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Les particules ultrafines asphyxient les Parisiens
Les premiers résultats mis en évidence par le "laboratoire volant" installé dans le parc André Citroën à Paris sont inquiétants. On connaissait les… particules en suspension dans l’atmosphère, les particules fines et voici maintenant les particules ultrafines. On mesure en effet depuis longtemps les particules PM 10 visibles à l’oeil nu – celles d’un diamètre inférieur à 10 micromètres (μm), soit 7 fois plus minces que l’épaisseur d’un cheveu – ainsi que les particules fines, les PM2,5 dont le diamètre est plus faible que 2,5 μm. Or depuis mai 2013, Paris dispose d’un outil unique au monde, un appareil d’une précision telle qu’il permet de mesurer les particules ultrafines, c’est-à-dire celles de diamètre inférieur à 1 μm, les plus délétères sur la santé humaine (voir encadré). Appelé LOAC (light optical aerosol counter), il est situé sur le ballon Générali (l’assureur finance l’expérience) dans le parc André Citroën de Paris XVe. Grâce à la collaboration entre la mairie de Paris, Airparif, Generali, le CNRS et Aérophile (constructeur et exploitant de ballons captifs), le ballon de Paris s’est donc transformé en un véritable laboratoire volant pour mesurer 7 jours sur 7 la qualité de particules ultrafines entre 0 et 300 mètres d’altitude.
Les résultats sont assez édifiants car au cours d’une journée standard, les Parisiens respirent « environ 200 000 particules par litre d’air »,a-t-il été mesuré. Sachant qu’une respiration correspond à un demi litre d’air, cela signifie que chaque jour, les habitants de la capitale inhalent 100 000 particules à chaque respiration. On note aussi qu’il y a « 200 fois plus de particules comprises entre 0,2 et 1 µm(particules potentiellement les plus nocives) qu’entre 1 et 10 µm. Une légère décroissance est observée en fonction de l’altitude. Et il ne s’agit là que de la partie immergée de l’iceberg, car les particules en dessous de 0,2 µm sont encore plus nombreuses », explique Jean-Baptiste Renard, directeur du laboratoire de physique et de chimie de l’environnement et de l’espace du CNRS. Ces résultats viennent compléter les analyses d’Airparif, qui dans son bilan de juillet 2013, explique que les PM1 en Ile-de-France, représentent 9 kt. Tout en précisant que « la connaissance sur les facteurs d’émission de PM 1 est incomplète et soumise à de plus grandes incertitudes que pour les particules de taille supérieure »,l’organisme de surveillance de la qualité de l’air francilen précise que leur origine est due pour 76 % au chauffage au bois et au trafic routier (34 %) à l’échelle régionale. Dans Paris intra-muros, ce sont bien les échappements des voitures, en particulier des moteurs diesel, qui apportent 60 % de ces particules ultrafines.
Par conséquent, il était tout à fait judicieux de s’intéresser de plus près aux mesures effectuées lors des deux derniers pics de pollution de décembre 2013 et mars 2014. Constat : « il y avait 5 à 15 fois plus de particules inférieures à 1 µm qu’une journée standard. Elles étaient principalement carbonées ».En décembre, les particules plus grosses étaient en nombre comparable aux autres jours de l’année. En revanche le nombre de ces fameuses PM1 explose, avec « une moyenne de 3 millions de particules fines tout au long de la journée. » Pis ! Au plus fort de l’épisode, soit le 13 décembre à 18 heures, la concentration était 30 fois plus importante que lors d’une journée lambda, avec 6 millions de particules ultrafines en suspension. C’est l’équivalent du tabagisme passif, relèvent les responsables : un test a montré que 8 cigarettes fumées dans une pièce de 20 m2 produit autant de particules. Le ballon de Paris, précise que ces données « confortent l’analyse réalisée par Airparif avec le laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, qui relève pour décembre, des contributions essentiellement locales, trafic et chauffage au bois ».
Les Parisiens ont désormais la possibilité de suivre ces mesures en temps réel sur www.ballondeparis.com. Vendredi 21 novembre à 17 heures, l’air était plutôt bon avec « seulement » 138 351 particules par litre d’air. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a fixé pour priorité l’amélioration notable de la qualité de l’air. «En s’associant à cette expérience scientifique unique au monde, Paris veut permettre une prise de conscience collective des dangers de la pollution, en particulier des particules fines et ultrafines liées au trafic routier », explique la mairie de la capitale. Après le vœu du conseil de Paris au printemps dernier et le lancement de la conférence citoyenne sur la lutte contre la pollution atmophérique, la prochaine étape sera la présentation des grandes lignes du plan anti-pollution avant la fin de l’année. L’Exécutif parisien devant l’examiner en séance en février 2015… En toute logique, il devrait comprendre des mesures fortes d’éradication des voitures diesel.
Christophe Najdovski, maire-adjoint chargé des Déplacements à Paris en a donné un aperçu : « La situation nous oblige à avoir un plan ambitieux avec deux axes d'action afin de retrouver une qualité de l'air au quotidien : d'abord une diminution globale de la circulation automobile, ensuite, agir sur le parc de véhicules qui est diesélisé à 60 % ». L'élu a rappelé qu'il y avait 200 zones à basse émission en Europe et aucune en France. « On pourra s'appuyer là-dessus pour modifier le parc »,a-t-il assuré, en précisant que des discussions étaient en cours avec l'Etat et la préfecture de police. Etant entendu qu'il ne s'agira pas d'une expérimentation comme le prévoyaient feu les Zapa, mais d'une mesure pérenne, qui ne s'interessera pas qu'aux autocars et poids lourds et que le territoire considéré devra être « au minimum à l'échelle parisienne ».
Des particules particulièrement nocives
Selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), « les particules les plus grosses (> 10 µm), visibles à l'œil nu, ne sont pas les plus inquiétantes pour la santé. Retenues par le nez et la gorge, elles ne pénètrent pas dans l'appareil respiratoire. Les particules de diamètre compris entre 2,5 et 10 µm atteignent les parties supérieures du système respiratoire et peuvent être éliminées par filtration des cils de l'arbre respiratoire et la toux. Les particules les plus fines (< 2,5 µm) sont les plus dangereuses. Capables de pénétrer au plus profond de l'appareil respiratoire, elles atteignent les voies aériennes terminales, se déposent par sédimentation ou pénètrent dans le système sanguin. Ces particules peuvent véhiculer des composés toxiques, allergènes, mutagènes ou cancérigènes, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques et les métaux lourds. »Les particules ultrafines PM1 pénètrent également profondément les régions bronchiolaires et alvéolaires et peuvent y persister et même atteindre d’autres organes.
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