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Catégorie : Mobilités douces
Retrouvez toute l’actualité des mobilités douces: services de vélos et trotinettes en libre service, pietonisation, aménagements urbains…

Pau dévoile son bus à hydrogène
Pau, qui se veut pionnière en France en lançant la première ligne de bus à hydrogène, a présenté le 28 février son futur véhicule à haut niveau de service baptisé Fébus, en honneur à la lignée des Gaston, comtes de Foix et vicomtes de Béarn. Attendu en septembre 2019, ce bus propre circulera sur une voie dédiée actuellement en chantier sur six kilomètres de rues.
Il ira de la gare à l’hôpital, soit 14 stations, un parcours de 17 minutes et à un cadencement toutes les huit minutes. Long de 18 mètres, le bus fonctionnera « sans aucune nuisance » avec des batteries à hydrogène garantissant une autonomie de 240 km : les huit unités dessinées par Julien Gaubert (un ancien de Courrèges) sont en construction chez le belge Van Hool avec le concours de l’énergéticien Engie. Chacun pourra accueillir 125 passagers, et 1,2 million de voyageurs par an sont attendus pour démarrer.
Michel Garicoix

Après le rapport, les ordonnances
Edouard Philippe programme comme prévu la fin du recrutement au statut des cheminots, veut transformer « la SNCF » en société anonyme à capitaux publics. Faire une Deutsche Bahn en version française, à ceci près qu’il ne règle pas au préalable la question de la dette. Le gouvernement ne suit pas les idées de Jean-Cyril Spinetta sur la fermeture de milliers de kilomètres de « petites lignes ». Et va recourir aux ordonnances. Une des lignes rouges
tracées par les syndicats.Ordonnances : le bis (redouté)
Le gouvernement va présenter le 15 mars une loi d’habilitation lui permettant de légiférer par ordonnances. Ordonnances à géométrie variable. Le gouvernement engagera parallèlement le travail législatif, mais, en cas de blocage, il aura recours aux ordonnances. Selon le Premier ministre, cette méthode n’empêche pas la concertation… Le président du Sénat, Gérard Larcher (LR) va totalement à l’encontre et avait averti : « si le gouvernement réforme la SNCF par ordonnance, on m’entendra. » On va entendre aussi les syndicats, pour qui les ordonnances, c’est la ligne rouge. Ce n’est pas la seule à être franchie.Diagnostic : la sévérité (grande)
Le constat de Spinetta est dur envers la SNCF. Edouard Philippe le fait sien. Dans sa concision, le résumé est accablant. « La situation est alarmante, pour ne pas dire intenable » dit le Premier ministre. 14 milliards d’euros de subventions publiques pour fonctionner, « c’est plus que le budget de la police et de la gendarmerie réunies ». Les moyens pour rendre ce service « ont augmenté de 22 % en dix ans ». Et ce service n’est pas satisfaisant : « Sur 20 % du réseau, la vitesse est réduite pour assurer la sécurité des passagers ; c’est deux fois plus qu’il y a dix ans. » La dette, elle, est passée de 20 à 50 milliards en vingt ans.Statut : la fin (attendue)
Le gouvernement suit le rapport Spinetta. Il respecte le « contrat moral » passé avec les cheminots embauchés au statut. Mais « le statut à la SNCF est particulièrement rigide ». Aussi, « à l’avenir, à une date qui sera soumise à la concertation, il n’y aura plus de recrutement au statut ». A ceux qui rejoindront la SNCF « nous disons qu’ils bénéficieront des conditions de travail de tous les Français, celles du code du travail ». Pas seulement, puisque, en contrepartie de certaines contraintes, des dispositions seront intégrées soit à la convention collective de la branche, soit au niveau de l’entreprise. On va donc reprendre le travail déjà entrepris à la recherche d’un « cadre social harmonisé ».Le groupe intégré : le retour (inopiné)
Pour le statut de l’entreprise, le Premier ministre se rallie à la proposition de Spinetta mais manifestement de façon plus vaste. Spinetta propose un Epic de tête et deux SA, Réseau et Mobilités. Le gouvernement trouve l’organisation en trois établissements publics « trop rigide et trop fragmentée ». Et veut « un groupe véritablement intégré ». C’est, si on comprend bien, toute « la SNCF » qui deviendrait « une société nationale à capitaux 100 % publics ». Capitaux incessibles et donc, insiste Edouard Philippe, « tout le contraire d’une privatisation ».Dette : le flou (habituel)
On dit une fois de plus qu’il y a péril. Mais que fait-on ? « Les efforts devront être partagés. Dès lors que la SNCF y aura contribué, l’Etat prendra sa part de responsabilités avant la fin du quinquennat. » C’est un peu court.Petites lignes : le maintien (fausse surprise)
Le gouvernement ne suit pas Spinetta sur les petites lignes. « On ne supprime pas 9000 km de lignes depuis Paris », dit le Premier ministre. On s’y attendait. Elisabeth Borne avait dit qu’il manquait à l’approche du rapport une dimension d’aménagement du territoire. Le gouvernement pourrait échapper ainsi à un front commun syndicats cheminots, usagers, et élus locaux plus ou moins soutenus par les barons régionaux. Les petites lignes seront traitées en leur temps par les régions. Si décision radicale il y a, c’est sur elles que retombera la faute.« Franco » : le pari (risqué, sinon ce ne serait pas un pari)
« On va y aller franco », aurait confié Emmanuel Macron. Les lignes rouges des syndicats, le Premier ministre les franchit : statut des cheminots, de la SNCF, recours aux ordonnances. Tout en assurant qu’il ne cherche pas le conflit. On suppose qu’Edouard Philippe a examiné ce qui s’est passé en 1995, pour ne pas répéter les erreurs d’Alain Juppé, dont il est proche. Très ferme, il évite le côté « droit dans ses bottes ». Le gouvernement prend soin de ne pas traiter la question des retraites en même temps qu’une réforme assez énorme et garde les petites lignes. Plus fondamentalement, il estime que l’on a changé d’époque. De plus, dans la continuité de la victoire surprise à l’élection présidentielle, et de la recomposition politique, l’opposition est inaudible. Et il y a unité au sommet de l’Etat. Le pari du gouvernement pourrait être double. Du type, pile je gagne, face tu perds (et en plus tu perds la face). Un, les conditions sont réunies pour la réforme : on y va et ça passera. Deux, si jamais il devait y avoir affrontement, on ne cède pas, et cette victoire sera un exemple pour la suite. C’est risqué, alors qu’un très grave malaise se manifeste dans divers secteurs de la fonction publique.Pepy : le paradoxe
Guillaume Pepy a, sous Gallois, appliqué et subi la première réforme ferroviaire. La SNCF faisait alors le dos rond, tout en menant des escarmouches pour garder ses prérogatives ou concéder le moins possible à RFF. Puis, le moment venu, le nouveau président a livré bataille pour la réunification. La loi de 2014, c’est en grande partie la sienne. On dit qu’aujourd’hui il n’a pas les mêmes entrées à l’Elysée ou dans les ministères que du temps de Sarkozy ou surtout de Hollande. Peut-être. Mais la nouvelle réforme de la SNCF ne va pas vraiment contre ses vues. Au contraire. L’ouverture à la concurrence, il s’efforce de la préparer depuis longtemps. C’était l’objectif des dispositions pour le cadre social harmonisé, qui lui ont valu d’être lâché par le précédent gouvernement. Ne plus embaucher au statut, il en parle ouvertement. De plus, les propos du Premier ministre, en faveur non d’un système éclaté comme en Grande-Bretagne, mais d’un système intégré comme en Allemagne ou dans l’Europe continentale, c’est ce que veut la SNCF. A la réserve près de la dette, que l’Etat ne règle pas comme l’a fait l’Allemagne lors de la réunification, on va mettre en place une Deutsche Bahn à la française. Un opérateur historique puissant, intégré, embauchant des cheminots sous convention collective, ouvert à la concurrence. Pas du tout ce que préconisait Dominique Bussereau. En cas de victoire du candidat de la droite à la présidentielle, l’ancien ministre assurait qu’on supprimerait l’Epic de tête et séparerait totalement Réseau de Mobilités. La réforme parachève celle de 2014, et dans le sens de Pepy. Mais c’est sous la forme d’une injonction qu’on lui demande de faire ce qu’il préconise.F. D.

Lyon lance sa future ligne de métro pour 2030
La Métropole de Lyon et le Sytral ont présenté l’étude de faisabilité réalisée par Egis pour la future ligne E du métro lyonnais qui… se fera.
« Il y a une vraie volonté fondée sur des arguments forts, a affirmé David Kimelfeld, président de la Métropole, c’est une nécessité de déployer cette ligne » selon Fouziya Bouzerda, présidente du Sytral.
Parmi douze scénarios, deux envisagent la création d’une nouvelle ligne depuis Hôtel-de-Ville ou Bellecour jusqu’au nouveau terminus Alaï, de six à sept kilomètres de long avec cinq et six stations pour un coût « aux environs d’un milliard d’euros ».
Particularités de cette ligne : c’est la première dans l’Ouest lyonnais et elle sera creusée dans la colline de Fourvière pour atteindre le plateau avec un dénivelé de 120 mètres. En avril prochain, le Sytral devrait voter le préprogramme de l’opération et la saisine de la CNDP pour la ligne E prévue en 2030.
C. F.

Des bus au bioGNV sur l’aéroport Lyon-Saint Exupéry
L’aéroport Lyon-Saint Exupéry met en service des bus roulant au bioGNV (gaz naturel produit à partir de déchets organiques agroalimentaires) pour assurer les navettes entre parkings et terminaux. Selon le transporteur prestataire Berthelet, qui a écarté les bus électriques, le bioGNV est mieux adapté au service 19h/24 avec une autonomie de 600 km. Berthelet a également acquis un Navya autonome pour ses grands clients industriels en 2018.
C. F.

L’Occitanie se dote d’un Gart
L’Occitanie est la première région à se doter d’un Groupement des autorités responsables de transports (Gart). Cette nouvelle instance a été mise en place le 9 février à Carcassonne par Jean-Luc Gibelin, vice-président de la région en charge des Transports, en présence de Guy Le Bras, directeur général du Gart national, et de 19 conseils départementaux et AOM/AOT (autorités organisatrices de la mobilité ou des transports) de la région ayant fait le déplacement.
Toutes sont invitées à participer au Gart Occitanie mais seuls les membres du Gart national pourront prétendre à devenir membres du bureau du Gart Occitanie. Le Gart national apportera un appui logistique, administratif, et partagera son expérience de réunion des trois types de collectivités et de fonctionnement paritaire sur le plan politique.
« Comme nous nous y étions engagés au sortir des Etats généraux du rail et de l’intermodalité (Egrim) conduits en 2016, nous poursuivons la démarche de concertation et de coconstruction plébiscitée par les autorités responsables et les usagers, a indiqué Carole Delga, la présidente de la région. Avec ce Gart Occitanie, nous renforçons notre palette d’outils pour un dialogue renouvelé et renforcé avec les territoires et les acteurs des transports car nous sommes convaincus que la connaissance des enjeux locaux, des spécificités territoriales et des attentes du terrain est déterminante pour le déploiement d’un service public adapté, cohérent et pleinement efficace. »
Les deux priorités du Gart Occitanie seront l’élaboration du volet transport du schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires « Occitanie 2040 » et la mise en place d’un titre de transport unique qui occuperont deux commissions de travail. Quatre autres plancheront sur les innovations, nouvelles mobilités, mobilités propres et développement des modes actifs ; les infrastructures ferroviaires et routières ; l’intermodalité ; la sécurité et l’accessibilité. Une assemblée plénière sera réunie deux fois par an, sous la présidence de la région et en présence du Gart national.
Catherine Stern
Le gouvernement allemand préconise la gratuité des transports en commun
Pour lutter contre la pollution dans les grandes villes, Berlin préconise la gratuité des transports en commun. Selon les révélations de la presse allemande, trois ministres allemands (Environnement, Transports et le chef de la chancellerie) ont assuré dans un courrier adressé au commissaire européen à l’environnement, Karmenu Vella, qu’ils avaient « reconsidéré leurs positions sur les mesures antipollution » en constatant « l’urgence de la situation » pour améliorer la qualité de l’air. Berlin répond ainsi aux avertissements de Bruxelles sur le dépassement inquiétant des émissions d’oxydes d’azote (NOx) dans plus de 70 villes allemandes.
Si elle ne prend pas rapidement des mesures appropriées, l’Allemagne risque en effet une plainte devant la Cour de justice de l’Union européenne et, par conséquent, de lourdes amendes. Jusqu’à présent, le gouvernement allemand n’avait jamais évoqué la solution de la gratuité des transports en commun, un choix considéré au « pays de l’automobile » comme une révolution.
Les ONG parlent de « revirement politique à 180° » alors que le gouvernement a toujours défendu la mobilité individuelle. L’objectif est aussi d’éviter des interdictions de circulation automobile qui menacent dans les grandes villes. Le Tribunal fédéral administratif doit se prononcer le 22 février sur le droit des communes à interdire certaines catégories de véhicules dans leur centre-ville. Munich, Hambourg et Stuttgart attendent ce jugement avec impatience pour imposer des restrictions.
Le gouvernement allemand veut tester la gratuité des transports en commun d’abord dans cinq villes polluées d’Allemagne – Bonn, Essen, Herrenberg, Reutlingen et Mannheim (photo). Il risque néanmoins de se confronter à la résistance des communes qui déplorent des réseaux déjà surchargés et préféreraient investir dans les infrastructures et le matériel roulant plutôt que d’augmenter la fréquentation (on évalue l’augmentation des voyageurs à plus de 30 %). Elles attendent surtout des réponses précises sur le mode de financement de l’Etat qui devra compenser les pertes des recettes de la vente de billets qui représentent 50 % du chiffre d’affaires moyen des régies.
Christophe Bourdoiseau

« Le retour du vélo dans toutes les grandes villes du monde est une tendance massive »
Entretien avec Frédéric Héran, économiste et urbaniste
Frédéric Héran, économiste et urbaniste, est maître de conférences à l’Université de Lille I. Il prône une politique des transports dans la ville, qui amoindrit la part de l’automobile pour faire une place à tous, et se dit convaincu que le nombre de vélos dépassera demain celui des voitures à Paris. Il pointe aussi les limites du développement actuel des vélos en libre service et sans station. Explications.
Ville, Rail & Transports. Quelle politique mettre en place, selon vous, pour obtenir un réel report modal en faveur des vélos ?
Frédéric Héran. Avant tout, il faut modérer la circulation automobile. Il faut comprendre qu’une politique de déplacements ne peut se découper en tranches : une pour la voiture, une pour les vélos, une pour les piétons… Tout est complètement lié.C’est d’ailleurs ce que nous enseigne l’histoire des déplacements urbains, avec l’effondrement puis le retour du vélo, comme l’explique mon livre Le retour de la bicyclette qui met en lumière la croissance actuelle de la pratique du vélo dans les grandes villes occidentales. On a laissé se développer la voiture dans toutes les grandes villes. Mais aujourd’hui, il y a un mouvement très fort, mondial, pour modérer la part de l’automobile et donner de la place aux autres modes.
Prenons l’exemple d’Amsterdam, où on pourrait croire qu’il y a toujours eu des cyclistes. En réalité, on a observé une diminution de leur nombre par trois ou quatre entre les années 50 et le début des années 70. Puis, il y a eu une bagarre des habitants pour reconquérir les rues, permettant son grand retour.
Stockholm aussi où la part des vélos était tombée à 1 % en 1974 a vu cette part remonter à 10 % en 2006. Citons encore Berlin où la part modale des cyclistes s’établissait à 2 % en 1974 et atteint 15 % aujourd’hui. Quant à Paris, où le vélo était à 0,2 % en 1976, il représente désormais 4 ou 5 %.
Evolution des déplacements mécanisés à Paris en milliers de déplacement par jour. Source : EGT jusqu’en 2010, puis hypothèse de Frédéric Héran au-delà. VR&T. Quelles mesures préconisez-vous pour modérer le trafic automobile ?
F. H. Il faut tout d’abord réduire les vitesses autorisées. A Paris, entre 1992 et 2015 (dernier chiffre connu pour le moment), la vitesse moyenne a reculé de 28 % et tourne aujourd’hui autour de 15,9 km/h.Il faut ensuite abaisser le volume de trafic. La baisse de la vitesse y contribue déjà, mais il faut aussi réduire les capacités. Si on se réfère à l’Est parisien, on constate que la réduction du nombre de files de circulation a permis de diminuer de moitié le trafic automobile sur les grands boulevards.
Le tram des Maréchaux a également fait reculer de 50 % le nombre de voitures le long des axes où il passe. De même, la fermeture de 3 km de voies sur berges a retiré 43 000 voitures sur cet itinéraire…
Cette politique suscite des protestations mais de nombreuses villes dans le monde ont fait bien pire. A commencer par Strasbourg qui a supprimé le passage de 50 000 voitures en plein centre-ville, en lançant en 1992 les travaux pour son tramway. Les gens étaient inquiets. Aujourd’hui, ils sont satisfaits.
Enfin, il faut rendre le stationnement plus compliqué et plus cher. La décentralisation et la dépénalisation du stationnement qui sont mises en place depuis le 1er janvier représentent une vraie révolution. Ses effets vont être rapidement visibles. Les temps de recherche d’une place de stationnement vont s’effondrer. Cela réduira le trafic automobile d’autant puisque 5 à 10 % des voitures qui circulent en ville sont en réalité à la recherche d’une place pour se garer. Si le trafic diminue effectivement de 5 à 10 %, ce serait énorme ! Avec un risque : que ces nouvelles facilités de circulation incitent d’anciens automobilistes à reprendre leur voiture.
VR&T. Que pensez-vous du péage urbain évoqué par les pouvoirs publics ?
F. H. Le péage urbain fait aussi partie des actions possibles. On dit qu’il y a beaucoup de villes qui l’appliquent. Mais lesquelles, à part Milan, Stockholm, Oslo, Bergen et Londres ? En réalité, on les compte sur les doigts d’une main. En revanche, on compte des centaines de villes qui ont « calmé » le trafic automobile.Le péage urbain fait gagner de l’argent, c’est « modélisable », selon les économistes standards, qui considèrent au contraire que baisser la vitesse est absurde car le temps, c’est de l’argent. Selon moi, il vaut mieux prendre des mesures de restrictions de circulation en zone urbaine car elles sont de nature à apaiser les villes et à les rendre plus attractives.

Source : Certu, La mobilité urbaine en France : enseignement 2000-2010. VR&T. Vous prônez donc la généralisation des zones 30 ?
F. H. C’est très efficace. En France, la première grande ville qui l’a fait est Lorient dès 2011. La seconde ville, un peu plus grande, Grenoble, s’y est mise en 2016. Paris voudrait y arriver en 2020. Beaucoup de villes estiment qu’elles vont y parvenir dans pas longtemps. Finalement, on ne fait que suivre l’Allemagne, qui elle-même n’a fait que suivre les Pays-Bas, dont toutes les villes sont en zone 30. Mais bien sûr, si on réduit le trafic automobile, dans le même temps, il faut développer les transports publics en leur donnant la priorité aux carrefours ou en installant les arrêts de bus au milieu de la chaussée. Il y a d’innombrables mesures comme celles-là qui sont très favorables aux transports publics.VR&T. La prime pour les vélos envisagée par le gouvernement est-elle vraiment efficace ?
F. H. Pour que le vélo se développe, il faut un système complet. Par exemple, il ne peut fonctionner si vous ne pouvez pas le faire réparer. Il y a des villes comme Roubaix, forte de 90 000 habitants, où on ne trouve aucun vélociste.La solution, ce sont ces ateliers de vélo qui se créent ici ou là. En France, on en comptait six en 2005. Il y en avait 230 en juillet 2017. Ces ateliers se développent à hauteur de +20 à +40 % par an, c’est une explosion ! Ils sont pris en mains par les habitants eux-mêmes qui cherchent des locaux (c’est le plus compliqué), puis s’échangent des outils. C’est convivial et cela existe dans tous les quartiers y compris populaires. Ce n’est donc plus une activité bobo.
VR&T. Alors que les pouvoirs publics s’apprêtent à dévoiler leurs solutions pour favoriser le report modal dans la nouvelle loi sur la mobilité, êtes-vous optimiste sur les chances de succès du vélo ?
F. H. Optimiste ? Non, réaliste ! Nous vivons une tendance de fond, une transition écomobile, qui consiste à passer du tout-automobile à des rues pour tous. Cela concerne tous les pays occidentaux, et même la Chine ainsi que les pays émergents. Il n’y a aucun doute là-dessus.Aux Etats-Unis, depuis dix ans, la part du vélo croît de 10 % par an dans toutes les grandes villes, y compris des villes improbables comme Washington et Chicago. A Londres, qui est partie de plus bas que Paris, la pratique du vélo augmente très vite (3 % de parts) alors que le réseau ne s’y prête pas du tout. Londres pourrait même dépasser Paris prochainement.
La tendance est massive. Ce n’est pas un effet de mode. La pratique de vélo se développe même dans les grandes périphéries. Le mot vélo n’est plus tabou. Il y a dix ans, je ne pensais pas qu’on pourrait revenir aussi facilement à cette situation. Je me suis trompé ! Je suis même surpris de la vitesse à laquelle le vélo se répand. Cela dit, à Paris, le vélo n’atteindra jamais des sommets, puisqu’il a un concurrent redoutable : le métro, qui est le meilleur du monde avec ses stations tous les 500 mètres ! Toutefois, avec une courbe de croissance de 10 % par an tandis que la voiture recule de 3 à 4 % par an, il devrait dépasser le nombre de voitures, peut-être à l’horizon 2030.

Evolution de l’usage du vélo dans les grandes villes américaines de 2005 à 2014 (déplacements domicile – travail sur trois ans). Source : New York City Department of Transportation, Cycling in the City. VR&T. Est-ce que l’arrivée de nouveaux acteurs, comme les opérateurs de vélos en libre service et sans station, peut favoriser le report modal ?
F. H. A mon avis, il y a trois coûts cachés dans ce système. D’abord, l’espace public n’est pas gratuit. Il est même onéreux, surtout dans les grandes villes. Il est cher car il faut le construire, le maintenir, le nettoyer, l’éclairer… Toutes les villes se résolvent peu à peu à faire payer cette occupation. Paris notamment veut le faire.Autre coût : toutes les dégradations, les vols, les incivilités que ces vélos génèrent. La police doit s’en occuper. Cette délinquance est essentiellement juvénile et masculine. Elle est particulièrement forte à Paris qui est la ville la plus dense d’Europe. On y compte donc deux fois plus de délinquants au m² qu’à Londres par exemple. C’est très tentant pour un adolescent de prendre un vélo sans attaches. Les opérateurs ont sous-estimé ce risque.
De plus, les vélos sans station sont dispersés. Il faut les chercher pour les réparer alors que quand il y a des stations, la gestion est beaucoup plus facile.
Enfin, troisième coût, les vélos encombrent l’espace public, ils gênent les passages, les piétons, les restaurateurs, les gestionnaires de réseau… Il y a toujours un moment où on finit par les écarter. Regardez ce qui s’est passé dans certaines villes chinoises où des dizaines de milliers de vélos ont été rassemblés dans un même endroit. Tous ces vélos qui s’accumulent… Nous allons sûrement vivre la même chose. A un moment nous dirons : cela suffit ! Les opérateurs ne s’en occupent pas, ce n’est pas dans leur modèle économique. Ils disent : notre modèle ne coûte rien aux contribuables. Mais évidemment cela a un coût !
VR&T. On entend dire que ces opérateurs seraient surtout intéressés par les données qu’ils récoltent auprès des utilisateurs de leur service. Qu’en pensez-vous ?
F. H. Leur modèle économique n’est pas clair. D’où viennent leurs recettes ? Je pense que c’est surtout la caution qu’ils prélèvent auprès des utilisateurs qui les intéressent. Cet argent est placé, parfois sur des marchés risqués, et rapporte des intérêts. Il semble que certains utilisateurs aient un mal fou à la récupérer quand ils renoncent au service…Quant aux données qu’ils pourraient récolter, je ne suis pas convaincu qu’elles aient un grand intérêt en elles-mêmes et qu’ils puissent en retirer beaucoup d’argent.
VR&T. Comment jugez-vous l’arrivée ratée de Smovengo à Paris ?
F. H. Smovengo a une logique industrielle, ce n’est pas un groupe qui a fait un coup. Il a, semble-t-il, sous-estimé le temps qu’il faudrait pour raccorder et renforcer l’alimentation électrique.Une fois ces difficultés passées, nous verrons. C’est une société qui innove sans arrêt pour rendre son système plus fiable. Grâce à son système d’accroche, il devrait y avoir beaucoup moins de vols, même si je ne suis pas sûr qu’il arrivera à tenir son objectif de pas plus de 5 % de vols.
Propos recueillis par Marie Hélène Poingt
*Le Retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe de 1817 à 2050, La Découverte, Poche, 2014, 256 pages (10 euros).
Le taux de paiement du stationnement a progressé de dix points à Paris
Les automobilistes mauvais payeurs ? Les choses sont, semble-t-il, en train de changer à Paris qui recourt depuis janvier dernier à des sociétés sous-traitantes pour contrôler le paiement du stationnement en voirie, conformément à la nouvelle législation sur la « dépénalisation du stationnement ». Jusqu’à présent, on estimait qu’à peine 9 % des automobilistes acquittaient leur dû lorsqu’ils se garaient sur une place payante dans les rues de Paris. Désormais, ils seraient quasiment 20 %, selon Serge Clémente, le président d’Indigo, une société qui contrôle le stationnement sur les deux tiers des arrondissements (du Ier au VIIe, du XIe au XVIe et le XXe). Les sociétés de contrôle s’engagent envers la mairie de Paris à effectuer chaque jour un certain niveau de contrôles et peuvent cibler les rues où les infractions paraissent les plus nombreuses. Elles sont aussi chargées du recouvrement et de gérer les contestations.
Conséquence directe, les automobilistes font leurs calculs et certains renoncent à utiliser leurs véhicules pour leurs déplacements ou bien restent moins longtemps, d’où des rotations plus importantes sur les places de stationnement. « Le taux d’occupation en voirie a reculé de 10 %, c’est énorme », a indiqué Serge Clémente qui s’exprimait le 14 février lors d’une rencontre organisée par la Fnaut et Mobilettre, et rappelait que l’on compte 120 000 places payantes en surface à Paris. On voit désormais davantage de places libres dans les rues de la capitale et il reste à savoir quel effet cette nouvelle législation aura sur la circulation parisienne, alors qu’on estimait jusqu’à présent que 20 % des voitures en train de rouler dans la ville sont en fait à la recherche d’une place.
Autre enseignement, toujours selon Serge Clémente, le taux de contestation est de 2,5 % alors que le contrat signé avec la mairie de Paris prévoyait un taux de 10 %. « Le taux de contestation est extrêmement faible par rapport à ce qui était prévu. Or, il y a eu de grands changements par rapport aux habitudes, souligne le dirigeant d’Indigo. Malgré quelques problèmes enregistrés au début, du fait de la complexité du système (on connecte six ou sept plateformes entre elles), le nouveau dispositif est relativement bien accepté car il y a eu beaucoup d’explications. Il y a aussi des progrès technologiques qui facilitent la vie et sont appréciés comme le fait de pouvoir allonger la durée de stationnement et de payer à distance via son smartphone ». Bref, on est loin des premiers temps évoqués par Indigo qui a commencé dans le contrôle du stationnement notamment à Madrid où, rappelle Serge Clémente, « certains automobilistes venaient couper à la tronçonneuse les horodateurs ! ».
M.-H. P

Flixbus vise la rentabilité cette année en France
Lancé il y a tout juste cinq ans en Allemagne, Flixbus étend ses ramifications. D’une part, en Europe où l’opérateur de cars compte poursuivre son développement notamment en Europe de l’Est, d’autre part en franchissant l’Atlantique puisqu’il s’apprête à faire circuler cet été ses premiers cars en Californie.
En France, où il s’est lancé dès l’ouverture du marché à la rentrée 2015, l’opérateur de cars dresse un bilan très satisfaisant : les objectifs de croissance ont été atteints en 2017, que ce soit en termes de croissance de trafic ou d’offre, assure Yvan Lefranc-Morin, le directeur général de Flixbus France. La compagnie a transporté 5,2 millions de passagers en France (dont deux tiers de passagers « domestiques » et un tiers de passagers partant ou arrivant sur un marché extérieur), en hausse de 60 % comparé à 2016.
Le nombre de dessertes a fait un bond de 50 % avec 180 points desservis. « Nous sommes passés de 50 à 90 lignes. Fin 2017, il y avait un quasi-équilibre entre les lignes passant par Paris et les lignes Province – Province, poursuit Yvan Lefranc-Morin. Nous sommes désormais en train de cibler les villes plus petites », ajoute-t-il.Le rythme de croissance sera comparable en 2018, assure le dirigeant, en annonçant la poursuite des investissements et son intention d’étendre encore le réseau avec la desserte de 230 villes d’ici à cet été. Ce qui représentera le doublement du réseau en deux ans.
Trois innovations doivent également devenir effectives au cours de l’année : la possibilité de choisir son siège, celle de géolocaliser son car et enfin celle d’avoir accès gratuitement à un programme de divertissement via son smartphone ou sa tablette.
« Tout cela va apporter beaucoup de valeur ajoutée », estime Yvan Lefranc-Morin, qui affirme que la filiale France de l’allemand Flixbus sera rentable cette année, sous conditions… « Flixbus est rentable depuis 2016 en Allemagne, et depuis 2017 à l’échelle du groupe », complète-t-il.Reste en effet toutefois à écarter quelques inquiétudes liées notamment aux infrastructures. Flixbus estime que l’état des gares routières laisse à désirer. Surtout, la compagnie se plaint de ne pas pouvoir accéder à certaines gares routières propriétés de Ouibus, la filiale de la SNCF. Et n’oublie pas de fustiger la concurrence déloyale à laquelle il est soumis en France : ses deux concurrentes sont toutes deux des compagnies publiques, ou semi-publiques, et peuvent se permettre d’accumuler les pertes. « En Allemagne, la DB a perdu deux fois de suite 15 millions d’euros et a décidé d’arrêter. En France, il y a une irrationalité de certains acteurs qui fausse le marché », estime Yvan Lefranc-Morin, qui se dit sceptique sur la possibilité de voir rapidement arriver des opérateurs privés sur le marché ferroviaire lorsqu’il sera ouvert à la concurrence.
Un sujet qui le concerne aussi puisque Flixbus est devenu opérateur ferroviaire en Allemagne via la compagnie Locomore, rappelle-t-il, avant de regretter de n’avoir pas été mieux entendu lors des Assises des mobilités organisées par les pouvoirs publics.
M.-H. P.

Thierry Mallet alerte sur les risques d’une mise en concurrence précipitée des bus
La grande couronne d’abord, la RATP trois ans après. Et les premières lignes en janvier 2021. Lors de la dernière réunion du Club VR&T, le 8 février, Marc Pélissier, président de la Fnaut Ile-de-France, inquiet du dispositif, a interpellé Thierry Mallet, sur la façon dont se prépare la concurrence des bus en Ile-de-France.
Le PDG de Transdev a précisé : « L’Etat considère que nous aurions pu renoncer à nos droits de ligne qui vont jusqu’en 2024. Ce n’est pas le cas. Nous n’avons pas renoncé à nos droits de ligne. » Alors que la RATP voit ses droits respectés, il dénonce donc « un cas d’iniquité, voire d’abus de position dominante ». Selon lui, « Ile-de-France Mobilités subit des pressions de la préfecture » pour lancer au plus vite ces appels d’offres. Et il annonce des recours en contentieux si le recours gracieux ne suffit pas. « Tout doit être mis en concurrence en même temps », assène-t-il.L’enjeu est important. Le chiffre d’affaires des bus dans toute la région, c’est, rappelle le PDG de Transdev, 2,5 milliards d’euros : 1,5 milliard pour la RATP, un milliard pour les transporteurs regroupés dans Optile. Cela représente en tout « 25 000 personnes et 10 000 véhicules ». Or, les personnels « ont des statuts extrêmement différents, entre la RATP, l’urbain, et l’interurbain ». On parle beaucoup plus, s’étonne-t-il, de l’ouverture des TER à la concurrence. Pourtant, cette ouverture ne pourrait concerner que « 5 000 personnes en 2023 ».
Pour les bus d’Ile-de-France, Thierry Mallet pense que, vu l’ampleur des questions à résoudre, il vaut mieux commencer à discuter, « y compris avec les usagers », laisser les premières lignes du Grand Paris entrer en service, laisser passer les JO, et commencer progressivement les délégations de service public à partir du 1er janvier 2025. Pour tous les opérateurs.
F. D.