Le groupe Perraud acheté par Easynove

 

Easynove, une entreprise formée de 29 PME à l'instigation du groupement Réunir, a acheté le groupe de transport Perraud, en grave difficulté. Une formule qui pourrait aussi se révéler intéressante…  

pour stabiliser des entreprises dont les dirigeants voudraient passer la main. L’histoire du groupe de transports Perraud, en Isère, prend de ce fait valeur d'exemple. Une histoire pleine de péripéties et qui se termine bien. 

Voici donc le groupe Perraud, une société de transports familiale, créée en 1945 par Jean Perraud, lorsqu’il reprend l’exploitation de la Roybon – Saint-Marcelin, après la guerre. Petit à petit, ligne par ligne, l’entreprise fait son trou dans sa vallée. Dans les années 1960, Perraud s’ouvre aux services scolaires. En 1996, après la période de croissance interne, Serge Perraud, le fils de Jean, à qui son père a confié les rênes de l’entreprise  un an plus tôt, se lance dans le développement externe. Pour rassembler les différentes structures, Serge Perraud crée la holding Groupe Jean Perraud, en 2001. Dix ans plus tard, le Groupe Jean Perraud acquiert le groupe Evraud, une mosaïque de 16 petites entités de transports, dont certaines sont spécialisées dans les PMR ou les ambulances, et même une agence de voyages. Mais ce groupe, fortement endetté, va rapidement entraîner Perraud dans sa chute. Son président va avoir le courage de partager ses difficultés avec d’autres chefs d’entreprise, membres comme lui de Réunir, le réseau de PME indépendantes du transport, et notamment avec l’antenne régionale Réunir Rhône-Alpes-Annecy qui regroupe 13 adhérents. Parmi eux, Jean Berthelet (Groupe Berthelet), et Philipe Borini (Autocars Borini) qui vont demander à Frédéric Pinet de prendre la tête d’une société, Easynove, chargée de reprendre le groupe Perraud en difficulté : 12 millions de pertes, 16 millions de dettes dont 4 auprès des fournisseurs, et 11 millions de crédit-bail. Nous sommes en avril 2012. Débute alors un long combat pour Frédéric Pinet, Jean Berthelet, Philipe Borini, et Gilles Pernaton de Pokka, un cabinet de conseil lyonnais. Pendant près de deux ans, ils vont lancer une procédure de sauvegarde pour l’entreprise Perraud afin de geler la dette, puis négocier avec les 30 banques, pour leur faire abandonner leurs créances. « Ça a été souvent tendu », raconte Frédéric Pinet, « certaines banques s’opposant, alors que nous étions parvenus à convaincre les autres ». L’autre bataille s’est déroulée parmi leurs pairs, mais avec des armes de séduction,  afin de les pousser à investir dans Easynove. Car la particularité de la structure, c’est son capital qui réunit pas moins de 29 PME. « Ils ont très vite accepté le principe ». Pourtant, l’argent investi sera bloqué sept ans. Le nombre d’investisseurs n’est pas suffisant pour rassembler les 4 millions nécessaires à la nouvelle structure. Alors Frédéric Pinet va élargir le cercle des investisseurs, au-delà du transport, mais toujours parmi les PME. Le capital est enfin réuni, et la société créée en janvier 2014. Elle prend 80 % du capital, les 20 % restant appartenant toujours à Serge Perraud. Au-delà de l’aspect économique, le succès se mesure aussi au maintien des emplois. « Nous avons aussi une responsabilité sociétale », dit Alain-Jean Berthelet. « Dernière l’emploi, il y a les familles, et le maintien d’un tissu économique et tout simplement de la vie dans nos vallées ». Un peu aussi, la volonté de ne pas se faire manger par les groupes, économiquement capables de supporter des années difficiles. « Grâce à notre présence d’au moins soixante ans sur le terrain, nous avons une vraie pertinence », poursuit Alain-Jean Berthelet. « On connaît précisément toutes les routes et leur état. On sait où ça passe et où ça ne passe pas.» Allusion aux cabinets d’experts auxquels font appel les groupes, ou les AOT  pour créer de nouvelles lignes, très efficaces sur la carte, mais impraticables  sur le terrain. Cette valeur ajoutée, les PME de Réunir voudrait qu’elle soit plus reconnue, valorisée, avant d’avoir été tuée par une concurrence jugée déloyale. « On voit souvent des réponses aux appels d’offre, à – 20, – 30, voire – 50 %, par rapport à notre prix. Pourtant notre modèle économique est connu. Nos coûts, c’est 50 % de masse salariale, 22 à 23 % de matériel, et 10 % de carburant. Et nos bénéfices, c’est  entre – 1% et + 1% », dit encore Alain-Jean Berthelet. Mais ne lui dites pas qu’il se plaint, il veut seulement continuer à faire vivre son entreprise, ses salariés, sa région. La nouvelle structure Easynove a aussi cette ambition. Etudier les demandes des chefs d’entreprise de transports qui voudrait passer la main. Or, sur les 400 PME de transports, indépendantes en France, « la moitié d’entre elles ont un dirigeant âgé de 50 à 60 ans », avance Frédérique Pinet. « Beaucoup n’ont pas d’héritier, ou des enfants qui ne veulent pas reprendre. La formule d’Easynote permettrait d’assurer leur pérennité. »

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