Étiquette : Politique des Transports

  • Palmarès des mobilités. Pass d’or : Lyon carbure à tous les modes

    Palmarès des mobilités. Pass d’or : Lyon carbure à tous les modes

    Le réseau lyonnais reste l’un des rares à investir en même temps dans les tramway, bus et métro, et à pouvoir inaugurer, simultanément, la même année de nouvelles lignes dans les trois modes de transports. Pour 2013, le tramway T4 a ouvert la voie en septembre : un prolongement de 2,3 km a été réalisé entre Feyzin/Vénissieux et Villeurbanne, en passant par la gare de la Part-Dieu. Ce « chaînon manquant » permet une extension stratégique reliant le sud et le nord de l’agglomération, la liaison directe entre Feyzin/Vénissieux et la Part-Dieu et celle des pôles universitaires de la Manufacture et de La Doua. Construite en zone urbaine dense avec six ouvrages d’art expliquant son coût élevé (78 millions d’euros), la nouvelle infrastructure, malgré sa taille modeste, offre à la ville sa plus longue ligne de tramway (16 km) et 6 500 voyageurs supplémentaires chaque jour au T4 fréquenté par 33 000 voyageurs depuis sa création en 2009.
    Dans un tout autre décor, bucolique, le Sytral et Keolis Lyon ont inauguré en novembre Leol (Ligne express de l’Ouest lyonnais, entièrement achevée), qui tranche sur le réseau de bus TCL : Leol comprend un site propre de 4,5 km, dont une section en accès contrôlé par des barrières automatiques. En outre, elle emprunte en partie un ancien tracé de chemin de fer équipé « d’écuroducs » (franchissements pour écureuils) et de nichoirs à chauve-souris ! Répondant à une urbanisation croissante, le nouvel axe attend 10 000 voyageurs/jour et permet de gagner 15 minutes en heures de pointe pour un trajet estimé à 30 minutes (Grézieu-la-Varenne – Gorge-de-Loup).
    Enfin, une nouvelle ligne de métro devrait être inaugurée le 11 décembre avec le prolongement de la ligne B à Oullins (222 millions d’euros pour 1,7 km), entraînant la réorganisation des transports du sud-ouest autour d’un nouveau pôle multimodal (20 000 personnes/jour). C’est le seul chantier de métro du plan de mandat 2008-2014 du Sytral, en attendant l’automatisation totale de la ligne en 2015.
    En 2013, Lyon a aussi fait très fort en installant deux infrastructures inédites dans le paysage urbain avec le pont Raymond-Barre sur le Rhône et le nouveau tunnel de la Croix-Rousse, tous dédiés aux modes alternatifs à la voiture. Le premier a été mis en place cet été et servira au tramway sur le prolongement de T1 (2,3 km) reliant Perrache à Gerland, qui sera mis en service en février 2014. Le second est unique en Europe : il s’agit de la galerie de secours (1,8 km) du tunnel routier de la Croix-Rousse qui a été aménagée pour les bus C6, vélos et piétons, et habillée d’animations 3D. L’objet non identifié aux effets visuels innovants a été ouvert au public, comme il se doit, lors de la Fête des Lumières.
    In fine, le réseau tire les bénéfices des quelque 160 millions d’euros investis avec une fréquentation en hausse de 3,5 % au 1er novembre 2013. « C’est un bilan satisfaisant qui vient après 2012 où l’on avait déjà connu une forte progression (+5 %) grâce à la réorganisation du réseau de surface Atoubus (+7 %) », commente Valérie Guillou, directrice d’exploitation au Sytral. En attendant l’effet « booster » en année pleine en 2014, le tramway affiche déjà une hausse de 13 %, grâce à l’extension nouvelle du T4 et à celle du T5, ouverte en novembre 2012.
    Outre les transports collectifs, Lyon s’est aussi beaucoup investie dans l’électromobilité partagée. On connaissait Autolib’, initiée par la SEM Lyon Parc Auto, on a vu aussi arriver coup sur coup en octobre Bluely, le système d’autopartage électrique du groupe Bolloré (130 voitures), et Sunmoov dans le quartier innovant Confluence (30 véhicules). Ce système d’autopartage électrique, lancé par Proxiway/Transdev et Toshiba, est une première en Europe pour sa gestion intelligente et l’alimentation 100 % en énergie renouvelable d’origine photovoltaïque.

    Claude Ferrero
     

    Les points forts

    – Une extension (trait d’union du tramway T4 entre Feyzin/Vénissieux et Part-Dieu/Villeurbanne) qui donne à la plus ville sa plus longue ligne de tram
    – Des gains de temps importants
    – L’ouverture du tunnel mode alternatifs très innovant de 1,8 km à la Croix-Rousse
    – Le lancement des systèmes d’autopartage électrique Bluely et Sunmoov

  • LGV Est : la bataille des dessertes est lancée

    LGV Est : la bataille des dessertes est lancée

    Le comité des dessertes de la deuxième phase de la LGV Est, qui a tenu sa première réunion le 8 novembre à Strasbourg, se donne un an pour déterminer les gares desservies, les trajets et la fréquence des arrêts sur la nouvelle infrastructure qui placera Strasbourg à 1 heure 50 de Paris en 2016, contre 2 heures 20 actuellement Le comité des dessertes de la deuxième phase de la LGV Est, qui a tenu sa première réunion le 8 novembre à Strasbourg, se donne un an pour déterminer les gares desservies, les trajets et la fréquence des arrêts sur la nouvelle infrastructure qui placera Strasbourg à 1 heure 50 de Paris en 2016, contre 2 heures 20 actuellement. Les négociations mobilisent l'Etat, RFF, la SNCF et les représentants des collectivités (Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace) cofinanceurs de ce tronçon de 106 kilomètres entre Baudrecourt (Moselle) et Vendenheim (Bas-Rhin). Les élus de Saverne, Sarrebourg et Lunéville, villes moyennes contournées par la nouvelle ligne, insistent déjà sur la nécessité de maintenir « au moins deux arrêts par jour » dans leurs gares respectives.
    Limitée à la partie française de la ligne, la concertation n'occulte pas sa dimension internationale, portée par le maire de Strasbourg Roland Ries. « Nous devons veiller à l'équilibre entre les dessertes de Francfort par Forbach, Sarrebruck et Mannheim, et au sud via Strasbourg », a-t-il rappelé, pariant sur l'amélioration de la desserte ferroviaire de l'aéroport international de Francfort depuis la capitale européenne.
    Interrogé par Ville Rail & Transports, Guillaume Pepy, président de la SNCF, s'est déclaré « déçu par l'Allemagne, qui n'a pas respecté ses engagements et n'a pas aménagé le raccordement de son réseau ferroviaire à la LGV Est au-delà du pont de Kehl ». La deuxième phase de la LGV Est, qui assurera des circulations TGV en 1 heure 25 entre Strasbourg et Luxembourg, pourrait également relancer le projet de raccordement ferroviaire EuroCap-Rail entre Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, éventuellement prolongé jusqu'en Suisse, mais dont le tronçon belge reste à imaginer.
        

    Olivier MIRGUET
     

  • Réforme ferroviaire : Europa nein danke ?

    Réforme ferroviaire : Europa nein danke ?

    Jean-Claude Favin Lévêque, consultant et auteur du livre Concurrence ferroviaire. La France peut-elle gagner ?,  revient dans ce numéro sur la réforme ferroviaire annoncée. Selon lui, elle ne laisse actuellement qu’entrevoir une vague orientation qui viserait à un maintien d’un statu quo national qui isolerait à terme la France en Europe. Il revient également sur la réforme de l’infrastructure, la fin du tout-TGV ou encore sur le modèle de service public de transport Le gouvernement a annoncé avec force la nécessité de la réforme du système ferroviaire. Le constat de l’impasse actuelle est effectivement partagé par tous, monde ferroviaire, voyageurs et classe politique. Pour autant, les lignes de cette grande réforme ne sont pas affichées clairement. Elles se laissent deviner dans le patchwork formé par le projet de réintégration de l’infrastructure, les rapports Bianco, Auxiette ou Duron et certaines déclarations-décisions gouvernementales (priorité au transport du quotidien, report de l’ouverture du marché français). L’ensemble laisse entrevoir une vague orientation générale visant à un maintien aussi long que possible d’un statu quo national, qui aurait pour conséquence l’isolement de la France ferroviaire en Europe
    La réforme officiellement lancée, celle de l’infrastructure, donne un premier signe. La réunification des acteurs de l’infrastructure (propriétaire du réseau, maintenance, circulations et sillons) fait consensus. La réforme n’en reste pas moins critiquable sur deux points. Au plan financier, le trou annuel avoué de 1,5 milliard d’euros (il y a trois ans, il était estimé à un milliard !) ne sera pas comblé. Un premier tiers viendrait des synergies créées par le rapprochement. Cela paraît assez optimiste d’autant plus qu’il faudra du temps pour obtenir les gains d’échelle espérés dans la complexité traditionnelle de « l’administreprise » SNCF. Le deuxième tiers proviendrait d’une productivité qui progresserait de 1 % par an. On ne pourrait guère être moins ambitieux, comme si les accoucheurs ne croyaient pas aux qualités de la nouvelle entité. Enfin le dernier tiers consisterait en l’abandon de ses dividendes par l’actionnaire étatique. Hors le fait que le montant sera subordonné à celui des bénéfices futurs, cette mesure ne pourra pas être éternelle sauf à reconnaître que l’équilibre ne peut pas être rétabli.
    Le deuxième aspect critiquable est que cette réforme ignore l’orientation européenne. Comme l’explique M. Rapoport dans ses discours, cette réforme vise à mettre la France en conformité avec la réglementation actuelle, laquelle a maintenant plus de vingt ans, et cela à la veille de l’évolution importante du quatrième paquet. La France donne l’impression qu’elle se donne à nouveau deux décennies pour rejoindre l’Europe ferroviaire alors qu’il était assez facile d’anticiper certains aspects importants de la révision en débat et d’être – pour une fois – en avance sur l’événement.
    Mais cette seule réorganisation de l’infrastructure ne fait pas une politique. Au cœur de celle-là, le gouvernement affiche la priorité donnée aux trains du quotidien et la fin du tout-TGV. Cette annonce est unanimement accueillie par le politiquement correct de notre pays où les malheurs de l’un ont forcément pour cause les abus de l’autre : les TER, RER et TET ne peuvent être que les victimes de leur cousin qui a réussi, le TGV. Ce constat, objet d’un consensus commode pour le politique, est pourtant construit sur une idée fausse et un aveuglement.
    L’idée fausse est que le TGV aurait été un grand projet ruineux. Certes le réseau à grande vitesse a été financé par l’emprunt et on ne peut donc prétendre qu’il n’est pour rien dans la dette de RFF. Mais le TGV a gagné beaucoup d’argent en trente ans de fonctionnement avec une marge opérationnelle qui dépassait les 20 %. Où est passé l’argent ? Il a financé les pertes abyssales du fret, les trous du TER ou de l’infrastructure ainsi que la croissance externe de la SNCF (dont le chiffre d’affaires a crû de 50 % en moins de 10 ans). Il aurait donc pu payer ses infrastructures. Mais il avait été installé dans le rôle de vache à lait de la SNCF. Le voici en bouc émissaire.
    L’aveuglement consiste à se tromper de diagnostic. Est-ce le modèle TGV qui arriverait à bout de souffle ou bien le modèle du service public de transport qui déraille depuis longtemps ? Les trains de proximité sont d’abord la victime de ce qu’en ont fait les politiques dans leur rôle d’autorités organisatrices.
    La crise de la région Ile-de-France illustre parfaitement ce propos. Cette crise, réelle, correspond à un déficit de capacités de transport, lesquelles ne peuvent être restaurées que par des modernisations ou/et des infrastructures nouvelles. Cette dégradation est la conséquence de décisions non prises au début des années 2000. Or je ne garde pas le souvenir de cris d’alarme ou de projets ambitieux rejetés à cette époque. Ces décisions non prises l’ont été moins par manque d’argent que par manque de projets et par l’absence d’une claire anticipation de la croissance des trafics. Saluons le projet du Grand Paris et le consensus politique qu’il semble créer, car mieux vaut tard que jamais. Pour autant, les acteurs reconnaissent que le principal risque de ce projet est maintenant que le financement de son fonctionnement ne serait assuré. Comment en arrive-t-on là ?
    Lors d’un Club VRT récent, un intervenant répondait ainsi à la question du financement des grands projets de transport en Asie : « ils ne considèrent pas cela comme un coût ». En raccourci, les projets ont un modèle économique sain. Pour ma part, je pense qu’il est grand temps de réformer notre modèle du service public de transport dont les coûts ne sont pas maîtrisés et les recettes ne reposent que sur l’Etat.
    En effet notre système ferroviaire bénéficie chaque année de 12,5 millions d'euros de contributions publiques. Pour sa part, la SNCF reçoit au nom du transport ferroviaire du quotidien plus de 4 milliards de deniers publics par an. Ces chiffres relativisent le discours récurrent sur le désengagement de l’Etat. Hélas, les collectivités locales ont une faible culture économique et une créativité forte pour trouver de ressources nouvelles (élégant euphémisme officiel) pour couvrir une dépense établie comme préalable. La remettre en cause serait interprété comme une atteinte au service public. Un président de région valorise son action en ne communiquant que sur ses dépenses, dont seule l’augmentation apporte la preuve de son engagement. Un conseil régional s’est-il jamais vanté d’une baisse de son budget ou mis en avant des gains de productivité ? Faire autant pour moins d’argent ou mieux pour le même argent n’est guère politiquement porteur. Voilà pourquoi la production des TER coûte 30 % plus cher en France qu’en Allemagne.
    Si la dépense ne connaît qu’une variation à la hausse, l’utilisateur du service public doit payer de moins en moins cher. Le voyageur ne paie en France que 20 à 30 % du coût complet de son transport alors que cette contribution se situe entre 40 et 50 % en Allemagne ou en Angleterre.
    Il est grand temps de remplacer le modèle budgétaire par celui du compte d’exploitation où les décideurs seraient jugés sur leurs performances. De même qu’une entreprise ne doit pas être évaluée sur la seule croissance de son chiffre d’affaires (dont la hausse non maîtrisée peut entraîner la faillite de la société), les politiques de transport régionales devraient s’apprécier sur un certain nombre d’indicateurs pertinents au triple plan socio-économico-écologique : nombre de voyageurs transportés, coût unitaire complet du voyageur, coûts externes, ratio de CO2, régularité, etc. Les voyageurs et contribuables, correctement informés de la performance de leur région en matière de transports, devraient être intéressés aux résultats par l’obligation de lier le tarif voyageur et la contribution fiscale du contribuable local au coût unitaire. La baisse du coût unitaire aurait donc un effet favorable pour le citoyen. Enfin la publication des résultats à l’échelle nationale permettrait aux citoyens de faire un benchmark pédagogique. Alors des choix aujourd’hui tabous deviendraient raisonnables : abandon de voies obsolètes, transfert de liaisons désertes vers des bus, mise en concurrence des opérateurs, optimisation des flottes de matériel, etc.
    En résumé, la priorité donnée aux trains du quotidien devrait aller de pair avec l’exigence de l’assainissement de leurs finances. Sinon, cela consisterait à alimenter un tonneau des Danaïdes.
    Un actionnaire recapitalisant une entreprise en faillite conditionne son apport aux mesures permettant le retour à l’équilibre du compte d’exploitation. L’effort de la France n’aura de sens économique que s’il permet un fonctionnement durable de ces services publics et que le maintien de l’équilibre de leurs comptes se fait naturellement sans appels récurrents à l’intervention généreuse de l’Etat.
    Quant au rapport Duron, il fournit une des meilleures analyses faites sur le système ferroviaire français depuis longtemps, même s’il faut parfois le lire entre les lignes. Malheureusement, les commentateurs n’en ont retenu que les deux scénarios proposés faisant l’impasse sur l’analyse et certaines recommandations pleines de sens comme la « juste place de la route » ou l’interrogation (euphémisme) sur « le partage des charges entre contribuable national, contribuable local et bénéficiaire direct (utilisateur) ». Les deux scénarios ont été élaborés dans la continuité du système et en respectant l’équation économique actuelle, en évitant d’en envisager un troisième, celui qui serait rendu possible par une réforme profonde du modèle ferroviaire. Naturellement le gouvernement ne pouvait que rejeter le scénario 1 repoussoir pour approuver le scénario 2. Cette lecture réductrice jette un éclairage cru sur les conséquences d’une priorité-couperet donnée aux trains du quotidien sur le prétendu tout-TGV. Toutes les liaisons nouvelles avec les pays limitrophes Italie et Espagne sont abandonnées. Seule la LGV Bordeaux – Toulouse serait sauvegardée à une échéance plus ou moins lointaine.
    Cela va sans dire, donc disons le côté absurde d’un trop long report voire d’une suppression de ce tronçon. Celui de Tours à Bordeaux n’a de véritable sens que par la suite qu’il préfigure. Il fait gagner 50 minutes sur Paris – Bordeaux au voyageur (gain à faible valeur sur ce trajet par rapport aux 3 heures actuelles), une meilleure productivité des rames et des sillons pour le fret. Bref ce projet ne se justifie qu’à moitié pour lui-même. Le tronçon Bordeaux – Toulouse est bien plus riche de potentialités. Il permet une relation à forte cadence entre ces deux grandes métropoles régionales ; dans la suite du tronçon précédent, il rend Toulouse accessible depuis la moitié nord de la France (qui ne se résume pas à Paris) ; il rapproche Bordeaux de Montpellier et Marseille, axe majeur où les temps actuels (environ 6 heures sur Bordeaux – Marseille pour 650 km !) sont presque identiques à ceux d’il y a un demi-siècle. Enfin il sera l’un des tronçons de la future relation à fort potentiel Bordeaux – Barcelone. La valeur ajoutée d’un tronçon réside dans sa contribution au réseau, c’est-à-dire les dessertes amont et aval qu’il promet. La promesse du Tours – Bordeaux concerne toute l’Aquitaine et l’Espagne et conditionne en partie celle du Bordeaux – Toulouse qui ouvre toute la région Paca et l’Espagne. La vraie finalité de la grande vitesse n’est pas de relier Paris à la province mais de relier les régions entre elles, régions françaises et régions européennes. La France ferroviaire a du mal à sortir de ce parisianisme complètement décalé à l’heure de l’Europe.
    Le coût est-il tel qu’il faille renvoyer cette ambition au-delà de 2030 ? Non, car avec une mise raisonnable, l’Etat français peut gagner gros. Sur Tours – Bordeaux, la subvention (c'est-à-dire la partie d’argent public ne bénéficiant pas de retour financier direct) se monte à environ 50 % d’un projet de 7,8 milliards financés par PPP (partenariat public-privé), soit 650 millions d’euros par an pour l’Etat. Avec cet engagement, il bénéficie d’un effet de levier qui permet un grand chantier générateur de 4 500 emplois sur 6 ans. A l’issue du chantier lui-même, la ligne trouve son équilibre économique en exploitation avec des TGV s’acquittant de leurs péages au coût complet (hors subvention). L’Etat a donc créé avec un investissement maîtrisé une dynamique favorable au développement économique et à la croissance des trafics fret qui bénéficieront enfin de bons sillons sur le réseau classique. Il deviendra de plus propriétaire d’une infrastructure à gros débit au bout de la concession (environ 50 ans). Si on ajoute que la contribution européenne pour les lignes participant au RTE peut être très significative, la France doit-elle se mettre à l’écart d’un tel processus ?
    En conclusion, la politique qui se dessine progressivement au travers des différentes prises de position a une certaine cohérence : esquive du quatrième paquet, report de l’appel d’offres pour les TET, TER, RER, règles de cabotage protectrices, renoncement aux tronçons transfrontières. Cohérence mais dans la mauvaise direction, celle qui consiste à tourner le dos à l’Europe, à ne pas voir que l’avenir du ferroviaire passe par l’espace européen, espace géographique du réseau et espace réglementaire d’une ouverture régulée à la concurrence.
    Les réalités françaises ne peuvent évidemment pas être oubliées, comme la crise de certains (pas tous) trains du quotidien dont l’Ile-de-France est l’exemple le plus marquant. Toutefois le ferroviaire français ne sera pas sauvé par l’abandon d’un prétendu tout-TGV qui n’a existé que dans les discours moralisateurs. C’est un écran de fumée politique pour camoufler les déficits de stratégie ferroviaire qui ont conduit à certaines impasses bien réelles, notamment financières. Le TGV a donné une nouvelle ambition au chemin de fer français. Sur le moyen et long terme, il est fondé sur un modèle économique sain sous réserve de ne pas se lancer dans des projets politiciens. Son dynamisme a relancé le trafic régional. Il dispose avec l’Europe d’un immense domaine de développement. En revanche, les transports de proximité n’ont toujours pas su faire leur révolution car enfermés dans un modèle budgétaire étroit qui est celui d’un certain service public aux principes dépassés. Ils ne peuvent effectivement plus compter sur la manne du TGV à l’heure de la concurrence. Ils doivent se réformer pour abandonner un modèle où seule la dépense est célébrée et la vraie performance ignorée. Ils peuvent le faire facilement car leurs marges de productivité sont énormes et qu’ils bénéficient d’une croissance durable devant eux.
    La bonne politique serait donc de remettre à plat le modèle économique des trains du quotidien d’ici 2019 (date clé). Pendant cette période, leur donner une priorité peut être une démarche légitime. Mais en aucun cas, ce redressement ne nécessite de bloquer définitivement le futur de la grande vitesse qui est porteuse d’un développement européen dont les entreprises françaises manufacturières ou de services pourraient largement profiter. Pourquoi passer à coté de cette opportunité et laisser la politique ferroviaire allemande se déployer sans concurrence ?   
     

  • Écotaxe : six sociétés habilitées pour le télépéage

    Écotaxe : six sociétés habilitées pour le télépéage

    L’écotaxe va être payée à compter du 1er octobre par les poids lourds qui circuleront sur les routes gratuites de France. Elle sera collectée par six sociétés qui chacune ont mis au point leur propre badge et système d’abonnement. Plusieurs fois repoussée, l’écotaxe entame sa dernière ligne droite. Cette taxe, qui sera versée par les camions de plus de 3,5 tonnes circulant sur les routes nationales gratuites (10 000 km) et les routes locales contournant les itinéraires payants (5 000 km), a été adoptée le 16 avril par l’Assemblée nationale.
    En attendant son application en octobre, les sociétés chargées de sa mise en œuvre travaillent d’arrache-pied pour tenir le calendrier. En tête de ligne, Écomouv’, le consortium (comprenant autour d’Autostrade, SFR, Thales, Steria et la SNCF) chargé pour le compte de l’État de coordonner l’ensemble du dispositif, proposera deux possibilités aux transporteurs routiers. Soit un système basé sur le prépaiement pour les non-abonnés. Dans ce cas, Écomouv’ leur fournira un boîtier pour lequel ils devront verser un dépôt de garantie et payer un acompte sur lequel l’écotaxe poids lourds sera imputée. Soit un système postpaiement pour les abonnés, permettant de bénéficier d’une réduction de 10 % de la taxe.
    La taxe sera en moyenne d’une douzaine de centimes d’euro le kilomètre, variant en fonction du réseau emprunté, du nombre d’essieux du véhicule et de son niveau de pollution. Le gouvernement espère 1,2 milliard d’euros annuels, dont l’essentiel servira à financer les infrastructures de transport.
    Quelque 800 000 boîtiers devraient être distribués aux abonnés de l’écotaxe en France. Pour gérer les abonnés, Écomouv’ a retenu six sociétés « habilitées télépéages » (SHT) qui seront chargées de collecter la taxe : Axxès, Eurotoll, Telepass, Total, Ressa et DKV. Chacune a développé un badge avec des caractéristiques propres, en cours d’homologation auprès d’Écomouv’.
    Parmi eux, Telepass a retenu un badge Magnetti Marelli qui ne sera pas vendu mais remis gratuitement via plus de 140 points de distribution. Comme pour les autres SHT, c’est l’abonnement au service qui sera facturé. « Notre objectif est de proposer la solution la plus intégrée possible. C’est pourquoi nous avons retenu la même technologie qu’Écomouv’ », explique Régis Cottereau, le directeur commercial de Telepass. Le badge contient un GPS intégré permettant de connaître la position du véhicule et de transmettre des données. La technologie DSRC (ondes courtes) permet aussi de lire et échanger des données avec les antennes disposées sur les portiques. Telepass y a enfin intégré la technologie TIS-PL autorisant le paiement du péage sans s’arrêter.
    De son côté, Axxès a retenu un équipement embarqué, nommé Viaxxès SAT, « qui permettra demain de s’acquitter des péages européens et de la taxe poids lourd en France », explique la société. Il conjugue deux technologies cumulant plusieurs fonctionnalités : « la technologie micro-ondes DSRC permet de lever les barrières de péage sur les autoroutes françaises, espagnoles et belges. Et la nouvelle technologie satellitaire qui offre toujours plus d’interopérabilité technique, notamment dans les pays Européens tels que l’Allemagne », précise Axxès. « Le badge Viaxxès SAT enregistre automatiquement des éléments nécessaires à la détermination de l’assiette de l’écotaxe, en positionnant le véhicule en temps réel et en déterminant si le véhicule a franchi l’un des 4 066 points de taxation prévus sur le réseau écotaxe ».
    Reste encore à lever plusieurs obstacles techniques avant d’obtenir les différentes homologations. En particulier, il est nécessaire de faire « coexister les technologies GPRS, GSM et GPS pour l’acquittement d’une taxe et du péage, ce qui constitue une première mondiale », selon Axxès. Par ailleurs, « l’absence de directives définitives de la part de l’État notamment sur les pièces nécessaires à l’enregistrement des redevables constitue un frein notoire au déploiement de l’écotaxe », ajoute la société française.
        

    Marie-Hélène Poingt

  • Grande-Bretagne : un plan à long terme pour mettre les voyageurs au cœur du système des franchises 

    Grande-Bretagne : un plan à long terme pour mettre les voyageurs au cœur du système des franchises 

    Le ministère britannique des Transports a rendu public un calendrier de renouvellement des franchises pour les huit prochaines années. Un agenda qui ne devrait pas impliquer plus de trois ou quatre nouveaux contrats annuels. S’agissant des deux grandes lignes entre Londres et le nord du pays, par exemple, leur renouvellement se produira successivement. Le 26 mars, Patrick McLoughlin, secrétaire d’Etat britannique aux Transports, a rendu public un plan « à long terme » sur les transports ferroviaires. Un plan qui comprend aussi bien les améliorations prévues pour les infrastructures dans les années 2016-18 (électrifications, gains de capacité, modernisation de Thameslink, réalisation de Crossrail…) qu’un calendrier complètement revu des franchises pour les huit prochaines années. Objectif annoncé : « mettre les voyageurs au cœur du système de franchises », dans la mesure où les observations de ces voyageurs sont appelées à « jouer un rôle accru » sur la décision de proroger ou non un contrat d’exploitation. De plus, un comité consultatif indépendant dirigé par Richard Brown, président d’Eurostar, a été mis sur pied pour assister le ministère des Transports (DfT) dans les renouvellements de franchises.
    En se basant sur les recommandations de l’enquête menée par Richard Brown après la série de dysfonctionnements qui ont abouti à l’annulation de l’appel d’offres pour le renouvellement de la franchise West Coast Main Line (WCML) l’an dernier, le nouveau calendrier de renouvellement ne devrait pas impliquer plus de trois ou quatre nouveaux contrats par an. En particulier, l’échelonnement des nouvelles échéances a été étudié pour éviter un renouvellement simultané des deux grandes lignes entre Londres et le nord de la Grande-Bretagne, l’une par la côte ouest (West Coast Main Line, WCML), l’autre par la côte est (East Coast Main Line, ECML).
    Pour la Ligne de la côte ouest, qui relie Londres à Birmingham, Manchester et Glasgow, Virgin Trains voit son contrat prorogé de novembre 2014 à avril 2017, un nouvel appel d’offres devant être lancé en janvier 2016. Ceci alors que le nouvel exploitant de la Ligne de la côte est, qui relie Londres au nord-est de l’Angleterre et à l’est de l’Ecosse, devrait avoir démarré son activité presque un an auparavant, en février 2015, dans le cadre d’un appel d’offres à lancer dès février 2014. Ce qui implique de lancer au plus tôt le processus d’appel à candidatures pour cette ligne qui n’est plus exploitée par une entreprise privée, mais en direct par le DfT après l’abandon de l’opérateur National Express en 2009. Les syndicats de cheminots, au premier rang desquels RMT, ont réagi avec « consternation » à cette annonce, rappelant que le secteur privé avait par deux fois dû abandonner l’exploitation de l’East Coast Main Line… Un comble, si l’on pense que cet axe est en soi le plus prestigieux de Grande-Bretagne !
    Plus largement, le nouveau calendrier de renouvellement des franchises concerne l’essentiel du réseau ferré britannique, avec un appel d’offres 14 mois avant le démarrage de la nouvelle période contractuelle.
    A l’est de Londres, sur la rive nord de la Tamise, National Express garde Essex Thameside 16 mois de plus, jusqu’en septembre 2014. C’est jusqu’à cette date qu’est également prorogée la franchise Thameslink, exploitée par First pour 12 mois de plus. Par la suite, en juillet 2015, Thameslink devrait fusionner avec Southern (Go-Ahead/Keolis), dont la période contractuelle ne devrait pas être prorogée. A part cette fusion, l’autre événement attendu en 2015 est le retour d’un exploitant privé sur l’ECML. En revanche, quatre renouvellements sont maintenant prévus en 2016 : Northern (22 mois de plus pour Serco/Abellio, dans le nord de l’Angleterre) et TransPennine (10 mois de plus pour First/Keolis, dans le nord-ouest) en février, Great Western (33 mois de plus pour First à l’ouest de Londres) en juillet et Greater Anglia (27 mois de plus pour Abellio au nord-est de Londres) en octobre. En 2017, trois renouvellements : WCML (voir ci-dessus) en avril, London Midland (21 mois de plus pour Go-Ahead/Keolis au nord-ouest de Londres) en juin et East Midlands (30 mois de plus pour Stagecoach, entre Londres, Derby et Nottingham) en octobre. L’année 2018 ne devrait donner lieu qu’à deux renouvellements : SouthEastern en juin (50 mois de plus pour Go-Ahead/Keolis au sud-est de Londres) et Wales & Borders dans le Pays de Galles (Arriva, pas de prorogation). Deux renouvellements également en 2019 : South West en avril (26 mois de plus pour Stagecoach au sud-est de Londres) et Cross Country en novembre (43 mois de plus pour Arriva). Pour le renouvellement suivant, Chiltern, il faudra attendre deux ans de plus… D’ici là, nul doute que le réseau ferré britannique aura bien changé, au moins techniquement !
        

    Patrick LAVAL

  • Sifer 2013 : le compte-rendu de la conférence VR & T

    Sifer 2013 : le compte-rendu de la conférence VR & T

    Il y avait foule, le mercredi 27 mars, au salon Sifer de Lille, lors des Grands Prix des Régions 2013. Malgré d’autres événements organisés à la même heure, la conférence et la remise de prix de Ville, Rail et Transports ont attiré de nombreux congressistes. Voici le compte-rendu de la conférence. Sifer 2013, compte-rendu de la conférence des prix VRT des régions
    « Objectif -20 %. Comment diminuer les coûts de l’exploitation ferroviaire ? »

    Certains débats ne démarrent pas toujours comme prévu, et déchaînent les passions. La conférence Ville, Rail & Transports sur la diminution des coûts dans le ferroviaire ne fut pas un long fleuve tranquille. Mais les interventions ont été riches. Récit.

    « Je n’ai pas choisi le sujet. » Jacques Auxiette, président de la région Pays de la Loire et président de la commission Infrastructures et transports de l’ARF, ne cache pas son inconfort à débattre d’une question ainsi libellée. Avant, pourtant, de s’en emparer et de regretter que la subvention d’exploitation du TER ait augmenté de 40 % en 6 ans, entre 2005 et 2011, quand l’offre a progressé de seulement 15 %. Chiffres à l’appui : les régions ont affecté 5,5 milliards d’euros en 2001 au ferroviaire, soit en moyenne un quart de leur budget. « Il y a une inflation ferroviaire excessive, qui doit être compensée dans le cadre d’un juste équilibre à trouver entre le statut des cheminots et une amélioration de la performance », a-t-il martelé. Un ange passe… « Compte tenu des finances publiques contraintes, nous devons réaliser des économies », a poursuivi l’élu, avant d’appeler de ses vœux à des réformes à la fois « structurelles et organisationnelles » de la SNCF et à la restitution d’une fiscalité locale. Joël Lebreton, directeur général SNCF Proximités, liste trois leviers d’intervention : booster la performance industrielle de l’entreprise, optimiser la performance commerciale, et améliorer l’offre en elle-même. « Nous devons travailler à l’attractivité du TER pour augmenter les recettes, c’est incontestable », explique-t-il. Interrogé en tant que gestionnaire du réseau, Christian Cochet, directeur général adjoint opérations de RFF, pointe du doigt les efforts de maintenance réalisés. « On est passés de 500 à 1 000 km de voies renouvelées en quelques années, il faut poursuivre cette démarche pour faire baisser le coût de la maintenance. »

    Retrouver des financements à long terme

    L’achat de matériel constitue un poste très important pour les régions. Or leurs difficultés à se financer sur le long terme sont très prégnantes. Jean-Sylvain Ruggiu, directeur secteur public Caisses d’Epargne, groupe BPCE, a rappelé qu’une enveloppe de 20 milliards d’euros allait être mise à disposition des régions par la Caisse des Dépôts, qui pourra financer jusqu’à 50 % des projets, à des conditions intéressantes. « Les AOT devront toujours trouver la deuxième moitié du financement auprès de banques classiques. Mais la situation commence à se détendre », a glissé l’expert. En sa qualité d’industriel, Hubert Peugeot, vice-président Business développement et Ventes d’Alstom Transport France, insiste sur la nécessité d’innover pour concevoir des trains moins gourmands en énergie et intégrant un coût de maintenance réduit. Et vante les coûts d’exploitation limités du tram-train. Jacques Auxiette exhorte alors les pouvoirs publics à dégager quatre milliards d’euros dans les semaines à venir, sans quoi les commandes engagées ne pourraient être honorées. Et déplore la tendance de la SNCF à développer le TER routier.

    Le TER Routier en question

    Interrogé sur l’idée de s’inspirer des DSP pour assouplir les conventions TER, Claude Steinmetz, directeur ferroviaire France Veolia Transdev plaide pour un la définition d’un juste service, produit au juste coût et vendu au juste prix. « Il faut redéfinir l’offre, mettre en place des organisations adaptées, écouter son AOT, augmenter l’efficacité et initier un peu de polycompétence raisonnée », explique-t-il. Ardent défenseur du mode ferré, Claude Steinmetz qualifie le transfert sur la route de « fausse bonne idée ». Il plaide pour le cadencement, gage d’efficacité, et pour une meilleure articulation entre le TER et la grande vitesse. Et appelle à plus de transparence sur les tarifs. Il a d’ailleurs profité de l’occasion pour annoncer que Transdev répondrait à l’avenir aux appels d’offres d’assistance à maîtrise d’ouvrage des AOT sur la compréhension des coûts du TER. Préférant l’humour pour défendre tout l’intérêt d’une desserte routière comme complément au ferroviaire, Alain-Jean Berthelet, président de Réunir, a affiché une déférence subtile et amusante. « Je vous conseille de monter dans un autocar moderne, vous serez surpris du niveau de confort et d’accessibilité », sourit-il. L’avocat des autocars plaide pour une complémentarité des modes et souligne la capacité du TER routier à « aller chercher les voyageurs où ils sont ». Et explique que le car permet à certains voyageurs de rejoindre un transport en commun, et d’abandonner leur voiture. En guise de conclusion, et preuve que le recours à la route n’engendre pas les crispations là ou on pourrait les attendre, un cheminot du CRE Nord-Pas-de-Calais dans la salle s’est exprimé pour proposer la création de dessertes locales. Selon des études réalisées dans le Nord, la création de lignes routières complémentaires au rail aurait du sens. « Sur une ligne ferroviaire peu fréquentée, avec un rabattage de car intelligent, on accroît la zone de chalandise de la ligne, on accroît les recettes, et on baisse le coût de la convention. », conclut-il.
        

    Marie Raimbault
     

  • L’Ifsttar dévoile sa feuille de route pour les dix prochaines années

    L’Ifsttar dévoile sa feuille de route pour les dix prochaines années

    Bonne nouvelle : la fusion entre l’Inrets et le LCPC est achevée et réussie. Il aura fallu deux ans à l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) pour la finaliser et mettre en œuvre une stratégie scientifique. Bonne nouvelle : la fusion entre l’Inrets et le LCPC est achevée et réussie. Il aura fallu deux ans à l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) pour la finaliser et mettre en œuvre une stratégie scientifique. « Une chance »,  reconnaît Hélène Jacquot-Guimbal, sa directrice générale, qui souligne qu’« une fusion sur deux de boîtes privées se finit mal faute de temps ! » L’organisation adoptée est matricielle en 4 axes et 5 départements techniques, souvent multisites, afin de mêler les compétences scientifiques. Cette stratégie a été définie à dix ans, un horizon jugé raisonnable et « pas trop présomptueux, car on sèche tous sur le très long terme, à vingt ou trente ans », souligne Henri Van Damme, directeur scientifique. Elle est aussi déclinée dans des contrats d’objectifs à court terme (quatre ans).
    Entre autres nombreux programmes au menu de l’Ifsttar figure un travail sur la ville : « comment faire évoluer sa conception, les différents types de transport, d’habitat, de lieux de travail », détaille la directrice générale. L’institut prépare déjà le grand rendez-vous biennal sur la recherche sur les transports en Europe, TRA (Transport Research Arena), qui se tiendra à Paris-la-Défense en avril 2014. L’idée de cette conférence, c’est aussi de mieux communiquer à l’international, « montrer qu’il n’y a pas qu’aux Etats-Unis qu’il se fait des choses innovantes ! », poursuit-elle. Et quel que soit le mode choisi, la mobilité de demain se doit d’être sûre. Projets phares : le monitoring du trafic en temps réel, la circulation automatisée et l’homme virtuel, une modélisation numérique en 3D réalisée avec le monde médical et qui, assure Henri Van Damme, « à court terme, remplacera les coûteux crash-tests d’automobiles ».
        

    Cécile NANGERONI

     

    4 défis pour 5 départements
    Inventer la mobilité durable, adapter les infrastructures, maîtriser les risques naturels et nos impacts environnementaux, enfin, penser et aménager les villes et territoires. Ce sont les quatre défis « transversaux et évolutifs » définis par la nouvelle stratégie scientifique. Par ailleurs, la recherche ayant besoin d’un cadre pérenne, 5 départements d’expertise ont été définis : matériaux et structures ; géotechnique, environnement, risques naturels et sciences de la terre ; composants et systèmes ; transport, santé, sécurité ; aménagement, mobilités, environnement.
    En matière de mobilité durable, il s’agit de concevoir des politiques et outils d’aide à la décision publique dans les domaines de la mobilité, de la sécurité routière et des systèmes de transport. C’est également un travail d’anticipation basé sur l’observation et l’analyse des comportements et usages. « Inventer la mobilité de demain occupe 40 % de nos chercheurs. La mobilité durable, ça ne doit pas être juste un mot à la mode ! », précise le directeur scientifique Henri Van Damme.

     

  • Belgique : une structure bicéphale pour gouverner le rail

    Belgique : une structure bicéphale pour gouverner le rail

    Alors que la SNCF et la Deutsche Bahn se battent devant Bruxelles pour bâtir un modèle intégré, réunissant dans une même structure exploitation des trains et gestion des infrastructures, les chemins de fer belges se sont trouvé une autre voie : le gouvernement belge vient d’approuver, le 9 janvier, une réforme visant à supprimer la holding SNCB chapeautant l’exploitant SNCB et le gestionnaire des voies ferrées Infrabel. Alors que la SNCF et la Deutsche Bahn se battent devant Bruxelles pour bâtir un modèle intégré, réunissant dans une même structure exploitation des trains et gestion des infrastructures, les chemins de fer belges se sont trouvé une autre voie : le gouvernement belge vient d’approuver, le 9 janvier, une réforme visant à supprimer la holding SNCB chapeautant l’exploitant SNCB et le gestionnaire des voies ferrées Infrabel. Ne subsisteront plus que ces deux entités, SNCB et Infrabel, auxquelles s’ajoutera une troisième (sous leur tutelle), appelée « secrétariat social », chargée des recrutements, des gestions de carrières ou encore du statut.
    Cette réforme devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2014. Elle vise à supprimer les « doublons et superpositions des responsabilités » entre les acteurs, a souligné le ministre chargé des entreprises publiques, Paul Magnette. « La SNCB deviendra le seul opérateur directement en contact avec les passagers, Infrabel sera chargé du développement, de la maintenance et de l’entretien du réseau, ainsi que de l’attribution des créneaux. » Il y aura une « meilleure répartition des fonctions et des responsabilités entre la SNCB et Infrabel », a-t-il ajouté. Le ministre a également précisé que les cheminots conserveront leur statut et que la dette de la SNCB, estimée à près de 4 milliards d’euros, sera répartie entre les deux structures.
    Les syndicats, qui ont fait grève cet automne pour réclamer un retour à une structure unique, comme c’était le cas avant 2005, contestent la réforme. « Nous préconisons un modèle intégré avec un patron unique permettant de donner l’impulsion au système pour que tout le monde travaille dans la même direction », indique Serge Piteljon. Le secrétaire général pour la Centrale générale des services publics (CGSP) estime que les voyageurs pourraient être aussi les grands perdants de la réforme car « l’application d’un nouveau plan de transport qui devait accompagner la réforme a été reculée d’un an ». D’où, selon lui, un risque accru de suppressions de trains ou de dégradation de la ponctualité. Un rapport interne dévoilé par le quotidien La Libre Belgique montre que certains trajets sont nettement plus longs qu’il y a vingt ans (+ 18 % de temps de trajet pour Bruxelles – Luxembourg, notamment). Pour le gouvernement belge, c’est la complexité actuelle du système ferroviaire, en particulier les problèmes de communication entre le personnel à quai et les gestionnaires du trafic, qui est en cause. Cette réforme a pour « premier objectif d’améliorer la ponctualité et la qualité du service », explique-t-il. « On unit deux canards boiteux et on essaie de nous faire croire que c’est une belle poule ! », a réagi de son côté un responsable du syndicat chrétien CSC, Dominique Dalne.

     

    Marie-Hélène POINGT

  • Des assises, des ateliers et des trophées pour encourager la mobilité de demain

    Des assises, des ateliers et des trophées pour encourager la mobilité de demain

    Le futur plan de déplacements urbains d’Île-de-France vise à augmenter très sensiblement la part des transports publics ou des modes de transport doux d’ici 2020. C’est dans cette perspective que des Trophées de la mobilité ont été remis à cinq lauréats primés dans quatre catégories. Trente candidats s’étaient manifestés. En feuilletant les dossiers de candidature, on pouvait relever, au hasard, les campagnes de prévention routière de Rosny-sur-Seine ou le projet Diderot de « boulevard apaisé » dans le 12e arrondissement de Paris. On notait aussi l’utilisation par Geodis d’une installation terminale embranchée, pour permettre à un producteur de sable de passer de la route au chemin de fer. On remarquait encore des ateliers mobilité de la RATP, destinés à mieux insérer des publics ayant des difficultés – culturelles, linguistiques, sociales – à utiliser des réseaux de transport. Le point commun à ces initiatives ? Toutes s’inscrivent dans les objectifs du plan de déplacements urbains (PDU) d’Île-de-France en cours d’adoption, dont l’enquête publique commence en ce début d’année. Le futur PDU se fixe des objectifs comme l’augmentation d’ici à 2020 de 20 % de l’utilisation des transports publics ou de 10 % des modes doux ou actifs (marche à pied et vélo). Objectifs dont l’essentiel a été rappelé par Sophie Mougard, directrice générale du Stif, en ouverture des premières Assises de la mobilité en Île-de-France, qui ont eu lieu le 17 janvier au stade de France, à Saint-Denis. Les Assises se tiendront chaque année et permettront de suivre en continu la mise en place du PDU. Elles ont commencé par des ateliers, véritables bourses aux idées, permettant aux élus, concernés au premier chef, d’échanger sur les bonnes pratiques en matière de mobilité, et de s’approprier les objectifs du PDU.
    Les Trophées de la mobilité, qui ont été remis à la suite des ateliers, étaient ouverts aux collectivités, aux entreprises et administrations engagées dans un plan de déplacements, aux exploitants de réseaux de transports et aux gestionnaires d’infrastructure, ou aux associations de la région. Les prix ont été décernés dans quatre catégories : espaces publics (où deux initiatives ont été primées), transports collectifs, marchandises et management de la mobilité. Le jury, qui s’était réuni fin 2012, était présidé par Pierre Serne, vice-président du conseil régional d’Île-de-France, et comptait parmi ses membres un représentant de Ville, Rail & Transports/La Vie du Rail, média partenaire du Stif pour cette opération. Cinq lauréats ont donc été désignés, pour les initiatives suivantes.

    La politique vélo des Mureaux
    La ville des Mureaux (Yvelines), a été primée dans la catégorie « espaces publics », pour l’aménagement d’un important réseau cyclable. Les Mureaux, il faut le souligner, bénéficie d’un espace assez plat approprié au vélo. Depuis la signature de la charte pour les circulations douces, en 2002, 25 kilomètres d’itinéraires vélos ont été réalisés. Sur cet ensemble on compte 4,2 km de « chaucidou », terme par lequel la commune désigne une bande d’accotement de 1 à 1,5 mètre dans les rues à double sens dont la largeur atteint au moins 4 mètres. Un type d’aménagement que la commune veut généraliser. De plus, un parking à vélos clos et couvert a été aménagé près de la gare SNCF. Depuis 8 ans, aucun cycliste n’a été blessé. Les collèges et les lycées enregistrent une forte hausse de l’utilisation du vélo.

    La zone de rencontre de Morsang-sur-Orge
    Autre ville primée dans la catégorie Espaces publics, Morsang-sur-Orge (Essonne), pour la création d’une zone de rencontre dans une rue principale du vieux bourg, désormais en voirie partagée sur 400 mètres : limitation de vitesse à 20 kilomètres par heure, suppression des trottoirs, double sens cyclable, aménagement de sept plateaux surélevés, campagne de communication pour sensibiliser les riverains à ce nouveau mode de partage de la voirie. L’axe est d’autant plus sensible qu’il est emprunté par des dizaines d’écoliers et de collégiens. La rue, selon la commune, était autrefois triste et mal organisée ; trottoirs étroits et dégradés, stationnement sauvage. Le projet a été mené à bien en 6 mois, pour 1,3 million d’euros dont 400 000 euros subventionnés.

    Le pôle d’échange de Chelles
    La communauté d’agglomération Marne et Chantereine (Seine-et-Marne), dans la catégorie « transports collectifs », a été primée pour la création d’un pôle d’échanges multimodal au niveau de la gare SNCF de Chelles. Ce pôle d’échange s’est constitué au fil du temps, avec, pour commencer, en 2000, la réalisation de la gare routière puis, pour principales étapes, la mise en place de la gestion de la gare routière en 2003, le transfert en 2005 de la gestion de cette gare à la communauté d’agglomération, la restructuration de la gare SNCF en 2007, la création de la galerie des transports en 2009 reliant la gare SNCF à la gare routière. Enfin, en 2012, le parc relais a été réhabilité et un service Véligo a été créé.

    La barge et le vélo couplés par Vert chez vous
    La société Vert chez vous (entreprise de livraison), dans la catégorie « marchandises », a reçu le trophée régional de la mobilité pour son système de livraison combinant la péniche et les vélos utilitaires. Le flux de distribution au fil de l’eau dans Paris intra-muros démarre dans le quartier de Tolbiac et après trois étapes, permettant aux trois équipes de six tricycles électriques de rayonner en ville, fait son demi-tour dans le 16e arrondissement. La rationalisation des tournées assure la pertinence économique de l’opération, chaque équipe faisant quatre relations dans la journée. Vert chez vous bénéficie de l’explosion du e-commerce et donc des flux de livraison aux particuliers. De plus, l’entreprise surfe (si l’on peut utiliser ce terme pour une péniche) sur la pratique du zéro stock qui multiplie le nombre de livraisons dans les magasins parisiens.

    L’agglo sans auto popularisée par Cergy-Pontoise
    La communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) a reçu le trophée de la mobilité, dans la catégorie « management de la mobilité », pour son opération « L’agglo sans mon auto » : six volontaires ont accepté de vivre pendant trois semaines sans utiliser leur voiture, en se déplaçant uniquement grâce aux transports publics. Objectif : « désintoxiquer les citoyens de la voiture ». L’opération doit permettre de réduire l’écart entre une offre en fait conséquente (TC, vélo en libre-service, consignes vélos, vélo stations, autopartage, parcs relais) et une part modale très importante de l’automobile. Selon les carnets tenus par chaque participant, les trajets effectués représentent une baisse de 57 % des émissions de CO2 par rapport à l’utilisation de véhicules personnels, et une économie moyenne de 100 euros par participant pendant 3 semaines. Quant au temps de parcours, il a augmenté de 18 minutes par jour et par participant, ce qui est considéré comme marginal, d’autant que ce temps, sans les risques ni le stress de la conduite, peut en partie se transformer en temps utile, voire tout simplement agréable.

     

    F. D.

  • France – Belgique : à chacun sa réforme

    France – Belgique : à chacun sa réforme

    Tandis qu’en France le ministère des Transports a annoncé qu’il livrerait ses premières orientations sur la réforme ferroviaire à la fin du mois, en Belgique, le gouvernement est agité depuis plusieurs mois par un débat sur le même thème de la gouvernance du système. Mais les décisions qui restent à prendre pourraient aboutir à des solutions opposées des deux côtés de la frontière. Il faudra attendre jusqu’à la fin du mois pour connaître les orientations souhaitées par le gouvernement français pour réformer le système ferroviaire : le ministère des Transports devrait faire une communication au cours d’un conseil des ministres fin septembre. C’est aussi à cette période que le gouvernement devrait nommer un président à la tête de Réseau ferré de France. Un choix qui dépendra du scénario retenu. Si les pouvoirs publics optent pour une séparation stricte entre exploitation des trains et gestion des infrastructures, Hubert du Mesnil, dont le mandat à la tête de RFF a été provisoirement prolongé, et qui est partisan de cette solution, pourrait être maintenu. S’ils préfèrent un système intégrant RFF au sein d’un holding SNCF (un modèle défendu par le président de la SNCF, Guillaume Pepy), il est probable qu’ils préféreront un autre patron pour porter le projet.
    Reste encore une autre hypothèse : puisque le mandat de Guillaume Pepy arrive à échéance en février prochain, le gouvernement pourrait être tenté de nommer des têtes nouvelles pour repartir de zéro et mener à bien la réforme ferroviaire. D’autant que le calendrier mis au point permet de gagner du temps : la communication gouvernementale sera suivie d’une période de concertation associant la profession. Elle devra déboucher sur un projet de loi au premier semestre 2013 qui abordera à la fois les questions de gouvernance et les aspects sociaux (en particulier pour harmoniser les conditions de travail entre cheminots SNCF et privés dans le souci d’éviter les distorsions de concurrence). Un texte de loi devrait être soumis au Parlement au second semestre 2013. Un calendrier malin qui permettra de connaître la position de la Commission européenne sur le quatrième paquet ferroviaire et de savoir jusqu’à quel point elle souhaite l’éclatement du système.
    La Belgique est presque sur le même calendrier. Mais le ministère de tutelle des chemins de fer belges a déjà fait part de ses orientations. Le ministre chargé des entreprises publiques, Paul Magnette, souhaite supprimer le holding SNCB qui coiffe l’exploitant SNCB et le gestionnaire des infrastructures Infrabel. Ce qui permettrait, selon lui, de clarifier les flux financiers entre les branches dans un contexte appelé à devenir plus concurrentiel. La SNCB et Infrabel conserveraient certains services communs, notamment administratifs. Les fonctions du holding seraient réparties entre les deux entreprises, par exemple Infrabel récupérerait la gestion des gares. Pour l’heure, la SNCB et Infrabel se refusent à tout commentaire, se bornant à indiquer qu’elles attendent d’en savoir plus sur les modalités de la réforme. Dans les services du ministère des Transports, on explique que les réunions entre experts des partis de la coalition gouvernementale se poursuivent. « Les partis sont d’accord sur le principe de la disparition du holding, mais ils doivent encore se mettre d’accord sur la répartition des compétences entre la SNCB et Infrabel », assure-t-on. L’objectif de Paul Magnette est de faire voter cette réforme avant la fin de l’année, date où il doit quitter le gouvernement pour devenir bourgmestre de Charleroi. Une pression supplémentaire pour aller vite, même s’il a prévenu qu’il était prêt à reculer son départ du ministère pour boucler une réforme majeure à ses yeux. Si cette réforme est votée, le modèle défendu par la DB et la SNCF serait battu en brèche. Mais si la Commission a son siège à Bruxelles, rien ne dit qu’une réforme adoptée par la Belgique ait un impact sur l’Europe entière.
    Marie-Hélène POINGT