Jacques Auxiette déplore la « désinvolture de SNCF Réseau »

Le contact s’est renoué entre élus et SNCF Réseau après la conférence de presse le 24 juin de son président, Jacques Rapoport. Jacques Auxiette, le président de la région des Pays de la Loire et de la commission Transports de l’Association des régions de France (ARF), était monté au créneau la veille pour s’indigner du retard pris par les travaux de rénovation sur les lignes Nantes – Pornic et Nantes – Saint-Gilles-Croix-de-Vie alors que les élus des villes concernées s’apprêtaient à célébrer leur remise en service le 5 juillet pour coller au boom de la saison estivale. Jacques Auxiette s’est dit « satisfait » que le président de SNCF Réseau « reconnaisse et assume l’entière responsabilité de l’accident industriel que représente le report de la réouverture de la ligne ». Mais il persiste à se montrer très critique dans le management du chantier et n’a pas renoncé à porter plainte pour préjudice, comme il l’explique dans l’entretien qu’il nous a accordé.

Ville, Rail & Transports. Après les explications de SNCF Réseau, vous montrez-vous plus compréhensif sur ce qui s’est passé ?
Jacques Auxiette. Mes reproches demeurent. Dès mes premières interventions, je mettais clairement en cause une certaine désinvolture de la part de SNCF Réseau puisque dix jours auparavant ses équipes nous affirmaient que le chantier était en ligne avec le calendrier prévu.

Il y a aussi eu un mépris relatif à l’égard des territoires, des habitants et des élus. Enfin, et c’est ce qu’a constaté Jacques Rapoport, il y a eu une déficience notoire du management. Il s’agit d’un véritable accident industriel. Quand la ligne Nantes – Châteaubriant avait été lancée il y a plus d’un an, on avait déjà connu un certain nombre de difficultés. Mais apparemment, les leçons n’ont pas été tirées. Il y a eu un problème d’organisation du travail, qui n’est pas lié au statut des cheminots.

C’est pourquoi Jacques Rapoport vient de nommer un responsable pour piloter le chantier. Une expertise est en cours. C’est un peu une étude de cas qui permettra de montrer les marges de progression en termes de performance industrielle. Après nous examinerons les suites à donner.

VR&T. Comptez-vous toujours porter plainte ?
J. A. Bien sûr ! A un moment donné, il faut que les notions de responsabilité et de préjudice deviennent une réalité. La région portera plainte, c’est sûr. D’autres collectivités ont émis l’intention de le faire comme Pornic, Saint-Gilles, la Vendée… Nous avons subi un préjudice financier, commercial et d’image.

Nous suspendons aussi nos financements. Et enfin, bien sûr, je démissionne du conseil d’administration de SNCF Réseau car je ne peux porter à la fois plainte et en rester membre. Même si je ne pèse pas lourd…

VR&T. Les solutions alternatives vous conviennent-elles ?
J. A. Il n’y a pas vraiment le choix : la directrice régionale SNCF Mobilités a évoqué la mise en place de 25 cars par jour pour relier Nantes, Sainte Pazanne, la côte vendéenne et la côte Atlantique. Ce sont des stations balnéaires qui voient un million de voyageurs transportés chaque année, dont 30 % l’été. Ce n’est pas neutre. La ligne est totalement fermée depuis septembre 2014, on peut désormais espérer une réouverture fin août-début septembre.

Le fond du problème, c’est que ces lignes sont considérées comme de petites lignes. Et que l’on estime que ce sont les collectivités qui doivent les financer. Je persiste à dire, comme je l’écrivais dans mon rapport au moment de la réforme ferroviaire, qu’il faut une vraie stratégie nationale d’aménagement du territoire.

Propos recueillis par Marie Hélène POINGT

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