Isilines à la conquête du marché de l’autocar longue distance

Le patron de Transdev, Jean-Marc Janaillac, avait annoncé de longue date son intention de lancer des lignes interrégionales de transport par autocar en France, dès que la législation l’y autoriserait. Le groupe n’a pas traîné pour se positionner, car avant même le vote définitif de la loi Macron qui libéralisera le secteur, la concurrence promet d’être rude si l’on en croit les annonces récentes des différents acteurs. « Notre souhait est de conserver le leadership détenu grâce à Eurolines, qui transporte quatre millions de voyageurs en Europe, dont 900 000 par Eurolines France et 90 000 sur les lignes exploitées en cabotage », a expliqué le PDG de Transdev en dévoilant le 4 juin la marque créée à cet effet : Isilines.

Le projet de loi Macron revient ce lundi 8 juin en commission à l’Assemblée nationale et pourrait encore être complété par le gouvernement, après que sénateurs et députés ont échoué à se mettre d’accord. Le vote définitif devrait intervenir début juillet et l’ouverture ne devrait pas être soumise à décret d’application… Il n’empêche qu’un point fondamental reste encore en suspens, la distance maximale en deçà de laquelle il faudra demander une autorisation aux régions : 100 km comme l’ont voté les députés ou 200 km après modification des sénateurs.

Indépendamment de cette incertitude, l’avantage pour Transdev de posséder déjà une filiale autocariste, Eurolines, est la souplesse procurée. La commercialisation des voyages dans les beaux véhicules rouge vif d’Isilines démarre dès maintenant, par Internet (isilines.fr ou eurolines.fr) ou téléphone, de même qu’au hub Eurolines de la porte de Bagnolet, pour des voyages à compter du 10 juillet. Le lancement est en réalité prévu en trois étapes. A partir du 1er juillet, les principales lignes de cabotage Eurolines seront renforcées. Le 10 juillet, les nouvelles lignes Isilines – en clair des horaires supplémentaires – seront mises sur route, en restant limitées aux principales étapes qui présentent toutes une distance largement supérieure aux 200 km.

Dans un troisième temps, « dès cet été, un réseau de 17 lignes desservant une cinquantaine de villes sera lancé, des radiales et des province – province, avec des possibilités d’interconnexion avec les réseaux urbains, les lignes internationales d’Eurolines, et peut-être même le covoiturage », a précisé Laurence Broseta, directrice générale France de Transdev. « Nous avons choisi d’aller vite, pour lancer ce service à l’approche de l’été. La concurrence venue d’Europe est très active, il est important de nous positionner dès maintenant », a insisté Jean-Marc Janaillac, qui compte adapter le réseau à la demande en quasi-temps réel grâce à « la souplesse et à l’agilité » de ce mode de transport.

Le groupe peut également capitaliser sur sa flotte de 11 000 autocars dont 500 Transdev (ou Visual, une filiale) utilisés par des filiales locales en tourisme occasionnel, pour en mobiliser une cinquantaine tout de suite. A terme, le groupe a estimé qu’il lui faudrait 300 cars de tourisme haut de gamme en 2017, représentant un investissement d’environ 90 millions d’euros. Il a déjà passé une première commande chez Scania à livrer en novembre. De plus, « 150 emplois directs seront créés dès la fin de cette année, dont deux tiers de conducteurs », estime Laurence Broseta.

La rapidité de mise en œuvre du service n’a pas empêché le groupe de bien ficeler son marketing. Plus que le train, dont on ne concurrencera jamais la vitesse – Isilines prévoit notamment un Paris – Lyon en 6 heures 30 – c’est le covoiturage qui est dans le viseur. Dans les cars, on aura plus de confort pour soi et pour transporter des bagages encombrants, « pour un tarif en moyenne deux fois moins cher que le train et proche du covoiturage », détaille la directrice générale France.

Un trajet Paris – Lyon coûtera de 19 à 35 euros, un Lyon – Marseille, de 15 à 25 euros et un Strasbourg – Lyon de 19 à 28 euros. Tarifs attractifs complétés de promotions régulières (cinq euros au lancement jusqu’au 16 août et le deuxième bagage offert) et de réductions aux familles, jeunes, etc. Côté confort, comme chez les concurrents aux couleurs bleu souligné de rose, c’est le grand jeu.

Climatisés et pourvus de toilettes, les autocars (Euro 4 et 5 à ce jour, Euro 6 au fur et à mesure des achats de cars neufs) proposeront 47 places avec un écartement de confort de 74 cm entre les sièges. Ces derniers étant pourvus d’appuis-tête inclinables, de repose-pieds réglables, d’une liseuse, d’une prise électrique et même d’une prise USB, « qui manquent cruellement dans les autres modes de transport », a bien mis en avant Laurence Broseta. Enfin, Isilines promet d’offrir un portail de divertissement du même type que ceux qu’on trouve en avion (films, musique, jeux) qui sera accessible à chacun grâce au wi-fi gratuit dans le véhicule. Un service qui se veut « premium »…

En 2017, le groupe vise les cinq millions de passagers, 1 000 emplois directs créés, dont 600 de conducteurs, et un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros. « Ce n’est pas une activité qui peut être bénéficiaire tout de suite », a concédé Jean-Marc Janaillac, qui connaît naturellement les résultats actuels d’iDBus, la filiale de la SNCF créée il y a presque trois ans… Mais l’exemple allemand attise les convoitises. Outre-Rhin, le marché est passé en deux ans de 8 à 20 millions de voyages par an. Pourtant, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’il y a moins d’un an, selon la Fédération allemande des autocaristes, aucune les entreprises allemandes sur ce marché ne gagnait d’argent.

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Etat des lieux du marché français

Transdev n’est pas la première à se positionner sur le marché national de l’autocar longue distance. Des entreprises étrangères, comme les britanniques Megabus ou StageCoach, sont sur les rangs. Le numéro un des voyages par autocar outre-Rhin, la start-up Flixbus, a récemment affirmé ses ambitions : devenir le leader du marché français d’ici à deux ans, avec des tarifs entre deux fois et trois fois et demie moins cher que le train.

Quant à la SNCF, bien qu’elle n’ait pas récemment annoncé de nouvelle offre, elle prévoit bel et bien d’étoffer ses lignes exploitées en cabotage depuis juillet 2012. Et ce, bien qu’elle table sur une perte de chiffre d’affaires qui pourrait aller jusqu’à 200 millions d’euros avec l’arrivée de nouveaux acteurs… Le PDG de Transdev, Jean-Marc Janaillac, estime au contraire que l’ouverture attirera de nouveaux clients, dont « la plupart ne voyageaient pas ou prenaient leur voiture ». Tout simplement parce qu’on « ajoute des liaisons qui n’existent pas ». Et aussi bien sûr un service qui n’existait pas…

 

Voir la carte du réseau Isilines ici.

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