Catégorie : Ferroviaire

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  • Au Sénat, le Grand Paris Express a de nouveaux supporters

    Au Sénat, le Grand Paris Express a de nouveaux supporters

    CDG Express – projet privé comme chacun sait — a bien du mal à boucler son financement. Aussi l’Etat, comme l’a annoncé le 16 novembre Bruno Le Maire à l’Assemblée nationale, a-t-il décidé de lui avancer une partie non négligeable de la somme : 1,7 milliard sur un besoin récemment évalué à 2,1 milliards. Mais les sénateurs ont voté le lundi 27 novembre un amendement supprimant ce prêt. Ils estiment que cet équipement ne saurait se faire au détriment de la ligne 17 du métro automatique. Projet évalué pour sa part à 2,2 milliards.

    Le Sénat est d’autant plus attentif au Grand Paris Express que, depuis les élections du 24 septembre de bons connaisseurs et fervents supporters du projet y siègent. C’est le cas de l’auteur de l’amendement, Arnaud Bazin (Val-d’Oise, LR), auparavant président du conseil départemental du Val-d’Oise. De Michel Laugier (Yvelines, LR), ancien président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Ou de Laurent Lafon (Val-de-Marne, UDI), auparavant maire de Vincennes, vice-président de la Métropole du Grand Paris.

    Le Sénat n’aura pas le dernier mot. Mais Arnaud Bazin juge que son amendement appelle « un engagement ferme du gouvernement d’accepter le projet, objet d’un consensus en 2011, confirmé en 2013, portant sur la construction du métro du Grand Paris et son calendrier ». Et considère que « le gouvernement ne peut opposer des ratios d’endettement européens à la réalisation du métro et s’en affranchir pour prêter 1,7 milliard à la société du projet de liaison Charles-de-Gaulle Express ». Selon lui, « si la liaison CDG Express est nécessaire pour le bon déroulement des JO de 2024, la ligne 17 est elle aussi non seulement indispensable à ces JO, mais aussi au développement des territoires de Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne et du Val-d’Oise, voué à la relégation si elle n’était pas réalisée ».

    F. D.

    Photo : CDG 2

  • Montréal et Moscou découvrent le Grand Paris Express

    Montréal et Moscou découvrent le Grand Paris Express

    La ligne rose. C’est en partie sur ce projet de métro que Valérie Plante s’est fait élire, le 5 novembre, mairesse de Montréal. Elle veut l’ajouter aux quatre lignes actuelles du métro : l’orange, la bleue, la verte et la jaune, qui franchit le Saint-Laurent. Une nouvelle ligne nord – sud-ouest, longue de 29 kilomètres et comptant 29 stations, pour un montant évalué à 5,9 milliards de dollars canadiens (3,9 milliards d’euros). Pas étonnant, donc, que le premier voyage de l’élue – qui avait rencontré Anne Hidalgo deux jours plus tôt à Chicago – l’ait conduit jeudi 7 décembre à Cachan. Là, du haut de l’immeuble où Vinci conduit les travaux pour le groupement CAP, elle a regardé l’un des colossaux chantiers de la ligne 15 Sud du Grand Paris Express. Et a écouté les explications de Jean-Yves Le Bouillonnec, maire de Cachan et président du conseil de surveillance de la SGP et de Philippe Yvin, président du directoire.

    Un projet dont la ligne 16, particulièrement, fait écho aux préoccupations de Valérie Plante, qui veut « donner de l’oxygène » à sa ville en permettant aux « moins nantis » d’avoir grâce au transport public un meilleur accès à l’ensemble de l’agglomération.
    La mairesse ne cache pas son étonnement qu’en France, grâce aux taxes régionales fléchées sur le projet, l’Etat soit absent du financement direct d’une réalisation d’une telle ampleur. Elle compte, au contraire, sur les financements de la province du Québec et de l’Etat canadien pour boucler son projet. Elle n’est pas la seule, les villes canadiennes s’intéressant de plus en plus au métro… qu’il s’agisse de Longueuil, face à Montréal de l’autre côté du Saint-Laurent, de Toronto ou de Vancouver…
    Le projet de ligne rose en est aux tout débuts. Grandes options : toute une partie, du nord-est au centre, doit être faite en souterrain ; au sud de l’agglomération, on réutilisera en partie une infrastructure ferroviaire existante. Valérie Plante compte lors de son mandat mener les études détaillées, mettre en place un bureau de projet et boucler le financement. Et espère bien réaliser la ligne lors d’un second mandat…

    Le lendemain, c’est depuis un autre site en plein chantier, à Clamart, que Philippe Yvin a reçu Marat Khousnoulline, vice-maire de Moscou. En présence d’un expert : Maurice Leroy, ancien ministre de la Ville, et conseiller de Marat Khousnoulline pour le projet de Grand Moscou. Et qui, l’an dernier, était bluffé par Moscou plus que par Paris. En quatre ans, déclarait-il en septembre 2016 au Courrier de Russie, « vous avez ouvert 15 stations de métro et 35 autres sont en construction. J’ai du mal à me l’imaginer. Pendant ce temps, Paris n’a construit aucune nouvelle station. La seule chose que nous ayons faite en la matière, c’est l’inauguration du chantier d’une ligne de métro du réseau Grand Paris Express. Quand les journalistes français et les commentateurs étrangers me demandent : « Alors, comment avance le Grand Moscou : bien ou mal ? », je leur réponds : « Si seulement tout pouvait se développer de la même manière en France… » »
    Jeudi, il a pu montrer à Marat Khousnoulline que c’était bel et bien parti.

    F. D.

    Photo : Valérie Plante, Jean-Yves Le Bouillonnec et Philippe Yvin

  • Matthieu Chabanel pilotera la réorganisation de SNCF Réseau

    Matthieu Chabanel pilotera la réorganisation de SNCF Réseau

    La loi des séries… Lundi 11 décembre la gare Montparnasse était plongée dans le noir. La faute à une panne d’éclairage et de téléaffichage. « Les systèmes de secours ont pris le relais et la gare est maintenant dans sa majeure partie éclairée. Pas de perturbation majeure du trafic », a rapidement affirmé la SNCF. Mais grogne des usagers assurée…

    Ce nouveau dysfonctionnement tombe mal. La grande panne qui a paralysé la gare de Paris-Montparnasse pendant trois jours cet été, puis l’incident qui a bloqué cette même gare le 3 décembre, avaient déjà mis en évidence des « failles importantes » dans le mode de fonctionnement de SNCF Réseau, selon les mots de Patrick Jeantet.

    Le PDG de SNCF Réseau s’en est expliqué dans un courrier qu’il a adressé le 7 décembre à la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Dans cette lettre, que s’est procurée l’AFP ainsi que VR&T, Patrick Jeantet annonce la création d’un nouveau poste de directeur général délégué, placé directement sous son autorité. Il a nommé à ce poste Matthieu Chabanel, jusqu’alors directeur général adjoint chargé de la Maintenance et des Travaux, et lui a confié la mission de réorganiser « l’ensemble de la filière ingénierie et la maîtrise d’ouvrage ».

    Matthieu Chabanel « proposera d’ici la fin du mois de janvier une nouvelle articulation entre maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre des projets pour renforcer la responsabilisation et l’agilité dans ce domaine », a précisé Patrick Jeantet, en réponse à Elisabeth Borne, qui avait qualifié d’inacceptable ce nouvel incident et exigé « une nouvelle organisation et un nouveau management de la gestion des grands travaux et de l’ingénierie, qui permettent de fiabiliser la réalisation de ces programmes de travaux et la reprise des circulations ».

    Patrick Jeantet indique également avoir « lancé immédiatement un audit auprès d’experts reconnus dans le domaine de la sûreté de fonctionnement ». Il rappelle en outre que « l’état de commande des systèmes de commande de signalisation n’est pas à la hauteur des enjeux ». Selon lui, « l’empilement et la disparité des technologies (dont certaines datent de 1937) engendrent de véritables difficultés d’exploitation ». D’où son appel à améliorer les systèmes de contrôle-commande des trains et de la signalisation « pour permettre un véritable saut de performance ». Il espère que cet appel sera entendu dans la future législation attendue en 2018, soit dans la loi sur les infrastructures, soit dans celle sur les mobilités.

    Ces constats n’étant pas nouveaux, les orientations annoncées sont en fait travaillées depuis plusieurs mois au sein de Réseau, en accord avec la ministre des Transports. Elisabeth Borne a donc fait part de sa confiance à Patrick Jeantet, via Twitter : « @Patrick_Jeantet vient de présenter ses décisions pour tirer tous les enseignements de l’incident de #Montparnasse. Je sais sa pleine mobilisation ainsi que celle des équipes @SNCFReseau pour les mettre en œuvre. »

    Pas suffisant aux yeux de Valérie Pécresse, qui a fustigé le 10 décembre dans un entretien au Figaro « les infrastructures de la SNCF qui à cause de 30 ans de sous-investissement ne sont plus fiables » et réclamé un plan Orsec pour les transports franciliens. Selon la présidente de la région Ile-de-France, « les 800 millions d’euros de l’Etat pour le réseau ne suffisent pas« .

    M.-H. P.

  • LGV Nîmes – Montpellier : les trains de fret ouvrent la voie

    LGV Nîmes – Montpellier : les trains de fret ouvrent la voie

    Une vingtaine de trains de fret ont commencé à circuler sur le contournement Nîmes – Montpellier dimanche, jour de sa mise en service. Cette ligne à grande vitesse mixte (c’est-à-dire pour le fret et les voyageurs, c’est sa spécificité) sera ensuite inaugurée le 18 décembre par la ministre des Transports, Elisabeth Borne, mais dans des conditions moins fastueuses que les deux dernières LGV inaugurées l’été dernier dans l’ouest de la France. Il est vrai qu’il faudra attendre juillet 2018 pour voir arriver les premiers TGV et leurs voyageurs.
    Alexis de Pommerol explique à VR&T sur quelles bases va se poursuivre le PPP (partenariat public privé) conclu entre SNCF Réseau et Oc’via, dont il est le directeur général, et qui a pour actionnaires principaux deux fonds d’investissements.

     

    Ville, Rail & Transports. La ligne à grande vitesse Nîmes – Montpellier que vous avez construite entre en service. Quel va être votre rôle maintenant ?

    Alexis de Pommerol. SNCF Réseau était et demeure notre client. Dans le cadre du contrat de 25 ans que nous avons signé en juin 2012 avec l’ex-RFF, nous devions construire 80 km de ligne nouvelle, dont 61 km de ligne mixte entre Manduel, à l’est de Nîmes, et Lattes, au sud-est de Montpellier, dans la continuité de la LGV Méditerranée. Et 19 km de raccordements pour permettre aux trains de fret de se rebrancher soit sur la ligne sud est allant vers Tarascon, soit sur la ligne fret de la rive droite du Rhône. 10 000 personnes ont travaillé sur ce chantier qui a été remis dans les temps et qui est un vrai succès collectif.
    Le rôle de SNCF Réseau maintenant est de commercialiser la ligne. Nous allons rester à ses côtés jusqu’en 2037 pour veiller sur la ligne, l’entretenir et garantir sa sécurité.
    Notre équipe de maintenance compte 45 personnes qui seront mobilisées en permanence pour analyser l’ouvrage. Nous avons notamment réalisé un wagon d’inspection spécifique à cette ligne, qui pourra l’observer grâce à des capteurs et le recours à l’intelligence artificielle. Cela permettra d’alerter nos agents sur les zones où intervenir, et d’anticiper.

     

    VR&T. Comment serez-vous rémunéré ?

    A. de P. Dans le cadre de notre PPP, SNCF Réseau nous versera un loyer tous les mois ou tous les trimestres, selon des barèmes compliqués inclus dans le contrat. Le montant est calculé en fonction du trafic réellement circulé, mais il pourra aussi être amputé si SNCF Réseau nous inflige une pénalité liée à un manquement de notre part. Notre objectif sera bien sûr de tout faire pour ne pas en avoir.
    Grâce à ce PPP, SNCF Réseau aura une visibilité parfaite du coût de maintenance sur une longue période : 20 ans. Ce qui lui permettra se concentrer sur ses autres missions, notamment commercialiser la ligne et nous piloter, nous contrôler.
    VR&T. Combien a coûté cette ligne et quand aurez-vous rentabilisé votre investissement ?

    A. de P. Le contrat prévoyait un investissement d’1,8 milliard d’euros [le projet représente un coût total de 2,28 milliards d’euros en incluant la construction des deux gares prévues, l’une à Lattes, l’autre à Mogère, chantiers qui n’ont pas été confiés à Oc’via, NDLR].
    En gros, 600 millions d’euros ont été apportés par des subventions publiques (de l’Etat, des collectivités, de SNCF Réseau et de l’Europe), 117 millions par les actionnaires d’Oc’via et 1,5 milliard a été emprunté par Oc’via auprès d’un pool de banques. Cet emprunt sera remboursé tout au long du contrat par une partie du loyer.
    Je rappelle qu’Oc’via a pour actionnaires principaux les fonds d’investissements Meridiam et FIDEPPP qui détiennent à eux deux 73 % des parts. Le pool de constructeurs (et de maintenance) est constitué par Bouygues Construction, Colas Rail, Alstom et Spie Batignolles.
    VR&T. Combien de trains cette ligne va-t-elle accueillir ?

    A. de P. Une vingtaine de trains de fret quotidiens vont circuler les premiers jours. Puis ils pourront monter jusqu’à une quarantaine. Ils pourront rouler à 120 km/h au maximum.
    Les TGV entreront à leur tour en service à partir du 8 juillet 2018 et pourront circuler, dans un premier temps, à 220 km/h. Ils relieront Montpellier à Paris en 3 heures 05 au lieu de 3 heures 20 actuellement.

     

    VR&T. Et dans un second temps ?

    A. de P. Dans un second temps, quand SNCF Réseau nous le demandera, les TGV pourront circuler à 300 km/h. Nous avons en effet conçu une ligne évolutive. En attendant, nous proposons un compromis optimal pour que puissent circuler sur la même ligne un maximum de trains qui ne roulent pas tous à la même vitesse.

     

     

    VR&T. Quand les TGV devraient-ils rouler à 300 km/h et comment cela sera-t-il possible ?

    A. de P. Un horizon envisageable, c’est lorsque la LGV sera poursuivie vers Perpignan. Dans ce cas, nous devrons modifier le réglage de l’alimentation caténaire, renforcer l’alimentation électrique et modifier le dévers de la voie. En clair, modifier la position des rails de telle façon que les trains puissent aborder les courbes en roulant plus vite.

    Propos recueillis par Marie Hélène Poingt

  • Victoire pour Keolis et RATP Dev au Qatar

    Victoire pour Keolis et RATP Dev au Qatar

    On s’y attendait et, quand on a appris que Guillaume Pepy et Catherine Guillouard s’envolaient pour Doha, on s’est dit qu’il n’y avait plus de doute. C’est fait. Le 7 décembre 2017, lors du voyage d’Emmanuel Macron dans l’émirat, Qatar Rail, l’opérateur national de transport public, a confié à RKH Qitarat le contrat d’exploitation et de maintenance du métro automatique sans conducteur de Doha et du tramway de Lusail, ville nouvelle en construction au nord de la capitale. RKH Qitarat est la joint-venture fondée par le consortium RATP Dev et Keolis (49 %) et la société qatarie Hamad Group (51 %). Le contrat, d’une durée de 20 ans, est estimé à plus de trois milliards d’euros. Le réseau devrait être lancé dès la fin de l’année 2018, par étapes, jusqu’à l’achèvement des travaux en 2020.

    90 % de la population totale du Qatar – soit 2,6 millions (2016) dont 80 % sont des travailleurs étrangers – résident à Doha et dans sa banlieue (deux millions d’habitants). Située à 15 km du centre-ville de Doha, la ville de Lusail, une fois achevée, devrait accueillir 240 000 habitants.

    Avec 75 km de lignes et 37 stations desservies, le métro de Doha sera entièrement automatique et sans conducteur (GoA4), et fonctionnera grâce à un système de contrôle automatique CBTC. Il doit être composé en un premier temps de trois lignes en correspondance. La ligne Rouge, qui reliera l’aéroport international à Lusail en 36 minutes. La ligne Verte, qui reliera Al Mansoura, à l’est, à Al Riffa, à l’ouest et comportera 11 stations. La ligne Or, qui desservira le Khalifa International Stadium. La première partie du réseau, majoritairement souterrain, devrait être opérationnelle dès fin 2018. 640 000 voyageurs quotidiens sont attendus dès 2021.

    Le réseau de tramway de Lusail s’étendra sur 18 km et sera constitué de quatre lignes desservant 25 stations au total. Ce réseau sera à 50 % souterrain. Une première section sera ouverte au public en janvier 2019, la fin des travaux étant prévue à horizon 2020.

    Le génie civil est achevé. Il a mobilisé jusqu’à 21 tunneliers pour le métro. Le système ferroviaire a été confié à un consortium ayant pour leader Mitsubishi Heavy Industry, avec Kinky Sharyo et Mitsubishi pour le matériel roulant (75 rames de trois voitures), Thales pour le CBTC, les systèmes de télécommunication et sécurité, le centre de contrôle et la billettique, Hitachi pour la maintenance et la fourniture de véhicules d’inspection des infrastructures. D’autre part, Arep a remporté la conception de six stations.

    La construction clés en main du tramway de Lusail est revenue à un consortium associant Qatari Diar Vinci Construction (QDVC) et Alstom, à qui ont été commandées 35 rames Citadis fonctionnant entièrement en alimentation par le sol, Thales fournissant le centre de contrôle et les télécoms.

    La phase de mobilisation avant le lancement de ce réseau durera moins d’un an. D’ici trois mois, le nombre de collaborateurs s’élèvera à 100 personnes, pour atteindre 1 500 salariés en deux ans.

    Le premier grand rendez-vous du réseau sera la Coupe du monde de football en 2022. Les matchs d’ouverture et de clôture de la compétition se dérouleront à Lusail. Au-delà de cette échéance, le développement des transports collectifs est un axe prioritaire du plan stratégique « Qatar Vision 2030 » décidé par l’Emirat en 2008.

    F. D.

  • Une fois de plus, la SNCF dit Oui

    Une fois de plus, la SNCF dit Oui

    Dans la nuit du 5 au 6 décembre, entre 3h et 4h du matin, les 500 000 pages de voyages-sncf.com ont basculé sans anicroche sur le nouveau site Oui.sncf. Dont 20 000 pages changées en profondeur. Prouesse technologique saluée par Guillaume Pepy, Rachel Picard, directrice générale de Voyages SNCF et Julien Nicolas, directeur France de Oui.sncf, qui ont présenté le nouveau service à la presse ce mercredi. On ne fera pas de contraste facile, entre un basculement qui s’est bien fait du côté de Mobilités, et celui, raté, de la gare Montparnasse, dimanche dernier, du côté de Réseau. Si le calendrier s’y prête, personne ne s’est aventuré sur ce terrain glissant.

    Changer de nom, pourquoi ? Alors qu’on est le premier site-commerçant de France, avec 4,1 milliards de CA annuel, 14 millions de visiteurs uniques par mois ? Pour marquer le basculement de toute une partie de l’offre de la SNCF sous une gamme Ouigo, Ouibus, Ouicar et dernièrement inOui. Pourquoi OUI.sncf et pas OUI.com ? Ce n’est peut-être pas la seule raison, mais des fleuristes allemands détenant le second nom demandaient, selon Rachel Picard « une fortune » pour le céder… alors que l’extension .sncf appartient à la SNCF. Donc, zéro euro pour changer de nom. Et zéro euro pour métamorphoser le site, puisque l’opération a été financée sur un budget de développement dont certaines opérations ont été reportées. Montant de ce budget ? Secret commercial et concurrentiel…

    Sur les nouveaux services, les promesses, les résultats et les objectifs, les dirigeants sont plus prolixes. Quatre grandes nouveautés avec OUI.sncf, selon Guillaume Pepy. Une alerte petit prix, adressée à chaque client selon les critères de son choix. Un service disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Création d’un portail OUI des régions, permettant de proposer des idées de voyages adaptées à chacun. Avec Ouibot enfin, on peut s’adresser à OUI.sncf en langage naturel. Ce n’est qu’un début, puisque OUI.sncf doit être (naturellement) pôle d’innovation, marqué (comme il se doit) par la coconstruction, grâce à la plate forme digitale OUI Talk.

    Stratégie réaffirmée de la SNCF à l’occasion du nouveau site : à la fois, fournir de plus en plus de services de mobilité partagée, et se faire la plate-forme de vente de tous les services de transport. Soit un métier d’assembleur et d’intégrateur. Il y a encore de la marge, puisque plus de 90 % du CA de voyages-sncf, provient du ferroviaire. Un ferroviaire qui, malgré les incidents qui ont retenu l’attention, est reparti à la hausse.

    Car, souligne Guillaume Pepy, alors que l’année 2017 se termine, la croissance d’octobre 2016 à octobre 2017 est de neuf millions de voyages. Un million de plus pour les Intercités, huit millions pour TGV (dont deux pour inOui). Des chiffres en contraste avec le dernier bilan de l’Arafer, fondé sur les résultats 2016 comparés à 2015. Ouigo, le TGV moins cher, monte en puissance et représente sept millions de voyages annuels avec pour objectif 25 millions en 2020. Dès cette année, Ouigo devrait devancer les cars Macron (plus de six millions) ainsi que BlaBlaCar (six millions selon l’estimation de la SNCF). Quant à inOui (le « meilleur du TGV »), après avoir commencé par Paris – Bordeaux et Paris – Toulouse, il va gagner peu à peu au fil de 2018 quasiment toutes les grandes destinations. Au total, il s’agit de vendre dans la grande vitesse d’ici 2020 15 millions de voyages supplémentaires et de passer (grosso modo) de 100 à 115 millions. En partie grâce au nouvel outil.

    F. D.

  • Conférence. Le métro automatique en bonne voie

    Conférence. Le métro automatique en bonne voie

    Capable de transporter davantage de passagers avec les mêmes moyens, en toute sécurité et avec une flexibilité sans pareille, le métro automatique semble promis à un bel avenir. Mais il reste quelques freins à son développement. A l’occasion du salon Transrail Connection 2017, Ville, Rail & Transports a rassemblé des spécialistes de ce moyen de transport en plein développement, devant une assistance de professionnels.

     

    Pour prendre la mesure du développement du Métro Automatique Intégral (MAI) autour de la planète, Ville, Rail & Transports a fait appel à Olivier Fafa, directeur Systèmes de transports de Systra. « En regardant la carte du monde des métros automatiques en fonctionnement ou en projet, on constate qu’il y a des zones où il n’y en a pas. Notamment en Amérique du Nord. Et on peut se demander pourquoi. Parce que faire du métro automatique, c’est offrir une qualité de service incomparable. D’ailleurs, les villes qui en ont déjà ont tendance à y recourir à nouveau, car lorsqu’on a goûté l’excellence, on a envie de recommencer », assure Olivier Fafa.

    Le développement des métros automatiques pourrait bien connaître prochainement un coup d’accélérateur. Pékin doit lancer sa première ligne. Avec un système chinois. Un nouveau venu sur le marché des spécialistes des automatismes, où l’on trouve Siemens, Alstom, Bombardier, Thales, Ansaldo STS, ou encore le coréen Hyundai. La très forte présence de la technologie française dans le domaine explique que nous arrivions en tête du classement des pays les plus équipés, devant le Canada, Singapour, les Emirats arabes unis et l’Italie. « Notre petit pays profite du terreau industriel et de l’audace des opérateurs pour aller de l’avant plus vite que d’autres », se félicite M. Fafa.

    Ces dernières années, le nombre de kilomètres de lignes automatiques n’a cessé de croître. « Je pense qu’on aura davantage que les 2 300 km qu’on nous annonce à l’horizon 2025 », avance-t-il, plus optimiste encore que l’UITP (voir l’entretien avec Philippe Martin). Et même si de nouveaux pays s’y convertissent, la France pourrait conserver son avance, car de nouvelles lignes sont prévues avec les 200 km du Grand Paris Express, mais aussi à Lyon, Marseille, Toulouse et Rennes… « Lorsqu’on doit faire une nouvelle ligne de métro, il ne faut pas hésiter à le faire en automatique intégral », encourage M. Fafa, qui invite aussi à migrer les lignes de métros classiques vers cette technologie sans conducteur.

    « Sans conducteur, mais pas déshumanisé », précise Edgar Sée, directeur d’opérations Automatisation de la ligne 4 RATP. « Métro automatique ne veut pas dire autonome », confirme Philippe Leguay directeur international Systèmes urbains chez Keolis. Il existe quatre niveaux d’automatisme. Le GoA1 où le conducteur gère les différents aspects de la conduite du train, mais les franchissements de signaux et les survitesses sont gérés par le système. Le GoA2, où le train est en pilotage automatique et le conducteur chargé de l’ouverture et de la fermeture des portes, autorise la mise en mouvement du train, surveille la voie et gère les imprévus. Le GoA3 où un personnel est présent à bord pour gérer l’ouverture et la fermeture des portes et les imprévus. Et le GoA4, métro 100 % automatique sans personnel à bord, tous les modes dégradés étant gérés depuis le poste de contrôle. « Le GoA4 demande du personnel, presque autant qu’un métro classique, mais avec de nouveaux métiers, plus intéressants », assure Philippe Leguay.

    A ce jour, la ligne 1 du métro parisien est le seul exemple réussi de transformation d’une grande ligne classique en automatique. Mais d’autres projets de migration sont en cours : la ligne 4 de la RATP mais aussi des lignes de métro à Lyon et Marseille. « Mais on ne voit pas un enthousiasme sur ce sujet, alors que nous plaidons pour que les exploitants y pensent au moment de leur renouvellement de matériel roulant, ou lors de création d’une extension. Le faire à ce moment-là n’occasionne que quelques surcoûts », souligne le représentant de Keolis. La mise en automatique de la ligne 1 du métro parisien a coûté 650 millions d’euros. « Il fallait changer le matériel roulant et remettre à jour le système de signalisation. Le seul surcoût important a donc été l’installation des portes palières, soit 100 millions », témoigne M. Sée, avant de préciser que le passage à l’automatisme a permis de gagner en vitesse commerciale et d’augmenter de manière conséquente la fréquentation de cette ligne. « Les portes palières ne sont pas obligatoires, précise M. Fafa. Certaines lignes automatiques n’en ont pas : la L1 de Budapest ou la ligne D à Lyon. »

    Mais Benoit Gachet, directeur des Ventes Produits–Technologies de Bombardier Transport précise : « Ces portes palières sont un élément de sécurité et de régularité des trains et, en obligeant les voyageurs à cesser de monter, elles ont aussi un impact sur l’usure du matériel roulant, puisqu’elles évitent les surcharges. »

    Outre le marché de la création de lignes et celui de la migration de lignes existantes, les industriels peuvent aussi tabler sur le marché du remplacement des automatismes vieillissants sur les lignes déjà en service. Pour le moment, le seul exemple est celui du métro de Taipei. Mais c’est un marché qui va arriver. Des appels d’offres ont déjà été lancés pour la ligne 14 de la RATP, qui va profiter de son prolongement au nord et au sud pour renouveler son système. Et la RATP, de plus, est en train d’automatiser la ligne 4 comme elle a automatisé la ligne 1. « Ce projet, lancé à l’été 2013, entre dans sa phase d’exécution. Il nécessite une mise à niveau de l’infrastructure et de la signalisation. Des investissements qui s’imposaient même si le passage en GoA4 n’avait pas été programmé, précise M. Sée. Mais l’automatisation de la ligne nous oblige à installer des portes palières et à refaire le génie civil des quais. Ils seront rehaussés au niveau des planchers des trains pour faciliter les échanges voyageurs. Quant au projet système, il couvre le système CBTC avec la rénovation du poste de commande et l’installation de moyens visuels indispensables. Pour ce qui est du matériel roulant, la ligne va récupérer les rames qui équipaient la ligne 14 et en acquérir 20 neuves. »

    Constructeurs et exploitants estiment que même les plus sceptiques finiront par se laisser convaincre par les performances des MAI. « Cela fait 35 ans nous en faisons et nous n’avons jamais eu à déplorer le moindre décès, se félicite Philippe Leguay. Le GoA4 garantit 99,5 % de disponibilité du matériel et 99,9 % de ponctualité », poursuit-il. Damien Convert, directeur de la plateforme urbaine, Alstom Digital Mobility, ajoute que l’automatisme peut permettre d’anticiper les pannes, d’optimiser le retournement des trains en bout de ligne ainsi que l’ouverture des portes pour offrir un meilleur service. Et que la technique permet une plus grande granularité de l’offre en mettant en place des régimes variables dans la journée et d’offrir un service continu 24/24.

    Malgré toutes ces qualités, les métros automatiques ne représentent encore que 6 % des métros dans le monde. Il existe encore des freins à lever pour assurer son développement. « Certains réseaux voudraient aller vers l’automatisme mais se heurtent à la question sociale », a pu constater M. Sée. L’automatisme rencontre des réticences dans les pays où le coût de la main-d’œuvre est faible et où l’on veut garder les conducteurs. « En Afrique, en Inde ou en Asie, il faut expliquer qu’il faut continuer à embaucher du personnel, mais pour faire autre chose que de la conduite, plutôt que de renoncer aux métros automatiques et à leur qualité de service incomparable », plaide M. Fafa.

    Damien Convert insiste sur l’avantage du métro automatique en matière de sécurité. « Le risque d’accident est quasi nul lorsque la ligne est dédiée. Pour les lignes partagées, l’automatisme est un plus, mais la technique ne garantit que de faire mieux que l’homme. Sans ségrégation, on ne peut pas atteindre le même niveau de sécurité qu’avec un métro entièrement automatique, mais on peut être 100, voire 1 000 fois plus sûr qu’avec un conducteur. »

    Paul-Edouard Basse, directeur général Grands comptes chez Siemens, ajoute que passer des lignes partagées en automatisme se heurte à l’acceptabilité sociale en raison des risques. « On accepte davantage un accident de passage à niveau avec conducteur que sur une ligne automatique. » « Les lignes automatiques font l’objet d’une plus grande sévérité de la part de l’opinion publique », confirme Paul-Emile De Groote, directeur général de Transdev Aéroport Liaisons. Il poursuit : « L’automatisme c’est bien, mais ce que veut l’usager, c’est être transporté de A à B, et chez Transdev, on s’attache à apporter une expérience de transport confortable et une solution pour pouvoir faire l’emport de l’ensemble des passagers et ne laisser personne sur la plateforme. Ce qui implique parfois d’avoir à inventer des nouveaux modes, comme les rafales de trains, ou des moyens d’augmenter la capacité technique entre deux rames. »

    « Si tout le monde reconnaît l’intérêt de passer en automatique des lignes très fréquentées, la technique présente aussi des avantages pour des lignes qui le sont moins. L’automatisme permet d’offrir une fréquence équivalente de passage en heures creuses et aux heures de pointe en utilisant des trains courts, de ne pas avoir à dégrader le service en allongeant les délais entre deux trains en période de moindre affluence », explique M. Gachet. Les lignes peu fréquentées gagneraient en attractivité si elles étaient automatiques, tout en gagnant en productivité. Rouler en heures creuses avec des unités de trois caisses et en heures pleines de six caisses permet de réduire de 30 % le nombre de km-voitures effectués. « A Montréal, le métro aura des trains de deux voitures qui seront accouplées aux heures de pointe pour offrir une plus grande capacité. Et en dehors de ces heures, on fera circuler des trains à deux voitures avec une fréquence attractive pour les utilisateurs, de manière à assurer une bonne qualité de service, explique Philippe Leguay. Pour la ligne B à Lyon, on va faire pareil, ce qui permettra de réduire de 30 % les kilomètres et d’avoir un impact sur la facture d’énergie de traction », ajoute-t-il.

    Paul-Edouard Basse insiste sur le fait que l’automatisme est une vraie spécialité française et que cette technologie s’exporte. « Mais il faut prendre en compte les spécificités de chaque marché. On ne peut pas faire du copier-coller. Chaque cas est unique. » Siemens travaille à l’automatisation du métro de New York. « Notre client nous a demandé d’équiper 23 lignes d’ici 2049 en gardant les conducteurs pour des raisons sociales. » « Il ne faut pas proposer la même chose partout dans le monde, mais s’adapter aux spécificités locales », confirme Paul-Emile de Groote. « A Bombay, nous avons eu des difficultés à convaincre de mettre des portes palières. A Séoul, il y a deux conducteurs dans les trains, un à l’avant, un autre à l’arrière qui se repose, c’est dans leur culture, il faut s’adapter. » Alstom, qui a remporté la fourniture en matériel de trois des six lignes de métro automatique intégral à Riyad, constate que la tendance dans le monde est de demander à un industriel de proposer des offres intégrées. « L’intégration est le fil rouge de la difficulté et de la réussite du passage en MAI. Elle inclut l’automatisme de pilotage, le matériel roulant, le système d’information passager, de détection d’intrusion, de télémaintenance de connexion de sécurité la connexion au centre d’exploitation et de police… », détaille Damien Convert. « Nous constatons aussi une demande pour de l’anticipation. En utilisant les données du flux du métro, mais aussi du trafic routier, ce qu’on appelle le big data, on peut prédire les variations de demande et anticiper les hausses comme les baisses de trafic, pour pouvoir y répondre, tout en réduisant le coût d’exploitation. Le big data donnera la pleine valeur du métro automatique intégré », conclut-il.

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

     

    Sur la photo de gauche à droite : Paul-Emile de Groote, directeur général Transdev Aéroport Liaisons, Philippe Leguay, directeur international Systèmes ferroviaires urbains de Keolis, Edgar Sée, directeur d’opération – automatisation de la ligne 4 de la RATP, François Dumont, directeur de la rédaction Ville, Rail & Transports, Paul-Edouard Basse, directeur grand compte de Siemens, Benoit Gachet directeur des Ventes Produits–Technologies de Bombardier Transportation, Olivier Fafa, directeur Systèmes de transport de Systra, Damien Convert, directeur de la plateforme urbaine, Alstom Digital Mobility.

     

    SYSTRA – métro automatiques en cours

     

  • « Il y a 850 km de métros automatiques dans le monde. En 2025 il devrait y en avoir 2 300… »

    « Il y a 850 km de métros automatiques dans le monde. En 2025 il devrait y en avoir 2 300… »

    Entretien avec Philippe Martin, président de la division métro de l’UITP

     

    Ville, Rail & Transports. Quelle part représentent aujourd’hui les métros automatiques dans le monde, et quelle est la tendance ?

    Philippe Martin. Globalement, il y a aujourd’hui 600 lignes de métro dans le monde, dont 60 lignes de métro automatique. Dans la majorité des pays, les nouvelles lignes que l’on construit sont automatiques. A Dubai, à Riyad, à Doha, elles sont de type GoA4, c’est-à-dire pleinement automatiques.
    La vraie différence avec le GoA3 est une différence de service. Le GoA4 est beaucoup plus souple. Si, pour un événement exceptionnel, vous voulez mettre dix navettes supplémentaires, en GOA3, il faut disposer de dix personnes. Mais ces métros sont tout de même des systèmes tout à fait modernes. C’est par exemple le cas à Londres, avec le DLR, où il y a un agent, ou, à Hongkong, où il y a aussi une personne à bord sur une ligne automatique. D’une manière générale, en Asie, il peut y avoir encore quelques réticences culturelles par rapport à l’absence de personnel de bord. En Europe et prochainement en Amérique, ce cap a été franchi.

    VR&T. Un problème de coût peut-il freiner le développement des métros automatiques ?
    Ph. M.  Construire un métro coûte cher quoi qu’il en soit. Entre 100 et 150 millions d’euros du kilomètre. Le coût d’un métro automatique n’est pas beaucoup plus élevé, et au bout du compte, c’est moins cher en life cycle cost, en tenant compte des coûts totaux d’exploitation et de maintenance.

     

    VR&T. A côté de ce marché du neuf, il y a celui de la transformation. Comment va-t-il évoluer ?

    Ph. M. A Paris, la RATP a été pionnière avec la ligne 1 en automatisant la ligne tout en maintenant son exploitation. C’est aujourd’hui le tour de la ligne 4. Bruxelles, Marseille ou Vienne ont annoncé des projets. Pour des raisons d’amélioration du service, de plus en plus de réseaux y pensent. Mais une telle transformation suppose de conduire un projet à multiples facettes : un projet technique certes mais aussi un projet de service et un projet social.
    Sur le plan technique, c’est un projet complexe qui fait appel à des expertises très pointues et qui coûte assez cher en adaptation de l’infrastructure et installation de portes palières. Il y a un enjeu de service : mieux vaut le faire en maintenant l’exploitation, et on sait que c’est possible avec l’expérience de la ligne 1 à Paris. C’est aussi un projet social, et c’est un aspect évidemment important qu’il ne faut pas négliger.

     

    VR&T. Au bout du compte, c’est cher…

    Ph. M.  Pas beaucoup plus qu’un renouvellement classique. Pour la ligne 1 de Paris, le surcoût a été autour de 100 millions d’euros. Mais, pour que ce soit efficace, il faut le faire en profitant du renouvellement du matériel. C’est le schéma de la ligne 4 à Paris. En un peu plus compliqué, puisque le matériel de la ligne 4 va aller sur la ligne 6 dont le matériel, lui, va aller au rebut.

    VR&T. Toutes les lignes sont-elles promises à devenir automatiques ?

    Ph. M.  Non. Cela a du sens quand il y a un flux important, et une forte variation de la demande en fonction d’événements. Par exemple quand la ligne dessert un stade ou un lieu touristique. Par exemple, pour le métro parisien, il serait complètement déraisonnable ou inadapté de penser que toutes les lignes pourraient être automatisées.

     

    VR&T. Au bout du compte, que représenteront prochainement les métros automatiques ?

    Ph. M.  En 2016, on dénombrait 850 km de lignes, de type GoA3 et GoA4. En 2025, il devrait y en avoir 2 300. Ce sera pour l’essentiel en Asie, en Europe occidentale et au Moyen-Orient. Mais pas uniquement. Moscou a gardé la conduite manuelle mais évolue, São Paulo a un métro automatique, Montréal a le projet de créer trois lignes automatiques.

     

    VR&T. Devant le coût d’un métro, on est souvent à la recherche de financements innovants. C’est par exemple ce que demande l’Inde, dans la « Metro Rail Policy » que le gouvernement vient d’adopter. Vous avez des solutions ?

    Ph. M.  Je ne vois que deux grands modèles de financement. L’un, classique avec une autorité organisatrice, ville, région, Etat, qui finance l’infrastructure et qui confie l’exploitation à un opérateur, soit de gré à gré soit après un appel d’offres. C’est ce qu’on connaît en Europe ou aussi en Chine.
    Il y a aussi le modèle de PPP. Par exemple, à Montréal, où la réalisation du REM (Réseau électrique métropolitain) va nécessiter la création de trois lignes. Montréal a demandé à trois groupements – une ingénierie, un BTP, un opérateur – de remettre une offre pour la construction et pour l’opérationnel, et cela pour une durée de 50 ans.

     

    VR&T. En Afrique, on s’attend à un accroissement considérable de la population, surtout dans les villes. L’heure des métros africains a-t-elle sonné ?

    Ph. M.  Il y a déjà des métros en Afrique, à Alger et au Caire. En dehors de l’Afrique du Nord et de l’Afrique du Sud, où il y a le Gautrain, et du Sénégal où il y a un projet de TER, je vois plutôt se développer des bus et des tramways, ou des trains régionaux. Le tram peut prendre une large place, comme au Maroc ou en Algérie.
    Pour construire un métro, il faut une politique d’investissement stable avec une sécurisation des financements. Compte tenu de la durée de construction (de cinq à dix ans) d’une ligne de métro, il est indispensable de penser global et de lier l’aménagement urbain avec la planification du transport.
    VR&T. On a longtemps vanté le BRT, en disant, en gros : c’est du métro low cost. Est-ce le cas ?

    Ph. M.  Le BRT est une solution intéressante, et je l’ai vu fonctionner à Curitiba au Brésil. Mais c’est un cas très particulier : la ville est conçue autour des moyens de transport. Le BRT permet une belle offre, à condition d’avoir des voies vraiment dédiées, la capacité du système dépendant à la fois de la vitesse et de la capacité unitaire. C’est une bonne solution, avec des capacités maximales limitées (60 000 à 100 000 voyageurs/jour), au total c’est un mode qui est plutôt en concurrence avec le tramway ou le métro léger.

     

    VR&T. Donc la croissance du métro dans le monde n’est pas près de s’interrompre…

    Ph. M.  Non, la tendance est affirmée. La croissance du chiffre d’affaires mondial des métros est estimée à environ 3 % par an durant les 20 à 30 prochaines années. Los Angeles veut interdire les voitures, il y a des grands projets en Ontario, à Toronto, Ottawa. En Amérique latine, il y a un gros marché potentiel, Mexico étant une sorte d’exception qui confirme la règle, avec une douzaine de lignes. Au-delà, les plus gros développements sont attendus en Asie et au Moyen-Orient et plus particulièrement en Chine, où le métro est déjà présent dans 20 villes et ce pays construit 100 nouveaux kilomètres de métro par an !
    Propos recueillis par F. D.

  • La Grande-Bretagne envisage de rouvrir des voies ferrées fermées depuis les années 60

    La Grande-Bretagne envisage de rouvrir des voies ferrées fermées depuis les années 60

    Outre-Manche, le nom du Dr Beeching est inévitablement associé au grand plan de ce dernier visant à « remettre en forme » le réseau ferré britannique. Un plan qui s’est soldé par la fermeture de quelque 5 000 km de lignes à la fin des années 1960, lignes qui seraient parfois bien utiles aujourd’hui pour les dessertes de grande banlieue ou éviter les nœuds saturés.

    Dans cette perspective, Chris Grayling, secrétaire d’Etat britannique aux Transports, a déclaré le 29 novembre que des discussions étaient en cours pour rouvrir cinq liaisons fermées aux voyageurs ou disparues depuis une cinquantaine d’années, dont la ligne entre Oxford et Cambridge, prévue pour le milieu de la décennie 2020. Info ou intox ? L’opposition travailliste ne manque pas de signaler que les projets en question ne sont généralement pas financés…

     

    P. L.

  • Pourquoi la gare Montparnasse a subi un nouveau bug

    Pourquoi la gare Montparnasse a subi un nouveau bug

    Le trafic ferroviaire est redevenu normal lundi matin 4 décembre, gare Montparnasse à Paris, après un dimanche chaotique lié à une panne informatique. La gare avait été totalement fermée du samedi soir 20 heures au dimanche midi dans le cadre d’un chantier de modernisation. « Pour la troisième fois consécutive, nous avons fermé la gare durant un week-end, pour continuer à mettre en service les nouvelles installations, notamment les nouveaux aiguillages, liées à la mise en circulation des LGV SEA et Bretagne – Pays de la Loire. Ce week-end, on déployait le logiciel permettant de les rendre opérationnels. Ces nouvelles installations doivent permettre d’augmenter de 20 % la capacité de la gare Montparnasse », explique un porte-parole de SNCF Mobilités.

    A 12h15, le chantier s’achevant, les opérations de remise en service ont été effectuées. Mais dix minutes plus tard, c’était le bug, qui a nécessité d’interrompre les circulations. Cette panne informatique a touché le poste d’aiguillage de la gare Montparnasse, bloquant la signalisation et donc tous les trafics. « Le seul test qui vaille pour voir si tout fonctionne, c’est celui qui se passe en conditions réelles. Or, une panne informatique s’est produite. C’est pourquoi nous avons maintenu le dispositif mis en place durant le chantier : les trains ont continué à arriver et à partir de la gare d’Austerlitz », poursuit le porte-parole.

    Pour améliorer les liaisons avec la gare d’Austerlitz, la RATP avait renforcé le service de la ligne de bus 91. Dimanche, le principal problème n’était pas de recevoir les trains en gare d’Austerlitz mais surtout d’en faire partir en nombre suffisant vers la Province. Près de 50 TGV n’ont pas pu circuler sur les 250 prévus ce dimanche. 25% des clients n’ont finalement pas pu être acheminés, et ont dû reporter leur voyage au lendemain.

    Les TGV qui ont tout de même circulé ont affiché en moyenne plus de deux heures de retard. La SNCF, qui recommandait aux voyageurs de différer leurs déplacements dans la mesure du possible, leur a proposé de changer leurs billets sans frais et de les rembourser totalement en cas de retard supérieur à 3 heures. 400 chambres d’hôtel ont également été mis à disposition des voyageurs. Quant aux banlieusards et aux utilisateurs des trains Corail, ils devaient s’arrêter à Versailles-Chantiers puis prendre le RER C pour rejoindre ou quitter la capitale.

    A la différence de la grande panne survenue en gare de Montparnasse cet été, en plein chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens, et qui avait duré trois jours, sans plan B pour éviter la gigantesque pagaille qui s’en était suivie, un plan, prévu en amont, a cette fois-ci pu être mis en place. Même si la panne a été résolue en trois heures (une centaine d’experts étaient sur place côté SNCF Réseau), il a été décidé, conformément à ce plan B, de maintenir les circulations de trains au départ et à l’arrivée à Austerlitz jusqu’au lundi matin. « Nous avons appliqué la consigne de notre président Guillaume Pepy, expliquant que désormais on ne propose un train que si on est capable d’informer correctement les voyageurs à son sujet », explique-t-on encore côté SNCF Mobilités.

    Les leçons ont été tirées mais, à entendre les commentaires sévères des voyageurs ce week-end, l’information reste largement à améliorer. Un plan baptisé Rob.In (pour Robustesse Information) a été lancé pour unifier les informations (qui arrivent aujourd’hui en ordre dispersé), les authentifier et les apporter aux voyageurs, essentiellement via une application, dès le début de l’année prochaine.

    Les commentaires de la ministre des Transports ont aussi été durs, estimant que, même s’il y a eu des améliorations de procédures depuis cet été, « ce nouvel incident ne pouvait être toléré alors que les travaux étaient prévus de longue date ». Après avoir « convoqué » Patrick Jeantet, Elisabeth Borne a demandé au PDG de SNCF Réseau « de lui présenter d’ici la fin de la semaine une nouvelle organisation et un nouveau management de la gestion des grands travaux et de l’ingénierie, qui permette de fiabiliser la réalisation de ces programmes de travaux et la reprise des circulations ». SNCF Réseau a aussi décidé de lancer un audit de ses programmes de tests et de remise en service à la fin des grands chantiers.

    D’ores et déjà, l’enquête lancée pour mieux comprendre la cause de cet incident a permis de montrer que le protocole de test utilisé avant la remise en service n’avait pas permis de déceler une erreur de paramétrage informatique due à un mauvais chargement de données. En clair, il y a eu un manque de rigueur dans la préparation de cette opération de modifications de la signalisation de la gares « têtes de ligne ».

    L’époque étant à la multiplication des grands travaux de modernisation ferroviaire, le risque est grand de connaître pareils dysfonctionnements lors des « rendus » de chantier. L’année prochaine, par exemple, il est prévu de mettre en service le poste d’aiguillage à grand rayon d’action de Saint-Denis. Pour éviter ces mauvaises surprises et renforcer notamment le pilotage des grands projets, Patrick Jeantet va accélérer son projet de réorganisation de Réseau. Quant à la gare Montparnasse, théâtre de ces dysfonctionnements à répétition et d’une « saturation structurelle » selon SNCF Mobilités, un dirigeant opérationnel unique sera nommé en 2018 pour mieux coordonner toutes les entités qui interviennent sur le site.

    Marie-Hélène Poingt

    Photo : Elisabeth Borne lors de sa visite gare Montparnasse le dimanche 3 décembre.