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Ce qui sépare vraiment Pécresse de Bartolone
Dans les transports, les deux principaux candidats au conseil régional d'Ile-de-France ne se distinguent pas trop. Renouvellement massif des RER, généralisation de l'automatisation, rénovation du réseau ferroviaire, développement de l'offre de nuit création d'un vrai Stif multimodal, utilisation du passe Navigo unique comme support de nouveaux services, achat de mille bus chez l'une ou embauche de mille conducteurs chez l'autre, création d'une écotaxe régionale sur les poids lourds… (voir nos entretiens avec les deux candidats dans cette Lettre.)
Les deux se marquent à la culotte, à tel point que dans chaque camp on soupçonne l'autre d'avoir copié. La vidéosurveillance, c'est mon idée à moi que la gauche me pique, proteste Valérie Pécresse tandis que dans le camp de Bartolone on murmure que telle automatisation de ligne de métro a été ajoutée in extremis par la concurrente pour faire aussi bien que « Barto ». C'est un peu risible… A l'inverse on peut être rassuré à l'idée que les deux camps ont pris le soin d'écouter des spécialistes et d'en tirer une vision cohérente de l'action politique qu'ils proposent. Les deux ont plutôt bien travaillé, même si, campagne électorale oblige, ils avancent des calendriers optimistes.
Ce constat d'optimisme, la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) le fait elle aussi. Elle a dressé pour commencer un bilan de la dernière mandature. Si Marc Pélissier, président de l'AUT Fnaut-Ile-de-France, relève « des efforts d'investissements indéniables », il constate « peu de réalisations concrètes sur le banlieue – banlieue ». Ou encore des lignes de tram, qui ont mis 15 ans pour aboutir, « délais déraisonnables », et qui sont très rapidement saturées. La Fnaut reproche à l’Etat la mauvaise maintenance du réseau. « Il a fallu attendre Brétigny pour avoir un effort de maintenance en 2014 ! » Et garde une dent contre le Navigo à tarif unique, pour lequel il reste « à trouver 250 millions d'euros par an alors qu'il n'engendre pas de hausse de fréquentation significative, ni de report modal », continue-t-il.
Tirant les leçons du passé, la Fnaut analyse sans indulgence les promesses faites par les candidats PS et LR pendant la campagne en Ile-de-France. « Nous sommes très heureux que les candidats s'intéressent de très près aux transports, qui sont un sujet majeur dans la campagne – mais également une des compétences majeures de la région –, commente Michel Babut, vice-président et représentant de la Fnaut auprès de la RATP. Mais nous sommes un peu sceptiques sur la rapidité promise de création d'infra et d'offre ou d'achat de matériel… Nous ne sommes plus assez naïfs probablement ! »
Au final, la crainte, « c'est que la grande couronne soit pénalisée puisque le Grand Paris Express a son propre budget », poursuit-il. Plutôt que de l'entériner en totalité, comme le font les candidats PS et LR, ou de le rejeter en bloc avec Debout La France et le FN, la Fnaut est favorable à un « rééquilibrage des financements. […] Il serait logique de financer ce qui est le plus urgent, insiste Marc Pélissier. Dans le contexte actuel, il faut se réinterroger sur les lignes 17 et 18 ».
La Fnaut a raison d'insister sur le chapitre Grand Paris. De fait, Valérie Pécresse et Claude Bartolone considèrent le futur métro comme un acquis. A vrai dire, il ne dépend pas trop d'eux… sauf à en siphonner un peu plus le financement fléché. Ce métro, le candidat de la droite souverainiste, Nicolas Dupont-Aignan, ou celui de l'extrême droite, Wallerand de Saint-Just, le récusent, l'un et l'autre au nom de la lutte contre la gabegie ou les projets pharaoniques. Les deux candidats en passe de l'emporter à l'issue du deuxième tour selon les sondages sont donc encore plus proches quand on les compare aux deux concurrents situés à la droite de la droite. Deux concurrents dont le poids est considérable puisque, selon des derniers sondages le candidat du FN fait quasiment jeu égal avec Claude Bartolone au premier tour. Un Claude Bartolone qui remonte nettement au second tour, sans parvenir à rattraper Valérie Pécresse, maintenant donnée nettement vainqueur. Mais tout dépendra bien sûr des reports de voix (voir notre entretien avec Pierre Serne ci-dessous).
Est-ce à dire que rien ne distingue celle qui apparaît favorite dans la course à la présidence d'un Bartolone en position de challenger ? Pas sûr. Avec intelligence, le camp de Valérie Pécresse tente de concilier développement de la route et des transports publics. Elle retrouve le tropisme habituel de la droite, en voulant « en finir avec le tabou » qui serait censé condamner les investissements sur la route. Et veut voir en celle-ci le support d'une véritable réinvention des transports publics.
F. D. et C. N.
Pierre Serne : « les programmes d'EELV et du PS peuvent converger »
Valérie Pécresse, dans l'entretien qu'elle nous a accordé (voir dans cette lettre) estime que les programmes de Claude Bartolone (PS) et d'Emmanuelle Cosse (EELV) ne sont pas compatibles et qu'une fusion de listes au second tour n'a de ce fait aucun sens. Les socialistes veulent en effet réaliser les lignes 17 et 18 du Grand Paris telles qu'elles sont prévues, les écologistes n'en veulent pas. Pierre Serne, actuel vice-président Transports et Mobilités du conseil régional et tête de liste EELV pour le Val-de-Marne, réagit pour VR&T :
« En 2015, nous avons moins de sujets d'accrochages qu'en 2010 ! Nous étions alors en désaccord avec le PS sur l'ensemble du sujet Grand Paris Express, ainsi que sur le tarif unique du passe Navigo dont les socialistes ne voulaient pas ». Ce qui n'a pas empêché le rapprochement. Selon Pierre Serne, « on commence pour cette élection à faire converger les programmes ». En ce qui concerne la ligne 18 du GPE, EELV juge que le mode métro ne s'impose pas sur toute la partie au-delà du plateau de Saclay. Pas plus qu'il ne s'impose pour la ligne 17, puisque l'accumulation de dessertes lourdes pour Roissy, avec le RER B et le futur CDG Express, « ça fait beaucoup ». Les écologistes sont de plus hostiles à l'aménagement prévu du triangle de Gonesse, avec l'urbanisation des terres agricoles, et la création du parc d'attraction, centre commercial, de loisirs et d'affaires EuropaCity.
Mais, dans l'exercice classique des compromis entre les deux tours, Pierre Serne ne voit pas pourquoi EELV et PS ne parviendraient pas à s'accorder. « A partir du moment où on peut écrire que le débat sur le mode de transport est ouvert », il pense que la difficulté sur ces lignes peut être résolue. Elle lui semble en tout cas moins rude que celle qui va se poser à Valérie Pécresse si elle souhaitait fusionner avec les listes de Nicolas Dupont-Aignan qui, lui, « veut abandonner tout le Grand Paris Express » !
En attendant la convergence, pour le premier tour, EELV met en avant ses priorités : gagner la bataille du temps de transport, en intervenant sur l'ensemble de la chaîne de déplacement, créer 150 lignes de bus cadencées au quart d'heure en moyenne et grande couronne, créer un passe Mobilités Ile-de-France étendant les services du passe Navigo, intégrer dans ce passe le PAM, services de transports à la demande pour les personnes en situation de handicap, réaliser de nouvelles avancées de tarification solidaire.
F. D.
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