Votre panier est actuellement vide !
Catégorie : Politique des transports
Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports
STIF-SNCF : l’accord serait trouvé
Sur son compte « twitter » ce mercredi 4 avril en début d’après-midi, Pierre Serne, vice-président en charges des transports et des mobilités au Conseil régional d'Ile de France, a noté : « Cette fois je crois qu'on peut annoncer officiellement » un accord sur le contrat STIF-SNCF. Avec cette précision : « Reste quand même à le voter dans nos Conseils d’administration respectifs… » Un nouveau rebondissement puisque le 30 mars, la SNCF avait annoncé qu’elle retirait de l’ordre du jour de son Conseil d’administration du 11 avril l’approbation du contrat avec le STIF. De sources concordantes, les discussions finales auraient alors achoppé sur les questions de prise en compte des péages de RFF et de leurs hausses à venir. L’enjeu est majeur : c’est l’exploitation des transports ferroviaires en Ile-de-France sur la période 2012-2015 et 1,7 milliards d’euros par an, soit 200 millions de plus que lors du contrat précédent. Le STIF investirait, en parallèle, 2,5 milliards d'euros et la SNCF environ 1,5 milliard d'euros.

Lettre ouverte à Dominique Bussereau, ancien secrétaire d’Etat aux Transports
Par Thierry Bonté, vice-président d’Amiens Métropole, chargé des transports et des déplacements Monsieur le Président,
Dans un entretien accordé au dernier numéro de la revue Ville, Rail & Transports, vous déclarez à propos du projet de SNIT (schéma national des infrastructures de transports) : « Le seul projet que je considère comme devant être revu, c’est le doublement par Amiens de la ligne conduisant au tunnel sous la Manche. Il faut profiter de la ligne nouvelle normande vers Caen, Rouen et Le Havre, qui pourra être ensuite prolongée jusqu’au tunnel, ce qui fait que cette ligne ne sera pas en cul-de-sac. »
Je dois vous dire ma stupéfaction. Vous connaissez parfaitement le contexte picard et amiénois. Vous savez donc pertinemment qu’Amiens, capitale régionale, est l’une des seules de France à ne pas être desservie par le TGV. La seule gare TGV sise en Picardie est celle de Chaulnes, qui n’assure que des trajets longue distance essentiellement à destination ou en provenance de Lille. La Picardie a été délaissée et oubliée dans l’aménagement ferroviaire du territoire. C’est un fait difficilement contestable. La perspective d’une liaison au réseau TGV via la construction du barreau Picardie – Roissy, dont la mise en service est prévue en 2020, ne viendra que réparer partiellement cette injustice. Lors des séances de la commission du débat public qui se sont déroulées jusqu’au début du mois de janvier, Amiens Métropole et le Pays du Grand Amiénois ont soutenu le projet de la ligne nouvelle Paris – Normandie. Nous avons publié un cahier d’acteurs pour expliquer notre position.
Il convient tout d’abord de considérer avec lucidité et responsabilité la perspective d’une nouvelle ligne à grande vitesse sur l’axe nord. Cet aménagement n’interviendra que lorsque la ligne TGV Nord actuelle sera saturée, c’est-à-dire dans un délai que l’on s’accorde à imaginer vers 2030 ou 2040.
La pertinence d’un aménagement de ce type doit ensuite se concevoir dans une approche globale de l’offre à grande vitesse sur tout le secteur nord-ouest français et européen. La réalisation probable de la nouvelle ligne Paris – Normandie va évidemment offrir un débouché maritime au Grand Paris et assurer le désenclavement nécessaire d’une partie de la région normande, en particulier de l’agglomération rouennaise.
Vous suggérez qu’à partir de Rouen une ligne doublant la ligne TGV Nord actuelle parte directement vers Calais pour joindre Londres. Vous évitez donc Paris, La Défense et l’aéroport Charles-de-Gaulle… Autrement dit, tous les pôles d’activité les plus importants de la capitale et singulièrement le secteur économique et financier européen le plus important, avec la City de Londres, je veux parler de La Défense, tout le contraire d’un « cul-de-sac » ! Nous pensons que la question à poser est donc plutôt de savoir qu’elle sera la destination du TGV en provenance du Havre une fois parvenu à la porte ouest de Paris ?
Certainement pas vers la gare du Nord, aujourd’hui complètement saturée. La gare Saint-Lazare suit la même évolution.
En revanche, La Défense offre toutes les opportunités d’un projet de grande gare bis à l’entrée de Paris, permettant de connecter les TGV normands avec le reste du réseau parisien RER et métro, et assurant une liaison directe à grande vitesse avec la City de Londres, en passant par Amiens. Ainsi, la nouvelle ligne TGV Normande et une nouvelle ligne Nord seraient interconnectées, complétant le réseau à grande vitesse dans l’intérêt de la Grande-Bretagne (qui lance les études pour la réalisation de sa deuxième High Speed reliant le nord du Royaume-Uni à Londres) et de la France.
Cette hypothèse, qui n’exclut pas un embranchement avec l’aéroport Charles-de-Gaulle, nous semble beaucoup plus cohérente en matière de politique de transports et d’aménagement du territoire que votre idée première évitant Paris et ne desservant que des agglomérations peu denses.
Amiens, capitale régionale, ne passera pas une nouvelle fois à côté de son histoire. Après avoir vu le TGV défiler à 40 km à l’est, il serait impensable de persévérer dans l’erreur. Les élus locaux sauront se rassembler pour faire entendre leur voix, sans ostracisme politique, afin de porter l’intérêt des populations locales qui ne comprendraient pas que notre territoire soit à nouveau exclu des schémas d’avenir.
A force de ménager la chèvre et le chou… par Pierre-Louis Rochet, ancien PDG de Systra et de SNCF International
Le plaidoyer de Thierry Mignauw publié récemment dans nos colonnes en faveur d’un chemin de fer intégré a trouvé un lecteur attentif en la personne de Pierre-Louis Rochet. Un homme de l’art attentif, et critique. Car l’ancien président de Systra et de SNCF International juge inéluctable l’évolution européenne vers la séparation du gestionnaire d’infrastructure et de l’opérateur historique, selon le modèle mis en pratique aujourd’hui par les Suédois ou les Espagnols. L’ancien dirigeant y voit un gage d’efficacité, permettant notamment au réseau hexagonal de redevenir pleinement une vitrine du savoir-faire ferroviaire français à l’international. J’ai lu avec grand intérêt au sujet de la réforme ferroviaire le long plaidoyer de Thierry Mignauw dans le numéro du 21 février, remarquablement complet et étayé. Ayant eu une expérience internationale étendue et professionnellement variée, je me permets de faire un certain nombre de remarques sur le texte de mon ancien collègue.
Tout d’abord, je suis aussi enclin que lui à regretter cette évolution européenne qui a détruit cette approche homogène nécessaire pour le fonctionnement du chemin de fer, système de transport à un seul degré de liberté, et je comprends parfaitement qu’il souhaite cette solution avec regroupement sous holding ! Ayant été autrefois chef d’établissement Infrastructure, puis Exploitation/commercial, je suis également sensible à l’aspect cohérence et système global, mais je pense que malheureusement l’évolution est inéluctable maintenant, et qu’en voulant en France « ménager la chèvre et le chou », nous nous sommes mis avec notre curieux montage GI/GID dans une situation ne pouvant pas permettre d’aboutir à des bons résultats.
Tout le monde en convient, et je renforcerai seulement les points d’inquiétude mentionnés par Thierry Mignauw sur la situation actuelle, en rajoutant qu’il est clair, vu du côté des industriels de la voie, que beaucoup de progrès dans l’infrastructure n’ont pas été mis en œuvre en France ces dernières années en raison des querelles d’experts GI et GID face aux innovations proposées par les industriels, dont certaines n’ont donc pu à ce jour bénéficier au réseau. Le résultat est aussi que le réseau français n’est plus suffisamment une vitrine pour aider, comme auparavant, les industriels français à l’export, car ces derniers doivent aller d’abord vendre leurs produits innovants ailleurs, dans des pays où le GI unique a une capacité de décision rapide.
En ce qui concerne le chapitre II au sujet des solutions autres qu’intégrées : bien entendu, toute solution intermédiaire est à proscrire, surtout si, comme j’ai cru comprendre, même avec le GI sous holding SNCF, un « new RFF » subsistant garderait un minimum de fonctions et peut-être même gérerait les demandes, ou au moins les recevrait, ainsi que les attributions de sillons ! Mais je pense de mon côté que la solution d’unification, « à la suédoise ou à l’espagnole », poussée jusqu’au bout, ne peut être maintenant que la voie efficace pour sortir de la situation actuelle très « péjorante » pour l’ensemble du système avec son gaspillage d’énergies, d’intelligences et de surcoûts.
Et je ne partage pas certaines des objections soulevées : en particulier, je crois que le nouvel établissement serait bien entendu placé sous la pression du client, et non pas isolé, car c’est lui qui gérerait les demandes de sillons, c’est lui qui serait en contact avec les régions pour l’organisation des transports régionaux et l’attribution de leurs sillons, c’est lui qui aurait à gérer les gares pour le compte des différents opérateurs.
Mais je suis bien d’accord avec Thierry Mignauw sur le fait que la concurrence intramodale comme, et également, celle avec les autres modes de transport doivent être bien régulées pour pouvoir s’exercer au mieux des intérêts de la collectivité ! Or ce n’est pas le cas aujourd’hui sur certains points aussi bien fiscaux que de support des coûts externes.
Je regrette aussi qu’il dise que la concurrence dans le fret n’a pas permis de relancer la dynamique ! Je crois au contraire que sans elle la part ferroviaire du fret serait encore plus faible aujourd’hui, et que l’ouverture est même sans doute arrivée trop tard. A ma connaissance, en 2011, quasiment la moitié du nouveau trafic fret des opérateurs privés a été reprise au mode routier.
Ne pouvant être schizophrène car ayant été chargé à une certaine époque de chercher à emmener la SNCF à l’international dans des exploitations privées, sur la base d’une excellente idée initiale du président Loïc Le Floch-Prigent, je ne peux qu’être favorable à la concurrence privée, et je suis persuadé que cela apporte des évolutions positives, mais bien entendu pas dans n’importe quelles conditions et sans régulation forte et claire, et effectivement Thierry Mignauw a raison dans sa liste des sujets qui seraient conditions de réussite.
En tout cas, je ne pense pas que la SNCF et les cheminots, de l’Infra ou non, seraient perdants dans l’hypothèse de la séparation totale, si le cadre est bien clair, car il y aura moins de frustrations, moins de pertes de temps pour tous, y compris industriels, les rôles seront bien plus évidents qu’aujourd’hui, que cela soit pour l’Etat, une Araf forte, l’EPSF, le GI et les opérateurs dont la SNCF, les ingénieries et les industriels également, et cela devrait se faire dans une perspective dynamique du monde ferroviaire, où chacun pourra trouver de nouveau sa motivation dans le développement global de l’activité.
En ce qui concerne les grands projets à l’international, nous avons gagné au début des années 90 en Corée du Sud la fourniture d’un système TGV, grâce à une SNCF forte, intégrée, et une approche bien coordonnée, mais récemment la partie espagnole a montré en Arabie saoudite qu’elle pouvait gagner la fourniture d’un tel système, avec en plus exploitation et maintenance sur douze ans, tout en étant clairement séparée en Espagne entre GI et opérateur historique, ce qui prouve bien que ce montage n’interdit pas d’être intelligent et de savoir travailler ensemble pour un succès à l’export !
Enfin, à propos du « rêve » sur DB/SNCF, oui, nous avons rêvé à une époque d’une Europe où l’ensemble DB/SNCF aurait pu dominer, celle-ci gérant le trafic voyageurs, celle-là le trafic fret, et à peu près au même moment, je crois, un autre rêve existait : Siemens/Alstom avec basiquement tous les trains à grande vitesse fabriqués en France et les locomotives en Allemagne ! Nous sommes réveillés maintenant, la réalité est là, surtout financière, ne laissons pas couler ce bel outil qu’est le système ferroviaire, et espérons que notre montage en France évoluera vite dans des conditions surtout claires !Résultats : Keolis récolte les fruits d’une stratégie offensive ciblée
En 2011, Keolis a su tirer parti de l’augmentation globale des résultats de fréquentation des transports publics. La filiale de la SNCF (à 56,5 %) a vu son résultat net progresser de 6,9 %, à 37,1 millions d’euros, et son chiffre d’affaires augmenter de 8 %, à 4,4 milliards d’euros. En dix ans, le groupe a triplé son volume d’affaires et ses effectifs ont passé pour la première fois la barre des 50 000 salariés (50 150 collaborateurs dont 33 400 conducteurs). L’année 2011 a été marquée par la conquête de plusieurs contrats de transports en France « en offensif » (pour l’urbain, Orléans, Aix-en-Provence, Metz, Epinal ; pour l’interurbain, les transports scolaires de la Vienne, le TAD de Rouen et la DSP d’Ille-et-Vilaine). Evidemment, le contexte de réorganisation du principal concurrent, Veolia-Transdev, a joué en faveur de Keolis, alors que la montée en puissance de RATP Dev se fait progressivement et que les autres opérateurs présents en France n’ont pas des ambitions d’acteur global. Le président du directoire de Keolis, Michel Bleitrach, a cependant pointé la faiblesse des marges réalisées dans le secteur urbain en France et rappelé la dégradation du R/D, « qui a baissé de 20 points en vingt ans ».
A l’international – ou Keolis s’est félicité en 2011 de la prise du réseau Gold Coast en Australie, du tramway de Nottingham en Grande-Bretagne et de l’acquisition de Tectrans (1 525 véhicules, 1 400 salariés) aux Etats-Unis –, la rentabilité de Keolis semble bien meilleure. Pour seulement 48 % du chiffre d’affaires, l’international apporte 58 % du résultat. La Grande-Bretagne à elle seule en apporte 27 %, avec de très bons résultats enregistrés sur les franchises Transpenine et Southeastern. « On a des marges élevées sur certains contrats anglais, ils sont la contrepartie de risques importants sur les trafics que nous avons accepté de prendre », souligne Michel Bleitrach.
En ces temps de crise, Keolis se félicite d’avoir fait le choix d’une présence internationale ciblée sur une douzaine de pays pour « ne pas se disperser ». Keolis s’est positionné en priorité en Europe du Nord (Allemagne, Suède, Hollande et Grande-Bretagne), « une zone dont l’excèdent commercial est comparable à celui de la Chine », indique Michel Bleitrach. Les perspectives y sont excellentes, notamment en Grande-Bretagne, où 60 % des franchises (4 milliards de CA annuel) seront remises en jeu d’ici à 2014, en particulier la West Coast Main Line pour laquelle Keolis et la SNCF déposeront leur offre finale d’ici au 1er mai.
Le groupe, qui cherche à équilibrer d’ici à 2014 le poids de l’activité France et à l’international, indique également regarder attentivement ce qui se passe dans les pays du Sud de l’Europe, où plusieurs privatisations de régies sont à l’étude.
Guillaume LEBORGNE
Grand Paris : sixième accord-cadre pour un CDT
Le 15 mars, a été signé à la mairie d’Aulnay-sous-Bois le sixième accord-cadre pour un contrat de développement territorial. Le CDT Est-Seine-Saint-Denis porte sur le thème du renouveau urbain et du projet culturel de « Villa Médicis » à Clichy-Montfermeil.
Bruxelles : la Stib passera à l’énergie verte le 1er janvier 2013
La Société des transports intercommunaux de Bruxelles (Stib) s’engage à alimenter ses dépôts et son siège social, ainsi qu’à faire rouler la totalité de sa flotte de trams et de métros à « l’électricité verte » à partir de 2013. L’entreprise de transports publics a signé un contrat avec la compagnie Electrabel GDF Suez pour deux ans. D’après la Stib, la négociation de ce nouveau contrat va lui permettre de réaliser une économie substantielle sur le coût unitaire de l’énergie de l’ordre de 11 à 16 % par rapport aux prix de 2011/2012.

La grande vitesse en Espagne remise à des jours meilleurs
Nouveau plan gouvernemental, le Pitvi maintient le principe des grands projets, mais reporte à 2024 la réalisation d’un réseau dense à grande vitesse, sans se donner de calendrier précis. Elle est finie, l’époque des chantiers pharaoniques : avec ces mots, Ana Pastor a voulu tourner une page de la grande vitesse espagnole (lignes AVE). Devant les députés, la nouvelle ministre des Transports a, le 9 février, fait les comptes et repoussé à 2024 la réalisation de nombreux projets. Avec 40 milliards d’euros de dettes pour son ministère, l’élue du Parti populaire (conservateurs) ne pouvait qu’évoquer le (lourd) « héritage de son prédécesseur socialiste ». Ce chiffre inclut 20,7 milliards pour le ferroviaire, dont 14,6 pour Adif (le RFF espagnol), 5,2 milliards pour l’opérateur Renfe et 530 millions pour les voies étroites Feve. Et il faudrait 28,1 milliards simplement pour mener à terme les chantiers amorcés. Cependant, Renfe, qui perd quelque 120 millions par an (même avec la subvention d’Etat de 660 millions pour le service public), a réussi en 2011 à renverser la vapeur : pour la première fois depuis 2008, la tendance est à la hausse du trafic avec 468 millions de voyageurs transportés (+ 3 %) et 17,3 millions de tonnes de fret (+ 7,8 %).
Les parlementaires attendaient Ana Pastor sur les grosses opérations ferroviaires en cours : elle s’est montrée rigoureuse, mais toujours ambitieuse pour le rail. Et d’esquisser un « Plan des infrastructures, des transports et du logement » (Pitvi) sur la période 2012-2024, financé par le budget d’Etat, les fonds européens et la participation du secteur privé via des partenariats public-privé (PPP). Si 20 milliards vont à la route, la voie ferrée obtient la plus grosse part avec trois objectifs : achever le réseau à grande vitesse (25 milliards), améliorer les lignes conventionnelles et la qualité des services de banlieue (1,5 milliard par an).
Suit une longue liste que ne désavouerait pas José Blanco, l’élu socialiste de Galice qui précéda Ana Pastor aux commandes. Ainsi figurent des lignes à terminer : Madrid – Galice pour 8,5 milliards, Madrid – Asturies (1,7 milliard), Valladolid – frontière française avec le Y basque (4,3 milliards), le corridor Méditerranée depuis Alméria pour 6,5 milliards, y compris Barcelone – Figuerès, la liaison avec le Portugal (2,6 milliards), etc. D’autres chantiers sont confirmés, qui n’en sont parfois qu’au stade des études, comme Palencia – Santander.
Mais, dans tous les cas, la première mouture du Pitvi évite le moindre calendrier précis. Le chiffrage et les échéances devraient être à l’ordre du jour d’un conseil des ministres en juillet prochain : « Basé sur l’examen rigoureux des nécessités de la société espagnole, il fixera (alors) les priorités et un programme à l’horizon 2024. » Malgré un grave contexte économique et un changement de majorité politique, l’Espagne ne remet pas en cause son modèle économique de grande vitesse ferroviaire. Simplement, elle étale dans le temps des projets qui restent pour l’essentiel les mêmes. Rappelons que le plan du gouvernement Zapatero voulait 10 000 km de lignes à grande vitesse ou « à prestations élevées » pour 2020.
A l’inverse, des consultants ou des universitaires pointent ce qui leur paraît être des investissements injustifiés ou des opérations peu rentables. A côté de travaux menés par des laboratoires catalans d’économie des transports, la fondation Sustrai Erakuntza, issue de l’Université du Pays basque (UPV-EHU) a rendu publique son analyse cet automne, lors du lancement du chantier de la grande vitesse en Navarre.
L’étude compare le trafic par ligne et les ratios retenus par la Commission européenne. Sauf cas exceptionnel, « une demande de 9 millions de voyageurs est probablement le minimum nécessaire pour justifier une nouvelle ligne AVE » en tenant compte du temps gagné et des coûts de construction. Ce dernier point fait qu’en Espagne « ce seuil de rentabilité peut être abaissé entre 6 et 8 millions de passagers par an ». Or les lignes AVE sont loin de cette demande minimale recommandée : « Barcelone – Madrid transporte 5,7 millions de personnes en année pleine. Madrid – Séville a une moyenne de 2,79 millions par an. » Et Alejo Etchart, Roberto Bermejo et David Hoyos de conclure : « Aucune ligne à grande vitesse en Espagne n’est économiquement rentable. » Après la construction, chacune requiert en permanence des subventions publiques, vu l’offre de trains mise en place et les coûts de maintenance.
Michel GARICOÏX

Entretien avec Libor Lochman, directeur exécutif de la CER : « Investir massivement dans les réseaux »
Le tchèque Libor Lochman a pris le 1er janvier ses fonctions de directeur exécutif de la CER, le lobby des entreprises ferroviaires et d’une partie des gestionnaires d’infrastructure auprès des institutions européennes. Ville, Rail & Transports : Quelles seront les priorités de votre mandat ?
Libor Lochman : En premier lieu, avoir à terme un éventail législatif unique assurant que les règles du jeu sont les mêmes pour tous les modes de transports, en termes d’investissement, de redevance d’accès aux infrastructures ou de droit des voyageurs. Le deuxième point central, c’est l’investissement dans un vrai réseau européen transfrontalier. Or, pour le moment, les gouvernements ne veulent pas être contraints par l’Europe à investir sur certains secteurs ou sur certaines infrastructures précises.Ville, Rail & Transports : Qu’attendez-vous de la révision en cours de la législation ferroviaire ?
L. L. : Un premier tour de négociations informelles entre le Parlement européen et le Conseil devrait être bouclé en mars. Quatre grands thèmes sont en discussion : l’accès aux services, les redevances d’infrastructure, l’architecture financière et les organes de contrôle. En matière de services, nous souhaitons un modèle flexible et équitable pour tous. Ceci peut être atteint par des moyens moins extrêmes que ce qu’a proposé la Commission européenne, avec une séparation fonctionnelle totale des activités de services (billetterie, entretien…). Selon nous, cette séparation menacerait le modèle économique de tout le système, en créant des entités trop petites pour être viables économiquement. Sur la question de redevance d’accès à l’infrastructure, l’un des points concerne les modulations couvrant des facteurs extérieurs comme le bruit. Nous pourrions accepter une telle différenciation, mais à condition que le même principe soit appliqué au secteur routier. Financièrement, nous souhaiterions que les Etats membres soient tenus de conclure un contrat pluriannuel avec les gestionnaires d’infrastructure, afin de leur garantir le niveau de revenu nécessaire pour assurer la maintenance de l’infrastructure.Ville, Rail & Transports : Avez-vous des « alliés » parmi les gouvernements ?
L. L. : Nous avons un ami qui ne fait pas partie de l’UE… c’est la Suisse. Nous avons également des alliés chez les Scandinaves, parce qu’ils sont convaincus que sans investissement dans l’infrastructure, il n’y aura pas d’avenir pour le transport de marchandises. C’est au centre de l’Europe que l’investissement manque et pas seulement en France et en Allemagne.Ville, Rail & Transports : Pourquoi l’interopérabilité du matériel ne progresse-t-elle pas ?
L. L. : C’est une question financière bien sûr… Nous avons un tableau assez complet des éléments à normaliser. Le problème est qu’on ne peut pas atteindre une interopérabilité « dans la vraie vie » si l’on n’investit pas radicalement dans la mise à jour, le « retrofiting », des lignes existantes, pour que le matériel utilisant les spécifications européennes puisse circuler.Ville, Rail & Transports : Le « quatrième paquet ferroviaire », attendu pour fin 2012, vous inquiète ?
L. L. : Parmi les différents éléments du paquet, la Commission préconise une séparation structurelle radicale entre gestionnaires d’infrastructure et opérateurs. Nous souhaitons là aussi plus de flexibilité et de subsidiarité. Deuxième point : nous sommes favorables à l’ouverture à la concurrence du trafic régional de voyageurs, mais pas sans prendre en compte certaines réalités économiques du marché. Il faut des règles du jeu équitables et donc une stabilisation financière des compagnies ferroviaires avant de les exposer à la concurrence. Nous souhaitons que les Etats membres puissent déterminer eux-mêmes dans quelles conditions et selon quelles modalités le marché est ouvert.Ville, Rail & Transports : Dans une telle perspective, si la France ne veut pas ouvrir son marché, ça ne se fera pas ?
L. L. : Elle pourrait être contrainte d’ouvrir, mais à certaines conditions et sous le contrôle du régulateur ferroviaire. Un cabinet d’experts mandaté par la Commission doit présenter en mai ou juin une étude sur l’impact des différentes options législatives pour l’ouverture du trafic ferroviaire de voyageurs… Nous attendons les résultats.
Propos recueillis par Nathalie Steiwer
Le Sernam dans l’attente du verdict de Bruxelles
Le sort du Sernam, en redressement judiciaire depuis janvier, est désormais suspendu à une décision de la Commission européenne, attendue autour du 10 mars. Celle-ci doit déterminer si des aides d’Etat auraient été indûment versées au transporteur quand celui-ci était dans le giron de la SNCF. La Commission indiquera également, en cas de demande de remboursement, qui devra supporter la facture. Cette épée de Damoclès (le remboursement pourrait tourner autour de plusieurs centaines de millions d’euros) a stoppé les projets de reprise. A commencer par celui du groupe Geodis, qui proposait selon des sources syndicales de reprendre 1 000 salariés sur un total de quelque 1 700. De son côté, l’administrateur judiciaire a octroyé le 27 février un délai supplémentaire de dix jours, jusqu’au 9 mars à 17h, pour déposer les offres de reprise.

Des samedis gratuits pour inciter à prendre le bus à Fécamp
La ville de Fécamp (19 300 habitants) veut faire aimer les transports en commun à ses administrés. Avec l’idée en cascade de faire baisser l’usage de la voiture. La municipalité a décidé de prolonger jusqu’à la mi-mars la gratuité des bus du réseau Ficibus, en accord avec le délégataire Keolis. La ville de Fécamp (19 300 habitants) veut faire aimer les transports en commun à ses administrés. Avec l’idée en cascade de faire baisser l’usage de la voiture. La municipalité a décidé de prolonger jusqu’à la mi-mars la gratuité des bus du réseau Ficibus, en accord avec le délégataire Keolis. L’idée de la gratuité certains jours a été lancée dans le cadre de l’Agenda 21, qui vise à engager des mesures de protection de l’environnement. Cela s’est traduit, en 2010, par une baisse de 50 % du prix du titre unique de transport, qui est passé de 1 à 0,50 euro. Nouvelle étape, le 1er octobre 2011, lorsque la municipalité a décidé de rendre gratuits les bus pendant trois mois, jusqu’au 31 décembre, mais le samedi seulement. Il s’agissait de promouvoir les commerces du centre-ville.
Résultats : une hausse de 28 % de la fréquentation rien que sur la ligne 1, celle qui transporte déjà le plus de voyageurs. Face à ce succès, l’opération a été prolongée jusqu’en mars. Si les chiffres définitifs ne sont pas encore connus, la tendance est sur la même courbe. En mars, la ville et Keolis feront un bilan et décideront soit d’arrêter l’opération si son intérêt n’était pas prouvé, soit de la pérenniser, soit de la prolonger jusqu’à l’été pour se laisser encore le temps de la réflexion. Dans quelques mois, la ville commencera à préparer le cahier des charges pour le renouvellement de la DSP. Le contrat de Keolis se termine à la fin de l’année 2013.Y. G.