Catégorie : Industrie

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  • Droit de retrait – Les trains sans contrôleur sont-ils sûrs ?

    Droit de retrait – Les trains sans contrôleur sont-ils sûrs ?

    L’accident survenu le 16 octobre au passage à niveau de Saint-Pierre-sur-Vence (Ardennes), sur la ligne à double voie de Reims à Charleville-Mézières, risque fort d’éclairer d’un jour nouveau la problématique des aspects « sécurité circulation » en exploitation EAS (équipement agent seul, lire aussi ici ). En clair, ce sont les trains dans lesquels le conducteur est le seul agent à bord. En cas de problème, le conducteur dispose du signal d’alerte radio. Mais ce signal d’alerte ne saurait être stricto sensu considéré comme un élément  »de sécurité », puisqu’une défaillance inopinée des équipements embarqués de radio sol-train sur des engins moteurs devant l’émettre ou ayant à le recevoir ne va pas automatiquement conduire à une situation plus sécuritaire, mais plutôt à une situation moins sécuritaire.

    Un risque si le conducteur est blessé

    Dans l’absolu, l’alerte radio ne constitue certes pas, fort heureusement, la seule façon d’arrêter et de retenir les trains lorsque cela est nécessaire. La protection classique des obstacles reste irremplaçable. C’est traditionnellement une procédure dont les agents de conduite et les ASCT (agents du service commercial train) partageaient la connaissance, et qu’ils pouvaient être indifféremment amenés à appliquer selon les circonstances.

    Toutefois, sur les trains circulant en EAS, il n’y a pas, par définition, la présence à bord d’un ASCT. En cas de présence d’obstacle empêchant la circulation sur la voie contiguë (qui peut être le train lui-même pour partie déraillé), il devient indispensable d’empêcher que cet obstacle soit heurté par un train arrivant dans l’autre sens. Cette action relève alors du seul conducteur. Ce dernier doit partir à la protection à distance réglementaire, en emportant pétards et torche à flamme rouge, voire poser la barre de court-circuit (encore dite « coupe-circuit ») entre files de rail.

    La question peut alors devenir plus délicate lorsqu’un train EAS, après le heurt d’un obstacle, n’est pas, ou bien n’est plus en mesure d’émettre l’alerte radio, et que son conducteur, à la suite du choc, se retrouve lui-même dans l’incapacité physique de partir à la protection. Certes, des progrès considérables ont été réalisés en matière de sécurité passive pour protéger le conducteur dans sa cabine. Ces progrès intéressent les structures de caisse, avec la mise en œuvre de zones à déformation programmée pour absorber l’énergie du choc et écrêter les accélérations, qui encadrent les espaces « de survie », difficilement déformables, dévolus au conducteur ou aux voyageurs. Mais, selon la nature de l’obstacle heurté, même pareils progrès ne sauraient totalement annihiler le risque que le conducteur ne soit blessé, et ne puisse alors prendre les mesures de sécurité active, à savoir, notamment, se saisir des agrès de sécurité, et se rendre à 1 500 m ou 2 000 m en amont de l’obstacle (pour la voie contiguë), afin de poser les trois pétards sur les files de rail à l’intention du premier train croiseur attendu.

    Un modèle accepté à l’étranger

    À l’étranger, la circulation d’automotrices ou d’automoteurs avec le seul conducteur est pourtant courante sur beaucoup de réseaux. Elle ne paraît pas poser de vraies difficultés. Et ne suscite pas de réserves quant à la sécurité. L’environnement technique, réglementaire et sociétal peut y être, toutefois, notoirement différent. Et le comportement des automobilistes est plus respectueux des règles du Code de la route concernant le franchissement des passages à niveau. Sans doute un benchmark technique approfondi sur les modalités ici et là adoptées ne serait-il pas sans intérêt. Cela dit, on voit mal aujourd’hui comment la société nationale pourrait renoncer à étendre l’EAS sur les TER, dans un contexte européen d’ouverture de ce marché à la concurrence, où le critère du « moins-disant » ne sera pas le moindre à devoir être pris en compte pour des régions en mal de trouver les financements correspondants.

    Les développements actuels, par exemple sur les systèmes de contrôle-commande de type CBTC (Communication Based Technic Control) utilisés pour l’urbain, montrent qu’on est désormais armé pour gérer des liaisons bord-sol « en sécurité ». Ce n’est toutefois pas parce que la technique existe qu’elle est aisément transposable, et que son application dans le « ferroviaire lourd » peut être facile et immédiatement envisageable. Des réponses en matière d’évolution des procédures ou de modification des matériels pourraient sortir dans les temps à venir.

    Tobi Maier

  • Bertrand Gosselin : « Thalys est au cœur du débat sur la place de l’avion et du train »

    Bertrand Gosselin : « Thalys est au cœur du débat sur la place de l’avion et du train »

    Interview de Bertrand Gosselin, nouveau directeur général de Thalys depuis le début de l’année. Il a remplacé Agnès Ogier, devenue la directrice de la communication et de l’image du groupe SNCF. Il fait le point sur la situation de la compagnie ferroviaire qui relie Paris à Bruxelles, et au-delà aux Pays-Bas et à l’Allemagne, dresse le bilan de l’été et dévoile ses projets.

     

    Ville, Rail & Transports. Dans quelle situation était Thalys quand vous avez pris les commandes au début de l’année ?

    Bertrand Gosselin. Thalys sortait d’une très belle année 2018, avec un trafic record : 7,5 millions de passagers ont été transportés, permettant à l’entreprise de réaliser le plus gros chiffre d’affaires de son histoire : 527 millions d’euros, représentant une progression de 5 %. Le trafic s’est développé sur toutes les routes vers l’Allemagne, les Pays-Bas, et entre Paris et Bruxelles. Thalys poursuit donc son développement.

    De son côté, Izy a vu son activité croître de 6 %. Izy, qui a trois ans, arrive ainsi à maturité. Grâce à cette nouvelle offre à bas prix, nous sommes très fiers d’avoir développé les voyages entre la France et la Belgique. Plus d’1,2 million de voyageurs ont emprunté Izy en trois ans. Dont 800 000 n’auraient pas choisi le train s’il n’y avait pas eu ce service et 500 000 n’auraient pas voyagé du tout. Nous avons donc facilité la mobilité et rempli la mission d’une entreprise comme Thalys qui est de rapprocher les peuples.

     

    VRT. Quelles sont les tendances de cette année, notamment de l’été ?

    B. G. Sur les premiers mois de cette année, la tendance à la hausse se poursuit. Pour être plus précis, le premier trimestre a été plutôt plat avec un effet « gilets jaunes » qui s’est fait ressentir sur la fin 2018 et le début 2019. Nous estimons avoir perdu 12 millions d’euros de chiffre d’affaires sur un total de 527 millions du fait des grèves et des « gilets jaunes ». Cela représente 2,5 points de hausse non réalisés.

    Depuis avril, nous retrouvons une très belle hausse de notre activité. Sur le premier semestre, nous enregistrons une hausse de trafic de 4,8 %. Cette belle dynamique a été confirmée pendant la période estivale puisque 10 % de passagers ont voyagé en plus à bord des trains rouges comparé à la même période de l’année précédente.

     

    VRT. Envisagez-vous de nouveaux services ?

    B. G. Il y a un peu plus d’un an, Thalys a déjà renouvelé son offre en lançant d’une part, Premium, un service personnalisé et flexible, d’autre part, Comfort dans un esprit Première classe, et maintenu l’offre standard. Lancée en décembre 2017, cette nouvelle offre a rempli ses objectifs et permis de développer le trafic avec une hausse de 13 % sur Comfort et Premium. Elle a vraiment rencontré son public.

    Cette année encore, Thalys va évoluer avec trois nouveautés. La première concerne Izy qui va bénéficier d’une nouvelle rame proposant plus de places. C‘est une ancienne rame Eurostar TMST. La deuxième concerne le lancement de deux allers-retours par jour entre Amsterdam et Marne-la-Vallée. C’est une offre vraiment nouvelle pour les Pays-Bas et pour le nord de la Belgique et la zone d’Anvers. Elle répond à deux types de voyages, loisirs et pro. La troisième nouveauté a été lancement, le 29 juin, d’une relation saisonnière Bruxelles – Bordeaux. Il s’agit d’un aller-retour tous les samedis entre Bruxelles et Bordeaux pendant les deux mois d’été ainsi qu’entre Bruxelles et Marseille.

     

    VRT. Où en est le programme de rénovation des rames ?

    B. G.Ce programme vient de commencer. Il devrait durer plus de trois ans jusqu’en 2023. 26 rames devront être totalement rénovées à cet horizon. Une rame est entrée dans les ateliers près de Lille en avril. Elle devrait en sortir d’ici la fin de l’année. On attend beaucoup de cette rénovation car notre matériel n’est plus tout jeune. Il est toujours très confortable mais donne des signes de vieillissement.

    L’intérieur va être entièrement rénové pour conserver le meilleur du confort des sièges de Thalys tout en modernisant le design qui va jouer sur la luminosité. On travaille avec deux designers, le Belge Axel Enthoven et la Française Matali Crasset. Nous aurons 7 % de places en plus pour les voyageurs. Et 15 % d’espace en plus pour les bagages. Avec la possibilité d’embarquer deux vélos non pliés. Ces rames seront baptisées « RubY ».

    J’arrive à un moment charnière pour Thalys et je souhaite qu’on profite de cette rénovation pour repenser toute notre offre de service en travaillant sur tout ce qu’on peut apporter avant et après le voyage. Une réflexion est en cours. Nous allons aussi travailler à la modernisation de notre offre de fidélisation. Izy de son côté est novateur. C’est la seule offre à grande vitesse à petits prix à l’international. Nous devons la pérenniser et la développer. Mais nous n’aurons pas beaucoup de marges de manœuvre dans les deux ou trois ans qui viennent du fait de la rénovation du parc historique. De plus, une opération mi-vie du matériel roulant est également lancée depuis 2016. Les deux programmes se superposent.

    L’investissement représente un coût total de 250 millions d’euros. Pendant cette période, nous disposons de deux rames de plus : une rame Eurostar que nous louons pour Izy et que nous avons décidé de conserver, ce qui porte notre flotte à 27 rames. Auxquelles s’ajoute une 28e rame que nous louons à la SNCF. C’est une rame réseau mise à nos couleurs qui vient en appui cette année. Aujourd’hui nous disposons donc de 28 rames. Elles permettent de maintenir les rotations car systématiquement il y a deux rames Thalys en rénovation. Sinon, nous aurions dû réduire notre offre. Avec ce parc roulant limité, tout l’enjeu est de trouver des solutions pour pouvoir continuer à nous développer.

     

    VRT. Voyez-vous venir la concurrence ?

    B. G. Sur l’international, le marché est ouvert depuis 2010. On est en 2019, la concurrence n’est toujours pas là et c’est tant mieux. Mais désormais, nous sentons que le marché devient plus mûr. Flixtrain a fait une demande pour se développer en France et sur Paris – Bruxelles. Il arrivera sûrement sur Paris – Bruxelles en 2021. On ne sait pas encore quels sillons il aura… Pour nous, c’est un challenge. Mais nous disposons d’une grande force grâce à notre offre : nous proposons de la grande vitesse, alors que Flixtrain se positionnera sur une offre classique. Attendons de voir quels seront leurs tarifs, leurs services…

    Nous, nous nous positionnons sur la qualité et proposons déjà 30 % de nos places à petits prix sur Thalys et Izy. Nous répondons à l’ensemble des besoins de notre clientèle. Si Flixtrain arrive, ce sera avec l’arme des prix. Avec Izy et des trajets Paris – Bruxelles à 10 euros, nous sommes déjà présents ! Cela reste de la grande vitesse avec un confort de très bon niveau. 

    Flixtrain est le premier à afficher ses objectifs mais Trenitalia ne cache pas non plus son envie de venir en France et de prolonger des lignes vers Bruxelles. Rappelons toutefois que la concurrence existe déjà entre Bruxelles et Cologne et entre Bruxelles et Amsterdam.

     

    VRT. Thalys ne souffre-t-il pas d’une image d’un train cher ?

    B. G.Le sujet prix est travaillé en permanence. Thalys a l’image d’un train de grand confort avec une grande qualité de service, qui permet à chacun de trouver le prix qu’il attend. Actuellement, on recense une soixantaine d’allers-retours en bus entre Paris et Bruxelles et entre Paris et Amsterdam. Et Thalys continue à se développer. On constate un essor de la mobilité et un essor de la mobilité ferroviaire qui est très favorable.

     

    VRT. Comptez-vous lancer de nouvelles routes ?

    B. G.C’est une réflexion de toujours. Mais actuellement, il y a de fortes contraintes liées à la taille de notre parc et au programme de rénovation. Il y a aussi des contraintes techniques : c’est un challenge de traverser quatre pays européens !

     

    VRT. Ne pensez-vous pas que vous allez bénéficier du mouvement « la honte de prendre l’avion « (ou flygskam en suédois) ?

    B. G.Il y a beaucoup de débats autour de la place de l’avion. Nous sommes au cœur de ce débat. Nous entendons des acteurs dire vouloir développer la place du train entre Bruxelles et Amsterdam. C’est une question dont nous débattons y compris avec les autorités aériennes sur des origines destinations courtes. On pourrait développer le trafic ferroviaire pour desservir Schiphol entre Bruxelles et Amsterdam. Il pourrait y avoir un premier mouvement dans ce sens dès l’an prochain. Il y a une volonté politique très forte aux Pays-Bas de faire en sorte que tout ce qui est de la courte distance puisse être remplacé par le train. C’est un service de bout en bout auquel il faut réfléchir avec les compagnies aériennes.

    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

  • Les premiers trains du chinois CRRC pour l’Europe sont arrivés

    Les premiers trains du chinois CRRC pour l’Europe sont arrivés

    Alors que résonne encore l’annonce du prochain rachat de Vossloh Locomotives par CRRC Zelc, c’est une autre filiale du groupe chinois de construction de matériel roulant ferroviaire, CRRC Zhuzhou, qui produit les premiers trains chinois destinés au marché européen.

    Trois automotrices Sirius, destinées à l’opérateur privé tchèque Leo Express, viennent d’arriver en Europe, par le port de Brême, pour être aussitôt acheminées vers l’anneau d’essais ferroviaires de Velim, en République tchèque.

    Une fois homologués, ces trains doivent être mis en service l’an prochain sur des liaisons intérieures tchèques, puis internationales, vers la Slovaquie et la Pologne. Aptes à 160 km/h, ces automotrices peuvent s’alimenter sous 3 kV en courant continu et 25 kV 50 Hz.

    Leo Express

    Leo Express, qui exploite actuellement cinq rames Stadler Flirt de Prague à Ostrava et Kosice, a la possibilité de lever une option sur 30 rames Sirius de plus. Plusieurs studios de design tchèques ont participé au développement de ce modèle assemblé en Chine, dont près de 20 % de composants (dont les aménagements, choisis avec les futurs voyageurs, et les dispositifs de sécurité) doivent contractuellement provenir de sous-traitants tchèques.

    P. L.

  • Millet reprend le constructeur Titagarh Wagons AFR

    Millet reprend le constructeur Titagarh Wagons AFR

    C’était l’un des feuilletons ferroviaires de l’été : en redressement judiciaire depuis juin 2019 pour problèmes de trésorerie, le constructeur de wagons Titagarh Wagons AFR a été repris par un de ses clients, le groupe Millet. Cette solution a été préférée par tribunal de commerce de Paris au plan de continuation mis sur pied par Titagahr, le propriétaire indien du constructeur de wagons depuis 2010.

    C’est donc un loueur de wagons, lui-même fidèle client du constructeur, qui reprend l’ancienne société Arbel Fauvet Rail, en proposant de garder 109 des 122 salariés sur le site de Douai, pour relancer l’activité dès cet automne. L’outil de production du constructeur, rebaptisé Millet AFR, devrait être modernisé par son nouveau propriétaire afin de maintenir et de développer la production en France, alors que l’essentiel de la construction de wagons pour le marché européen se concentre désormais dans l’est du continent.

    Nouvelle acquisition dans le fret ferroviaire

    Ce maintien dans les Hauts-de-France explique sans doute pourquoi AFR est parfois présenté – à tort – comme « le dernier constructeur français de wagons ». Car s’il est vrai que cette branche de la construction ferroviaire n’est pas en grande forme en France, cinq ans après la fermeture des Ateliers bretons de réalisation ferroviaire Industries (ABFR) à Châteaubriant, d’autres entreprises sont actives dans ce domaine. Près de Saint-Amand-Montrond (Cher) se trouvent, par exemple, les anciens ateliers d’Orval, aujourd’hui Inveho UFO, dont la maison mère est un autre loueur de wagons, Ermewa, filiale de SNCF Logistics. Il y a aussi Lohr Industrie, dans le Bas-Rhin, qui produit le wagon de ferroutage Modalohr.

    Vu par Millet, la reprise d’AFR s’ajoute à une série d’acquisitions effectuées ces dernières années dans le domaine du fret ferroviaire en France. Après la reprise en 2014 du réparateur de wagons SDH Fer, basé à Saint-Denis-de-l’Hôtel (Loiret), Millet a racheté, avec Régiorail, la participation d’Euro Cargo Rail dans l’opérateur ferroviaire de proximité OFP Atlantique, pour former en 2017 l’entreprise de fret ferroviaire Ouest Rail basée à Montoir-de-Bretagne en Loire-Atlantique. Enfin, Millet a repris en 2018 l’activité fret de Colas Rail.

    Patrick Laval

  • En rachetant Vossloh Locomotives, CRRC met le pied en Europe

    En rachetant Vossloh Locomotives, CRRC met le pied en Europe

    Les cartes de l’industrie ferroviaire européenne viennent encore une fois d’être rebattues avec l’annonce, le 26  août, du rachat de Vossloh Locomotives par le géant chinois CRRC. Depuis plusieurs années, l’industriel chinois (ou ses prédécesseurs,  CNR et  CSR) cherchait à prendre pied sur notre continent. On se souvient d’une tentative infructueuse de rachat d’ AnsaldoBreda il y a cinq ans, d’une opération quasiment bouclée avec Skoda en 2016, et des tentatives de rapprochements avec d’autres entreprises, dont Bombardier. On avait eu vent précédemment d’une tentative d’achat d’Outreau technologies, spécialiste des cœurs d’aiguille, finalement acheté en 2013 par le groupe Vossloh. Finalement c’est Vossloh Locomotives  qui tombe dans l’escarcelle chinoise. Le groupe Vossloh, qui s’est concentré sur les infrastructures ferroviaires, cède une filiale qui ne faisait plus partie depuiss sa réorientation stratégique de 2014 de son cœur de métier. Rappelons que Vossloh España, autre ancienne filiale de Vossloh construisant des locomotives, a été pour sa part reprise par Stadler en 2016.

    Zhuzhou (CRRC ZELC, filiale de China Railway Rolling Stock Corporation), achète ainsi sa première société européenne et met la main sur un constructeur très innovant dans le domaine des locomotives diesel (à transmission hydraulique ou électrique) de petite et moyenne puissance. Et un constructeur non négligeable qui détient aujourd’hui le quart des parts de marché des locomotives diesel en Europe.

    Dans un premier temps, Vossloh Locomotives GmbH et ses filiales vont constituer une entité autonome à côté de CRRC ZELC et garder le même nom, selon un communiqué publié par Vossloh : « Aucun changement, que ce soit en termes de personnel ou de structure, n’est envisagé ni pour les sites de Kiel et de Moers en Allemagne ni pour les filiales européennes. L’objectif principal est de conserver les compétences d’ingénierie de production et de forcer, dans le cadre d’une relation de partenariat, le développement de nouveaux produits avec des concepts de transmission innovants », indique encore l’industriel. Selon Maria Leene, directrice générale du  consultant SCI Verkehr, l’acquisition de Vossloh Locomotives est, malgré les qualités de l’entreprise, un pari risqué, « aucun propriétaire n’ayant réussi à dégager du profit » avec ce que SCI Verkehr  considère comme un marché de niche constitué surtout de locomotives de triage ou destinées à des parcours régionaux. Sur un secteur d’autant plus difficile aujourd’hui que l’on cherche plutôt à trouver des alternatives au diesel. Selon le consultant, il faudra sans doute investir fortement pour réinventer le site de Kiel.

    Bruno Le Maire hors de lui

    Ce rachat ne deviendra effectif qu’une fois  validé par les autorités compétentes en Europe et en Chine. Les nouvelles instances européennes vont-elles l’accepter ?  Dimanche 1er septembre, sur le plateau du Grand Rendez-vous d’Europe 1 – CNews –  Les Echos, Bruno Le Maire, n’a pas mâché ses mots : « Cette décision me met hors de moi » a dit le ministre de l’Economie, qui a poursuivi : « il y a  des mois que nous répétons qu’il faut nous armer  face à la concurrence chinoise, que le géant chinois qui est beaucoup plus fort qu’Alstom et Siemens réunis va venir en Europe, prendre des marchés en Europe, essayer de  racheter des constructeurs de locomotives en Europe alors que la Commission européenne rétorque, selon lui : « c’est faux, cela n’arrivera jamais, ne vous inquiétez pas, dormez sur vos deux oreilles braves gens. » . Si le gouvernement français tente d’alerter la Commission,  le gouvernement allemand est beaucoup plus discret. Les Allemands ont de grands intérêts en Chine. Et Heinz Hermann Thiele, premier actionnaire de Vossloh AG (900 millions d’euros de CA),  est aussi le propriétaire du groupe Knorr-Bremse (6,6 milliards de CA), très présent en Chine. Un bon connaisseur de l’industrie ferroviaire estime que l’opération en cours n’est « ni cosmétique, ni anecdotique, mais stratégique ». De là à penser que l’acquisition des locomotives diesel ne soit que la première phase d’une plus grande opération…

    M.-H. P. et F. D. 

  • Avant le TGV du Futur, la SNCF commande encore 12 TGV Océane

    Avant le TGV du Futur, la SNCF commande encore 12 TGV Océane

    Le 31 juillet, Voyages SNCF et Alstom ont annoncé la commande de 12 rames TGV à deux niveaux, désignées Océane par le premier et Avelia Euroduplex par le second. Chiffrée à 335 millions d’euros (soit un prix unitaire approchant les 28 millions d’euros), cette tranche doit être mise en service en 2021 et 2022 sur les relations Paris – Rennes, Paris – Nantes et Paris – Metz ou Nancy.

    Approuvée par le Conseil d’administration de la SNCF le 26 juillet, cette nouvelle commande ferme, qui n’est pas à proprement parler une option du contrat passé entre Alstom et SNCF le 27 juin 2007, fait suite à une levée d’option de 40 rames (qui s’inscrivait, elle, dans le cadre du contrat) et aux 15 « options complémentaires » levées en 2017 (41 de ces rames ont été livrées sur un total de 55, les dernières étant attendues pour fin 2020). Par ailleurs, la livraison des 12 rames supplémentaires TGV Océane, modèle éprouvé et apprécié depuis sa mise en service en décembre 2016 entre Paris et Bordeaux, précédera celle, prévue à partir de 2023, des 100 TGV du Futur dont la commande a été annoncée il y a tout juste un an. Un matériel qui, comme son nom l’indique, n’est pas encore une réalité et dont la mise en service n’est pas prévue a priori sur les lignes de l’ouest de la France…

    Remplacer des rames trentenaires

    Les 12 TGV Océane supplémentaires ont pour objectif de renouveler « progressivement » le parc à grande vitesse, en particulier les TGV Atlantique (qui atteignent 30 ans de service pour les plus anciens), tout en transportant davantage de voyageurs par rame (556, contre 485 pour les Atlantique et 509 pour les générations précédentes de Duplex).

    Si cette commande de 12 TGV Océane est affichée par la SNCF comme une réponse « à la forte croissance du trafic des passagers grande vitesse en France », rendue possible par « les excellents résultats de l’activité », tout en offrant à l’opérateur historique « un atout formidable dans le contexte de l’ouverture à la concurrence », le facteur politique est également présent. En effet, selon un communiqué du ministère de la Transition écologique et solidaire, « [Elisabeth Borne] souligne que cette commande est rendue possible par le nouveau pacte ferroviaire porté par le Gouvernement en 2018, qui a donné à la SNCF toute la visibilité nécessaire sur son activité, grâce à la décision de stabiliser l’évolution des péages acquittés par les TGV en les limitant strictement à l’inflation ».

    Des heures de travail avant le TGV du Futur

    Enfin, cette commande représentera des heures de travail en 2020-2021, c’est-à-dire avant le démarrage de la production du TGV du Futur, sur huit des treize sites d’Alstom en France. Ce surcroît d’activité est particulièrement bienvenu sur le site de Belfort, spécialisé dans les motrices TGV et les locomotives. Des circonstances que Jean-Baptiste Eyméoud, président d’Alstom France, ne nie pas, bien au contraire : « La production de ces nouvelles rames Avelia Euroduplex représentera de la charge et de l’emploi pour respectivement 400 personnes à La Rochelle et 120 personnes à Belfort ». Outre ces deux derniers sites, celui de La Rochelle étant chargé de la conception et l’assemblage, Ornans produira les moteurs, Le Creusot les bogies, Tarbes les chaînes de traction, Villeurbanne l’informatique embarquée et Petit-Quevilly les transformateurs de traction, alors que Saint-Ouen assurera le design.

    P.L.

  • 376 millions pour l’achat de rames régionales pour les liaisons avec l’Allemagne

    376 millions pour l’achat de rames régionales pour les liaisons avec l’Allemagne

    Le conseil régional du Grand Est a approuvé le 5  juillet l’acquisition de 30 rames régionales Coradia bimodes (Alstom) destinées à ses services transfrontaliers. Le projet représente un projet d’investissement de 376 millions d’euros partagé avec les Länder de Sarre, de Rhénanie-Palatinat et du Bade-Wurtemberg.

    Ces rames entreront en service sur la ligne réactivée entre Metz et Trèves, ainsi que sur les lignes transfrontalières en direction de Karlsruhe et sur les axes franco-allemands au départ de Strasbourg. Le nouveau matériel roulant permettra de quadrupler l’offre ferroviaire sur les sept lignes régionales existantes entre la France et l’Allemagne. « Ces dessertes sont essentielles pour favoriser l’accès aux bassins d’emploi dans les régions voisines », rappelle David Valence, vice-président de la région Grand Est en charge du Transport.

    La mise en concurrence pour l’exploitation de ces dessertes ferroviaires est prévue à partir de 2025.

    Olivier Mirguet

  • Bombardier de plus en plus ferroviaire

    Bombardier de plus en plus ferroviaire

    Pour Bombardier, l’aviation commerciale, c’est fini. Restera cependant l’aviation d’affaires. Moins de deux ans après avoir vendu à Airbus son programme CSeries, devenu A220 pour le constructeur européen, le groupe canadien vend au conglomérat japonais Mitsubishi son programme d’avions régionaux CRJ, pour 550 millions de dollars américains (480 millions d’euros). Une somme en apparence modique, pour un programme qui n’a jamais vraiment été rentable.

    Officiellement, cette nouvelle vente s’effectue pour Bombardier dans le cadre d’une « transformation » de son secteur aéronautique, selon Alain Bellemare, président et chef de la direction. Désormais, le groupe s’articule entre « Bombardier Transport, regroupant nos activités de transport sur rail […] et Bombardier Aviation, regroupant nos activités d’avions d’affaires de calibre international ». Des jets privés qui représentent un segment pour le moins étroit, mais « qui a un futur ». Pour le reste de ses activités, Bombardier a déjà vendu ses produits récréatifs (dont le célèbre Ski-Doo) il y a 15 ans… suite aux problèmes rencontrés – déjà – par le secteur aéronautique. Ne restent donc plus que les transports sur rail. Bombardier se rapprocherait-il de plus en plus d’un rôle de « pure player » ferroviaire, pour reprendre l’expression popularisée par son concurrent Alstom ?

    P. L.

  • François Davenne nouveau directeur général de l’UIC

    François Davenne nouveau directeur général de l’UIC

    Lors de son assemblée générale qui s’est tenue le 25 juin à Budapest, l’Union internationale des chemins de fer (UIC) a nommé François Davenne au poste de directeur général. Cet énarque, également diplômé de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications d’Evry, a notamment travaillé au ministère des Transports sur la sécurité et la réglementation ferroviaires. Il a été élu en 2012 secrétaire général de l’Otif, organisation intergouvernementale pour les transports internationaux par fer, au sein de laquelle il a promu l’interdisciplinarité et la construction de partenariats pour développer l’application de règles uniformes applicables au rail à l’échelle internationale.

    François Davenne était depuis janvier dernier l’adjoint de Jean-Pierre Loubinoux, qui a dirigé l’organisation pendant plus de dix ans. Sa nomination prendra effet le 1er juillet pour un mandat de quatre ans.

  • Ferroviaire – Inauguration du centre de maintenance Erion à Montceau-les-Mines

    Ferroviaire – Inauguration du centre de maintenance Erion à Montceau-les-Mines

    Les inaugurations se succèdent sur le site Mecateamplatform de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) : deux mois après la réouverture après rénovation de son embranchement au réseau ferré par le dirigeant de SNCF Réseau, Patrick Jeantet, c’est au tour du centre de maintenance de locomotives d’Erion France. Onze mois après le lancement de sa construction sur la plateforme mutualisée du Mecateamcluster.

    Le 20 juin, les parties prenantes de ce nouvel établissement de maintenance ferroviaire situé sur l’ancien site minier des Chavannes, ont pris place dans la cabine d’une locomotive diesel Euro 4 000 d’Europorte pour couper le ruban inaugural. Aux commandes, Carmen García Cristóbal, directrice des Opérations de l’entreprise de maintenance ferroviaire Erion. A ses côtés, Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, David Marti, président de la communauté urbaine Creusot Montceau, Jean-Claude Lagrange, PDG de la SEM pour la Coopération industrielle en Bourgogne (Semcib),  Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau-les-Mines, et Eric Boucourt, sous-préfet d’Autun et Daniel Martínez Alonso, président d’Erion France.

    Europorte, VFLI pour clients

    Créée en 2012, la filiale française d’Erion, détenue à 49 % par la Renfe et 51 % par Stadler, emploie actuellement une quarantaine de personnes, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de cinq millions d’euros, avec Europorte, VFLI et ETF pour clients.

    L’implantation d’Erion France à Montceau-les-Mines est d’autant plus bienvenue qu’elle découle d’une décision relativement tardive, la première réunion à ce sujet s’étant tenue en 2015 : « C’est la gamba sur la paella ! », a osé Jean-Claude Lagrange lors des discours inauguraux, faisant allusion aux origines espagnoles de l’entreprise… et au plat qui serait servi ensuite aux invités !

    Outre la mutualisation qu’elle permet, Mecateamplatform présente l’avantage géographique d’être embranchée sur ligne de Paray-le-Monial à Montchanin du réseau ferré national, qui la met à 45 km de l’axe fret entre la Belgique et Marseille, via Amiens, Dijon et Lyon. Une position stratégique pour assurer sur un site français la maintenance des 58 locomotives diesel de forte puissance des clients d’Erion France, principalement des Euro 4 000 au catalogue Stadler (anciennement Vossloh España) ou des Class 77 construites au Canada par EMD (anciennement GM).

    Montée en puissance sur le marché français

    Livré fin mai, dans les temps impartis, le bâtiment se présente sur une longueur de 90 mètres, dont 60 pour la zone de maintenance lourde (avec un total de huit vérins de levage de 35 t chacun, deux ponts roulants de 25 t sous un plafond haut) et 30 m pour la maintenance légère et préventive (avec trois voies passantes sur fosse et passerelles d’accès à mi-hauteur et en toiture), à proximité du tour en fosse. Avec cette implantation, Erion France envisage une montée en puissance sur le marché français, ses dirigeants tablant sur une augmentation de 60 % du chiffre d’affaires d’ici à 2021, et la création d’une vingtaine d’emplois. Ainsi, avec une soixantaine de salariés, le site pourra traiter quelque 150 locomotives par an, dont une dizaine en même temps si nécessaire. Cette capacité pourrait être doublée par d’éventuelles extensions à l’avant et à l’arrière du bâtiment.

    Côté Mecateamplatform, une troisième inauguration se profile cette année, avec la livraison de la première tranche du pôle formation, qui accueillera la prochaine convention d’affaires Mecateameetings, les 26 et 27 septembre prochains.

    P. L.