Catégorie : Mobilités douces

Retrouvez toute l’actualité des mobilités douces: services de vélos et trotinettes en libre service, pietonisation, aménagements urbains…

  • Toulouse : le téléphérique ne survolera pas le lycée

    Toulouse : le téléphérique ne survolera pas le lycée

    Le futur téléphérique toulousain, prévu pour relier l’Oncopole à l’hôpital de Rangueil par-delà la colline de Pech-David en 2020, ne survolera pas le lycée Bellevue. Face à la contestation des élèves et du personnel, Tisséo a revu sa copie en étudiant dix alternatives. Fin novembre, l’autorité organisatrice des mobilités a présenté un nouveau tracé avec une station positionnée près du métro Université Paul-Sabatier et de la gare de bus, et non près de l’entrée du lycée. Le coût du projet va toutefois augmenter de cinq millions d’euros, portant le total à 59 millions d’euros.

    C. S.-S.

  • Victoire pour Keolis et RATP Dev au Qatar

    Victoire pour Keolis et RATP Dev au Qatar

    On s’y attendait et, quand on a appris que Guillaume Pepy et Catherine Guillouard s’envolaient pour Doha, on s’est dit qu’il n’y avait plus de doute. C’est fait. Le 7 décembre 2017, lors du voyage d’Emmanuel Macron dans l’émirat, Qatar Rail, l’opérateur national de transport public, a confié à RKH Qitarat le contrat d’exploitation et de maintenance du métro automatique sans conducteur de Doha et du tramway de Lusail, ville nouvelle en construction au nord de la capitale. RKH Qitarat est la joint-venture fondée par le consortium RATP Dev et Keolis (49 %) et la société qatarie Hamad Group (51 %). Le contrat, d’une durée de 20 ans, est estimé à plus de trois milliards d’euros. Le réseau devrait être lancé dès la fin de l’année 2018, par étapes, jusqu’à l’achèvement des travaux en 2020.

    90 % de la population totale du Qatar – soit 2,6 millions (2016) dont 80 % sont des travailleurs étrangers – résident à Doha et dans sa banlieue (deux millions d’habitants). Située à 15 km du centre-ville de Doha, la ville de Lusail, une fois achevée, devrait accueillir 240 000 habitants.

    Avec 75 km de lignes et 37 stations desservies, le métro de Doha sera entièrement automatique et sans conducteur (GoA4), et fonctionnera grâce à un système de contrôle automatique CBTC. Il doit être composé en un premier temps de trois lignes en correspondance. La ligne Rouge, qui reliera l’aéroport international à Lusail en 36 minutes. La ligne Verte, qui reliera Al Mansoura, à l’est, à Al Riffa, à l’ouest et comportera 11 stations. La ligne Or, qui desservira le Khalifa International Stadium. La première partie du réseau, majoritairement souterrain, devrait être opérationnelle dès fin 2018. 640 000 voyageurs quotidiens sont attendus dès 2021.

    Le réseau de tramway de Lusail s’étendra sur 18 km et sera constitué de quatre lignes desservant 25 stations au total. Ce réseau sera à 50 % souterrain. Une première section sera ouverte au public en janvier 2019, la fin des travaux étant prévue à horizon 2020.

    Le génie civil est achevé. Il a mobilisé jusqu’à 21 tunneliers pour le métro. Le système ferroviaire a été confié à un consortium ayant pour leader Mitsubishi Heavy Industry, avec Kinky Sharyo et Mitsubishi pour le matériel roulant (75 rames de trois voitures), Thales pour le CBTC, les systèmes de télécommunication et sécurité, le centre de contrôle et la billettique, Hitachi pour la maintenance et la fourniture de véhicules d’inspection des infrastructures. D’autre part, Arep a remporté la conception de six stations.

    La construction clés en main du tramway de Lusail est revenue à un consortium associant Qatari Diar Vinci Construction (QDVC) et Alstom, à qui ont été commandées 35 rames Citadis fonctionnant entièrement en alimentation par le sol, Thales fournissant le centre de contrôle et les télécoms.

    La phase de mobilisation avant le lancement de ce réseau durera moins d’un an. D’ici trois mois, le nombre de collaborateurs s’élèvera à 100 personnes, pour atteindre 1 500 salariés en deux ans.

    Le premier grand rendez-vous du réseau sera la Coupe du monde de football en 2022. Les matchs d’ouverture et de clôture de la compétition se dérouleront à Lusail. Au-delà de cette échéance, le développement des transports collectifs est un axe prioritaire du plan stratégique « Qatar Vision 2030 » décidé par l’Emirat en 2008.

    F. D.

  • Les lauréats du Palmarès des mobilités 2017

    Les lauréats du Palmarès des mobilités 2017

    La cérémonie de remise des prix du 26e Palmarès des mobilités de Ville, Rail & Transports s’est tenue hier soir dans les Salons de l’Hôtel des Arts et Métiers, à Paris.

    Les lauréats 2017

    Pass d’Or : Rennes Métropole

    Pass d’Argent : Toulouse Métropole

    Pass de Bronze : Bordeaux Métropole

    Grand Prix des villes moyennes : Communauté d’agglomération du Havre

    (retrouvez le dossier complet dans la rubrique dossier)

    Les prix thématiques
    Grand prix européen de la mobilité : Utrecht

    Prix de la mobilité durable / Nouvelles mobilités : Eurométropole de Strasbourg

    Prix innovation : Communauté d’agglomération du Saint-Quentinnois

    Prix intermodalité : Grenoble Métropole

    Prix de la mobilité numérique : Le Grand Dole

    Prix Modernisation : Aix-Marseille-Métropole

    Prix Ville connectée et automobile : Nice Métropole

    (retrouvez le dossier complet dans la rubrique dossier)

  • Une fois de plus, la SNCF dit Oui

    Une fois de plus, la SNCF dit Oui

    Dans la nuit du 5 au 6 décembre, entre 3h et 4h du matin, les 500 000 pages de voyages-sncf.com ont basculé sans anicroche sur le nouveau site Oui.sncf. Dont 20 000 pages changées en profondeur. Prouesse technologique saluée par Guillaume Pepy, Rachel Picard, directrice générale de Voyages SNCF et Julien Nicolas, directeur France de Oui.sncf, qui ont présenté le nouveau service à la presse ce mercredi. On ne fera pas de contraste facile, entre un basculement qui s’est bien fait du côté de Mobilités, et celui, raté, de la gare Montparnasse, dimanche dernier, du côté de Réseau. Si le calendrier s’y prête, personne ne s’est aventuré sur ce terrain glissant.

    Changer de nom, pourquoi ? Alors qu’on est le premier site-commerçant de France, avec 4,1 milliards de CA annuel, 14 millions de visiteurs uniques par mois ? Pour marquer le basculement de toute une partie de l’offre de la SNCF sous une gamme Ouigo, Ouibus, Ouicar et dernièrement inOui. Pourquoi OUI.sncf et pas OUI.com ? Ce n’est peut-être pas la seule raison, mais des fleuristes allemands détenant le second nom demandaient, selon Rachel Picard « une fortune » pour le céder… alors que l’extension .sncf appartient à la SNCF. Donc, zéro euro pour changer de nom. Et zéro euro pour métamorphoser le site, puisque l’opération a été financée sur un budget de développement dont certaines opérations ont été reportées. Montant de ce budget ? Secret commercial et concurrentiel…

    Sur les nouveaux services, les promesses, les résultats et les objectifs, les dirigeants sont plus prolixes. Quatre grandes nouveautés avec OUI.sncf, selon Guillaume Pepy. Une alerte petit prix, adressée à chaque client selon les critères de son choix. Un service disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Création d’un portail OUI des régions, permettant de proposer des idées de voyages adaptées à chacun. Avec Ouibot enfin, on peut s’adresser à OUI.sncf en langage naturel. Ce n’est qu’un début, puisque OUI.sncf doit être (naturellement) pôle d’innovation, marqué (comme il se doit) par la coconstruction, grâce à la plate forme digitale OUI Talk.

    Stratégie réaffirmée de la SNCF à l’occasion du nouveau site : à la fois, fournir de plus en plus de services de mobilité partagée, et se faire la plate-forme de vente de tous les services de transport. Soit un métier d’assembleur et d’intégrateur. Il y a encore de la marge, puisque plus de 90 % du CA de voyages-sncf, provient du ferroviaire. Un ferroviaire qui, malgré les incidents qui ont retenu l’attention, est reparti à la hausse.

    Car, souligne Guillaume Pepy, alors que l’année 2017 se termine, la croissance d’octobre 2016 à octobre 2017 est de neuf millions de voyages. Un million de plus pour les Intercités, huit millions pour TGV (dont deux pour inOui). Des chiffres en contraste avec le dernier bilan de l’Arafer, fondé sur les résultats 2016 comparés à 2015. Ouigo, le TGV moins cher, monte en puissance et représente sept millions de voyages annuels avec pour objectif 25 millions en 2020. Dès cette année, Ouigo devrait devancer les cars Macron (plus de six millions) ainsi que BlaBlaCar (six millions selon l’estimation de la SNCF). Quant à inOui (le « meilleur du TGV »), après avoir commencé par Paris – Bordeaux et Paris – Toulouse, il va gagner peu à peu au fil de 2018 quasiment toutes les grandes destinations. Au total, il s’agit de vendre dans la grande vitesse d’ici 2020 15 millions de voyages supplémentaires et de passer (grosso modo) de 100 à 115 millions. En partie grâce au nouvel outil.

    F. D.

  • Conférence. Le métro automatique en bonne voie

    Conférence. Le métro automatique en bonne voie

    Capable de transporter davantage de passagers avec les mêmes moyens, en toute sécurité et avec une flexibilité sans pareille, le métro automatique semble promis à un bel avenir. Mais il reste quelques freins à son développement. A l’occasion du salon Transrail Connection 2017, Ville, Rail & Transports a rassemblé des spécialistes de ce moyen de transport en plein développement, devant une assistance de professionnels.

     

    Pour prendre la mesure du développement du Métro Automatique Intégral (MAI) autour de la planète, Ville, Rail & Transports a fait appel à Olivier Fafa, directeur Systèmes de transports de Systra. « En regardant la carte du monde des métros automatiques en fonctionnement ou en projet, on constate qu’il y a des zones où il n’y en a pas. Notamment en Amérique du Nord. Et on peut se demander pourquoi. Parce que faire du métro automatique, c’est offrir une qualité de service incomparable. D’ailleurs, les villes qui en ont déjà ont tendance à y recourir à nouveau, car lorsqu’on a goûté l’excellence, on a envie de recommencer », assure Olivier Fafa.

    Le développement des métros automatiques pourrait bien connaître prochainement un coup d’accélérateur. Pékin doit lancer sa première ligne. Avec un système chinois. Un nouveau venu sur le marché des spécialistes des automatismes, où l’on trouve Siemens, Alstom, Bombardier, Thales, Ansaldo STS, ou encore le coréen Hyundai. La très forte présence de la technologie française dans le domaine explique que nous arrivions en tête du classement des pays les plus équipés, devant le Canada, Singapour, les Emirats arabes unis et l’Italie. « Notre petit pays profite du terreau industriel et de l’audace des opérateurs pour aller de l’avant plus vite que d’autres », se félicite M. Fafa.

    Ces dernières années, le nombre de kilomètres de lignes automatiques n’a cessé de croître. « Je pense qu’on aura davantage que les 2 300 km qu’on nous annonce à l’horizon 2025 », avance-t-il, plus optimiste encore que l’UITP (voir l’entretien avec Philippe Martin). Et même si de nouveaux pays s’y convertissent, la France pourrait conserver son avance, car de nouvelles lignes sont prévues avec les 200 km du Grand Paris Express, mais aussi à Lyon, Marseille, Toulouse et Rennes… « Lorsqu’on doit faire une nouvelle ligne de métro, il ne faut pas hésiter à le faire en automatique intégral », encourage M. Fafa, qui invite aussi à migrer les lignes de métros classiques vers cette technologie sans conducteur.

    « Sans conducteur, mais pas déshumanisé », précise Edgar Sée, directeur d’opérations Automatisation de la ligne 4 RATP. « Métro automatique ne veut pas dire autonome », confirme Philippe Leguay directeur international Systèmes urbains chez Keolis. Il existe quatre niveaux d’automatisme. Le GoA1 où le conducteur gère les différents aspects de la conduite du train, mais les franchissements de signaux et les survitesses sont gérés par le système. Le GoA2, où le train est en pilotage automatique et le conducteur chargé de l’ouverture et de la fermeture des portes, autorise la mise en mouvement du train, surveille la voie et gère les imprévus. Le GoA3 où un personnel est présent à bord pour gérer l’ouverture et la fermeture des portes et les imprévus. Et le GoA4, métro 100 % automatique sans personnel à bord, tous les modes dégradés étant gérés depuis le poste de contrôle. « Le GoA4 demande du personnel, presque autant qu’un métro classique, mais avec de nouveaux métiers, plus intéressants », assure Philippe Leguay.

    A ce jour, la ligne 1 du métro parisien est le seul exemple réussi de transformation d’une grande ligne classique en automatique. Mais d’autres projets de migration sont en cours : la ligne 4 de la RATP mais aussi des lignes de métro à Lyon et Marseille. « Mais on ne voit pas un enthousiasme sur ce sujet, alors que nous plaidons pour que les exploitants y pensent au moment de leur renouvellement de matériel roulant, ou lors de création d’une extension. Le faire à ce moment-là n’occasionne que quelques surcoûts », souligne le représentant de Keolis. La mise en automatique de la ligne 1 du métro parisien a coûté 650 millions d’euros. « Il fallait changer le matériel roulant et remettre à jour le système de signalisation. Le seul surcoût important a donc été l’installation des portes palières, soit 100 millions », témoigne M. Sée, avant de préciser que le passage à l’automatisme a permis de gagner en vitesse commerciale et d’augmenter de manière conséquente la fréquentation de cette ligne. « Les portes palières ne sont pas obligatoires, précise M. Fafa. Certaines lignes automatiques n’en ont pas : la L1 de Budapest ou la ligne D à Lyon. »

    Mais Benoit Gachet, directeur des Ventes Produits–Technologies de Bombardier Transport précise : « Ces portes palières sont un élément de sécurité et de régularité des trains et, en obligeant les voyageurs à cesser de monter, elles ont aussi un impact sur l’usure du matériel roulant, puisqu’elles évitent les surcharges. »

    Outre le marché de la création de lignes et celui de la migration de lignes existantes, les industriels peuvent aussi tabler sur le marché du remplacement des automatismes vieillissants sur les lignes déjà en service. Pour le moment, le seul exemple est celui du métro de Taipei. Mais c’est un marché qui va arriver. Des appels d’offres ont déjà été lancés pour la ligne 14 de la RATP, qui va profiter de son prolongement au nord et au sud pour renouveler son système. Et la RATP, de plus, est en train d’automatiser la ligne 4 comme elle a automatisé la ligne 1. « Ce projet, lancé à l’été 2013, entre dans sa phase d’exécution. Il nécessite une mise à niveau de l’infrastructure et de la signalisation. Des investissements qui s’imposaient même si le passage en GoA4 n’avait pas été programmé, précise M. Sée. Mais l’automatisation de la ligne nous oblige à installer des portes palières et à refaire le génie civil des quais. Ils seront rehaussés au niveau des planchers des trains pour faciliter les échanges voyageurs. Quant au projet système, il couvre le système CBTC avec la rénovation du poste de commande et l’installation de moyens visuels indispensables. Pour ce qui est du matériel roulant, la ligne va récupérer les rames qui équipaient la ligne 14 et en acquérir 20 neuves. »

    Constructeurs et exploitants estiment que même les plus sceptiques finiront par se laisser convaincre par les performances des MAI. « Cela fait 35 ans nous en faisons et nous n’avons jamais eu à déplorer le moindre décès, se félicite Philippe Leguay. Le GoA4 garantit 99,5 % de disponibilité du matériel et 99,9 % de ponctualité », poursuit-il. Damien Convert, directeur de la plateforme urbaine, Alstom Digital Mobility, ajoute que l’automatisme peut permettre d’anticiper les pannes, d’optimiser le retournement des trains en bout de ligne ainsi que l’ouverture des portes pour offrir un meilleur service. Et que la technique permet une plus grande granularité de l’offre en mettant en place des régimes variables dans la journée et d’offrir un service continu 24/24.

    Malgré toutes ces qualités, les métros automatiques ne représentent encore que 6 % des métros dans le monde. Il existe encore des freins à lever pour assurer son développement. « Certains réseaux voudraient aller vers l’automatisme mais se heurtent à la question sociale », a pu constater M. Sée. L’automatisme rencontre des réticences dans les pays où le coût de la main-d’œuvre est faible et où l’on veut garder les conducteurs. « En Afrique, en Inde ou en Asie, il faut expliquer qu’il faut continuer à embaucher du personnel, mais pour faire autre chose que de la conduite, plutôt que de renoncer aux métros automatiques et à leur qualité de service incomparable », plaide M. Fafa.

    Damien Convert insiste sur l’avantage du métro automatique en matière de sécurité. « Le risque d’accident est quasi nul lorsque la ligne est dédiée. Pour les lignes partagées, l’automatisme est un plus, mais la technique ne garantit que de faire mieux que l’homme. Sans ségrégation, on ne peut pas atteindre le même niveau de sécurité qu’avec un métro entièrement automatique, mais on peut être 100, voire 1 000 fois plus sûr qu’avec un conducteur. »

    Paul-Edouard Basse, directeur général Grands comptes chez Siemens, ajoute que passer des lignes partagées en automatisme se heurte à l’acceptabilité sociale en raison des risques. « On accepte davantage un accident de passage à niveau avec conducteur que sur une ligne automatique. » « Les lignes automatiques font l’objet d’une plus grande sévérité de la part de l’opinion publique », confirme Paul-Emile De Groote, directeur général de Transdev Aéroport Liaisons. Il poursuit : « L’automatisme c’est bien, mais ce que veut l’usager, c’est être transporté de A à B, et chez Transdev, on s’attache à apporter une expérience de transport confortable et une solution pour pouvoir faire l’emport de l’ensemble des passagers et ne laisser personne sur la plateforme. Ce qui implique parfois d’avoir à inventer des nouveaux modes, comme les rafales de trains, ou des moyens d’augmenter la capacité technique entre deux rames. »

    « Si tout le monde reconnaît l’intérêt de passer en automatique des lignes très fréquentées, la technique présente aussi des avantages pour des lignes qui le sont moins. L’automatisme permet d’offrir une fréquence équivalente de passage en heures creuses et aux heures de pointe en utilisant des trains courts, de ne pas avoir à dégrader le service en allongeant les délais entre deux trains en période de moindre affluence », explique M. Gachet. Les lignes peu fréquentées gagneraient en attractivité si elles étaient automatiques, tout en gagnant en productivité. Rouler en heures creuses avec des unités de trois caisses et en heures pleines de six caisses permet de réduire de 30 % le nombre de km-voitures effectués. « A Montréal, le métro aura des trains de deux voitures qui seront accouplées aux heures de pointe pour offrir une plus grande capacité. Et en dehors de ces heures, on fera circuler des trains à deux voitures avec une fréquence attractive pour les utilisateurs, de manière à assurer une bonne qualité de service, explique Philippe Leguay. Pour la ligne B à Lyon, on va faire pareil, ce qui permettra de réduire de 30 % les kilomètres et d’avoir un impact sur la facture d’énergie de traction », ajoute-t-il.

    Paul-Edouard Basse insiste sur le fait que l’automatisme est une vraie spécialité française et que cette technologie s’exporte. « Mais il faut prendre en compte les spécificités de chaque marché. On ne peut pas faire du copier-coller. Chaque cas est unique. » Siemens travaille à l’automatisation du métro de New York. « Notre client nous a demandé d’équiper 23 lignes d’ici 2049 en gardant les conducteurs pour des raisons sociales. » « Il ne faut pas proposer la même chose partout dans le monde, mais s’adapter aux spécificités locales », confirme Paul-Emile de Groote. « A Bombay, nous avons eu des difficultés à convaincre de mettre des portes palières. A Séoul, il y a deux conducteurs dans les trains, un à l’avant, un autre à l’arrière qui se repose, c’est dans leur culture, il faut s’adapter. » Alstom, qui a remporté la fourniture en matériel de trois des six lignes de métro automatique intégral à Riyad, constate que la tendance dans le monde est de demander à un industriel de proposer des offres intégrées. « L’intégration est le fil rouge de la difficulté et de la réussite du passage en MAI. Elle inclut l’automatisme de pilotage, le matériel roulant, le système d’information passager, de détection d’intrusion, de télémaintenance de connexion de sécurité la connexion au centre d’exploitation et de police… », détaille Damien Convert. « Nous constatons aussi une demande pour de l’anticipation. En utilisant les données du flux du métro, mais aussi du trafic routier, ce qu’on appelle le big data, on peut prédire les variations de demande et anticiper les hausses comme les baisses de trafic, pour pouvoir y répondre, tout en réduisant le coût d’exploitation. Le big data donnera la pleine valeur du métro automatique intégré », conclut-il.

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

     

    Sur la photo de gauche à droite : Paul-Emile de Groote, directeur général Transdev Aéroport Liaisons, Philippe Leguay, directeur international Systèmes ferroviaires urbains de Keolis, Edgar Sée, directeur d’opération – automatisation de la ligne 4 de la RATP, François Dumont, directeur de la rédaction Ville, Rail & Transports, Paul-Edouard Basse, directeur grand compte de Siemens, Benoit Gachet directeur des Ventes Produits–Technologies de Bombardier Transportation, Olivier Fafa, directeur Systèmes de transport de Systra, Damien Convert, directeur de la plateforme urbaine, Alstom Digital Mobility.

     

    SYSTRA – métro automatiques en cours

     

  • Club VR&T. Où en est la révolution des Transports en Ile-de-France ?

    Club VR&T. Où en est la révolution des Transports en Ile-de-France ?

    Près de deux ans après l’élection de Valérie Pécresse à la présidence de la région Ile-de-France, le Club VR&T recevait Stéphane Beaudet, juste avant la cérémonie de remise des Grands prix de la région capitale. Le vice-président du conseil régional chargé des Mobilités et vice-président d’Ile-de-France Mobilités a dressé un premier bilan de leur action.

     

    Stéphane Beaudet IDF Mobilités
    Stéphane Beaudet © J3G

    « Avec Valérie Pécresse nous avons lancé la révolution des transports. Mais il faut rester modeste. Nous sommes conscients que deux ans après notre arrivée à la région, le quotidien des utilisateurs des transports reste difficile, et qu’il reste bien plus à faire que ce que nous avons déjà accompli », reconnaît Stéphane Beaudet.

    La nouvelle équipe s’est donné les moyens de réaliser la régénération des transports publics. « Nous nous sommes battus avec RFF et SNCF réseau pour atteindre un niveau d’investissement convenable. On avait longtemps stagné entre 300 et 500 millions d’euros par an. Nous avons enfin atteint les 800 millions. Ce qu’il faudra maintenir pendant dix ans pour rattraper le retard pris. » La promesse faite de parvenir à 700 rames neuves ou rénovées au cours du mandat est tenue. « Nous en avons déjà acté 708, et nous serons à 1 200 trains neufs ou rénovées d’ici 2025. » Le tout pour un coût de 24 milliards. « Il faudra encore patienter pour voir ces trains circuler, mais l’engagement a été pris », se félicite M. Beaudet. Pour améliorer les déplacements des Franciliens, la région veut aussi développer les kilomètres de bus là où on manque d’offres de transport. Aussi a-t-elle lancé un nouveau plan bus prenant en compte les 5 000 propositions faites par les usagers et les collectivités. « Nous avons lancé le Grand Paris des Bus. C’est-à-dire une rénovation du réseau à très grande échelle. Nous avons engagé un travail titanesque pour réorganiser structurellement les lignes en prenant en compte la répartition des populations. » Ce renfort d’offres devra être déployé sur le réseau de bassin.

    « Nous avons aussi commencé à renforcer le réseau de bus de nuit. Sur certaines lignes nous avons doublé la fréquence des Noctilien, et nous allons continuer. Et puis nous avons développé des lignes pôle à pôle, là où il n’y a pas d’offre train de banlieue à banlieue, de manière à répondre à une attente très forte des usagers. » La nouvelle équipe vise 100 % de bus propres dans les zones urbaines en 2025 et sur l’ensemble de l’Ile-de-France d’ici 2029. « Cela peut paraître loin, mais il faut prendre en compte que la durée de vie d’un bus, c’est 14 ans », justifie M. Beaudet.

    Valérie Pécresse a aussi ouvert le débat de la route dans les transports publics. « Le mur étanche qui existait entre ceux qui prennent les transports et ceux qui utilisent leur voiture n’existe plus. L’arrivée de véhicules plus propres, plus intelligents, des voitures autonomes va faire disparaître la frontière entre transports individuels et publics. Et notre Plan route doit permettre l’innovation. » La région qui veut favoriser le covoiturage vient de mettre en place un système de mise en relation de 17 plateformes proposant ce mode de déplacement en Ile-de-France. « Il faut tenir compte de demandes qui peuvent être différentes. Quand on recherche un trajet banlieue à banlieue c’est pour pallier un besoin de transport, alors que pour un trajet entre la banlieue et Paris, c’est pour gagner du temps. Les solutions peuvent être multiples, il faut les accompagner. »

    Pour réduire la congestion routière, la région doit faire changer les habitudes et obtenir que les voitures soient mieux utilisées. « Si on passait de leur taux de remplissage actuel, de 1,1 usager à 1,8, il n’y aurait plus de bouchon », assure M. Beaudet. La région réfléchit à des mesures incitatives comme réserver des voies aux voitures ayant plusieurs passagers à bord. Et elle travaille aussi sur une billettique plus moderne… « Notre objectif est de devenir une smart région, capable de proposer tout un choix de solutions de mobilité et de s’adapter à des évolutions techniques qui vont vite. Faire les bons choix demande une ouverture d’esprit, d’adaptation d’innovation et d’expérimentation. Voilà où nous en sommes. Même si pour les usagers des transports ce n’est pas toujours le bonheur, la révolution a commencé », conclut M. Beaudet.

    Des attentes importantes à l’est comme à l’ouest

    Véronique Coté-Millard
    Véronique Coté-Millard © J3G

    Qu’en pensent les élus de la région ? Véronique Coté-Millard, vice-présidente Mobilités de Saint-Quentin-en-Yvelines se dit satisfaite de ce qui a été mis en place en un temps record par l’équipe de Valérie Pécresse. Notamment « de la restructuration du réseau de bus qui permettra d’irriguer le territoire comme jamais. En grande couronne il y avait un retard important. Nous avions le sentiment d’avoir été oubliés. Avec le Grand Paris, la ligne 15 va desservir en rocade la petite couronne, mais on reste sur des modes avec des ruptures de charge qui font que l’utilisation de la voiture demeure le mode principal de développement. Et comme on nous demande de construire énormément de logements et que notre ville bénéficie d’une certaine attractivité, avec 230 000 habitants, 145 000 emplois et 16 000 entreprises, cela nécessite que les transports suivent. » Aussi s’inquiète-t-elle de l’avenir de la ligne 18. « Si elle ne se réalise pas, certaines entreprises ont prévenu qu’elles ne renouvelleraient pas leur bail. Ce serait pour nous une catastrophe. Nous avons la chance d’avoir de grandes entreprises et un développement économique important, il serait dommage que cela ne puisse pas durer faute de moyens de transport suffisamment performants. » Pour limiter les déplacements et tenter de rapprocher les salariés de leur lieu de travail, le plan local d’habitat de Saint-Quentin leur réserve 5 % des logements sociaux.

    Pierre Garzon
    Pierre Garzon © J3G

    Pour Pierre Garzon, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne, en charge des Transports, le défi de la région est de rattraper 40 ans de retard en matière de transport. Pour y parvenir, le Val-de-Marne veut jouer un rôle de locomotive en matière d’investissements. « Sur 30 milliards d’investissements publics en Ile-de-France, dix milliards sont situés en Val-de-Marne avec le tramway, la ligne 15 Sud et Est, la 14 Sud, le premier téléphérique francilien. En tant que communiste, nous poussons ce qui va dans le bon sens et critiquons quand il y a lieu. On a par exemple poussé pour avoir du matériel neuf. Mais attention à la façon dont les usagers vont percevoir cette évolution. Aux heures de pointe cela ne résoudra pas les problèmes de saturation, et les gens risquent de penser que cela ne sert à rien. Il faut éviter les mirages qui viendraient briser une dynamique. »

    Stéphane Beaudet confirme travailler en bonne intelligence avec le Val-de-Marne et reconnaît que le matériel neuf ne va rien changer concernant la densité des lignes. Le réseau actuel doit faire face à une forte croissance du trafic, à l’instar de ce qui se passe sur le RER D. Créé en 1994 pour 350 000 usagers par jour, il en transporte 650 000 aujourd’hui, et en attend 900 000 en 2030. Les nouvelles rames sans résoudre le problème de saturation, apporteront aux voyageurs quelques avantages non négligeables. « Des rames neuves, c’est moins de pannes, plus de confort, la clim et le chauffage. C’est du matériel qui accélère et freine plus vite et des portes permettant une montée/descente plus rapide, souligne M. Beaudet. Mais comme on continue de construire dans les centres-villes et les secteurs des gares, même si on améliore les transports, on ne résoudra pas les problèmes de surdensité. » Dans l’attente de la construction de nouvelles lignes, Valérie Pécresse a demandé à la SNCF d’être capable d’améliorer les déplacements des usagers, à infrastructure et matériel constant. « Cela passera par une restructuration des plans de transport. Il faut réfléchir à l’intérêt de changer les dessertes, ou de les densifier. Si on ne fait pas ce travail, on court à la catastrophe », prévient Stéphane Beaudet.

    Repenser l’urbanisme plutôt que faire des économies
    Le vice-président de la région Ile-de-France met en garde ceux qui seraient tentés de jouer les apprentis sorciers en revenant en arrière sur la boucle du Grand Paris Express. « Si on ne la construit pas en intégralité, la solution de banlieue à banlieue qu’on attend, on ne l’aura pas. » Pierre Garzon partage cet avis et s’inquiète qu’on puisse envisager de faire des économies sur les travaux prévus. « Je veux bien participer aux Assises de la mobilité, mais si c’est pour trouver comment réduire les investissements et la voilure, on est à contresens d’une période où on a besoin de rattraper, de moderniser et d’investir. Le Grand Paris a été conçu en globalité. Si on le découpe en morceaux, cela ne marchera plus. Il faut assumer le fait que nous avons besoin d’expansion des investissements à un moment où on nous dit qu’il n’y a plus d’argent. Il faut aller chercher des financements massifs pour rattraper notre retard. »

    Pour favoriser l’intermodalité, Saint-Quentin a développé des portails numériques permettant de connaître en temps réel les différents modes de transport qu’on peut prendre ou d’avoir en temps réel l’heure d’arrivée du bus. La ville a aussi soutenu la start-up de covoiturage WayzUp et mis en place un plan de développement interentreprise de partage de vélos et d’autopartage. Véronique Coté-Millard recherche aussi de nouvelles solutions de transport. Elle a prévu de tester l’an prochain les navettes suspendues à 5 mètres du sol de Supraways. Capable de transporter six passagers et fonctionnant à l’énergie solaire, ces navettes ont pour seul inconvénient leur coût : dix millions d’euros du kilomètre. Egalement favorable au développement de l’intermodalité, Pierre Garzon plaide pour la mise en place d’un Grand Paris du vélo. « Il faut rendre ce mode de transport sûr et agréable, rendre possible l’arrivée du vélo électrique. Ce qui implique que les collectivités disposent des financements dédiés. »

    Concernant le covoiturage, il met en garde : « Ce ne doit pas être considéré comme la solution, ni un prétexte à ne rien faire. Car il faut garder à l’esprit que la ligne 14 Sud pour aller à Orly c’est l’équivalent d’une route à 2×20 voies ; le tramway 9, d’une 2×10 voies. La voiture n’est pas compétitive. Il faut continuer les investissements pour l’expansion des modes lourds, parce que c’est le seul moyen de travailler durablement la question des mobilités en France. » Il lui semble aussi primordial d’inverser la façon d’aménager la région et de rééquilibrer enfin l’Est et l’Ouest. « Aujourd’hui on lance des projets d’aménagement et ensuite on va voir Ile-de-France Mobilités pour régler le problème des transports. Et il y a un déséquilibre d’aménagement. On a un secteur où on met tout l’emploi, et un autre où on entasse des gens, avec des déplacements pendulaires insolubles. Si on continue comme cela, on pourra construire des lignes de métro à coups de milliards, renouveler le matériel, à un moment donné cela saturera. Et on va vers une impasse historique pour le développement de l’Ile-de-France. Il faut remplacer les tuyaux allant des lieux où l’on dort vers les lieux où l’on travaille par des tuyaux poreux qui irriguent tout au long des lignes. » Pour aller dans ce sens, il invite Ile-de-France Mobilités à « ne plus travailler en silo la question des transports et à intégrer le développement de l’urbanisme, à réfléchir aux conséquences de ce qui est voté, à donner son avis et à repenser la question de l’aménagement et des transports. »

    Du pire avant du meilleur
    Si la construction du Grand Paris est une bonne nouvelle, sa construction va nécessiter une phase de travaux qui vont perturber les déplacements. « On s’est battu pour avoir le métro en sachant que les travaux seraient une période difficile en matière de circulation, reconnaît M. Garzon. Dans le Val-de-Marne, on travaille déjà pour en limiter les désagréments en veillant à réduire les délais de chantier. Mais on se prépare aussi à mettre en place un plan de circulation valable le temps des travaux.

    Pour cela, nous cherchons à avoir les données techniques de la circulation des camions pour prévoir l’impact que cela aura sur la circulation et anticiper des solutions en prévoyant des itinéraires bis par exemple. Et on met la pression pour que tout ce qui peut éviter de prendre la route soit mis sur des modes plus propres et moins capacitaires. On réfléchit aussi à décaler certains chantiers pour ne pas cumuler les problèmes sur certains axes. Nous mettons en place un outil de prévision pour la décision, pas pour constater les dégâts. » L’élu estime qu’il faudrait créer une direction de crise pour une durée de 10 à 15 ans, et qui pourrait décider de décaler des lignes des bus ou les renforcer. « Durant les chantiers, on sait qu’à certains endroits la voiture ne va plus passer. Qu’il va y avoir des zones de congestion monstrueuses. On ne cherche pas à raconter d’histoires, mais à offrir une alternative à la voiture pour imiter au mieux les désagréments. »

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

     

     

  • « Ce que fait Paris, les autres grandes métropoles le font aussi »

    « Ce que fait Paris, les autres grandes métropoles le font aussi »

    Entretien avec Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris chargé des Transports, de la Voirie, des Déplacements et de l’Espace public.

    Christophe Najdovski dresse pour VR&T le bilan à mi-mandat de la politique parisienne des transports. L’Hôtel de Ville doit désormais prendre en compte la révolution numérique, les vélos et scooters en libre service et sans station que l’on n’envisageait pas il y a trois ans et qui viennent bouleverser les modèles existants.

     

    Ville, Rail & Transports. Anne Hidalgo est maire depuis mars 2014 : déjà le mi-mandat, quel bilan pour les déplacements ?

    Christophe Najdovski. Un bilan à mi-mandat, c’est un exercice un peu frustrant. Beaucoup de chantiers sont lancés mais pas achevés. Le prolongement du tramway, le prolongement du RER E, les prolongements des métros, les BHNS… Les grands chantiers d’envergure, pour ce qui est des modes de transport structurants, ont été lancés. C’est aussi le cas du plan bus ou du Réseau express vélo. Mais nous n’avons pas encore les fruits de ce qui a été semé. De plus, nous sommes dans un environnement mouvant. La révolution numérique et l’apparition des scooters ou des vélos en libre service sans station que l’on n’imaginait pas forcément il y a trois ans, ajoutent des offres nouvelles mais bouleversent l’économie de modèles existants.

     

     

    VR&T. La Ville a présenté le 25 octobre le nouveau Vélib’ qui circulera dans les rues de Paris et de 64 communes limitrophes à partir de janvier. Les vélos en libre service et sans station qui font leur apparition pourraient-ils mettre à mal le Vélib’ ?

    C. N. Sur le principe, nous sommes pour le développement de la mobilité partagée. Il y a déjà des scooters électriques en free floating, des vélos de GoBee Bike depuis peu, d’ailleurs opportunément placés près des stations Vélib’ qu’on est en train de démonter… Ofo annonce aussi vouloir installer ses vélos. Ce développement de l’offre est une très bonne chose mais on sait aussi que, dans certaines grandes villes chinoises, ce phénomène a engendré des désordres comme l’envahissement de l’espace public, avec des vélos à l’abandon laissés à l’état d’épave. Cela nécessite une régulation. Nous devons donner un cadre.

     

     

    VR&T. Quelle forme pourrait prendre cette régulation ?

    C. N. Nous avons demandé à nos services juridiques de nous dire si on pourrait instaurer une redevance d’usage de l’espace public.

    VR&T. Allez-vous remanier le contrat Vélib’ ?

    C. N. Non. En fait, les deux services ne sont pas sur les mêmes modèles. Vélib’ répond à une obligation de service public de couverture du territoire. Il va être déployé dans 64 communes, dans des territoires où ce service ne serait pas rentable pour un opérateur privé. C’est d’ailleurs une grande satisfaction d’avoir réussi à « métropoliser » le Vélib’ et à faire en sorte que le développement des mobilités douces se diffuse au-delà des frontières du périphérique. Vélib’ sera financé à la fois par l’usager et par la puissance publique, c’est-à-dire les villes mais aussi la Métropole du Grand Paris qui va aider à hauteur de 10 000 euros par station les communes hors Paris.
    Autre différence, les vélos sans station sont simples, mécaniques, sans vitesse. C’est du vélo low cost, prévu pour des distances courtes et des courtes durées. A 50 centimes d’euros la demi-heure vous avez intérêt à faire des trajets courts. Le Vélib’, lui, sera, pour le tiers du parc au moins, un vélo à assistance électrique. Il permettra des déplacements sur de plus longues distances avec un meilleur confort. Les deux systèmes sont plutôt complémentaires.

     

    VR&T. Après les scooters, voici les vélos en libre service sans station… Demain, les voitures ?

    C. N. Ce qui se passe dans l’univers des vélos est une illustration de l’ubérisation de l’économie, de l’ubérisation de la mobilité. Demain, oui, se posera aussi la question des voitures en libre service et en free floating. Et donc la question d’une régulation nationale. Les Autolib’ ont été créés en 2011, dans le cadre d’une DSP de 12 ans. En six ans, ils ont été en partie victimes de l’ubérisation. En 2011, les VTC n’existaient alors quasiment pas. Depuis, ils ont explosé.
    Or, la durée moyenne d’utilisation d’Autolib’, c’est 35 minutes et la distance moyenne, huit ou neuf kilomètres. Comme un taxi ou un VTC. Autolib’ c’est un taxi qu’on conduit soi-même. S’il y a une absence de régulation et que les prix des VTC diminuent fortement, le modèle est menacé. Aujourd’hui, les VTC sont au moins aussi nombreux que les taxis. Et leur développement non régulé participe à la congestion. C’est le cas à Londres, à New York et on l’observe aussi à Paris. Une partie du trafic qui tourne à vide dans les rues est constituée de VTC, puisqu’ils ne disposent pas de station. Le laisser-faire n’est pas possible.
    L’Etat va devoir se pencher sur cette question. Les Assises des mobilités sont l’occasion de la poser. Il faudra là encore réguler, peut-être via un numerus clausus. Pour faire évoluer les statuts des taxis et des VTC en allant, à terme, vers le mieux-disant social. Et pour intégrer toutes les formes nouvelles de mobilité dans un schéma de transport public. Les taxis sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, cela fait partie de l’Histoire de France. La décision devrait être décentralisée au niveau de l’autorité organisatrice, c’est-à-dire d’Ile-de-France Mobilités.

    VR&T. La Ville de Paris est beaucoup attaquée sur sa politique antivoiture. Quelle place voulez-vous donner aux voitures ?

    C. N. Ce que fait Paris, les autres grandes métropoles le font aussi. Et en prenant des mesures qui parfois sont beaucoup plus radicales que celles mises en œuvre à Paris. Londres vient de décider une Toxicity Charge, pour tous les véhicules immatriculés avant 2006 qui ne respectent pas la norme Euro 4. Cette taxe vient s’ajouter à son péage urbain, la Congestion Charge. Madrid limite dès 2018, la vitesse sur les grands axes à 70 km/h et, surtout, dès le mois de juin de l’année prochaine, il sera prohibé de rouler dans le centre, à l’exception des véhicules utilitaires, des voitures électriques, des bus ou des voitures qui servent au covoiturage.
    Toutes les grandes métropoles sont confrontées à la congestion et à la pollution. Les mesures qu’elles prennent s’inscrivent dans un mouvement qui est de remettre la voiture à sa juste place, alors qu’elle a occupé tout l’espace pendant de longues années. Aujourd’hui, à Paris, les voitures et les deux roues motorisés assurent seulement 13 % des déplacements mais occupent 50 % de l’espace public. La voiture individuelle est le mode le moins capacitaire. L’autosolisme, c’est déplacer une personne qui pèse peut-être 70 kg dans deux tonnes d’acier et de plastique qui occupent 10 m². Il faut changer de paradigme. Ce n’est pas mener une guerre contre la voiture mais penser la ville différemment. La voiture y aura toujours une place, mais ce sera une voiture plus partagée, plus connectée, plus propre.

     

    VR&T. Les communes limitrophes se plaignent de l’égoïsme parisien dans ce domaine…

    C. N. Dans Paris, un Parisien sur dix, et seulement trois Franciliens sur dix se déplacent en voiture. Même les non-Parisiens utilisent majoritairement les transports en commun. Cessons de nous focaliser sur l’automobile alors que c’est un mode minoritaire mais source de nuisances. Paris est plus touché que le reste de l’Ile-de-France par la pollution. Un Francilien sur dix est exposé à des valeurs supérieures aux seuils fixés par l’Union européenne pour les NOx. A Paris, c’est un habitant sur deux. Il suffit de regarder une carte d’Airparif pour voir que les Parisiens sont plus exposés. Et pour les 100 000 riverains du périphérique, c’est la double peine : non seulement ils subissent les nuisances sonores et polluantes, mais en plus ils paient des impôts pour entretenir le périphérique. C’est le principe pollué-payeur !
    C’est pourquoi nous soutenons l’idée d’une redevance d’usage pour le trafic poids lourd de transit sur le périphérique et, au-delà, sur le réseau d’autoroutes non concédées d’Ile-de-France. Une demande que nous portons dans le cadre des Assises des Mobilités.

    VR&T. Que pensez-vous de l’initiative lancée par Valérie Pécresse pour soutenir le covoiturage ?

    C. N. Nous sommes très favorables à l’idée de soutenir le covoiturage et les start-up qui le proposent. Pour l’heure, l’expérimentation mise en place dans la région est prévue pour trois mois. Ce n’est pas la solution miracle, c’est une solution parmi d’autres.
    Les routes sont saturées par les véhicules, pas par les personnes, puisqu’on compte 1,1 personne en moyenne par véhicule aux heures de pointe. La route pourrait transporter beaucoup plus de monde. De ce point de vue, avec son plan antibouchons, Valérie Pécresse en reste à une vision du siècle dernier : celle où on double les voies. Il faut doubler le nombre de personnes dans les voitures. Nous demandons à l’Etat qu’il définisse clairement le covoiturage et qu’il permette de mettre en place des voies dédiées sur les autoroutes d’Ile-de-France et, pourquoi pas, sur le périphérique.
    Optimiser la route, c’est notre leitmotiv. Grâce à la révolution numérique, il existe des solutions simples et souples. Nous sommes prêts à faire des aménagements pour disposer d’aires de covoiturage, même si la question se pose plus sur la grande couronne que dans l’agglomération dense. Nous réfléchissons aussi à des parkings-relais. Nous avons fait la proposition à Valérie Pécresse de mieux utiliser des parkings dans lesquels nous comptabilisons 6 000 places mobilisables. Nous travaillons avec Ile-de-France Mobilités et avec les concessionnaires pour bâtir un modèle économique qui convienne à tout le monde.

    VR&T. Vous allez bientôt adopter votre nouveau Plan Climat. Quel est son objectif ?

    C. N. Nous avons discuté avec de nombreux acteurs et l’Etat doit accompagner les collectivités. Nous avons fixé des trajectoires : 2024 pour la fin du diesel à Paris. 2030 pour l’essence. Ce que nous visons en 2030, c’est la fin de l’utilisation des énergies fossiles. Pas celle des véhicules thermiques : le biogaz, par exemple sert à des véhicules thermiques et nous voulons l’encourager.
    C’est une trajectoire volontariste qui nous permet de tenir un cap. Cet objectif est partagé par un certain nombre de grandes métropoles mondiales. Le 23 octobre, à Paris, 12 maires de grandes villes ont déclaré qu’ils souhaitaient aller vers le zéro émission. Nous visons la neutralité carbone. Or, les transports et le bâtiment sont les deux secteurs les plus émissifs de gaz à effet de serre.

    VR&T. C’est souvent compliqué pour les industriels qui ne sont pas forcément prêts…

    C. N. Il y a encore deux ans des constructeurs automobiles venaient nous dire : le diesel est formidable, nos systèmes de dépollution sont magnifiques. On ne peut plus être dans ce schéma.

    VR&T. Encore faut-il avoir des solutions de remplacement. Les bus électriques, ce n’est pas si simple…

    C. N. La commande publique oriente les choix industriels. Il y a deux ans, quand nous avons lancé un appel d’offres pour le transport scolaire des enfants de la Ville de Paris, nous avons spécifié que nous ne voulions pas de bus diesel. On nous a dit que nous n’y arriverions pas. Il y a quelques jours, les 12 cars électriques nous ont été livrés.
    Ce n’est pas simple mais nous n’avons pas le choix. Sur le sujet du bus électrique, la Chine est très en avance. Cela montre que c’est possible. Et d’autres technologies sont disponibles : par exemple, un réseau comme Nantes exploite des bus au GNV. On ne peut pas rester dans le schéma dans lequel on est resté trop longtemps. Et puis, Paris doit tenir un rôle d’impulsion. Nous sommes très regardés dans le monde entier.

    VR&T. Le plan bus a été présenté. Ne risque-t-il pas de se traduire par une diminution de l’offre ?

    C. N. Il n’est pas question de refondre les bus pour en arriver à une diminution de l’offre ! C’est un chantier gigantesque, qui va changer le paysage. Il permettra à des territoires périphériques d’être mieux desservis, au plus tard en 2019. Cela va de pair avec la volonté de redonner un coup d’accélérateur aux bus en leur donnant la priorité avec des aménagements de type couloir bus pour qu’ils circulent mieux. Même si aujourd’hui, sur ces couloirs, ils sont trop souvent ralentis par du stationnement gênant ou d’autres incivilités.

    VR&T. Comment faire en sorte qu’ils circulent mieux ?

    C. N. A partir de 2018, avec la loi sur le statut de Paris, nous allons « récupérer » les agents de surveillance de Paris, les ASP (dont les « Pervenche »), qui sont aujourd’hui payés par la Ville mais sont l’autorité du préfet de Paris. La moitié des ASP, soit 800 personnes, sera affectée à des missions d’hygiène et de propreté. L’autre moitié sera chargée de la lutte contre ces incivilités routières. Ils pourront travailler avec la préfecture de police sur le respect des couloirs bus, des pistes cyclables, ou la lutte contre le stationnement gênant… Cela va se traduire par la création d’une sous-direction de la régulation des déplacements de la Ville qui comprendra 800 personnes. Nous pourrons développer la vidéoverbalisation. La préfecture dispose de cet outil, qui est efficace, mais elle n’a pas les effectifs suffisants pour bien l’utiliser. Demain, nous aurons les moyens de le faire.
    Ces agents pourront aussi contrôler la ZCR (zone à circulation restreinte) et s’assurer du respect des pastilles Crit’Air qui doivent équiper les véhicules en fonction de leur niveau de pollution. Ils pourront verbaliser le non-port de cette vignette, obligatoire depuis juillet. Aujourd’hui, les contrôles assurés par la préfecture de police se font au fil de l’eau et sont insuffisants. L’Etat nous a donné un outil mais sans les moyens de contrôle qui vont avec.
    Pour renforcer les contrôles, nous demandons à l’Etat de permettre une automatisation du contrôle avec le système de type Lapi (Lecture automatique de plaque d’immatriculation). Cela fait partie des demandes fortes que nous faisons. Sans contrôle automatisé, le respect de restriction des circulations n’est pas assuré. C’est essentiel. N’oublions pas que la France – et plus précisément une dizaine d’agglomérations dont l’Ile-de-France – est sous la menace d’une sanction européenne pour dépassements des seuils de pollution. En juillet, le Conseil d’Etat a fait une injonction à l’Etat pour lui demander de prendre des mesures d’ici mars 2018.

    VR&T. Dans le cadre des jeux Olympiques, quelles sont vos priorités ?

    C. N. Nous espérons que les JO vont être un accélérateur de projets de transport. Il faut déjà que le Grand Paris Express soit au rendez-vous de 2024. C’est une volonté forte de la Mairie de Paris. L’ensemble forme un tout, cela fait système, et on ne peut pas accepter qu’il ne soit pas réalisé dans son intégralité. Et il faut que les délais soient tenus. On ne peut pas se permettre d’avoir des retards à répétition, comme sur cela a été le cas sur le prolongement au nord de la ligne 14 avec, notamment, l’inondation de la future station Porte-de-Clichy. S’il doit y avoir une Loi olympique pour accélérer les procédures, cela doit être au service du système des transports. Ce sont des projets très attendus, notamment en Seine-Saint-Denis où, au-delà des JO, ils sont au service d’un rééquilibrage territorial et de désenclavement de quartiers aujourd’hui délaissés.

     

    VR&T. Quels projets propres à Paris ?

    C. N. Nous avons le projet d’une ligne des quais, que nous appelons « ligne à dimension olympique » pour relier l’est et le centre de Paris, en desservant le nouveau quartier de Bercy-Charenton. Dans cinq ou dix ans, ce quartier, ce sera le nouveau Batignolles. Malheureusement, dans le quartier des Batignolles, les emplois, les activités, les habitants arrivent avant les transports… Nous militons pour cette ligne auprès d’Ile-de-France Mobilités. J’ai donné à son directeur général, Laurent Probst, les études que nous avons effectuées, pour qu’on s’attelle à la réalisation d’un dossier d’objectifs et de caractéristiques principales, DOCP, préalable au lancement d’une concertation et d’une enquête publique. Cette ligne comprendrait la requalification de la voie express quai de Bercy et quai de la Rapée, avec la desserte du nouveau quartier, à cheval sur Bercy et Charenton, et une connexion avec le Grand Paris Express.

     

    aménagements quais de Seine Paris BHNS
    L’actuelle ligne 72 de la RATP devrait être remplacée par une nouvelle ligne de BHNS (perspective) © DR

     

    VR&T. Ce serait un BHNS ou un tramway ?

    C. N. Les études répondront à la question. Une ligne de BHNS est déjà prévue sur les quais de Seine, fin 2018-2019. C’est en fait une amélioration de la ligne de bus 72, avec des premiers aménagements, accompagnés de la mise en service de bus électriques standard de 12 mètres, et d’un prolongement jusqu’à la gare de Lyon. C’est le prélude à la ligne à dimension olympique.
    Un véritable hub pourrait être constitué au niveau du pont d’Austerlitz et du quai de la Rapée, qui permettrait de connecter la ligne des quais, la future rocade des gares, Montparnasse – Gare du Nord, et la ligne 5 du métro. Cela fait partie des projets que nous soutenons et pouvons porter à l’échéance 2024.

     

    VR&T. Comment les vélos seront-ils au rendez-vous des JO ?

    C. N. Nous souhaitons un réseau cyclable métropolitain à l’horizon 2024. Il faut pour cela que l’on sorte de l’éclatement institutionnel qui empêche de progresser. Aujourd’hui, Paris a son plan vélo, et chaque commune décide ce qu’elle souhaite sur son territoire. Nous avons besoin d’un réseau à l’échelle métropolitaine. Nous pensons à un aménagement reliant le futur village olympique, en bord de Seine [sur le territoire de Plaine Commune, NDLR] à un certain nombre de sites de l’ouest : l’hippodrome de Longchamp et les équipements de la porte d’Auteuil, le Parc des princes, Roland-Garros et le stade Jean-Bouin. Ce serait une belle avenue cyclable qui servirait, au-delà des Jeux, aux besoins du quotidien.

     

    VR&T. Où en est aujourd’hui le plan vélo de la Ville ?

    C. N. Il nous tient à cœur, même si nous avons connu des difficultés avec la préfecture de police à propos des grands axes de circulation. Les discussions se sont prolongées avec des approches différentes. Mais la rue de Rivoli est en cours d’aménagement, le chantier de la voie Georges-Pompidou a été mené à bien cet été. Ce sont des éléments importants du Réseau express vélo. Les aménagements cyclables de l’avenue de la Grande Armée sont sur le point d’être terminés. Cela va se poursuivre avec le déploiement du Réseau express vélo sur la rive gauche de la Seine. Mais il ne faudrait surtout pas oublier le premier mode de déplacement. C’est la marche, tout à fait adapté à Paris, et c’est pourquoi nous avons voté une stratégie piétons.

    Propos recueillis par François Dumont et Marie-Hélène Poingt

  • « Il y a 850 km de métros automatiques dans le monde. En 2025 il devrait y en avoir 2 300… »

    « Il y a 850 km de métros automatiques dans le monde. En 2025 il devrait y en avoir 2 300… »

    Entretien avec Philippe Martin, président de la division métro de l’UITP

     

    Ville, Rail & Transports. Quelle part représentent aujourd’hui les métros automatiques dans le monde, et quelle est la tendance ?

    Philippe Martin. Globalement, il y a aujourd’hui 600 lignes de métro dans le monde, dont 60 lignes de métro automatique. Dans la majorité des pays, les nouvelles lignes que l’on construit sont automatiques. A Dubai, à Riyad, à Doha, elles sont de type GoA4, c’est-à-dire pleinement automatiques.
    La vraie différence avec le GoA3 est une différence de service. Le GoA4 est beaucoup plus souple. Si, pour un événement exceptionnel, vous voulez mettre dix navettes supplémentaires, en GOA3, il faut disposer de dix personnes. Mais ces métros sont tout de même des systèmes tout à fait modernes. C’est par exemple le cas à Londres, avec le DLR, où il y a un agent, ou, à Hongkong, où il y a aussi une personne à bord sur une ligne automatique. D’une manière générale, en Asie, il peut y avoir encore quelques réticences culturelles par rapport à l’absence de personnel de bord. En Europe et prochainement en Amérique, ce cap a été franchi.

    VR&T. Un problème de coût peut-il freiner le développement des métros automatiques ?
    Ph. M.  Construire un métro coûte cher quoi qu’il en soit. Entre 100 et 150 millions d’euros du kilomètre. Le coût d’un métro automatique n’est pas beaucoup plus élevé, et au bout du compte, c’est moins cher en life cycle cost, en tenant compte des coûts totaux d’exploitation et de maintenance.

     

    VR&T. A côté de ce marché du neuf, il y a celui de la transformation. Comment va-t-il évoluer ?

    Ph. M. A Paris, la RATP a été pionnière avec la ligne 1 en automatisant la ligne tout en maintenant son exploitation. C’est aujourd’hui le tour de la ligne 4. Bruxelles, Marseille ou Vienne ont annoncé des projets. Pour des raisons d’amélioration du service, de plus en plus de réseaux y pensent. Mais une telle transformation suppose de conduire un projet à multiples facettes : un projet technique certes mais aussi un projet de service et un projet social.
    Sur le plan technique, c’est un projet complexe qui fait appel à des expertises très pointues et qui coûte assez cher en adaptation de l’infrastructure et installation de portes palières. Il y a un enjeu de service : mieux vaut le faire en maintenant l’exploitation, et on sait que c’est possible avec l’expérience de la ligne 1 à Paris. C’est aussi un projet social, et c’est un aspect évidemment important qu’il ne faut pas négliger.

     

    VR&T. Au bout du compte, c’est cher…

    Ph. M.  Pas beaucoup plus qu’un renouvellement classique. Pour la ligne 1 de Paris, le surcoût a été autour de 100 millions d’euros. Mais, pour que ce soit efficace, il faut le faire en profitant du renouvellement du matériel. C’est le schéma de la ligne 4 à Paris. En un peu plus compliqué, puisque le matériel de la ligne 4 va aller sur la ligne 6 dont le matériel, lui, va aller au rebut.

    VR&T. Toutes les lignes sont-elles promises à devenir automatiques ?

    Ph. M.  Non. Cela a du sens quand il y a un flux important, et une forte variation de la demande en fonction d’événements. Par exemple quand la ligne dessert un stade ou un lieu touristique. Par exemple, pour le métro parisien, il serait complètement déraisonnable ou inadapté de penser que toutes les lignes pourraient être automatisées.

     

    VR&T. Au bout du compte, que représenteront prochainement les métros automatiques ?

    Ph. M.  En 2016, on dénombrait 850 km de lignes, de type GoA3 et GoA4. En 2025, il devrait y en avoir 2 300. Ce sera pour l’essentiel en Asie, en Europe occidentale et au Moyen-Orient. Mais pas uniquement. Moscou a gardé la conduite manuelle mais évolue, São Paulo a un métro automatique, Montréal a le projet de créer trois lignes automatiques.

     

    VR&T. Devant le coût d’un métro, on est souvent à la recherche de financements innovants. C’est par exemple ce que demande l’Inde, dans la « Metro Rail Policy » que le gouvernement vient d’adopter. Vous avez des solutions ?

    Ph. M.  Je ne vois que deux grands modèles de financement. L’un, classique avec une autorité organisatrice, ville, région, Etat, qui finance l’infrastructure et qui confie l’exploitation à un opérateur, soit de gré à gré soit après un appel d’offres. C’est ce qu’on connaît en Europe ou aussi en Chine.
    Il y a aussi le modèle de PPP. Par exemple, à Montréal, où la réalisation du REM (Réseau électrique métropolitain) va nécessiter la création de trois lignes. Montréal a demandé à trois groupements – une ingénierie, un BTP, un opérateur – de remettre une offre pour la construction et pour l’opérationnel, et cela pour une durée de 50 ans.

     

    VR&T. En Afrique, on s’attend à un accroissement considérable de la population, surtout dans les villes. L’heure des métros africains a-t-elle sonné ?

    Ph. M.  Il y a déjà des métros en Afrique, à Alger et au Caire. En dehors de l’Afrique du Nord et de l’Afrique du Sud, où il y a le Gautrain, et du Sénégal où il y a un projet de TER, je vois plutôt se développer des bus et des tramways, ou des trains régionaux. Le tram peut prendre une large place, comme au Maroc ou en Algérie.
    Pour construire un métro, il faut une politique d’investissement stable avec une sécurisation des financements. Compte tenu de la durée de construction (de cinq à dix ans) d’une ligne de métro, il est indispensable de penser global et de lier l’aménagement urbain avec la planification du transport.
    VR&T. On a longtemps vanté le BRT, en disant, en gros : c’est du métro low cost. Est-ce le cas ?

    Ph. M.  Le BRT est une solution intéressante, et je l’ai vu fonctionner à Curitiba au Brésil. Mais c’est un cas très particulier : la ville est conçue autour des moyens de transport. Le BRT permet une belle offre, à condition d’avoir des voies vraiment dédiées, la capacité du système dépendant à la fois de la vitesse et de la capacité unitaire. C’est une bonne solution, avec des capacités maximales limitées (60 000 à 100 000 voyageurs/jour), au total c’est un mode qui est plutôt en concurrence avec le tramway ou le métro léger.

     

    VR&T. Donc la croissance du métro dans le monde n’est pas près de s’interrompre…

    Ph. M.  Non, la tendance est affirmée. La croissance du chiffre d’affaires mondial des métros est estimée à environ 3 % par an durant les 20 à 30 prochaines années. Los Angeles veut interdire les voitures, il y a des grands projets en Ontario, à Toronto, Ottawa. En Amérique latine, il y a un gros marché potentiel, Mexico étant une sorte d’exception qui confirme la règle, avec une douzaine de lignes. Au-delà, les plus gros développements sont attendus en Asie et au Moyen-Orient et plus particulièrement en Chine, où le métro est déjà présent dans 20 villes et ce pays construit 100 nouveaux kilomètres de métro par an !
    Propos recueillis par F. D.

  • Lille s’apprête à choisir Keolis

    Lille s’apprête à choisir Keolis

    Une grosse déception. C’est le sentiment des dirigeants de Transdev qui reconnaissent avoir perdu la compétition face à Keolis pour l’exploitation à partir de l’année prochaine des transports publics de la Métropole de Lille. Sauf énorme surprise de dernière minute, la Métropole Européenne de Lille (MEL) devrait annoncer le 15 décembre son choix en faveur de Keolis qui exploite déjà le réseau depuis 1983.

    Le 24 novembre, une première réunion de bureau a permis de présenter à une cinquantaine d’élus, le nom du candidat pressenti, explique-t-on du côté de la MEL, en confirmant le nom de Keolis. La conférence des maires, prévu le 8 décembre, permettra aussi d’examiner le dossier, avant la délibération prévue le 15 décembre.

    Le vote de la MEL va intervenir après de multiples rebondissements. Rappelons qu’il y a neuf mois, Keolis, qui sentait le vent tourner et craignait de perdre le contrat, avait attaqué en justice la MEL, lui reprochant de vouloir reprendre les négociations à zéro en invoquant des erreurs commises par les deux compétiteurs. Mais la justice avait rejeté ce recours.

    Nouvelle péripétie en mai quand la Métropole adresse un courrier aux deux compétiteurs. Dans le courrier envoyé à Transdev se trouve une clé USB comportant des informations sur… Keolis. Transdev prévient la métropole qui décide alors de stopper les discussions, estimant en savoir assez pour faire son choix.

    Cette fois, c’est Transdev qui porte l’affaire en justice. Le recours a été là encore rejeté il y a quelques semaines. La filiale de la Caisse des dépôts et consignations misait gros sur cet énorme contrat de l’ordre de deux milliards d’euros, qui doit couvrir la période 2018-2025. « C’est un sentiment d’inachevé. Mais la justice a tranché, nous respectons cette décision. C’est la MEL, qui a fait une erreur, et c’est nous qui en pâtissons », confie à VR&T Richard Dujardin le directeur France de Transdev. « Ce choix est antiéconomique : quand vous arrêtez la procédure à mi-chemin, vous n’obtenez pas les meilleures offres de prix », ajoute-t-il.

    Marie-Hélène Poingt

  • Toulouse restreint à son tour la circulation en cas de pollution

    Toulouse restreint à son tour la circulation en cas de pollution

    A l’instar de Grenoble, Lyon, Marseille, Paris et Strasbourg, Toulouse appliquera des restrictions de circulation en cas de pic de pollution. Le préfet d’Occitanie Pascal Mailhos a annoncé le 27 novembre l’entrée en vigueur des vignettes Crit’Air et l’interdiction de circulation à l’intérieur du périphérique des véhicules sans vignette ou munis d’une vignette 4 ou 5 (diesels antérieurs à 2006 et essence à 1997) à partir du troisième jour de dépassement des seuils. La réduction de 20 km/h des vitesses maximales autorisées sera également appliquée, comme cela a été le cas lors du premier pic de pollution de l’année du 18 au 21 novembre. Tisséo ne proposera pas la gratuité des transports en commun en cas de pollution, mais commercialise depuis 2016 un ticket « Planète » illimité à quatre euros la journée ces jours-là.

    C. S.-S.