Joint par téléphone le 4 juillet, Pierre Serne revient sur le clash survenu lors du conseil du Stif et révélé par l'AFP du 2 juillet… Lors de cette séance, le vice-président Transports et mobilités du Conseil régional d'Ile-de-France et vice-président du Stif s'en est pris à la directrice générale, Sophie Mougard, accusée de prendre des décisions sans en référer aux élus. « Je ne vois pas comment aller au bout de mon mandat dans 18 mois, dans une telle ambiance de défiance. […] Il faut que l'on passe à une nouvelle époque et que la directrice change », a dit Pierre Serne, cité par l'AFP.
L'élu a évoqué la possibilité d'une « motion de défiance »pour « revenir à une situation normale où les élus dirigent et l'administration exécute ». Le 3 juillet, en marge de la cérémonie de remise des trophées de la mobilité en Ile-de-France, Jean-Paul Huchon et Sophie Mougard, interrogés sur l'incident, renvoyaient à la déclaration de Jean-Paul Huchon à l'AFP. « J'ai toute confiance en la directrice générale sans laquelle rien ne se ferait aussi bien, aussi vite et en les agents du Stif », y disait Jean-Paul Huchon. Selon lui, Sophie Mougard « agit dans le cadre du mandat et de la feuille de route qui lui sont confiés par le conseil du Stif ». Et d'ajouter : « Il peut y avoir des débats, les dossiers sont menés avec le souci du respect des élus et des agents et dans le sens de l'intérêt général ».
« Vous croyez que l'on fait voter 9 milliards d'euros annuels et 550 délibérations par an avec un problème de gouvernance ? », a dit Jean-Paul Huchon… Qui nous assurait simplement que les mots utilisés par Pierre Serne avaient dépassé sa pensée, et que les choses allaient s'apaiser. Pierre Serne, joint le 4 juillet, souhaitait, nous dit-il, adopter la même attitude. Mais un article publié par Mobilettrea remis le feu aux poudres. Article très ouvertement en faveur de Sophie Mougard, et dénigrant le vice-président, présenté comme un personnage « avide de lumière médiatique ». Piqué au vif, Pierre Serne a tenu à préciser ses griefs. Selon lui, Sophie Mougard « se vit comme l'unique incarnation du Stif, comme la PDG d'un Epic dont le conseil d'administration ne serait qu'un vague conseil de surveillance, considère qu'elle n'a de compte à rendre à personne d'autre qu'au président du Stif, et encore ! » Pierre Serne regrette que lorsqu'il reçoit des élus, « alors que les services de la région sont présents à sa demande, ceux du Stif ne le sont jamais, Sophie Mougard leur interdisant de venir, pour mieux organiser des réunions avec les mêmes élus ». Histoire de montrer, déplore-t-il, que cela ne vaut pas la peine de discuter avec un responsable politique du Stif. De plus, sur tout un ensemble de sujets, assure Pierre Serne, « Sophie Mougard prend des décisions pour lesquelles elle n'est pas mandatée et sur lesquelles elle n'est pas toujours dans la ligne du conseil du Stif. ». En témoignent, dit-il, plusieurs délibérations rédigées par la directrice générale « à sa main » et que le président Jean-Paul Huchon a été obligé d'amender pour y reconnaître sa volonté politique n'ayant pu obtenir qu'elle les modifie…
Ces vives tensions ne datent pas d'hier. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'est, outre un problème d'achats de nouveaux bus diesel, toujours selon Pierre Serne, le récent projet de Sophie Mougard de mettre prochainement en concurrence les réseaux d'Optile. La directrice générale, dit le vice-président du Stif, a « convoqué un par un les responsables d'Optile en leur expliquant qu'elle va lancer une mise en concurrence des bus de leur réseau en 2016. » Une opération dont, dit Pierre Serne, « on n'a jamais parlé aux élus ». Pas même à Jean-Paul Huchon. Problème pour Pierre Serne : Jean-Paul Huchon à l'issue de l'incident a, reconnaît-il, « relégitimé Sophie Mougard et ses méthodes ». Le calendrier serait pour quelque chose en l'affaire : la veille du clash, une vice-présidente du conseil régional, Michèle Sabban, devait démissionner de ses fonctions, ayant bénéficié d'un logement social de façon indue. Jean-Paul Huchon se serait mal vu mettre fin dès le lendemain aux fonctions d'un autre personnage important à la région alors même qu'il avait auparavant évoqué le départ de sa directrice générale avec laquelle il travaille depuis plus de 10 ans. Consolation pour Pierre Serne : la mise en concurrence inopinée des bus Optile passe à la trappe le président du Stif l'ayant publiquement balayé comme nulle et non avenue devant l'ensemble du conseil du Stif dans sa réponse à son vice-président.
Laisser un commentaire