Ce ne sont pas des noms très connus, au sein de la SNCF, à quelques exceptions près. Ils s’apprêtent à envoyer une pétition à Manuel Valls, à l'initiative d’un cadre de l’entreprise. Les signatures sont recueillies sur la plate-forme change.org, rendue célèbre par une pétition d'une autre nature, contre la loi El Khomri. Cette dernière avait recueilli, ce lundi à 12h, 1 346 163 signatures.
Celle des cadres, « Appel de cadres SNCF au gouvernement », se présentant aussi comme « Appel de cheminots SNCF au gouvernement » comptait alors 2 404 soutiens. 560 fois moins. Il est vrai que les signataires étant des cadres, ce n’est pas un appel au peuple. Il n'empêche qu'elle a du poids au sein de la SNCF. Les cadres se disent « prêts à la concurrence » et tiennent un raisonnement proche de celui de l’entreprise. Pour eux, « nous ne pourrons pas produire moins cher si nous ne réduisons pas nos coûts du travail. Or si nous n’améliorons pas notre efficacité alors nous devrons réduire nos effectifs et entrer dans une spirale infernale ».
Or, regrettent-ils, « le gouvernement a souhaité mettre fin à ces discussions au sein de l’entreprise et maintenir l’organisation du travail actuelle enrichie de quelques dispositions nouvelles, c’est-à-dire passer du "RH 0077" au "RH 0077+". Cette décision est une victoire à court terme pour les cheminots, mais elle nous condamne à des difficultés à venir ».
Les commentaires des signataires sont intéressants. Exemples ?
« N’ayons pas peur ! Il y a urgence pour nous tous à percevoir que la SNCF peut se faire massivement balayer du trafic voyageur par ses concurrents mieux payés, parce que plus productifs et plus adaptables. »
« Aujourd'hui, en faisant preuve d'immobilisme, alors que les efforts commencent à porter leurs fruits, en ne voulant pas faire bouger quelques lignes (et pas tout révolutionner), c'est la SNCF que l'on assassine. Ce fleuron français est amené à disparaître, parce que l'on ne veut pas adapter les règles à l'usage. »
« Obliger la SNCF à rester dans son "vieux" cadre réglementaire et parallèlement voter la loi El Khomri est le pire scénario, celui qui condamne la SNCF à perdre face à ses concurrents : elle n'aura aucune souplesse là où les autres opérateurs pourront, de plus, faire jouer l'article 2 et ainsi rester notablement moins coûteux, donc moins chers. Cette décision du gouvernement est terriblement décourageante pour tous les cheminots qui croient que la SNCF est une entreprise d'avenir. »
« Abandon de l'écotaxe, passage des poids lourds à 44 tonnes, relèvement de la TVA sur les transports, loi Macron sur les bus, abandon de l'autoroute ferroviaire Atlantique, suppression de la participation de l'Etat sur les péages Fret… C'est sûr, ce quinquennat marque une vraie volonté de développer le transport ferroviaire et réduire notre empreinte carbone. »
« Je suis totalement en accord avec cette lettre et j'en ai assez de voir régulièrement les efforts fournis par SNCF cassés pour protéger des intérêts à cours terme des gouvernements successifs. Un peu de courage messieurs les politiques. Ça nous changera. »
« Merci pour ce cours de négociation délivré par le gouvernement, qui restera à coup sûr un modèle dans le domaine des Relations sociales. D'abord j'envoie les négociateurs s'épuiser pour arriver à trouver un point de convergence entre intérêt de l'entreprise et attentes du personnel, et lorsque l'échéance est proche, j'impose aux négociateurs de céder sur tout, plus un bonus en guise de remerciements. »
Les grands dirigeants de la SNCF restent en retrait, même si les tweets de certains d'eux montrent bien de quel côté leur cœur balance. Mais le Premier ministre ayant dit « il n'y a pas de problème entre M. Pepy et le gouvernement, parce que M. Pepy ne peut pas avoir de problème avec le gouvernement », on comprend que le top management est censé avoir encore moins de problème que son président.
La pétition n’est pas du goût de tout le monde. Un des signataires s’est immiscé dans l’appel pour en retourner la démarche, invitant au nom de la productivité à licencier tous ces cadres qui ne servent à rien.
Une contre-pétition, sur la même plate-forme, invite à licencier les cadres signataires de la première et elle a recueillis 862 signatures. Ambiance.
F. D.
