Catégorie : Expertise mobilités & transports

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  • « L’avènement du digital devrait permettre de compenser le manque de moyens »

    « L’avènement du digital devrait permettre de compenser le manque de moyens »

    Entretien avec Arnaud Rabier, secrétaire général d’Agir

    A l’occasion des Journées Agir qui se tiennent à Douai les 5 et 6 juillet, VR&T a interrogé Arnaud Rabier sur les innovations qui contribuent à transformer nos modes de déplacement. Pour le secrétaire général d’Agir, nous aurons bientôt des applications offrant des informations multimodales qui faciliteront les déplacements même dans les zones où l’offre de transport est faible.

    Ville, Rail & Transports. Quelles sont les innovations ou les bonnes idées qui pourraient demain changer nos façons de nous déplacer ?

    Arnaud Rabier. Grâce aux nouvelles technologies, la mobilité est en passe de vivre une révolution. Nous avons déjà des usagers qui sont de plus en plus connectés aux informations de leur réseau facilitant ainsi l’accès au transport public, nous aurons bientôt des applications offrant des informations multimodales qui faciliteront les déplacements dans des zones peu couvertes par les réseaux de transport traditionnels.

    Déjà à Annecy et bientôt à La Rochelle, sur une seule appli, on aura accès à l’offre bus, vélo personnel ou vélos en libre service, covoiturage, aux places disponibles dans les parcs-relais, etc.

    VR&T. Y a-t-il des obstacles à lever ? Lesquels et comment ?

    A. R. Les principaux obstacles tiennent aux habitudes à la fois celles des clients mais aussi celles des opérateurs et des collectivités qui vont devoir s’adapter. Pour imager, les transports vont passer de l’ère de la machine à écrire à celle de l’ordinateur. Aucun frein ne pourra arrêter l’amélioration du service au client, cela implique de le placer au centre du développement des nouvelles offres et des nouveaux services et de chercher à optimiser la satisfaction de ses besoins.

    VR&T. Où en est le projet de la CATP de ticket universel ?

    A. R. La CATP poursuit son travail en partenariat avec Agir et avec le soutien du Gart afin de proposer un service inédit à toutes les collectivités et aux clients des différents réseaux de transport. L’application permettra d’acheter un ticket dans n’importe quel réseau et de le valider, avec plusieurs processus possibles. De nombreuses collectivités se sont d’ores et déjà portées volontaires pour tester l’application. Nous devrions aboutir d’ici à la fin de l’année.

    VR&T. Comment le transport public peut-il attirer de nouveaux clients ?

    A. R. La diminution des dotations aux collectivités locales a fortement impacté le développement de l’offre de transport. Pour autant, l’avènement du digital devrait permettre de compenser le manque de moyens et attirer grâce aux nouveaux services proposés une nouvelle clientèle. C’est par la qualité du service que le transport public pourra attirer de nouveaux clients et les fidéliser.

  • « La mobilité, contre une France fracturée à l’extrême »

    « La mobilité, contre une France fracturée à l’extrême »

    Tribune de Dominique Busserea, ancien ministre, député Les Républicains
    et président du conseil départemental de Charente-Maritime, président de l’Assemblée des départements de France, vice-président du Gart.

    En signant en commun, avant le second tour de l’élection présidentielle, une tribune sur la liberté fondamentale que représente la mobilité, mes collègues députés (Philippe Duron, Gilles Savary, etc.) et moi avons non seulement effectué une démarche politique forte mais également tiré collectivement les conséquences du premier tour.

    Deux éminentes personnalités, le démographe Hervé Le Bras et le géographe Christophe Guilluy expriment, en termes proches, les mêmes conclusions.

    Hervé Le Bras constate : « L’émergence géographique de l’extrême droite a des raisons objectives : là où elle obtient ses meilleurs résultats c’est là où les problèmes économiques et sociaux sont les plus graves… Que l’on cartographie le taux de chômage, la proportion des jeunes sans diplôme, la pauvreté, la fréquence des ménages monoparentaux ou le niveau d’inégalité locale, on obtient des répartitions très semblables : une grande zone au nord de la ligne Le Havre/Belfort, le rivage méditerranéen jusqu’à cent kilomètres de profondeur, la vallée de la Garonne entre Toulouse et Bordeaux… On peut parler de périphérie, de sentiment d’abandon… »

    Le constat est donc clair : les périphéries des agglomérations et des villes moyennes, la ruralité ont exprimé et expriment un sentiment de délaissement et d’abandon.

    Il est évident que l’absence de services (téléphonie mobile, Internet, transports de proximité) est perçue par bon nombre de nos concitoyens comme fracturante et qu’ils en tirent un sentiment d’exclusion avec des conséquences politiques très claires.

    L’amélioration de toutes les mobilités est donc – sans exclusive ! – une des manières d’effacer ce sentiment d’abandon.

    Les chiffres fournis en 2016 par l’Observatoire de la mobilité piloté par l’Union des Transports publics et ferroviaires (UTP) montrent que les Français font preuve d’un véritable engouement pour les transports collectifs et la mobilité durable mais que paradoxalement par rapport à 2015 le taux d’utilisation du TER a perdu trois points.

    De même l’UTP constate que l’augmentation de recettes, dans le transport public incombe exclusivement aux grands réseaux (+4 %) qui augmentent l’offre (+1,5 %) et la concentrent sur des lignes à fort potentiel de clientèle. Dans les agglomérations de taille moyenne, l’offre n’a augmenté que de 1,1 % et dans les plus petites collectivités, les chiffres sont différents : l’offre ne progresse que de 0,5 % et la fréquentation de 0,6 %.

    Face à cette situation et aux difficultés financières des collectivités (les élus ne diminuent pas par plaisir l’offre et la qualité des services publics) il faut donc rappeler – comme le fait régulièrement le Gart – qu’il est nécessaire d’investir massivement dans l’amélioration des transports au quotidien.

    Chacun sait ce qu’il faut faire : donner une vraie qualité de service aux clients, baisser la fraude et surtout l’acceptabilité de la fraude, rétablir la sûreté sur les réseaux, garantir un service permanent malgré les conflits sociaux…

    Dans nos territoires ruraux, malgré les aberrations de la loi Notre, il faut conforter le rôle des départements dans les transports de proximité (covoiturage, transports sociaux par taxis au profit des plus défavorisés) et donner aussi plus de liberté aux régions, ce qui passe par l’ouverture immédiate de la concurrence pour les TER.

    Enfin les enjeux sont financiers : le transport public est sous-financé par ses clients et l’effet de ciseau augmente : entre 2003 et 2013, la dépense a progressé de 6 % dans les transports urbains et la recette a baissé de 12 %.

    Les recettes tarifaires doivent donc couvrir au minimum la moitié du coût tout en favorisant la mise en place d’une tarification sociale intelligente, selon la réalité des revenus et l’éloignement et non pas en fonction du statut social ou de l’âge.

    Enfin, nous ne ferons pas l’économie de revenir sur les décisions néfastes du quinquennat achevé : la suppression de l’écotaxe et l’augmentation de la TVA dans les transports du quotidien.

    J’en reviens ainsi à la conclusion de notre tribune pluraliste, citée plus haut : « Liberté, égalité, fraternité, telle est la devise notre République. Tel est également, dans ce second tour de l’élection présidentielle, le chemin du projet que nous choisissons pour une qualité de service des transports au bénéfice de nos compatriotes et de nos entreprises. »

  • La nouvelle bataille du stationnement

    La nouvelle bataille du stationnement

    La dépénalisation du stationnement programmée le 1er janvier prochain se prépare en ce moment.
    Les grandes métropoles qui ont fait le choix de déléguer le contrôle du stationnement payant ont lancé leurs consultations. Dans le cadre de la compétition lancée par Paris, les offres finales ont été remises il y a quelques semaines et le résultat devrait être connu courant juin. Des négociations sont aussi en cours à Bordeaux, les premières offres ont été remises à Strasbourg ainsi qu’à Montpellier…

    Les acteurs traditionnels, Indigo, Effia ou Transdev Stationnement, sont sur la brèche. Mais
    on voit aussi arriver des candidats de l’étranger. Notamment d’Espagne où la dépénalisation du stationnement est déjà pratiquée. Des acteurs chinois se montrent intéressés par le marché européen. Mi-mars, Les Echos révélaient que Shougang, l’un des plus grands groupes sidérurgiques chinois, avait remis une offre pour reprendre Indigo, le numéro un en France.

    Autre bouleversement : la tendance de nombreuses villes à réduire la place de la voiture dans leur centre ainsi que la digitalisation des métiers imposent de repenser le modèle économique. Avec de nouveaux challenges portés par l’arrivée d’opérateurs, notamment les pure players du digital qui se développent vite et bousculent le marché avec des offres tarifaires low cost.

    VR&T a interrogé les patrons de trois sociétés, Sébastien Fraisse, directeur général adjoint d’Indigo, Fabrice Lepoutre, directeur général d’Effia, et François Bruyant, président de Transdev Stationnement. Points de vue.

    Ville, Rail & Transports. Quel bilan dressez-vous de votre activité en 2016 et quelles sont les perspectives pour 2017 ?

    Sébastien Fraisse. Pour Indigo, 2016 a été une année record puisque nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 860 millions d’euros, en hausse de 10 % par rapport à l’année précédente. Tous nos marchés sont en hausse. La croissance a été particulièrement dynamique à l’international (notamment en Europe, tout particulièrement en Espagne, mais aussi au Brésil ou aux Etats-Unis). La France représente désormais la moitié de notre activité.

    En 2017, nous espérons la même tendance, avec certainement une croissance plus dynamique à l’international, qui devrait alors représenter plus de la moitié de notre chiffre d’affaires.

    Francis Lepoutre. Malgré tous les vents contraires en 2016, Effia a réalisé une année très solide avec une hausse de 3 % de son chiffre d’affaires à 145 millions d’euros. Nous avons réalisé une superbe année sur le plan commercial, avec 19 contrats remportés auprès de donneurs d’ordres publics et privés.

    Conjuguée à une politique commerciale B to C très active, cette dynamique nous permet de réaliser un début d’année en fanfare avec une hausse du CA de plus de 11 % par rapport à 2016 sur le premier trimestre. Si l’on fait abstraction de Paris intra-muros, qui subit les conséquences de la politique de la ville en matière de restriction de la circulation, tous les clignotants sont au vert et l’année 2017 sera un très bon millésime.

    Par ailleurs nous venons de nous implanter en Belgique à travers l’acquisition de la société Alfa Park, qui représente la première étape de notre développement à l’international. Enfin, nous nous positionnons résolument sur les appels d’offres en cours pour la gestion de la voirie dans le cadre de la dépénalisation du stationnement, qui représente des perspectives très intéressantes dans les trois années qui viennent.

    François Bruyant. Le groupe Transdev, qui est l’opérateur des mobilités du groupe de la Caisse des dépôts (Transport et Stationnement) a renforcé de manière très importante ses capacités dans les métiers du stationnement en parcs et en voirie. En complément de ces activités, directement ou à travers ses SEM partenaires (stationnement public et privé parcs et voirie, parcs d’aéroports gérés, parcs-relais), Transdev Stationnement a procédé fin 2016 à l’acquisition de 100 % des activités d’exploitation du groupe Urbis Park (250 collaborateurs) et de 10 % de la société des actifs gérés.

    Ces activités (dont le chiffre d’affaires n’est pas consolidé) représentent actuellement un ensemble global de 130 000 places gérées (Paris et IDF, Montpellier, Bordeaux, Metz, Nancy, Laval, Marseille…) Soit un doublement du nombre de places entre 2016 et 2017. Cela contribue à l’expertise du groupe Transdev et lui permet de compléter l’offre multimodale du parcours client, de répondre aux attentes des collectivités et d’apporter une offre de stationnement prenant en compte les enjeux de mobilité au sens large.

    Nous assistons depuis plusieurs mois, à l’approche de la mise en œuvre de la loi Maptam prévue au 1er janvier 2018, à un très fort développement des appels d’offres de gestion et contrôle du stationnement payant de voirie (associés ou non à la gestion de parcs du stationnement).

    Nous avons été les premiers à remporter ce type d’appel d’offres (avec celui de la ville de Suresnes, en cours de déploiement), et nous sommes également présents dans toutes les grandes consultations en cours (Paris, Bordeaux…), mais aussi dans de nombreuses villes moyennes.

    Par ailleurs nous privilégions les offres de gestion globale du stationnement urbain (parcs et voirie), qui nous permet d’apporter une valeur ajoutée complémentaire liée à la connaissance des enjeux globaux de mobilité (transport et stationnement), aux synergies possibles et de profiter des innovations développées par le groupe Transdev.

    VR&T. Comment imaginez-vous les parkings de demain ?

    Sébastien Fraisse. Les sujets dont on parlait depuis plusieurs années (apporter des services nouveaux) se concrétisent. Ainsi, nous avons lancé début mai à Boulogne-Billancourt le premier « parking Midas ». L’automobiliste peut faire réviser sa voiture, changer les pneus. Il peut aussi récupérer un colis.

    Nous partons du constat que les parkings peuvent aussi servir à la vie quotidienne. Ils doivent faire partie du parcours de l’automobiliste.

    Autre projet que nous lancerons en septembre également en Ile-de-France : nous avons neutralisé deux niveaux dans un parking de la Défense, soit 1 600 m2, pour aménager un site dédié à l’événementiel qui sera géré par Culture et Patrimoine. Des concerts pourront être organisés ainsi que des expositions, il sera aussi possible d’y boire un verre. Nous allons donner un autre usage aux parkings. Car ce parking avait été surdimensionné et cela répond à la demande de notre délégataire. Ce sera original et sans équivalent dans la région parisienne.

    Dans le cadre de la requalification des centres-villes, on envisage aussi des animations dans les parkings. La France est très en retard par rapport à d’autres pays dans ce domaine. Très souvent pour des questions de réglementation. En Colombie par exemple, le tiers du chiffre d’affaires d’Indigo ne provient pas directement du stationnement mais d’autres activités.

    Enfin, je vous rappelle qu’Indigo, qui se positionne comme le leader du stationnement, souhaite élargir son activité à la mobilité. Actionnaire de Smoovengo, nous avons signé le 9 mai le contrat Vélib’. Le service pourra s’appuyer sur nos parkings en centre-ville où les vélos pourront être réparés ou stockés.

    Fabrice Lepoutre. Nous travaillons sur trois axes pour le client. D’abord, nous améliorons l’expérience client en rendant l’accès aux parkings plus simple à travers un parcours digital plus fluide. Ensuite, nous proposons des services pour rendre nos sites plus conviviaux : en ce moment par exemple nous généralisons les boîtes à lire, qui reposent sur une démarche participative : chacun dépose un livre et emprunte ceux déposés par d’autres. Enfin nous travaillons sur une offre full service : jusqu’à présent un client payait un espace de stationnement pendant un espace-temps donné. Demain, il accédera à un bouquet de services autour de la voiture, parmi lesquels le stationnement : il pourra en amont réserver le lavage de sa voiture, le changement des pneus, le chargement électrique, etc. le tout en quelques clics sur une appli ergonomique, avec des tarifs compétitifs. En venant chez nous, le client gagnera du temps. Pour cela nous nouons des partenariats avec des entreprises spécialisées et c’est ce qui nous a conduits fin 2016 à prendre le contrôle de la start-up L2O, qui a inventé un dispositif de lavage écologique très innovant.

    François Bruyant. Les parkings en ouvrage vont être impactés par les contraintes et le contrôle accru du stationnement en voirie : le comportement des automobilistes changera forcément. On pense que cela devrait les inciter à fréquenter davantage les parkings. Peut-être aussi les nouvelles politiques de stationnement des collectivités pourraient accélérer de nouvelles formes de travail comme le télétravail.

    D’ores et déjà, les clients nous demandent plus de simplicité, des services personnalisés et des offres tarifaires attractives. Nous cherchons à leur simplifier la vie avec des comparateurs modaux, des supports uniques de paiement et des services, comme la possibilité de récupérer un colis ou de réaliser des travaux d’entretien de leur véhicule quand il est au parking.

    Nous menons aussi une réflexion basée sur notre expertise de la mobilité et notre connaissance du parcours client. Nous tirons parti de la mutualisation de nos services. Par exemple, à Thonon, où nous venons de remporter un marché liant le stationnement en voirie et en parcs, nous pouvons jouer sur les synergies avec Transdev présent localement pour améliorer l’intermodalité. Le parking est l’un des maillons de l’intermodalité. C’est aussi un hub naturel du dernier kilomètre pour la logistique urbaine.

    VR&T. Comment vous positionnez-vous par rapport aux start-up ?  

    Sébastien Fraisse. Pour le moment, les start-up n’ont pas bouleversé le paysage. Nous avons créé un acteur digital : OPnGo qui occupe le créneau. Ce système permet d’entrer et de sortir dans des parkings sans ticket, grâce à une adresse mail, sa plaque d’immatriculation, et bien sûr ses références bancaires.

    Fabrice Lepoutre. En amont, la concurrence sur les appels d’offres est toujours plus intense, il faut se battre sur chaque affaire. En aval, on voit apparaître une concurrence sur les tarifs entre différents parkings, favorisée par l’émergence des acteurs du digital qui font désormais partie du paysage. Face à cela Effia réagit à deux niveaux : premièrement, nous sommes sur une ligne de modération tarifaire (pas d’augmentation en 2016 ni en 2017). Deuxièmement nous ne croyons pas à une hypothétique ligne Maginot face aux acteurs du digital, et nous avons choisi de travailler avec eux en concluant notamment un accord stratégique avec la start-up Onepark.

    François Bruyant. Nous accompagnons les automobilistes tout au long de leur parcours avec des services classiques (information, réservation…) mais aussi via des applis de guidage de recherche de places, ou l’intégration dans les applications multimodales comme Moovizy ou Optimod’, et le développement en partenariat avec des start-up de plateforme de propositions de services liées à l’utilisation et l’entretien du véhicule. Nous travaillons avec une cinquantaine de start-up.

    VR&T. Où faut-il selon vous implanter les parkings ?

    Sébastien Fraisse. Il y a un enjeu propre à la grande couronne parisienne dans le cadre du Grand Paris avec la réalisation de gares nouvelles. Il faudra forcément se poser la question de nouveaux parkings. Ces gares sont construites dans l’objectif d’offrir un accès rapide à Paris, l’Ile-de-France. Certains arriveront en bus ou en deux roues. Mais il faudra aussi penser aux automobilistes en leur proposant des parcs-relais. L’enjeu est très important. En province aussi, le stationnement est le maillon qui permet aux automobilistes de passer de leur voiture à un autre mode. C’est ce que nous proposons à Toulouse où nous avons construit un nouveau parking sous les allées Jean-Jaurès que la ville souhaitait requalifier pour revoir la place de la voiture.

    Fabrice Lepoutre. La construction de parkings dans les centres-villes relève à présent de l’exception : les coûts de construction et d’exploitation des parkings, qui ont explosé au cours des 20 dernières années compte tenu de l’évolution des réglementations, rendent très difficile la rentabilisation de nouveaux ouvrages, surtout lorsqu’ils sont souterrains. En outre, les centres-villes sont déjà plutôt bien équipés, et l’émergence du costationnement (qui rend possible, dans certaines conditions, l’accès au public à des parkings privés) contribue à accroître la capacité disponible. Enfin, avec la loi Maptam les voiries devraient être globalement mieux gérées, ce qui chassera les voitures-ventouses et créera des capacités supplémentaires.

    Les nouveaux parkings seront à l’avenir implantés dans les zones où les capacités en stationnement sont insuffisantes pour couvrir les besoins, c’est-à-dire en périphérie des centres-villes (parcs-relais) et dans les quartiers nouveaux ou faisant l’objet de réhabilitation, à la condition qu’ils puissent être mutualisés pour des usages complémentaires : bureaux, commerces et logements.

    François Bruyant. Les collectivités cherchent avant tout une prise en compte de leurs contraintes spécifiques et donc des projets « sur mesure », avec une forte composante locale.

    Pour les nouveaux ouvrages (moins nombreux cependant), les collectivités comme les clients privés recherchent aussi de plus en plus une optimisation du nombre de places avec une meilleure connaissance et prédictibilité des usages alternatifs, des mutualisations possibles, des techniques de stationnement automatisés (parc d’aéroport pour l’instant).

    On assiste à la poursuite de la mise en cohérence des politiques transport et stationnement, en particulier avec une réflexion sur une meilleure utilisation des parcs-relais.

    Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT

  • Club VR&T. Start-up et transports publics : « je t’aime moi non plus »

    Les Start-up ont des idées dont le transport public pourrait bénéficier à condition que ces deux modèles d’entreprises parviennent à se comprendre. Pour les aider à mieux communiquer, Stéphane Schultz, du cabinet 15marches, animait le Club Ville Rail & Transports avec comme témoins…

    Yann Leriche, directeur de la performance de Transdev, Olivier Vacheret, patron du numérique au Stif, et trois fondateurs de start-up, Julien Honnart, Yann Hervouet et Grégoire Bonnat.

     

    Start-up et grands groupes de transport public n’ont pas grand-chose en commun, mais ces entreprises que tout sépare ont beaucoup à s’apporter. C’est ce que Stéphane Schultz, directeur de 15marches, conseil en stratégie et innovation, a tenté de démontrer lors de son intervention au Club Ville Rail & Transports. « Start-up et grands groupes se différencient par leurs modèles économiques. Nous allons essayer de comprendre leurs spécificités pour rechercher comment améliorer les conditions d’ouverture du marché des transports publics aux entreprises innovantes afin de permettre l’émergence de nouveaux services. » Aujourd’hui, quand on parle de start-up, on est souvent dans le cliché. Vu d’un grand groupe, la start-up c’est une entreprise qui travaille sur le Web, qui est plus agile, plus innovante et plus créative que les grands groupes. Mais qu’en est-il réellement ? « Ce qui différencie une start-up d’une entreprise classique, c’est son modèle économique. La start-up a un business model “scalable“. C’est-à-dire permettant l’automatisation des processus et ayant la capacité de s’adapter à une forte augmentation de son volume d’activité. » Pour illustrer son propos, Stéphane Schultz cite l’exemple d’Uber. « Cette start-up est parvenue à faire correspondre offre et demande. Avec Uber, plus il y a de demande, plus il y a de chauffeurs pour y répondre, d’où un premier cercle vertueux. Et comme les chauffeurs ont plus de clients, ils parcourent moins de trajets à vide. On peut alors baisser le prix de la course pour une même recette, ce qui suscite plus de demandes. C’est le deuxième cercle vertueux. La start-up atteint ainsi un objectif de rendement. Ce modèle vertueux demande de la technologie et de l’optimisation juridique et réglementaire. Si le modèle est scalable, c’est grâce au statut des chauffeurs. Quand il y a de la demande, Uber envoie aux conducteurs des injonctions pour les inciter à aller là où il y a des besoins. Et pour les attirer en période d’affluence, le service module les tarifs à la hausse, ce qui contribue également à dissuader les passagers. Uber n’a rien inventé, c’est ce que font les TGV ou les compagnies aériennes depuis 30 ans. Comme les conducteurs sont des contractuels, l’augmentation de la demande ne leur profite pas, mais Uber leur garantit le même niveau de recette en les faisant travailler plus. Les gagnants sont les usagers qui payent moins cher leur course et Uber qui peut augmenter sa commission. Celle-ci est passée de 15 % à 25 %, mais le point d’équilibre n’est pas encore atteint, il se situe autour de 27 %. » Si l’on compare avec le modèle économique des entreprises de transports publics, on est dans un modèle économique différent et qui n’est pas scalable. « A la RATP, quand la demande augmente, le nombre de chauffeurs/véhicules reste limité, il y a donc moins de couverture et plus de temps d’attente. On est dans le cadre d’une organisation avec des coûts fixes importants et des effets de seuil. Au-delà d’un certain nombre de passagers dans un bus, il en faut un autre. Ce modèle s’optimise de manière moins linéaire, puisqu’il a des rendements par palier. Le modèle Uber est plus liquide. A la RATP, pour réagir à une hausse de trafic, il faut du temps, celui de commander un bus et de former un conducteur. »

    Une start-up se développe en six étapes. « Cela commence par la recherche. Celui qui lance une jeune pousse part de quelque chose qui n’existe pas. Il faut prendre le temps de trouver une preuve de concept, avant de lancer un bêta test, puis de commercialiser le service pour parvenir d’abord à de la croissance locale, puis internationale. Car l’objectif d’une start-up, c’est l’hégémonie mondiale. Les start-up visent le monde, affirme M. Schultz. Mais c’est une économie du gâchis : sur 10 000 start-up qui se créent, seules 200 survivent. A leurs débuts, les jeunes pousses ont très peu d’utilisateurs. Mais si le succès est au rendez-vous, le décollage se fait suivant une courbe de développement en crosse de hockey, très rapide. Et quand cela démarre, il est trop tard pour réagir, lorsqu’on est concurrent », prévient M. Schultz. Les hôteliers en ont fait les frais avec Airbnb. Au départ ils ne croyaient pas à ce service, parce que pendant un an et demi, Airbnb ne représentait pas grand-chose. Mais quand c’est parti, le développement de la plateforme s’est fait de manière exponentielle… Et ce modèle est scalable et nécessite peu de moyens pour pouvoir être dupliqué. « Pour Uber il suffit de trois personnes pour ouvrir une ville », affirme M. Schultz.

    Beaucoup de start-up échouent du fait de leur modèle financier. Lancer une start-up ne demande pas beaucoup de moyens. Il suffit d’un peu de « love money » obtenu auprès de son entourage pour tester un marché. Pour aller plus loin il est facile de décrocher 500 000 euros auprès de business angels. C’est ensuite que cela se corse. Pour aller plus vite que les autres, une start-up ne peut pas se contenter de consolider ses résultats, et d’avoir du bénéfice à reverser à ses actionnaires. Il lui faut traverser une longue période appelée « vallée de la mort ». Une période durant laquelle elle a besoin de beaucoup d’argent pour se développer. Pour cela, il lui faut convaincre des venture capitals d’investir les 10, voire 100 millions nécessaires pour continuer. Ces investisseurs misent sur différents projets en espérant que le succès d’un d’entre eux permettra de les rembourser. En face, le marché des transports publics fonctionne sur des subventions et des fonds propres. La recherche et développement lui coûtent énormément d’argent, et les actionnaires de ces entreprises leur demandent de la marge. Ce n’est pas la même compétition. On a d’un côté des systèmes subventionnés qui proposent de faire du service public, et de l’autre des services qui proposent de fonctionner en risques et périls. « Il n’en reste pas moins que ces entreprises bousculent le marché des transports publics en arrivant avec leurs offres. Que répondre à une société qui leur propose de charger gratuitement une application dans le téléphone des conducteurs de bus pour leur fournir un système d’exploitation, alors que la collectivité a un marché de neuf millions d’euros en recours à la chambre régionale des comptes ? Comment réagir quand une filiale de Google leur dit : j’ai modélisé votre ville et je suis capable de vous dire que dans deux ans vous aurez des congestions à tel endroit, et je suis capable d’optimiser vos stationnements et de libérer 50 % des places en heures creuses ? Comment réagir lorsque leur service marketing met deux ans à préparer les horaires et qu’une boîte leur propose de le faire en temps réel de manière plus précise ? Les entreprises de transport public ont des services lourds et coûteux et elles trouvent en face d’elles des entreprises qui proposent de faire la même chose qu’elles avec un smartphone pour zéro. Cela pose des questions », constate M. Schultz. Mais ces Start-up, capables d’apporter des solutions intéressantes pour le marché du transport public, se trouvent pénalisées par leur manque de connaissance de ce marché. « Elles ne comprennent pas toujours comment fonctionne le marché des transports publics. Beaucoup ne savent pas à qui s’adresser pour proposer leurs services. Faut-il s’adresser aux opérateurs, aux collectivités locales ? Si ces jeunes pousses veulent travailler dans le transport et avoir un contrat de service public, elles doivent se présenter au bon moment et au bon endroit, tout en parvenant à se positionner, non pas comme un concurrent, mais comme un partenaire, avec la bonne stratégie. » Ce qui amène M. Schultz à demander aux représentants du Stif et de Transdev comment leurs entreprises peuvent aider les start-up à accéder à leur marché.

    « Ce n’est pas facile pour les start-up d’aborder nos marchés, car le code des marchés publics n’est pas favorable à cette agilité », reconnaît M. Schultz qui juge toutefois que « travailler avec des start-up, quand on est dans le transport public permet d’avoir un autre point de vue sur les méthodes, la manière d’approcher les problèmes, une démarche différente pour répondre aux besoins de mobilité et aux problèmes des voyageurs ». C’est pourquoi le Stif est à l’écoute de ce que ces entreprises proposent, même si cela implique de faire le tri dans le foisonnement d’initiatives pour faire émerger des solutions qui ont de la valeur. « C’est intéressant pour nous de travailler avec des start-up, car elles ont de bonnes idées qui nous interpellent et nous amènent à faire des expérimentations avec elles. Mais le code des marchés nous oblige à attendre la fin du marché pour remettre un appel d’offres. On ne doit pas doublonner. Il y a un problème de passage à l’acte. Depuis dix ans le Stif subventionne des entreprises qui produisent des informations pour les voyageurs via leur smartphone. Mais on veut aussi de l’information sur site, car on veut éviter de creuser le fossé entre les gens qui ont accès à la technologie et les autres, c’est le rôle du service public. » Pour Yann Leriche, directeur de la Performance de Transdev, la question est moins d’aider les Start-up, que le client. D’autant qu’il prévient : « En voulant aider une start-up, un grand groupe peut la tuer. » C’est pourquoi, Transdev qui travaille avec innov+, une start-up qui propose de la reconnaissance faciale destinée à vérifier que les conducteurs ne s’endorment pas au volant, ne cherche pas à lui imposer d’exclusivité. « Lutter contre l’endormissement au volant est un sujet de sécurité important pour nous, et c’est pourquoi nous avons mis en place un partenariat avec cette entreprise. Mais on ne peut pas être exclusif, car notre marché ne lui suffirait pas pour vivre. On a un modèle gagnant/gagnant. On prend de l’avance en l’aidant à développer sa technologie, mais innov+ doit pouvoir la vendre à tous. » Yann Leriche ajoute que « la différence de business model entre start-up et grands groupes démontre qu’on ne fait pas la même chose. Les start-up recherchent un business model scalable, qui crée des services qui ne sont pas les mêmes que ce que nous proposons. Le service public garantit la continuité de service, pas les plateformes. » Et il souligne que pour améliorer les transports, les start-up ne sont pas les seules à proposer des solutions. « Il ne faut pas oublier les PME. Leur business model n’est pas forcément scalable, mais elles peuvent innover et apporter des choses. » Si Yann Leriche reconnaît que son groupe peut être en compétition avec ces entreprises, il se dit favorable à ce que les Américains appellent la « coopetition ». « Parce qu’on peut être en compétition dans certains domaines et coopérer sur d’autres sujets pour se rendre tous plus fort. C’est dans cet esprit que Transdev a lancé le Catalogue open data et invite tous les acteurs de la mobilité à partager leurs données pour faire naître de nouveaux services. »

    Stéphane Schultz a ensuite demandé à des dirigeants de start-up de témoigner sur la manière qu’ils avaient trouvée pour travailler dans le secteur du transport public. Tous ont d’abord souligné que pour s’adapter au marché des transports, il fallait faire preuve de souplesse et d’adaptation. Padam, start-up créée il y a deux ans par Grégoire Bonnat, a déjà testé trois modèles économiques. « Le premier était une solution de transports à la demande de soirée en BtoC. Puis nous sommes passés à une offre de transports alternatifs pour des personnes ayant des trajets complexes, et récemment Padam s’est encore repositionné pour proposer du transport à la demande sur réservation, dans des petits véhicules. On cherche la concordance entre le marché et le produit pour trouver une croissance de long terme. C’est normal de ne pas viser juste du premier coup. Notre première analyse du marché était bonne, mais il a évolué très vite. A ses débuts Uber était plus cher que le taxi, et en un an il est devenu moins cher. Il a fallu s’adapter. Comme, dans le transport public, la barrière à l’entrée est élevée, et qu’il y a beaucoup de contraintes pour être coopérateur de transport public, à commencer par la capacité financière, nous ne cherchons pas à rentrer frontalement. On travaille avec des acteurs du marché. On a construit un produit qu’on met à disposition des opérateurs comme Transdev, dans des villes où Uber ne sera jamais présent, parce que la masse critique permettant aux chauffeurs de gagner leur vie ne peut être atteinte. On se positionne en sous-traitant des opérateurs, en proposant un mode de transport flexible, pertinent sur certains contextes et de plus en plus utilisé en complément d’un réseau. On offre une solution générique pouvant être déployée de la même manière partout sans développement spécifique. On investit dans un produit que l’on vend à plusieurs clients. Si vous me demandez comment aider les start-up, je vous répondrais : pas avec des subventions, il n’y a rien de moins scalable. On veut juste pouvoir travailler dans une logique d’entreprise à entreprise, avoir des relations décomplexées parce qu’on a un alignement d’intérêts. On veut être considéré comme une entreprise avec un modèle particulier, pas juste comme une bande de jeunes adeptes de technologie. »

    Instant System est une autre start-up qui propose des applications mobiles pour aider les gens à se déplacer dans les villes en utilisant tous les modes de transports existants, y compris l’autopartage, le vélo, et en intégrant la solution de stationnement. Yann Hervouet, son cofondateur explique : « L’objectif est qu’un maximum de gens utilisent le service et de développer le covoiturage. On peut travailler avec les opérateurs de transport qui, même s’ils ont des filiales numériques qui peuvent être en concurrence avec nos activités, sont suffisamment intelligents pour se dire qu’ils ne doivent pas uniquement travailler avec elles, mais tenter d’autres technologies. On travaille avec Keolis, RATP Dev, pour des régies locales et des collectivités. Pour Vianavigo et le Stif, on a trouvé des collaborations efficaces dans une logique intégrée de vente de solutions qui nécessitent des adaptations. Il y a besoin d’accompagnement pour les déployer. Lorsque nous sommes allés proposer notre service à Bordeaux, la collectivité a compris ce qu’on proposait et y a vu une opportunité. Bordeaux est une ville très saturée et le covoiturage est une opportunité de réduire l’usage de la voiture seule. Nous avons pu constater que l’accès aux services publics est une aventure compliquée en France. On gagnerait à faciliter l’accès à la commande publique. Dans ces commandes publiques, on voudrait acheter un service de covoiturage avec un contrat de trois ou quatre ans. Dans la réalité, il faut savoir s’adapter très vite en utilisant les utilisateurs, faire preuve d’agilité. Le produit n’est jamais fini. »

    Ce qui amène M. Schultz à poser la question du prix d’une application mobile. « Combien coûte la création d’une plateforme, sa maintenance, sa mise à jour ? » « Il y a d’abord le coût de la création, mais on construit sur du sable. Le service doit évoluer en permanence. Chez Instant System, on a six développeurs à plein temps. On est sur des coûts de fonctionnement de 250 000 à 500 000 euros par an », assure Yann Hervouet. Grégoire Bonnat précise : « Si on ne fait pas évoluer une plateforme, au bout de deux ans l’application est morte. » Et Olivier Vacheret, responsable du Numérique au Stif, ajoute que e-navigo, demande 250 000 euros/an d’investissements pour faire évoluer la plateforme en fonction de l’évolution des OS, de la taille des téléphones…

    Julien Honnart, cofondateur et PDG de WayzUp, a fait le choix de travailler avec des entreprises, à qui sa start-up propose du covoiturage pendulaire spécialisé domicile  travail. « Pour réussir, il faut un maximum de monde au même endroit pour avoir une masse critique et que l’offre rencontre la demande. Et pour cela, la technologie ne suffit pas, il faut aussi de la confiance. On va dans des bassins d’emplois mal desservis par les transports pour proposer notre service à de gros employeurs qui nous apportent des conducteurs et des passagers. Cela rassure de covoiturer des collègues ou des salariés des entreprises voisines. Pour que la sauce prenne il faut qu’au lancement il y ait un maximum d’inscrits. Dans les zones où on est implanté huit personnes sur dix trouvent des trajets correspondants à leur demande. On est en Ile-de-France, à Lille, en Haute-Savoie, mais aussi à Tulles, où notre service a remplacé un bus. Les entreprises s’abonnent annuellement pour pouvoir proposer notre service qui remplace à moindre coût un réseau de mininavettes privées. Notre modèle est réplicable, et si on l’applique sur toute l’Ile-de-France, il n’y a plus de congestion. » Pour se développer, WayzUp s’est aussi associé à des partenaires ayant une force de frappe commerciale, comme ID automotive, société de location longue durée qui propose ALD community, un service de covoiturage domicile – travail à l’ensemble de ses clients, en partenariat avec la start-up, mais aussi avec Bemobi, filiale de La Poste qui propose sa solution de covoiturage à ses salariés. Mais le patron de WayzUp critique, « pour gagner en souplesse, il serait bon de remplacer l’appel d’offres – où l’on réfléchit deux ans en amont et qui est déjà dépassé quand on met en pratique le produit – par des interfarces de programmation applicatives, ouvertes, qui permettent de se greffer rapidement pour proposer un nouveau service. Concernant la concurrence, l’autorité organisatrice a tout intérêt à privilégier un seul opérateur pour ne pas disperser sa masse critique, mais au niveau au-dessus, le Stif a intérêt à intégrer toutes les solutions dans sa plateforme pour proposer une meilleure couverture ». C’est d’ailleurs ce qui a été fait. Pour proposer une solution de covoiturage, le Stif a préféré recenser tous les services qui existaient avec leurs spécificités et leur territoire, plutôt que de se limiter à choisir un seul opérateur. « Il y en a une quinzaine qui sont complémentaires. Ensemble, nous avons travaillé dans une approche de collaboration multiopérateur pour produire un socle qui interrogera l’ensemble de l’offre. Cela a nécessité que ces entreprises concurrentes se mettent autour de la table. Mais tout le monde a joué le jeu, et cela va aboutir à un standard francilien que l’on proposera lors de la Semaine de la mobilité en septembre prochain, et nos travaux seront reversés à la Fabrique des mobilités, se félicite Olivier Vacheret. Cette open innovation est un cas pratique qui peut être généralisée. On est dans un écosystème très favorable à ce type d’approche, car on a des petits acteurs et cela simplifie le dialogue. Si demain on essaye de faire la même chose avec le taxi, le VTC ou le stationnement, dans le tour de table les rapports de force ne seront pas les mêmes et la volonté de coopérer pas identique. Dans tous les projets d’innovation, dès qu’on travaille avec une grande entreprise il y a beaucoup d’hésitation à coopérer. Cette expérience sur le covoiturage servira peut-être d’exemple. »

    C’est aussi le souhait de Stéphane Schultz, qui voit dans cette coopétition la construction d’une brique technologique. Il salue l’ambition du Stif de la mettre à disposition des autres régions de France, ce qui leur permettra d’éviter d’avoir à tout reconstruire. « Créer des briques exportables et les proposer à la Fabrique de la mobilité, c’est le meilleur moyen de lutter contre ceux qui arrivent avec leur solution et qui ont leur propre écosystème. C’est une façon de proposer une troisième voie, où la collectivité crée les meilleures conditions pour que le meilleur gagne l’accès aux marchés. Il faut parvenir à construire la mobilité avec des briques ouvertes qui n’obligent pas à tout réinventer à chaque fois et faire en sorte que toute amélioration profite à tous. Il faudra 20 ans pour parvenir à des normes. Dans cette perspective, aujourd’hui lorsqu’on construit, il convient de se demander comment faire pour rendre son projet interfaçable, y compris avec des choses qui n’existent pas encore. » Tout un programme !

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

     
  • Le modèle Montréal

    Le modèle Montréal

    Montréal, ville hôte ce mois-ci du congrès de l’Union internationale des transports publics, est célèbre pour son réseau de galeries souterraines en centre-ville, connecté au métro. Modèle analysé et questionné par les urbanistes et architectes, dont dernièrement, David Mangin et Marion Girodo, avec Seura architectes, dans leur livre Mangroves urbaines. Que nous apprend Montréal ? Le Grand Paris peut-il s’en inspirer ? Entretien avec Marion Girodo.

    Ville, Rail & Transports. Montréal est connu pour son important réseau de galeries en souterrain. En France, on associe souvent la réalisation de ce réseau au climat rigoureux du Canada.

    Marion Girodo. Ce n’est pas la seule raison de la naissance de ce réseau, officiellement nommé Reso, et que certains nomment Ville intérieure. Ce système est bien connu et a été largement décrit, analysé par des architectes, des urbanistes, des économistes. S’il s’est développé, c’est parce que, à la fin des années 50 et au début des années 60, la ville était dans une phase de restructuration urbaine et de dynamisme international. Montréal était la première métropole canadienne, même si Toronto, déjà, la rattrapait. On avait prévu de faire un grand CBD (Central Business District) en faisant tabula rasa du tissu urbain ancien, et il y avait la perspective de l’Exposition universelle de 1967. Le climat d’émulation générale a facilité la création de ce Reso.

     

    VR&T. D’où le mouvement est-il parti ?

    M. G. De la gare centrale. Donc d’un réseau de transport même si, au Canada comme aux Etats-Unis, du fait du rôle de l’autocar ou de la voiture individuelle dans les déplacements, les réseaux de transport nationaux n’ont pas du tout l’importance qu’ils peuvent avoir en France. Au début des années 60, la gare centrale est donc réaménagée. L’opérateur, Canadian National, possède des terrains autour et veut valoriser son foncier. Il fait appel à Ieoh Ming Pei…

     

    VR&T. …déjà, « notre » Pei…

    M. G. Oui, c’est un des architectes que l’on retrouve dans notre travail sur les mangroves urbaines, à Montréal, à Singapour et à Paris. L’opérateur canadien fait appel à Pei, donc, et à un urbaniste, Vincent Ponte, qui vont imaginer une première opération connectée directement à un lieu de transport, Place Ville-Marie. Ils imaginent que le centre-ville va être aménagé selon ce modèle, consistant à relier des bâtiments entre eux sans que les usagers aient à passer par l’extérieur pour aller de l’un à l’autre. Il n’y a pas alors de plan-guide en tant que tel, mais la ville accompagne le mouvement. Elle met à disposition des droits d’utilisation du sous-sol public et, quand les opérateurs privés arrivent, ils se greffent sur le système préexistant, créant un nouveau segment du réseau. Tout se fait progressivement, sur un temps long. Et la porte d’entrée principale de ce Reso, c’est le transport en commun, avec la gare centrale, refaite en 1962 et le réseau de métro, inauguré en 1966.

     

    VR&T. Aujourd’hui le système est-il achevé ?

    M. G. Il y a eu des développements lors des années 2000, il doit prochainement y en avoir un autour d’un grand hôpital, mais cela va évoluer a minima. Pour le CBD, on arrive à une stabilisation du système, il ne devrait plus vraiment être prolongé. Et, ailleurs, il n’y a pas de densité urbaine suffisante. Quand on sort du centre de Montréal, on est tout de suite dans du résidentiel – ou, plus loin dans de l’activité – donc il n’y a plus forcément de raison d’édifier un tel réseau. Cela n’a de sens que quand il y a une intensité urbaine importante, de forts flux d’usagers.

     

    VR&T. Comment le système est-il reçu ?

    M. G. Cela reste un modèle international très connu. De façon positive… Mais négative aussi. Il y a des gens qui jugent que c’est affreux de faire un centre-ville comme cela, intérieur, qu’ils assimilent de plus à une ville 100 % commerciale. Ce qui n’est pas exact, car il y a des secteurs liés à des équipements publics, d’autres à des universités et, globalement, une diversité programmatique qui n’est pas du tout inintéressante.

    Dans la plupart des grandes villes du monde, dès qu’il y a un réseau de métro, il y a, à un moment, une ou deux stations qui se connectent à un bâtiment, c’est ce que nous proposons de nommer « mangrove urbaine ». Mais le système qui en résulte est rarement aussi important ou étendu qu’à Montréal. Son réseau principal fait environ 33 km de long et il est assez tentaculaire, desservi par sept stations de métro. Et il y a trois sous-réseaux, dont chacun s’est greffé sur une seule station de métro. Et ce qui est intéressant, c’est que, même s’ils sont petits par rapport au réseau principal, ils sont en réalité aussi grands et complexes que les plus importants systèmes parisiens comme le pôle Saint-Lazare-Haussmann.

     

    VR&T. Vous invitez dans votre livre à ne pas confondre mangrove urbaine et urbanisme souterrain…

    M. G. A Montréal, comme dans les autres mangroves urbaines d’ailleurs, le système ne se résume pas au souterrain. Tout d’abord, la ville est construite dans la pente. Si on regarde le réseau central en coupe, à l’ouest on est dans des espaces souterrains et, plus on va vers l’est, plus on est aérien, tout en restant relativement au même niveau. Ensuite, tout l’intérêt de ces systèmes, c’est que l’on peut passer directement du métro à des bâtiments, à leurs rez-de-chaussée, aux programmes qui se trouvent dans les étages et même, dans un certain nombre de cas, à leurs toits-terrasses, du haut desquels on peut admirer la ville. Alors, on est parfois en souterrain, parfois on ne l’est pas et ce n’est pas ce qui est important. Ce qui importe, c’est la continuité de l’espace, la liberté de circulation entre le réseau de transport en commun et d’autres lieux. On est dedans, dehors, dessus, dessous et, finalement, on ne sait plus très bien à quel niveau on se trouve. Ce qui est essentiel, c’est que les espaces de transition et les espaces intérieurs soient aménagés de façon agréable. Ce n’est pas toujours facile, quand on est sur du couloir pur et dur. A Montréal, ils sont globalement réussis, et certains sont presque devenus de vrais lieux publics. Des gens y patientent sur un banc comme ils le feraient dans un parc ou ils y suivent des cours de yoga. Pourtant, il ne faut pas oublier que ce sont des espaces privés, contrôlés, ouverts seulement aux heures d’ouverture du métro.

     

    VR&T. La ville intérieure est née avec le métro. Comment évolue-t-il à Montréal ?

    M. G. Le centre-ville est très bien desservi. Il va y avoir, à ma connaissance, des extensions du métro pour desservir de nouvelles zones. Dans les années 60, on a parallèlement créé, à Montréal, de grandes infrastructures routières, ce qui a amené un très fort étalement urbain. La question d’aujourd’hui, c’est de desservir les gens qui vivent très loin, tout en faisant une ville durable, etc. Problématique que l’on retrouve ailleurs, à ceci près que Montréal, ayant développé un réseau de transport en commun très dense en son centre, est beaucoup mieux desservi que bien des villes nord-américaines.

     

    VR&T. Pourquoi avoir appelé ces systèmes, de Montréal, de Singapour, de Paris et d’ailleurs, des « mangroves urbaines » ?

    M. G. Parce qu’ils n’ont pas été identifiés en tant que tels. Chaque opérateur regarde sa partie, le transport en commun ou le bâtiment, alors que la réalité des usages, c’est la continuité spatiale d’un espace à l’autre. C’est ce que nous avons voulu raconter. En montrant que les lieux ne devraient pas être si sectorisés. On souhaite dépasser le côté chacun dans sa petite boîte.

     

    VR&T. Comment a pu se faire ce dépassement à Montréal ?

    M. G. Il s’est fait naturellement, les opérateurs se sont mis d’accord entre eux lorsqu’ils ont conduit de grandes opérations architecturales et urbaines et ils ont été accompagnés par les pouvoirs publics. Chaque ville le fait à sa façon. A Paris, c’est plutôt le public qui prend en charge la création de ces mangroves urbaines, à Singapour, c’est le secteur privé, mais à partir des prescriptions du public…

     

    VR&T. Cela va-t-il continuer à se passer à Paris ?

    M. G. A notre sens, un certain nombre de nouvelles mangroves urbaines vont être créées, autant donc les anticiper au mieux.

     

    VR&T. A vous lire, on a l’impression que la Société du Grand Paris a un peu fermé la porte au développement de ces systèmes. Est-ce le cas ?

    M. G. Oui et non. La première fois qu’il a été question des gares du Grand Paris Express, la SGP a communiqué des schémas en disant : les stations de métro d’hier fonctionnent avec des sorties de part et d’autre des quais et provoquent une dispersion sur l’espace public ; les stations de métro de demain auront un grand puits souterrain et une seule entrée/sortie avec un unique parvis. Il a même été dit que les futures gares n’auront pas de couloir souterrain. Comme d’autres architectes, nous nous sommes dit : « Quel est le rapport à la ville ? Comment cela va-t-il fonctionner, sachant que 80 % des stations seront connectées à d’autres réseaux ? »

    VR&T. Où en est-on aujourd’hui ?

    M. G. Les architectes des futures gares ont été sélectionnés et leurs projets publiés. Et, quand on les analyse, on voit bien que ces gares sont connectées aux réseaux de transport existants, qu’il y aura effectivement des couloirs souterrains. Mais aussi qu’il y aura des bâtiments qui viendront se greffer au-dessus des gares et qu’une attention particulière est donnée à l’insertion urbaine de ces gares. Ce ne sera pas tout à fait ce que nous appelons des mangroves urbaines, parce que, pour aller de la gare aux bâtiments, il faudra repasser par l’extérieur, mais on n’en est pas très loin.

     

    VR&T. D’autres occasions en France de repenser la question ?

    M. G. On attend, l’appel à projets « Réinventer les sous-sols de Paris » qui, dans la suite de « Réinventer Paris », va conduire à repenser des sujets proches. Il y aura là une opportunité de trouver de nouvelles façons d’articuler espaces souterrains et ville aérienne.

    Propos recueillis par François DUMONT

  • « Le projet d’entreprise passera par une large consultation »

    « Le projet d’entreprise passera par une large consultation »

    Entretien avec Mathias Vicherat, directeur général adjoint en charge du Projet d’entreprise,
    de la Communication et de l’Image de la SNCF.

    Arrivé en janvier à la SNCF, Mathias Vicherat nous a accordé sa première interview. Il souhaite valoriser l’histoire et le patrimoine de l’entreprise et interroger les agents sur les perspectives de développement.

    Ville, Rail & Transports. Quels sont vos premiers constats
    en arrivant à la SNCF ?

    Mathias Vicherat. Avant d’arriver à la SNCF, j’avais eu plusieurs propositions de postes, dans le public et le privé. J’ai été tout de suite très attaché à la SNCF. D’abord pour des raisons familiales : ayant deux arrières grands-pères cheminots, c’est un écho familial présent. De plus, venant de la fonction publique, je rejoins une entreprise hybride, à la lisière du public et du privé : elle joue un rôle d’aménagement du territoire, tout en ayant les exigences d’une entreprise internationale, qui fait face à une logique de concurrence globale et se développe dans le digital. Cette concurrence se développe sur le rail mais aussi avec des géants comme Google, qui cherche à développer des plateformes de mobilité.

    A la SNCF, Guillaume Pepy et Patrick Jeantet m’ont proposé une fonction très intéressante qui mêle à la fois communication et stratégie. Je constate un hiatus entre le bruit médiatique un peu caricatural sur l’entreprise (le SNCF bashing avec les thèmes récurrents sur les retards et les grèves) et la réalité de l’entreprise qui connaît de très grands succès technologiques, internationaux, commerciaux et sait innover. Peut-être n’avons-nous pas assez expliqué le rôle innovant de premier plan joué par la SNCF dans l’économie ?

    Deuxième constat, c’est la prise de conscience que le facteur humain est fondamental : les agents sont attachés à l’entreprise et y réalisent des parcours longs. Cette entreprise a une histoire forte – c’est dans son ADN –, qui va de La Vie du Rail à Hyperloop en passant par la Résistance. La SNCF est l’un des premiers employeurs de France, a une des principales fondations d’entreprise de France et est un des principaux acteurs du développement durable.

    VR&T. Comment intégrer cette fonction stratégie à la fonction communication ?

    M. V. La SNCF est à la croisée des chemins après la réforme ferroviaire de 2014 : elle s’est fortement diversifiée et doit aujourd’hui s’interroger sur ses objectifs. Comment se projeter à l’horizon 2020 ? Il faut d’abord s’interroger sur l’identité de l’entreprise et ses perspectives de développement.

    Ce projet doit passer par une très large consultation et concertation. Rien ne pourra se faire uniquement en démarche descendante.

    Cette consultation doit s’exercer via différents canaux. Par les représentants des salariés, par le digital mais aussi par une consultation directe très large. Cela paraît indispensable car il me semble que parfois les missions de l’entreprise, les frontières dans lesquelles elles peuvent s’exercer ne sont pas suffisamment comprises. L’idée, c’est que chaque agent, où qu’il soit, puisse donner son avis sur l’identité de l’entreprise, ses valeurs et ses enjeux demain.

    Il y a sans doute aussi à mener un travail important sur la connaissance de l’entreprise. Cela passe par une meilleure connaissance des métiers, en organisant des journées de « découvertes ». On peut aussi multiplier les passerelles entre le groupe public ferroviaire et les filiales…

    Nous sommes à un moment où la question du projet d’entreprise se pose. Nous devons avoir une vision commune : qu’est-ce qui fait la cohérence de l’entreprise, de Keolis à Geodis en passant par le groupe public ferroviaire ?

    VR&T. Comment prendre en compte la dimension internationale ?

    M. V. Cette dimension est très forte puisque, aujourd’hui, l’international représente le tiers du chiffre d’affaires, principalement grâce à Keolis et Geodis. Nous nous développons à l’international, mais c’est pour pouvoir investir en France puisque 93 % des 8,6 milliards d’investissements sont dépensés en France. Et 83 % dans le ferroviaire.

    VR&T. Vous accordez une forte importance à l’histoire
    de la SNCF…

    M. V. Nous réussirons à nous transformer et à nous moderniser si nous ne perdons pas de vue nos racines et nos repères. Notre histoire est une richesse, c’est une vraie force face à nos futurs concurrents. Il faut valoriser l’histoire et le patrimoine de l’entreprise. La SNCF dispose déjà d’un service du patrimoine. Je souhaite réorganiser ce service et ajouter d’autres compétences. Ce service doit devenir « une force de frappe ». Il doit devenir un socle. Nous réussirons d’autant mieux à nous réformer que nous nous connaîtrons.

    Propos recueillis par François DUMONT

    et Marie-Hélène POINGT

  • Comment Eole est en train de changer Paris

    Comment Eole est en train de changer Paris

    Entretien avec Xavier Gruz, directeur d’Eole.

    Le prolongement du RER E à l’ouest a longtemps retenu l’attention à cause de son financement. Qui va payer, et combien, les questions du tour de table ont causé un retard de deux ans. Le feuilleton approche de son dénouement, et, sans attendre les travaux ont commencé conformément au nouveau calendrier. Eole était un dossier, c’est un chantier. Xavier Gruz nous le fait visiter. Et il donne un aperçu des nouveaux quartiers, à la porte Maillot, à la Défense, à Nanterre, qui sont en train de s’édifier. Suivez le guide.

    Ville, Rail & Transports. On parlait peu du chantier d’Eole et, pourtant, il a vraiment commencé. Où en êtes-vous ?

    Xavier Gruz. Le chantier a vraiment commencé en juillet 2016, sur la base de délibérations passées dans la totalité des assemblées délibératives des huit partenaires au projet. Les travaux ont démarré à La Défense. C’est un chantier assez singulier, du fait de l’emplacement de la future gare, sous le Cnit. La réalisation de la faille est bien avancée.

    VR&T. Qu’est ce que la faille ?

    X. G. La faille, c’est la trémie qui va être ouverte dans les différents niveaux du parking. Elle va d’abord permettre de faire fonctionner le chantier, depuis le quai de livraison du niveau C du Cnit, sous lequel se trouvent trois niveaux de parking. Elle servira ensuite d’ouvrage de remontée pour les passagers, depuis la mezzanine de la gare jusqu’au niveau C qui sera aménagé en espace commercial. La faille, c’est à la fois un ouvrage pour la conduite des travaux et un ouvrage définitif. Les travaux de réalisation des micropieux ont commencé. Ce sont 80 tubes en béton, sur lesquels nous allons provisoirement reporter les charges actuelles des fondations des bâtiments du Cnit.

    VR&T. Vous parlez de la célèbre voûte ?

    X. G. Non. La voûte est tenue par des tirants, et nous passons largement en dessous des tirants. Mais elle abrite des bâtiments qui ont été construits ensuite : parkings, centre des congrès, bureaux, centre commercial, hôtel Hilton. Ce sont les fondations de ces bâtiments que nous devons reprendre et qui vont reposer sur le toit de notre gare. Sans que cela ait d’effet, bien sûr, ni sur la voûte ni sur les bâtiments eux-mêmes. Le Cnit reste d’ailleurs ouvert, à l’exception du niveau C, où était une salle de congrès, et d’un des trois niveaux de parkings. L’hôtel Hilton fermera, lui, quatre mois, en 2020, quand nous ferons les travaux juste en dessous.

    VR&T. Le tunnelier n’est pas encore là, mais vous commencez déjà des travaux entre Nanterre et Haussmann-Saint-Lazare. En quoi consistent-ils ?

    X. G. Nous avons commencé les travaux préparatoires (déviation de réseaux, installation des pompes de rabattement des nappes souterraines) mais aussi la préparation de certains puits qui serviront ensuite au secours pour les pompiers ou à l’aération du tunnel. Il y en aura dix en tout, un tous les 800 mètres. Trois à Courbevoie, trois à Neuilly, quatre à Paris. Deux d’entre eux — Friedland à Paris et Gouraud à Neuilly — situés en interstation, seront aussi des puits de ventilation du tunnel qui viendront compléter les « usines de ventilation » des gares.

    L’un des dix puits est déjà bien avancé, c’est, à Courbevoie, Gambetta ouest. C’est de là que sera percé le tunnel en direction de La Défense. C’est par un autre puits, Gambetta est, que descendra le tunnelier, en mai 2018. Il faudra réaliser aussi en priorité le puits Abreuvoir, à Courbevoie, à proximité de la Seine : le traitement des boues excavées se fera là et nous allons créer un port pour l’évacuation de ces boues par des barges. Et à Neuilly-sur-seine, le puits Gouraud doit être prêt pour le passage du tunnelier. Aujourd’hui, sauf à Gambetta-Ouest, dont la réalisation a commencé, nous en sommes, pour les puits, aux travaux préparatoires de déviation de réseaux. N’oubliez pas qu’ils prennent quasiment deux ans et sont un chantier dans le chantier.

    VR&T. Que se passe-t-il, plus à l’est ?

    X. G. Porte Maillot, nous sommes en train de dévier les réseaux Orange, et nous créons une station de pompage afin de descendre le niveau de la nappe phréatique, pour réaliser les travaux en sécurité. Nous devons tirer une conduite pour aller de la porte Maillot à la porte Dauphine, où les eaux seront rejetées dans un grand bassin.

    A Haussmann-Saint-Lazare enfin les travaux commencent, début juillet, par la réalisation du puits d’accès aux chantiers. Nous finissons de déplacer le réseau de fibre optique Free.

    VR&T. Maintenant que nous avons parcouru le futur tunnel d’ouest en est, reportons-nous à l’ouest, au débouché du tunnel sur la ligne classique.

    X. G. A Nanterre, nous avons terminé tous les travaux de démolition et nous avons dégagé nos emprises. Le terrassement a commencé en mars. Dans l’ensemble, le chantier est assez « furtif » et souterrain, une fois les travaux préparatoires finis et les puits réalisés. Mais à Nanterre il sera visible. Ce sera le premier chantier à l’air libre.

    Au-delà, à l’ouest, sur le réseau exploité, des travaux de mise en accessibilité se terminent dans trois gares. Les voyageurs vont bénéficier de « l’effet Eole » avant même sa mise en service en 2024. A Mantes, le nouveau bâtiment côté sud de la gare est bien avancé et doit ouvrir tout début 2018. Ce sera l’une des premières réalisations visibles d’Eole. Cet été, les travaux sur le bâtiment historique à Mantes-la-Jolie commencent pour une livraison prévue en 2020. La gare d’Aubergenville-Elisabethville sera mise en accessibilité et surtout le chantier Eole va commencer sur l’ensemble de la ligne. Le travail de concertation sur toute la partie du chantier concernant la ligne exploitée s’est terminé le 18 mars. Nous attendons le feu vert des pouvoirs publics et sommes résolument confiants.

    VR&T. Pourquoi une nouvelle concertation alors que le projet est déclaré d’utilité publique ?

    X. G. La concertation a deux objets. D’une part les dispositions dites de la loi sur l’eau n° 2, qui concernent les impacts dans quatre départements (77, 78, 92, 93). Nous avons eu en 2016 le feu vert au titre de cette loi pour les travaux souterrains. Reste le dossier sur les travaux de surface. De plus, à Mantes, nous avons présenté au Stif, qui l’a acceptée, une adaptation du projet. Elle se traduit par un ouvrage d’art supplémentaire à l’ouest de la gare. Cela permettra de déniveler les croisements qui sont aujourd’hui à niveau. A l’ouest de la gare de Mantes, les trains venant de Cherbourg – Caen croisent les trains qui vont vers Rouen – Le Havre, ou les Transilien Paris – Mantes. Plein de trains qui se croisent à niveau, c’est comme sur la route, cela crée des embouteillages. Le nouveau système va permettre de déniveler l’ensemble de ces flux, de fluidifier les circulations, en réorganisant complètement la gare de Mantes. Il nous faut pour cela construire un viaduc qui n’était pas prévu lors de la DUP et nous demandons donc une DUP modificative, qui concerne trois communes.

    VR&T. Pourquoi le dossier loi sur l’eau est-il encore en suspens ?

    X. G. C’est tout à fait classique. La DUP décrit de grandes fonctionnalités, mais pas tous les détails d’impact. Et on nous demande désormais de tenir à jour l’étude d’impact, après la DUP. Eole sera le premier grand projet à le faire. De plus, les services de l’Etat nous demandent de nous engager sur des mesures compensatoires : si on enlève 10 m3 de terrain près de la Seine, il faut non loin là remettre 10 m3. L’Etat, est maintenant très exigeant pour éviter des promesses qui ne seraient pas tenues. Nous attendons l’autorisation loi sur l’eau début juin. Alors pourront commencer les grands travaux de génie civil sur toute la partie en surface de Nanterre à Mantes, ainsi que sur la partie existante du RER E, à l’est, avec le viaduc sur le canal Saint-Denis dans le XIXe arrondissement de Paris et le garage des rames vers Gretz, en Seine-et-Marne. Bref, des travaux partout…

    VR&T. Tous les appels d’offres de génie civil sont-ils passés ?

    X. G. Sauf ceux qui concernent les puits du tunnel. Nous les lancerons cet été. Ce seront des plus petits lots, permettant à des entreprises de taille plus modeste de se présenter. Mais, déjà, nous avons lancé les appels de second œuvre pour les gares : escaliers mécaniques, plomberie, électricité, etc. Nous avons pris de l’avance. Nous avons ainsi réservé ces entreprises, qui vont être associées tout de suite à la phase de conception du génie civil, ce qui permettra de savoir quels espaces précisément réserver pour faire passer les escaliers mécaniques ou les ascenseurs. Une fois cette phase de conception passée, ces entreprises seront, pour nos chantiers, en sommeil pendant environ 12 à 18 mois et viendront nous rejoindre pour les phases de réalisation. C’est intéressant pour nous mais aussi pour les entreprises qui pourront mieux gérer leur plan de charge notamment dans la perspective du Grand Paris.

    VR&T. Vous commencez les travaux, tandis que le projet urbain tout autour de la Porte Maillot est en train de changer. Cela a-t-il un impact ?

    X. G. Pas sur la gare. Tant mieux, car elle est déjà assez compliquée. Elle est prise sur un axe est – ouest entre le RER C et le tunnel routier dit Grand Maillot et, en nord – sud, elle est coincée entre le parking et la ligne 1 du métro. Cela nous laisse un rectangle pour réaliser la boîte de la gare, qui ne peut pas changer de place. Mais la sortie que nous avions prévue est impactée par la station du tramway T3, qui est positionnée là où nous avions notre escalier. Donc nous bougeons l’escalier. De plus, une concertation est en cours, menée par la Ville de Paris, sur le réaménagement de la Porte Maillot. La Ville a mûri son projet. Elle veut rétablir la continuité de l’axe allant de l’Arc de triomphe à La Défense en supprimant le grand terre-plein circulaire devant le Palais des Congrès. Paris veut valoriser l’espace ainsi dégagé, ce qui pourrait donner lieu à un agrandissement et une modernisation du Palais des congrès.

    La verrière prévue pour notre gare, au niveau du sol ne change pas de place, mais, au lieu de prendre place dans le terre-plein, comme celui-ci est amené à disparaître, elle sera sur un trottoir longeant l’avenue. Cela ne change rien à l’essentiel des travaux, et nous devrons comme prévu réaliser d’ici 2020 la boîte de la gare, que le tunnelier traversera. 2020, c’est bientôt. Porte Maillot, on conçoit en construisant… C’est une situation un peu inconfortable pour le maître d’ouvrage mais pas insurmontable. Et je pense que l’on aura un bon projet, avec une place bien conçue et une gare qui devient un point fort dans la nouvelle physionomie du quartier. Non loin de là sera édifié le site des Mille Arbres [immeuble-pont enjambant le périphérique proposé pour l’appel à projets Réinventer Paris, NDLR]. Les Mille Arbres vont créer des flux nouveaux, ce qui n’est pas négligeable pour notre projet, et nous aurons une sortie tout près de là.

    VR&T. A Nanterre La Folie aussi, le projet a bougé ?

    X. G. Pas fondamentalement, car, dès le projet initial, l’Epadesa avait souhaité que nous décalions notre faisceau de voie vers le nord, afin de dégager une bande constructible. Et l’Epadesa avait pensé lotir cette bande, cédée par la SNCF, pour amorcer la pompe et financer l’aménagement du quartier. En 2016, Vinci s’est déclaré preneur et a décidé d’y implanter son siège, dans une tour de 100 m, et 80 000 m2 de bureaux. La gare Eole se trouvera en partie sous la tour qu’elle va desservir directement. Nous sommes comaîtres d’ouvrage avec Vinci. Nous déposerons la demande de permis de construire prochainement. La tour devrait être construite en 2020, et nous arriverons en 2022. Autrement dit, nous arriverons dans un lieu dont la mutation urbaine sera déjà effective. Le changement du quartier des Groues ne sera pas achevé – il faudra dix ou quinze ans – mais il sera bien amorcé. De plus, notre gare aura une correspondance très performante avec celle de la ligne 15 du Grand Paris Express, correspondance que les habitants de Seine-aval utiliseront, par exemple, pour aller à Issy-les-Moulineaux. En 2022, quand la partie nouvelle d’Eole sera achevée, la mutation urbaine sera bien avancée aussi à la Porte Maillot dont nous venons de parler. Ce sera aussi le cas à la Défense. La tour Trinity y est en cours de construction. La construction des deux tours Sisters, le projet qui est finalement venu remplacer le projet de tour Phare, devrait suivre et créer de nouveaux flux.

    VR&T. Si les mètres carrés sont loués…

    X. G. Il y a aujourd’hui une forte pression sur les bureaux, à Paris et en toute première couronne. Les bureaux y sont réservés avant d’être construits. Nous avons rencontré des grands promoteurs et, pour eux, Eole est un argument fort, venu valider des options. Une desserte en transport en commun ne suffit pas pour s’implanter, il en faut au moins deux. Sans Eole, nous disent-ils, ils n’auraient pas autant investi à la Défense. Aussi, à la Défense, à la porte Maillot comme à Nanterre, le prolongement d’Eole ouvrira dans de nouveaux morceaux de ville qui fonctionneront déjà.

    Propos recueillis par F. D

  • « Nous visons 200  à 250 millions d’euros  de cessions par an »

    « Nous visons 200 à 250 millions d’euros de cessions par an »

    Entretien avec Benoît Quignon, directeur général de SNCF Immobilier. SNCF Immobilier assume la gestion unifiée du patrimoine de la SNCF. Son directeur général, Benoît Quignon, nous en expose les objectifs : réduire les frais immobiliers du groupe, rationaliser l’outil de production, céder du foncier inutile mais aussi gérer de nouvelles recettes en contribuant au développement de nouveaux quartiers urbains près des gares.

     

    Ville, Rail et Transports. Vous avez pris les clefs de SNCF Immobilier à la suite de Sophie Boissard il y a un an. Comment la nouvelle ligne métier SNCF Immobilier répond-elle aujourd’hui aux nécessités qui ont conduit à cette création ?
    Benoît Quignon. Le groupe public ferroviaire est le deuxième propriétaire foncier de France après l’Etat. La création de SNCF Immobilier est un des fruits de la réforme ferroviaire de 2014. Il fallait une gestion unifiée de ce patrimoine. Intégrée au sein de l’Epic de tête, SNCF Immobilier, qui a été créée en juillet 2015 est aujourd’hui la cinquième ligne de métiers de la SNCF. Une fonction désormais considérée comme stratégique à l’heure où l’entreprise cherche à la fois à faire des économies et dégager des ressources.

    VR&T. Il s’agit uniquement de ne plus laisser dormir ou dépérir ce patrimoine ? Il est souvent très bien placé à proximité des transports ?
    B. Q. SNCF Immobilier travaille pour le compte des différentes entités que sont l’Epic de tête, SNCF Mobilités, et SNCF Réseau qui lui ont donné un mandat de gestion pour 25 ans ; à l’exception de Gares & Connexions qui a la charge des bâtiments voyageurs. A l’intérieur du groupe, cela permet de disposer d’un « interlocuteur unique » qui s’adresse directement pour eux à ses partenaires externes : territoires, élus. Et pour ces derniers, c’est la garantie d’avoir un seul point d’entrée dans le groupe. Qu’il s’agisse de résoudre les problèmes immobiliers du quotidien ou de faire des propositions de développement urbain.

    VR&T. Avec quels objectifs ?
    B. Q. La première mission est de réduire la facture immobilière du groupe public ferroviaire qui représente un milliard d’euros par an. De diminuer par exemple de 15 % une facture d’énergie qui s’élève à 130 millions en 2016. Et de réduire de 22 % sur dix ans le montant des loyers payés à l’extérieur qui atteint 224 millions en 2016. En renégociant les baux, en réduisant les superficies, en mettant aux normes les bâtiments, en regroupant utilement les sites…
    SNCF Immobilier gère 12 millions de m², dont dix d’installations industrielles et ferroviaires et 26 000 objets (bâtiments, etc.). Nous accompagnons chaque activité dans sa démarche pour établir un schéma directeur. Avec un vrai rôle de prescripteur, en demandant à chacune de réfléchir sur ses process de production, de rationaliser. Au moment d’établir les budgets, de décider des investissements, SNCF Immobilier livre son diagnostic. C’est ce que nous sommes en train d’effectuer sur la région Grand-Est avec Matthieu Chabanel, DGA de Réseau en charge de l’activité Maintenance et Travaux, par exemple.
    Il faut faire des économies, mais il faut aussi faire en sorte que l’outil de production soit plus efficace. C’est ce que nous avons réalisé avec le nouveau technicentre de maintenance de Rennes ouvert il y a plus d’un an. Il regroupe dans un seul site compact à Saint-Jacques-de-la-Lande, des activités hier dispersées dans 24 bâtiments anciens en centre-ville. Nous avons la même démarche à Vénissieux. C’est ce que nous allons faire à Hellemmes, à Romilly-sur-Seine. En prenant en compte les process industriels qui doivent pouvoir continuer à évoluer dans le temps, nous concevons un objet immobilier qui répond mieux aux besoins.

    VR&T. En faisant ce travail, vous libérez des bâtiments, des terrains.
    B. Q. Exactement. Et le deuxième volet de nos activités consiste à céder le foncier qui n’est plus ou ne sera plus utile au ferroviaire à l’avenir. Or, les élus, les collectivités territoriales sont très demandeurs de ce foncier pour reconfigurer leurs quartiers car nos sites de centre-ville offrent de très belles opportunités. Même si bien sûr notre première vocation n’est pas de construire des villes, mais reste d’être une entreprise de transport, c’est notre métier de faire que ces opérations se déroulent au mieux et dans l’intérêt des deux parties. Travailler sur les nouveaux quartiers, contribuer au développement des villes autour des offres de transport, la SNCF y a intérêt comme opérateur de mobilités, mais aussi parce que c’est l’occasion de générer de nouvelles recettes.

    VR&T. On pourrait pourtant vous accuser de vendre les bijoux de famille.
    B. Q. Nous ne sommes autorisés à valoriser seulement que ce dont nous n’avons vraiment plus besoin ! Nous visons aujourd’hui un flux régulier de cessions de 200 à 250 millions d’euros par an. C’est une moyenne. C’est parfois moins, parfois plus, certaines opérations pouvant s’élever à elles seules, à plusieurs dizaines de millions d’euros.

    VR&T. Et quelle est la valeur de ce patrimoine ?
    B. Q. Tenter d’en estimer la valeur a priori n’est pas très pertinent. Parce que son prix dépend de ce que nous sommes capables de faire d’un site, et que, un peu partout sur le réseau, beaucoup de bâtiments vétustes, non seulement ne nous rapportent pas mais se dégradent et coûtent cher à entretenir, à gardienner… S’en défaire, même à un prix modeste, est plus intéressant. Et dans certains cas, il apparaît de bonne gestion que nous soyons nous-mêmes les aménageurs des sites que nous mettons sur le marché.
    Avant de vendre, nous faisons des travaux de libération, de la dépollution, de la reconstitution d’installations ferroviaires. Et sur des sites parfois imbriqués de manière complexe dans nos activités ferroviaires, où il s’agit de respecter nos activités, nous sommes les mieux placés. On peut avec cela proposer un plan d’aménagement finalisé, imaginer un objet urbain et architectural qui convienne à la ville. Avec des logements, des bureaux, ce qui permet de dégager de la valeur. Comme c’est le cas souvent à Paris. D’où la création dès 1991 d’Espaces ferroviaires, filiale d’aménagement et de promotion immobilière à 100 % de SNCF Mobilités juridiquement parlant, mais qui dépend de SNCF Immobilier et dont je suis logiquement aussi maintenant le président.

    VR&T. Être promoteur, aménageur comme vous semblez vouloir le faire largement demain à Paris sur Bercy-Charenton par exemple, est-ce que c’est appelé à prendre de l’importance ?
    B. Q. En France, nous avons identifié 34 opérations stratégiques, sans compter celle de Chapelle International dans le nord de Paris qui est en cours. Et d’autres viendront s’y ajouter. Les deux tiers sont en régions, autour des gares. Dans les grandes métropoles régionales, à Lyon, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Nice, mais aussi Antibes… et Annemasse où avec la proximité de la Suisse, de Genève, le marché immobilier est intéressant… Nous serons de plus en plus à chaque fois candidat à devenir l’aménageur. Et dans les cas où nous ne sommes « que » vendeur, ce sera avec un projet en main. Avec un projet qui va dans le sens de ce que les élus souhaitent pour leur territoire.

    VR&T. La ville qui, revoyant son PLU, peut ainsi requalifier le site SNCF en terrain constructible ?
    B. Q. Oui, c’est du gagnant-gagnant. C’est notre intérêt de révéler le potentiel d’un site futur à l’aune de nouveaux usages et besoins. Il devient ainsi cessible au prix du marché. Cela n’a plus rien à voir avec celui du simple terrain industriel.
    Nous sommes des facilitateurs. A Toulouse-Matabiau, un immeuble de grande hauteur va pousser sur le site de l’ancien tri postal. La métropole de Toulouse veut renforcer la centralité autour des transports, autour de la gare. Notre offre doit le lui permettre. La métropole n’est plus seule avec son projet. Et tout ira plus vite avec notre aide. Parallèlement, nous rationalisons le plateau ferroviaire. On reloge également les activités régionales de Réseau et de Mobilités en les réinstallant mieux et avec de nouveaux outils de travail.
    A Rennes-Beaumont, par exemple, il y a encore 30 000 m² à construire en accord avec la ville. Le marché y est dynamique mais fragile. Et avec l’arrivée du TGV, c’est le bon moment.
    Même chose à Bordeaux où nous avons des relations de confiance avec l’EPA Euratlantique. Nous serons opérateur de macro-lots dont certains seront conservés pour nos propres besoins, pour ICF Habitat. Et d’autres où nous agissons pour le compte de tiers.

    VR&T. Développer le logement près des réseaux de transport tient une place importante dans l’activité de SNCF Immobilier ?
    B. Q. Comme Espaces ferroviaires, ICF Habitat, qui est à la tête de 100 000 logements est une filiale rattachée à SNCF Mobilités mais son président en est le directeur général de SNCF Immobilier. Ses logements sont accessibles aux cheminots mais aussi à tous les Français dans le respect des plafonds HLM. ICF Habitat réunit quatre sociétés ESH (SA HLM) et Novedis qui fait du logement libre, ainsi qu’une société spécialisée dans la transaction immobilière. Aujourd’hui en France, les besoins en logements sont très importants on le sait, notamment en Ile-de-France et dans quelques grandes métropoles régionales. Nous construisons essentiellement du logement social : 1 500 à 2 000 par an. Et 150 à 250 logements par an en secteur libre, qui ne sont pas subventionnés et demandent donc beaucoup de fonds propres. En 2015, SNCF a libéré par ailleurs du foncier pour 4 000 logements en France. L’Etat se tourne vers nous et nous sommes de « bons élèves » au travers du dispositif animé par Thierry Repentin, président de la Cnauf (La Commission nationale de l’aménagement, de l’urbanisme et du foncier).

    VR&T. Reste-t-il encore beaucoup de sites potentiellement valorisables ?
    B. Q. Nous évaluons le potentiel restant à quelque 3 000 hectares. Des sites d’intérêt très hétérogène. Dont 250 hectares au total sur l’Ile-de-France. A Paris, après les 50 hectares qui viennent de faire l’objet en novembre de la signature d’un protocole foncier avec la Ville sur sept sites dans le nord et le sud-est, il en reste environ 20 ha qui présentent de l’intérêt dans le XIIIe arrondissement aux Gobelins ainsi que du côté de la Villette.

    VR&T. Comment s’établit le partage avec Gares & Connexions ?
    B. Q. Gares & Connexions a autorité sur les bâtiments voyageurs des gares. Mais le trait n’est pas toujours facile à tracer. Pour revenir à notre opération de Toulouse-Matabiau, Gares & Connexions souhaite investir pour améliorer l’interconnexion des transports et, pour équilibrer ses comptes, garder ce qui peut accueillir des commerces. Le maire, lui, ne voulait pas risquer de mettre en difficulté les commerces de son centre-ville. Nous avons donc missionné conjointement un expert indépendant pour définir le potentiel du nouveau quartier en termes de commerces, et dégager plusieurs scénarios partagés par les parties prenantes. Au maire ensuite d’arbitrer au vu de l’orientation qu’il souhaite donner à l’urbanisme commercial du centre de l’agglomération. Et il le fera en ayant en tête les préconisations économiques (légitimes et argumentées) de la SNCF.

    VR&T. Et avec les appétits de la Société du Grand Paris, ce doit être encore plus compliqué ?
    B. Q. Les volumes que demande le Grand Paris Express sont considérables. Ils portent sur les 25 gares interconnectées qui nécessiteront d’adapter à la fois les bâtiments voyageurs SNCF existants et les installations dépendant du réseau (quais, liaisons verticales…), les tréfonds, lorsque les tunnels du Grand Paris Express ou les gares se situent sous les emprises SNCF. Les besoins d’installations techniques (puits de ventilation, sites de maintenance des infrastructures ou des véhicules) requerront des emprises spécifiques.
    C’est tout l’objet du protocole signé par le groupe SNCF et la SGP le 24 octobre dernier. Il définit les grands principes régissant la mise à disposition et la cession de fonciers de SNCF Réseau et SNCF Mobilités/Gares & Connexions au profit de la Société du Grand Paris.
    SNCF met à sa disposition les terrains nécessaires. Gratuitement. Etant entendu que si la SGP réalise une opération lucrative sur tel terrain du même coup, les travaux préalables de sa remise en état devront être remboursés. Pour certaines emprises, en contrepartie de la gratuité des conventions d’occupation temporaire accordée par SNCF Immobilier, la Société du Grand Paris s’engage à financer des études de valorisation immobilière sur huit sites : Sevran-Livry, Villiers-sur-Marne, Drancy-Bobigny, Versailles-Chantiers, Rosny-sous-Bois, Pont de Rungis, le Bourget RER et Bécon-les-Bruyères.

    VR&T. De tout ce que vous aurez vendu, vous ne tirerez plus de revenus ?
    B. Q. Nous n’avons pas vocation à tout vendre, certains biens à vocation industrielle ou entrepôts sont générateurs de revenus récurrents et contribuent au développement d’activités ferroviaires. Nous nous inscrivons dans une approche globale. Par ailleurs nous réfléchissons à rester propriétaires au travers de foncière(s) sur des sites bien positionnés. Pour cela il faut mobiliser du cash. Or, le cash est rare, cet axe stratégique doit être mis en regard des priorités sur l’investissement industriel ou le digital. Cela fait l’objet de nos réflexions en 2017.

    Propos recueillis par Chantal BLANDIN et François DUMONT

     

     

  • « La publicité dans les transports affiche une très forte hausse »

    « La publicité dans les transports affiche une très forte hausse »

    Entretien avec Albert Asséraf, directeur général Stratégie, Data et Nouveaux usages chez JCDecaux. class= »p1″>
    Pour Albert Asséraf, le groupe de communication voit ses métiers se transformer avec l’importance accrue du digital. 150 ingénieurs planchent en permanence pour innover dans tous les domaines avec un principe économique intangible : faire payer l’innovation par la publicité.

    Ville, Rail & Transports. Comment se portent les activités de JCDecaux ?

    Albert Asséraf. Partout dans le monde, la communication extérieure progresse. C’est le média qui progresse le plus, si l’on met à part Internet. Plusieurs facteurs portent cette croissance : de nombreux territoires s’ouvrent à la communication extérieure, ce qu’ils faisaient moins auparavant. C’est le cas de l’Amérique du Sud ou de l’Afrique. JCDecaux est ainsi présent dans 77 pays.

    Autre évolution favorable : la mobilité urbaine. Partout dans le monde, on se déplace de plus en plus, et de plus en plus longtemps. Cette mobilité est favorisée par tous les outils qui permettent d’être connecté en permanence comme si on était chez soi.

    Enfin, la digitalisation est aussi un facteur de croissance. Dans les aéroports, les gares et les métros, on observe une digitalisation très forte de nos métiers. C’est aussi le cas dans les grandes capitales, qui se dotent en mobiliers digitaux. Comme Berlin, Londres, Chicago ou New York.

    VR&T. Et en France, les villes recourent-elles à ces nouveaux mobiliers digitaux ?

    A. A. Angers a été la première à s’équiper en 2012 avec 15 mobiliers digitaux sur mâts. A Nantes, dans le cadre du renouvellement global du mobilier urbain, nous allons déployer 60 écrans digitaux de 2m2 qui équiperont Abribus et Mupi. Depuis octobre dernier, nous avons aussi commencé à installer 26 écrans digitaux dans les villes de Levallois-Perret et Neuilly-sur-Seine. Nous en avons aussi lancé une cinquantaine à la Défense. Ces nouveaux mobiliers permettent aux villes de communiquer en temps réel sur l’actualité, les rues fermées, le trafic automobile… Ils sont financés par la publicité, qui les utilise à 50 % du temps, l’autre moitié du temps étant à disposition de la collectivité. Dans le cadre de ce modèle économique, c’est un investissement important qui doit souvent être renouvelé en cours de marché car les technologies évoluent, alors qu’un abribus traditionnel a une durée de vie de 15 ans.

    VR&T. Quelles sont les activités les plus dynamiques ?

    A. A. Le mobilier urbain et la publicité dans les transports sont les deux segments qui progressent le plus sur les dix dernières années. Notre activité dans les transports affiche une très forte hausse.

    En revanche, le grand format a moins progressé, même si cette activité reste importante : quand des lignes de métro ouvrent en Chine, et lorsque nous gagnons un contrat, cela représente tout de suite des apports conséquents. Nous avons également remporté de nombreux contrats dans des aéroports dans le monde. Quand nous gagnons des marchés urbains, comme à Londres ou New York cela concerne des milliers d’abribus. A Londres, par exemple, on compte 15 000 abribus.

    Aujourd’hui, le chiffre d’affaires réalisé dans les transports s’élève à plus de 40 % du total, tandis qu’il est d’un peu moins de 15 % dans l’affichage. On a constaté une inversion de tendance : il y a 10 ou 15 ans, l’affichage était à 40 % et les transports à 15 %. A l’avenir, nos activités dans le mobilier urbain et le transport devraient continuer leur progression.

    VR&T. Souhaitez-vous toujours renforcer votre présence dans les transports en France ?

    A. A. En France, nous sommes présents uniquement dans les aéroports sur le segment transport. Comme nous sommes actionnaires minoritaires dans Mediatransports, nous ne pouvons pas consolider ces activités dans nos comptes. La part de notre activité transports réalisée en France est donc inférieure à celle réalisée dans le reste du monde. Nous avons voulu racheter Metrobus, mais l’Autorité de la concurrence a considéré que les conditions de marché n’étaient pas réunies…

    VR&T. Votre stratégie repose-t-elle aussi sur des achats de société à l’étranger ?

    A. A. Notre stratégie repose à la fois sur la croissance organique et la croissance externe. Ainsi, nous sommes devenus numéro un en Afrique grâce au rachat en 2015 de Continental Outdoor Media. De la même manière, nous avons auparavant pris le contrôle d’Eumex en Amérique centrale.

    VR&T. Avec l’importance croissante du numérique, qu’est-ce qui change dans vos métiers ?

    A. A. La communication extérieure représente, avec le Web, le seul média mondial. Nous pensons que nous devons prendre le leadership sur les produits nouveaux. Nous ne sommes pas à l’abri d’un nouvel acteur qui serait « disruptif », mais n’oublions pas qu’il y a des barrières d’accès aux marchés liées aux montants des investissements à consentir : installer des milliers d’équipements a un coût très important. Nous sommes en mode innovation tout le temps : 150 ingénieurs travaillent sur tous les sujets dans notre centre de recherche et développement à Plaisir. Le principe est le même que pour les mobiliers urbains : nous innovons sur des services financés par la publicité.

    VR&T. Pourquoi vous être positionnés sur les vélos en libre service, alors que c’est un service cher en raison du vandalisme ?

    A. A. A l’exception de Nancy et Dublin, le VLS est une contrepartie des marchés de mobilier urbain : les programmes sont financés par la publicité.

    A Paris, dans le cadre du contrat de concession conclu entre 2007 et 2017, les recettes des abonnements et des locations de VLS vont à la ville. Comme le taux de vandalisme était bien supérieur à celui initialement envisagé, nous avons signé un avenant permettant à la Ville de contribuer financièrement aux coûts subis lorsqu’un vélo n’est pas retrouvé. Des milliers de vélos sont volés chaque année sur les 20 000 Vélib’ mis à disposition sur Paris et 29 communes. On retrouve la grande majorité des vélos volés (90 % environ), mais il faut les réparer, les remettre en service. On demande à la Ville 400 euros par vélo non retrouvé, sachant que le coût de revient d’un Vélib’ (que nous achetons en pièces détachées) est de 650 euros.

    Dans le prochain contrat d’exploitation du Vélib’ pour lequel nous avons répondu à l’appel d’offres, les vélos ne seront plus financés par la publicité. La ville a dissocié les deux marchés, d’une part le mobilier urbain, d’autre part le vélo en libre service. Alors qu’à Lyon, où un appel d’offres a également été lancé, le modèle initial (la publicité finance les vélos) a été conservé.

    VR&T. Pourquoi la Ville de Paris a-t-elle changé de modèle ?

    A. A. Dès lors que ce n’est plus Paris qui organise l’appel d’offres mais le Syndicat mixte Vélib’ Metropole, il se trouve que les contrats de mobilier urbain des villes faisant partie du syndicat n’ont pas les mêmes échéances que celui de Paris…

    VR&T. Pourquoi vous être associé avec la SNCF et la RATP ?

    A. A. Nous sommes le numéro un du vélo en libre service, présent dans 13 pays et 70 villes. Nous apportons un vrai savoir-faire. Notre volonté, c’est de développer un nouveau service à l’échelle de la métropole avec les deux plus grands spécialistes de la mobilité. Ce sont deux acteurs qui ont su développer des programmes de multimodalité et proposer du porte-à-porte.

    Notre stratégie, c’est de proposer des services qui facilitent la vie en ville. Nous savons que la mobilité durable est un axe majeur de développement dans les villes et que les vélos vont y trouver une place nouvelle. C’est pourquoi nous répondons à cet appel d’offres avec une forte détermination.

    VR&T. Quels sont les nouveaux produits qui peuvent faciliter la vie en ville ?

    A. A. Nous avons gagné en juin dernier la consultation lancée par le Comité des Champs-Elysées pour lancer le Wi-Fi gratuit sur l’avenue. Nous avons installé toute l’infrastructure et financé le Wi-Fi en haut débit sur près de 1,5 km. C’est gratuit tout le temps et pour tout le monde. Le même modèle a été mis en place dans les aéroports d’Orly et de Roissy. C’est une façon d’apporter un service attendu en échange d’un financement par la publicité.

    Autre innovation, à Panama City, nous développons dans le mobilier urbain des microantennes, qui offrent la 4G et demain la 5G dans un rayon de 80 à 100 mètres : les opérateurs nous paient un loyer pour qu’on héberge ces microantennes dans nos mobiliers.

    Parmi les nouveaux services, on peut aussi citer les nouveaux kiosques de Paris : nous avons gagné le marché des 400 kiosques parisiens grâce auxquels on peut apporter de nouveaux services : par exemple une billetterie spectacles permettant de réserver directement des spectacles sur des écrans tactiles.

    Nous collaborons beaucoup avec des start-up : nous avons d’ailleurs lancé notre propre incubateur avec Paris. Avec Paribas, nous avons par exemple contribué à accélérer le développement de la start-up Didüenjoy qui permet d’interroger un très grand nombre de personnes pour connaître leurs opinions sur quelques questions.

    Propos recueillis par 

    Marie-Hélène Poingt 

  • « 60 % de notre activité est en négociation cette année »

    « 60 % de notre activité est en négociation cette année »

    Entretien avec Frank Lacroix, directeur général de TER.

    Confronté à la baisse du trafic voyageurs et au mécontentement croissant des régions, le nouveau directeur général arrivé il y a un an à la tête de l’activité TER expose ses projets : renverser la tendance en baissant la facture pour les régions. Il vient de signer une convention exemplaire à ses yeux avec Grand-Est. Mais doit maintenant convaincre les autres, notamment Paca, de suivre le même chemin. En attendant l’arrivée de la concurrence.

      Ville Rail & Transports. Quel est le bilan de l’activité TER en 2016 ?
    Frank Lacroix. 2016 se situe dans la continuité des années précédentes : entre 2012 et fin 2015, le trafic a reculé de 4,4 % en cumulé. Cette tendance s’est poursuivie si on fait abstraction des jours de grèves qui ont aggravé la situation l’année dernière. Mais avec le plan de relance que nous avons mis en place, nous ressentons les premiers bénéfices : les chiffres sont encourageants depuis septembre. En novembre et décembre, nous avons engagé un accompagnement marketing en ciblant à la fois les abonnés (avec des tarifs particuliers, des remises sur abonnements) et les occasionnels (avec des prix ronds). Plutôt que de continuer à perdre des voyageurs (cette perte atteindrait 7 % entre fin 2015 et 2020 si nous ne faisons rien), notre ambition est d’en gagner entre 5 et 10 %.
    Pour atteindre cet objectif, nous devons nous mobiliser sur la qualité de service. Car les raisons pour lesquelles nous perdons des voyageurs ne sont pas seulement liées à la concurrence des autres modes ou au faible prix du carburant.

    VR&T. Comment expliquez-vous cette désaffection des clients et le mécontentement des régions ?
    F. L. La dérive existe depuis un bon moment : nos coûts augmentent et nos clients se détournent de nos offres. Je comprends parfaitement le niveau d’attente de nos clients. Et les régions ne peuvent supporter une dérive des coûts permanente. Si nous ne faisons rien, les autorités organisatrices paieront 14 % de plus pour un service identique. Dans le même temps le nombre de voyageurs déclinera et la perte de productivité sera de l’ordre de 23 %.
    D’où l’intérêt du plan de transformation que nous avons souhaité coconstruire avec les autorités organisatrices. Les régions ont changé de taille, leurs responsabilités sont plus grandes puisqu’elles sont chargées de la mobilité sur leur territoire. Le transport ferroviaire n’est donc plus qu’un élément de la mobilité, il n’est qu’une pièce du puzzle.
    Faire partie d’un grand groupe est une opportunité formidable de croissance.
    Il faut donner toute la priorité aux trains du quotidien et réaliser les transformations appelées de ses vœux par Guillaume Pepy. C’est la mission qu’il m’a confiée et qui se traduit par le plan CAP TER 2020. Tout le monde est mobilisé dans l’entreprise et pas seulement les 28 000 collaborateurs de TER.
    SNCF Réseau doit y contribuer aussi. Car une grande partie des difficultés, des retards, vient des problèmes d’infrastructures. Le contrat de performance est un des éléments de réponse, ainsi que tout le process industriel qui va se mettre en place.
    Notre plan de transformation doit aboutir à ce qu’en 2020, nous soyons les meilleurs du marché pour que les clients aient envie de nous choisir.

    VR&T. En quoi consiste ce plan ?
    F. L. Le plan de transformation que j’ai présenté il y a quatre mois repose sur trois grands chantiers. D’une part notre offre doit être mieux ciblée. On ne peut pas « traiter » de la même façon la desserte des territoires périurbains, celle des territoires ruraux ou encore les liaisons entre deux grandes villes. C’est ce que nous faisions jusqu’à présent. Or, la desserte des territoires n’a rien à voir avec le mass transit par exemple. Nous avons retravaillé nos concepts d’offre, nous les avons rationalisés et désormais, nous proposons une offre segmentée et adaptée à chacun.
    En juillet prochain, nous aurons une application très concrète de ces principes en Bretagne où nous avons revu notre offre TER en lien avec l’arrivée du TGV. Nous proposons ces concepts aux régions qui peuvent chacune les décliner selon leurs caractéristiques. Nous mettons aussi en place des accompagnements marketing.
    Le deuxième chantier concerne la transformation numérique du TER. En fin d’année, nous allons déployer notre CRM [outil de gestion de la relation avec les clients, NDLR]. Ainsi, nous disposerons d’outils nous permettant de connaître nos clients pour les suivre et leur proposer des services adaptés. Nous nous sommes également engagés en fin d’année dernière à proposer toutes nos offres via le numérique : désormais, il est possible d’acheter son billet sur smartphone. Nous allons continuer dans cette voie, et dès la fin de cette année, toutes nos offres, en particulier les abonnements, seront numérisées.
    L’industrialisation de notre production constitue notre troisième chantier. Nous constatons qu’il y a autant de performances qu’il y a de régions. Nous sommes en train de réaliser une revue générale des processus de production des trains et des services pour repérer les meilleurs. Puis nous standardiserons ces process et nous les déploierons partout. Un exemple : le taux de fraude peut atteindre 18 % dans certaines régions, alors qu’il est de 7 % dans d’autres. A chaque fois, dans chaque domaine, il y a une région qui fait 30 % de mieux que les autres. Nous nous inspirerons des pratiques les plus efficaces. Une fois que nous aurons défini les grands principes, ils seront déclinés par région en fonction de leurs spécificités.

    VR&T. Comment éviter la pénurie de conducteurs comme cela s’est produit en 2016 ?
    F. L. 2016 a été une année particulière avec les grèves et le manque de conducteurs dans certaines régions. Nous avons réagi. Nous faisons en sorte que la gestion quotidienne de la traction soit optimisée. De plus, nous avons engagé un énorme effort en matière de recrutements : plus de 1 000 conducteurs ont été recrutés pour être formés en 2016, alors qu’il n’y en avait que 470 en 2013 et 500 en 2014. Nous en recruterons encore 1 200 cette année. Supprimer des trains parce qu’on n’a pas assez de conducteurs n’est pas acceptable. Nous devons être capables d’une anticipation plus forte via la constitution d’une réserve de conducteurs : nous disposons déjà de moyens de réserve mais nous sommes en train de voir comment nous pouvons mieux les dimensionner.

    VR&T. Et comment améliorer la ponctualité ?
    F. L. Le taux moyen de régularité est de 91 %. Il pourrait donner l’impression que nous sommes performants. Mais il n’en est rien. Nous devons faire beaucoup plus. Certains trains sont chroniquement en retard. Ce sont eux sur lesquels nous focalisons notre attention. Il faut les traiter en priorité.
    Autre impératif : faire en sorte que les trains ne soient pas en retard parce qu’il y a eu des travaux sur la voie. Cela passe par une meilleure collaboration entre Réseau et Mobilités.

    VR&T. L’annonce de ce programme n’a apparemment pas suffi pour la région Paca qui a stoppé les négociations avec la SNCF en vue de renouveler sa convention…
    F. L. Dans cette région, il y a des difficultés spécifiques liées notamment au matériel et à des problèmes d’embouteillage sur le site de la Blancarde. Elles expliquent en partie des problèmes de ponctualité.
    Pour en revenir aux négociations que nous avions engagées, la région a décidé de diminuer unilatéralement de l’ordre de 250 millions d’euros la facture. Or, nous étions en train de négocier avec elle pour définir une trajectoire d’amélioration des services et de baisse des coûts. Mais nous avions une divergence sur le montant de la contribution régionale pour l’année 2016, dernière année de la convention. La région a fixé unilatéralement le niveau et le prix de la convention.
    La situation un peu ubuesque : Paca est pour moi une région où devrait s’appliquer mon plan transformation. Les performances ne sont pas les meilleures et le TER est plus cher qu’ailleurs. C’est l’un des sujets sur lequel on pourrait devenir plus efficace. Toutefois, il faut se méfier des comparaisons : une des raisons au prix élevé du train-km tient au fait qu’il y a beaucoup de gares à desservir : la vitesse des trains joue sur ce coût. En disant cela, je ne me défausse pas, Paca est pour moi une région prioritaire.
    Je propose de m’engager sur une trajectoire financière qui prévoit l’amélioration des performances et une baisse de la contribution financière de la région. Mon ambition est d’arriver à une baisse de 5 à 10 % du coût voyageur-km. Nous allons augmenter la fréquentation de l’ordre de 7 % et donc baisser le coût voyageur-km dans l’ordre de grandeur que je viens d’indiquer. C’est d’ailleurs ce que nous allons faire dans le cadre de la convention signée avec Grand-Est. Si c’est possible dans une région comme Grand-Est qui n’est pas la moins performante, je pense que c’est possible ailleurs.
    Cela ne me décourage pas de lancer mon plan de transformation pour la région Paca. Nous avons un plan à court et moyen terme pour y redresser la production des TER. Par exemple, nous allons diviser par deux le nombre de suppressions de trains et baisser les retards. J’ai d’ailleurs présenté à la fin de l’année dernière au directeur général des services mon plan détaillé. Ce plan, nous sommes en train de le déployer. J’ai même invité la région à le copiloter. J’espère qu’en apportant les preuves de notre efficacité, nous pourrons reprendre les discussions pour évoquer une nouvelle trajectoire.

    VR&T. A vous entendre, la convention avec Grand-Est est l’exemple à suivre ?
    F. L. C’est la première convention signée de l’ère post-transformation régionale. C’est aussi un contrat exemplaire : le niveau d’exigence très élevé de la région me convient. L’objectif de la hausse de la recette à réaliser m’engage à hauteur de la moitié. Des pénalités élevées seront appliquées si la performance du service n’est pas au rendez-vous car nous sommes vraiment engagés. Enfin, dans la convention, un article définit le cadre de la mise en concurrence : elle pourra avoir lieu à partir de 2021. Nous définirons ensemble son périmètre pour que l’arrivée de la concurrence ne déséquilibre pas le contrat. C’est un point de vue convergent de la région et de la SNCF. C’est dans l’intérêt de la région et c’est une volonté de partager.

    VR&T. Quelles sont les autres conventions qui devraient prochainement aboutir ?
    F. L. Cette année sera intense en termes de négociations contractuelles. Nous avons écrit beaucoup d’avenants pour harmoniser les échéances des conventions des régions qui fusionnent. En Occitanie, nous entrons dans les négociations. C’est intéressant car c’est une région qui vient d’organiser les Etats généraux du rail et de l’intermodalité. La région veut donner une place centrale au rail dans la mobilité. Elle prévoit d’investir quatre milliards d’euros pour développer les transports. L’amélioration de la qualité de la production ferroviaire est un point fondamental.
    D’autres régions sont concernées par les renouvellements de convention, comme la Bourgogne-Franche-Comté ou la Normandie. En Pays de Loire, nous sommes en train d’écrire un avenant en vue de la prochaine négociation.
    En Bretagne, l’enjeu est d’absorber la croissance de l’offre apportée par la grande vitesse, avec une trajectoire financière maîtrisée. Au total 60 % de notre chiffre d’affaires est en négociation cette année.

    VR&T. Comment intégrer les lignes TET qui vont devenir des TER ?
    F. L. On connaît les lignes TET qui vont devenir des TER : elles représentent 70 % des lignes et vont être transférées aux régions entre 2017 et 2020. Ce qui représente 10 % de volume de TER en plus. C’est l’équivalent d’une région de plus à gérer. C’est la bonne solution pour garantir la pérennité et l’intégration des Intercités dans la mobilité. Nous devrons dégager des synergies et réduire au maximum leur déficit. Nous allons engager un très gros travail avec les régions pour les intégrer, pour les optimiser. Cela dans une logique multimodale.

    VR&T. Certaines régions ont d’ores et déjà indiqué qu’elles souhaitaient la concurrence… Paca ou Les Pays de la Loire, par exemple.
    F. L. Les Pays de la Loire prévoient de mettre en concurrence grosso modo 10 % de l’offre. Nous proposons de procéder comme avec Grand-Est.
    Mais pour l’instant, le cadre législatif qui doit autoriser l’expérimentation de la concurrence n’existe pas encore. Rappelons que l’Europe a programmé l’ouverture à la concurrence en 2023. C’est-à-dire demain.
    Puisque les régions le veulent, puisque la concurrence arrive, il doit y avoir une phase de préparation. Nous sommes prêts à avancer. Ce n’est pas une petite affaire. Il faut que l’expérimentation soit utile et qu’on puisse en tirer les leçons.
    Cette mise en concurrence ne me fait pas peur. Je vais mettre toute mon énergie pour que la SNCF soit en pôle position. J’espère que nous augmenterons la part du ferroviaire dans les mobilités régionales. Je ne suis pas dans la logique de dire : attention ! on va perdre des parts de marché. Au contraire, en organisant toutes les mobilités, en jouant le jeu, en aidant les collectivités à organiser mieux les mobilités sur leurs territoires, on va augmenter de façon évidente les transports publics. Le marché présente un potentiel de croissance considérable.

    VR&T. Keolis se dit prêt à être candidat en cas d’appel d’offres…
    F. L. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir une compétition entre Keolis et TER. Nous avons une expertise exceptionnelle et d’énormes atouts pour l’emporter. Nous serons au rendez-vous de la compétitivité. De son côté, Keolis a une grande expertise sur la mobilité. On peut imaginer des offres innovantes dans lesquelles les opérateurs associeraient leurs forces.
    Enfin, les régions aussi auront encore plus de compétence puisque lorsque la concurrence arrivera, elles auront sans doute bien avancé sur leur vision en matière de multimodalité.
    Propos recueillis par
    Marie-Hélène POINGT