Keolis, Transdev et RATP fourbissent leurs armes pour le marché français

Cette année et les deux années suivantes vont voir toute une série de contrats majeurs renouvelés dans notre pays. L’occasion peut-être de rebattre les cartes sur un marché largement dominé par Keolis. C'est en tout cas l'espoir de Transdev, qui repart à l’offensive après plusieurs années de redressement.

Prochain contrat très important, emblématique même aux yeux de Transdev : Lille Métropole. Le cahier des charges devrait être connu avant l’été et le futur délégataire du réseau Transpole démarrer en 2018. Transdev estime ce marché à 300 millions d’euros de CA annuels. Laurence Broseta, la directrice générale France de Transdev, a demandé à l’un de ses proches collaborateurs, Franck-Olivier Rossignolle, de prendre en main le dossier. Et le pôle régional de Transdev, qui était à Amiens, a déménagé à Lille le mois dernier.

Dans le Nord-Pas-de-Calais–Picardie, le groupe s’intéresse aussi au réseau d’Artois-Gohelle pour lequel un appel d’offres a été lancé et les premiers oraux commencent. Et où Keolis est l’exploitant.

Caen vient aussi de lancer un appel à candidature pour trouver l’exploitant de la future délégation de service public de six ans à partir de 2018. Là encore, Transdev sera à l’offensive tandis que Keolis défendra son territoire. Un contrat pour lequel Transdev estime pouvoir apporter une vraie « valeur ajoutée », selon ses propres termes. A Caen, la mission sera délicate puisqu’il faudra réussir à faire passer la collectivité du TVR au tramway.

Le Grand Narbonne, dont le réseau de transport est également exploité par Keolis, a lui aussi lancé la procédure pour trouver son futur exploitant. A l’offensive sur ces marchés, Transdev se retrouve en défense à Vannes, où la procédure est lancée pour trouver le futur délégataire. Et la réponse devrait être connue cet été.

Keolis s'attend donc à une année très particulière, puisque c'est le quart de son activité sur le marché français, soit 700 millions d'euros, qui sera remis en concurrence. Il se retrouvera en défensif non seulement à Caen, Artois-Gohelle et Narbonne, mais encore à Dijon, Laval et Quimper.

Et il souhaite bien sûr conserver le contrat emblématique de Lyon, « la plus grosse DSP d'Europe », précise-t-on même à la filiale de la SNCF. Un honneur que personne ne lui dispute. Si Lyon est une vitrine pour le groupe, c'est aussi, selon un observateur, un réseau qui lui aurait fait perdre énormément d'argent, même si les pertes ont été réduites ces deux dernières années. L'opérateur souhaiterait donc logiquement signer un contrat plus équilibré. Son partenaire, le Sytral serait tellement exigeant que Keolis se retrouve comme il y a une douzaine d'années, seul en lice pour cette DSP. Transdev n'a pas essayé du tout et RATP Dev, qui a semblé intéressé au début, n’a pas donné suite. Mais la procédure est loin d'être achevée et la nouvelle présidente du Sytral, Annie Guillemot, n'exclut pas de la déclarer infructueuse.

Les nouveaux appels d’offres présentent aussi de nouvelles caractéristiques liées aux changements législatifs : d’une part, on voit apparaître de nouveaux territoires, d’autre part de nouveaux services de transports, par exemple des services de transports interurbains, sont parfois intégrés dans les cahiers des charges. Une des conséquences de la loi Notre, notamment, c'est le transfert aux régions de la gestion des lignes interurbaines régulières et scolaires à partir de 2017.

Si l'on pense avant tout aux deux groupes qui s'affrontent depuis des années sur le marché français, le groupe RATP est en embuscade. RATP Dev a commencé en 2015 l'exploitation du réseau de Valenciennes, a gagné Laon. Où ira-t-il cette année ? « Si nous pouvons développer notre savoir-faire pour la satisfaction des clients tout en faisant du développement rentable, tous les réseaux sont potentiellement des cibles », développe François-Xavier Perin, président du directoire de RATP Dev. Sans toutefois vouloir dévoiler s'il sera ou non candidat à Lille ou à Caen…

La présidente du groupe, Elisabeth Borne, enfonce le clou : « Nous n'avons pas besoin d'aller chercher coûte que coûte des références, parce que nous les avons, nous pouvons nous concentrer sur la croissance rentable. » L'air de rien, un petit tacle pour la concurrence…

M.-H. P. et C. N.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *