Votre panier est actuellement vide !
Auteur/autrice : admin_lvdr
RATP Dev renouvelé à Austin
La filiale de RATP Dev, McDonald Transit Associates, a vu son contrat renouvelé à Austin (Texas). Capital Metropolitan Transportation Authority lui confie l’exploitation des bus et la maintenance de son réseau de transport urbain pour une durée supplémentaire de quatre ans. « Avec un chiffre d’affaires de quelque 65 millions d’euros par an, il s’agit de l’un des plus importants contrats de transport public urbain par bus aux Etats-Unis », selon RATP Dev.

« Le centre que nous créons à Toulouse est destiné à servir le marché mondial »
Entretien avec Eric Cazeaux, directeur de la Division Mobility de Siemens France et CEO de l’activité Val.
Eric Cazeaux explique la réorganisation des sites des activités métros de Siemens, le choix
de Toulouse comme siège mondial du Val et les perspectives de développement
de la filiale du groupe international. Ville, Rail & Transports. Comment s'explique la réorganisation des sites de vos activités métros ?
Eric Cazeaux. Nous regroupons toute notre activité concernant les métros automatiques légers de la gamme Val, Cityval et Airval sur un seul site à Toulouse alors qu’aujourd’hui, celle-ci est répartie entre Roubaix, Colomiers et Châtillon. Toutes les équipes matériel roulant, maintenance et services, la recherche & développement, l’ingénierie et la direction de projets seront rassemblées au sein de ce siège à vocation mondiale.
L’activité sur les automatismes de métro, qui occupe la grande majorité des équipes actuelles de Châtillon, va rester à Châtillon, proche de nos clients clés que sont la SNCF et la RATP, et très tournée vers l’international. C’est le centre de compétences mondial de Siemens pour les automatismes de métro.VR&T. Pourquoi avoir choisi Toulouse pour installer votre centre mondial des métros automatiques légers ?
E. C. Il y a plusieurs raisons à ça. D’abord, comme nous concevons et réalisons des systèmes clés en main, nous avons besoin de compétences proches de celles qu’on trouve dans les systèmes aéronautiques et les systèmes embarqués en général. A Toulouse, il existe un terreau d’écoles d’ingénieur et d’universités qui produisent tous les ans des collaborateurs remarquables dans ce domaine. Ensuite, les PME associées à cet écosystème sont très bien adaptées à nos besoins. L’aéronautique et le spatial ont des problématiques qui ressemblent aux nôtres, avec des petites séries, des durées de vie très longues, des niveaux de disponibilité et de sécurité extrêmement élevés. Confronté à des problèmes similaires aux nôtres, le tissu de PME toulousain a développé des savoir-faire qui nous sont très utiles. D’ailleurs, nous travaillons déjà avec des PME toulousaines comme Nexter ou Actia et avons des consultations en cours avec d’autres.
La troisième raison est que la métropole toulousaine est en forte croissance depuis plus de 20 ans et confrontée à des défis en matière de transports publics qu’on souhaite relever avec eux, dans une démarche de partenariat. Nous y avons construit deux lignes de métro qu’il va falloir développer pour les adapter à l’augmentation de leur fréquentation. Au-delà du métro, Toulouse va avoir besoin d’électrifier ses bus, de gérer sa multimodalité, des domaines pour lesquels nous disposons de compétences significatives. La perspective de réaliser une troisième ligne de métro à Toulouse est attractive, mais ce n’est pas cela qui a motivé notre mouvement.VR&T. Cette rationalisation des sites est-elle dictée par un faible niveau de commandes en France ?
E. C. Non, ce n’est pas la motivation. Nous connaissons des pics et des creux de charge. Mais aujourd’hui, nous avons passé le creux lié à la faiblesse des commandes des trois à quatre années précédentes. En dehors de Rennes (construction de la deuxième ligne) et de Toulouse (allongement des stations de la ligne A), nous espérons bien pouvoir concourir sur la ligne 18 du Grand Paris avec notre nouveau système Cityval.
Nos bureaux toulousains ont ouvert avec une cinquantaine de personnes. Nous monterons progressivement à une centaine puis à 150 d’ici un an, avec des recrutements. Le site est conçu pour accueillir jusqu’à 200 personnes.
Ce centre que nous créons à Toulouse est destiné à servir le marché mondial qui commence à repartir. Il existe des opportunités dans de grands aéroports comme Los Angeles, Hongkong, Dubaï ou Francfort (projet pour lequel la préqualification est en cours). Des opportunités très importantes de développement de lignes urbaines peuvent également voir le jour en Chine. Dans les dix à quinze prochaines années, les grandes métropoles chinoises vont construire plusieurs centaines de kilomètres de métros légers sur pneus pour densifier leur maillage de transports urbains.Propos recueillis par
Catherine Sanson Stern

« Il y a de moins en moins d’entreprises ferroviaires privées et indépendantes »
Entretien avec Julia Lamb, secrétaire générale de l’Erfa
La secrétaire générale de l’Erfa, l’association européenne qui représente les « nouveaux entrants », concurrents des opérateurs ferroviaires historiques, revient sur l’accord conclu par les ministres européens des Transports sur le quatrième paquet ferroviaire, le 8 octobre. « Une occasion ratée », dit-elle, de renforcer la concurrence sur les marchés nationaux. VR&T. Comment jugez-vous l’accord sur le quatrième paquet ferroviaire ?
Julia Lamb. Soyons clairs, l’accord n’a pas été rédigé en prenant en compte l’intérêt des nouveaux entrants, ni d’ailleurs celui du client. Du point de vue de l’Erfa, c’est une occasion ratée. L’accord qui a été trouvé par le Conseil sert uniquement à protéger les opérateurs historiques et le monopole qu’ils exercent, sans penser à améliorer la qualité de l’offre. Or, il est évident pour nous que des réformes importantes sont nécessaires pour améliorer l’offre des services ferroviaires et permettre un sursaut du secteur. On le dit toujours : la concurrence la plus importante ne vient pas du secteur ferroviaire lui-même mais des autres moyens de transport, qui savent beaucoup mieux s’adapter aux exigences des usagers. Dans le texte adopté par le Conseil, on ne parle jamais de l’intérêt du passager ou du client du fret ferroviaire. En quoi vont-ils bénéficier des subventions croisées ? En quoi vont-ils bénéficier d’un gestionnaire d’infrastructure qui n’a pas les fonctions requises pour améliorer la qualité du service ? Ce sont autant de conséquences de l’accord. Pour nous, la position du Conseil est très décevante. Et c’est surtout vrai sur un point clé comme la transparence financière puisque le Conseil permet ces circuits financiers à l’intérieur d’une structure intégrée. Or, le message que l’on reçoit des régulateurs, c’est qu’à partir du moment où l’on permet cela, il est impossible pour eux de vérifier comment sont dépensés ces flux financiers.VR&T. Le fait que la SNCF redevienne une structure intégrée, c’est donc un problème du point de vue de la concurrence ?
J. L. Ce que nos membres n’apprécient pas avec ces structures intégrées, c’est le fait qu’il y ait trop de marges de manœuvre pour, justement, favoriser l’opérateur historique. Il y a eu beaucoup de cas de discriminations liées à ce genre de structures, qui ont pour résultat de diminuer la qualité du service proposé par les entreprises ferroviaires indépendantes ou privées. Bien sûr, la législation européenne vise à instaurer des règles de séparation bien strictes, mais comme on le voit avec l’accord au Conseil, toutes ces règles ont plus ou moins été vidées de leur contenu. La situation, aujourd’hui, n’est vraiment pas très prometteuse pour le ferroviaire et cet accord ne permettra pas de l’améliorer. En 2007, au moment de l’ouverture du marché ferroviaire, il y avait beaucoup d’entreprises ferroviaires indépendantes et privées. En 2015, il y en a de moins en moins : soit elles ont été rachetées par les groupes, soit elles n’ont pas résisté à la concurrence déloyale qu’ont pu mener les opérateurs historiques, notamment grâce aux subventions croisées au sein des structures intégrées.VR&T. La France plaide pour un meilleur accès au matériel roulant, un point « oublié » par le Conseil. Est-ce vraiment un frein à la concurrence ?
J. L. Oui, c’est une barrière importante à l’arrivée de nouveaux entrants. Ce qui est évident, c’est que certains opérateurs historiques empêchent l’accès à un matériel roulant qu’ils n’utilisent pas, tout simplement pour empêcher les concurrents d’y avoir accès. Les nouveaux entrants sont alors obligés d’acheter neuf, ce qui rend l’accès au marché bien plus difficile, sinon impossible. On voit cela dans le marché du fret et du passager. La France veut y revenir durant les trilogues : ça nous convient parfaitement.
Propos recueillis
par Isabelle SMETS
Ixxi crée une filiale à Bordeaux
p { margin-bottom: 0.25cm; direction: ltr; color: rgb(0, 0, 10); line-height: 120%; text-align: left; orphans: 2; widows: 2; }p.western { font-family: « Times New Roman »,serif; font-size: 12pt; }p.cjk { font-family: « Times New Roman »; font-size: 12pt; }p.ctl { font-family: « Times New Roman »; font-size: 12pt; }a:link { }
Dès le 1er trimestre 2016, Ixxi, la filiale de la RATP spécialisée dans la billettique, l'info-voyageurs et les SAE, disposera d'une base régionale à Bordeaux, qui regroupera l’ensemble des activités de développements informatiques de l’entreprise. L’objectif est de créer au moins 50 emplois et 100 dans les deux ans. « Bordeaux possède un environnement local propice aux nouvelles technologies », juge-t-on chez Ixxi. En 2014, la ville a reçu le label French Tech, pour son écosystème de start-up. Dans le cadre de son plan moyen terme – qui prévoit entre 80 et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2020 – Ixxi développe sa croissance externe, en synergie avec les objectifs de sa maison-mère qui pour sa part investira 30 millions d’euros sur deux ans dans le numérique. « Cela va permettre à Ixxi d’investir tant dans le développement de ses produits liés à la billettique et à l’information voyageurs, que dans l’acquisition de plusieurs entreprises françaises innovantes afin d’asseoir sa légitimité dans le domaine des ITS », conclut le communiqué d'Ixxi.
Bordeaux lance une web radio sur la mobilité
p { margin-bottom: 0.25cm; direction: ltr; color: rgb(0, 0, 10); line-height: 120%; text-align: left; orphans: 2; widows: 2; }p.western { font-family: « Times New Roman »,serif; font-size: 12pt; }p.cjk { font-family: « Times New Roman »; font-size: 12pt; }p.ctl { font-family: « Times New Roman »; font-size: 12pt; }a:link { }
Toutes les 15 minutes, un point sur les conditions de déplacement dans la métropole bordelaise, à la fois en tram et bus et en voiture. C'est la nouveauté du réseau TBC (Keolis) : une web radio dénommée “Fréquence mobilité“ informe les habitants de l'agglo en temps réel, du lundi au vendredi de 7 h à 10 h et de 16 h à 19 h. Les programmes sont également diffusés sur Gold FM qui les reprend sur la bande FM (103.3). Durant les 9 mois d'expérimentation, le contenu sera élaboré par Keolis Bordeaux pour le compte de la métropole. Entre les flash, de l'info locale, un peu de musique… Un concept qui fait furieusement penser à feu la web radio “SNCF la radio“ qui s'est définitivement éteinte cet été…
Un Monsieur Sécurité pour toute la SNCF
Ebranlée par le déraillement du TGV d’essais du 14 novembre, venu s’ajouter à l’accident de Brétigny (2013) et à celui de Denguin (2014), et à de trop nombreux incidents engageant la sécurité, la SNCF réagit. La nomination d’un « Monsieur Sécurité » ayant autorité sur les trois Epic (Epic de Tête, SNCF Réseau et SNCF Mobilités) est imminente et devrait être annoncée une fois que le ministre des Transports, Alain Vidalies, aura reçu, à leur demande, l’ensemble des syndicats sur la sécurité. Les premières rencontres ont eu lieu vendredi et la dernière, avec SUD, devait avoir lieu cette semaine dans la foulée.
Guillaume Pepy avait évoqué jeudi devant les syndicats la mise en place d’un pilotage de la sécurité qui aurait une triple mission dans chacun des trois Epic et serait sous l’autorité directe du directoire de l’entreprise. Une architecture dont il faut d’abord s’assurer qu’elle est compatible avec les exigences de Bruxelles en matière d’indépendance des Epic.
Une première salve de trois mesures avait été parallèlement annoncée jeudi. Le directoire de la SNCF avait alors décidé de recentrer les dirigeants de proximité sur le travail de terrain, de demander aux cadres opérationnels un rapport remontant immédiatement à une autorité nationale sur chaque incident de sécurité, et de faire de la sécurité le seul objectif de performance des dirigeants.
Gilbert Garrel, le secrétaire général de la CGT Cheminots n'a pas directement commenté ces mesures, mais, en sortant de sa réunion avec le ministre, il a rappelé, pour Ville, Rail & Transports : « Après Brétigny, Guillaume Pepy avait déjà assuré qu'il allait "abaisser le centre de gravité", en donnant plus de moyens au niveau de la production. Dans les faits, c'est le contraire qui se met en place. Avec les seuls effectifs disponibles, on pourrait très bien redisposer l'encadrement dans l'entreprise. Or, c'est reparti à l'envers. » Selon le dirigeant syndical, la réunion avec Alain Vidalies a permis d'apprendre au ministre des « choses qu'il ne savait pas : entre mars 2014 et novembre 2015, 7 000 emplois ont disparu au niveau ouvriers/techniciens/employés mais il y a 1 000 cadres en plus. Or, quand on décline le nombre des cadres dans les établissements, on constate que le nombre de cadres a diminué sur le terrain. Au profit donc des directions centrales. »
F. D. et Ch. B.

Claude Bartolone: « Il faut un même maillage sur tout le territoire de la région »
Ville Rail & Transports. A comparer votre programme transports à celui de votre principale concurrente, Valérie Pécresse, la différence ne saute pas aux yeux. Vous dénoncez « des thatchériens avec trente ans de retard », « des candidats du tout-business », en mettant ensemble droite et extrême droite. Mais, en ce qui concerne les transports, on n’a pas l’impression que Valérie Pécresse tombe vraiment sous la coupe d’une telle critique…
Claude Bartolone. Si l’on considère les transports uniquement comme dossier technique, vous avez raison. Mais si vous imaginez comme moi que c’est le début de tout, vous avez tort. On ne peut pas traiter les transports indépendamment d’une réflexion sur la ville et de la volonté absolue d’assurer le vivre ensemble et la mixité. Nous ne voulons pas faire tout ce que nous proposons pour dire aux quartiers populaires, aux plus pauvres ou à la grande banlieue : « Maintenant taisez-vous, vous avez gagné une demi-heure de temps de transport, ne venez pas réclamer la mixité ! »Le transport sans le logement, ce n’est pas suffisant. Sur la base du même réseau de transport, on peut penser deux systèmes de ville totalement différents. C’est pour cela que je ne parle jamais des transports sans évoquer le parcours de vie.
« Sur la base du même réseau de transport, on peut penser deux systèmes de ville totalement différents »
La grande différence entre ce que propose la droite et ce que nous proposons, c’est que pour nous le transport est nécessaire mais n’est pas suffisant.
Je l’ai déjà dit : en mai 68, l’émancipation c’était de dénoncer le métro, boulot, dodo. Aujourd’hui, l’émancipation, c’est d’assurer le métro, boulot, dodo, écolo. Si l’on n’a pas l’intégralité de la formule, le transport peut être comme la langue d’Esope : la meilleure comme la pire des choses.VR&T. Pour améliorer les conditions de transport, vous insistez sur la modernisation de l’infrastructure ferroviaire. Comment la conduisez-vous ?
C. B. Le premier rapport de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, qui date de 2005, nous disait déjà : attention, danger, il y a un vieillissement trop important de l’infrastructure. Quand la droite met ce vieillissement sur le dos de la région, dont ce n’est pas la responsabilité, elle fait une faute technique, pour faire oublier que les décisions n’ont pas été prises par l’Etat entre 2005 et 2012. Le nouveau rapport de l’EPFL sur l’infrastructure en Ile-de-France, qui vient d’être publié, recommande d’investir 800 millions par an pour la rénovation pendant dix ans. L’EPFL a raison, et c’est ce que je demande. Sur le RER C une partie de la caténaire a 80 ans. Quelle est l’entreprise privée qui aurait laissé son patrimoine se dégrader ainsi ? Nous devons réagir. Plus jamais de Brétigny !
Il a fallu la décentralisation du Stif, conjuguée à l’arrivée de la gauche au pouvoir, pour qu’enfin SNCF Réseau et l’Etat accordent une attention plus importante aux infrastructures en Ile-de-France. L’effort doit être accentué. Il dépend d’une somme garantie par SNCF Réseau et l’Etat.« Sur le RER C une partie de la caténaire a 80 ans. Quelle est l’entreprise privée qui aurait laissé son patrimoine se dégrader ainsi ? »
De ce point de vue, je rappelle que l’Ile-de-France représente 2 % du territoire national, 10 % du réseau ferré, et 70 % des voyageurs… Il faudra bien qu’un certain nombre de droits de péages perçus sur le réseau Francilien reviennent au réseau Francilien.
Mais il faut aussi une organisation nouvelle de la part de la SNCF en particulier. Il ne suffit pas d’annoncer des niveaux d’investissement. Il faut dire comment on s’organise, comment on restructure les équipes. Comment on entre réellement dans une programmation de la régénération du réseau qui permette d’obtenir un résultat.VR&T. En mettant ainsi l’accent sur l’existant tout en acceptant le métro du Grand Paris, vous vous placez donc dans la continuité de l’accord Etat-région de 2013 ?
C. B. D’autant plus que j’ai fait beaucoup pour qu’il soit conclu ! Si l’on en était resté au discours de Chaillot du président Sarkozy, le financement aurait consacré le nouveau réseau de métro express, sans porter attention au plan de mobilisation sur le réseau historique. Et il n’y aurait pas eu les interconnexions entre le réseau historique et le nouveau réseau.
Cette interconnexion est nécessaire, et doit permettre que le nouveau réseau n’amplifie pas un « effet splash » sur l’Ile-de-France, c’est-à-dire un déménagement des pauvres de la ville, provoqué par la main invisible du marché. On peut être heureux en vivant en grande couronne. Mais ce n’est pas la même chose si on l’a choisi ou si on l’a subi.VR&T. Ce « déménagement » vers la grande couronne, n’est-ce pas le risque que fait courir le passe Navigo unique, que vous soutenez ?
C. B. Pouvait-on continuer à dire à ceux qui habitent en grande couronne : « Pas de chance ! c’est vous qui avez la moins bonne partie du réseau mais c’est vous qui payez le plus cher ? » Et laisser les Parisiens, qui disposent, malgré des défauts, d’un des meilleurs maillages du monde, payer moins cher que les autres Franciliens ?
Je connais bien et je comprends le débat dont vous faites état, qui a été porté notamment par la Fnaut. Mais refuser le passe unique, c’est en rester à une position défensive. La vraie réponse, c’est une position offensive. C’est la métropolisation régionale. Je me suis battu pour que la métropole du Grand Paris assure la péréquation financière entre collectivités riches et collectivités pauvres et assume la dimension logement. Des élus ne l’ont pas accepté pour des raisons d’égoïsme local. Ces deux éléments, le logement et la péréquation, devront donc être assumés par la région dans les années qui viennent.VR&T. Vous voulez, dites-vous, « changer les trains ». Cela passe-t-il forcément par des acquisitions de matériel neuf ? Bien des rames pourraient être rénovées…
C. B. En ce qui concerne le matériel, il faut déjà tenir compte des coups partis pour les Transilien ou les RER. La livraison des nouveaux trains du RER A sera terminée l’an prochain. Pour les autres RER, je mets en premier la ligne B. Elle représente plus de trafic que l’ensemble des TGV, et elle peut jouer un rôle extraordinairement important dans le dossier des JO 2024. Il faut prendre la décision de renouveler ses trains dès l’année prochaine, sinon, les nouveaux trains rouleront après les JO… Autant l’éviter ! Après le B, il faut équiper le D. Et ensuite, le C. Or, je ne vois pas, si l’on s’en tient aux trains à rénover, comment apporter une réponse à la hauteur, qui ne conforte pas l’idée de deux réseaux de qualité différente : un réseau parisien et un réseau extérieur.« La livraison des nouveaux trains du RER A sera terminée l’an prochain. Pour les autres RER, je mets en premier la ligne B »
De plus, nous ne pouvons pas dire : un, les transports du quotidien sont devenus une priorité partout dans le monde, deux, nous voulons avoir les jeux Olympiques et Paralympiques et l’Exposition universelle… et nous priver d’une vitrine pour l’exportation au niveau mondial. Il faut renforcer notre industrie. Les lignes 14, et 1 sont automatiques, l’automatisation de la 4 est en cours. Pour la ligne 11, c’est parti, parce que je me suis fâché : l’automatisation, c’est tout de suite, sans attendre que la ligne aille jusqu’à Rosny-sous-Bois. Je veux aussi qu’on commence les études pour la ligne 13. Si, de plus, on demande qu’il y ait tout de suite, sur le RER et les Transilien, une automatisation en conduite accompagnée, on donne naissance à un marché français. L’automatisation et la signalisation vont être des éléments importants du savoir-faire des transports.
VR&T. Vous parlez des RER B, C et D, pas du RER E ? Ce n’est pas une priorité ?
C. B. Bien sûr que si ! Je vois très bien ce que peut représenter Eole pour l’ouest de la région. Mais je considère que c’est un coup parti.VR&T. Un coup parti… mais toujours pas financé !
C. B. Avec l’idée, présentée par le préfet de région, d’étaler le financement sur deux contrats de plan tout en disant à Paris : « vous tenez à la gare de la porte Maillot, c’est votre gare, faites un effort », c’est possible. J’en ai discuté avec Anne Hidalgo.
Je profite de la question pour préciser que je ne veux pas l’automatisation sur le seul tronçon central. L’augmentation de capacité et la régularité, cela se conjugue avec l’automatisation. Il ne faut pas faire des économies de bouts de chandelle. Vous vous imaginez : c’est régulier sur la zone centrale et dès qu’on passe en dehors ça ne l’est plus…VR&T. L’automatisation améliore la régularité, mais cela ne suffit pas et ne va pas venir tout de suite…
C. B. J’ai un débat avec les transporteurs. Je veux bien accepter que 50 % des dysfonctionnements soient de leur fait, et 50 % dus aux pratiques« Aujourd’hui, dans leur chiffre d’affaires, la ponctualité relève d’une rigolade : 0,4 %. Les associations d’usagers le disent : il faudrait monter à 5 %… »
diverses des usagers, du colis piégé au signal d’alarme. Mais, si je veux les amener à améliorer leur ponctualité, il faut que je les conduise à respecter leurs objectifs. Aujourd’hui, dans leur chiffre d’affaires, la ponctualité relève d’une rigolade : 0,4 %. Les associations d’usagers le disent : il faudrait monter à 5 %… Je les soutiens, et cela fera progresser les transporteurs.
VR&T. Vous faites du transport de nuit une priorité. Pourquoi ?
C. B. Nous sommes dans une des capitales qui vit le plus la nuit, avec des plateformes fonctionnant 24 heures sur 24 comme les aéroports, qui sont mal desservies. La carte du Noctilien date d’il y a dix ans… J’ai obtenu dans le cadre des contrats qui viennent d’être signés entre le Stif et les opérateurs qu’il y ait une clause de revoyure, alors qu’un simple point d’étape était prévu. Cela pourrait permettre de revoir très vite le réseau Noctilien. Il faut le repenser en termes géographiques et créer une boucle au niveau de la Francilienne.
Il faut aussi tenir compte d’un impérieux besoin de sécurité. Cela concerne surtout les femmes. Il n’est pas normal qu’elles soient aussi nombreuses à se dire victimes d’agressions dans les transports de nuit. Des habitants de la grande couronne disent : même si on nous propose des transports de nuit, on n’en veut pas, c’est trop anxiogène. Et cela, quels que soient les efforts faits par la région : vidéosurveillance, financement de commissariats dans des gares, géolocalisation !VR&T. Vous voulez recruter 1 000 conducteurs de bus supplémentaires. Surtout pour la grande couronne ?
C. B. Il faut un saut, pour en finir avec l’idée de deux réseaux qualitativement différents dans le réseau. En termes d’identification, il faut que tout se ressemble, que les gens aient conscience qu’ils ont accès à la mobilité, au« Je veux tout de suite intervenir sur le réseau Optile. Notamment pour harmoniser la signalétique avec celle du réseau RATP »
logement, aux études, à l’emploi, aux loisirs, ou à la consommation, avec le même maillage de transport sur le territoire de la région. Je veux tout de suite intervenir sur le réseau Optile. Notamment pour harmoniser la signalétique avec celle du réseau RATP, sur les arrêts de bus et sur le matériel. Il faut que les habitants de la grande couronne se sentent usagers à part entière, et qui peut mieux en donner le sentiment que le bus à très court terme ? Cela dépend du nombre de bus, mais surtout de plages horaires qui ne donnent pas ce sentiment : beaucoup de bus ne fonctionnent pas le samedi ou le dimanche. Les services d’Optile doivent être repensés… Des services de 6h à minuit tous les quarts d’heure, type Mobilien, sur 10 % de ce réseau, cela changerait tout, et donnerait très vite une réponse à l’usager.
« Il faut que les habitants de la grande couronne se sentent usagers à part entière, et qui peut mieux en donner le sentiment que le bus à très court terme ? »
J’ai d’autre part regardé de très près le système madrilène de bus rapides sur autoroute. Il faudra le faire. J’en ai parlé avec Philippe Yvin, le président du directoire de la SGP. On ne peut pas envisager les gares du futur réseau express sans envisager des interconnexions avec les gares les plus excentrées. Cela permet d’éviter l’entrée de bus dans la zone dense tout en répondant au besoin de la grande couronne.
Mais il n’y a pas que les bus. En grande couronne, l’usager doit pouvoir prendre sa voiture en covoiturage, aller au parking de la gare géré par le Stif, et prendre son Transilien. Ou, s’il habite moins loin de la gare, prendre son vélo, et le laisser au Véligo proposé par le Stif. D’autre part, il faut sur les routes des lignes réservées pour les voitures en covoiturage, les bus rapides ou les taxis.
Et pour que tous ces moyens soient pensés ensemble, il va falloir élargir les compétences du Stif. Et il faudra déposer pour cela un texte de loi. La mobilité est l’objet d’une réflexion globale, on ne peut pas en rester à un morcellement des différents éléments de cette mobilité.« Pour que tous ces moyens soient pensés ensemble, il va falloir élargir les compétences du Stif »
Autre changement rapide. Le numérique. C’est une priorité de court terme. Les services numériques permettent d’être en temps choisi plutôt qu’en temps subi. Avec le Wi-Fi dans les gares, la 3G ou 4G sur l’ensemble du réseau, vous êtes connecté. Un de mes amis m’a dit : « Pour me déplacer, je prends ma voiture, même s’il me faut trois heures, j’ai le téléphone, le réseau et la climatisation. » Pourquoi voulez-vous que cette remarque ne soit pas faite par les usagers des transports ? Et l’on voit de plus tout ce que le numérique peut apporter aux PMR.
VR&T. Jusqu’où peuvent aller les compétences du Stif ?
C. B. La voirie, Autolib’, le vélo, les taxis, les routes non concédées. On ne peut pas avoir des routes en mauvais état, ce qui accentue la coupure entre Paris, la petite couronne et la grande couronne. Je suis prêt à un effort financier de la région pour permettre une utilisation nouvelle de la route.« Il faut des hubs transport tout autour de la région, pour vasculariser l’ensemble de l’Ile-de-France sans avoir des poids lourds qui pénètrent partout »
Pendant des années, tout a été fait pour le diesel. Maintenant, comment fait-on pour en sortir ? Je propose une aide spécifique pour que les artisans et les PME changent leur flotte. Et il faut des hubs transport tout autour de la région, pour vasculariser l’ensemble de l’Ile-de-France sans avoir des poids lourds qui pénètrent partout.
VR&T. Donc des pouvoirs en logistique ?
C. B. Bien sûr. La mobilité doit être globale.VR&T. Comment allez-vous financer des services supplémentaires ?
C. B. Dans le cadre de la transition énergétique, nous avons la possibilité de voter une écotaxe régionale. Ce sera la première démarche que j’entamerai. L’écotaxe peut rapporter environ 80 à 100 millions par an, chiffre que je retiens par prudence, même si diverses analyses vont jusqu’à 200.« Nous avons la possibilité de voter une écotaxe régionale. Ce sera la première démarche que j’entamerai »
Quand on a du caractère, on peut avoir des débats, y compris avec son propre camp. Vous le constatez avec l’écotaxe… J’ai aussi protesté quand l’Etat a augmenté la TVA sur les transports. Quand l’Etat fait de plus passer le seuil de perception du versement transport de 9 à 11 salariés, il crée un manque à gagner. Je lui en demande le remboursement. Et je veux des recettes nouvelles. La hausse de la taxe de séjour n’a pas été acceptée, mais cela reviendra…
De toute façon, pour appliquer le plan d’aujourd’hui de développement des transports, et faire face au fonctionnement, en 2025, il faudra 1 milliard d’euros de plus par an. Les besoins de fonctionnement augmenteront, surtout parce qu’il faudra renforcer la présence humaine. Mais cela se fera en partie par du redéploiement. Il faut accélérer l’automatisation du métro en négociant avec le personnel, ce qui permettra le redéploiement sans pertes d’emplois. Tout est lié.VR&T. Valérie Pécresse demande pour lutter contre la fraude que l’on soit tenu de présenter une pièce d’identité. Vous vous y refusez.
C. B. Je remarque d’abord que nous sommes confrontés à une fraude comportementale plutôt que de besoin. Grâce à l’ensemble des tarifs sociaux qui existent, ceux qui doivent prendre les transports et n’auraient pas les moyens financiers n’en sont pas exclus. Pour lutter contre cette fraude, il nous faut faire tomber de 10 à 5 le nombre d’actes constatés pour qu’elle soit qualifiée de fraude d’habitude, cela devra être contenu dans la loi que présente Gilles Savary.« La vraie question, c’est de pouvoir « loger », comme disent les policiers, l’individu qui a fraudé, et qu’il y ait le minimum de temps entre le moment où la fraude est constatée et où la sanction est subie »
Quant à la carte d’identité, ce serait une mesure anticonstitutionnelle. Depuis 1955, on n’est plus tenu de détenir de pièce d’identité. Ce ne serait pas très utile non plus. La carte ayant une validité de dix ans, on peut connaître beaucoup de changement de domicile. La vraie question, c’est de pouvoir « loger », comme disent les policiers, l’individu qui a fraudé, et qu’il y ait le minimum de temps entre le moment où la fraude est constatée et où la sanction est subie. Je vais voir avec la chancellerie comment on peut avoir un certain nombre d’informations qui permettent de « loger » les contrevenants.
Au-delà de cette question, il faudrait arriver à un modèle qui existe dans certains pays, de contrôle à l’entrée et à la sortie du système de transport. De toute façon, avec le métro express, comme il est circulaire, il faudra forcément conduire cette réflexion, pour établir la comptabilité de voyages des usagers occasionnels. Et mettre au point un instrument qui renforcera aussi la lutte contre la fraude.VR&T. La question de la sécurité des voyageurs devient centrale. Comment voulez-vous l’améliorer ? [L’entretien a eu lieu avant les attentats du 13 novembre, NDLR]
C. B. Je veux un seul service de sécurité du réseau de transport en Ile-de-France. Il y a aujourd’hui un service de surveillance de la SNCF, un service de surveillance de la RATP. Et rien pour Optile. Va-t-on demander à Optile d’avoir son personnel ? Et si les lignes 15, 16, 17, 18 du Grand Paris sont obtenues par un autre opérateur que la RATP, faudra-t-il qu’il crée son propre corps ? Il faut donc, en plus des services de police, un corps unique de surveillance, dont une partie des effectifs doit avoir des pouvoirs de police judiciaire. C’est une véritable police des transports que je veux instaurer.Propos recueillis par François Dumont

Valérie Pécresse : « Le Stif tel qu’il est conçu ne fonctionne pas »
Ville, Rail & Transports. Achats massifs de nouveaux RER, important renforts de l'offre bus, création d’une écotaxe régionale poids lourd, utilisation du passe Navigo unique comme support de nouveaux services… On a le sentiment, en ce qui concerne les transports, qu’il n’y a pas énormément de différences entre votre programme et celui de Claude Bartolone. Qu'est-ce qui vous sépare vraiment ?
Valérie Pécresse. Il y a quand même deux énormes différences : la première, c’est le bilan de la gauche qui a géré la région pendant 17 ans. C’est aussi celui de Claude Bartolone, il se dit fier de l’assumer. Qui peut dire aujourd’hui que les transports fonctionnent mieux qu’il y a cinq ans par exemple ? Moi, je suis cohérente. Je dis qu'il faut tout changer et j'estime que le bilan n’est pas bon…« Moi, je suis cohérente. Je dis qu'il faut tout changer et j'estime que le bilan n’est pas bon… »
Il faut en tirer les enseignements pour la suite. La deuxième différence, c’est la question du financement : mon projet est intégralement financé, sans augmentation d’impôts grâce à un grand plan antigaspillage et de meilleure gestion, que je suis la seule à proposer.
VR&T. En quoi le bilan n’est-il pas bon selon vous ?
V. P. Peut-être parce que le Stif tel qu’il est conçu ne fonctionne pas. Le Stif doit devenir une autorité responsable de toutes les mobilités, ce qu'il n'est pas. Il faut qu’il gère le vélo, les taxis et le stationnement. Le stationnement, c’est un sujet majeur. Les gens ne « lâcheront » pas leur voiture en grande couronne s'ils n'ont pas de parkings, soit aux entrées de Paris, soit dans les gares. A celui-ci s'en ajoute un autre : nous avons un vrai problème de suivi des marchés publics. Voilà pourquoi, pendant 17 ans, cela n’est pas allé assez vite et nous avons eu beaucoup de mal à dépenser nos crédits.« Les gens ne "lâcheront" pas leur voiture en grande couronne s'ils n'ont pas de parkings, soit aux entrées de Paris, soit dans les gares »
De même, je trouve que les bonus-malus des opérateurs doivent être correctement calculés : il faut instaurer beaucoup plus de malus pour non-respect de la ponctualité et des engagements. Les usagers sont au bord de la crise de nerf. La SNCF et la RATP les appellent des clients mais, si ce sont vraiment des clients, il faut faire des gestes commerciaux. Ce qui m’a le plus choquée c’est le RER A : on ne peut pas avoir une ligne qui dysfonctionne toute l’année et qui est coupée l’été sans faire un geste commercial. Si les lignes sont coupées l’été, et je pense qu’il va falloir malheureusement le faire souvent pour réorganiser les RER, il faut des baisses tarifaires.
« On ne peut pas avoir une ligne qui dysfonctionne toute l’année et qui est coupée l’été sans faire un geste commercial »
Donc globalement, il y a un bilan à tirer du fonctionnement du Stif. Il est trop administratif, ne délègue pas assez, n’est pas assez proche des usagers, de leur ressenti, de leurs besoins.
VR&T. La réforme du Stif serait donc prioritaire ?
V. P. Oui. Je suis pour un Stif qui délègue aux intercommunalités tous les assouplissements du plan bus, à budget constant. C'est toute la question des autorités organisatrices de rang 2. L'idée consiste à dire aux collectivités : « Vous avez une ligne de bus, vous avez besoin de changer un arrêt, vous êtes tous d'accord, vous n'avez pas besoin de demander au Stif. » Ensuite, j'estime que le Stif manque de réflexion intermodale. Cela m'inquiète pour la jonction entre les réseaux existants et le Grand Paris Express, puisque la région est responsable des interconnexions. Cela n'a pas du tout été pensé et je pense que c'est sous-budgeté.VR&T. C'est votre seule grosse divergence ?
V. P. Non, comme je le disais, il y a un deuxième gros sujet, c'est le financement. Je n'ai toujours pas compris comment le candidat socialiste finance son programme. Quel est l'échéancier ? Où sont les recettes. Quand il dit récupérer 400 millions d'euros de la taxe poids lourds, c'est impossible, sauf à taxer même les trottinettes !VR&T. Il nous dit 100 millions !
V. P. Il a donc corrigé ses chiffres ! Le bon chiffre c'est effectivement 100 millions. L'écotaxe poids lourds, j'ai signé le contrat pour la mettre en œuvre quand j'étais ministre du Budget, alors que les socialistes et leurs alliés l'ont abrogée. Si Claude Bartolone et Emmanuelle Cosse veulent la taxe pourquoi n'écrivent-ils pas à M. Valls pour lui demander de stopper l'appel d'offres en cours pour le démontage des portiques en Ile-de-France ? Combien va coûter ce démontage ? Il faut être cohérent.« Si Claude Bartolone et Emmanuelle Cosse veulent la taxe pourquoi n'écrivent-ils pas à M. Valls pour lui demander de stopper l'appel d'offres en cours pour le démontage des portiques en Ile-de-France ? »
Sur le financement, je relève plusieurs problèmes : comment financent-ils le passe Navigo à tarif unique qui coûte 300 millions d’euros en année pleine ? Moi, je dis comment je le finance sans augmentation d’impôts. D'abord je supprime la réduction de 75 % sur la tarification pour les étrangers en situation irrégulière. Il y a 115 000 bénéficiaires de la réduction (sur 165 000 bénéficiaires de l’AME) en Ile-de-France. Cela fait 70 millions d'euros d'économies.
VR&T. Mais le FN vous attaque sur ce point en disant que vous avez voté cette mesure !
V. P. Cela fait deux ans que je vote contre à la région et que je réclame sa suppression. Je me suis rendu compte de l'existence de ce tarif particulier parce que Gilles Carrez m'en a parlé un jour, en sortant du conseil d'administration de la RATP. La disposition date de 2004. Effectivement, elle a été votée sans coup férir depuis 2004, y compris par l'opposition, parce qu’on ne se repérait pas dans pas le labyrinthe des tarifications sociales pour la bonne raison qu'il y a des dizaines de tarifs sociaux.
Je souhaite par ailleurs qu'il y ait une aide harmonisée pour tous les bénéficiaires du passe Améthyste. Mme Hidalgo a pris des mesures de hausse des tarifs qui sont sources d’injustice. Elles ont conduit à multiplier par trois, voire jusqu’à neuf, le prix du passe pour des petits retraités. Il faut harmoniser ces tarifs et faire entrer le passe Améthyste dans la logique du passe unique.VR&T. Un axe fort de votre programme repose sur la lutte contre la fraude, qui est par ailleurs un sujet d'actualité pour les opérateurs de transport et notamment la RATP et la SNCF. Et le député Gilles Savary doit déposer une proposition de loi. Qu'apportez-vous de neuf ?
V. P. Je veux un vrai plan efficace de lutte contre la fraude. Il y a en réalité une différence majeure entre ma position et la proposition Savary qui, soit dit en passant, vient d’être retirée de l’ordre du jour, sans doute parce que le gouvernement ne voulait pas débattre de mes amendements à huit jours des élections ! Savary veut multiplier par trois les amendes mais ce n’est pas une solution efficace. A quoi cela sert-il quand il n’y en a à peine 10 % qui sont payées ? Les opérateurs demandent le port obligatoire d’une pièce d’identité, avec la possibilité pour les contrôleurs de faire des contrôles en cas de titres de transport non valides. Et une sanction, qui est la seule efficace : pouvoir retenir les fraudeurs sans pièce d’identité au poste de police, pendant plusieurs heures si nécessaire, pour qu’ils justifient de leur identité. C’est une demande de la SNCF pour plus d’efficacité. J’ai été sur les lignes du RER, parler avec les contrôleurs, avec les policiers, j’ai été au SRPJ de la porte de la Chapelle. Ils m’ont dit ce qui leur manquait. Le Gart aussi prend fait et cause pour le port de la carte nationale d’identité. Cela montre bien que c’est la seule possibilité. Evidemment le sujet n’est pas de contrôler la pièce d’identité de tout le monde. De plus, en cette période de Vigipirate renforcé [L'entretien a eu lieu avant les attentats et l'état d'urgence, NDLR], cela faciliterait énormément le travail des forces de police. La fraude coûte chaque année 200 millions d'euros, il faut un plan de tolérance zéro pour récupérer des sommes grâce auxquelles je finance le passe Navigo unique.« Pouvoir retenir les fraudeurs sans pièce d’identité au poste de police, pendant plusieurs heures si nécessaire, pour qu’ils justifient de leur identité »
J’ajoute que je créerai une véritable « police » des transports, en unifiant les forces de la Suge et du GPSR et de l’actuelle police des transports, en les dotant de pouvoirs étendus aux bus de grande couronne qui sont moins surveillés et avec des effectifs renforcés de 10 %, soit 250 agents de plus.
Voilà pour les financements. J’aimerais de plus savoir si Monsieur Bartolone soutient la proposition du PS sur la gratuité des transports scolaires… Ca coûterait 320 millions d’euros ! Dans quelle poche de contribuables compte-t-il trouver les 320 millions ? Pour ma part, mon programme coûtera 200 millions par an. Avec 20 millions en crédits européens au minimum qu’on ira chercher en fonds structurels et 100 millions de la taxe poids lourds, il nous reste au maximum 80 millions financer. Je les trouve par des économies sur le budget de la région. Car au total, je réalise 400 millions d'euros d’économies de fonctionnement dans le budget régional, en passant de 31 organismes associés à cinq, en ne remplaçant pas un départ à la retraite sur deux, en divisant par deux l’absentéisme (30 jours par an aujourd’hui), en rémunérant au mérite les fonctionnaires, en supprimant les voitures de fonction, en déménageant le siège en banlieue, etc.VR&T. Vous évoquez au départ 802 millions d'euros de dépense pour vos mesures et retranchez 602 millions de recettes nouvelles. Où sont exactement ces dernières ?
V. P. Nous avons effectivement 602 millions de recettes nouvelles : 90 millions liés à l’augmentation du nombre d’abonnés du passe Navigo grâce à la nouvelle offre (5 % d’abonnés en plus, c’est une estimation très prudente), 340 millions qui viendront d’économies réalisées dans l’exploitation d’une nouvelle offre qui sera optimisée et qui aura moins de pannes, 72 millions liés à la suppression de la réduction de 75 % des tarifs de transport pour les étrangers en situation irrégulière et enfin 100 millions provenant de la lutte contre la fraude dans les transports. Le fait que nous financions nos mesures change tout de même beaucoup de choses concernant la crédibilité de notre projet.VR&T. Pourquoi souhaitez-vous par ailleurs réinvestir dans les infrastructures routières ?
V. P. Pour nous, pollution égale embouteillage, et embouteillage égale pollution. La gauche refuse d’investir dans la route parce qu’elle amènerait la pollution. Nous disons au contraire que c’est l’absence d’investissement routier et les plans de circulation ubuesques organisés par Mme Hidalgo, sans offre de transports en commun ni parking aux entrées de Paris qui sont à la source de la pollution. Nous brisons le tabou de la route en reprenant les investissements routiers, avec 125 millions d’euros dédiés, c’est-à-dire que nous multiplions par cinq les investissements actuels (25 millions).« Nous brisons le tabou de la route en reprenant les investissements routiers, avec 125 millions d’euros dédiés »
Nous ne voulons pas laisser Paris s'asphyxier. Je renvoie au bilan des socialistes et des Verts, qui donnent des leçons sur l’air pur. Ils ont été 17 ans au pouvoir et l’Ile-de-France n’a jamais été aussi polluée. Mme Hidalgo veut fermer les berges, donc elle embouteille Paris, mais elle ne tient pas ses engagements sur Eole, sur le financement de la ligne 11 et elle refuse de financer les parkings. Je voudrais qu’elle accepte de financer les transports et que nous allions ensemble chercher des fonds structurels européens pour financer les parkings. Paris touche 20 euros de moins par habitant et par an de fonds structurels que Londres, qui est quand même plus riche que nous. Il nous manque donc au moins 25 millions d’euros de fonds structurels pour les transports. Et par rapport à Munich, Bruxelles ou Amsterdam, c’est pire. Ces villes touchent trois à dix fois plus que nous. Michel Barnier m’avait alertée sur le sujet : les fonds structurels peuvent financer l’offre de transport dans le périurbain.
« La route en 2030 redeviendra un chemin entre deux villes et non plus un aspirateur à bruit et à pollution »
Il n'est pas question de contrecarrer par principe le projet pour Paris de Mme Hidalgo. Elle a été élue au suffrage universel, elle est légitime. Mon souci, c’est que ce projet ne se transforme pas en acte égoïste qui priverait toute l’Ile-de-France de dynamique économique et conduirait les Parisiens à perdre six mois d’espérance de vie à cause de la pollution. Je suis contre l’idée du péage sur le périphérique. Je plaide pour l’écotaxe en périphérie de l’Ile-de-France, sinon c’est une solution très égoïste. Ainsi que pour des parkings aux portes de Paris et dans les gares de petite et grande couronnes. Certains d'eux seront desservis par des « RER autoroutiers » : des bus à haute qualité de service, sur des bandes d’arrêt d’urgence ou des voies nouvelles. Voilà pourquoi je reprends les investissements sur la route. Il faut qu’on désengorge. En étant visionnaire, avec un vrai plan de véhicules décarbonés et silencieux qui permettra de relancer notre industrie automobile, la route en 2030 redeviendra un chemin entre deux villes et non plus un aspirateur à bruit et à pollution.
VR&T. Vous avez récemment fait état d'une proposition pour la sécurité que vous avez vous-même qualifiée d'« iconoclaste » qui consiste à interdire d'accès les délinquants multirécidivistes, c'est-à-dire ?
V. P. Depuis quatre ans, la gauche se moque de moi car je demande la vidéoprotection dans le premier wagon de chaque rame, en appelant cette mesure « la vidéopécresse des femmes en détresse ». Et maintenant elle reprend mon idée !« La gauche se moque de moi car je demande la vidéoprotection dans le premier wagon de chaque rame, en appelant cette mesure "la vidéopécresse des femmes en détresse". Et maintenant elle reprend mon idée ! »
Je pense qu'il faut mettre en œuvre la vidéoprotection dès l’an prochain dans chaque rame. Ensuite, je veux des peines vraiment efficaces pour tous ceux qui agressent, qui vandalisent et qui volent dans le métro, le RER et les trains. Paris ne peut plus avoir la réputation d’être la ville la moins sécurisée pour les femmes seules. Je suis allée à Argenteuil avec la ligne J, le train était neuf… et déjà tagué ! Regardons ce que font les autres capitales. Pour moi une bonne peine, pour ces délinquants, c’est l’interdiction d’utiliser le réseau.
« Paris ne peut plus avoir la réputation d’être la ville la moins sécurisée pour les femmes seules »
En moyenne, selon les policiers du SRPJ que j’ai rencontré, un pickpocket fait 1 000 vols par an. Qu'est-ce qui va embêter un pickpocket ? C’est qu’on l’empêche de revenir dans le métro.
VR&T. En pratique c’est impossible à appliquer, comment faites-vous ?
V. P. Vous est-il déjà arrivé d’entendre cette annonce surréaliste « un pickpocket a été repéré dans la gare, faîtes attention à vos affaires » ? Ce sont des gangs organisés, des multirécidivistes. Ils sont connus. Bien sûr, il ne peut pas y avoir un policier à chaque entrée, mais on peut coincer les délinquants au moment des contrôles ou lorsqu’ils sont repérés par la vidéoprotection. Car si tous les fraudeurs ne sont pas des délinquants, les délinquants payent rarement leur ticket. Le double dispositif de lutte contre la fraude et d’interdiction dans les transports permet une réelle amélioration de la sécurité. C’est en luttant contre la fraude que New York a restauré la sécurité dans le métro.VR&T. Est-il vraiment nécessaire de commander 700 RER, et comment les payez-vous ?
V. P. Avec le crédit ou crédit-bail sur 30 ans, on paye un trentième de rame chaque année. Le Stif, qui aujourd'hui paye cash, pourra donc acheter 30 fois plus de trains à mensualité égale. Les taux d’intérêts très bas et les constructeurs cherchent du chiffre d’affaires. J’ai rencontré tous les industriels, Alstom, Bombardier, Siemens et CAF.« Avec le crédit-bail sur 30 ans, le Stif pourra acheter 30 fois plus de trains »
Les Allemands sont prêts à tout pour venir, même je crois à produire en France, et les Espagnols sont déjà dans les Hautes-Pyrénées. J’ajoute, qu'avant toute nouvelle commande, il y a des options sur des commandes en cours qui n’ont pas été appelées. En exerçant les options sur les marchés Alstom et Bombardier, nous pouvons faire la jonction avec les futurs RER.
VR&T. Les contrats de service entre le Stif et les opérateurs qui viennent d'être signés prévoient une clause de revoyure. Sur quoi interviendriez-vous en priorité ?
V. P. J’en ai déjà parlé au Stif. Il y a plusieurs sujets. D’abord le bonus-malus. Il doit mieux intégrer les questions de ponctualité. Etre en rapport avec le ressenti des usagers. A cet égard, je souhaite aussi que les usagers aient une voix délibérante au Stif et que les milieux économiques aient deux voix au lieu d’une.« Je souhaite aussi que les usagers aient une voix délibérante au Stif et que les milieux économiques aient deux voix au lieu d’une »
Deuxièmement, l’accessibilité : je veux que l'on propose aux Franciliens en situation de handicap ou à mobilité réduite des itinéraires 100 % accessibles, quitte à utiliser exclusivement le réseau de surface, sur certains trajets car on sait que certaines stations de métro dans Paris ne seront pas accessibles à moyen terme à un coût acceptable. Il faut être pragmatiques. Les gens pourront avoir sur une appli smartphone leur itinéraire. Je confierai le dossier à Pierre Deniziot, président d’une association de personnes handicapées et adjoint à Boulogne, qui est sur ma liste.
Troisièmement, la police régionale des transports doit figurer dans les contrats des opérateurs. Ensuite, l’accélération de la régénération des réseaux avec 100 millions de plus par an. Enfin, l’ouverture des lignes de métro automatiques la nuit, le vendredi et le samedi.Propos recueillis par
Cécile NANGERONI et François DUMONT
Ce qui sépare vraiment Pécresse de Bartolone
Dans les transports, les deux principaux candidats au conseil régional d'Ile-de-France ne se distinguent pas trop. Renouvellement massif des RER, généralisation de l'automatisation, rénovation du réseau ferroviaire, développement de l'offre de nuit création d'un vrai Stif multimodal, utilisation du passe Navigo unique comme support de nouveaux services, achat de mille bus chez l'une ou embauche de mille conducteurs chez l'autre, création d'une écotaxe régionale sur les poids lourds… (voir nos entretiens avec les deux candidats dans cette Lettre.)
Les deux se marquent à la culotte, à tel point que dans chaque camp on soupçonne l'autre d'avoir copié. La vidéosurveillance, c'est mon idée à moi que la gauche me pique, proteste Valérie Pécresse tandis que dans le camp de Bartolone on murmure que telle automatisation de ligne de métro a été ajoutée in extremis par la concurrente pour faire aussi bien que « Barto ». C'est un peu risible… A l'inverse on peut être rassuré à l'idée que les deux camps ont pris le soin d'écouter des spécialistes et d'en tirer une vision cohérente de l'action politique qu'ils proposent. Les deux ont plutôt bien travaillé, même si, campagne électorale oblige, ils avancent des calendriers optimistes.
Ce constat d'optimisme, la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) le fait elle aussi. Elle a dressé pour commencer un bilan de la dernière mandature. Si Marc Pélissier, président de l'AUT Fnaut-Ile-de-France, relève « des efforts d'investissements indéniables », il constate « peu de réalisations concrètes sur le banlieue – banlieue ». Ou encore des lignes de tram, qui ont mis 15 ans pour aboutir, « délais déraisonnables », et qui sont très rapidement saturées. La Fnaut reproche à l’Etat la mauvaise maintenance du réseau. « Il a fallu attendre Brétigny pour avoir un effort de maintenance en 2014 ! » Et garde une dent contre le Navigo à tarif unique, pour lequel il reste « à trouver 250 millions d'euros par an alors qu'il n'engendre pas de hausse de fréquentation significative, ni de report modal », continue-t-il.
Tirant les leçons du passé, la Fnaut analyse sans indulgence les promesses faites par les candidats PS et LR pendant la campagne en Ile-de-France. « Nous sommes très heureux que les candidats s'intéressent de très près aux transports, qui sont un sujet majeur dans la campagne – mais également une des compétences majeures de la région –, commente Michel Babut, vice-président et représentant de la Fnaut auprès de la RATP. Mais nous sommes un peu sceptiques sur la rapidité promise de création d'infra et d'offre ou d'achat de matériel… Nous ne sommes plus assez naïfs probablement ! »
Au final, la crainte, « c'est que la grande couronne soit pénalisée puisque le Grand Paris Express a son propre budget », poursuit-il. Plutôt que de l'entériner en totalité, comme le font les candidats PS et LR, ou de le rejeter en bloc avec Debout La France et le FN, la Fnaut est favorable à un « rééquilibrage des financements. […] Il serait logique de financer ce qui est le plus urgent, insiste Marc Pélissier. Dans le contexte actuel, il faut se réinterroger sur les lignes 17 et 18 ».
La Fnaut a raison d'insister sur le chapitre Grand Paris. De fait, Valérie Pécresse et Claude Bartolone considèrent le futur métro comme un acquis. A vrai dire, il ne dépend pas trop d'eux… sauf à en siphonner un peu plus le financement fléché. Ce métro, le candidat de la droite souverainiste, Nicolas Dupont-Aignan, ou celui de l'extrême droite, Wallerand de Saint-Just, le récusent, l'un et l'autre au nom de la lutte contre la gabegie ou les projets pharaoniques. Les deux candidats en passe de l'emporter à l'issue du deuxième tour selon les sondages sont donc encore plus proches quand on les compare aux deux concurrents situés à la droite de la droite. Deux concurrents dont le poids est considérable puisque, selon des derniers sondages le candidat du FN fait quasiment jeu égal avec Claude Bartolone au premier tour. Un Claude Bartolone qui remonte nettement au second tour, sans parvenir à rattraper Valérie Pécresse, maintenant donnée nettement vainqueur. Mais tout dépendra bien sûr des reports de voix (voir notre entretien avec Pierre Serne ci-dessous).
Est-ce à dire que rien ne distingue celle qui apparaît favorite dans la course à la présidence d'un Bartolone en position de challenger ? Pas sûr. Avec intelligence, le camp de Valérie Pécresse tente de concilier développement de la route et des transports publics. Elle retrouve le tropisme habituel de la droite, en voulant « en finir avec le tabou » qui serait censé condamner les investissements sur la route. Et veut voir en celle-ci le support d'une véritable réinvention des transports publics.
F. D. et C. N.
Pierre Serne : « les programmes d'EELV et du PS peuvent converger »
Valérie Pécresse, dans l'entretien qu'elle nous a accordé (voir dans cette lettre) estime que les programmes de Claude Bartolone (PS) et d'Emmanuelle Cosse (EELV) ne sont pas compatibles et qu'une fusion de listes au second tour n'a de ce fait aucun sens. Les socialistes veulent en effet réaliser les lignes 17 et 18 du Grand Paris telles qu'elles sont prévues, les écologistes n'en veulent pas. Pierre Serne, actuel vice-président Transports et Mobilités du conseil régional et tête de liste EELV pour le Val-de-Marne, réagit pour VR&T :
« En 2015, nous avons moins de sujets d'accrochages qu'en 2010 ! Nous étions alors en désaccord avec le PS sur l'ensemble du sujet Grand Paris Express, ainsi que sur le tarif unique du passe Navigo dont les socialistes ne voulaient pas ». Ce qui n'a pas empêché le rapprochement. Selon Pierre Serne, « on commence pour cette élection à faire converger les programmes ». En ce qui concerne la ligne 18 du GPE, EELV juge que le mode métro ne s'impose pas sur toute la partie au-delà du plateau de Saclay. Pas plus qu'il ne s'impose pour la ligne 17, puisque l'accumulation de dessertes lourdes pour Roissy, avec le RER B et le futur CDG Express, « ça fait beaucoup ». Les écologistes sont de plus hostiles à l'aménagement prévu du triangle de Gonesse, avec l'urbanisation des terres agricoles, et la création du parc d'attraction, centre commercial, de loisirs et d'affaires EuropaCity.
Mais, dans l'exercice classique des compromis entre les deux tours, Pierre Serne ne voit pas pourquoi EELV et PS ne parviendraient pas à s'accorder. « A partir du moment où on peut écrire que le débat sur le mode de transport est ouvert », il pense que la difficulté sur ces lignes peut être résolue. Elle lui semble en tout cas moins rude que celle qui va se poser à Valérie Pécresse si elle souhaitait fusionner avec les listes de Nicolas Dupont-Aignan qui, lui, « veut abandonner tout le Grand Paris Express » !
En attendant la convergence, pour le premier tour, EELV met en avant ses priorités : gagner la bataille du temps de transport, en intervenant sur l'ensemble de la chaîne de déplacement, créer 150 lignes de bus cadencées au quart d'heure en moyenne et grande couronne, créer un passe Mobilités Ile-de-France étendant les services du passe Navigo, intégrer dans ce passe le PAM, services de transports à la demande pour les personnes en situation de handicap, réaliser de nouvelles avancées de tarification solidaire.
F. D.
Les régions veulent plus d’autonomie pour les TER
Une enquête de l’association TDIE se basant sur les réponses de candidats aux régionales dresse un état des lieux sur les préoccupations qui ont émergé pendant la campagne C’est en quelque sorte un état des lieux sur les préoccupations exprimées durant la campagne par les candidats aux élections régionales qu’a voulu dresser TDIE, une association qui rassemble des élus et des experts pour promouvoir notamment l’intermodalité dans les transports. Après avoir envoyé en octobre à chacun d’entre eux un questionnaire détaillé sur leurs programmes concernant les transports, elle en a analysé les réponses (45 réponses obtenues) et tiré, fin novembre, plusieurs grands constats. Qui montrent étonnamment quelques consensus autour de grands thèmes, quel que soit le bord politique des candidats.
Première observation, « les candidats ont bien compris le nouveau rôle confié aux régions en matière de transport qui recouvre notamment les schémas régionaux, les services réguliers non urbains ou le transport scolaire », estime Philippe Duron, l’un des deux coprésidents de TDIE.
Avec la constitution de nouvelles régions aux frontières élargies, « la politique régionale va changer d’échelle et de nature », poursuit le député socialiste du Calvados. L’intermodalité devrait notamment se développer. Et l’on constate déjà « un certain retour de la route dans le discours de politique régional ».
Un consensus se dessine aussi « sur la nécessité d’entretenir et de moderniser les infrastructures existantes ».
Reste toutefois une grande interrogation posée par tous : comment assurer une recette pérenne pour financer les politiques de mobilité ? « Comme la plupart des candidats ne souhaitent pas augmenter de façon substantielle la part financée par les usagers, ils souhaitent que l’Etat assume son rôle dans ce domaine », indiquent les auteurs de l’étude.
Enfin, au chapitre ferroviaire, beaucoup évoquent « l’insatisfaction des usagers. Dans la plupart des régions, les candidats souhaitent revoir les modalités de la relation avec la SNCF. Ils souhaitent un rééquilibrage des termes des contrats », affirme Philippe Duron. Selon le député, ceux qui arriveront aux commandes des régions souhaiteront peser sur les coûts du ferroviaire et voudront négocier des clauses sur la productivité à mettre en œuvre par l’entreprise. Beaucoup souhaiteraient aussi augmenter le niveau de pénalités en cas de manquement de la part de la SNCF. Enfin, TDIE a relevé un souhait assez général selon lequel les directions régionales de la SNCF devraient disposer d’une plus grande autonomie. Toutefois, nuance Philippe Duron, toutes ces critiques ne sont pas un révélateur du souhait « d’aller vers la concurrence ». Si certains élus en campagne se sont dits favorables à une expérimentation dans ce domaine, « les candidats font avant tout preuve de pragmatisme et ne souhaitent pas le big bang ». Ils réclament une meilleure cohérence des services TER et TET et un meilleur accompagnement de la part de l’Etat pour le financer.
M.-H. P.