risqueraient de devoir prendre « à tout moment des décisions d’arrêt du service susceptibles de générer des troubles à l’ordre public ». Ils alertent aussi sur le risque de « tensions sociales de la part du personnel », telles que des droits de retrait ou des assignations judiciaires.
Dans toutes les zones densément peuplées, et en premier lieu en Ile-de-France, « seule la limitation drastique des flux en amont pourra permettre le respect des distances », écrivent-ils. Ce qui nécessite, selon eux, la mobilisation des forces de l’ordre, les transporteurs « ne pouvant l’assumer au regard de leurs seuls moyens ». Ils se prononcent aussi pour des dispositions coercitives permettant de réguler la demande de transport, comme une attestation employeur précisant la plage horaire d’entrée et de sortie du travail.
Les représentants des entreprises de transport rappellent qu’ils ne pourront pas acheminer un nombre important de voyageurs s’ils doivent respecter des règles de distanciation, « la capacité d’emport des véhicules (bus et trains) devant être alors limitée au maximum à 10 et à 20 % de leurs capacités », ajoutent-ils. Ce qui va à l’encontre de la volonté gouvernementale de favoriser largement la reprise économique.
Selon eux, un cadre national précis n’est pas souhaitable, il faut au contraire s’appuyer sur les « échanges locaux entre autorités organisatrices et opérateurs et au pouvoir de police des préfets, et, d’autre part, à la responsabilité personnelle de chaque usager » pour la mise en œuvre du déconfinement, insistent-ils. Pour se prémunir contre toute attaque ultérieure, ils ajoutent : « Si le gouvernement devait néanmoins souhaiter prendre des mesures réglementaires nationales sur la distance physique, elles ne pourraient que relever d’une obligation de moyens ».
Cette lettre écrite non seulement par des patrons d’entreprises privées mais aussi par des entreprises publiques démontre une volonté d’indépendance (faut-il y voir une conséquence de la naissance de la nouvelle SNCF le 1er janvier et l’arrivée d’un patron qui veut se démarquer de son prédécesseur ?) et d’affirmation de la connaissance du terrain face aux technostructures.
Pour combien de temps ? Comme un signe d’une reprise en main de son ministère de tutelle, la SNCF qui prévoyait de dévoiler le 5 mai ses pertes liées à la crise du coronavirus a annulé brutalement sa conférence de presse et annoncé qu’elle participerait au point de presse organisé par le ministère des transports dans les prochains jours…
Marie-Hélène Poingt

Siemens réalise des sur-poignées pour améliorer l’hygiène des trains
Les chemins de fer russes (RZD) testent actuellement 36 pièces conçues par Siemens pour être montées sur les poignées de porte des trains, afin d’en permettre l’ouverture avec le coude ou l’avant-bras plutôt qu’avec avec la main. L’objectif est de « réduire la propagation des germes ou d’un virus tel que Covid-19 ». Siemens a installé les prototypes de ces sur-poignées dans plusieurs rames Desiro exploitées par les RZD dans l’agglomération de Moscou. Ces pièces sont fabriquées en impression 3D et peuvent être livrées sur demande, Siemens ayant récemment acheté deux imprimantes 3D Stratasys, installées à Moscou et à Saint-Pétersbourg pour la maintenance du parc des RZD, qui comprend également les trains à grande vitesse Velaro. De ce fait, un déploiement de ces sur-poignées sur d’autres types de trains que les rames Desiro de Moscou est envisageable.
Patrick Laval

Le Conseil d’Etat valide l’utilisation du vélo pendant le confinement
C’est une petite victoire pour la Fédération des usagers de la bicyclette (Fub) qui avait saisi le Conseil d’Etat pour « faire reconnaître le vélo comme moyen de transport légitime » pendant le confinement. Dans sa requête (texte du référé à télécharger), la Fub expliquait que « le ministère de l’Intérieur, le ministère des Sports ont émis des tweets sur le réseau social Twitter dans lesquels ils ont indiqué que toute pratique sportive du vélo était proscrite. Cependant, le site internet de la police nationale, interrogé sur ce point, est d’avis contraire ».
Le Conseil d’Etat a donné raison à la Fub en estimant que « l’utilisation du vélo relève de la liberté d’aller et venir et du droit de chacun au respect de sa liberté personnelle, et que l’absence de clarté des positions du Gouvernement y portait une atteinte grave et manifestement illégale ». Il a ordonné au gouvernement « d’indiquer publiquement et largement que le vélo peut être utilisé pour les déplacements autorisés durant le confinement ».
Mais le Conseil d’Etat ne se prononce pas sur les amendes et sur les fermetures de pistes
Cette mauvaise interprétation des textes a entraîné de nombreux litiges. La Fub a ainsi reçu « plus de 800 témoignages de cyclistes ayant utilisé leurs vélos pour un motif légitime, aller travailler ou faire leurs courses », qui ont rencontré des problèmes en utilisant leur vélo. « Dans le meilleur des cas, il s’agissait d’insinuations déplacées de la part de représentants de forces de l’ordre » qui prétendaient que « le vélo ne serait pas un moyen de transport autorisé en période de confinement ». Mais dans des dizaines de témoignages, les cyclistes ont reçu une amende de 135 euros, selon la Fub. Sur ce point, le Conseil d’État « a en revanche jugé qu’il n’avait pas le pouvoir de satisfaire la demande d’interrompre les poursuites engagées contre les cyclistes [rappelant] qu’il n’était pas habilité à ordonner des mesures à l’autorité judiciaire ».
Le juge a également déclaré qu’il n’avait pas le pouvoir de satisfaire une autre demande de la Fub, à propos de la fermeture des pistes cyclables dans plus d’une dizaine de régions. La Fub relevait qu’« à l’inverse, aucune voie ouverte aux véhicules terrestres à moteur n’a été fermée ». Cette situation obligeait les cyclistes à emprunter des itinéraires non sécurisés et à faire de longs détours.
Pour la Fub, la décision du Conseil d’Etat va obliger le Gouvernement « à clarifier son discours sur le vélo ».
Yann Goubin

Le gouvernement confirme qu’Air France devra fermer des lignes au bénéfice du TGV
Avec le vélo, le train fera-t-il partie des gagnants de l’après-crise ? Auditionnés cet après-midi devant l’Assemblée nationale, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, et Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique, ont clairement confirmé qu’en contrepartie de l’aide financière de 7 milliards d’euros apportée à Air France, des efforts conséquents lui seront demandés pour qu’elle devienne « la compagnie la plus respectueuse de l’environnement ».
Air France devra notamment « renouveler sa flotte pour baisser de 20 à 25 % ses émissions de CO2 et incorporer des biocarburants d’ici 2025 », a précisé Elisabeth Borne. Elle devra aussi « redimensionner » son réseau intérieur quand il y a une alternative ferroviaire permettant un trajet en moins de 2 h 30 », a ajouté Elisabeth Borne en précisant que cela se ferait en association avec les territoires.
Bruno Le Maire a été encore plus clair : « Si des liaisons ferroviaires permettent de se déplacer en moins de 2 h 30, cela suppose très clairement la fermeture de lignes », a déclaré le ministre.
Celui-ci a également indiqué que ces « propositions fortes et même radicales » posaient trois séries de questions pour lesquelles il n’avait pas encore de réponse. D’une part, il faudra voir comment Air France parviendra à concilier les exigences environnementales aux exigences de compétitivité pour lui permettre de résister à la concurrence, notamment à celle des compagnies low cost.
D’autre part, il faudra renforcer l’intermodalité, ce qui passe par un travail entre la SNCF, les collectivités et transports régionaux. Enfin, il faudra se poser la question de l’extension des terminaux qui pourraient être remise en question.
Une politique de complémentarité entre les modes de transport semble se mettre en place, prenant enfin en compte leur dimension environnementale. Elle passe aussi par des investissements conséquents en faveur du réseau ferroviaire dont une grande partie est vieillissante et soumise à des ralentissements pour des raisons de sécurité. On attend maintenant d’en connaître plus précisément les contours et les réactions des élus locaux, alors que Bruno Lemaire reconnaît que « les conséquences locales seront lourdes ».
Marie-Hélène Poingt

« A la RATP, on a plus de questions sur la reprise aujourd’hui qu’hier »
Thierry Babec, le secrétaire général de l’UNSA-RATP, réagit après les annonces du Premier ministre hier sur les conditions de reprise des transports publics.
Ville, Rail & Transports. Comment réagissez-vous suite à la demande du Premier ministre d’imposer le port du masque et le respect de distance physique entre les voyageurs dans les transports publics ?
Thierry Babec. Nous souhaitions le port du masque, c’est donc satisfaisant. Et on ne peut qu’adhérer au principe de distanciation sociale qui vient en complément du port du masque obligatoire. Mais une fois dit cela, en réalité sa mise en œuvre relève de l’utopie !
A la différence de l’avion ou du TGV, on ne réserve pas sa place dans le métro, le bus ou le RER. Même si la RATP condamne un siège sur deux, le dispositif ne fonctionnera que si les passagers le respectent d’eux-mêmes ou s’y plient sous le regard des autres.
Jusqu’à présent, la RATP a condamné les deux premières rangées de sièges derrière les conducteurs de bus et c’est respecté. Il serait question d’isoler les conducteurs grâce à des plexiglass pour regagner quelques m2 pour les voyageurs. Mais ce n’est pas facile d’équiper 4 500 véhicules.
Pour le contrôle et la verbalisation, la RATP fera ce qu’elle peut. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec 12 000 arrêts de bus et 150 stations de métro et de RER, les agents ne pourront pas être partout. Aujourd’hui, on a plus de questions sur les conditions de la reprise qu’hier.
VRT. Il faudra aussi renforcer le niveau de service et aller très vite vers une offre à 100 %…
T. B. Les rames sont déjà bondées aux heures de pointe sur certaines lignes, comme la 13 ou sur le tramway T1, T3, T5 ou encore sur des lignes de bus dans toute la partie nord et nord-ouest, en Seine-Saint-Denis mais aussi à Gennevilliers, Asnières… Dans ces quartiers les gens n’ont pas le choix et prennent les transports publics pour se déplacer. Le service a déjà été sensiblement renforcé. Avec le déconfinement, il y aura forcément plus de voyageurs et donc des phénomènes de saturation.
Le plan de transport que nous a présenté la direction hier prévoit une offre à 70 % du niveau habituel tous réseaux confondus. Quelques lignes pourraient tourner un peu moins s’il n’y a pas nécessité. Quant aux lignes automatiques, elles seront relancées à 100 %.
VRT. Y aura-t-il selon vous suffisamment de personnels disponibles à la RATP pour assurer un niveau de transport devant rapidement redevenir normal ?
T. B. Avec en moyenne 70 % d’offre, oui. Déjà de nombreuses lignes sont assurées au-delà de 60 % et même à plus de 70 % là où il y a beaucoup de monde aux heures de pointe.
En revanche, je ne sais pas comment cela se passera lorsque nous reviendrons à 100 % d’offre de transport. Tout dépendra du nombre d’agents malades et arrêtés pour garder leurs enfants.
Aujourd’hui, 110 agents sont hospitalisés, dont 10 en réanimation. Par ailleurs, on recense 8 500 agents non disponibles dont 3 500 pour gardes d’enfants. A cela s’ajoutent les agents en chômage partiel. Il y a une quinzaine de jours, il y avait 4 000 personnes en chômage partiel journalier, mais ce chiffre a dû reculer depuis avec la perspective de la reprise.
VRT. Etes-vous satisfait des conditions de désinfection ?
T. B. C’était à mes yeux un gros point noir : alors que la RATP a fortement augmenté ses demandes de nettoyage, ses prestataires n’ont pas toujours suivi, faute de masques et de produits. C’est la RATP qui leur en fournissait. J’ai poussé pour que l’entreprise passe à des process industriels comme le font depuis plusieurs années d’autres réseaux avec des fumigations ou des nébulisations. Il a fallu en passer par toutes les arcanes administratives pour refaire les agréments internes. Maintenant la RATP procède à des tests pour voir si ses prestataires sont capables de passer à un niveau industriel. Des tests de nettoyage par nébulisation (un procédé de vaporisation de gouttes de produit virucide de 20 microns environ, ndlr) sont ainsi en cours dans deux centres bus et sur le métro. Nébuliser 4 500 autobus et plusieurs centaines de rames va demander aux prestataires de nettoyage d’avoir les reins solides !
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

Port du masque obligatoire et limitation du nombre de voyageurs dans les transports publics
Le déconfinement dans les transports est l’un des plus difficiles à mettre en place, a reconnu le Premier ministre lorsqu’il a décliné les modalités de sa mise en oeuvre, d’abord devant l’Assemblée nationale le 28 avril, puis devant le Sénat le 4 mai. Les opérateurs de transport ont obtenu ce qu’ils réclamaient avec force: le port du masque obligatoire dans tous les transports publics. Une mesure indispensable à leurs yeux en raison de l’impossibilité de garantir le respect des distances sociales, expliquent-ils.
Mais en même temps, Edouard Philippe leur a demandé de s’assurer du respect des « gestes barrières ». Autrement dit de limiter le nombre de voyageurs « au moins pour les trois semaines à venir ». Selon le Premier ministre, « cela veut dire, par exemple, que la capacité du métro parisien sera réduite à moins de 30 % du nominal. Qu’il faudra condamner un siège sur deux, favoriser, par des marquages au sol, la bonne répartition sur les quais, se préparer à limiter les flux en cas d’affluence … ».
C’est précisément ce que ne souhaitaient pas les opérateurs de transport, tant les mesures s’annoncent complexes à mettre en œuvre. Comment faire respecter ces gestes barrières et la limitation des flux ? Alors qu’il était auditionné mi-avril par le Sénat, Jean-Pierre Farandou avait expliqué que, « dans les trains de banlieue d’Ile-de-France par exemple,si on nous impose de mettre un mètre ou un mètre et demi entre chaque passager, avec 100% des trains on ne transporte que 20% de ce qu’on transporte d’habitude… Donc ça ne marche pas!«
Pour la RATP, c’est aussi un casse-tête. RATP explique continuer à « travailler l’offre de transport en vue du 11 mai, suite à ces annonces, avec un objectif global annoncé de 70 % au global à concilier avec un objectif de distanciation sociale ». La Régie, qui envisageait une offre de transport de 70 % du niveau habituel à partir du 11 mai, puis une offre croissante au fil du temps, a travaillé « à un plan de marquage au sol des distanciations. Cela concerne notamment les grandes gares et les pôles multimodaux avec des marquages près des guichets, dans les couloirs de correspondance et sur les quais. Nous travaillons par ailleurs à un marquage par « nudge » pour permettre d’espacer les voyageurs sur les sièges des quais des stations et gares et dans les rames », nous a-t-elle indiqué.
De son côté, Thierry Mallet, le PDG de Transdev a expliqué sur France Inter qu’il envisageait « d’indiquer les sièges qui ne sont pas utilisés, et éventuellement de mettre des marquages au sol pour indiquer le positionnement des personnes quand elles vont être debout (…) pour que les gens puissent bien maintenir la bonne distance de sécurité entre eux« . Il compte aussi mettre à disposition, dans la plupart des véhicules, du gel hydro-alcoolique pour que les personnes puissent se laver les mains en montant à bord.La RATP compte aussi renforcer de 30 % les équipes de nettoyage qui désinfecteront quotidiennement les matériels et les espaces. « Des tests sont par ailleurs en cours dans 2 centres bus et sur le métro d’un processus de nettoyage par nébulisation (procédé de vaporisation de gouttes de produit virucide de 20 microns environ) », précisait-elle fin avril.
Selon Edouard Philippe, « les transports aux heures de pointe doivent être réservés à ceux qui travaillent ». Le chef du gouvernement précise que l’Etat apportera son concours. « S’il faut organiser les flux, réserver les transports à certaines heures à certaines populations, nous pouvons y arriver ensemble », explique-t-il. Il estime aussi que les opérateurs de transport doivent augmenter rapidement leur offre de transport. L’offre de transports urbains doit être rehaussée au plus vite à son niveau maximum, indique-t-il.
Limiter les déplacements au-delà de 100 km
Le Premier ministre demande aussi aux entreprises de décaler les horaires d’entrée et de sortie des bureaux pour lisser les heures de pointe et de recourir autant qu’elles le peuvent au télétravail. Jean-Pierre Farandou a d’ailleurs annoncé tout à l’heure dans un tweet que la SNCF prolongeait de quatre semaines le recours au télétravail pour les cheminots pouvant travailler à distance. Et il appelle l’ensemble des entreprises à faire de même. (https://twitter.com/JPFarandou/status/1255045333354196993?s=20).
Enfin, les bus scolaires circuleront à moitié vides, avec obligation de port du masque pour les collégiens et les chauffeurs. Le port du masque sera également obligatoire dans les taxis et les VTC qui ne disposent pas de protection en plexiglas.
La logique est inverse pour les déplacements longue distance (qui resteront soumis à autorisation pour les trajets de plus de 100 km après le 11 mai, en deçà on pourra circuler librement) « Nous voulons réduire ces déplacements aux seuls motifs professionnels ou familiaux impérieux, pour des raisons évidentes de limitation de la circulation du virus. Et donc, nous allons continuer à réduire l’offre, à exiger une réservation obligatoire dans tous les trains, à décourager les déplacements entre départements », a également précisé le Premier ministre.
Marie Hélène Poingt
Qui contrôlera le port du masque?
« Le principe c’est que si le port du masque est obligatoire il y aura évidemment contrôle et possiblement sanction », a indiqué Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire d’Etat aux Transports, qui s’exprimait le 29 avril sur Europe 1. « Il y aura, dans la loi, dans les décrets, la prévision, ou la possibilité d’appliquer effectivement des contrôles, des contrôles par les forces de l’ordre, des contrôles par les opérateurs de sûreté de la SNCF et de la RATP, par exemple, et oui il y aura sanction si le port du masque n’est pas respecté, parce que nous parlons de sécurité sanitaire ».

Thierry Mallet réclame un fonds européen de soutien au transport public
Alors que le Premier ministre doit annoncer tout à l’heure les modalités du déconfinement à partir du 11 mai, le secteur du transport public s’active pour plaider sa cause.
Les mesures qui s’annoncent d’ores et déjà difficiles à mettre en place pour assurer la sécurité sanitaire des usagers et des salariés se doublent de perspectives sombres pour le secteur qui ne devrait pas connaître un retour à la normale avant longtemps.
Les opérateurs de transport public sont non seulement confrontés à une chute sans précédent de leur fréquentation (-80 à 90 % du trafic selon les villes) mais doivent aussi assumer des coûts fixes importants pour maintenir leurs équipements.
Autre menace à venir : la baisse drastique de leurs moyens financiers liés au versement mobilité avec le développement massif du chômage partiel. D’où « un effet de ciseau financier redoutable », explique dans une tribune publiée sur Linkedin Thierry Mallet, le PDG de Transdev.
Une remise en cause durable du modèle économique
Malgré le déconfinement, les recettes des transporteurs devraient rester très basses du fait d’une moindre fréquentation liée à une reprise progressive des activités économiques et sans doute aussi d’une tendance des usagers à se reporter sur d’autres modes. « Les coûts resteront significativement plus élevés avec la nécessité de proposer une offre capacitaire suffisante pour maintenir des distances barrières acceptables, y compris avec le port des masques obligatoires pour tous, et la poursuite des actions de protection des personnels, de désinfection quotidienne, d’information qui vont nécessiter des investissements en personnels et en matériel supplémentaires », écrit Thierry Mallet. « Cette situation financière critique va mettre l’ensemble des réseaux de transports publics dans des situations très difficiles et encore pour plusieurs mois », ajoute-t-il. De leur côté les collectivités locales, autorités organisatrices des transporteurs seront aussi affectées par la baisse de leurs recettes fiscales.
Pour soutenir le secteur des transports publics, le PDG de Transdev plaide pour la mise en place de « façon urgente » d’un fonds de soutien à l’activité des transports publics eu Europe. D’autres pays l’ont déjà fait. « Aux Etats-Unis, le fonds de protection contre le coronavirus va dédier au transport public 25 milliards de dollars. La seule autorité new-yorkaise, la Metropolitan Transportation Authority particulièrement touchée par la crise, recevra 4 milliards de dollars de financement. Au Royaume-Uni, dans le cadre des mesures d’urgence annoncées par le ministère des Transports, un plan massif de soutien aux transports publics (train et bus) a été mis en place afin d’assurer la continuité de service des opérateurs de transports », rappelle Thierry Mallet pour qui le Green Deal doit rester la priorité de l’Europe.
M.-H. P.

Les commandes groupées de masques pour le transport public vont devenir récurrentes
Venant de Chine, plus de 20 millions de masques étaient attendus à partir de la fin avril par le secteur du transport public dans le cadre de commandes groupées, selon Marc Delayer, le président de la Centrale d’achat du transport public. « La CATP a permis de coordonner pour le moment trois commandes groupées pour le compte de différents opérateurs, des plus grands, Transdev, RATP, SNCF, Keolis… aux plus petits », explique celui qui est aussi vice-président de l’UTP et directeur général des Transports Publics du Choletais (AGIR).« C’est vraiment une action pour toute la profession et en cohérence avec ce que demande le gouvernement », souligne-t-il. Avec l’avantage d’obtenir des coûts plus intéressants et des délais « performants », même s’ils difficiles à évaluer.
Le coût de ces commandes s’élèverait à une quinzaine de millions d’euros au total, incluant non seulement l’achat mais aussi la logistique, les frais de douane et d’acheminement jusqu’à la destination finale.
Ces masques permettront de couvrir deux à trois mois de fonctionnement, en fonction des consignes sanitaires demandées par le gouvernement, toujours selon Marc Delayer, qui prévoit des commandes groupées récurrentes à l’avenir.M.-H. P.

Le vélo a le vent en poupe
La dernière grève avait montré que le vélo est une alternative efficace pour se déplacer en ville quand le transport public vient à manquer. La crise sanitaire pourrait lui permettre de franchir un nouveau cap avec le lancement de pistes cyclables provisoires au moment du déconfinement. Une opportunité alors que les rues se sont vidées de leurs voitures. Et une solution légère et rapide à mettre en œuvre.
« La crise sanitaire actuelle nous oblige à repenser notre système de mobilité », souligne Valérie Pécresse, la présidente de l’Ile-de-France, en rappelant que « le vélo est un des outils permettant de préserver la distanciation sociale ».
Rappelons qu’en février dernier, la présidente de région avait décidé de financer à hauteur de 50 % un projet de RER vélo, imaginé par le Collectif vélo Île-de-France regroupant 34 associations. Il s’agit d’un réseau de neuf itinéraires représentant 650 km de pistes cyclables protégées, dont la réalisation coûterait environ « 500 millions d’euros », selon le collectif. La région indique désormais qu’elle va « mobiliser 300 millions d’euros pour financer, à hauteur de 60 %, ce réseau régional de voies cyclables continues, sécuritaires et confortables (…). Prioritairement, 4 axes structurants feront l’objet d’aménagement souples et provisoires pour soulager, lors du déconfinement, les lignes de transports en commun les plus fréquentées, comme la ligne 13 du métro et les RER A, B, C et D Sud », précise-t-elle sur son site.
Egalement présidente d’IDFM, Valérie Pécresse souhaite aussi renforcer le service régional de location longue durée Véligo. 5 000 vélos supplémentaires Véligo sont prévus et la région propose une prime à l’achat de 500 euros pour un vélo à assistance électrique.
De son côté, dans un discours devant le Conseil de Paris, la maire Anne Hidalgo a expliqué le 28 avril qu’elle travaille « au développement de pistes cyclables, notamment le long des lignes de métro 1, 4, et 13« , en lien « avec le Préfet de la Région Île-de-France, la Présidente de Région et les présidents de départements avec qui Paris siège au sein d’Île-de-France Mobilités« . D’autres rues pourraient aussi être réservées à la circulation des vélos.
Pour faire le point sur les obstacles à lever, la ministre de la Transition Écologique et solidaire, Élisabeth Borne, a demandé mi-avril, à Pierre Serne, le président du Club des villes et territoires cyclables, également administrateur d’IDFM et ancien vice-président (EELV) de la région chargé des Transports, de proposer des solutions de déplacements basées notamment sur le vélo.
Yann Goubin

Les multiples interrogations que pose la reprise du transport scolaire
Avec la reprise des cours programmée à partir du 11 mai se pose aussi la question du transport scolaire. 13 millions d’enfants ou de jeunes adultes sont scolarisés en France, un chiffre incluant aussi bien les enfants de maternelles que les étudiants de 3e cycle, ou encore les apprentis qui fréquentent un centre de formation (CFA). « Parmi ces 13 millions d’élèves et d’étudiants, 4 millions empruntent les transports en commun, au sens large, c’est-à-dire aussi bien des trains, des tramways, des métros, des bus, accessibles à toute la population. Et dans les 4 millions d’élèves qui prennent les transports collectifs, la moitié emprunte des cars scolaires, plutôt en milieu rural », explique Ingrid Mareschal, la déléguée générale de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV).
Qui prendra en charge les coûts ?
La principale interrogation à ce jour concerne le port du masque « Nous avons recueilli les questions des professionnels et les avons fait remonter au ministère des Transports : est-ce que le masque sera obligatoire ou est-ce que la distanciation sera privilégiée ? », se demande Ingrid Mareschal.
Et elle explique : « Si les élèves transportés doivent être séparés d’un mètre ou plus, il faudra plus de cars pour transporter le même nombre d’enfants. Or, les opérateurs ne peuvent pas doubler le nombre de véhicules, tout simplement parce que tous ne les ont pas. L’autre solution consisterait à doubler les tournées. Cela pourrait peut-être fonctionner avec des heures de cours décalées ».
Mais qui paiera ces tournées supplémentaires ? La solution du masque obligatoire poserait moins de problèmes, estime la déléguée générale. Mais elle pose d’autres questions : y aura-t-il un accompagnateur dans chaque bus pour faire respecter les nouvelles règles ?
Enfin, les règles de désinfection des véhicules et la fourniture d’équipements aux conducteurs (masques, gants, produits…), éventuellement de gel aux élèves doivent aussi être précisées. « La volonté de bien faire ne manque pas, mais qui fournit le gel ? La région ? Le transporteur ? Et si c’est lui, où le trouver ? Et l’aura-t-il à temps ? », s’interroge encore la FNTV, en rappelant qu’il faudra rapidement trancher car, entre la commande et la livraison du produit, il faudra compter plusieurs semaines.
Yann Goubin