« La SNCF ne tire pas pleinement profit du potentiel ferroviaire », estime Alain Rousset

Alain Rousset, président du Conseil régional Nouvelle-Aquitaine.

La SNCF va proposer, cette année, 20 000 places de plus chaque semaine sur la ligne Paris-Bordeaux, espérant répondre aux récriminations de voyageurs et d’élus qui réclament plus de places alors que le TGV Paris-Bordeaux affiche une fréquentation en pleine croissance. VRT a interrogé l’année dernière à ce propos Alain Rousset, le président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui demande une véritable « navette » ferroviaire entre Paris et la capitale girondine.

Ville, Rail & Transports : Que reprochez-vous à la SNCF ?

Alain Rousset : La SNCF ne propose plus de navettes le matin et le soir. Si on se réfère à la convention signée par Guillaume Pepy (en 2011, ndlr), on compte 8 TGV de moins alors que l’axe Paris-Bordeaux attire annuellement 3,8 millions de passagers de plus qu’envisagé.

Le TGV Sud Europe Atlantique représente donc un succès commercial assez extraordinaire mais la SNCF ne met pas les moyens en face.

Or, avec la fermeture de la navette aérienne entre Bordeaux et Orly, qui a conduit à supprimer dix vols allers-retours, nous avons perdu
3 000 sièges quotidiens. Si on veut favoriser le report modal vers le ferroviaire, il faut que la SNCF mette en place une véritable navette ferroviaire le matin et le soir. J’en conclus qu’elle ne tire pas pleinement profit du potentiel ferroviaire.

VRT: L’annonce de la SNCF de proposer 20 000 places en plus cette année vous satisfait-elle ?

A. R. : La SNCF fait un premier effort avec 20 000 places en plus. Mais ce que nous demandons, c’est d’avoir une vraie navette. La SNCF fait circuler des trains qui peuvent transporter plus de passagers, avec notamment des doubles rames, mais elle ne met pas en œuvre la souplesse qui convient à l’usager, c’est-à-dire davantage de trains directs. La SNCF justifie ses choix par la hausse des péages qu’elle subit. Or, nous avons besoin d’une vraie navette puisque le gouvernement a décidé de ne pas assurer de navettes aériennes.

De plus, la SNCF remplace des TGV Inoui par des Ouigo, qui ne sont pas inter-échangeables entre eux. Je ne suis donc pas satisfait : la SNCF doit remettre à niveau sa desserte.

VRT : Comprenez-vous les arguments de la SNCF quand elle explique perdre de l’argent sur cette ligne ?

A. R. : Nous avions fait réaliser une étude quand nous militions pour le lancement de cette ligne. Cette étude, réalisée par Ernst & Young, disait que SNCF gagnerait de 100 à 150 millions annuels et que cette ligne est rentable. Je ne sais pas ce que la SNCF met dans ses chiffres.

Je ne peux pas me prononcer sur l’importance des péages payés par la SNCF. Mais nous avons signé un accord : les collectivités et surtout la région ont participé à cette ligne. Plus de 300 millions d’euros ont été financés par la région. Aujourd’hui, on entend souvent dire que certains trains sont quasiment saturés.

VRT : Que comptez-vous faire ?

A. R. : Nous continuerons à mettre la pression. Il faut aussi que le gouvernement nous aide. D’autant qu’on nous demande d’intervenir fortement sur la future LGV au sud de Bordeaux.

Dans le même temps, la SNCF augmente unilatéralement les péages sur les TER. On sait que des dizaines de milliers d’euros (plus de 50 millions d’euros) remontent des régions vers la SNCF. Les péages devraient se traduire par des investissements plus marqués. Je demande aussi une vraie transparence des comptes.

Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt