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Les trois défis d’Elisabeth Borne
Une feuille de route que n'aurait pas reniée Pierre Mongin, son prédécesseur à la présidence de la RATP. C'est l'impression qui reste après … l'audition d’une heure le 12 mai d'Elisabeth Borne devant la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale. « La RATP est en bonne santé », reconnaît-elle. Le groupe est aujourd’hui le 5e acteur mondial des transports publics, présents sur tous les modes. Elle assure qu’elle saura préparer l’entreprise à la concurrence, améliorer sa productivité, généraliser les bus électriques, et s’affirme confiante dans le gain des futurs appels d’offres pour l’exploitation du métro automatique du Grand Paris Express.
Un discours de 20 minutes, ponctué de nombreux « si vous m’accordez votre confiance », suivi d’une dizaine de questions pour la bientôt ex-directrice de cabinet de la ministre de l’Ecologie, qui doit maintenant être nommée officiellement en Conseil des ministres avant sa prise de fonctions le 20 mai. Le lendemain, Elisabeth Borne était en effet auditionnée par le Sénat et les deux chambres ont ensuite voté favorablement pour sa nomination. Cette X-Ponts, qui vient de fêter ses 54 ans, a derrière elle une longue carrière de haut-fonctionnaire et de conseillère auprès de responsables de gauche, de la mairie de Paris à Matignon. Elle a aussi été directrice de la Stratégie et membre du comité exécutif de la SNCF, puis préfète de la région Poitou-Charentes sous la présidence de Ségolène Royal.
Après avoir brossé un panégyrique de l’entreprise de 55 000 salariés – qui « respecte sa trajectoire financière » ; sait mobiliser « les différents leviers de productivité » ; « partage son résultat avec le Stif à hauteur de 100 millions par an » ; possède une « compétence exceptionnelle dans la gestion des flux denses », etc. – Elisabeth Borne a listé trois défis majeurs pour le groupe RATP. Un groupe, qui rappelle-t-elle, a engagé sa diversification hors Ile-de-France depuis la loi SRU de décembre 2000, « même si le cœur historique en Ile-de-France assure 80 % de son activité ». En filigrane, perçait régulièrement son attachement aux notions de dialogue social et de service public. « La qualité du dialogue social est un préalable à la réussite de l’entreprise. Ce sera l’une de mes priorités », a-t-elle insisté.
Premier défi : la sacro-sainte qualité de service pour ses neuf millions de voyageurs quotidiens. Consciente que l’Epic devra « proposer des offres supplémentaires pour faire face à l’augmentation de la fréquentation que la prochaine réforme tarifaire pourrait accentuer », mais aussi « répondre aux besoins des territoires aujourd’hui mal desservis », la future présidente concède qu’il faut « fournir un service plus attentionné, avec une plus grande régularité, une information fiable et personnalisée ». Elle promet de mettre la qualité de service au cœur des négociations qui démarrent avec le Stif pour le prochain contrat de service public. Un contrat qui doit viser à « maintenir le haut niveau d'investissement du contrat en cours pour accroître l'offre et moderniser le réseau avec des cofinancements pour ne pas aggraver sa dette ». Et ce, même si la RATP bénéficie « d’un taux de satisfaction de plus de 80 %, selon les enquêtes du Stif ». Car « les attentes restent fortes sur la régularité », en particulier pour la ligne 13 du métro et les RER A et B. Faisant référence au commandement unifié avec la SNCF sur la ligne B, Elisabeth Borne propose : « il s’agira d’étendre cette dynamique au RER A ».
Deuxième défi, celui de l’exemplarité en matière de développement durable : « je souhaite mobiliser la richesse et la diversité de ses talents pour faire de la RATP l’entreprise de référence en termes de mobilité durable. Cet enjeu s'impose d'autant plus que la France, qui accueillera la conférence Paris climat en décembre prochain, se doit d'être exemplaire sur ce sujet », a encore assuré la future PDG. Citant le programme « Bus 2025 » qui doit permettre à la régie d’avoir un parc zéro émission à cet horizon, elle rappelle que « la RATP peut avoir un véritable effet sur la filière et faire émerger des offres de constructeurs français ». Plus surprenant, la candidate n’a pas éludé la question de la pollution particulaire dans les souterrains des métros et RER, « un enjeu pour les voyageurs, mais aussi pour les 13 500 agents qui travaillent dans ces espaces. La RATP pourra s’appuyer sur l’expertise en cours de l’Anses pour cibler encore mieux ses actions dans ce domaine ».
Troisième défi, et non des moindres : se préparer à la concurrence. Confiante, elle affirme que grâce à ses contrats d’exploitation en province et à l’étranger, dans 14 pays, le groupe apprend la concurrence et qu’il a « de nombreux atouts pour tenir une place de premier plan dans le projet du Grand Paris Express ». Elisabeth Borne dit croire en les capacités de l’entreprise pour gagner l’appel d’offres, face notamment à Keolis, pour l’exploitation de la ligne 15. Egalement mobilisée pour l’ouverture à la concurrence des lignes de bus en 2024, et « cela laisse du temps pour s’y préparer », Elisabeth Borne a enfin glissé une phrase sur les liaisons longue distance par autocars : « Il y a sans doute une carte à jouer sur le marché des autocars interurbains… » Lors de ses vœux en janvier dernier, Pierre Mongin avait fait à peu près la même réflexion… S’agit-il de desservir le périurbain francilien ou de lancer RATP Dev sur un Paris – Nantes ? Mystère.
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