Les nouveaux défis du Grand Paris Express

Calendrier mis a jour suite aux arbitrages gouvernementaux de fevrier 2018

La moitié de la vérité


« Depuis le lancement de ce projet magnifique en 2009, on a beaucoup promis, je ne suis pas sĂ»r qu’on ait toujours dit la vĂ©ritĂ©. » Le 22 fĂ©vrier, le Premier ministre a voulu au contraire tenir un « langage de vĂ©rité » sur le Grand Paris Express (GPE). Il Ă©tait temps. Et, c’est vrai, il s’est engagĂ© sur ce chemin. Mais il n’est pas allĂ© au bout.

Edouard Philippe a rappelĂ© que les neuf kilomĂštres de la ligne 14 ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s en neuf ans, alors qu’on veut aujourd’hui rĂ©aliser 200 km en 20 ans
 Le mĂ©tro parisien, de plus est assez peu profond. Entre 10 et 25 mĂštres. Pour le GPE, on sera plutĂŽt entre 30 ou 40 m. Parfois mĂȘme Ă  50. Plus compliquĂ©. Plus long. Plus cher.

Un kilomĂštre par an, c’est ce qu’on a fait rĂ©cemment. Dix kilomĂštres par an, c’est ce qu’on veut faire. A Shanghai ce ne serait pas un problĂšme : on y a construit 588 km en moins de 30 ans. Riyad ou Doha pourraient relever ce dĂ©fi. Paris au dĂ©but du siĂšcle dernier n’en Ă©tait pas loin. La premiĂšre ligne a Ă©tĂ© inaugurĂ©e en 1900, comme il se doit pour les jeux Olympiques. En 1913, Ă  la veille de la guerre, le rĂ©seau comptait huit lignes, totalisant 91 km, rĂ©alisĂ©s en quinze ans. Six kilomĂštres par an.

Dans le Grand Paris d’aujourd’hui, qui peut y croire ? La promesse est Ă©norme. Elle est maintenue. Elle ne sera pas tenue. Certes, le Premier ministre a usĂ© dans son discours d’une commoditĂ© Ă©prouvĂ©e : « à l’horizon 2030 ». Elisabeth Borne, la ministre des Transports, en prĂ©cisant le calendrier n’y a pas eu recours. Le calendrier dĂ©cidĂ© le 22 fĂ©vrier consiste donc Ă  dĂ©caler, au sein d’une plage de temps officiellement inchangĂ©e, toute une masse de 2022 Ă  2024, une autre de 2024 Ă  2027, et le reste Ă  2030.

En 2024, du fait de ce dĂ©calage, sur un total d’environ 200 km, ce ne sont plus, selon nos estimations Ă  la louche, 120 km qui devraient ĂȘtre ouverts aux voyageurs en 2024, mais 70 km. Cela paraĂźt plus raisonnable. Tout de mĂȘme, 70 km Ă  finir dans les six ans qui viennent alors que le premier tunnelier n’a pas encore commencĂ© Ă  creuser
 Et 130 km dans les six ans qui suivent


En fait, comme on ne peut pas aller plus vite que la musique, aprĂšs 2024, il risque de rester bien plus de 130 km Ă  rĂ©aliser. Ce qui rend l’objectif 2030 encore plus farfelu. Le calendrier avancĂ© le 22 fĂ©vrier est, selon le Premier ministre, « extrĂȘmement tendu, rĂ©aliste, tenable mais dĂ©jĂ  tendu ». Tenable ? Non.
La vĂ©ritĂ© du 22 fĂ©vrier n’est pas la vĂ©ritĂ© vraie, que permettent de cerner les financements disponibles, les marchĂ©s passĂ©s, les capacitĂ©s du BTP ou l’avancement des chantiers en cours. C’est la vĂ©ritĂ© recevable. Celle qui ne fait pas trop perdre la face aux maires qui vont retourner devant les Ă©lecteurs en 2020. Ou aux prĂ©sidents de conseil dĂ©partementaux dont le sort est liĂ© aux Ă©lections de 2021. Ou Ă  l’Etat, qui est aprĂšs tout la source du projet et des promesses inconsidĂ©rĂ©es.

Et pourtant, cette demi-vĂ©ritĂ©, les Ă©lus la reçoivent trĂšs mal. DĂ©jĂ , en 2012, quand il avait Ă©noncĂ© des choses semblables dans un rapport remis au gouvernement, Pascal Auzannet avait eu droit « au goudron et aux plumes ». Il l’a rappelĂ© vendredi dernier devant le club VR&T.  MĂȘme bronca cette annĂ©e. Au lendemain du 22 fĂ©vrier, les prĂ©sidents de conseil dĂ©partementaux, de gauche, de droite, et ValĂ©rie PĂ©cresse ont dĂ©noncĂ© dans un communiquĂ© commun un « scandale d’Etat ». Les communiquĂ©s propres Ă  chacun sont moins violents. Mais tous ensemble, les grands Ă©lus sont intenables. Si scandale d’Etat il y a, il n’est pas d’aujourd’hui, oĂč l’on commence Ă  raconter moins de calembredaines. Mais d’hier, quand l’Etat et la rĂ©gion ont tout promis et que tout le monde a fait semblant d’y croire ou s’est pris au jeu. Ils n’ont pas eu tort. On Ă©tait dans une logique performative : Ă©noncer le projet, c’était le rendre irrĂ©versible. Mais on est allĂ© trop loin dans les promesses. D’oĂč la difficultĂ© d’atterrir.

F. D.

 

Décisions et déceptions

Ligne 14 Nord
Saint-Lazare – Mairie-de-Saint-Ouen – Saint-Denis-Pleyel
8 km. 40 000 voyageurs/heure à l’heure de pointe.
Anciennes dates :
Saint-Lazare – Mairie-de-Saint-Ouen : 2019
Mairie-de-Saint-Ouen – Saint-Denis-Pleyel : 2023
Nouvelles dates :
Saint-Lazare – Mairie-de-Saint-Ouen : 2020
Mairie-de-Saint-Ouen – Saint-Denis-Pleyel : 2024

Le prolongement nord de la ligne 14, de Saint-Lazare Ă  Mairie-de-Saint-Ouen (5,8 km), Ă©tait programmĂ© par la RATP, maĂźtre d’ouvrage. IndĂ©pendant du GPE, il est essentiel au dispositif. Ce tronçon Ă©tait rĂ©cemment annoncĂ© pour 2019. Mais, comme l’a rappelĂ© Edouard Philippe, « un peu avant l’étĂ© 2016, la rĂ©alisation des parois moulĂ©es dans le cadre du prolongement de la ligne 14 avait conduit Ă  une entrĂ©e de 30 000 à 40 000 mĂštres cubes d’eau et retardĂ© le chantier d’environ 18 mois ». La RATP a revu les plannings pour rĂ©sorber en partie ce retard, d’ordinaire estimĂ© Ă  environ treize mois. Quoi qu’il en soit, on annonce aujourd’hui le prolongement pour l’étĂ© 2020.

Un retard trĂšs gĂȘnant pour les usagers de la ligne 13, pleine Ă  craquer au nord, qui comptent sur la 14 pour respirer. 1 800 personnes exigeantes viennent de s’ajouter Ă  ces usagers : le conseil rĂ©gional d’Ile-de-France, qui s’installe en ce dĂ©but d’annĂ©e dans son nouveau siĂšge, prĂšs de la station Mairie-de-Saint-Ouen, aujourd’hui desservie par la seule ligne 13. ValĂ©rie PĂ©cresse pendait la crĂ©maillĂšre vendredi 9 mars. Si l’on avait respectĂ© le premier calendrier, on aurait pu se rendre Ă  la fĂȘte par la ligne 14 : le prolongement devait initialement ĂȘtre terminĂ© « à l’horizon 2017 » 

La suite, de Mairie-de-Saint-Ouen Ă  Carrefour-Pleyel (environ 2 km), prĂ©vue par la loi Grand Paris, est du ressort de la SGP. D’un point de vue opĂ©rationnel, cette sĂ©paration de maĂźtres d’ouvrage n’est pas ce qu’il y a de plus efficace. Cette derniĂšre section Ă©tait prĂ©vue en 2023. Cela reste le cas, mĂȘme si elle figure avec le tronc commun de la 16 et 17 dans un ensemble de lignes prĂ©vu pour 2024. A priori, Ă  temps pour les JO.

 

 

Ligne 14 Sud
Olympiades – AĂ©roport-d’Orly
14 km. 300 000 voyageurs/jour
Ancienne date : 2024
Nouvelle date : sans changement

Bien venue pour les jeux Olympiques (pas seulement, heureusement), cette ligne est censĂ©e ĂȘtre terminĂ©e au printemps 2024. Pas de marge. Il y avait donc une extrĂȘme urgence Ă  passer les marchĂ©s de gĂ©nie civil. Or ils ont Ă©tĂ© bloquĂ©s pendant plusieurs mois, le temps que le gouvernement revoie tout le dispositif. Le conseil de surveillance de la SGP, le 13 fĂ©vrier, a adoptĂ© un budget provisoire permettant de notifier les marchĂ©s urgents.
Pour la 14 Sud c’est la RATP qui les passe, la SGP lui ayant confiĂ© la maĂźtrise d’ouvrage. Mais il fallait aussi certaines signatures de la SGP. Bref c’est parti, et les premiers marchĂ©s de gĂ©nie civil ont Ă©tĂ© passĂ©s par la RATP.
Lot 1 à Léon Grosse/Solétanche Bachy.
Lot 2 Ă  Dodin Campenon Bernard/ Vinci Construction France /Vinci Construction Grands Projets/Spie Batignolles PPCI/Spie Fondations/ Botte Fondations.
Lot 3 et 4 non encore attribués.
La RATP en fait Ă©tat dans un communiquĂ© du 8 mars et se fixe pour objectif de faire de la ligne 14 « un axe essentiel pour les jeux Olympiques et Paralympiques de Paris en 2024 ». ConformĂ©ment au calendrier officiel inchangĂ© mais peu vraisemblable.

 

Ligne 15 Sud
Pont-de-SĂšvres – Noisy-Champs
33 km. 300 000 voyageurs/jour
Ancienne date : 2022
Nouvelle date : 2024


C’était un secret de Polichinelle. La 15 Sud, techniquement, ne pouvait pas ĂȘtre prĂȘte en 2022. La SGP a maintenu jusqu’au bout la fiction. Le Premier ministre a fait de cette ligne l’exemple de ce qu’il voulait Ă©viter : « en 2014, elle Ă©tait annoncĂ©e pour 2020, un an plus tard elle a Ă©tĂ© dĂ©calĂ©e en 2022 et [
] elle n’arrivera pas avant 2024, ça n’est pas admissible, je pense qu’il eĂ»t Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rable de prendre dĂšs le dĂ©but les marges raisonnables. » Il serait bien venu de le faire aujourd’hui aussi. Certes, le Premier ministre n’annonce 2024 qu’avec la plus grande prudence. Des professionnels affirment plus directement : avant 2025, ce n’est pas tenable. Mais le Val-de-Marne s’en sort plutĂŽt bien. Il y aura des retards dans l’exĂ©cution des travaux, et les riverains vont en pĂątir, mais au moins tout est enclenchĂ©. Pour la ligne 15 Sud, ou pour le prolongement sud de la ligne 14. Pas surprenant. Le dĂ©partement, dĂšs l’origine, a remarquablement travaillĂ© le sujet. Et fait dans le cadre de l’association Orbival l’unitĂ© entre la droite et les communistes, entre Jacques J.-P. Martin et Christian Favier, pour porter un projet qui a toujours Ă©tĂ© prĂ©sent dans les nombreux avatars du mĂ©tro du Grand Paris.

 

Ligne 15 Ouest
Pont-de-SĂšvres – Saint-Denis-Pleyel
20 km. 600 000 voyageurs/jour
Anciennes dates :
Pont-de-SĂšvres – Nanterre : 2025
Nanterre – Saint Denis-Pleyel : 2027
Nouvelle date :
2030 (on n’annonce plus de phasage)

Cinq ans dans la vue, c’est beaucoup pour un chantier qui n’a pas commencĂ©. Les raisons de financement et de lissage selon les capacitĂ©s industrielles sont sans doute fondamentales. Elisabeth Borne parle de « complexitĂ©s inĂ©dites » des futurs travaux. C’est vague. Mais elle donne un exemple : « La construction d’une gare sous le quartier de La DĂ©fense. » PrĂ©vue sous les quelques milliers de tonnes de bĂ©ton du centre commercial des Quatre-Temps dont il va falloir reprendre les fondations, cette gare est trĂšs compliquĂ©e Ă  rĂ©aliser. Selon un professionnel, elle l’est plus encore que celle d’Eole qui nĂ©cessite la reprise, aujourd’hui en cours, des fondations des bĂątiments abritĂ©s par le voile de bĂ©ton du Cnit.

Les usagers de l’AUT IDF regrettent vivement le report de la 15 Ouest. Pour deux raisons. La premiĂšre vaut aussi pour la 15 Est : boucler la boucle de la 15 est ce qui permet le mieux de dĂ©saturer l’ensemble du mĂ©tro parisien. C’était d’ailleurs l’un des objectifs du projet MĂ©trophĂ©rique de la RATP dont, Ă  l’issue d’une histoire compliquĂ©e, la ligne 15 reprend pour l’essentiel le tracĂ©. DeuxiĂšme raison, c’est Ă  l’ouest que les besoins sont le plus importants. 600 000 voyageurs/jour attendus : c’est deux fois plus que la 15 Sud. La 15 Ouest passe par la DĂ©fense. Quand on a dit ça, vu la structure de l’emploi en Ile-de-France, on a Ă  peu prĂšs tout dit.

 

Ligne 15 Est
Saint-Denis-Pleyel – Champigny-Centre
23 km. 300 000 voyageurs/jour
Anciennes dates :
Saint-Denis-Pleyel – Rosny-Bois-Perrier : 2025
Rosny-Bois-Perrier – Noisy-Centre : 2027
Nouvelle date : 2030 (on n’annonce plus de phasage)

MĂȘme retard Ă  l’est qu’à l’ouest. Elisabeth Borne parle de « risques gĂ©ologiques particuliers dans la plaine centrale de Seine-Saint-Denis ». Ce retard n’a pas la mĂȘme incidence qu’à l’ouest. Il ne s’agit pas, avec cette branche, de rĂ©pondre Ă  une trĂšs forte demande de transport, mais de permettre Ă  la Seine-Saint-Denis d’ĂȘtre mieux reliĂ©e aux bassins d’emploi. TrĂšs important mais, en termes d’offre. Le dĂ©partement dĂ©plore donc le retard. Rappelons que cette ligne, grosso modo projetĂ©e par le rĂ©seau MĂ©trophĂ©rique de la RATP, n’avait pas Ă©tĂ© retenue par Christian Blanc, et n’avait mĂȘme pas Ă©tĂ© esquissĂ©e par le projet Arc Express du Conseil rĂ©gional. Et n’avait pas Ă©tĂ© portĂ©e par le conseil dĂ©partemental alors communiste. Le PC craignait, avec le mĂ©tro et la relation directe avec la DĂ©fense, un bouleversement sociologique du dĂ©partement
 que souhaitait au contraire Claude Bartolone, devenu en 2008 prĂ©sident de la Seine-Saint-Denis. La ligne, ajoutĂ©e grĂące Ă  l’accord Etat-rĂ©gion de 2011, est dessinĂ©e dans la foulĂ©e. Pas tout Ă  fait le mĂȘme poids que la 15 Sud historiquement portĂ©e par le Val-de-Marne.

 

 

 

Ligne 16
Saint-Denis-Pleyel – Clichy-Montfermeil – Noisy-Champs
29 km (y compris le tronc commun avec la 17 d’environ 5 km). 200 000 voyageurs/jour
Ancienne date : 2024
Nouvelles dates :
Saint-Denis-Pleyel – Clichy-Montfermeil : 2024
Clichy-Montfermeil – Noisy-Champs : 2030

« Si l’arrivĂ©e de la gare Ă  Clichy-Montfermeil a Ă©tĂ© bien Ă©tĂ© confirmĂ©e pour 2024, quid du reste de la ligne ? Phaser la ligne 16 et ne pas la relier Ă  la 15 Sud serait un vĂ©ritable non-sens en termes d’exploitation et financiers », dit StĂ©phane Troussel.
Officiellement, il n’est pas question de ne pas aller au bout. Mais on fait Ă©tape Ă  Clichy-Montfermeil. En 2024, ce qui est trĂšs ambitieux. Mais politiquement, on ne peut pas dire le contraire. La desserte de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil, c’est un marqueur fort du projet de mĂ©tro du Grand Paris, depuis Nicolas Sarkozy et Christian Blanc jusqu’à Emmanuel Macron. Le prĂ©sident de la RĂ©publique, Ă  Clichy-sous-Bois le 13 novembre dernier, a lui-mĂȘme confirmĂ© l’objectif 2024. On peut penser que la rĂ©alitĂ© des travaux en dĂ©cidera autrement. Il faudra dĂ©jĂ , en partant vers l’est depuis la gare Saint-Denis-Pleyel, pousser assez vite au-delĂ  du tronc commun de la 16 et de la 17, quasiment jusqu’à Aulnay, pour rejoindre le centre de maintenance du matĂ©riel, sans lequel ni la 16 ni la 17 ne pourraient fonctionner
 En tout cas la 16 est bel et bien partie. Un Ă©norme lot de gĂ©nie civil de 1,7 milliard, a Ă©tĂ© attribuĂ© en fĂ©vrier par la SGP Ă  un groupement de gĂ©nie civil emmenĂ© par Eiffage.
Ligne 17
Saint-Denis-Pleyel – Le Mesnil-Amelot
20 km (sans compter le tronc commun avec la 16 de 5 km ni le tronçon de la seule 17 desservant Le Bourget). 130 000 à 160 000 voyageurs/jour
Anciennes dates :
jusqu’à CDG : 2024
CDG – Mesnil-Amelot : 2030
Nouvelles dates :
Saint-Denis-Pleyel – Le Bourget-AĂ©roport (sous rĂ©serve) : 2024
Le Bourget-AĂ©roport (ou dĂ©branchement du tronc commun) – Triangle-de-Gonesse : 2027
Triangle-de-Gonesse – Le Mesnil-Amelot : 2030


Pour StĂ©phane Troussel, « bien que la desserte des sites olympiques soit en grande partie confirmĂ©e, elle ne l’est pas en totalitĂ©. Or, ne pas rĂ©aliser la gare du Bourget-AĂ©roport pour les Jeux revient Ă  tuer le village des MĂ©dias et l’opportunitĂ© d’urbaniser un quartier aujourd’hui trop routier. Cette desserte n’est pas une option technique, c’est une nĂ©cessité ». Sur la carte du gouvernement, la desserte de l’aĂ©roport du Bourget est prĂ©vue pour 2024. Mais en pointillĂ©s. Car on saura bientĂŽt, dit Elisabeth Borne, « s’il est techniquement possible de desservir la gare du Bourget-AĂ©roport pour les jeux Olympiques, les sites du Village MĂ©dias et du centre principal des mĂ©dias Ă©tant situĂ©s Ă  proximité ». Et « si tel n’est pas le cas ces sites seront desservis par un systĂšme de navettes ». Avancer l’hypothĂšse, n’est-ce pas dĂ©jĂ  la retenir ?

Au-delĂ  de l’aĂ©roport du Bourget, la ligne 17 doit aller jusqu’au triangle de Gonesse. ArrivĂ©e maintenant prĂ©vue en 2027 au lieu de 2024. Protestation de Marie-Christine Cavecchi qui regrette que la seule gare du Grand Paris situĂ©e dans le dĂ©partement du Val-d’Oise, qu’elle prĂ©side, prenne trois ans dans la vue. De son cĂŽtĂ©, l’urbanisation du Triangle de Gonesse joue de malheur. Le 6 mars, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par des associations de dĂ©fense de l’environnement, a annulĂ© l’arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral crĂ©ant la Zone d’amĂ©nagement concertĂ©e (ZAC), indispensable Ă  la crĂ©ation du complexe de commerces et de loisirs Europacity, de 800 000 mÂČ de bureaux ou de la gare du Grand Paris Express. L’urbanisation du Triangle et le mĂ©tro vont de pair, chacun justifie l’autre et les deux vont mal.

Au-delĂ  de Gonesse, Roissy est promis en 2030 et non plus en 2024. La Seine-Saint-Denis dĂ©plore « une mauvaise nouvelle pour le territoire. Cette ligne permet de rĂ©pondre aux besoins de desserte locale du bassin d’emplois de Roissy ». Un argument que contestent certains spĂ©cialistes du transport, pour qui ce bassin d’emplois Ă©tant vaste et dispersĂ©, la solution mĂ©tro n’est pas la plus adaptĂ©e. Pour sa part, du fait du faible trafic attendu, la Fnaut juge « incomprĂ©hensible le maintien de l’intĂ©gralité » de la ligne 17.

Quant Ă  la desserte de l’aĂ©roport, il y a bien une solution de rechange (mais coĂ»teuse pour l’usager), qui, comme la ligne 17, figure dans le dossier de candidature de la France aux JO : le CDG Express. Pas sĂ»r non plus que cette promesse soit honorĂ©e.

 

Ligne 18
AĂ©roport-d’Orly – Versailles-Chantiers
35 km. 100 000 voyageurs/jour
Anciennes dates :
jusqu’au CEA-Saint-Aubin : 2024
CEA-Saint-Aubin – Versailles : 2030
Nouvelles dates :
jusqu’au CEA Saint-Aubin : 2027
CEA-Saint-Aubin – Versailles : sans changement


C’est le sujet le plus dĂ©licat. Ailleurs, les territoires se sont appropriĂ© le projet et peuvent se batte pour l’avoir, plus ou moins tĂŽt, plus ou moins tard. Pour la 18, ce n’est pas le cas. Il n’y a pas d’unitĂ© dans le territoire. DĂ©jĂ , l’accord « historique » du 26 janvier 2011 soulignait que la ligne faisait l’objet d’un dĂ©saccord, l’Etat voulant un mĂ©tro, le conseil rĂ©gional, sous la pression trĂšs forte des Ă©cologistes, demandant un BHNS. Les oppositions sont toujours lĂ . Et localement fortes. Un jour un collectif de chercheurs demande le mĂ©tro comme promis, un autre, le lendemain, met en cause sa lĂ©gitimitĂ©. Et, quand bien mĂȘme mĂ©tro il y devrait y avoir, le gabarit retenu – celui du mĂ©tro parisien – ne convainc pas tout le monde. Ni, le choix de passer sous les champs, etc. Des dĂ©fenseurs de l’environnement contestent avec de sĂ©rieux arguments le projet. Les grands Ă©lus tiennent. A commencer par la prĂ©sidente de la rĂ©gion, Ă©lue des Yvelines et ancienne ministre de l’Enseignement supĂ©rieur et de la Recherche, trĂšs attentive au dĂ©veloppement du territoire de Saclay. Selon elle « sur le plateau, la colĂšre gronde ».
A l’issue d’une rĂ©union de travail avec le prĂ©fet de rĂ©gion, ValĂ©rie PĂ©cresse et François Durovray (prĂ©sident du conseil dĂ©partemental de l’Essonne) ont rappelĂ© qu’à leurs yeux « s’il est indispensable d’accompagner le dĂ©veloppement du plateau par des solutions de desserte locale de type bus, il est illusoire d’imaginer que cela suffirait Ă  remplacer un mĂ©tro, seul Ă  mĂȘme d’assurer une desserte efficace depuis Paris et le dĂ©veloppement de ce grand pĂŽle ». Ils demandent au gouvernement d’utiliser « des pistes d’optimisation possible pour une mise en service anticipĂ©e de la ligne ».
GrĂ©goire de Lasteyrie, maire de Palaiseau, et prĂ©sident de l’Union des Ă©lus pour la ligne 18, « demande un rĂ©troplanning opĂ©rationnel prĂ©cis de la rĂ©alisation de la ligne 18 ». Et veut revoir le projet d’amĂ©nagement du plateau : « Il n’est pas possible de poursuivre l’urbanisation du plateau de Saclay au mĂȘme rythme aprĂšs le report de la ligne 18. »
On dit le ministĂšre des Transports opposĂ© Ă  une ligne que le trafic escomptĂ© ne justifie pas. Un tramway ? Mais la loi Grand Paris indique un mĂ©tro. En reviendra-t-on Ă  une piste avancĂ©e en son temps par Pascal Auzannet, le prolongement d’Orlyval ? Ou Ă  la solution cousine, celle d’un Val en PPP, esquissĂ©e par la RATP, du temps de Pierre Mongin, avec Bouygues et Siemens ? Keolis, aussi l’an dernier, avait invitĂ© Ă  revoir cette ligne, ainsi que d’autres, en ayant plus largement recours au viaduc. Politiquement, techniquement, la ligne 18 n’est toujours pas bien calĂ©e.

 

Sept mots-clés

Dépassement
Passer de 25 Ă  35 milliards d’euros (Ă  la louche) c’est ce qui a fait bondir le gouvernement et a valu Ă  la SGP de se faire Ă©triller par la Cour des comptes. Cela dit, comme le fait remarquer Bertrand Lemoine, ancien directeur gĂ©nĂ©ral de l’Atelier international du Grand Paris, lors de la derniĂšre sĂ©ance du Club VR&T, des dĂ©passements de cet ordre sont monnaie courante. En se fondant sur les travaux d’un chercheur danois qui a examinĂ© 85 grands projets dans le monde, Bertrand Lemoine rappelle qu’en moyenne, pour un coĂ»t estimĂ© Ă  1, on arrive Ă  1,45. Ce n’est pas une raison pour s’en satisfaire, mais la sous-estimation des coĂ»ts, comme la surestimation des retombĂ©es Ă©conomiques ou de la vitesse de rĂ©alisation font partie du jeu. Et permettent de se lancer un projet qui sinon ne sortirait pas
 Le problĂšme avec le Grand Paris, c’est qu’on est passĂ© de 1 Ă  1,3 avant que les travaux aient vraiment commencĂ©.

Economies
Le Premier ministre souhaite que l’on parvienne Ă  une Ă©conomie d’environ 10 % par rapport aux estimations actuelles. Pas facile, car tout n’a pas Ă©tĂ© compris dans le devis. Il a citĂ© quatre gares dont les travaux d’interconnexion n’ont pas Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s. S’il doit encore gonfler, comment dans l’autre sens le faire baisser ?
Il y a une piste qu’évoque volontiers ValĂ©rie PĂ©cresse : renoncer aux gares cathĂ©drales. Politiquement difficile depuis qu’on a fait rĂȘver les maires avec de somptueuses maquettes. Cela peut-il rapporter beaucoup ? Grosso modo, les gares reprĂ©sentent le tiers du coĂ»t du gĂ©nie civil. Et, sur ce tiers, l’émergence ne reprĂ©sente qu’environ 15 %. La partie Ă©mergĂ©e de l’iceberg. Le gros de la masse et des coĂ»ts est ailleurs : la « boĂźte de la gare », les quais et les sorties avec leurs escalators, sorties coĂ»teuses, puisqu’on est en profondeur
 Sur ces sujets, la grosse Ă©conomie a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© faite Ă  la suite du rapport Auzannet et du choix de rames courtes et donc de quais courts pour les lignes 16 et 17.
Reste que le coĂ»t des gares a Ă©tĂ© gonflĂ© par le choix qu’a fait la SGP de ne pas les standardiser, en privilĂ©giant paradoxalement une esthĂ©tique municipale plutĂŽt que mĂ©tropolitaine. Leur entretien en sera rendu plus coĂ»teux. Un bon connaisseur de la ligne 14 invite Ă  se mĂ©fier des « moutons Ă  cinq pattes ». Changer un carreau de la belle « lentille », station Saint-Lazare, coĂ»te 4 000 euros (chiffre dont nous avons demandĂ© la confirmation Ă  la RATP sans avoir jusqu’Ă  prĂ©sent de rĂ©ponse).
Reste d’autres pistes d’économies. Augmenter la part des lignes construites en viaduc, qui est d’aujourd’hui 10 % du total. C’est ce qu’a proposĂ© Keolis pour les lignes 16, 17 et 18 dans une contribution sur l’optimisation des coĂ»ts du Grand Paris Express. On pourrait faire sur les tronçons concernĂ©s une Ă©conomie d’environ 30 Ă  40 % en gĂ©nie civil.

Effectifs
Le Premier ministre a confirmĂ© ce qu’il avait dĂ©jĂ  dit. L’effectif de la SGP est aujourd’hui plafonnĂ© Ă  200 personnes. Il faut plus de monde pour qu’elle puisse pleinement jouer son rĂŽle de maĂźtre d’ouvrage. C’est un point sur lequel insistent particuliĂšrement Christian Favier, le prĂ©sident communiste du Val-de-Marne, ou Jacques Baudrier, conseiller PC de Paris et grand connaisseur du dossier. Des communistes qui veulent qu’une sociĂ©tĂ© publique recrute c’est dans l’ordre des choses. Mais il s’agit en l’occurrence de recruter pour mieux gĂ©rer. DĂ©penser des millions d’euros en salaires, pour Ă©viter d’en payer des centaines auprĂšs d’entreprises trop peu contrĂŽlĂ©es. Faire en sorte que la volontĂ© d’économiser ne conduise pas Ă  dĂ©grader le projet : en supprimant des sorties de mĂ©tro moins nombreuses ou en renonçant Ă  des interconnexions.

Financement
On ne prĂ©sente plus Gilles Carrez qui, sans surprise, a Ă©tĂ© chargĂ© par le gouvernement de prĂ©voir le nouveau financement. On pensait que le 22 fĂ©vrier, le Premier ministre prĂ©senterait, avec le calendrier, une solution pour le financement des surcoĂ»ts. Ce n’a pas Ă©tĂ© le cas. Mais le dĂ©putĂ© LR chargĂ© du dossier ne semble pas inquiet. La solution de recettes affectĂ©es perçues en Ile-de-France lui semble toujours la bonne. En fait, la seule. Impossible de faire payer des travaux que l’on dit pharaoniques Ă  l’ensemble du pays. Trop risquĂ© de s’en remettre Ă  l’annualitĂ© budgĂ©taire. Quant aux promesses de l’Etat, on sait ce qu’elles valent : l’Etat devait apporter 4 milliards, puis a dit qu’il n’en donnerait qu’un et finalement n’a rien versĂ©. On devrait donc garder la solution des taxes franciliennes affectĂ©es et ajouter quelque 200 millions aux 550 millions aujourd’hui perçus. Mais sur qui vont-elles peser, selon quel dosage  ? Les personnes ? Les mÂČ de bureaux ? Les nuitĂ©es des hĂŽtels ?

Gouvernance
Philippe Yvin, prĂ©sident du directoire de la SGP depuis quatre ans (dĂ©cret du 20 fĂ©vrier 2014) va ĂȘtre remplacĂ©. A l’heure oĂč nous Ă©crivons, le nom de son successeur n’est pas connu. En tout cas, pas de nous, mĂȘme si quelques noms nous parviennent. La dĂ©cision ne devrait pas ĂȘtre prise avant le prochain conseil de surveillance de la SGP, le 22 mars. Mais la gouvernance ne se rĂ©sume pas au nom du prĂ©sident du directoire. Avoir un conseil de surveillance oĂč siĂšgent, de droit, les prĂ©sidents de conseil dĂ©partementaux et la prĂ©sidente du conseil rĂ©gional, tous chauds partisans du projet, est-ce la meilleure idĂ©e ? La Cour des comptes en doute : « La composition du Conseil de surveillance qui avait rĂ©pondu Ă  l’objectif initial de parvenir Ă  Ă©laborer un projet consensuel Ă  l’égard des grands Ă©lus d’Ile-de-France, tout en garantissant la majoritĂ© aux reprĂ©sentants de l’Etat, ne lui apporte pas l’expertise nĂ©cessaire sur les sujets techniques et financiers. »
Oublis
Les travaux d’intermodalitĂ© de quatre gares n’ont pas Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s. Sur les quatre, trois n’ont pas Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es. C’est le Premier ministre qui le dit, sans donner la liste de ces gares. Il s’agit de Bry-Villiers-Champigny, de la correspondance de Saint-Denis-Pleyel avec la ligne H, de Verts-de-Maisons et de Bois-Colombes. Seule cette derniĂšre a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e. Cette carence, c’est ce qu’il reste d’une ignorance gĂ©nĂ©rale des coĂ»ts d’intermodalitĂ©, dĂ©noncĂ©e par l’exĂ©cutif rĂ©gional du temps de Jean-Paul Huchon, et particuliĂšrement par Pierre Serne. Ce qui avait permis de sous-estimer la facture.
Prolongement
On ne parle pas du prolongement de la ligne 11 de Rosny-Bois-Perrier Ă  Noisy-Champs. Les pointillĂ©s qui la font aujourd’hui figurer sur les cartes semblent lui promettre les calendes grecques. Cette ancienne branche d’une provisoire ligne orange a Ă©tĂ© retirĂ©e de l’enveloppe SGP pour devenir le prolongement d’une ligne de mĂ©tro RATP. Une façon qu’avait trouvĂ©e la RATP de renforcer sa prĂ©sence dans le jeu, et de se consoler d’avoir Ă©tĂ© privĂ©e d’une ligne 14 prolongĂ©e jusqu’à Roissy. Une ligne prolongĂ©e, c’est de l’exploitation assurĂ©e sans appel d’offres, au moins jusqu’en 2039. Un premier prolongement de la 11, jusqu’à Rosny-Bois-Perrier, est en cours. La RATP est censĂ©e automatiser la ligne, Ă  l’occasion du prolongement suivant. Une Ă©tape qu’on dit socialement dĂ©licate. Les nĂ©gociations ne sont pas prĂšs de s’ouvrir.