Étiquette : Politique des Transports

  • Transports publics : effervescence et promesses

    Transports publics : effervescence et promesses

    Le salon européen de la Mobilité s’est tenu du 5 au 7 juin à Paris. Ce rendez-vous a été, comme tous les deux ans, l’occasion pour le secteur de réfléchir à sa feuille de route. «Au travail ! », a lancé la ministre de l’Ecologie Nicole Bricq, dans son discours d’ouverture du salon européen de la Mobilité 2012. La profession n’avait pas, jusque-là, l’impression de se tourner les pouces, mais elle aura noté avec attention que la ministre a annoncé que les transports trouveraient une « place consistante dans la réforme de la décentralisation qui sera proposée par Marylise Lebranchu ». Nicole Bricq, qui a tenu à souligner le fait que les transports étaient bien dans son portefeuille, a affirmé son intention de lancer un 3e appel à projets pour le financement des TCSP. Les plus impatients auront noté qu’il n’était pas précisé quand cet appel était prévu, ni surtout quelle enveloppe serait consacrée aux nombreux projets identifiés, qui concernent pour la plupart des villes moyennes. Mais ils auront été satisfaits d’entendre que les choix « passeront par la case concertation avec les acteurs locaux et les entreprises ».
    La diminution de la taille des villes s’équipant de TCSP et la tendance à l’économie de moyens poussent le marché vers des solutions légères. Passé l’appel d’offres métro de Lille, qui fait l’objet de contestations (voir page 61), voici venu le temps des tramways courts et des bus de nouvelle génération. Tandis que le projet européen EBSF (bus du futur) faisait l’objet d’une revue de détail mardi matin, Egis lançait le salon avec sa tribune d’expert sur « le tramway autrement ou le BHNS ». Au menu des tables rondes : le report modal, l’intermodalité, le financement, la politique tarifaire, les smartcards, tandis que sur leurs stands les entreprises multipliaient les présentations de produits. Au total, plus de 10 000 participants – un record –  auront foulé les allées de la porte de Versailles, dont plus de 30 % d’étrangers et une quinzaine de nationalités, assurent les organisateurs. Une dimension européenne durement acquise, qui donnait sans doute à la manifestation son petit côté effervescent.
    D’autant que les transports publics ne connaissent pas la crise. La fréquentation dans les réseaux urbains se porte bien : + 4,5 % en 2001, idem pour les cinq premiers mois de 2012. Le secteur n’envoie pas ses salariés pointer chez Pôle emploi. « L’UTP représente 400 000 emplois, des emplois pérennes, à 98 % des CDI, qui connaissent peu de turnover et non délocalisables », a d’ailleurs répété à l’envi son président, Michel Bleitrach. C’est aussi une filière « tournée vers l’innovation ». Et enfin une fédération d’entreprises exportatrices, puisque « trois d’entre elles sont parmi les cinq premières entreprises mondiales ». Tout n’est pas rose pour autant. Pour poursuivre leur croissance, les transports urbains et ferroviaires ont devant eux quelques équations à résoudre. Que la profession avait rappelé lors d’un déjeuner avec la presse quelques jours avant le rendez-vous professionnel.
    Equation financière d’abord. Le VT rapporte 6 milliards d’euros, dont la moitié en province. Pas question de tarir cette manne, la ressource doit rester pérenne. Pas question non plus d’en augmenter le montant, comme l’évoquent certains élus, pour ne pas alourdir les comptes des entreprises. Cependant, « un VT interstitiel peut être envisagé au motif de l’équité des employeurs vis-à-vis des transports sur l’ensemble du territoire et d’une logique de complémentarité croissante entre les réseaux urbains, départementaux et régionaux », a estimé l’UTP dans une position adoptée le 12 avril. Tout en sachant que ce VT (potentiellement de 0,2 à 0,4 %) qui irait jusqu’aux limites de la région ne rapporterait guère plus que « 10 à 15 millions d’euros par région ». Il serait, quoi qu’il en soit, « fléché en faveur de l’intermodalité », a précisé Bruno Gazeau, délégué général de l’UTP.
    C’est une perche que Laurence Parisot n’aura pas saisie lors de sa visite du salon. « Il est de notre intérêt commun que le VT reste, mais que les autres entreprises ne soient pas écrasées par les charges, car si le tissu économique ne va pas bien, vous-mêmes, à terme, n’irez pas bien », a prévenu la patronne des patrons, qui avait pour la première fois répondu à l’invitation de l’UTP, rappelant que « le taux des prélèvements obligatoires sur les entreprises en France est le plus élevé d’Europe. 2 % de plus de VT peuvent être la goutte d’eau qui aboutit au dépôt de bilan ! » Côté financements, l’UTP plaide toujours aussi pour un nouveau modèle économique, une contribution plus importante des voyageurs au coût du transport et pour des solutions vertueuses de type pollueur-payeur.
    Equation de gouvernance ensuite. Le costume des AOTU est trop étriqué. Le secteur réclame des « autorités organisatrices de la mobilité durable », paraphrasant du coup le président du Gart, Roland Ries. Concrètement, leurs limites territoriales pourraient être étendues, mais ce sont surtout leurs compétences qui le seraient, afin d’avoir la main sur l’ensemble des domaines : transport, voirie, éventuellement habitat afin de lutter contre l’étalement urbain et, bien sûr, stationnement, qui devra au préalable être décentralisé et dépénalisé. Michel Bleitrach rappelant que « le taux de fraude au stationnement est de 80 % ». L’appel du pied a déjà été entendu par le gouvernement. Le 6 juin, Frédéric Cuvillier, ministre des Transports, a confirmé l’inscription des transports dans l’acte III de la décentralisation. « L’organisation, les compétences et les moyens affectés aux compétences nouvelles au niveau régional seront précisés, a-t-il dit. Il y aura d’autres AO, qui prendront la forme d’intercommunalités, de métropoles, que sais-je ? Il faudra que nous l’écrivions ensemble. » Car s’il est des maîtres mots prononcés par les nouveaux ministres lors du salon, ce sont bien dialogue, partenariat et concertation.
    Equation ferroviaire enfin. Que faire de la dette de RFF ? Quelle gouvernance privilégier ? Pour l’UTP, qui a pris position le 10 mai, un rapprochement entre SNCF est RFF est nécessaire, mais on ne prononce pas le mot de réunification. L’union patronale souhaite « un gestionnaire global regroupant RFF, la direction de la circulation ferroviaire et SNCF Infra ». De plus, le système ferroviaire doit s’ouvrir à tous les acteurs du ferroviaire. Tout en prônant un Etat fort, et une Araf renforcée afin d’associer les entreprises ferroviaires (EF), l’UTP propose la création d’un comité opérationnel réunissant AO et EF qui serait « chargé du pilotage et du monitoring des infrastructures, des circulations et demain des investissements ». Une proposition dont l’urgence est peut-être moindre que prévue. Frédéric Cuvillier a en effet relégué au second plan l’ouverture à la concurrence en 2014 pour les trains d’équilibre du territoire : « Je ne suis pas persuadé que ce soit la question la plus urgente, a-t-il expliqué. Pas question d’idéologie. Il faut raisonner aménagement du territoire, qualité de service, place du fret… Et faire les choses dans le bon ordre. »

    Guillaume LEBORGNE et Cécile NANGERONI

     

    Les agglomérations tentées par des solutions intermédiaires

    Plus structurantes qu’un réseau de bus mais moins coûteuses qu’un tramway, les solutions intermédiaires séduisent. « Est-ce que pour éviter une panne tous les trois ou quatre ans il faut doubler toutes les sous-stations de la ligne ? Notre réponse a été non », a indiqué le maire de Besançon, Jean-Louis Fousseret, qui a opté pour un tramway court CAF, à peu de chose près le même que celui de Nantes présenté à l’extérieur du salon.
    Alstom qui n’avait pas de solutions pour les villes moyennes pourrait bien bientôt en avoir deux. Après avoir développé et vendu son tramway court, le constructeur ferroviaire poursuivait ses tractations avec Lohr Industrie dans les coulisses du salon. On aura aussi remarqué le pimpant BHNS de Metz, mais aussi les bus hybrides, vedettes du salon, et notamment celui d’Heuliez commandé à 102 exemplaires par l’agglomération de Dijon pour un montant de 88 millions d’euros.     

    G. L. et C. N.

  • Ferroviaire : le débat des Assises

    Le 15 septembre, la ministre de l’Ecologie et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, et le ministre délégué aux Transports, Thierry Mariani, lançaient les Assises du ferroviaire. Le 15 septembre, la ministre de l’Ecologie et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, et le ministre délégué aux Transports, Thierry Mariani, lançaient les Assises du ferroviaire. Idée : face aux difficultés que traverse le secteur (gouvernance, financement, concurrence, filière industrielle), faire émerger les principes des solutions qu’il faudra mettre en œuvre, sans doute après l’élection présidentielle et les législatives. Dès le début des Assises, Ville, Rail & Transports a accompagné ces débats essentiels pour l’avenir du ferroviaire. 

     

    Vous trouverez dans cet espace :

    • « Inventer le modèle ferroviaire de demain »
    Entretien avec Nathalie Kosciusko-Morizet.

    • La présentation des quatre commissions mises en place dans le cadre des Assises

    • « Idéologie ou pragmatisme : le dilemme de la concurrence ferroviaire »
    Une tribune de David Azéma, directeur général délégué Stratégie et Finances de la SNCF

    • « Il ne faut pas que le statut soit au cœur du débat »
    Entretien avec Gilbert Garrel, secrétaire général de la CGT Cheminots

    • «  La séparation de l’infrastructure est une faute contre l’esprit  »
    Tribune de Thierry Mignauw, ancien directeur général délégué Infrastructure de la SNCF`

    • Les présentations faites par les responsables suédois de Trafikverket et de l’Astoc (association des opérateurs) lors d’une voyage d’étude organisé par RFF en Suède en octobre 2011 (En Anglais)
    (1) – (2) – (3)

     • La présentation du système ferroviaire allemand accompagnant l’allocution de  Rüdiger Grube, le président de la DB, lors d’une réception à l’ambassade d’Allemagne, le 16 novembre à Paris

     • Coûts de transaction, coûts de production, capture… Comment remettre sur les rails le système ferroviaire français ?
    Par Yves Crozet, professeur à l’Université de Lyon (IEP) et directeur du Laboratoire d’économie des transports (LET)

    • Le débat sur le ferroviaire : l’heure des choix

    • « Il faut laisser une chance au marché de s’ouvrir » par Alain Thauvette

    • Pour une nouvelle ambition publique ferroviaire par Gérard Lahellec, vice-président du conseil régional de Bretagne

    • Comment réussir la réforme ferroviaire par Thierry Mignauw

    • Rencontre après les Assises : la gouvernance n’en finit plus de faire débat

    • Dominique Bussereau : « J’espère qu’on ne va pas revenir à la SNCF de papa »
    Entretien avec l’ex-ministre des Transports, président du conseil général de la Charente-Maritime

    • A force de ménager la chèvre et le chou… par Pierre-Louis Rochet, ancien PDG de Systra et de SNCF International

    • Un groupe « pivot »… et la SNCF  comme meneur de jeu ? Par Jean-Claude Favin Levêque

    • Gouvernance : la CGT propose  « un système où il n’y a plus de RFF »
    Par Gilbert Garrel, secrétaire général de la CGT Cheminots

    • Lettre ouverte à Dominique Bussereau, ancien secrétaire d’Etat aux Transports
    Par Thierry Bonté, vice-président d’Amiens Métropole, chargé des transports et des déplacements

  • Lettre ouverte à Dominique Bussereau, ancien secrétaire d’Etat aux Transports

    Lettre ouverte à Dominique Bussereau, ancien secrétaire d’Etat aux Transports

    Par Thierry Bonté, vice-président d’Amiens Métropole, chargé des transports et des déplacements Monsieur le Président,
    Dans un entretien accordé au dernier numéro de la revue Ville, Rail & Transports, vous déclarez à propos du projet de SNIT (schéma national des infrastructures de transports) : « Le seul projet que je considère comme devant être revu, c’est le doublement par Amiens de la ligne conduisant au tunnel sous la Manche. Il faut profiter de la ligne nouvelle normande vers Caen, Rouen et Le Havre, qui pourra être ensuite prolongée jusqu’au tunnel, ce qui fait que cette ligne ne sera pas en cul-de-sac. »
    Je dois vous dire ma stupéfaction. Vous connaissez parfaitement le contexte picard et amiénois. Vous savez donc pertinemment qu’Amiens, capitale régionale, est l’une des seules de France à ne pas être desservie par le TGV. La seule gare TGV sise en Picardie est celle de Chaulnes, qui n’assure que des trajets longue distance essentiellement à destination ou en provenance de Lille. La Picardie a été délaissée et oubliée dans l’aménagement ferroviaire du territoire. C’est un fait difficilement contestable. La perspective d’une liaison au réseau TGV via la construction du barreau Picardie – Roissy, dont la mise en service est prévue en 2020, ne viendra que réparer partiellement cette injustice. Lors des séances de la commission du débat public qui se sont déroulées jusqu’au début du mois de janvier, Amiens Métropole et le Pays du Grand Amiénois ont soutenu le projet de la ligne nouvelle Paris – Normandie. Nous avons publié un cahier d’acteurs pour expliquer notre position.
    Il convient tout d’abord de considérer avec lucidité et responsabilité la perspective d’une nouvelle ligne à grande vitesse sur l’axe nord. Cet aménagement n’interviendra que lorsque la ligne TGV Nord actuelle sera saturée, c’est-à-dire dans un délai que l’on s’accorde à imaginer vers 2030 ou 2040.
    La pertinence d’un aménagement de ce type doit ensuite se concevoir dans une approche globale de l’offre à grande vitesse sur tout le secteur nord-ouest français et européen. La réalisation probable de la nouvelle ligne Paris – Normandie va évidemment offrir un débouché maritime au Grand Paris et assurer le désenclavement nécessaire d’une partie de la région normande, en particulier de l’agglomération rouennaise.
    Vous suggérez qu’à partir de Rouen une ligne doublant la ligne TGV Nord actuelle parte directement vers Calais pour joindre Londres. Vous évitez donc Paris, La Défense et l’aéroport Charles-de-Gaulle… Autrement dit, tous les pôles d’activité les plus importants de la capitale et singulièrement le secteur économique et financier européen le plus important, avec la City de Londres, je veux parler de La Défense, tout le contraire d’un « cul-de-sac » ! Nous pensons que la question à poser est donc plutôt de savoir qu’elle sera la destination du TGV en provenance du Havre une fois parvenu à la porte ouest de Paris ?
    Certainement pas vers la gare du Nord, aujourd’hui complètement saturée. La gare Saint-Lazare suit la même évolution.
    En revanche, La Défense offre toutes les opportunités d’un projet de grande gare bis à l’entrée de Paris, permettant de connecter les TGV normands avec le reste du réseau parisien RER et métro, et assurant une liaison directe à grande vitesse avec la City de Londres, en passant par Amiens. Ainsi, la nouvelle ligne TGV Normande et une nouvelle ligne Nord seraient interconnectées, complétant le réseau à grande vitesse dans l’intérêt de la Grande-Bretagne (qui lance les études pour la réalisation de sa deuxième High Speed reliant le nord du Royaume-Uni à Londres) et de la France.
    Cette hypothèse, qui n’exclut pas un embranchement avec l’aéroport Charles-de-Gaulle, nous semble beaucoup plus cohérente en matière de politique de transports et d’aménagement du territoire que votre idée première évitant Paris et ne desservant que des agglomérations peu denses.
    Amiens, capitale régionale, ne passera pas une nouvelle fois à côté de son histoire. Après avoir vu le TGV défiler à 40 km à l’est, il serait impensable de persévérer dans l’erreur. Les élus locaux sauront se rassembler pour faire entendre leur voix, sans ostracisme politique, afin de porter l’intérêt des populations locales qui ne comprendraient pas que notre territoire soit à nouveau exclu des schémas d’avenir.   

  • Un groupe « pivot »… et la SNCF  comme meneur de jeu ? Par Jean-Claude Favin Levêque

    Un groupe « pivot »… et la SNCF comme meneur de jeu ? Par Jean-Claude Favin Levêque

    Jean-Claude Favin Levêque apporte son point de vue suite aux Assises du ferroviaire en revenant plus particulièrement sur trois thèmes : l’infrastructure, la notion de dumping social et le choix de la SNCF comme entreprise pivot. Il regrette qu’ils aient focalisé l’attention au détriment de celui qu’il juge primordial : la performance du ferroviaire français.
      Je me réjouis qu’un débat se soit enfin ouvert en France sur le ferroviaire. Le mérite en revient pour partie aux Assises. Je regrette toutefois un manque d’esprit critique vis-à-vis des discours bien léchés des institutionnels. Pour ma démonstration, je prendrai trois thèmes dominant le débat actuel : l’infrastructure, le dumping social et l’entreprise pivot.
    L’infrastructure est un sujet dimensionnant pour le ferroviaire. Le consensus s’est fait (enfin !) pour dénoncer une situation bicéphale nuisible. La solution allemande de holding est alors avancée avec un argument massue : l’activité infra a permis à la Deutsche Bahn de faire des gros bénéfices qui ont financé son développement conquérant en Europe. Ce réalisme paraît de bon aloi. Et pourtant, cela ne résiste guère à une analyse un peu plus fine.
    Première interrogation, comment peut-on gagner de l’argent en rassemblant une activité SNCF qui ne gagne pas d’argent avec une de RFF qui n’en gagne pas non plus ? Tout le monde affirme que la filière infrastructure est déficitaire dans sa globalité. Difficile de croire que l’économie des mirifiques coûts de transaction va réussir ce miracle. La réalité est autre et le bon résultat allemand relève de l’une ou l’autre (voire les deux) des propositions suivantes :
    • Les coûts de production infrastructure de la DB sont inférieurs ;
    • La contribution du client final (chargeur ou voyageur) est supérieure.
    Deuxième interrogation, comment l’Europe peut-elle accepter une situation qui est contraire à sa politique sur deux points ?
    • L’équité concurrentielle, la DB, gérant l’infrastructure, étant à l’évidence avantagée par rapport aux entreprises ferroviaires clientes ;
    • la baisse des coûts que l’UE recherche pour améliorer la compétitivité du ferroviaire et permettre son développement.
    En d’autres termes, on imagine mal qu’une telle situation perdure. Même si l’UE peut autoriser le modèle juridique de la holding, elle exigera « une muraille de Chine » pour empêcher tout flux financier entre l’infrastructure et les activités commerciales. Donc ce fameux modèle allemand était certainement un bon modèle pour les vingt années passées, parfait pour bien gérer la transition mais certainement pas celui pour le futur.

    Deuxième idée simple qui semble faire consensus, la SNCF ne peut pas être concurrentielle si les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tout le monde. En l’absence de convention collective, les nouveaux entrants bénéficient d’un avantage compétitif imparable et de plus immoral car reposant sur le dumping social. Ayant posé le problème en ces termes, on en tire facilement la conclusion que la future convention collective ne doit pas être trop éloignée du fameux statut cheminot. Regardons de plus près.
    Tout d’abord, quarante pour cent des effectifs du groupe SNCF, agents en filiales et CDI de l’Epic, ne sont pas au statut. Ensuite, le surcoût éventuel des agents de l’infrastructure (circulation et infra) et des gares (exception sur ce point pour un éventuel appel d’offres incluant des gares), soit un peu plus de 60 000 personnes, est supporté de façon identique par les trains de la SNCF et de ses concurrents (tous paient les mêmes péages). Restent environ 90 000 agents aux activités administratives, commerciales ou de production ferroviaire. Pour plusieurs de ces activités, une convention collective n’aura pas d’impact sur le différentiel concurrentiel. Par exemple, la maintenance des nouveaux entrants sera soit réalisée dans leur pays s’il s’agit de compagnies étrangères et le plus probablement sous-traitée (à un industriel, voire une entreprise ferroviaire historique) pour les autres.
    Ce fameux dumping social se résume très majoritairement au domaine des roulants, conducteurs et contrôleurs. Affinons. Le surcoût retraite ne pourra pas être effacé. On ne fera pas payer des cheminots qui ne sont pas au statut une surcharge pour la retraite de ceux au statut. Là encore, la convention collective quelle qu’elle soit n’aura aucun effet. Les rémunérations ? Je ne crois pas un instant au dumping social sur ce point. En cas d’écart significatif, il serait tellement facile à la SNCF d’aller débaucher chez ses concurrents des conducteurs, longs et chers à former. Je suis même persuadé que les conducteurs auront une meilleure rémunération chez les concurrents… en roulant davantage.
    Voilà le point essentiel d’écart entre la SNCF et ses concurrents mais qui n’a rien à voir avec le dumping social : la productivité des personnels roulants. Il est loin d’expliquer le différentiel de compétitivité de 30 % à 50 % mis en évidence par certains benchmarks. Mais il y contribue. Son origine est connue ; c’est le fameux RH0077, règlement interne à la SNCF, qui fixe l’utilisation des agents et notamment les roulements. Sa rigidité va bien au-delà de simples surcoûts opérationnels car elle pénalise la flexibilité et la réactivité de l’entreprise, éléments difficiles à traduire en chiffres (combien coûte un contrat perdu ?)
    La vérité est qu’il faudra adopter une convention collective et abandonner le recrutement des cheminots au statut. Cela est indispensable pour créer un corps professionnel homogène et commun aux entreprises ferroviaires françaises. Cette convention collective doit être dans les standards européens, assez loin du RH0077. Sinon, les entreprises françaises seraient condamnées à une moindre compétitivité et la SNCF à délocaliser toutes ses activités non purement françaises. Mais la SNCF ne peut pas esquiver une réforme interne délicate par la simple formule magique de la mise en place d’une convention collective.

    Et le pivot ? Quelle drôle d’idée ! Voilà trois mois que je tourne dans ma tête cet Ovni communicatoire sans en comprendre le sens. Quelle acception du mot ? Le pivot du basket, homme talentueux, par lequel passe une majorité de ballons ? Peu crédible dans un monde concurrentiel d’exiger des autres entreprises ferroviaires qu’elles attendent la bonne distribution d’un Tony Parker SNCF ! Cette pièce mécanique autour de laquelle tournent les autres ? Mais la principale qualité d’un pivot est sa stabilité et son immobilité. Cela est peu porteur pour une entreprise. Plus exactement, cela me paraît être un projet d’administration, laquelle est naturellement persuadée que le monde ne peut aller bien que si elle contrôle toutes les pièces en mouvement. Mais pourquoi donc la SNCF veut-elle se faire institutionnaliser comme pivot alors que personne ne lui conteste son rôle de leader français du ferroviaire. Manque-t-elle à ce point de confiance en elle ? C’est sa place naturelle. Sa mission, car elle a une mission, est d’être le champion qui entraîne derrière elle tous les autres athlètes ferroviaires français. Mais aucun champion n’est désigné par décret. Il gagne sa place. Je suis certain que les cheminots sont prêts à le faire sans se faire traiter de pivot.

    Voilà donc trois thèmes majeurs qui sont ressortis des Assises. Méritent-ils le fait d’occuper le devant de la scène ? Au contraire, ils ont focalisé l’attention du microcosme et l’ont détourné du seul sujet qui vaille, la performance du ferroviaire français qui affiche un double handicap tant dans la compétition modale (rail-route) que celle purement ferroviaire. L’esprit administratif dominant a mis l’organisation au premier rang, générant de beaux débats intellectuels. Faut-il construire des lignes nouvelles ou rénover le réseau ? Débat purement théorique. A l’inverse de cette approche technocratique, l’esprit d’entreprise ne s’intéresserait qu’à l’objectif et au résultat à obtenir, certain que la méthode s’imposerait d’elle-même selon le principe de réalité. Bref, il faudrait une vision ferroviaire pour la France et ne pas parler que de l’intendance, définir une stratégie avant de fixer les principes d’exécution.   

  • A force de ménager la chèvre et le chou… par Pierre-Louis Rochet, ancien PDG de Systra et de SNCF International

    A force de ménager la chèvre et le chou… par Pierre-Louis Rochet, ancien PDG de Systra et de SNCF International

    Le plaidoyer de Thierry Mignauw publié récemment dans nos colonnes en faveur d’un chemin de fer intégré a trouvé un lecteur attentif en la personne de Pierre-Louis Rochet. Un homme de l’art attentif, et critique. Car l’ancien président de Systra et de SNCF International juge inéluctable l’évolution européenne vers la séparation du gestionnaire d’infrastructure et de l’opérateur historique, selon le modèle mis en pratique aujourd’hui par les Suédois ou les Espagnols. L’ancien dirigeant y voit un gage d’efficacité, permettant notamment au réseau hexagonal de redevenir pleinement une vitrine du savoir-faire ferroviaire français à l’international. J’ai lu avec grand intérêt au sujet de la réforme ferroviaire le long plaidoyer de Thierry Mignauw dans le numéro du 21 février, remarquablement complet et étayé. Ayant eu une expérience internationale étendue et professionnellement variée, je me permets de faire un certain nombre de remarques sur le texte de mon ancien collègue.
    Tout d’abord, je suis aussi enclin que lui à regretter cette évolution européenne qui a détruit cette approche homogène nécessaire pour le fonctionnement du chemin de fer, système de transport à un seul degré de liberté, et je comprends parfaitement qu’il souhaite cette solution avec regroupement sous holding ! Ayant été autrefois chef d’établissement Infrastructure, puis Exploitation/commercial, je suis également sensible à l’aspect cohérence et système global, mais je pense que malheureusement l’évolution est inéluctable maintenant, et qu’en voulant en France « ménager la chèvre et le chou », nous nous sommes mis avec notre curieux montage GI/GID dans une situation ne pouvant pas permettre d’aboutir à des bons résultats.
    Tout le monde en convient, et je renforcerai seulement les points d’inquiétude mentionnés par Thierry Mignauw sur la situation actuelle, en rajoutant qu’il est clair, vu du côté des industriels de la voie, que beaucoup de progrès dans l’infrastructure n’ont pas été mis en œuvre en France ces dernières années en raison des querelles d’experts GI et GID face aux innovations proposées par les industriels, dont certaines n’ont donc pu à ce jour bénéficier au réseau. Le résultat est aussi que le réseau français n’est plus suffisamment une vitrine pour aider, comme auparavant, les industriels français à l’export, car ces derniers doivent aller d’abord vendre leurs produits innovants ailleurs, dans des pays où le GI unique a une capacité de décision rapide.
    En ce qui concerne le chapitre II au sujet des solutions autres qu’intégrées : bien entendu, toute solution intermédiaire est à proscrire, surtout si, comme j’ai cru comprendre, même avec le GI sous holding SNCF, un « new RFF » subsistant garderait un minimum de fonctions et peut-être même gérerait les demandes, ou au moins les recevrait, ainsi que les attributions de sillons ! Mais je pense de mon côté que la solution d’unification, « à la suédoise ou à l’espagnole », poussée jusqu’au bout, ne peut être maintenant que la voie efficace pour sortir de la situation actuelle très « péjorante » pour l’ensemble du système avec son gaspillage d’énergies, d’intelligences et de surcoûts.
    Et je ne partage pas certaines des objections soulevées : en particulier, je crois que le nouvel établissement serait bien entendu placé sous la pression du client, et non pas isolé, car c’est lui qui gérerait les demandes de sillons, c’est lui qui serait en contact avec les régions pour l’organisation des transports régionaux et l’attribution de leurs sillons, c’est lui qui aurait à gérer les gares pour le compte des différents opérateurs.
    Mais je suis bien d’accord avec Thierry Mignauw sur le fait que la concurrence intramodale comme, et également, celle avec les autres modes de transport doivent être bien régulées pour pouvoir s’exercer au mieux des intérêts de la collectivité ! Or ce n’est pas le cas aujourd’hui sur certains points aussi bien fiscaux que de support des coûts externes.
    Je regrette aussi qu’il dise que la concurrence dans le fret n’a pas permis de relancer la dynamique ! Je crois au contraire que sans elle la part ferroviaire du fret serait encore plus faible aujourd’hui, et que l’ouverture est même sans doute arrivée trop tard. A ma connaissance, en 2011, quasiment la moitié du nouveau trafic fret des opérateurs privés a été reprise au mode routier.
    Ne pouvant être schizophrène car ayant été chargé à une certaine époque de chercher à emmener la SNCF à l’international dans des exploitations privées, sur la base d’une excellente idée initiale du président Loïc Le Floch-Prigent, je ne peux qu’être favorable à la concurrence privée, et je suis persuadé que cela apporte des évolutions positives, mais bien entendu pas dans n’importe quelles conditions et sans régulation forte et claire, et effectivement Thierry Mignauw a raison dans sa liste des sujets qui seraient conditions de réussite.
    En tout cas, je ne pense pas que la SNCF et les cheminots, de l’Infra ou non, seraient perdants dans l’hypothèse de la séparation totale, si le cadre est bien clair, car il y aura moins de frustrations, moins de pertes de temps pour tous, y compris industriels, les rôles seront bien plus évidents qu’aujourd’hui, que cela soit pour l’Etat, une Araf forte, l’EPSF, le GI et les opérateurs dont la SNCF, les ingénieries et les industriels également, et cela devrait se faire dans une perspective dynamique du monde ferroviaire, où chacun pourra trouver de nouveau sa motivation dans le développement global de l’activité.
    En ce qui concerne les grands projets à l’international, nous avons gagné au début des années 90 en Corée du Sud la fourniture d’un système TGV, grâce à une SNCF forte, intégrée, et une approche bien coordonnée, mais récemment la partie espagnole a montré en Arabie saoudite qu’elle pouvait gagner la fourniture d’un tel système, avec en plus exploitation et maintenance sur douze ans, tout en étant clairement séparée en Espagne entre GI et opérateur historique, ce qui prouve bien que ce montage n’interdit pas d’être intelligent et de savoir travailler ensemble pour un succès à l’export !
    Enfin, à propos du « rêve » sur DB/SNCF, oui, nous avons rêvé à une époque d’une Europe où l’ensemble DB/SNCF aurait pu dominer, celle-ci gérant le trafic voyageurs, celle-là le trafic fret, et à peu près au même moment, je crois, un autre rêve existait : Siemens/Alstom avec basiquement tous les trains à grande vitesse fabriqués en France et les locomotives en Allemagne ! Nous sommes réveillés maintenant, la réalité est là, surtout financière, ne laissons pas couler ce bel outil qu’est le système ferroviaire, et espérons que notre montage en France évoluera vite dans des conditions surtout claires !

  • Dominique Bussereau : « J’espère qu’on ne va pas revenir à la SNCF de papa »

    Dominique Bussereau : « J’espère qu’on ne va pas revenir à la SNCF de papa »

    Entretien avec l’ex-ministre des Transports, président du conseil général de la Charente-Maritime

    Dominique Bussereau n’a pas de doute : il faut aller jusqu’au bout de la séparation RFF/SNCF et donner à Réseau ferré de France les moyens de devenir pleinement gestionnaire d’infrastructure. Il reste grand défenseur du projet de Snit qui trouve aujourd’hui plutôt des détracteurs. Très attentif à la qualité de service, l’ancien ministre décerne la mention « peut mieux faire » à la SNCF. Enfin, Dominique Busserau souhaite que le consensus entre les grandes forces démocratiques en matière de transport ne soit pas mis à mal par le débat électoral. Ville, Rail & Transports. Un débat a focalisé l’attention lors des Assises du ferroviaire, celui sur la gouvernance du système. Quelle est votre position ?
    Dominique Bussereau. Je suis fondamentalement hostile à une réunification SNCF-RFF. Une reconstitution de la situation du passé est d’ailleurs complètement impossible par rapport aux directives européennes. Quant à la holding à l’allemande tant vantée par certains, c’est une situation qui est considérée par l’Europe comme ne pouvant durer. Je ne suis donc ni pour un retour en arrière, ni pour une copie du modèle allemand, qui serait aussi une forme de retour en arrière.
    Il faut au contraire aller jusqu’au bout, que RFF gère et entretienne les infrastructures dont il est le propriétaire, soit en direct, en intégrant les agents de SNCF Infra, soit en faisant appel à d’autres prestataires, comme RFF le fait déjà dans des marchés de rénovation.

    VR&T.?Et comment fonctionner ensuite ?
    D. B.?Il faudra aller plus loin. Nous avons adopté des positions intermédiaires, sur Gares & Connexions, sur la Direction des circulations ferroviaires, mais après cette période de transition, il faudra sortir des ambiguïtés. Je suis favorable à une séparation entre l’opérateur historique et le gestionnaire d’infrastructure poussée à son terme, de telle façon que les choses soient claires pour tout le monde.

    VR&T.?Gares & Connexions joue pourtant bien le jeu…
    D. B.?C’est vrai, on l’a vu avec Thello. Mais, tout récemment, j’ai pris à la gare Montparnasse un train pour La Rochelle. On pouvait lire des messages sur des panneaux qui annonçaient qu’il y avait du retard du fait du déraillement d’un train d’une entreprise ferroviaire qui n’était pas la SNCF… J’ai demandé à Guillaume Pepy : « Si c’était un train de la SNCF, le dirait-on ? » De plus, dans le TGV, au-delà de Gares & Connexions, les contrôleurs attribuaient ce retard, sur instruction d’ailleurs, au « déraillement d’un train d’une entreprise ferroviaire privée ». C’était exact, mais ce n’était pas très fair-play, Guillaume Pepy me l’a d’ailleurs concédé. Cela partait à la limite d’un bon sentiment, pour bien expliquer les choses, mais ces messages étaient « limites » !

    VR&T. Un accord vient d’être trouvé sur les péages, quelle est sa portée ?
    D. B.?J’ai toujours poussé cet accord pour une vision à long terme des péages, entre la SNCF et RFF, et je crois que c’est un bon accord. Et, sur l’offre TGV, je suis content que Guillaume Pepy ait annoncé des achats de matériel. Car la méthode qui consiste à prolonger les TGV, ou à transformer les Corail en Téoz, puis les Téoz en Intercités, c’est un peu comme si on faisait monter les passagers d’Air France, sur un vol Paris – Nice, dans une Caravelle ou un Mercure dont on aurait changé les sièges et repeint la carlingue. On voit bien que dans l’attrait du TER, il y a ce qui vient du matériel, d’un confort différent qu’offrent des trains modernes et confortables, dans lesquels les clients sont fiers de voyager.
    Pour en revenir aux péages, je n’arrive pas à comprendre qu’il n’y ait que leur augmentation qui ait entraîné la moins forte progression de SNCF Voyages. Je ne voudrais pas qu’on revienne au bon vieux temps d’une entreprise subventionnée, qui ne gagnerait de l’argent que sur l’Ile-de-France parce que c’est le Stif qui paye, ou sur le TER parce ce que ce sont les régions qui payent. Je ne voudrais pas que l’on se désintéresse du TGV.

    VR&T. Comment faire pour que les TGV attirent plus de monde encore ?
    D. B.?La SNCF a su être imaginative, créer des TGV province – province, des Dijon – Nice, des Strasbourg – Montpellier. A part cela, je trouve que l’offre commerciale est assez décalée par rapport à l’évolution de la société. Je reviens du Canada, où j’ai pris un vieux train diesel qui n’a plus d’âge, qui circule sur voie unique, entre Québec et Montréal, et dont la vitesse commerciale n’est pas supérieure à 80 ou 90 km/h. Mais il y a un vrai service à bord, et une Wifi parfaite sur les trois heures de trajet. La SNCF n’a pas assez développé des produits pour prendre le TGV plus attractif.
    Je pense aussi à l’accueil Grands Voyageurs. Par rapport à ce que fait l’aérien, le ferroviaire a beaucoup de retard. J’utilise chaque semaine le salon Grands Voyageurs de Paris-Montparnasse… c’est assez terrifiant ! Il est fermé le week-end : les compagnies aériennes ferment-elles leurs salons ? Puis, le seul contact qu’on a avec les agents chargés de l’accueil, c’est de leur montrer sa carte pour prouver qu’on a le droit d’être là, cela rappelle le lycée quand il fallait montrer sa carte au surveillant… La SNCF a amélioré ses gares, a fait dans la signalétique des progrès de grande qualité. Mais les produits annexes autour du TGV n’ont pas été développés. La progression de la clientèle pourrait être plus importante qu’elle ne l’est.

    VR&T. Vous avez préparé la convention des Trains d’équilibre du territoire, qui a été signée par Thierry Mariani. Qu’en attendez-vous ?
    D. B.?Primo, je pense que l’avenir, ce sont des automoteurs qui peuvent se coupler et permettre des accélérations plus rapides. Cela permettra d’ailleurs d’avoir des gammes de matériel dans la continuité du TER. Les futurs matériels régionaux d’Alstom ou de Bombardier doivent être capables, dans une version intervilles, d’apporter un confort que les voyageurs aujourd’hui n’ont pas. Les premiers Corail sont entrés en service en 1975…
    Deuxio, je suis favorable à l’entrée d’opérateurs autres que la SNCF dans le TET. Car, autant la SNCF a été imaginative, comme je le disais, en inventant pour le TGV des nouvelles relations, autant, avec les TET, on est resté sur le Chaix de 1946… On fait des Caen – Tours, alors qu’on a une forte demande entre la Normandie, l’Aquitaine et la côte basque. En Allemagne, Veolia a créé des trains qui assurent des dessertes de la Baltique en partant des grandes villes de l’ex-Allemagne de l’Est, propose des Leipzig – Kiel sans arrêt à Berlin. L’opérateur a su faire venir une nouvelle clientèle en créant des liaisons nouvelles sur lesquelles il n’y a pas de concurrence aérienne. On pourrait être plus imaginatif. Mais cela implique de disposer de matériels différents, capables d’utiliser des lignes à grande vitesse, sur certains parcours, à 220 km/h. Le TET, on a repeint la façade, mais l’on a rien changé au commercial. C’est pourquoi j’avais souhaité une convention de trois ans. Pour que l’on puisse dans ce laps de temps se poser la question de l’ouverture à la concurrence de ces liaisons.

    VR&T. La concurrence des TET annoncée lors des Assises était donc inscrite en creux dans la convention ?
    D. B.?C’était « en creux » de ne pas se marier avec la SNCF trop longtemps, et de dire à la SNCF : est ce que vous allez nous proposer du nouveau matériel ? Je sais bien qu’il faut faire travailler les ateliers de Saintes, dans ma région, ou de Périgueux, mais il y a un moment où on ne pourra plus bricoler les Corail. Il faudra de plus se poser la question du service, car le TET, ce n’est pas que du cabotage, ce sont aussi des longs parcours fait par des gens qui n’ont pas d’autre solution de transport. Ceci suppose de leur apporter un minimum de service. Or le TET aujourd’hui, c’est, je dirais par définition, l’absence de service.

    VR&T. On est sorti des Assises avec le sentiment que le schéma national des infrastructures de transport mis au point par Jean-Louis Borloo et vous allait être entièrement réexaminé. Qu’en pensez-vous ?
    D. B.?Contrairement à mon ami Hervé Mariton, je ne pense pas qu’il y ait des choses folles dans le Snit. Pour Tours – Bordeaux, le financement de la partie publique est assuré par des collectivités de prolongement : par les collectivités du Limousin, qui ont l’espoir de Poitiers – Limoges, ou par des collectivités de Midi-Pyrénées. Il y a un engagement moral vis-à-vis de ceux qui financent une ligne qui leur permettra, ensuite, d’avoir des relations de bout en bout. Toulouse, qui est la quatrième ville de France, qui a un aéroport enclavé, de plus en plus demandé par Airbus pour ses vols d’essais, et qui offre donc de moins en moins de créneaux pour les passagers, doit être à trois heures de Paris et bénéficier de toutes les connexions. C’est évident. Les relations avec l’Espagne, il faudra les faire. Ou alors on rompt les relations politiques et économiques ! Nîmes – Montpellier, c’est aussi une demande forte de l’Espagne. La desserte de Nice, c’est compliqué, c’est très cher, mais on devra le faire. Nice est le deuxième aéroport français, si on veut du report modal, il faudra aller à Nice.
    Le projet de doublement de la LGV Sud-Est par l’Ouest me semble obligatoire aussi. J’en avais eu l’idée, que j’avais proposée à Jean-Louis Borloo et à Brice Hortefeux, en leur disant : on ne fera jamais un TGV Paris – Clermont, mais puisqu’il faudra doubler Paris – Lyon à terme, faisons une ligne qui mette la gare d’Austerlitz dans le réseau de la grande vitesse et qui règle le problème de tout le Massif central en reliant ensuite Lyon. Rien ne me semble fou dans le Snit.

    VR&T. Cela veut-il dire qu’il faut selon vous faire tout le Snit ?
    D. B. Le seul projet que je considère comme devant être revu, c’est le doublement par Amiens de la ligne conduisant au tunnel sous la Manche. Il faut profiter de la ligne nouvelle normande vers Caen, Rouen et Le Havre, qui pourra être ensuite prolongée jusqu’au tunnel, ce qui fait que cette ligne ne sera pas en cul-de-sac.

    VR&T. Et tout faire très vite ?
    D. B. Naturellement non. Il faudra trouver des financements. Il y aura des délais. Mais Toulouse, c’est une urgence. Cela dit, on peut faire des économies dans la réalisation des projets. Sur Tours – Bordeaux, on aurait pu faire un milliard d’économie si les maires d’alors n’avaient pas fait pression pour que les TGV desservent les centres-villes. La question a été intelligemment réglée à Reims ou à Besançon, avec des gares nouvelles qui ne sont pas trop éloignées de la ville et reliées par fer. Ce qui coûte cher, ce sont les raccordements au réseau classique pour desservir les centres-villes.
    Mais c’est aujourd’hui une réalité historique économique qu’un pays comme la France, qui a des difficultés, réalise à la fois la LGV jusqu’à Strasbourg, Le Mans – Rennes, Nîmes – Montpellier et Tours – Bordeaux. Et puis, cela dynamise ; une LGV, comme un tramway dans une ville, cela amène les responsables à repenser l’aménagement du territoire.
    Nous parlons des LGV ; mais il y a un autre projet très important, qui est le canal Seine – Nord. Il faut absolument le faire car, du fait – hélas !  – des problèmes de fret ferroviaire, il faut du fret fluvial en France. De toute façon il se fera. Nicolas Sarkozy y tient et, en cas d’alternance, du fait de l’implication des régions Picardie et Nord-Pas-de-Calais dans ce projet, il se fera aussi.

    VR&T. Comment se présente à ce propos le débat de la présidentielle sur les transports ?
    D. B. J’ai lu ce que dit Roland Ries, officieusement pour l’instant, des positions de François Hollande sur la gouvernance du ferroviaire, dont nous parlions pour commencer. Je vous l’ai dit, je ne pense pas du tout, contrairement à lui, qu’il faille réunifier l’infrastructure autour de la SNCF. Je vois bien les gens qui poussent dans cette direction. J’espère que les positions des candidats à la présidentielle seront équilibrées et modernes, et qu’on ne va pas revenir à la SNCF de papa. Ce point nous divise. De même, on peut avoir des sensibilités différentes sur la privatisation des aéroports. Pour le reste, la politique des transports en France est assez heureusement consensuelle.
    Si François Hollande était élu, vu le poids de Jean-Marc Ayrault, je ne vois pas un gouvernement socialiste renoncer à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Je ne le vois pas non plus renoncer à l’écotaxe pour les poids lourds en 2013. Je rappelle que la loi Grenelle a été votée à l’unanimité. Après, la politique a repris le dessus. Mais les transports, dans l’ensemble, sont un sujet assez consensuel. Au Gart, il n’y a pas de coupure droite-gauche sur les transports urbains. D’ailleurs, je n’ai pas de différents fondamentaux avec des conseillers qui travaillent pour le candidat Hollande, comme Pascal Auzannet, ou, dans le cadre de Terra Nova, Philippe Segrétain, qui sont des personnes que je connais bien et que j’apprécie.

    VR&T. Vous-même, travaillez-vous pour le candidat Sarkozy ?
    D. B. Je ferai ce qu’on me demandera de faire. Je crois que, sur les sujets de transports, il est important de conserver le consensus entre les grandes forces démocratiques qui peuvent diriger le pays. Nous avons assez d’occasions de nous disputer sur d’autres sujets !
        

    Propos recueillis par François DUMONT

  • Comment réussir la réforme ferroviaire par Thierry Mignauw

    Comment réussir la réforme ferroviaire par Thierry Mignauw

    Ancien dirigeant de la SNCF, partisan depuis toujours du maintien d’un système intégré, Thierry Mignauw invite la France à adopter une réforme à l’allemande, avec une SNCF puissante, une autorité de la concurrence forte, un cadre social harmonisé.?Une initiative franco-allemande permettrait de défendre des positions communes aux deux pays dans la discussion sur le quatrième paquet ferroviaire. I. La question de l’organisation doit maintenant être tranchée

    • Certains considèrent que l’importance que prend la question de l’organisation (on dit maintenant de la « gouvernance ») est excessive. Ce sujet ne prend une telle place que parce que l’organisation du travail est, dans son état présent, un obstacle au bon fonctionnement du chemin de fer. Je connais assez bien le fonctionnement du ferroviaire et les hommes qui le servent. Je peux assurer de toute la force de mon expérience qu’une organisation qui ne permet pas de maîtriser simultanément les composantes « sol » (l’infrastructure) et « mobile » (les trains) d’un mode de transport guidé à un seul degré de liberté ne peut pas fonctionner correctement. Aussi bien dans l’opérationnel (information des voyageurs, traitement des incidents, gestion du trafic qui ne se limite pas à la gestion des trains, etc.) que dans l’évolution dans le temps du mode de transport (automatisation, contrôle-commande, gestion de capacité, limitation du bruit, etc.). Je ne reviens pas ici sur tous les exemples que l’on peut donner.
    Je demande instamment à ceux qui donnent leur avis sur ces sujets ou qui possèdent le pouvoir de décision de se pencher un tout petit peu sur ces questions qui ne sont pas si difficiles à appréhender. Il est assez aisé de comprendre l’étroitesse du lien qui unit le mobile et l’infrastructure dans les métros, les RER, les trains de banlieue, les TGV, les trains à sustentation magnétique, l’aérotrain, les tramways, les métros automatiques, les téléphériques, télécabines et tire-fesses ! La plupart des grands progrès qui ont été réalisés depuis la création du chemin de fer, progrès qui font qu’il est toujours un mode de transport efficace dans nos économies modernes, ont été réalisés de manière conjointe sur l’infrastructure et sur les trains, dans une dynamique d’échanges, d’allers et retours, de mises au point et de tâtonnements.

    • Je voudrais que soient mieux comprises les souffrances qu’inflige ce système perpétuellement déréglé aux hommes et aux femmes qui ont la charge de le servir. Je les connais bien. Je sais combien est délicate l’alchimie de ce qu’on appelle « l’exploitation ». Cet art qui fait que les différents engrenages s’enclenchent avec bonheur. Ou bien, quand un seul est mal réglé ou mal conçu, je sais les grincements que produit la machine. A chacun de ces engrenages, il y a des hommes qui travaillent et qui ont naturellement à cœur que ça marche. Et au bout il y a des clients qui subissent les à-coups ! Quand la machine tourne rond, bien graissée, silencieuse, il n’y a presque rien à faire. Mais quand elle est perpétuellement déréglée, chacun s’agite en tout sens pour réparer, coller des rustines et pallier les dysfonctionnements. Ces hommes et ces femmes ne peuvent que constater la masse d’efforts qu’il leur faut déployer aujourd’hui pour faire marcher leur chemin de fer. Parce qu’on a édifié ces fameuses murailles de Chine, parce qu’on a délibérément coupé les circuits d’information mutuelle, parce qu’on a supprimé la coordination sur le terrain. Et encore, si cette somme d’efforts déployés était sûre d’aboutir. Mais il y a sans arrêt des ratés, des oublis, des mécanismes qui ne s’enclenchent plus. Quelle déception, quel découragement (quand ce n’est pas de l’amertume) il en résulte. Quelle perte de fierté devant la médiocrité des résultats ! J’ai vu des cheminots de tout grade effarés parce que nous leur faisons faire. Il y a tant de gens tellement intelligents dans tous ces organismes que l’on a créés depuis 1997 pour un si pauvre résultat. Nos collaborateurs ne nous suivent plus !

    • Nul besoin de se tourner vers le passé. Le chemin de fer dans lequel j’ai débuté en 1972 n’était pas meilleur que celui d’aujourd’hui. Je pense même le contraire. Sauf – et ce n’est pas une mince exception – l’effondrement du fret, je suis persuadé que nous sommes mieux aujourd’hui, avec en Ile-de-France le réseau RER et ses interconnexions de lignes dans Paris, de nouvelles lignes desservant les villes nouvelles et Roissy, avec des TER rénovés presque partout en place des antiques omnibus, le réseau des lignes à grande vitesse grâce auquel les TGV assurent plus de 80 % du trafic grandes lignes, une remarquable politique commerciale qui a fait du TGV le train de tous et qui a jugulé la concurrence aérienne.

    Je ne prône aucun retour en arrière. Je ne cultive aucune nostalgie. Seul compte l’avenir. Je suis simplement inquiet de trois choses :
    • la très médiocre qualité de service, au premier rang de laquelle je place la ponctualité des trains et la dégradation d’image qui en résulte,
    • le manque de perspectives de progrès du mode ferroviaire, alors que les signes de saturation sont de plus en plus nets et que les besoins, dans certains secteurs, sont considérables,
    • la faiblesse des gains d’efficacité en termes de baisse des prix des services rendus à la collectivité.
    Sur le premier point, je suis persuadé que le dérèglement du système qui résulte de la séparation stricte de l’infrastructure est à l’origine d’une part importante de la dégradation constatée, même si la perte de fiabilité du réseau dans un contexte de saturation croissante et l’importance des perturbations dues aux phénomènes environnementaux ne doivent pas non plus être négligées. Sur le second point, le manque de perspectives de progrès, j’ai le sentiment que le chemin de fer vit sur les acquis de la période précédente. Il n’invente pas assez. Pour ma part, je pense que les progrès les plus décisifs devraient venir de l’automatisation de certaines phases de l’exploitation, afin de régler avec davantage de précision et en sécurité la circulation des trains. Il pourrait en résulter davantage de fiabilité et plus de capacité. Alors que nous sommes un mode de transport guidé, nous prenons du retard sur les autres modes, aviation et même automobile, dont la recherche-développement est en pleine expansion sur ces sujets. Mais, là encore, la séparation de l’infrastructure stérilise ou rend beaucoup plus compliqués le progrès et la prise en compte du long terme. Le troisième point, le manque de progrès dans l’efficacité, n’est pas principalement lié à la séparation de l’infrastructure. J’y reviendrai à la fin de cet article.

    • La commission n° 2 des Assises du ferroviaire, sur la gouvernance, présidée par Mme Véronique Morali, a recommandé dans son rapport d’unifier le gestionnaire d’infrastructure (RFF) et le gestionnaire délégué, fonction actuellement dévolue à la SNCF, et de placer ce gestionnaire unifié au sein de la SNCF. Manifestement, si la commission s’est rapidement ralliée à l’idée de mettre fin à la dichotomie GI/GID, elle s’est longuement interrogée sur le fait de savoir s’il fallait maintenir un dualisme GI/exploitant principal ou s’il fallait adopter une solution dite « à l’allemande », où les deux entités sont réunies dans une holding (tout en réservant à une structure ad hoc, sous contrôle public, un certain nombre de fonctions essentielles). Ce n’est qu’au terme d’une réflexion approfondie que la commission a marqué sa préférence pour la deuxième solution. Ce parti n’était pas évident au point de départ et il n’en a que davantage de valeur.
    Et comme mes opinions personnelles rejoignent aussi ce choix, je n’en suis que plus heureux ! Je voudrais néanmoins tenter d’expliquer en quoi les autres solutions sont moins efficaces, c’est-à-dire faire le raisonnement qui montre, non que la solution du regroupement soit la meilleure (ce que j’ai fait jusqu’à maintenant), mais que toutes les autres sont moins bonnes. Je reviendrai ensuite sur la question de la concurrence. Et je finirai par les conditions de la réussite de la réforme du ferroviaire.

    II. Les solutions autres que la gestion intégrée sont moins efficaces

    • Une solution intermédiaire a été envisagée. Elle consiste à transférer à RFF toutes les fonctions « nobles » demeurant à la SNCF, telles que l’ingénierie de conception et de maintenance, les horaires, la direction de la circulation des trains, les fonctions systèmes, la recherche-développement, pour ne laisser à la SNCF, en matière d’infrastructure, que les tâches d’exécution.
    Cette solution constituerait un replâtrage de plus. Elle ne résiste pas à l’analyse. On accentuerait la dichotomie entre une tête, RFF, et des exécutants, abandonnés à la SNCF, sans mettre fin à cette curiosité exclusivement française qu’est le gestionnaire d’infrastructure délégué. On ne voit d’ailleurs pas quelle serait la légitimité de la SNCF, centrée sur sa fonction de transporteur, à abriter en son sein une entreprise de travaux comprenant des milliers d’agents de maintenance travaillant exclusivement pour RFF. En agissant ainsi, on donnerait l’impression à ces agents que l’on n’a pas voulu d’eux. Le discours implicite serait : « Il est probable que votre travail va s’assécher et sera confié à des entreprises externes. Mais nous ne voulons pas assumer la charge de la transition. » La SNCF ne serait pas en mesure de tenir un discours managérial crédible à ces cheminots, puisque les clefs de leur avenir seraient détenues par RFF. Une telle attitude serait indigne, on créerait une grande désespérance qui ne pourrait aboutir qu’à un chaudron social.
    Si la solution retenue devait être de confier à RFF la responsabilité totale de l’infra, alors il doit prendre le tout. Il ne peut pas faire le tri. Ce serait à lui ensuite de faire évoluer l’ensemble dont il aurait la responsabilité, de réaliser par exemple l’externalisation de la plupart des fonctions d’entretien et de travaux selon le modèle suédois, qui semble séduire.

    • La solution d’unification du gestionnaire d’infrastructure, c’est-à-dire du regroupement du GI (RFF) et du GID (part infra de la SNCF) au sein d’un établissement public unique, séparé de tout transporteur, ne me semble pas davantage résoudre les problèmes qui se posent à nous.
    Tout d’abord, si jamais elle était adoptée, alors il faudrait pousser la logique jusqu’au bout. Il ne peut y avoir de nouvelles étapes. Depuis quinze ans, il y a eu trop de désordre pour pouvoir se permettre de nouvelles tergiversations. Le regroupement devrait être complet et maximum au sein de ce nouvel établissement. La SNCF « subsistante » n’aurait plus aucune légitimité à gérer le système ferroviaire. Toute l’intelligence du système devrait passer du côté du gestionnaire d’infrastructure : sécurité du système, gestion des performances (vitesses, tonnages, bruit, capacités…), contrôle-commande, fiabilité, retour d’expérience, et cela tant dans la conception que dans l’opérationnel.
    Trois objections majeures peuvent être faites à cette solution. D’abord, on ne résoudrait qu’une part minoritaire des problèmes que pose la situation actuelle : l’interface gestionnaire/gestionnaire délégué serait simplifiée. Mais l’essentiel demeurerait : la coupure du système en deux parties antagonistes et l’impossibilité de l’optimiser dans sa globalité. Je n’y reviens pas.
    Second point : cet établissement ne serait pas placé sous la pression du client. Ses clients seraient les entreprises ferroviaires, mais pas directement les voyageurs qui sont dans les trains, ni même les autorités organisatrices de transport. La circulation d’un train qui est tous les jours en retard rapporte le même péage au GI que s’il est à l’heure. Et il ignore les voyageurs qui sont dans le train. Le problème de l’écoulement des flux de voyageurs sur les quais de certaines gares, l’information des voyageurs sur leur retard et la poursuite de leur voyage, le niveau de satisfaction ou d’insatisfaction des voyageurs et des élus ne remonteraient pas vers les prises de décision de ce gestionnaire, isolé de tout contact avec le service effectivement rendu. Ce point est crucial, tant je suis persuadé qu’un système comme le chemin de fer ne peut progresser que si progresse la reconnaissance, la prise en compte du client. La SNCF a eu beaucoup de mal à effectuer sa mue sur ce sujet, et la coupure de l’infra est une vraie régression. Enfin, et c’est au moins aussi important, je crois qu’on ne considère pas assez ce que deviendrait la SNCF réduite à son seul rôle de transporteur. Un transporteur dans un monde concurrentiel. Un transporteur comme les autres. Une entreprise banalisée. Il faudra alors en tirer toutes les conséquences.
    L’entreprise SNCF, centrée sur son unique mission de transporteur et placée dans un monde concurrentiel, devra pouvoir s’y battre sans entraves, sous peine d’être disqualifiée. Il ne sera plus possible de demander à la SNCF de jouer les solidarités territoriales, de maintenir les péréquations, de garder des dessertes déficitaires ou des tarifs contraires à ses intérêts commerciaux pendant qu’elle se ferait écrémer sur ses marchés les plus rentables. Sauf bien sûr à lui compenser financièrement toutes ses obligations par des contrats de service public. Le statut d’établissement public ne s’imposerait nullement, l’épineuse question du statut du personnel et du régime social des personnels se poserait.
    Ces évolutions ne se feront pas en un jour, mais elles sont certaines. Simplement, il faut être sûr que c’est bien cela que veulent les Français, l’opinion publique, les décideurs et les élus. A chacun de se déterminer en toute connaissance de cause. Après, il sera trop tard. Pour ma part, je rejette cette solution pour une double raison : elle ne résout pas le problème de l’optimisation globale du système ferroviaire ; elle comporte pour la SNCF une évolution inéluctable qui n’est pas mon choix. Mais, en même temps, je dois dire que je m’y rallierais si la voie que je préconise était fermée. L’année 2012 est cruciale en ce sens que le dilemme devra être tranché et que ceux qui recommanderaient des demi-mesures ne diraient pas les choses telles qu’elles sont.
    Mais, à un certain nombre de conditions, je crois que la réforme que j’appelle de mes vœux peut réussir. Avant d’en venir à ces conditions, je dois traiter de la question de la façon dont la concurrence peut-être introduite dans le modèle que je préconise et comment ce modèle peut être économiquement efficace.

    III. La concurrence et l’efficacité sont possibles dans un système intégré

    • En définitive, le modèle que je préconise est celui d’une entreprise ferroviaire intégrée dominante, mais contestable. Une entreprise intégrant fortement au plan industriel l’ensemble des composants du système ferroviaire, constituant ainsi un champion national de l’excellence française, porteuse d’une image internationale des savoir-faire de notre pays dans tous les compartiments de son activité : systèmes de transport à grande vitesse, systèmes de transport en milieu urbain et périurbain, systèmes de transport régionaux. Une entreprise appui de l’industrie ferroviaire. Une entreprise disposant d’une ingénierie de conception, de maintenance et d’exploitation fortement reconnue, mais ne disposant pas du monopole de l’expertise et challengée par des ingénieries externes. Une entreprise commercialement à la pointe grâce à un marketing aiguillonné par la puissance de la concurrence des autres modes ou des distributeurs/intégrateurs de services. Une entreprise constamment contestée par la concurrence des autres modes de transport et contestée sur ses marchés par un droit de libre accès et surtout une possibilité de mise en concurrence de ses droits d’exploitation. Une entreprise dominante sur un marché concurrentiel fortement régulé par une autorité de concurrence puissante.
    Ce modèle n’est pas stable par nature, il est même fortement en tension. Ce sera à l’autorité de concurrence d’effectuer les réglages qui en assure l’efficacité et à l’Etat de définir sa stratégie sur la place du ferroviaire dans le secteur des transports, dans le cadre de sa politique d’ensemble et de vérifier qu’elle est atteinte. C’est évidemment une vision beaucoup plus volontariste que celle de la main invisible du marché qui fixerait le point d’équilibre du système ferroviaire français.
    Deux questions subsistent : peut-on introduire la concurrence dans un tel modèle ; et si oui, comment ? Comment garantir l’efficacité d’un acteur pivot aussi puissant ?

    • Faut-il introduire la concurrence à l’intérieur du mode ferroviaire ? La question est vivement débattue et l’opinion interne à la SNCF y est souvent hostile, les syndicats en particulier. Dans ces conditions, les élus, de gauche en particulier mais pas seulement, sont extrêmement prudents dans leurs positions publiques. Ce qui ne les empêche pas de tenir en privé des propos plus nuancés et d’avoir d’autres positions au Parlement européen, où il faut composer. Nos gouvernements ont tout fait pour freiner le caractère obligatoire de l’ouverture du marché ferroviaire. On peut naturellement dire que la concurrence est déjà extrêmement vive avec les autres modes : la route, qui est dominante dans le fret comme pour les voyageurs, l’aérien, que le TGV n’a pas éliminé, les compagnies « low cost », françaises et étrangères, le maritime et la voie navigable pour le fret en Europe, l’autocar… la concurrence est partout. Et cette concurrence, elle, n’est que très peu régulée ; les règles sont mal appliquées ; la fraude, le dumping social, les pavillons de complaisance fleurissent. Un consensus de fait se satisfait de cette situation qui maintient une pression forte sur des prix anormalement bas et sur des taux de marge des entreprises très faibles.
    Plus personne ne se soucie vraiment de savoir comment sont payées les infrastructures des différents modes et quelle est la part des usagers et du contribuable, local et national. Plus grand monde ne se préoccupe de la façon dont les utilisateurs paient les effets externes, c’est-à-dire les nuisances qu’ils imposent aux autres ou à la collectivité. Personne ne se choque que les infrastructures routières soient gratuites en zone dense (en Ile-de-France par exemple), alors que c’est précisément là que les péages ferroviaires sont les plus élevés. On fait des Grenelle, on fait de grandes déclarations sur le fret et la réalité demeure à des années-lumière. Enfin, l’exemple du fret a montré que la concurrence n’a pas permis de relancer la dynamique du secteur.
    Tout cela est vrai. Tout cela n’est malheureusement pas nouveau. Pour autant, sommes-nous en position de refuser la concurrence intramodale ? Il nous faut regarder le monde tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Ce monde, au plan européen comme en France, croit majoritairement que le monopole est dépassé et que la concurrence doit exister. Nous ne pouvons refuser seuls. Nous devons évaluer le rapport de forces. Le fret nous a aussi montré qu’à force de vouloir avoir raison contre tous, nous connaissons un déclin accéléré et nous n’avons pas même évité la concurrence. Mais nous n’y étions pas prêts. Cet exemple repoussoir doit nous conduire à proposer un modèle tel que celui que je défends. Je veux pour la SNCF un avenir d’entreprise de service public au service de l’intérêt général, capable de progrès et de développement. Pas une entreprise attaquée de toute part, sur la défensive et en régression.

    • La concurrence est-elle possible avec un acteur principal qui maîtrise l’infrastructure ? J’ai déjà répondu à cette question : oui, c’est possible. La meilleure preuve en est qu’en Allemagne cela fonctionne ainsi et que le marché ferroviaire allemand est un des plus ouverts d’Europe. Je note que cela fonctionne également de cette façon en Amérique du Nord pour les marchandises : chaque entreprise est propriétaire de ses voies et possède des droits de circulation sur celles des autres, qui sont souvent aussi ses concurrentes.
    Pour que fonctionne un tel système, la première condition est qu’il existe un ensemble de règles claires qui régissent les conditions équitables d’accès au réseau. L’un des acquis de RFF est d’avoir largement édicté ces règles, même si elles sont perfectibles. De la même façon, les règles régissant d’éventuels appels d’offres de la part des autorités organisatrices de transport doivent être fixées. Les règles peuvent être aussi efficaces et aussi contraignantes que la séparation de l’infrastructure.
    Bien entendu, cette condition resterait lettre morte si une autorité de régulation puissante n’existait. Elle a déjà été créée, mais son pouvoir doit être renforcé. Elle doit disposer d’un pouvoir général de surveillance, d’un pouvoir particulier d’enquête et d’investigation, d’un pouvoir de sanction. Elle doit pouvoir annuler des décisions, placer des affaires délicates d’attribution de droits de circulation sous sa surveillance, les soumettre à un avis conforme de sa part, voire se réserver le pouvoir de prononcer elle-même certaines décisions susceptibles d’avoir valeur d’exemple. Elle doit pouvoir au minimum proposer de modifier les règles d’attribution, voire disposer du droit de les modifier elle-même. Elle peut être la voie de passage systématique de toutes les demandes d’accès au réseau, mais elle peut aussi n’évoquer les questions que par exception, pour éviter de s’asphyxier dans un processus purement formel.
    Pour terminer sur ce point, je voudrais dire aux tenants de la concurrence pure et parfaite que je voudrais qu’ils mettent la même énergie à vérifier que prévaut dans la concurrence avec la route ou le maritime le même esprit d’égalité que celui qu’ils exigent du chemin de fer. Enfin, je note que le droit de la concurrence n’est pas autant doté d’œillères qu’on veut bien le dire. Il préconise de regarder quel est le marché concerné et, sur ce marché, de vérifier que la concurrence améliore effectivement les conditions de fourniture du service. Si ce n’est pas le cas, des aménagements sont possibles.

    • Comment garantir l’efficacité d’un acteur pivot aussi puissant que le serait la SNCF dans le modèle que je préconise ? Je résume l’opinion souvent émise, que le lecteur trouvera remarquablement formulée dans un article du Pr Yves Crozet, opinion selon laquelle la question de la gouvernance est un faux problème, qui est mis en avant pour éviter de se poser la vraie question qui est le manque d’efficacité du système ferroviaire… et de la SNCF. Que toute entreprise publique en situation de monopole a tendance à confisquer à son profit (et au profit de ses salariés) le service public. Que seule la concurrence, et le fait de « challenger » l’entreprise publique par des entreprises privées, peut permettre de progresser. J’ai dit précédemment que la question de la gouvernance ne prend une telle importance qu’en raison de l’ampleur des dysfonctionnements et des surcoûts engendrés. J’ai dit et je redis qu’un modèle de concurrence par des règles fortes et fortement régulé par une autorité puissante était possible. Y a-t-il alors un avantage décisif à la gestion privée par rapport à la gestion publique ? La question peut-être longuement débattue. Je sais que la gestion déléguée de services publics à des entreprises privées est largement pratiquée par les collectivités, de droite comme de gauche. Je ne crois pas que l’on puisse trancher la question de façon uniforme. L’histoire, la culture, les circonstances pèsent de façon évidente. Je me contenterai de quelques remarques.
    La première est un peu facile : les tribulations de Veolia-Transdev ne convainquent pas de la vision de long terme de ces entreprises, du partenariat et de la relation de confiance que l’on peut établir. La seconde a trait au fonctionnement même des entreprises : elles sont un lieu où la richesse se crée et où elle se partage. Les tenants de la gestion privée pensent que l’entreprise privée est plus économe dans la consommation de moyens et produit donc plus de richesse ; et que l’entreprise publique, dans le partage de la richesse produite, favorise trop son personnel au détriment de ses clients. Autrement dit que la gestion privée met en place des processus de production plus productifs et que le personnel y profite moins de rentes de situation.
    Mais, à l’inverse, on peut constater que dans certaines gestions privées, le service de l’eau par exemple, ce n’est pas le client final qui bénéficie de prix plus bas, et que si le personnel y est moins favorisé, c’est essentiellement les entreprises et leur actionnariat qui est mieux rémunéré. Avantages des salariés versus profit des entreprises et rémunération des actionnaires : quel est le modèle le plus efficace pour le client final et pour la collectivité ?
    Le juge de paix pourrait être la productivité globale du système. Le Pr Crozet fait remarquer que les chemins de fer suisses ou allemands (tout aussi publics que les nôtres, oserais-je ajouter) ont réalisé dans un passé récent des gains de productivité considérables. L’entreprise que j’ai servie pendant 38 ans en a réalisé elle aussi : après l’élimination de la traction vapeur, l’électrification du réseau, l’automatisation des passages à niveau, la radio sol-train et la conduite à un seul agent des trains de marchandises, la modernisation et l’automatisation de la signalisation, la mécanisation de l’entretien de la voie et la massification des travaux, l’allongement des cycles d’entretien du matériel, la grande vitesse (qui, en diminuant les temps de parcours, augmente la productivité des moyens), la croissance du trafic voyageurs et du taux de remplissage des trains grâce à la réservation obligatoire, l’optimisation tarifaire, la vente sur Internet ont permis de considérables gains de productivité, le plus souvent liés à des progrès technologiques et à des investissements importants. Les parcs de matériel roulant comme les effectifs du personnel se sont considérablement réduits. Mais le rythme de ces progrès, importants du début des années 70 jusqu’au milieu des années 90, s’est ralenti depuis. La SNCF a perdu son rang de championne européenne de la productivité ferroviaire.
    Mais doit-on jeter le bébé avec l’eau du bain ? N’est-il pas possible d’établir, dans l’Europe et la France d’aujourd’hui, un modèle d’entreprise qui allie efficacité, service public, intérêt général et compétitivité internationale ? C’est pour moi le défi qui est devant nous dans une reconstruction hardie du système ferroviaire. À quelles conditions peut-on réussir ?

    IV. Comment réussir la réforme ferroviaire

    Inévitablement, il faut se poser la question des conditions de réussite (certains diraient des contreparties) d’une réforme qui soit efficace, durable, conforme aux idées que j’ai développées, acceptée par le plus grand nombre, que ce soit l’opinion publique, les élus ou les salariés des deux entreprises concernées, dans le monde tel qu’il est et dans le contexte européen et français de 2012.
    Dans le « deal » global, les sujets suivants pourraient être abordés :
    • l’acceptation (ou non) de la concurrence : j’ai dit mon opinion sur le sujet et sur le fait que nous devons l’accepter, sous certaines conditions, pour retrouver notre crédibilité française et européenne,
    • le « cadre social harmonisé » de la concurrence, là aussi français et européen : rude débat en perspective car pour certains l’efficacité du mode ferroviaire passe par une refonte de la réglementation du travail (c’est même une des principales attentes des tenants les plus acharnés de la concurrence pure et parfaite),
    • une autorité de concurrence forte, dont le but est de veiller à l’application des règles, à l’égalité de traitement et au droit d’accès, dans un système qui reste équilibré entre l’acteur principal et son rôle d’optimisation du système et ses concurrents ; j’ai déjà développé ce point,
    • la définition des missions relevant de l’Etat, en charge du développement économique durable, des transports en général, du mode ferroviaire, et auquel reviennent un certain nombre de fonctions (sécurité, propriété des infrastructures, investissements, maîtrise d’ouvrage, fixation et perception des péages, règles d’accès au réseau…) dont les contours et l’organisation doivent être précisés,
    • le rôle des régions et des autorités organisatrices de transport, notamment par rapport aux infrastructures, régions et AOT désireuses de jouer un rôle plus important,
    • un contrat pluriannuel de modernisation avec l’Etat, comprenant des engagements réciproques,
    • un pacte social interne, un accord-cadre sur le changement et ses conséquences sociales,
    • le statut de l’entreprise (Epic) et la définition d’éventuelles filiales,
    • le statut du personnel,
    • l’actionnariat salarié,
    • la productivité, etc.
    Cela fait beaucoup de sujets, tous ne seront pas abordés dans le cadre de la réforme. Il faut sans doute éviter de faire un trop gros paquet qui serait impossible à traiter. Mais rien ne sert non plus de se voiler la face et fermer pudiquement les yeux. Rien ne serait pire que de refermer le dossier en attendant des jours meilleurs.

    En définitive, le dispositif que j’appelle de mes vœux devrait inclure quatre éléments qui doivent jouer en même temps et interagir. Une initiative franco-allemande pour le quatrième paquet ferroviaire et la réévaluation des directives en vigueur, afin de rendre clairement possibles les solutions que nous préconisons. Cette initiative doit impliquer de façon forte le Parlement européen, qu’il faudra convaincre. Une réforme législative des textes français. Un contrat Etat-SNCF fixant les objectifs et les engagements de moyen terme des deux parties. Un pacte social interne renouvelé.
    Un tel dispositif pourrait être l’occasion d’une contribution démocratique nouvelle car l’avenir des services publics concerne profondément les citoyens. Ce pourrait être l’occasion d’un référendum d’initiative populaire ou d’un jury citoyen devant lequel partisans et adversaires de la réforme, économistes, experts viendraient expliquer les enjeux de la réforme proposée, et qui se prononcerait à l’issue du débat.
    En interne aux deux entreprises, le débat devra associer les organisations syndicales et les représentants du personnel. Afin de renforcer la force de la décision, une consultation interne pourrait être organisée, à condition de ne pas être vécue comme une manière de contourner les syndicats, mais comme une façon de donner la parole aux salariés.
    … Et si je rêve, un rapprochement SNCF-DB. Mais là, je rêve vraiment.
    Tout ceci ne constitue que des propositions qui n’engagent que moi et elles ne sont sans doute pas toutes à retenir. Mais ce dont je suis certain, c’est que l’année 2012 est cruciale et qu’il faut se donner tous les moyens pour faire aboutir la réforme ferroviaire.     

  • Rencontre après les Assises : la gouvernance n’en finit plus de faire débat

    Rencontre après les Assises : la gouvernance n’en finit plus de faire débat

    A l’initiative de Ville, Rail & Transports, et dans le cadre de la manifestation Transrail Connection 2012, une conférence-débat a réuni des acteurs majeurs du transport. Il s’agissait de faire le bilan des Assises du ferroviaire, clôturées en décembre dernier. La question de la gouvernance a dominé les débats, alors que l’ouverture à la concurrence met la pression sur le secteur. Animée par Gilles Savary, le président de la commission Europe des Assises, la conférence-débat post-Assises du ferroviaire avait un objectif : tirer les enseignements des différentes commissions, et revenir sur les thèmes qui y ont été abordés. « En quoi le secteur ferroviaire doit-il être réformé selon vous ? », a commencé par demander Gilles Savary aux participants à la table ronde. Emmanuel Delachambre, directeur général d’Euro Cargo Rail a répondu sans ambages : « Le système ne fonctionne pas. Le niveau de travaux a bon dos, mais la vérité c’est que nous n’arrivons plus à faire circuler correctement des trains », a-t-il déploré, avant de rappeler : « Nous sommes censés disposer de sillons deux mois à l’avance, mais depuis quelque temps, il s’agit seulement d’une dizaine de jours. »
    David Azéma, directeur général délégué du groupe SNCF, s’est fait un plaisir « d’abonder dans son sens ». Avant d’ajouter : « Les Assises ont ouvert avec quatre thèmes les raisons du dysfonctionnement. Il va falloir remettre le système à plat, et je pense qu’on peut y arriver en 4 ou 5 ans. Il faut se préparer à un travail de longue haleine et changer notre rapport au temps. »
    Jean-Yves Petit, représentant de l’Association des régions de France (ARF), et délégué Transports de la région Paca, a lui aussi fustigé la façon dont les choses se déroulent actuellement. « La réactivité de notre système est quasi nulle et entraîne des surcoûts qui retombent bien souvent sur les régions. Il n’y a pas de pilote et l’Etat ne joue pas son rôle. Les autorités régulatrices ne s’entendent pas entre elles », a-t-il asséné.
    La question de la gouvernance était en filigrane du débat jusque-là, mais elle n’a pas tardé à surgir directement. « Pour les voyageurs, c’est différent, mais pour le fret on sait bien que le problème vient de ce que RFF et ses interlocuteurs ne travaillent pas bien ensemble », a taclé Emmanuel Delachambre. Comme une perche tendue à David Azéma, qui a enfoncé le clou : « Suite aux Assises du ferroviaire on va unifier de facto les trois composantes que sont RFF, la DCF et l’infra SNCF. C’est une bonne chose, mais il n’est pas certain que cela suffira. »
    Après que Gilles Savary eut souligné que l’oraison funèbre de la loi de 1997 – créant RFF et faisant de la SNCF son gestionnaire d’infrastructure délégué – venait d’être prononcée, le débat s’est porté sur le financement du secteur. Il s’agissait là d’une autre des commissions des Assises du ferroviaire. « Il faut trouver de la recette dans le multimodal, ainsi que cela a été souligné lors des Assises », a revendiqué Rémi Cunin, président d’Egis Rail.
    Autre thème récurrent : l’ouverture prochaine à la concurrence. Gilles Savary l’a présenté ainsi : « Anticiper l’ouverture à la concurrence prévue pour 2015 a été une des conclusions des Assises. Il faut aussi faire des économies et accélérer la régionalisation. Qu’en pensez-vous ? » Francis Grass, directeur délégué de Veolia-Transdev a été très clair. « On touche là à des dossiers importants qui doivent être réglés par le législateur c’est évident ; le thème du rapprochement Infra, par exemple, était bienvenu. Mais il y a encore des clarifications à apporter sur certaines zones qui ne sont pas vraiment attribuées : qui s’occupera de l’info-voyageurs, de la billettique ? » Non sans une dose de provocation, l’animateur de la conférence a mis en avant le fait que « deux thèses s’affrontent : mettre les métiers de l’infrastructure dans RFF, ou les intégrer dans l’opérateur historique, à l’allemande, avec un risque que celui-ci se mette en travers. »
    David Azéma, en se faisant un fervent défenseur de l’ouverture du marché, lui a répondu : « De toute façon l’ouverture à la concurrence est actée et nous pensons que c’est une très bonne chose. Mais attention à ne pas tout mélanger : il n’y a pas de lien entre l’ouverture d’un marché et sa gouvernance. » Et de prendre pour exemple l’Allemagne, qui a ouvert largement son marché tout en maintenant un système ferroviaire intégré.
    En soulignant la complexité de cette thématique, Emmanuel Delachambre a souhaité que « ceux qui savent faire travaillent ensemble, et il faut qu’on leur permette de le faire. Peu importe chez qui. »
    Jean-Yves Petit a fait entendre la voix des régions sur le thème de l’ouverture à la concurrence, et il n’a pas été très amène : « C’est une erreur de penser que la concurrence va régler les problèmes. Les régions n’en ont pas besoin, parce que les besoins sont financiers. Personne n’a eu de réponse au problème du transport public régional pendant ces Assises » a-t-il achevé.
    Pour Gilles Savary la bonne solution est de développer une ressource affectée aux régions. Ce qui implique, a-t-il ajouté, que si une région décide de proposer du TER gratuit ou à un euro, c’est à elle, et non à l’Etat, d’en supporter le coût.
    Le pendant de ces enjeux est la situation sociale. Un sujet sensible, que Bruno Gazeau, délégué général de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) a abordé brièvement. « Sur le fret, il y aura une convention collective de branche. » Pour les voyageurs, « le temps de la confiance et de la négociation sera d’au moins 18 mois, et cela fait un peu court pour mettre les TER en concurrence en 2014 ».
    En guise de conclusion, David Azéma a estimé qu’il faut globalement « changer de temporalité ». Et de préciser que la situation actuelle peut se résumer de la façon suivante : « La Deutsche Bahn part à l’assaut de l’Europe ; en France on réfléchit. »
        

    Julien Sartre

    Si j’étais ministre des Transports…

    Gilles Savary a demandé à chacun des intervenants présents de se livrer à un petit exercice de projection : ce qu’il ferait s’il était ministre des Transports. Voici leurs réponses :
    • Emmanuel Delachambre, directeur général d’Euro Cargo Rail : « Je mettrais en place des mesures d’urgence pour le réseau, les opérateurs et les clients. J’accélérerais le regroupement des acteurs. Et je demande à la SNCF de trouver un nouveau contrat social. Il faut une nouvelle convention collective, parce que la SNCF est là encore pour longtemps et doit le rester. »
    • Bruno Gazeau, délégué général de l’UTP : n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
    • Francis Grass, directeur délégué de Veolia-Transdev : « On parle d’expérimentation en 2014, mais il y a le sujet du matériel qu’il faut traiter maintenant. Le social je pense qu’il faut l’activer maintenant, de telle sorte que la négociation puisse commencer. On a un chantier de profession à mener avec la SNCF. »
    • Rémi Cunin, président d’Egis Rail : « Il faut trouver des sources de financement en pensant multimodal. »
    • David Azéma, directeur général délégué du groupe SNCF : « On doit arrêter de dire une chose à Bruxelles et de faire autre chose à Paris. Et on engage le nouveau pacte social. Il faut donner envie au groupe SNCF de se transformer. »
    • Jean-Yves Petit, représentant de l’ARF : « On fera en sorte que l’Etat assume son rôle. Ensuite, on fera une loi de programmation des financements du transport régional. »

  • Pour une nouvelle ambition publique ferroviaire par Gérard Lahellec, vice-président du conseil régional de Bretagne

    Pour une nouvelle ambition publique ferroviaire par Gérard Lahellec, vice-président du conseil régional de Bretagne

    Le vice-président du conseil régional de Bretagne, en charge de la mobilité et des transports, livre son analyse des Assises du ferroviaire qui viennent de se conclure. Outre le fait que « c’est plutôt la lutte fratricide entre SNCF et RFF qui a attiré l’attention de tous », il regrette qu’on n’ait pas pensé davantage à associer les régions quand il s’est agi d’imaginer une nouvelle gouvernance pour le système ferroviaire français. • Des assises pour quoi faire ?
    Les Assises du ferroviaire se sont terminées le 15 décembre 2011 avec un bilan contrasté. Pourtant, le système ferroviaire français a besoin de réformes profondes pour sortir de l’impasse actuelle, qu’elle soit financière ou organisationnelle, mais aussi pour répondre aux enjeux de mobilité d’aujourd’hui et de demain. C’est vital pour les citoyens et les territoires. La France a besoin de réinterroger son modèle ferroviaire pour le mettre en phase avec ses propres ambitions publiques.
    Les quatre commissions des Assises (Europe et Concurrence, Gouvernance, Economie, Filière industrielle) ont travaillé et émis des propositions. Parmi celles reprises par le gouvernement, citons l’expérimentation de l’ouverture à la concurrence pour les TET (trains Corail) et les TER en 2014, la maîtrise de la dette par la mise en sommeil des nouveaux projets d’infrastructures (Snit) pour rechercher de nouvelles méthodes d’évaluation des projets, une nouvelle étape de décentralisation avec des compétences renforcées des régions, et enfin un besoin de regroupement de tous les métiers en lien avec l’infrastructure, pour en finir avec les imbrications multiples ingouvernables.

    • Ne pas confondre dette et investissements utiles !
    On notera au passage que le gel des projets d’infrastructures nouvelles (Snit) au nom de la dite maîtrise de la dette constitue une illustration de la confusion entretenue entre endettement et réalisation de projets utiles aux populations, car, en réalité, avec des investissements nouveaux, bien maîtrisés par une vraie politique publique, ce ne sont pas des dettes que l’on transfère aux générations futures mais un capital utile pour les décennies à venir. Il est donc urgent aussi de reconsidérer cette question.
    A ce stade, on notera aussi le silence sur la gestion de la dette (rien ne change, elle reste en l’état dans le système ferroviaire) et l’absence de propositions pour abonder le système avec de nouvelles sources de financement (versement transport régional, taxes nouvelles…). S’agissant de la dette, le ministère de l’Economie n’accepte pas une réintégration au sein des comptes publics de l’Etat. On paie aujourd’hui l’hypocrisie d’hier sans jamais assainir les finances du ferroviaire, condition pourtant indispensable pour mettre en œuvre des perspectives de développement.

    • Des thématiques absentes du débat
    Alors que l’on pouvait penser que les débats allaient se cristalliser sur l’ouverture à la concurrence, c’est plutôt la lutte fratricide entre SNCF et RFF qui a attiré l’attention de tous. La SNCF défendant un modèle complètement intégré avec un pilote unique, RFF préconisant plutôt une séparation forte entre le gestionnaire d’infrastructure et le transporteur. L’Etat a renvoyé tout le monde à ses chères études, en demandant des travaux complémentaires pour rechercher une 3e voie avec comme critères essentiels énoncés : haut niveau de sécurité, compatibilité européenne, capacité des pouvoirs publics à intervenir, gagner des marchés à l’export, tenir compte de la particularité des personnels cheminots.

    • Ne pas céder aux tentations libérales !
    Dans ce panorama composite et encore incertain, la tendance naturelle des tenants du libéralisme est de rechercher des alternatives du côté des options créant l’illusion de recettes nouvelles pouvant parvenir du marché et de la mise en concurrence. Mais parmi les hypothèses à explorer, il faudrait d’abord permettre aux régions d’apporter leur vision pourtant si précieuse des nouveaux enjeux de mobilité et permettant de replacer le ferroviaire, avec les autres modes de transports collectifs, au centre du jeu.
    Avant le débat sur le choix des solutions techniques (organisationnelles ou financières) à mettre en place et à partir de son expérience, la Bretagne souhaite qu’il soit tenu compte des principes fondateurs auxquels elle croit fondamentalement pour poser les bases de la refondation du système ferroviaire. Région périphérique, caractérisée par une réalité économique peu captive et sa péninsularité, la Bretagne est très attachée à un modèle ferroviaire fiable, sécure et unitaire ; elle est également attachée à l’exemplarité sociale et au respect du statut des cheminots ; mais, à la lumière de son expérience, elle est en droit d’exprimer dès réserves dès lors que l’on évoque le pilotage de tout l’ensemble ferroviaire par dévolution à un seul acteur ; elle est encore plus hostile, quand certains expliquent les vertus d’une séparation totale, ouverte à la concurrence, sans pilote identifié, chargé de gérer l’ensemble. Les raisons de ces réserves sont illustrées par certaines situations vécues ; on peut ainsi constater, d’une part, ce qu’il est advenu de l’abandon de toute ambition en matière de fret ferroviaire et, d’autre part, ce qu’il en est de la difficulté récurrente à mettre en œuvre les politiques de dessertes et de respect des horaires découlant de l’incapacité du gestionnaire des infrastructures de garantir les conditions de réalisation de travaux.

    • Quand la tentation libérale génère une gouvernance aberrante et impossible !
    On ne dénombre plus la multiplicité des structures de gouvernance rendant opaques et injustes les décisions en matière de stratégie de développement du ferroviaire. Réseau ferré de France (RFF), qui assure la maîtrise d’ouvrage de la réalisation et de la maintenance des infrastructures en mettant de plus en plus à contribution les finances des collectivités, et singulièrement des régions, fixe, en accord avec l’Etat, les tarifications des « sillons ». Mais la méthode utilisée consiste à facturer plus cher les infrastructures modernisées et financées par ces mêmes collectivités ; or ce sont aussi ces mêmes collectivités qui compensent le financement des TER ! Au fond, donc, plus les collectivités financent la modernisation des infrastructures et plus elles paient cher l’usage qui en est fait en matière de service public, sans que jamais leur avis soit sollicité !
    Côté régulation et transport proprement dit, c’est une nouvelle instance (Araf) qui est réputée fixer les contours de ce qui est juste et déontologique en matière ferroviaire, mais les grandes absentes de celle-ci sont les instances publiques qui assurent une part non négligeable des financements.
    Côté transporteur SNCF, de nouvelles instances se mettent en place, telle que Gares & Connexions, direction aux contours comparables à une filiale qui rémunère le capital qu’elle consacre à ses investissements à hauteur de 9 % !
    Cette institution, qui assure très partiellement le financement de la modernisation des gares, ne parvient à rémunérer le capital investi à hauteur de 9 % qu’en imposant des tarifs d’usage du passage des trains et des voyageurs en gare à des tarifs élevés ; une fois encore, après que les collectivités ont participé au cofinancement de la modernisation des gares, ces dernières sont appelées à payer plus cher les prestations découlant des dessertes qu’elles mettent en place et qu’elles financent ! Les collectivités paient donc deux fois : une fois en investissements et une autre fois à l’usage !
    Côté fret ferroviaire, la gouvernance de la stratégie est, de fait, sous la dépendance du groupe Geodis, ce qui aboutit naturellement à un positionnement stratégique de captation de marché plutôt qu’à une stratégie de développement des territoires ! La démonstration est donc faite que cet émiettement des gouvernances, aux connotations libérales, est générateur de gaspillages et d’inefficacités.

    • La vraie question politique est celle de l’ambition publique !
    La vraie question est celle de l’ambition publique et de la maîtrise par la puissance publique du système ferroviaire. Ce système ferroviaire auquel les Français sont très attachés appartient à la nation, et les élus doivent pouvoir rendre des comptes aux citoyens sur la nature et la qualité du service qui est proposé. N’est-il pas temps d’arrêter le processus d’émiettement des activités consistant à filialiser et à morceler toute une série d’activités ? Autorité de régulation du ferroviaire, Gares & Connexions, Fret SNCF… ces seuls exemples suffisent pour démontrer que le pilotage de l’ensemble ne peut pas être délégué à un tiers ; il doit être organisé par l’Etat et les collectivités territoriales, au premier rang desquelles les régions. C’est la seule garantie pour que les intérêts collectifs soient préservés et que l’accès à la mobilité ferroviaire pour chaque citoyen ne soit pas soumis aux aléas des simples logiques de marchés des opérateurs quels qu’ils soient. Toutefois, le système a besoin d’unicité et de cohérence en matière de travaux, de sécurité et de fiabilité et de tarifications. Aujourd’hui, RFF, qui porte la dette de près de 30 milliards, emploie environ 1 500 salariés. Par ailleurs, ce sont près de 5 500 cheminot(e)s qui assurent les prestations de programmation des travaux, de gestion, d’organisation et d’élaboration des horaires. Pour des raisons d’efficacité et de sécurité, l’ensemble de ces missions doivent être assurées dans un cadre unique et cohérent. Ce qui semble le plus aisé et le plus efficace serait de verser l’ensemble de ces missions au sein d’un service unique de la SNCF ; mais ceci ne règle pas la question de la gouvernance ni la question de la dette ! Avec l’embarras encombrant que génère la dette et le refus de s’y attaquer, la tentation est grande de suggérer de verser l’ensemble de ces missions au sein de RFF. Mais dans les deux cas la question de fond posée est bien de savoir si oui ou non il y a lieu de mettre en place une gouvernance publique, assumant de part en part l’ensemble des décisions et dispositions organisationnelles s’y rapportant et cela est possible en respectant l’unicité du statut social des cheminot(e)s.

    • Un choix de vérité et d’efficacité
    Cette volonté affichée de pilotage par la puissance publique n’est pas synonyme de dérive financière ; elle s’inscrit dans un principe de réalité économique pour agir en responsabilité, y compris sur la maîtrise de la dette. Alors que le gouvernement ne gère la dette que par la réduction des dépenses, nous pensons qu’il faut agir simultanément sur les dépenses et les ressources. Si on veut redonner toutes ses chances au développement du ferroviaire en réponse aux attentes des populations, il faudra bien affronter le traitement de la dette historique pour apurer le système.

    • Pour une ambition publique nationale et décentralisatrice
    Redonner la prédominance de la gouvernance aux acteurs publics se conjugue aussi avec le rapprochement des lieux de décision au plus près des territoires. Les solutions à mettre en œuvre en Alsace ne sont pas nécessairement les mêmes que celles convenant à la Bretagne. Notre modèle centralisé est à ajuster, ce n’est plus à Paris que toutes les décisions doivent se prendre. Les exemples sont nombreux pour démontrer l’inefficacité de ce modèle, que ce soit à SNCF Proximités, qui filtre toutes les initiatives des directions déléguées TER, ou à RFF, qui dispose de peu d’autonomie en région et renvoie à sa structure centrale la plupart des prises de décisions. Pour de nombreux sujets, c’est à la région, autorité organisatrice du transport régional, en concertation avec les collectivités locales, de traiter directement avec SNCF et RFF pour décider du bien fondé des actions à mettre en place localement. Si besoin, la Bretagne est prête à expérimenter une nouvelle forme d’organisation qui donnerait sens à cette ambition publique permettant de proposer un service ferroviaire de qualité, moderne et adapté aux besoins de tous et de tous les territoires.
    Mais cette nouvelle phase d’une décentralisation ferroviaire appelle aussi une grande ambition publique nationale pour que l’Etat et les régions assument pleinement leurs responsabilités en matière de gestion de la dette, de fixation des tarifs d’usage des infrastructures, de missions de dessertes du territoire et de stratégie de développement du ferroviaire.    

  • Plan national Vélo : une toute petite feuille de route

    Plan national Vélo : une toute petite feuille de route

    A l’issue des 1res Rencontres nationales du vélo, le 26 janvier, Thierry Mariani, ministre chargé des Transports, a présenté le plan national Vélo, établi par le groupe de travail pour le développement de l’usage du vélo, présidé par Philippe Goujon, député de Paris. Pas de grande surprise. On peut parler d’impulsion mais pas encore de révolution. A l’issue des 1res Rencontres nationales du vélo, le 26 janvier, Thierry Mariani, ministre chargé des Transports, a présenté le plan national Vélo, établi par le groupe de travail pour le développement de l’usage du vélo, présidé par Philippe Goujon, député de Paris. Pas de grande surprise. On peut parler d’impulsion mais pas encore de révolution. Côté financement, l’Etat ne devrait pas se ruiner : il passe de 450 000 à 600 000 euros le budget du coordonnateur interministériel pour le développement de l’usage du vélo et il apportera 1,5 million d’euros supplémentaire pour développer les véloroutes et voies vertes. Parmi les autres mesures, on remarque toutefois l’obligation de réserver des espaces pour garer les vélos dans les logements neufs, prévus dans le cadre du Grenelle 2, dont l’arrêté devrait paraître très prochainement : les logements type T2 devront prévoir 0,75 m2 par appartement et les T3 et plus 1,5 m2 par appartement. Autre nouveauté, concernant la signalisation : la création du panneau accompagnant la mise en place du « tourne-à-droite » cyclable. L’Etat devrait par ailleurs mettre en place un partenariat avec le système de marquage Bicycode de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) pour lutter contre le vol.
    Enfin, certaines mesures restent plus floues, comme celle sur l’indemnité kilométrique pour les déplacements domicile – travail, qui ne fait l’objet que d’une « évaluation ». Même zone d’ombre concernant le cumul prise en charge de l’abonnement au vélo en libre service/prise en charge de celui aux transports collectifs, pour lequel il est question d’une « clarification ». Jean-Marie Darmian, président du Club des villes et territoires cyclables (qui réunit au total 1 200 élus), rappelle à cette occasion que ce sont pour le moment « les collectivités locales qui supportent la quasi-totalité des 500 millions d’euros investis chaque année pour le vélo ». Pour lui « les mesures annoncées ce jour ne traduisent pas une véritable ambition nationale. Il faut un ensemble de mesures fortes, intégrées et programmées pour enclencher une dynamique et atteindre l’objectif de 10 % de part modale dans notre pays en 2020, fixé par le gouvernement ».  Un objectif « à notre portée », selon le Thierry Mariani, qui voit dans ce plan vélo « une feuille de route pour les années à venir ».
      

     Marion BONNET