Catégorie : Mobilités douces

Retrouvez toute l’actualité des mobilités douces: services de vélos et trotinettes en libre service, pietonisation, aménagements urbains…

  • La RATP demande aux constructeurs de lui prêter des bus électriques

    La RATP prépare ses appels d’offres sur le bus électrique. Mais comme la plupart des constructeurs ont encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir livrer des bus électriques suffisamment autonomes et de grande capacité, la régie parisienne a décidé de se faire elle-même son idée sur ce qui existe déjà sur le marché.
    « Nous voulons tester toutes les technologies d’ici à 2017. La RATP lance donc un appel aux constructeurs pour qu’ils nous prêtent leurs bus », a annoncé le 9 juin Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus, lors du Salon de l’UITP à Milan. "Nous voulons avoir une bonne connaissance du marché mondial".
    Rappelons que la RATP, qui gère actuellement 4 500 bus, souhaite qu’à l’avenir 80 % de sa flotte roule à l’électricité et 20 % au biogaz. Avec une étape intermédiaire en 2020 : tous les bus diesel seront aux normes Euro 5 et Euro 6.
    Sur la partie gaz naturel, pas de souci, le marché industriel est, selon la RATP, « mature ». En revanche, les enjeux sont considérables sur le marché du bus électrique, en particulier sur les batteries. Partant du constat qu’il n’est pas envisageable de recourir à une alimentation électrique par biberonnage (en raison de l’importance des infrastructures qui seraient alors nécessaires) et suite à des discussions avec EDF, la RATP a décidé de recourir à une recharge lente la nuit.
    La RATP a déjà signé un accord avec trois sociétés : le groupe hollandais Ebusco (le châssis de son bus est chinois), le constructeur chinois Yutong qui s’est associé avec l’entreprise alsacienne Dietrich Carebus Group, et le polonais Solaris. L’expérimentation devrait commencer dès septembre avec Ebusco, puis vers la fin d’année avec les deux autres.
    « L’annonce en 2014 de notre plan bus a fait réagir tous les constructeurs. Nous avons des discussions avec beaucoup d’entre eux mais nous ne signerons qu’avec ceux qui acceptent nos conditions : ils doivent partager leurs données avec nous », poursuit Marie-Claude Dupuis. Autres impératifs : les bus doivent pouvoir transporter au moins 90 passagers et avoir une autonomie suffisante. La RATP demande au moins 250 km d’autonomie en 2025. Et cela à un prix raisonnable, alors qu’aujourd’hui un bus électrique coûte le double d’un diesel (soit 500 000 euros environ).
    Selon la directrice des Bus, Mercedes Benz et Iveco auraient affirmé qu’ils seraient prêts à répondre à l’appel d’offres lorsqu’il sera lancé. Par ailleurs, PVI a proposé, avec l’accord de la RATP, de voir s’il est possible de transformer un bus hybride en un bus électrique. Ces prises de contact tous azimuts correspondent à la stratégie de la RATP qui a toujours travaillé avec plusieurs fournisseurs.
    Une phase d’expérimentation va donc être lancée entre 2015 et 2017. Les bus prêtés seront testés sur deux lignes : la ligne 21 en plein Paris et la ligne 147 qui dessert la banlieue. L’objectif est de lancer les appels d’offres fin 2017.
    Pour s’y préparer, la RATP a aussi signé un contrat avec Bolloré pour l’acquisition de 20 bus électriques Bluebus qui desserviront en 2016 une ligne de Paris ou de banlieue. Affichant une autonomie de 180 km, ils remplaceront 20 bus diesel. « Ils vont nous permettre de montrer que ce modèle marche, de le tester et de consolider notre plan, précise Marie Claude Dupuis. Si l’expérience se passe bien, on ne peut exclure d’acheter d’autres bus, avec l’accord du Stif », ajoute-t-elle. Le Bluebus sera rattaché au dépôt de Belliard.
    La RATP veut évidemment évaluer les coûts d’exploitation, de maintenance, qu’il faudra faire évoluer. « On nous dit qu’on devrait pouvoir abaisser de 20 % nos coûts de maintenance. Les constructeurs nous assurent aussi qu’avec le lancement de la production en série, les prix devraient vite diminuer, indique Marie-Claude Dupuis. Le plan bus 2025 ne sera en effet acceptable que si son coût est raisonnable. »
    Les réglementations, notamment celles sur la sécurité des dépôts, sont appelées à évoluer. Enfin, la RATP appelle aussi de ses vœux une standardisation européenne. Elle vient de se greffer en mars dernier au programme européen ZeEUS (Zero emission urban bus system) lancé il y a deux ans pour faire du benchmark jusqu’en 2017. Ce qui correspond au calendrier de la RATP et devrait pousser à la standardisation.
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  • Transdev et la RATP candidats à la privatisation des transports collectifs de Lisbonne

    RATP-Dev et Transdev figurent parmi les candidats à la privatisation de la gestion des transports collectifs de Lisbonne, aux côtés du britannique National Express (NE), de l'espagnol Avanza et du portugais Barraqueiro, a annoncé le 15 juin le gouvernement portugais. La RATP, NE et Avanza ont remis une offre portant sur l’exploitation conjointe du métro et des bus de la capitale portugaise, tandis que Transdev s’est intéressé uniquement au métro et Barraqueiro aux autobus de Carris. « Il s'agit d'un processus compétitif, comme le gouvernement l'espérait », s'est félicité le secrétaire d'Etat aux Transports Sérgio Monteiro, selon qui une décision pourrait intervenir vers la mi-juillet.

    Le gouvernement de centre droit avait annoncé en mars dernier l'ouverture au privé des transports urbains de Lisbonne, à l'image de ce qui a été fait à Porto, grande ville du nord du pays, où l'exploitation et la maintenance du métro ont été confiées à un consortium espagnol mené par TMB, l'opérateur du métro de Barcelone. La mesure est toutefois contestée par la mairie socialiste de Lisbonne, Fernando Medina, qui a déjà saisi la justice pour tenter de la suspendre.

  • MyFerryLink : la scop SeaFrance en redressement judiciaire

    La Scop SeaFrance, coopérative qui opère les navires de la compagnie transmanche MyFerryLink, a été mise en redressement judiciaire, le 11 juin, par le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), a annoncé Eurotunnel, propriétaire des trois bateaux, dont deux ont été vendu au Danois DFDS, le 7 juin. 

    Chez les 600 salariés, l'inquiétude était de mise depuis plusieurs jours, avec l'espoir que 200 emplois dans la Scop pourrait être sauvés via Eurotunnel et l'activité fret qu'il entend maintenir avec le navire non cédé, auquel devrait s'ajouter une nouvelle unité. Mais le sort des 400 autres employés est en suspens. 

    Eurotunnel précise que 370 salariés travaillent en CDI sur les trois navires et 106 à quai côté français, le solde correspondant à des CDD, plus quelques dizaines de salariés britanniques. 

     

     

  • Google s’attaque aux transports et autres problèmes des grandes villes

    Le géant américain d'internet Google a annoncé, le 10 juin, la création d'une nouvelle société, Sidewalk, destinée à résoudre les problèmes spécifiques à la vie dans les grandes villes. 

    « On peut probablement penser à une tonne de manières dont on aimerait améliorer sa ville: des logements plus confortables, de meilleurs transports publics, moins de pollution, davantage de parcs et d'espaces verts, des pistes cyclables plus sûres, un trajet pour le travail plus court… », énumère le directeur général de Google, Larry Page, dans un message publié sur le réseau social du groupe, Google+.

    La nouvelle société, baptisée Sidewalk Labs, « se concentrera sur l'amélioration de la vie urbaine pour tous, en développant et en servant d'incubateur pour des technologies urbaines pour s'attaquer à des problèmes comme le coût de la vie, l'efficacité des transports et la consommation d'énergie », ajoute-t-il.

    Sidewalk Labs sera dirigée par Dan Doctoroff, ancien directeur général de l'agence d'informations Bloomberg, en charge du développement économique et de la reconstruction à la mairie de New York. 

     

     

  • Forfaits aéroport : l’Autorité de la concurrence estime la course entre 30 et 55 euros

    L'Autorité de la concurrence a annoncé, le 8 juin, avoir émis un avis favorable au principe des forfaits pour les courses de taxis entre Paris et ses aéroports. 

    Le 4 juin, le gouvernement avait indiqué que ces tarifs forfaitaires entreraient en vigueur le 1er mars 2016 et que les tarifs seraient publiés fin août.  

    L'Autorité recommande cependant « de n'appliquer cette mesure sous la forme d'une obligation accompagnée d'un montant maximum qu'au marché de la maraude et de laisser les taxis libres d'appliquer des forfaits de leur choix ou une tarification horokilométrique sur le marché de la réservation préalable ».

    Selon l'Autorité, le prix maximum envisagé dans les deux sens entre Paris-Charles-de-Gaulle et Paris rive droite de la Seine est de 50 euros et de 55 euros pour la rive gauche. Entre Orly et la rive droite de Paris, il est de 35 euros et de 30 euros pour la rive gauche. 

     

     

  • La Bluecar assemblée dans l’usine Renault de Dieppe

    La Bluecar assemblée dans l’usine Renault de Dieppe

    L'usine de Dieppe du Groupe Renault débute l'assemblage de Bluecar, la voiture 100 % éléctrique de Bolloré.

    Spécialisée dans la production de petites séries, l'usine produit … … actuellement la Clio R.S. 200 EDC et des véhicules de compétition.  Un atelier de montage constitué à terme de 30 personnes, a été créé au sein de l’usine pour pouvoir accueillir les Bluecar. 

    " Bluecar est une belle opportunité d’activité supplémentaire pour l’usine de Dieppe. C’est la reconnaissance du savoir-faire du Groupe Renault et de l’usine de Dieppe, aux niveaux de qualité et de réactivité exigés par notre partenaire, le Groupe Bolloré.", se félicite Laurent Delannay, le directeur de l’usine de Dieppe du Groupe Renault.

  • 40 tramways supplémentaires pour Gand et Anvers

    40 tramways supplémentaires pour Gand et Anvers

    En accord avec la commande initiale signée en septembre 2012, la société De Lijn, en Belgique va commander 40 tramways supplémentaires de type … Flexity 2 à l'industriel Bombardier pour les villes de Gand et Anvers.

    Le parc de tramways augmentera de 48 à 88 unités.

    Le contrat est estimé à 97 millions d'euros.

  • Taxi : le forfait « aéroport » prévu en mars 2016

    Laurent Fabius, le Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, a annoncé, le 4 juin, que les tarifs forfaitaires entre Paris et les aéroports seront effectifs le 1er mars 2016. Les taximètres seront mis à jour à partir du 1er janvier 2016, dans le cadre de la revalorisation annuelle des tarifs. Les textes réglementaires organisant la mise en place des forfaits seront publiés mi-juin, et les arrêtés de revalorisation tarifaire fin août. 

    Ces tarifs forfaitaires concerneront les courses directes entre les aéroports et la capitale. Quatre tarifs seront définis, entre chaque aéroport et la rive droite ou la rive gauche de la Seine. 

     

  • Grand Paris Express : Visite de la future gare de Cachan

    Grand Paris Express : Visite de la future gare de Cachan

    Philippe Yvin, président du directoire de la Société du Grand Paris, Jean-Yves Le Bouillonnec, maire de Cachan et député du Val-de-Marne, Pierre Garzon, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne style= »margin-top: 15px; margin-bottom: 15px; padding: 0px; font-family: arial; font-size: 15px; line-height: 20px; background-color: rgb(255, 255, 255); »>
    représentant Christian Favier, sénateur, président du conseil départemental du Val-de-Marne, et Daniel Breuiller, maire d’Arcueil, se sont rendus ce matin à 11 h à l’emplacement de la future gare de métro de Cachan, où a été creusé un puits de reconnaissance des sols. L’installation marque une nouvelle étape l’avancée des travaux du Grand Paris Express.

  • « En 2050, on ne veut plus de voiture dans les centres-villes »

    « En 2050, on ne veut plus de voiture dans les centres-villes »

    Entretien avec Karima Delli, eurodéputée Europe Ecologie Les Verts

    L’eurodéputéee EELV, coordinatrice de la commission Transports pour le groupe des Verts du Parlement européen vient d’être nommée rapporteure de la mobilité urbaine durable. Une thématique qui lui est chère : c’est là qu’il y a urgence, explique-t-elle. Ville Rail & Transports. Vous venez d’être nommée rapporteure de la mobilité urbaine durable en Europe, en quoi cela consiste-t-il ?

    Karima Delli.L’objectif est de susciter une réelle mutation dans les transports durables, c’est LE défi. La mobilité aujourd’hui, ce n’est plus une nécessité, c’est un droit. Cela suppose de changer le cap car nous avons devant nous des échéances climatiques et environnementales qui sont terribles. Depuis le protocole de Kyoto en 1990, l’industrie ou l’agriculture ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre. Il n’y a qu’un secteur dont les émissions de gaz à effet de serre explosent de 30 %, c’est le transport !

    Ce rapport doit donner des pistes pour les faire baisser. Il sera voté en juin en commission Transport et en septembre en plénière par le Parlement européen. Il proposera des mesures très concrètes, par exemple une véritable taxation sur le diesel, car je vous rappelle que la France vient d’avoir un nouvel avertissement de la part de la Commission européenne.

     

    VR&T. La Commission a menacé la France d’un recours devant la Cour de Justice de l’Union européenne pour dépassement du seuil de pollution aux particules dans dix zones. Vous croyez qu’on va finir par avoir une amende ?

    K. D.En théorie, si au bout de deux mois la France ne met pas en œuvre des mesures suffisantes pour lutter contre la pollution, ce sera une éventualité plus que plausible car il s’agit avant tout d’une question de santé publique. Ce qui est sûr, c’est que le rapport est un des outils qui va réellement mettre la pression… Il pose par exemple la question du financement : en 2016, nous devrions avoir l’eurovignette à l’agenda européen. Celle-ci ne concerne pas seulement les poids lourds, mais aussi les véhicules particuliers. Dans le rapport, nous demandons que 50 % de ces recettes soient fléchées pour la mobilité urbaine durable. C’est une nouveauté.

     

    VR&T. Ce rapport ne va pas s’imposer aux Etats membres ?

    K. D.Si parce que nous sommes dans du législatif et que la Commission a l’ambition d’avancer sur ces questions. La première étape, c’est qu’avant fin 2016, chaque Etat membre devra rendre ce qu’on appelle un plan national de la mobilité urbaine durable. Donc on va commencer à réellement agir. Pas dans le sens où Ségolène Royal le voudrait puisque la reconversion souhaitée ne sera pas uniquement axée vers la voiture électrique. Plus que le tout-électrique, nous défendons la multimodalité avec plus de tramways, plus de transport public et une plus grande place pour le vélo. Cela exigera aussi de ne plus travailler exclusivement sur l’urbain, mais aussi sur le périurbain, qui est le parent pauvre.

     

    VR&T. Ces plans nationaux de mobilité, c’est un peu l’esprit des plans de déplacements urbains à l’échelle des agglomérations ?

    K. D.Tout à fait. L’objectif très clair, c’est que d’ici 2030, on réduise de moitié le nombre de voitures dans les centres-villes et qu’en 2050 il n’y en ait plus du tout. On a un peu de temps, mais cet objectif est aussi défendu par la Commission européenne. Ce plan d’action national sera de plus réévalué tous les ans. On prône bien sûr la question de l’innovation : les smart cities sont en mouvement, il n’y a pas assez de transport collectif à l’hydrogène, qui est pourtant une innovation. Il faut mettre sur paquet sur la R&D.

    Parmi les problèmes majeurs de la mobilité urbaine en Europe, se pose aussi la question de l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap et les personnes vulnérables. Rien qu’en France, il y a huit millions de personnes qui n’ont pas accès à la mobilité, que ce soit pour des questions de coût ou de dessertes. Il faut donc créer des alternatives : multiplication des TC, covoiturage, tarification selon les revenus, etc. On souhaite mettre en avant la notion de la pauvreté de la mobilité pour ces huit millions de personnes.

    Il y a enfin quantité de villes dans lesquelles on a fermé, il y a quelques années, des lignes ferroviaires qui permettaient des petits trajets dans le périurbain, donc le but, c’est de réinvestir pour rénover l’existant mais aussi de rouvrir ces petites lignes pour y mettre des tram-trains, etc.

     

    VR&T. Mais là, on va vous dire qu’on n’a plus d’argent…

    K. D.Justement, je suis là pour vous dire que dans le plan Juncker, on a réussi à écrire une ligne sur le développement de la mobilité urbaine. Ça veut dire que les projets de mobilité durable sont éligibles dans le plan Juncker. Reste à voir ce que donnera ce plan car derrière les 315 milliards promis, pour l’instant il n’y en a que 21. Monsieur Juncker considère que cette garantie va être un levier pour les investisseurs privés, afin de lever 315 milliards en trois ans, mais rien ne nous garantit que les investisseurs seront au rendez-vous. Il y a une belle ambition à vouloir engager un plan de relance européen, mais encore aurait-il fallu investir plus d’argent…

     

    VR&T. Est-ce que le plan Juncker va permettre de poursuivre la politique de grands corridors européens, de fret et de grande vitesse voyageurs ?

    K. D.Dans le plan Juncker, la première étape a été de demander à chaque Etat de porter des projets pour ce fameux plan de relance. Moi je suis un peu fâchée avec la France car parmi les projets de transports, il y a certes le port de Calais ou la rénovation ferroviaire qui vont dans le bon sens, mais il y a aussi le CDG Express, alors qu’il suffirait de rénover le RER B. Un autre problème, c’est le Lyon – Turin. Ce cas précis est révélateur d’une grande incohérence car la France ne l’a pas porté dans le cadre du plan Juncker, mais dans le MIE (Mécanisme d’interconnexion européen), le fonds spécial destiné à financer les infrastructures de transport comme les corridors à hauteur de 40 % du montant de l’investissement. L’Italie, elle, l’a inscrit au plan Juncker… Ce projet est une bêtise monstrueuse sur le plan économique – pas de création d’emplois –, au plan environnemental – on creuse dans la roche amiantée –, et sur le plan démocratique. Je préfère mettre les 26 milliards d’euros du Lyon – Turin dans la mobilité urbaine. Parce que ça crée de l’emploi, ça favorise les nouvelles filières comme l’économie circulaire et c’est là qu’il y a urgence à investir.

     

    VR&T. Sur le transport longue distance, la loi Macron va libéraliser l’autocar, cela va dixit, « aider les pauvres à se déplacer », vous êtes d’accord ?

    K. D.Je crois que les transports collectifs doivent rester du domaine du service public. Avec la libéralisation, on va « gagner » une concurrence des entreprises qui est autodestructrice, avec une guerre des tarifs. La France a besoin d’une vraie politique des transports avec des objectifs contraignants – ce n’est pas normal qu’on ait juste un secrétariat d’Etat – pour l’instant je ne vois pas quels sont les objectifs. J’aimerais que la France ait un vrai plan de rénovation ferroviaire, qu’elle investisse beaucoup plus sur le fret fluvial, qu’elle mette le paquet sur l’écomobilité. Bref, il faut qu’elle ait du courage politique. On ne peut pas faire tout ça sans fiscalité verte. Ce n’est pas normal que nous soyons le 25e pays européen en terme de fiscalité verte et que nous n’ayons toujours pas de taxe poids lourds. C’est un manque à gagner pour l’ensemble des projets. 122 projets locaux sont à l’arrêt du fait de l’abandon de l’écotaxe. Prenez l’autoroute ferroviaire Atlantique qui relie le Nord-Pas-de-Calais et les Landes et qui devait en partie être financée par l’Europe, la France vient soudainement d’y renoncer sans raison objective… Sur le volet climatique, c’est une catastrophe. Je ne comprends pas non plus qu’on n’ait toujours pas de taxe kérosène… La France devrait avoir le courage de porter ce débat-là à l’Europe, mais il semble qu’elle refuse de se poser les vraies questions. Et notamment celle de la fiscalité écologique.

     

    VR&T. Parce que dès qu’il est question de fiscalité verte, on la taxe d’écologie punitive. C’est aussi pour ça qu’on n’arrive pas à sortir du diesel, non ?

    K. D.La punition, réellement, c’est Ségolène Royal qui nous la donne ! En continuant à mettre en place des dispositifs qui accentuent la pollution, au péril de la santé des citoyens qui sont des otages puisqu’on ne leur propose rien à côté. Quand on instaure un chèque vert pour reprendre les voitures diesel aux personnes les plus vulnérables, qui achètent alors un véhicule propre, où est la punition ? La France reçoit le sommet mondial sur le climat en décembre 2015. A ce titre, elle devrait être exemplaire. L’automobile est un secteur en pleine mutation : on voit se développer une économie du partage, de nouvelles formes comme le covoiturage, etc. C’est sur ce modèle qu’il faut se réorienter et les constructeurs auto doivent jouer le jeu.

     

    VR&T. Quand on parle véhicule propre, on a tendance à se focaliser sur le tout-électrique, comme étant la solution économique et environnementale. Etes-vous d’accord avec cette vision ?

    K. D.Non pour la bonne raison qu’elle marche à l’uranium, plus de 70 % de l'électricité française provient du nucléaire. On ne peut pas croire qu'une voiture électrique peut être propre si l'électricité produite ne l'est pas. Et l’uranium vient du Niger, il faut aller le chercher loin et ça va être une denrée rare. Il faut arrêter de focaliser notre énergie sur la voiture électrique. Il y a également une contradiction à s’engager sur une réduction de la part d’électricité d’origine nucléaire de 75 à 50 % et à investir sur la voiture électrique qui augmentera de manière drastique notre consommation électrique. Il faut aussi penser en termes d’efficacité énergétique.

     

    VR&T. Et si l’électricité était majoritairement verte – solaire, éolien –, la voiture électrique serait propre à vos yeux ?

    K. D.Oui, ça existe déjà dans d’autres pays. Mais il faut aussi investir massivement dans la recherche et l’innovation et voir également  que les villes exemplaires ne sont pas conçues autour de la voiture, électrique ou pas, mais qu’elles ont investi massivement dans la mobilité douce, les TC, les pistes cyclables, etc., comme Strasbourg ou Nantes. La voiture représente 10 m2 d'espace public, elle a donc un impact sur notre espace commun. Après il faut aller chez les Danois, voir les autoroutes à vélos !

     

    VR&T. La semaine dernière, Jean-Jack Queyranne a affirmé que le Lyon – Turin était devenu irréversible, pensez-vous que ce soit le cas sachant qu’un milliard d’euros y a déjà été englouti ?

    K. D.A-t-on les moyens de faire le Lyon – Turin ? C’est la vraie question. Il suffirait d’utiliser l’alternative, c’est-à-dire de rénover la ligne du Mont-Cenis et du tunnel du Fréjus pour obtenir le report du fret. La deuxième chose, c’est le montant : 26 milliards ! Et le risque environnemental : on va artificialiser 1 500 hectares de terre par des infrastructures, des entrepôts. Pour preuve le mouvement citoyen en Italie, No Tav, qui dit « laissez nos villages ». Quand on perce de la roche amiantée, on impacte l’eau, la biodiversité. La France a déposé son projet à la commission, le 26 février, pour expliquer comment elle finançait ses 60 % et impossible d’avoir accès au dossier. Pourtant ce n’est pas faute de l’avoir demandé plusieurs fois au ministre aux Affaires européennes et à M. Queyranne. Par ailleurs les 40 % apportés par l’Europe ne concernent que le tunnel de base, évalué maintenant à quelque 12 milliards d’euros. De plus, avec Michèle Rivasi, nous avons saisi l’Office européen de lutte antifraude (Olaf). Car dans le dossier du Lyon – Turin, il y a des surcoûts inexpliqués, des liens avec la mafia italienne, des conflits d’intérêts de personnes et des questions d’entrave à la concurrence. Donc je dis un, l’Olaf va rendre ses conclusions fin juin-début juillet, attendons-les pour remettre à plat toutes les problématiques. Deux, on ne peut pas faire des projets contre les citoyens. Trois, réfléchissons ensemble aux alternatives.

     

    VR&T. En matière de financement, faut-il promouvoir d’autres modes après que les PPP, présentés un peu comme une recette miracle, montrent leur limite sur Perpignan – Figueras comme sur Sud Europe Atlantique ?

    K. D.Moi j’aimerais qu’on expérimente les fonds régionaux d’investissements. On n’utilise pas assez le Feder – or, 20 % du Feder, c’est pour l’efficacité énergétique – ni les possibilités de lier ces fonds avec la Caisse des dépôts par exemple. Dans le cadre d’un plan d’investissement régional, on créerait des leviers de financements, on aurait les diagnostics territoriaux. Parce que dans le cadre du plan Juncker, la France a déposé 42 projets et dans certains cas, aucun élu local n’est au courant ! Le but serait de recréer de l’ingénierie financière en accompagnant les porteurs de projets.

     

    VR&T. Quelle devrait être la position de l’UE en matière de stratégie industrielle ? Que pensez-vous de la proposition de créer un « airbus du rail » alliant Alstom et Siemens pour faire le poids notamment face aux Chinois et aux Coréens ?

    K. D.Mais ça existe déjà, ça s’appelle Shift2Rail. Cette entreprise commune regroupe tous les constructeurs européens dans le but d’élaborer un plan directeur stratégique pour le train du futur, la nouvelle signalisation, etc., et de garantir à l’industrie européenne de conserver une position stratégique au plan mondial. Maintenant il faut que la France porte ce projet…

     

    VR&T. La réforme ferroviaire sera-t-elle eurocompatible avec le quatrième paquet ferroviaire ?

    K. D.C’est un peu tôt pour le dire. On n’a pas encore fini le paquet technique prévu en juin. Pour les questions politiques, notamment celle du service public, il faut attendre septembre ou octobre. La commission aimerait que ce soit réglé fin 2015.

     

    VR&T. L’américain Uber s’installe un peu partout en Europe provoquant un tollé plus ou moins généralisé et des plaintes auprès de la Commission. L’UE va-t-elle s’emparer de la question ?

    K. D.Il faut bien différencier Uber et UberPop : en Europe, c’est surtout UberPop qui pose un vrai problème en particulier de protection sociale. C’est un sujet devenu important, au point qu’on a prévu un débat de la commission Transport en mai ou juin dans l’hémicycle. Il faut recadrer tout ça en sachant que ces nouveaux services répondent à une vraie demande.

     

    VR&T. Quel dossier aurez-vous particulièrement à cœur de défendre dans les prochains mois ?

    K. D.Peut-être celui que j’ai « inventé » : j’ai lancé l’idée d’un paquet « Climat-Transports » et le commissaire européen à l’Action pour le climat a compris que c’est un enjeu. J’étais inquiète de voir les transports relégués quand on parlait de climat. Nous sommes en train de l’écrire, il y a du travail…

    Propos recueillis

    par Cécile NANGERONI