RATP – Quand réseaux sociaux et médias se coincent les pieds dans l’escalator

« Après les trains trop larges, les escaliers trop larges ! » Info ou bashing ? En tous cas  c’était le ton des textes qui commençaient à circuler le 15 juillet à la suite d’un article du Figaro sur les problèmes des escaliers mécaniques de la RATP. Message déformé et amplifié par les réseaux sociaux, vite relayés par les médias. Alors comme ça, la RATP serait aussi « incompétente » avec ses escaliers que la SNCF avec ses trains. D’ailleurs, la RATP allait devoir changer « une trentaine d’escalators » dans le métro parisien « à cause de marches trop larges de 10 cm ». En commandant des escaliers roulants d’un mètre de large, au lieu de 90 cm, à la CNIM, fournisseur de longue date, la RATP aurait commis une bourde, à en croire le buzz. Car les escalators larges dans des stations où ils n’étaient pas prévus, ça ne marche pas ! Pour preuve : la disponibilité de ces équipements serait catastrophique et leur maintenance hors de prix. D’où résiliation du contrat avec la CNIM. A l’occasion, ceux qui n’ont pas oublié le « trottoir roulant rapide » de Montparnasse et ses avatars ont rappelé que le fournisseur n’en était pas à ses premiers dysfonctionnements.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. De la RATP, pour commencer, qui annonce le 16 juillet qu’elle « possède 850 escaliers mécaniques sur la totalité de son réseau, dont le taux de disponibilité est supérieur à 97 %, meilleur que le seuil contractuel demandé par le Stif. » Rappel des faits, selon la RATP : « Un marché pour fournir des escaliers mécaniques a été passé en avril 2005 avec la société CNIM, après appel d’offre européen. Le cahier des charges précisait, pour le confort des voyageurs, que les marches devaient être d’une largeur de 1 mètre, ce qui correspond au standard courant à la RATP, puisque c’est le cas de 85 % des escaliers mécaniques du réseau. » Ce que le buzz considérait comme l’exception était donc la règle ! Et la RATP de poursuivre son démenti : « Contrairement à ce qui a été écrit, la largeur des marches n’a jamais constitué un problème de non-conformité. La polémique actuelle, prétendant que les escaliers sont trop larges, est donc sans objet. »

Pas d’escaliers trop larges, donc pas d’affaire ? Si, car « à l’usage, indépendamment de cette question de dimensionnement, l’équipement fourni par la CNIM s’est révélé fragile, nécessitant une maintenance corrective et préventive renforcée. Le produit n’a jamais tenu ses objectifs contractuels de disponibilité malgré une assistance technique importante de la RATP. » Résultat : « Le 24 juin 2009, après avoir mis en œuvre toutes les solutions de maintenance corrective, la RATP a décidé de résilier ce marché, aux torts du fournisseur, ce qui est une sanction grave, justifiée par l’insuffisance de la prestation. Cette résiliation avant la moitié du contrat a aussitôt mis fin aux livraisons. »

Si cette affaire n’est pas des plus récentes, elle n’est pas pour autant finie : la CNIM conteste devant le Tribunal Administratif la décision de la RATP. Tribunal Administratif qui ne s’est pas encore prononcé. Car pour le fournisseur, qui a riposté à son tour par voie de communiqué, « Les 30 machines concernées par la polémique actuelle sont en conformité avec le cahier des charges de l’appel d’offres européen lancé en 2005 par la RATP ». De plus, « la totalité des machines, dont la maintenance était alors assurée par les équipes de CNIM, a été acceptée par la RATP. » A chacun sa vérité… Ajoutons celle de Jean-Paul Huchon : sur Europe 1, le président du Stif se range du côté de la RATP, liant les problèmes des escalators à une sous-traitance chinoise…

Toujours est-il que la RATP « a décidé de remplacer d’ici 2015 les 30 escaliers mécaniques en cause » et que « les opérations sont déjà en cours. » En effet, un nouvel appel d’offres a été lancé, remporté par Otis. Pour des escalators d’un mètre de large !

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