Le projet Spacetrain finit devant la justice 

 C’est un projet futuriste de transport qui a mal fini. Les dirigeants de Spacetrain ont été condamnés le 12 janvier par le tribunal correctionnel d’Orléans : le patron de l’entreprise, à un an de prison avec sursis et l’interdiction de gérer toute entreprise pendant cinq ans, et, le directeur technique, à trois ans de prison ferme. Ils étaient accusés d’avoir détourné 257 000 euros de chômage partiel pendant la crise sanitaire en 2020. L’entreprise devra rembourser à l’État les sommes détournées et payer 30 000  euros d’amende.
Retour en arrière : en 2017, une start-up spécialisée dans la recherche et développement de systèmes robotiques autonomes pour les industries aéronautiques (la société Jacques Vaucanson), annonce pouvoir créer un train ultra-rapide capable d’effectuer le trajet Paris – Orléans en 15 minutes. Ce train, allant à des vitesse de 500 à 700 km/h, roulerait dans un tube basse pression, sur un coussin d’air pour réduire le frottement. Des caractéristiques proches d’Hyperloop pour le tube, un autre projet de transport inspiré par Elon Musk, le “père“ des voitures électriques Tesla, et nouveau propriétaire du réseau social Twitter. Spacetrain s’inspire aussi du projet de l’Aérotrain, imaginé par l’ingénieur Jean Bertin. Salué pour son avance technologique, l’Aérotrain a atteint le stade du prototype mais n’a pas été plus loin. Ses partisans ont regretté un manque de soutien de l’État qui avait préféré investir dans le développement du TGV.
Pour tester son futur prototype Spacetrain veut réutiliser une partie de l’infrastructure de 18 km que l’Aérotrain avait construit en 1969 pour éprouver son propre concept. La voie en béton, en forme de T renversé, existe encore entre Saran et Ruan, même si elle est abandonnée depuis 1974 et désormais discontinue. Pour se rapprocher de “sa“ future voie d’essai l’entreprise conceptrice du Spacetrain va s’installer à Cercottes. Florent Montillot, actuel adjoint au maire d’Orléans, avait même créé une association de soutien à ce projet en 2018. Mais l’État, propriétaire de l’ancienne voie de l’Aérotrain, refuse en 2020 de la concéder, la loi l’obligeant à lancer un appel d’offres pour cela. L’état de l’infrastructure vieillissante aurait sans doute interdit une utilisation… De son côté, le préfet du Loiret, met en doute « la solidité financière de l’entreprise », alors qu’un an auparavant, en février 2019, il avait émis un avis positif au projet. Faute de pouvoir lancer les essais, l’entreprise périclite, après avoir tenté une reconversion dans les masques pendant la crise sanitaire. Elle est également expulsée de son entrepôt de Cercottes faute d’avoir payé le loyer, avant de se faire rattraper par la justice…
Yann Goubin