Cuvillier : sans réforme, « la dette ferroviaire atteindra 80 milliards en 2025 »

La dette ferroviaire explose et pourrait atteindre, « si on ne fait rien,  de 78 à 80 milliards d’euros à l’horizon 2025 », selon Frédéric Cuvillier. Le ministre délégué aux Transports et à la Mer, venu présenter le projet de loi de réforme ferroviaire, le 11 février, à la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, a brossé un tableau extrêmement sombre du système ferroviaire aujourd’hui. Pour commencer, le système ferroviaire ne « fonctionne pas », a reconnu le ministre. Il a ensuite présenté une « situation financière extrêmement dégradée ». Selon Frédéric Cuvillier, la dette ferroviaire s’établit aujourd’hui à 44 milliards d’euros : 37 pour RFF, 7 pour la SNCF. Cette dette augmentant de 2,4 à 3 milliards d’euros par an, on atteindrait en 2025, « si rien n’est fait, 78 à 80 milliards » d’euros. A l’issue des Assises du ferroviaire, en décembre 2011, la dette de l’ensemble du système s’établissait à 32 milliards d’euros, et, disait-on alors, « pourrait doubler à l’horizon 2025 ».

Les chiffres auxquels s’en tenait jusqu’à présent RFF ne s’écartaient pas trop de cette perspective, déjà sombre. La dette du gestionnaire d’infrastructure s’élevait à 31,5 milliards d’euros en 2012 (dernier chiffre arrêté), elle pourrait s’élever en 2013 à environ 33 milliards. La SNCF vient d’arrêter la sienne à près de 7,4 milliards. Soit 40,4 milliards pour tout le système en 2013. Le ministre annonce plus mais, dit-on au cabinet, il s’est placé en 2014. L’accroissement annuel était évalué au moment des Assises à 1,5 milliard d’euros environ. Mais les 2,5 milliards qu’annonce aujourd’hui Frédéric Cuvillier étaient, semble-t-il, plus près de la réalité. Pour l’instant, à RFF, on escomptait que ce pic, dû aux LGV en cours, allait s’émousser dans trois ans. Bref, grosso modo, RFF, qui supporte l’essentiel de la dette, tablait jusqu’à présent sur une dette du système ferroviaire conforme aux prévisions des Assises.

Les calculs du gouvernement sont un peu différents. On estime que la dette du système va de toute façon s’accroître de 15 milliards d’ici 2025, pour payer les LGV en cours. Soit 59 milliards. Les quelque vingt milliards de dette supplémentaire seraient, juge-t-on au gouvernement, inéluctables sans la réforme. Celle-ci est censée trouver trois sources d’économie : la synergie RFF-SNCF est censée dégager 500 millions d’euros par an ; les efforts propres de la SNCF pour se désendetter doivent la conduire à 2 milliards d’endettement en 2025 ; et le renoncement de l’Etat aux dividendes sur les résultats de la SNCF.

Dividendes auxquels il n’aura pas à renoncer cette année… puisque la SNCF vient d’arrêter des comptes dans le rouge, avec une perte nette de 180 millions d’euros, du fait d’une dépréciation de la valeur comptable de son parc de rames TGV, diminuée de 1,4 milliard.

« Cette dépréciation d'actifs a un caractère technique qui signifie que l'activité aujourd'hui n'est pas suffisamment rentable pour justifier la valeur comptable et permettre le financement du renouvellement » du parc de TGV, a expliqué la SNCF dans un communiqué publié le 13 février. La SNCF voit ainsi justifié a posteriori son manque visible d’enthousiasme dans l’achat de 40 rames TGV Euroduplex.

La marge opérationnelle, indicateur privilégié par la direction pour mesurer ses performances financières, s'établit pour 2013 à 2,8 milliards d'euros, contre 3,03 milliards publiés et 2,7 milliards en normes IFRS pour 2012.

Le groupe, qui a réduit sa dette nette de 131 millions d'euros, compte la stabiliser en 2014.

Le  chiffre d'affaires du groupe s'est établi à 32,2 milliards d'euros, en recul sur les données publiées l'année précédente (33,8 milliards) mais quasi stable (+0,5%) une fois prise en compte une évolution des normes comptables.

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(avec l’AFP pour les résultats de la SNCF)

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