Transport urbain. La Cour des Comptes critique une productivité en baisse

 

Le transport public urbain doit abaisser ses coûts et augmenter le prix des billets, estime la Cour des Comptes  

qui a analysé, dans le cadre de son rapport public annuel présenté le 11 février,  les données du transport public urbain dans 17 agglomérations représentant 11,1 millions d’habitants (hors Ile-de-France). Elle pointe aussi les conditions de travail qui ont été accordées aux salariés du secteur au détriment de la productivité.

La Cour reprend les constats établis ces dernières années par le secteur : les périmètres de transport urbain ont crû de 40 % entre 2008 et 2013, avec pour résultat « une explosion du coût du kilomètre marginal ». Dans le même temps, les collectivités se sont montrées plus que réticentes à augmenter les tarifs, rappellent les auteurs du rapport qui donnent plusieurs exemples. Ils citent notamment Toulon « où les tarifs n’ont pas augmenté depuis 2007 et où la non répercussion de la hausse de la TVA a engendré un coût supplémentaire pour la collectivité de 0,5 millions d’euros pour l’année 2014 » .

Selon la Cour, il faut augmenter sensiblement la contribution des usagers au financement du service. « Un alignement de la contribution des usagers au financement du service sur celle des entreprises nécessiterait d’augmenter d’environ 10 points le taux de couverture moyen des dépenses par les recettes commerciales », estime-t-elle. Rappelons que ce taux de couverture est en moyenne de 28,6 % seulement, allant même de 18 % pour les réseaux de moins de 100 000 habitants à 36 % pour ceux de plus de 400 000 habitants et dotés de TCSP.

L’autre remède proposé par la Cour passe par la restructuration des réseaux et le développement de modes alternatifs. En clair, il faut densifier et simplifier le réseau en centre-ville « en évitant les doublons de lignes et en adaptant les horaires de passage à la fréquentation », mais aussi supprimer, en périphérie, « les lignes trop peu fréquentées en les remplaçant par une offre de services moins onéreux ». La Cour cite le transport à la demande, la promotion du covoiturage, la création de parcs relais ou de pistes cyclables, qui pourraient s’y substituer. La gardienne des finances publiques appelle également à des choix clairs en faveur de transports publics attractifs, ce qui passe par l’arrêt des politiques accommodantes vis-à-vis des automobilistes.

Les entreprises de transport public ont aussi leur part de responsabilité dans les difficultés de ce secteur qui offre « les caractéristiques d’un marché oligolistique » avec deux opérateurs principaux, Keolis et Transdev, rappellent les Sages. D’où, estiment-ils, « un déséquilibre des relations entre délégants et délégataires ». Et des entreprises délégataires qui « sont peu incitées à améliorer leurs performances ». Les pénalités de retard sont rarement appliquées et les informations transmises par l’opérateur « ne permettent pas toujours à l’autorité délégante d’exercer un contrôle efficient ».

La Cour critique enfin le poids des charges de personnel. « L’évolution des dépenses d’exploitation est fortement corrélée à celle de la masse salariale ». La durée moyenne hebdomadaire du travail est inférieure à 35 heures dans un tiers des entreprises représentant plus de 40 % des salariés de la branche, calcule-t-elle. Le secteur se caractérise de plus par un taux d’absentéisme important : il s’élève à plus de 25 jours par an et par salarié depuis 2010.

Enfin, le rapport note que la productivité du personnel a eu tendance à régresser. « D’après l’UTP, cela s’expliquerait principalement par l’allongement et la dispersion des lignes desservies pour les réseaux de moins de 100 000 habitants et par la détérioration de la vitesse commerciale dans les autres réseaux ». La Cour estime de son côté que « les politiques accommodantes suivies en matière de temps de travail et de rémunérations n’ont pas permis de lesabsorber ».

[email protected]

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *