Votre panier est actuellement vide !
Catégorie : Politique des transports
Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports

Hervé Mariton, député de la Drôme : « On pourrait confier la taxe poids lourds aux régions »
Pour Hervé Mariton, la sous-estimation de la dimension politique ou sociale de l’écotaxe a conduit à l’impasse. Pour en sortir, Hervé Mariton suggère une régionalisation d’une taxe dont le principe n’est pas absurde. Ville, Rail & Transports. Comment a-t-on pu arriver à un tel fiasco sur l’écotaxe ?
Hervé Mariton. Après coup, on peut identifier au moins quatre erreurs. La première est d’avoir imaginé qu’il s’agissait d’un sujet technique. La deuxième, d’avoir renoncé à l’expérimenter. La troisième, d’avoir probablement dupliqué un peu rapidement en France un système au seul motif qu’il avait été développé à l’étranger par des entreprises françaises. La quatrième erreur, c’est de l’avoir dupliqué sans tenir compte d’éléments qui, en particulier en Allemagne, contribuent à l’acceptation du système.
Aucune de ces erreurs, sur lesquelles je reviendrai tout à l’heure, ne démolit l’idée. Je continue de penser que, dans la rubrique de la fiscalité écologique, la taxe poids lourds est loin d’être la plus absurde. Mais ces erreurs combinées ont évidemment rendu les choses plus difficiles.
On peut en trouver d’autres. S’y est ajouté, je le dis avec beaucoup de pudeur, un dialogue pas tout à fait mature avec le monde professionnel des transporteurs routiers. La relative facilité avec laquelle les gouvernements successifs ont convaincu les transporteurs routiers a sans doute endormi ces gouvernements. Ils se sont dits : on avait l’impression que ce serait difficile avec les transporteurs, nous avons trouvé un accord assez facilement avec certains d’entre eux, les plus puissants, et l’affaire est réglée… Mais ce n’est pas le cas.VR&T. Le principe faisait quasiment l’unanimité politique ?
H. M. A propos de l’unanimité, je dirai deux choses. On l’invoque à propos de la taxe poids lourds, en la liant au Grenelle de l’environnement. Mais je rappelle que le texte a été voté en 2006, dans la loi de finance rectificative… Tout le monde dit qu’il a été voté en 2009, mais c’est faux ! La confusion sur le calendrier en dit long sur la méconnaissance du dossier.
Et l’unanimité qu’on invoque toujours à propos du Grenelle me fait penser à un principe talmudique, qui dit que quand quelqu’un a été condamné à l’unanimité il est innocenté… parce qu’une délibération prise à l’unanimité est une délibération mal éclairée. Cette idée n’est pas absurde.VR&T. Il ne s’agit pas d’un dossier technique, disiez-vous pour commencer.
H. M. Pour être modeste, je dois reconnaître que le grand raisonnement que je vous fais, je ne suis pas sûr de l’avoir tenu en son temps ! Au moins suis-je capable de l’élaborer davantage aujourd’hui. Les questions de transport intéressent les gens, les portiques manquent singulièrement de discrétion, et cela touche à la problématique globale du péage, qui passionne les gens. Les gens peuvent se dire : ça démarre avec les poids lourds, est-ce que ça ne va pas me tomber sur la figure ensuite ? Imaginer que ce sujet n’intéresserait pas, et pouvait être cantonné à un dossier entre les transporteurs et les pouvoirs publics et que, la FNTR ayant trouvé un accord assez facile avec les pouvoirs publics, il n’y avait pas de sujet, c’était une erreur. « Les routiers sont sympas », ne l’oublions pas, et le transport routier, même s'il n'est pas politiquement correct, a une place — tout comme les cheminots — dans l'univers collectif. Ce sont des fonctions sensibles. Les gens savent qu'il peut y avoir des blocus. Ce qui concerne les routiers ne concerne pas que les routiers.VR&T. Vous regrettez aussi l’absence d’expérimentation.
H. M. Jean-Pierre Raffarin avait introduit dans la constitution la possibilité d'expérimenter. Je pense qu'on n'en a à peu près jamais tenu compte. Prenez le RSA, il a été généralisé sans évaluation sérieuse de l'expérimentation. La loi avait prévu une expérimentation de la taxe poids lourds en Alsace. Elle n'a jamais eu lieu. C'est dommage.
Je me demande d’autre part, c’était ma troisième remarque, pourquoi Jean-Louis Borloo a été convaincu de mettre en place ce système. Les raisonnements sur le paiement des externalités ou sur le fait que les transporteurs étrangers participent ainsi au paiement sont connus. Certes, mais on aurait pu imaginer d'autres systèmes. Une vignette, que sais-je ? Si on a retenu celui-ci, je pense que c'est largement parce qu'il existait à l'étranger, en Slovénie et en Allemagne. On était rassuré parce que la technique existait ailleurs. Et Vinci était l'opérateur du système allemand. Mais en Allemagne, j’en viens à mon quatrième argument, il y a un plus grand nuancement qu'en France, avec une prise en compte des poids lourds à partir d'un tonnage plus important. Et puis, il y a un retour aux transporteurs, pour les encourager à moderniser leur parc. Toutes pratiques qui n'ont été ni proposées ni décidées en France, parce qu'on était dans un enjeu immédiat de financement de l'Afitf.
Au passage, je remarque qu’en donnant raison aux revendications des parlementaires bretons, qui ont obtenu un tarif avantageux pour les régions périphériques, cela a aussi contribué à abîmer la légitimité de la taxe poids lourd dans les mêmes régions. Le gouvernement avait accepté un affaiblissement.VR&T. Comment sortir maintenant de l'ornière ?
H. M. La réponse est quelque part dans les éléments d'analyse que je vous donne. Il faut laisser passer la chaleur. Je suis partisan de dire, à un moment : on se pose, on regarde. Ce n'est tout de même pas stupide, comme dispositif.
On peut – je ne dis là rien d'original – exonérer les premiers kilomètres, ne pas prendre en compte les poids lourds en deçà d'un tonnage déterminé initialement, mais cela rapportera très vite beaucoup moins d'argent. Il y a tout de même beaucoup de trafics de moins de 50 km. Et puis, on peut ne pas faire payer en deçà de 50 km dans la Drôme, mais en Ile-de-France, si on fait cela, on ne fera pas payer grand-chose.
En fait, on pourrait confier cet impôt aux régions, et les laisser décider. Ce serait peut-être une manière intelligente de prendre le sujet, compte tenu des responsabilités des régions en manière de transport… Sauf que les régions n'ont pas de réseau routier. On atteint les limites de notre système de décentralisation. Le déléguer aux départements, cela n'a pas beaucoup de sens en termes de cohérence de la politique de transport. La maille est, raisonnablement, une maille régionale. Il y a une syndication à faire, au sens des régions chef de file des transports, j'anticipe un peu sur l'évolution la décentralisation telle que l’imagine l'actuelle majorité. Dans le système, le ferroviaire revient aux régions, et les routes aux départements, mais globalement ce rôle de chef de file revient aux régions. On pourrait faire en sorte que les départements perçoivent comme prévu cet impôt, mais que la politique de cet impôt soit défini par les régions.
Propos recueillis par François Dumont

Plaine Commune attend la ligne 14 de pied ferme
Pour Plaine Commune, le prolongement de la ligne 14 au nord est une urgence. La communauté d’agglo profite de la nouvelle phase de concertation engagée par la SGP pour faire entendre sa voix. Trois réunions sur douze doivent se tenir dans le territoire de Plaine Commune, dans le cadre de la concertation renforcée en cours, qui a commencé le 18 novembre et s’achève le 18 décembre. Organisée par la SGP, elle a pour garant Henri Watissée. Plaine Commune est largement concernée par cette concertation, qui porte à la fois sur le tronçon Mairie-de-Saint-Ouen – Pleyel de la ligne 14 et sur le tronçon commun aux lignes 16 et 17, de Pleyel au Bourget.
La ligne 14 doit aller « en 2017 à Mairie de Saint-Ouen, puis en 2023 à Pleyel. Les lignes 16/17 arriveront elles aussi en 2023 à Pleyel et la ligne 15 rejoindra en 2025 ce pôle majeur » rappelle Plaine Commune dans un communiqué. De plus, « grâce à l’engagement des élus de Plaine Commune, l’Etat et la Région ont décidé de placer le prolongement du tramway T8 vers le sud jusqu’à la station Rosa-Parks, à Paris, dans le Nouveau Grand Paris, garantissant ainsi son financement. La mise en service du T8 prolongé est annoncée pour 2022. »
Plaine Commune souhaite que la ligne 14 desserve Pleyel dès 2023, sans interruption du chantier. En effet, l’Etat et la Région évoquent « la possibilité que le tunnelier creuse pour ouvrir les stations Clichy-Saint-Ouen et Mairie-de-Saint-Ouen, puis s’arrête à quelques centaines de mètres de la future station Pleyel. » La communauté d’agglomération souhaite que ce tunnel soit réalisé « en une seule fois jusqu’à la grande gare de Pleyel ». Enfin, « Plaine Commune sera attentive à ce que les délais annoncés pour le prolongement de la ligne 14 ne soient pas allongés à mesure que les décisions de prolonger la ligne au sud seraient prises. » Le prolongement de la ligne 14 au nord a pour enjeu premier la désaturation de la ligne 13 du métro qui « aujourd’hui offre de mauvaises conditions de transports aux habitants de notre territoire ».
Tarification : exploitants et élus enfin sur la même ligne
Le modèle économique du transport public se dégrade depuis plusieurs années.?Une solution? Augmenter les tarifs. On prend les mêmes et on recommence ! Fin 2011, aux Rencontres nationales du transport public (RNTP) de Strasbourg, l’UTP parlait d’un modèle économique à bout de souffle. L’union patronale venait de faire réaliser une étude qui avait permis de dégager sept leviers d’action pour rétablir l’équilibre économique du système. Deux ans après, elle a totalement rallié le GART à sa cause.
Il faut dire que les finances des collectivités territoriales sont exsangues. Dans l’intervalle, les deux organisations ont aussi fait un tour de France des réseaux. Résultat : la publication conjointe d’un fascicule détaillant les mêmes sept leviers, assorti de 40 recommandations qui ont servi de fil conducteur aux débats des RNTP de Bordeaux, du 27 au 29 novembre.
Constat : la hausse des dépenses est notamment due à l’extension continue des PTU, donc des dessertes de zones peu urbanisées, conjuguée au tassement des recettes, alors même que la fréquentation a crû de 25 % en dix ans. Principal levier envisagé : l’augmentation des titres de transport, dont le prix en euros constants a baissé en moyenne de 4 % pour le ticket unitaire, et de 7 % pour l’abonnement depuis 1999.
Autorités organisatrices et exploitants s’expriment l’unisson : « La hausse du prix des titres doit suivre l’évolution des coûts. Il faut adapter les prix aux évolutions de l’offre. » Ils recommandent aussi « une homogénéisation des tarifications sociales » et « d’étudier la mise en œuvre d’une tarification solidaire basée sur les revenus du foyer ». Les autres leviers touchent à l’aménagement urbain, aux politiques de stationnement ainsi qu’à l’offre – amplitude horaire, fréquence, régularité… Des thématiques qui font désormais consensus, même si une idée émerge, celle de « la hiérarchisation de l’offre », de « la segmentation des lignes pour apporter la réponse modale adaptée à chaque fois », défendue notamment par le président de Keolis, Jean-Pierre Farandou.?
Et pour enfoncer le clou, les professionnels mettent le holà aux idées reçues : non, une hausse des tarifs ne ferait pas fuir les clients ! Jean-Marc Janaillac, patron de Transdev et président de l’UTP l’affirme : « Ce qui incite à utiliser les transports collectifs, c’est la qualité du service. Pas le prix. »
C. N. et M.-H. P.

Passe Navigo à tarif unique, la fin du rêve
Une promesse politique non tenue, ça ne serait pas nouveau. Une promesse politique non tenue, ça ne serait pas nouveau. Ainsi, sachant que le prochain scrutin régional est en 2015 et que le vice-président chargé des Transports en Ile-de-France, Pierre Serne (EELV) venait d’affirmer que le pass Navigo au tarif unique de 65 euros, ça ne sera finalement (toujours) pas pour 2014, notre confrère du Monde, Olivier Razemon, annonçait sur son blog, le 28 novembre, que la région renonçait au dézonage total. Mais comme il n’est pas question de perdre la face sur un sujet aussi porteur de symbole, l’élu corrigeait le tir dès le lendemain, transformant l’abandon en énième report.
Bref, malgré les 400 millions d’euros nécessaires au financement annuel de la mesure, introuvables, malgré la hausse de 3 points de la TVA, qui plombera de 100 millions d’euros le budget du Stif, et qui sert opportunément de goutte d’eau dans cette affaire, Pierre Serne veut garder son optimisme. « On ne peut pas se le permettre dans la situation actuelle », a-t-il d’abord déclaré. De toute façon, l’AO francilienne est coincée puisque l’harmonisation des taux de VT franciliens, mesure supposée financer le dézonage, doit passer par le Parlement.
Et comme on pouvait le craindre, elle ne sera pas votée au PLF 2014. Devant le buzz créé par cette annonce, Pierre Serne tente d’éteindre le feu via Twitter le 30 novembre : « @Denis_Baupin @S2RVNL @franckraleur je confirme : n’ai jamais parlé d’abandon mais de difficulté financière récurrente à faire. On lâche rien ! » Il rappelle tout de même que le dézonage se fait « par morceau » puisqu’il reste valable le week-end et sera réitéré durant 5 semaines d’été, comme cette année. Son coût étant plus raisonnable – quelques dizaines de millions d’euros – il devrait pouvoir être absorbé par le budget.C. N.

Transfert modal : la fin des ambitions européennes ?
Le transfert modal était une des grandes ambitions de la Commission européenne. Entre le lancement des « gigaliners », ces mastodontes de la route, et le renoncement à l’Ecotaxe européenne, les signaux montrent que ce n’est pas la direction prise. La Commission européenne actuelle terminera son mandat à l’été 2014 avec les élections européennes. Et déjà sonne l’heure des bilans. L’une de ses grandes ambitions pour le transport était le transfert modal : « une partie du transport routier de fret sur plus de 300 km devrait se reporter sur d’autres modes de transport, à hauteur de 30 % d’ici à 2030 et au-delà de 50 % d’ici à 2050 », escomptait-elle en 2011 dans son livre blanc sur les transports. Une gageure puisque le ferroviaire assure actuellement 16 % du fret en Europe.
Trop de « concepts »
La Commission européenne a-t-elle fait ce qu’il fallait pendant son mandat pour y arriver ? Les experts sont partagés. Pour le président du groupe suisse de transports BLS, Bernard Guillelmon, l’affaire est entendue : il y a « beaucoup de concepts mais le taux de mise en œuvre et de succès est très bas », a-t-il remarqué, lors d’une conférence sur le transfert modal à Bruxelles en septembre dernier.
Premier facteur déterminant le manque de compétitivité du rail : la qualité du service. Le transport combiné représente actuellement 10 % du fret mais « nous pourrions offrir beaucoup plus de services si la qualité des sillons était meilleure, remarque Martin Burkhardt, directeur général de l’Union internationale du transport combinée, l’UIRR. Avec 20 % de nos trains en retard de plus de 3 heures et 5 % plus de 24 heures, impossible de faire des offres pour des produits frais », constate-t-il.
Le sous-investissement chronique dans le réseau est pointé partout du doigt. Or, du point de vue financier, « la Commission européenne est cohérente avec les priorités du livre blanc Transports », reconnaît Libor Lochman, directeur exécutif de la Communauté européenne du rail, la CER. De fait, le rail est le premier bénéficiaire des 26 milliards destinés aux Réseaux transeuropéens de transports sur 2014-2020.
Le problème vient des Etats membres, souligne Libor Lochman, et « le pire a lieu dans les nouveaux Etats membres de l’Union Européenne, où 85 % des fonds vont vers la route. Or, nous aurons besoin de ces réseaux pour développer le trafic vers l’Asie ».Pollueurs-payeurs : « pas le bon moment »
Sur le plan financier, la balle n’est donc pas dans le camp de Bruxelles… Quoique : depuis une décennie, le rail plaide pour une tarification de l’infrastructure « équitable » avec la route. Dans leur viseur : une nouvelle génération d’eurovignette. D’abord pour que la route soit davantage taxée en fonction du kilométrage parcouru et des émissions de CO2. Ensuite pour que la route finance le rail.
Alors que l’Eurovignette III doit entrer en vigueur cet automne, des consultations ont déjà été lancées à l’été 2012 sur une future Eurovignette IV. Cette nouvelle mouture devait s’attaquer entre autres au principe du « pollueur-payeur » pour les voitures individuelles.
De quoi faire rugir les incendiaires des bornes écotaxe… mais « avec des budgets publics restreints, nous sommes convaincus que le financement futur de l’infrastructure passe par la taxation des utilisateurs de la route, tout comme les trains paient l’accès aux infrastructures », assurait encore en septembre le commissaire aux Transports, Siim Kallas lors d’un congrès de l’IRU. Même si le sujet est « sensible », « nous devons agir rapidement pour mettre fin à des années de sous-investissement », précisait-il.
Las ! « Nous ne ferons pas de proposition sur ce sujet cette année parce que nous pensons que ce n’est pas le bon moment », indique quelques semaines plus tard Olivier Onidi, directeur Mobilité à la Commission européenne. Autrement dit, l’actuelle Commission n’a pas l’intention de présenter maintenant une nouvelle taxe qui a toutes les chances d’être retoquée par les gouvernements nationaux. A la prochaine Commission de choisir les risques qu’elle voudra prendre.
La Commission européenne ne joue pas non plus les va-t-en-guerre en matière de mobilité urbaine. Dans des propositions qui devraient sortir prochainement, elle va renoncer à rendre les plans de mobilité urbaine obligatoires, reconnaît Olivier Onidi. Des plans que la France applique en général mais pas toujours et qui sont essentiels pour faciliter les connexions intermodales pendant le dernier kilomètre des livraisons. Or l’amélioration de ce dernier kilomètre était aussi une priorité du livre blanc.Mauvais signaux
Aux yeux des opérateurs historiques, la Commission européenne a surtout envoyé un « mauvais signal » avec son quatrième paquet ferroviaire. Selon Libor Lochman de la CER, « la libéralisation n’est pas suffisante pour favoriser le transfert vers le ferroviaire ». La preuve ? La Roumanie a totalement ouvert son marché, séparé l’infra des opérateurs exactement comme le demande la Commission… pour arriver « à des pertes de marché record, parce qu’il n’y a pas eu d’investissements dans le rail similaires à la route », fait-il valoir.
Autre mauvais signal : un encadrement inégal des droits des passagers selon les modes de transports. La Cour de justice a enfoncé le clou récemment en confirmant que les opérateurs ferroviaires doivent dédommager leurs passagers en cas de retards dus à des intempéries, « alors que les compagnies aériennes ou d’autobus n’y sont pas astreintes », s’insurge Libor Lochman.
Tout ceci à un moment où le programme qui finançait des projets d’intermodalité, Marco Polo, est abandonné par manque de « projet sérieux ».
Bref, le transfert modal : « parole, parole » comme chantait Dalida ? Les termes du débat sont surtout mal posés, tranche Paola Lancellotti, secrétaire générale de l’association européenne des chargeurs. « La direction générale Transport de la Commission a probablement fait tout ce qu’elle devait faire », estime-t-elle, « le problème est qu’il n’y a pas de vision d’ensemble sur toute la chaîne logistique ». En clair : la Commission travaille uniquement sur l’offre de transports et non sur la demande. Or, les deux sont liés, fait-elle valoir : par exemple, « en Suède, le wagon isolé continu à fonctionner parce qu’il y a une demande des industries du bois/papier ». L’échec du transfert modal, finalement, serait moins le fait d’un manque de politique européenne des transports que de politique industrielle.Nathalie Steiwer

Des médiateurs dans les bus de Montargis
L’agglomération montargoise et rives du Loing (10 communes et 60 000 habitants), autour de Montargis, dans le Loiret, a recruté afin d’assurer des missions de médiations dans le réseau Amélys, qui transporte près de 2,2 millions de personnes par an. L’agglomération montargoise et rives du Loing (10 communes et 60 000 habitants), autour de Montargis, dans le Loiret, a recruté trois jeunes hommes et une jeune fille en contrat emploi-avenir, afin d’assurer des missions de médiations dans le réseau Amélys, qui transporte près de 2,2 millions de personnes par an.
« Nous avons beaucoup de petites incivilités. Pour garantir le calme, la sécurité et la sérénité, nous comptons sur les médiateurs », a expliqué Pierre-Marie Ditte, le directeur de Keolis Montargis. S’ils ne verbaliseront pas – ce ne sont pas des contrôleurs –, ils veilleront à la tranquillité des voyageurs et à la prévention de la délinquance dans les bus. Leur service, en binôme, fonctionnera du lundi au samedi, de 10h30 à 19h, avec des interventions ponctuelles à certaines heures et sur certaines lignes.
Au printemps, les médiateurs participeront également à des actions de prévention dans les écoles primaires.Y. G.

Quatrième paquet ferroviaire : la bataille du rail sur les bancs du Parlement européen
Les eurodéputés allemands font blocage pour éviter l’adoption de la réforme européenne de la gouvernance du rail.
« Un complot allemand » pour enterrer la réforme européenne du rail ? C’est en tout cas ce que pense l’eurodéputé UMP, Dominique Riquet, après le report d’un vote sur le « Quatrième paquet ferroviaire » en commission transport du Parlement européen le 26 novembre dernier.
En théorie, les eurodéputés reculent pour mieux sauter : ils devraient se prononcer mi-décembre sur 4 000 amendements et voter en plénière en février. La fenêtre de tir avant les élections européennes en mai est étroite.
Or, dans cette course contre la montre, les Allemands empêchent volontairement l’adoption de compromis pour empêcher un vote sur le volet politique du « Paquet rail », estime Dominique Riquet. Leur objectif serait l’adoption du volet technique de la réforme qui n’est pas conflictuel, et le report sine die des deux questions controversées : l’ouverture à la concurrence du trafic régional passager et la scission entre les activités de transport et de réseaux.
Des ébauches de compromis sur ces deux volets de la réforme sont sur la table : pour libéraliser le trafic passager quelque part en 2019 comme le souhaite la Commission européenne et 2029 comme le propose le rapporteur. Ou encore pour permettre l’attribution directe de marché sous la surveillance d’un régulateur « fort » comme le suggèrent les libéraux.
La séparation entre les gestionnaires d’infrastructures et les opérateurs ne serait plus aussi tranchée, ce qui rendrait la création du groupe SNCF « eurocompatible ». Les tractations actuelles portent surtout sur le contrôle des flux financiers entre filiales, un point sur lequel la Deutsche Bahn est clairement visée.
Le problème est qu’il n’y a pas de majorité claire parmi les eurodéputés. Les rapporteurs ne sont pas suivis par leur groupe : les Allemands de tout bord sont contre, les Espagnols et Italiens pour. Les Français sont divisés. Les UMP sont globalement pour le « paquet ». Les socialistes temporisent en attendant la loi française du rail. Bref, la bataille se joue député par député. Ce qui redonne du temps aux opérateurs historiques pour faire avancer leurs positions.
Nathalie Steiwer

L’Hérault lance un état des lieux de la mobilité
L’Hérault et les communautés d’agglomération de Montpellier, du Bassin de Thau, de Béziers Méditerranée, du Pays de l’Or et Hérault Méditerranée ont décidé de réaliser collectivement une enquête globale des déplacements à l’échelle du département. Une opération inédite. Parce que connaître la mobilité d’aujourd’hui est indispensable pour organiser les transports de demain, le département de l’Hérault en partenariat avec les communautés d’agglomération de Montpellier, du Bassin de Thau, de Béziers Méditerranée, du Pays de l’Or et Hérault Méditerranée se lance dans une opération inédite : celle de la réalisation d’une enquête globale des déplacements, qui sera menée d’octobre 2013 à avril 2014. « L’enquête globale des déplacements en Hérault va représenter une mine d’informations capitale pour notre réflexion concernant la mobilité à travers le territoire. Nous souhaitons œuvrer ensemble pour améliorer les déplacements des Héraultais, les rendre plus accessibles, plus faciles et plus agréables. C’est de manière collective que nous avons décidé pour la première fois, de lancer cette étude à l’échelle du département », a déclaré André Vezinhet, président du conseil général de l’Hérault.
Avec un peu plus d’un million d’habitants recensés en 2010, l’Hérault est le 21e département le plus peuplé du pays et sa population ne cesse de croître, elle devrait atteindre 1,4 million en 2030. Des enjeux en matière de mobilité et de transport ont par conséquent émergé au fil des années : « saturation des axes structurants, hégémonie de la voiture, accessibilité difficile à certains territoires, allongements des distances et des temps de parcours, augmentation de la pollution atmosphérique et accroissement des inégalités face à la mobilité sont autant de problématiques qui placent la mobilité au cœur des préoccupations des principaux acteurs publics du territoire », explicite la collectivité dans son communiqué.
La démarche de l’enquête-ménage déplacements (EMD), qui coûtera plus de deux millions d’euros aux collectivités, s’inscrit également dans une dynamique d’aménagement durable du territoire. Pilotée par le bureau d’études Test SA, elle concerne 11 000 foyers – choisis de manière aléatoire et répartis sur tout le territoire départemental – qui sont interrogés sur leurs déplacements de la veille. La mise en œuvre de l’étude se compose de deux volets : l’un pour l’aire métropolitaine montpelliéraine, réalisé majoritairement en entretiens en face-à-face, l’autre pour le Bittérois et le Nord-Ouest, mené par entretiens téléphoniques. Dès mai 2014, les réponses collectées seront analysées afin de déterminer les grandes tendances de mobilité sur le territoire. Cette démarche collective doit permettre d’élaborer une réponse coordonnée aux enjeux de transport, d’accessibilité et d’environnement et des politiques publiques harmonisées.
Cécile NANGERONI
Chiffres clés
– 180 millions d’euros consacrés en 2011 à l’aménagement du territoire par le département
– 81.5 millions d’euros investis dans les routes en 2012
– 186 km d’autoroute et près de 5 000 km de routes départementales
– 520 km d’aménagements cyclables
– 12,5 millions de voyageurs sur les lignes Hérault Transport en 2011
– 68,1 millions de voyages sur le réseau urbain Tam de la communauté d’agglomération de Montpellier en 2012
– 2, 2 millions de voyageurs sur les lignes de bus de l’agglomération du Bassin de Thau
– 6, 5 millions de voyages effectués dans les bus de l’agglomération Béziers Méditerranée en 2012
– 322 951 voyageurs ont emprunté les lignes de bus de l’agglomération Héraul Méditerranée (navettes plage estivales incluses) et 4 035 voyageurs sur les lignes de transport à la demande
Innovation : le Grand Angoulême remplace la documentation papier par des tablettes
La Société de transport du Grand Angoulême (STGA) a un point commun avec Fedex : elle fournit des iPad à ses salariés ! La Société de transport du Grand Angoulême (STGA) a un point commun avec Fedex : elle fournit des iPad à ses salariés ! Certes pas dans les mêmes proportions que l’entreprise de messagerie internationale (qui en fournit 4 300, essentiellement à ses pilotes) mais ce sont quand même 225 iPad que la STGA met à la disposition de tous ses salariés du conducteur aux mécaniciens, en passant par les « administratifs ». Néanmoins, dans les deux entreprises, l’objectif est le même : diminuer le volume de papier que représente la documentation professionnelle.
Ainsi la régie des transports angoumoisins compte réduire de 700 kg sa « dépense » de papier par an. Outre l’économie de papier et de son impression, il y a d’autres avantages, parfois difficilement quantifiable, comme par exemple les tâches administratives liées à la distribution des feuilles de service dans chaque case de chaque conducteur.
Mais surtout, les tablettes numériques permettent une mise à jour quasi instantanée des données. On peut ainsi fournir à tous les conducteurs en service sur une ligne, un itinéraire d’évitement, en cas d’accidents ou d’événements pouvant perturber le trafic. Pour l’instant, seules trois applications professionnelles ont été installées dans les iPad de la STGA. Une pour les déviations, une pour le calendrier (jours et heures de services pour chaque salarié) et une troisième principalement destinée aux agents de maintenance, pour connaître la disponibilité du parc en temps réel. Mais le potentiel d’applications est bien plus important. Le groupe de travail, qui a porté le projet des tablettes en a listé plus d’une trentaine, dont douze notées comme prioritaires. A terme, on pourrait aller vers une dématérialisation de la fiche de paie, par exemple, même si, ce n’est pas la priorité, étant donné l’attachement à la version papier. Mais rien ne presse. L’heure est l’appropriation de ces tablettes. Ce qui semble bien parti.
Pourtant, ce n’était pas évident. Avec une moyenne d’âge de 45 ans, les salariés de STGA sont, pour la plupart peu familiers des outils informatiques au moins professionnellement. Certes les tablettes sont plus accessibles que les ordinateurs mais sont encore peu répandues. « Nous avons mis à disposition six ou sept modèles de différentes marques afin que le groupe de testeurs donne sa préférence. » Et ce sont les tablettes d’Apple qui sont sorties gagnantes. STGA a retenu le modèle de 7 pouces, l’iPad Mini, pour les conducteurs et le 10 pouces, l’iPad classique, pour les agents de maintenance à l’atelier, qui ont besoin de lire des schémas de montage. Ceux-ci sont issus d’une base de données interne constituée de toutes pièces avec des documents récoltés auprès de constructeurs, mais aussi, pour les bus les plus anciens, de documents papiers scannés par des agents de maintenance aidés, cet été, de précieux stagiaires.
Yann Goubin
Un iPad personnel
Pour favoriser leur appropriation par les salariés, les tablettes numériques ont été distribuées dès le mois de juin 2013, avant l’installation officielle des trois applications professionnelles, lancées le 22 octobre. Le caractère personnel et nominatif de la tablette, – chaque salarié a la sienne – ajoute aussi à cette appropriation. Chacun peut d’ailleurs télécharger les applications personnelles qu’il souhaite, grâce à un compte iTunes personnel ouvert par la STGA. Seul l’achat reste à la charge de l’employé. Et en cas de plantage informatique, l’entreprise ne garantit pas de récupérer les applications, films ou musique téléchargés à titre personnel.
