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Catégorie : Politique des transports
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LGV SEA : cacophonie autour du financement
Le projet de ligne à grande vitesse au sud de Bordeaux vient de vivre une semaine particulièrement tumultueuse. Le 13 février, le président socialiste du conseil général du Lot-et-Garonne, Pierre Camani, annonce que son département, qui a pris part au financement de Tours – Bordeaux, ne participera pas à celui de la ligne après Bordeaux. En cause, la nécessité pour son département de réduire ses dépenses. Puis, le 16 février, son homologue du Gers, Philippe Martin, annonce que sa collectivité ne participera pas non plus aux prolongements de la ligne au sud de Bordeaux. Raison invoquée : il s’agit d’un « chantier d’Etat ». Entre-temps, le 14 février, le président PS de la région Midi-Pyrénées a évoqué une possible remise en cause de la participation des collectivités de sa région au financement de la LGV Tours – Bordeaux, quitte à concentrer la contribution de Midi-Pyrénées sur le tronçon Bordeaux – Toulouse à partir de 2017.

Suisse : le Ceva avance malgré les difficultés
Quelques mois après son lancement officiel, le chantier du Ceva progresse à Genève. Les 14 km de son futur tracé ont été divisés en plusieurs lots qui sont traités simultanément. Quelques mois après son lancement officiel, le chantier du Ceva progresse à Genève. Les 14 km de son futur tracé ont été divisés en plusieurs lots qui sont traités simultanément. Une première phase concerne la déviation des réseaux souterrains (eau, gaz, électricité, chaleur et télécoms). Elle s’effectue déjà sur les secteurs de Carouge, de Champel et des communes des Trois-Chênes. Une seconde partie concernera la construction des haltes ferroviaires. Ces petites gares dessinées par Jean Nouvel seront construites en sous-sol. Les travaux d’excavation vont entraîner la coupure d’importants axes routiers et autoroutiers qui relient Genève à la France voisine.
Des réticences au projet subsistent. Un recours bloque l’accès à la falaise de Champel, indispensable pour terminer la sortie du pont du val d’Arve. Plusieurs autres empêchent de creuser le tunnel sous la colline de Champel, pour une question d’épaisseur de la dalle flottante et des protections antivibrations. Un autre recours essaie de freiner l’abattage des arbres, qui seront replantés plus tard. Toutes les espèces rares de la flore genevoise sont conservées au jardin botanique pour être replantées à la fin du chantier. Par ailleurs, de nouvelles normes européennes étant entrées en vigueur pour le gabarit des issues d’urgence, ce qui modifie le projet tel qu’accepté par les autorités fédérales. La mise à l’enquête publique sera peut-être ordonnée pour ces installations, ce qui retarderait le chantier de quelques mois. Mais, selon Antoine Da Trindade, chef du projet Ceva, un des plus gros obstacles reste l’accès aux abords du chantier. Celui-ci est bordé par de multiples parcelles qui doivent une servitude de passage aux entreprises de construction de l’ouvrage. De nombreuses copropriétés riveraines tardent à donner leur accord. D’autres, locataires de terrains à vocation artisanale ou commerciale proches de l’ancienne gare des Eaux-Vives, rechignent à quitter les lieux. Mais la commission fédérale en charge des expropriations a prononcé son accord pour obliger les récalcitrants à obtempérer au plus vite.
Thierry-Pierre Graindorge

Comment réussir la réforme ferroviaire par Thierry Mignauw
Ancien dirigeant de la SNCF, partisan depuis toujours du maintien d’un système intégré, Thierry Mignauw invite la France à adopter une réforme à l’allemande, avec une SNCF puissante, une autorité de la concurrence forte, un cadre social harmonisé.?Une initiative franco-allemande permettrait de défendre des positions communes aux deux pays dans la discussion sur le quatrième paquet ferroviaire. I. La question de l’organisation doit maintenant être tranchée
• Certains considèrent que l’importance que prend la question de l’organisation (on dit maintenant de la « gouvernance ») est excessive. Ce sujet ne prend une telle place que parce que l’organisation du travail est, dans son état présent, un obstacle au bon fonctionnement du chemin de fer. Je connais assez bien le fonctionnement du ferroviaire et les hommes qui le servent. Je peux assurer de toute la force de mon expérience qu’une organisation qui ne permet pas de maîtriser simultanément les composantes « sol » (l’infrastructure) et « mobile » (les trains) d’un mode de transport guidé à un seul degré de liberté ne peut pas fonctionner correctement. Aussi bien dans l’opérationnel (information des voyageurs, traitement des incidents, gestion du trafic qui ne se limite pas à la gestion des trains, etc.) que dans l’évolution dans le temps du mode de transport (automatisation, contrôle-commande, gestion de capacité, limitation du bruit, etc.). Je ne reviens pas ici sur tous les exemples que l’on peut donner.
Je demande instamment à ceux qui donnent leur avis sur ces sujets ou qui possèdent le pouvoir de décision de se pencher un tout petit peu sur ces questions qui ne sont pas si difficiles à appréhender. Il est assez aisé de comprendre l’étroitesse du lien qui unit le mobile et l’infrastructure dans les métros, les RER, les trains de banlieue, les TGV, les trains à sustentation magnétique, l’aérotrain, les tramways, les métros automatiques, les téléphériques, télécabines et tire-fesses ! La plupart des grands progrès qui ont été réalisés depuis la création du chemin de fer, progrès qui font qu’il est toujours un mode de transport efficace dans nos économies modernes, ont été réalisés de manière conjointe sur l’infrastructure et sur les trains, dans une dynamique d’échanges, d’allers et retours, de mises au point et de tâtonnements.• Je voudrais que soient mieux comprises les souffrances qu’inflige ce système perpétuellement déréglé aux hommes et aux femmes qui ont la charge de le servir. Je les connais bien. Je sais combien est délicate l’alchimie de ce qu’on appelle « l’exploitation ». Cet art qui fait que les différents engrenages s’enclenchent avec bonheur. Ou bien, quand un seul est mal réglé ou mal conçu, je sais les grincements que produit la machine. A chacun de ces engrenages, il y a des hommes qui travaillent et qui ont naturellement à cœur que ça marche. Et au bout il y a des clients qui subissent les à-coups ! Quand la machine tourne rond, bien graissée, silencieuse, il n’y a presque rien à faire. Mais quand elle est perpétuellement déréglée, chacun s’agite en tout sens pour réparer, coller des rustines et pallier les dysfonctionnements. Ces hommes et ces femmes ne peuvent que constater la masse d’efforts qu’il leur faut déployer aujourd’hui pour faire marcher leur chemin de fer. Parce qu’on a édifié ces fameuses murailles de Chine, parce qu’on a délibérément coupé les circuits d’information mutuelle, parce qu’on a supprimé la coordination sur le terrain. Et encore, si cette somme d’efforts déployés était sûre d’aboutir. Mais il y a sans arrêt des ratés, des oublis, des mécanismes qui ne s’enclenchent plus. Quelle déception, quel découragement (quand ce n’est pas de l’amertume) il en résulte. Quelle perte de fierté devant la médiocrité des résultats ! J’ai vu des cheminots de tout grade effarés parce que nous leur faisons faire. Il y a tant de gens tellement intelligents dans tous ces organismes que l’on a créés depuis 1997 pour un si pauvre résultat. Nos collaborateurs ne nous suivent plus !
• Nul besoin de se tourner vers le passé. Le chemin de fer dans lequel j’ai débuté en 1972 n’était pas meilleur que celui d’aujourd’hui. Je pense même le contraire. Sauf – et ce n’est pas une mince exception – l’effondrement du fret, je suis persuadé que nous sommes mieux aujourd’hui, avec en Ile-de-France le réseau RER et ses interconnexions de lignes dans Paris, de nouvelles lignes desservant les villes nouvelles et Roissy, avec des TER rénovés presque partout en place des antiques omnibus, le réseau des lignes à grande vitesse grâce auquel les TGV assurent plus de 80 % du trafic grandes lignes, une remarquable politique commerciale qui a fait du TGV le train de tous et qui a jugulé la concurrence aérienne.
Je ne prône aucun retour en arrière. Je ne cultive aucune nostalgie. Seul compte l’avenir. Je suis simplement inquiet de trois choses :
• la très médiocre qualité de service, au premier rang de laquelle je place la ponctualité des trains et la dégradation d’image qui en résulte,
• le manque de perspectives de progrès du mode ferroviaire, alors que les signes de saturation sont de plus en plus nets et que les besoins, dans certains secteurs, sont considérables,
• la faiblesse des gains d’efficacité en termes de baisse des prix des services rendus à la collectivité.
Sur le premier point, je suis persuadé que le dérèglement du système qui résulte de la séparation stricte de l’infrastructure est à l’origine d’une part importante de la dégradation constatée, même si la perte de fiabilité du réseau dans un contexte de saturation croissante et l’importance des perturbations dues aux phénomènes environnementaux ne doivent pas non plus être négligées. Sur le second point, le manque de perspectives de progrès, j’ai le sentiment que le chemin de fer vit sur les acquis de la période précédente. Il n’invente pas assez. Pour ma part, je pense que les progrès les plus décisifs devraient venir de l’automatisation de certaines phases de l’exploitation, afin de régler avec davantage de précision et en sécurité la circulation des trains. Il pourrait en résulter davantage de fiabilité et plus de capacité. Alors que nous sommes un mode de transport guidé, nous prenons du retard sur les autres modes, aviation et même automobile, dont la recherche-développement est en pleine expansion sur ces sujets. Mais, là encore, la séparation de l’infrastructure stérilise ou rend beaucoup plus compliqués le progrès et la prise en compte du long terme. Le troisième point, le manque de progrès dans l’efficacité, n’est pas principalement lié à la séparation de l’infrastructure. J’y reviendrai à la fin de cet article.• La commission n° 2 des Assises du ferroviaire, sur la gouvernance, présidée par Mme Véronique Morali, a recommandé dans son rapport d’unifier le gestionnaire d’infrastructure (RFF) et le gestionnaire délégué, fonction actuellement dévolue à la SNCF, et de placer ce gestionnaire unifié au sein de la SNCF. Manifestement, si la commission s’est rapidement ralliée à l’idée de mettre fin à la dichotomie GI/GID, elle s’est longuement interrogée sur le fait de savoir s’il fallait maintenir un dualisme GI/exploitant principal ou s’il fallait adopter une solution dite « à l’allemande », où les deux entités sont réunies dans une holding (tout en réservant à une structure ad hoc, sous contrôle public, un certain nombre de fonctions essentielles). Ce n’est qu’au terme d’une réflexion approfondie que la commission a marqué sa préférence pour la deuxième solution. Ce parti n’était pas évident au point de départ et il n’en a que davantage de valeur.
Et comme mes opinions personnelles rejoignent aussi ce choix, je n’en suis que plus heureux ! Je voudrais néanmoins tenter d’expliquer en quoi les autres solutions sont moins efficaces, c’est-à-dire faire le raisonnement qui montre, non que la solution du regroupement soit la meilleure (ce que j’ai fait jusqu’à maintenant), mais que toutes les autres sont moins bonnes. Je reviendrai ensuite sur la question de la concurrence. Et je finirai par les conditions de la réussite de la réforme du ferroviaire.II. Les solutions autres que la gestion intégrée sont moins efficaces
• Une solution intermédiaire a été envisagée. Elle consiste à transférer à RFF toutes les fonctions « nobles » demeurant à la SNCF, telles que l’ingénierie de conception et de maintenance, les horaires, la direction de la circulation des trains, les fonctions systèmes, la recherche-développement, pour ne laisser à la SNCF, en matière d’infrastructure, que les tâches d’exécution.
Cette solution constituerait un replâtrage de plus. Elle ne résiste pas à l’analyse. On accentuerait la dichotomie entre une tête, RFF, et des exécutants, abandonnés à la SNCF, sans mettre fin à cette curiosité exclusivement française qu’est le gestionnaire d’infrastructure délégué. On ne voit d’ailleurs pas quelle serait la légitimité de la SNCF, centrée sur sa fonction de transporteur, à abriter en son sein une entreprise de travaux comprenant des milliers d’agents de maintenance travaillant exclusivement pour RFF. En agissant ainsi, on donnerait l’impression à ces agents que l’on n’a pas voulu d’eux. Le discours implicite serait : « Il est probable que votre travail va s’assécher et sera confié à des entreprises externes. Mais nous ne voulons pas assumer la charge de la transition. » La SNCF ne serait pas en mesure de tenir un discours managérial crédible à ces cheminots, puisque les clefs de leur avenir seraient détenues par RFF. Une telle attitude serait indigne, on créerait une grande désespérance qui ne pourrait aboutir qu’à un chaudron social.
Si la solution retenue devait être de confier à RFF la responsabilité totale de l’infra, alors il doit prendre le tout. Il ne peut pas faire le tri. Ce serait à lui ensuite de faire évoluer l’ensemble dont il aurait la responsabilité, de réaliser par exemple l’externalisation de la plupart des fonctions d’entretien et de travaux selon le modèle suédois, qui semble séduire.• La solution d’unification du gestionnaire d’infrastructure, c’est-à-dire du regroupement du GI (RFF) et du GID (part infra de la SNCF) au sein d’un établissement public unique, séparé de tout transporteur, ne me semble pas davantage résoudre les problèmes qui se posent à nous.
Tout d’abord, si jamais elle était adoptée, alors il faudrait pousser la logique jusqu’au bout. Il ne peut y avoir de nouvelles étapes. Depuis quinze ans, il y a eu trop de désordre pour pouvoir se permettre de nouvelles tergiversations. Le regroupement devrait être complet et maximum au sein de ce nouvel établissement. La SNCF « subsistante » n’aurait plus aucune légitimité à gérer le système ferroviaire. Toute l’intelligence du système devrait passer du côté du gestionnaire d’infrastructure : sécurité du système, gestion des performances (vitesses, tonnages, bruit, capacités…), contrôle-commande, fiabilité, retour d’expérience, et cela tant dans la conception que dans l’opérationnel.
Trois objections majeures peuvent être faites à cette solution. D’abord, on ne résoudrait qu’une part minoritaire des problèmes que pose la situation actuelle : l’interface gestionnaire/gestionnaire délégué serait simplifiée. Mais l’essentiel demeurerait : la coupure du système en deux parties antagonistes et l’impossibilité de l’optimiser dans sa globalité. Je n’y reviens pas.
Second point : cet établissement ne serait pas placé sous la pression du client. Ses clients seraient les entreprises ferroviaires, mais pas directement les voyageurs qui sont dans les trains, ni même les autorités organisatrices de transport. La circulation d’un train qui est tous les jours en retard rapporte le même péage au GI que s’il est à l’heure. Et il ignore les voyageurs qui sont dans le train. Le problème de l’écoulement des flux de voyageurs sur les quais de certaines gares, l’information des voyageurs sur leur retard et la poursuite de leur voyage, le niveau de satisfaction ou d’insatisfaction des voyageurs et des élus ne remonteraient pas vers les prises de décision de ce gestionnaire, isolé de tout contact avec le service effectivement rendu. Ce point est crucial, tant je suis persuadé qu’un système comme le chemin de fer ne peut progresser que si progresse la reconnaissance, la prise en compte du client. La SNCF a eu beaucoup de mal à effectuer sa mue sur ce sujet, et la coupure de l’infra est une vraie régression. Enfin, et c’est au moins aussi important, je crois qu’on ne considère pas assez ce que deviendrait la SNCF réduite à son seul rôle de transporteur. Un transporteur dans un monde concurrentiel. Un transporteur comme les autres. Une entreprise banalisée. Il faudra alors en tirer toutes les conséquences.
L’entreprise SNCF, centrée sur son unique mission de transporteur et placée dans un monde concurrentiel, devra pouvoir s’y battre sans entraves, sous peine d’être disqualifiée. Il ne sera plus possible de demander à la SNCF de jouer les solidarités territoriales, de maintenir les péréquations, de garder des dessertes déficitaires ou des tarifs contraires à ses intérêts commerciaux pendant qu’elle se ferait écrémer sur ses marchés les plus rentables. Sauf bien sûr à lui compenser financièrement toutes ses obligations par des contrats de service public. Le statut d’établissement public ne s’imposerait nullement, l’épineuse question du statut du personnel et du régime social des personnels se poserait.
Ces évolutions ne se feront pas en un jour, mais elles sont certaines. Simplement, il faut être sûr que c’est bien cela que veulent les Français, l’opinion publique, les décideurs et les élus. A chacun de se déterminer en toute connaissance de cause. Après, il sera trop tard. Pour ma part, je rejette cette solution pour une double raison : elle ne résout pas le problème de l’optimisation globale du système ferroviaire ; elle comporte pour la SNCF une évolution inéluctable qui n’est pas mon choix. Mais, en même temps, je dois dire que je m’y rallierais si la voie que je préconise était fermée. L’année 2012 est cruciale en ce sens que le dilemme devra être tranché et que ceux qui recommanderaient des demi-mesures ne diraient pas les choses telles qu’elles sont.
Mais, à un certain nombre de conditions, je crois que la réforme que j’appelle de mes vœux peut réussir. Avant d’en venir à ces conditions, je dois traiter de la question de la façon dont la concurrence peut-être introduite dans le modèle que je préconise et comment ce modèle peut être économiquement efficace.III. La concurrence et l’efficacité sont possibles dans un système intégré
• En définitive, le modèle que je préconise est celui d’une entreprise ferroviaire intégrée dominante, mais contestable. Une entreprise intégrant fortement au plan industriel l’ensemble des composants du système ferroviaire, constituant ainsi un champion national de l’excellence française, porteuse d’une image internationale des savoir-faire de notre pays dans tous les compartiments de son activité : systèmes de transport à grande vitesse, systèmes de transport en milieu urbain et périurbain, systèmes de transport régionaux. Une entreprise appui de l’industrie ferroviaire. Une entreprise disposant d’une ingénierie de conception, de maintenance et d’exploitation fortement reconnue, mais ne disposant pas du monopole de l’expertise et challengée par des ingénieries externes. Une entreprise commercialement à la pointe grâce à un marketing aiguillonné par la puissance de la concurrence des autres modes ou des distributeurs/intégrateurs de services. Une entreprise constamment contestée par la concurrence des autres modes de transport et contestée sur ses marchés par un droit de libre accès et surtout une possibilité de mise en concurrence de ses droits d’exploitation. Une entreprise dominante sur un marché concurrentiel fortement régulé par une autorité de concurrence puissante.
Ce modèle n’est pas stable par nature, il est même fortement en tension. Ce sera à l’autorité de concurrence d’effectuer les réglages qui en assure l’efficacité et à l’Etat de définir sa stratégie sur la place du ferroviaire dans le secteur des transports, dans le cadre de sa politique d’ensemble et de vérifier qu’elle est atteinte. C’est évidemment une vision beaucoup plus volontariste que celle de la main invisible du marché qui fixerait le point d’équilibre du système ferroviaire français.
Deux questions subsistent : peut-on introduire la concurrence dans un tel modèle ; et si oui, comment ? Comment garantir l’efficacité d’un acteur pivot aussi puissant ?• Faut-il introduire la concurrence à l’intérieur du mode ferroviaire ? La question est vivement débattue et l’opinion interne à la SNCF y est souvent hostile, les syndicats en particulier. Dans ces conditions, les élus, de gauche en particulier mais pas seulement, sont extrêmement prudents dans leurs positions publiques. Ce qui ne les empêche pas de tenir en privé des propos plus nuancés et d’avoir d’autres positions au Parlement européen, où il faut composer. Nos gouvernements ont tout fait pour freiner le caractère obligatoire de l’ouverture du marché ferroviaire. On peut naturellement dire que la concurrence est déjà extrêmement vive avec les autres modes : la route, qui est dominante dans le fret comme pour les voyageurs, l’aérien, que le TGV n’a pas éliminé, les compagnies « low cost », françaises et étrangères, le maritime et la voie navigable pour le fret en Europe, l’autocar… la concurrence est partout. Et cette concurrence, elle, n’est que très peu régulée ; les règles sont mal appliquées ; la fraude, le dumping social, les pavillons de complaisance fleurissent. Un consensus de fait se satisfait de cette situation qui maintient une pression forte sur des prix anormalement bas et sur des taux de marge des entreprises très faibles.
Plus personne ne se soucie vraiment de savoir comment sont payées les infrastructures des différents modes et quelle est la part des usagers et du contribuable, local et national. Plus grand monde ne se préoccupe de la façon dont les utilisateurs paient les effets externes, c’est-à-dire les nuisances qu’ils imposent aux autres ou à la collectivité. Personne ne se choque que les infrastructures routières soient gratuites en zone dense (en Ile-de-France par exemple), alors que c’est précisément là que les péages ferroviaires sont les plus élevés. On fait des Grenelle, on fait de grandes déclarations sur le fret et la réalité demeure à des années-lumière. Enfin, l’exemple du fret a montré que la concurrence n’a pas permis de relancer la dynamique du secteur.
Tout cela est vrai. Tout cela n’est malheureusement pas nouveau. Pour autant, sommes-nous en position de refuser la concurrence intramodale ? Il nous faut regarder le monde tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Ce monde, au plan européen comme en France, croit majoritairement que le monopole est dépassé et que la concurrence doit exister. Nous ne pouvons refuser seuls. Nous devons évaluer le rapport de forces. Le fret nous a aussi montré qu’à force de vouloir avoir raison contre tous, nous connaissons un déclin accéléré et nous n’avons pas même évité la concurrence. Mais nous n’y étions pas prêts. Cet exemple repoussoir doit nous conduire à proposer un modèle tel que celui que je défends. Je veux pour la SNCF un avenir d’entreprise de service public au service de l’intérêt général, capable de progrès et de développement. Pas une entreprise attaquée de toute part, sur la défensive et en régression.• La concurrence est-elle possible avec un acteur principal qui maîtrise l’infrastructure ? J’ai déjà répondu à cette question : oui, c’est possible. La meilleure preuve en est qu’en Allemagne cela fonctionne ainsi et que le marché ferroviaire allemand est un des plus ouverts d’Europe. Je note que cela fonctionne également de cette façon en Amérique du Nord pour les marchandises : chaque entreprise est propriétaire de ses voies et possède des droits de circulation sur celles des autres, qui sont souvent aussi ses concurrentes.
Pour que fonctionne un tel système, la première condition est qu’il existe un ensemble de règles claires qui régissent les conditions équitables d’accès au réseau. L’un des acquis de RFF est d’avoir largement édicté ces règles, même si elles sont perfectibles. De la même façon, les règles régissant d’éventuels appels d’offres de la part des autorités organisatrices de transport doivent être fixées. Les règles peuvent être aussi efficaces et aussi contraignantes que la séparation de l’infrastructure.
Bien entendu, cette condition resterait lettre morte si une autorité de régulation puissante n’existait. Elle a déjà été créée, mais son pouvoir doit être renforcé. Elle doit disposer d’un pouvoir général de surveillance, d’un pouvoir particulier d’enquête et d’investigation, d’un pouvoir de sanction. Elle doit pouvoir annuler des décisions, placer des affaires délicates d’attribution de droits de circulation sous sa surveillance, les soumettre à un avis conforme de sa part, voire se réserver le pouvoir de prononcer elle-même certaines décisions susceptibles d’avoir valeur d’exemple. Elle doit pouvoir au minimum proposer de modifier les règles d’attribution, voire disposer du droit de les modifier elle-même. Elle peut être la voie de passage systématique de toutes les demandes d’accès au réseau, mais elle peut aussi n’évoquer les questions que par exception, pour éviter de s’asphyxier dans un processus purement formel.
Pour terminer sur ce point, je voudrais dire aux tenants de la concurrence pure et parfaite que je voudrais qu’ils mettent la même énergie à vérifier que prévaut dans la concurrence avec la route ou le maritime le même esprit d’égalité que celui qu’ils exigent du chemin de fer. Enfin, je note que le droit de la concurrence n’est pas autant doté d’œillères qu’on veut bien le dire. Il préconise de regarder quel est le marché concerné et, sur ce marché, de vérifier que la concurrence améliore effectivement les conditions de fourniture du service. Si ce n’est pas le cas, des aménagements sont possibles.• Comment garantir l’efficacité d’un acteur pivot aussi puissant que le serait la SNCF dans le modèle que je préconise ? Je résume l’opinion souvent émise, que le lecteur trouvera remarquablement formulée dans un article du Pr Yves Crozet, opinion selon laquelle la question de la gouvernance est un faux problème, qui est mis en avant pour éviter de se poser la vraie question qui est le manque d’efficacité du système ferroviaire… et de la SNCF. Que toute entreprise publique en situation de monopole a tendance à confisquer à son profit (et au profit de ses salariés) le service public. Que seule la concurrence, et le fait de « challenger » l’entreprise publique par des entreprises privées, peut permettre de progresser. J’ai dit précédemment que la question de la gouvernance ne prend une telle importance qu’en raison de l’ampleur des dysfonctionnements et des surcoûts engendrés. J’ai dit et je redis qu’un modèle de concurrence par des règles fortes et fortement régulé par une autorité puissante était possible. Y a-t-il alors un avantage décisif à la gestion privée par rapport à la gestion publique ? La question peut-être longuement débattue. Je sais que la gestion déléguée de services publics à des entreprises privées est largement pratiquée par les collectivités, de droite comme de gauche. Je ne crois pas que l’on puisse trancher la question de façon uniforme. L’histoire, la culture, les circonstances pèsent de façon évidente. Je me contenterai de quelques remarques.
La première est un peu facile : les tribulations de Veolia-Transdev ne convainquent pas de la vision de long terme de ces entreprises, du partenariat et de la relation de confiance que l’on peut établir. La seconde a trait au fonctionnement même des entreprises : elles sont un lieu où la richesse se crée et où elle se partage. Les tenants de la gestion privée pensent que l’entreprise privée est plus économe dans la consommation de moyens et produit donc plus de richesse ; et que l’entreprise publique, dans le partage de la richesse produite, favorise trop son personnel au détriment de ses clients. Autrement dit que la gestion privée met en place des processus de production plus productifs et que le personnel y profite moins de rentes de situation.
Mais, à l’inverse, on peut constater que dans certaines gestions privées, le service de l’eau par exemple, ce n’est pas le client final qui bénéficie de prix plus bas, et que si le personnel y est moins favorisé, c’est essentiellement les entreprises et leur actionnariat qui est mieux rémunéré. Avantages des salariés versus profit des entreprises et rémunération des actionnaires : quel est le modèle le plus efficace pour le client final et pour la collectivité ?
Le juge de paix pourrait être la productivité globale du système. Le Pr Crozet fait remarquer que les chemins de fer suisses ou allemands (tout aussi publics que les nôtres, oserais-je ajouter) ont réalisé dans un passé récent des gains de productivité considérables. L’entreprise que j’ai servie pendant 38 ans en a réalisé elle aussi : après l’élimination de la traction vapeur, l’électrification du réseau, l’automatisation des passages à niveau, la radio sol-train et la conduite à un seul agent des trains de marchandises, la modernisation et l’automatisation de la signalisation, la mécanisation de l’entretien de la voie et la massification des travaux, l’allongement des cycles d’entretien du matériel, la grande vitesse (qui, en diminuant les temps de parcours, augmente la productivité des moyens), la croissance du trafic voyageurs et du taux de remplissage des trains grâce à la réservation obligatoire, l’optimisation tarifaire, la vente sur Internet ont permis de considérables gains de productivité, le plus souvent liés à des progrès technologiques et à des investissements importants. Les parcs de matériel roulant comme les effectifs du personnel se sont considérablement réduits. Mais le rythme de ces progrès, importants du début des années 70 jusqu’au milieu des années 90, s’est ralenti depuis. La SNCF a perdu son rang de championne européenne de la productivité ferroviaire.
Mais doit-on jeter le bébé avec l’eau du bain ? N’est-il pas possible d’établir, dans l’Europe et la France d’aujourd’hui, un modèle d’entreprise qui allie efficacité, service public, intérêt général et compétitivité internationale ? C’est pour moi le défi qui est devant nous dans une reconstruction hardie du système ferroviaire. À quelles conditions peut-on réussir ?IV. Comment réussir la réforme ferroviaire
Inévitablement, il faut se poser la question des conditions de réussite (certains diraient des contreparties) d’une réforme qui soit efficace, durable, conforme aux idées que j’ai développées, acceptée par le plus grand nombre, que ce soit l’opinion publique, les élus ou les salariés des deux entreprises concernées, dans le monde tel qu’il est et dans le contexte européen et français de 2012.
Dans le « deal » global, les sujets suivants pourraient être abordés :
• l’acceptation (ou non) de la concurrence : j’ai dit mon opinion sur le sujet et sur le fait que nous devons l’accepter, sous certaines conditions, pour retrouver notre crédibilité française et européenne,
• le « cadre social harmonisé » de la concurrence, là aussi français et européen : rude débat en perspective car pour certains l’efficacité du mode ferroviaire passe par une refonte de la réglementation du travail (c’est même une des principales attentes des tenants les plus acharnés de la concurrence pure et parfaite),
• une autorité de concurrence forte, dont le but est de veiller à l’application des règles, à l’égalité de traitement et au droit d’accès, dans un système qui reste équilibré entre l’acteur principal et son rôle d’optimisation du système et ses concurrents ; j’ai déjà développé ce point,
• la définition des missions relevant de l’Etat, en charge du développement économique durable, des transports en général, du mode ferroviaire, et auquel reviennent un certain nombre de fonctions (sécurité, propriété des infrastructures, investissements, maîtrise d’ouvrage, fixation et perception des péages, règles d’accès au réseau…) dont les contours et l’organisation doivent être précisés,
• le rôle des régions et des autorités organisatrices de transport, notamment par rapport aux infrastructures, régions et AOT désireuses de jouer un rôle plus important,
• un contrat pluriannuel de modernisation avec l’Etat, comprenant des engagements réciproques,
• un pacte social interne, un accord-cadre sur le changement et ses conséquences sociales,
• le statut de l’entreprise (Epic) et la définition d’éventuelles filiales,
• le statut du personnel,
• l’actionnariat salarié,
• la productivité, etc.
Cela fait beaucoup de sujets, tous ne seront pas abordés dans le cadre de la réforme. Il faut sans doute éviter de faire un trop gros paquet qui serait impossible à traiter. Mais rien ne sert non plus de se voiler la face et fermer pudiquement les yeux. Rien ne serait pire que de refermer le dossier en attendant des jours meilleurs.En définitive, le dispositif que j’appelle de mes vœux devrait inclure quatre éléments qui doivent jouer en même temps et interagir. Une initiative franco-allemande pour le quatrième paquet ferroviaire et la réévaluation des directives en vigueur, afin de rendre clairement possibles les solutions que nous préconisons. Cette initiative doit impliquer de façon forte le Parlement européen, qu’il faudra convaincre. Une réforme législative des textes français. Un contrat Etat-SNCF fixant les objectifs et les engagements de moyen terme des deux parties. Un pacte social interne renouvelé.
Un tel dispositif pourrait être l’occasion d’une contribution démocratique nouvelle car l’avenir des services publics concerne profondément les citoyens. Ce pourrait être l’occasion d’un référendum d’initiative populaire ou d’un jury citoyen devant lequel partisans et adversaires de la réforme, économistes, experts viendraient expliquer les enjeux de la réforme proposée, et qui se prononcerait à l’issue du débat.
En interne aux deux entreprises, le débat devra associer les organisations syndicales et les représentants du personnel. Afin de renforcer la force de la décision, une consultation interne pourrait être organisée, à condition de ne pas être vécue comme une manière de contourner les syndicats, mais comme une façon de donner la parole aux salariés.
… Et si je rêve, un rapprochement SNCF-DB. Mais là, je rêve vraiment.
Tout ceci ne constitue que des propositions qui n’engagent que moi et elles ne sont sans doute pas toutes à retenir. Mais ce dont je suis certain, c’est que l’année 2012 est cruciale et qu’il faut se donner tous les moyens pour faire aboutir la réforme ferroviaire.
Rencontre après les Assises : la gouvernance n’en finit plus de faire débat
A l’initiative de Ville, Rail & Transports, et dans le cadre de la manifestation Transrail Connection 2012, une conférence-débat a réuni des acteurs majeurs du transport. Il s’agissait de faire le bilan des Assises du ferroviaire, clôturées en décembre dernier. La question de la gouvernance a dominé les débats, alors que l’ouverture à la concurrence met la pression sur le secteur. Animée par Gilles Savary, le président de la commission Europe des Assises, la conférence-débat post-Assises du ferroviaire avait un objectif : tirer les enseignements des différentes commissions, et revenir sur les thèmes qui y ont été abordés. « En quoi le secteur ferroviaire doit-il être réformé selon vous ? », a commencé par demander Gilles Savary aux participants à la table ronde. Emmanuel Delachambre, directeur général d’Euro Cargo Rail a répondu sans ambages : « Le système ne fonctionne pas. Le niveau de travaux a bon dos, mais la vérité c’est que nous n’arrivons plus à faire circuler correctement des trains », a-t-il déploré, avant de rappeler : « Nous sommes censés disposer de sillons deux mois à l’avance, mais depuis quelque temps, il s’agit seulement d’une dizaine de jours. »
David Azéma, directeur général délégué du groupe SNCF, s’est fait un plaisir « d’abonder dans son sens ». Avant d’ajouter : « Les Assises ont ouvert avec quatre thèmes les raisons du dysfonctionnement. Il va falloir remettre le système à plat, et je pense qu’on peut y arriver en 4 ou 5 ans. Il faut se préparer à un travail de longue haleine et changer notre rapport au temps. »
Jean-Yves Petit, représentant de l’Association des régions de France (ARF), et délégué Transports de la région Paca, a lui aussi fustigé la façon dont les choses se déroulent actuellement. « La réactivité de notre système est quasi nulle et entraîne des surcoûts qui retombent bien souvent sur les régions. Il n’y a pas de pilote et l’Etat ne joue pas son rôle. Les autorités régulatrices ne s’entendent pas entre elles », a-t-il asséné.
La question de la gouvernance était en filigrane du débat jusque-là, mais elle n’a pas tardé à surgir directement. « Pour les voyageurs, c’est différent, mais pour le fret on sait bien que le problème vient de ce que RFF et ses interlocuteurs ne travaillent pas bien ensemble », a taclé Emmanuel Delachambre. Comme une perche tendue à David Azéma, qui a enfoncé le clou : « Suite aux Assises du ferroviaire on va unifier de facto les trois composantes que sont RFF, la DCF et l’infra SNCF. C’est une bonne chose, mais il n’est pas certain que cela suffira. »
Après que Gilles Savary eut souligné que l’oraison funèbre de la loi de 1997 – créant RFF et faisant de la SNCF son gestionnaire d’infrastructure délégué – venait d’être prononcée, le débat s’est porté sur le financement du secteur. Il s’agissait là d’une autre des commissions des Assises du ferroviaire. « Il faut trouver de la recette dans le multimodal, ainsi que cela a été souligné lors des Assises », a revendiqué Rémi Cunin, président d’Egis Rail.
Autre thème récurrent : l’ouverture prochaine à la concurrence. Gilles Savary l’a présenté ainsi : « Anticiper l’ouverture à la concurrence prévue pour 2015 a été une des conclusions des Assises. Il faut aussi faire des économies et accélérer la régionalisation. Qu’en pensez-vous ? » Francis Grass, directeur délégué de Veolia-Transdev a été très clair. « On touche là à des dossiers importants qui doivent être réglés par le législateur c’est évident ; le thème du rapprochement Infra, par exemple, était bienvenu. Mais il y a encore des clarifications à apporter sur certaines zones qui ne sont pas vraiment attribuées : qui s’occupera de l’info-voyageurs, de la billettique ? » Non sans une dose de provocation, l’animateur de la conférence a mis en avant le fait que « deux thèses s’affrontent : mettre les métiers de l’infrastructure dans RFF, ou les intégrer dans l’opérateur historique, à l’allemande, avec un risque que celui-ci se mette en travers. »
David Azéma, en se faisant un fervent défenseur de l’ouverture du marché, lui a répondu : « De toute façon l’ouverture à la concurrence est actée et nous pensons que c’est une très bonne chose. Mais attention à ne pas tout mélanger : il n’y a pas de lien entre l’ouverture d’un marché et sa gouvernance. » Et de prendre pour exemple l’Allemagne, qui a ouvert largement son marché tout en maintenant un système ferroviaire intégré.
En soulignant la complexité de cette thématique, Emmanuel Delachambre a souhaité que « ceux qui savent faire travaillent ensemble, et il faut qu’on leur permette de le faire. Peu importe chez qui. »
Jean-Yves Petit a fait entendre la voix des régions sur le thème de l’ouverture à la concurrence, et il n’a pas été très amène : « C’est une erreur de penser que la concurrence va régler les problèmes. Les régions n’en ont pas besoin, parce que les besoins sont financiers. Personne n’a eu de réponse au problème du transport public régional pendant ces Assises » a-t-il achevé.
Pour Gilles Savary la bonne solution est de développer une ressource affectée aux régions. Ce qui implique, a-t-il ajouté, que si une région décide de proposer du TER gratuit ou à un euro, c’est à elle, et non à l’Etat, d’en supporter le coût.
Le pendant de ces enjeux est la situation sociale. Un sujet sensible, que Bruno Gazeau, délégué général de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) a abordé brièvement. « Sur le fret, il y aura une convention collective de branche. » Pour les voyageurs, « le temps de la confiance et de la négociation sera d’au moins 18 mois, et cela fait un peu court pour mettre les TER en concurrence en 2014 ».
En guise de conclusion, David Azéma a estimé qu’il faut globalement « changer de temporalité ». Et de préciser que la situation actuelle peut se résumer de la façon suivante : « La Deutsche Bahn part à l’assaut de l’Europe ; en France on réfléchit. »
Julien Sartre
Si j’étais ministre des Transports…
Gilles Savary a demandé à chacun des intervenants présents de se livrer à un petit exercice de projection : ce qu’il ferait s’il était ministre des Transports. Voici leurs réponses :
• Emmanuel Delachambre, directeur général d’Euro Cargo Rail : « Je mettrais en place des mesures d’urgence pour le réseau, les opérateurs et les clients. J’accélérerais le regroupement des acteurs. Et je demande à la SNCF de trouver un nouveau contrat social. Il faut une nouvelle convention collective, parce que la SNCF est là encore pour longtemps et doit le rester. »
• Bruno Gazeau, délégué général de l’UTP : n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
• Francis Grass, directeur délégué de Veolia-Transdev : « On parle d’expérimentation en 2014, mais il y a le sujet du matériel qu’il faut traiter maintenant. Le social je pense qu’il faut l’activer maintenant, de telle sorte que la négociation puisse commencer. On a un chantier de profession à mener avec la SNCF. »
• Rémi Cunin, président d’Egis Rail : « Il faut trouver des sources de financement en pensant multimodal. »
• David Azéma, directeur général délégué du groupe SNCF : « On doit arrêter de dire une chose à Bruxelles et de faire autre chose à Paris. Et on engage le nouveau pacte social. Il faut donner envie au groupe SNCF de se transformer. »
• Jean-Yves Petit, représentant de l’ARF : « On fera en sorte que l’Etat assume son rôle. Ensuite, on fera une loi de programmation des financements du transport régional. »
Colombie : Translohr retenu pour fournir 12 tramways sur pneus à Medellín
Medellín (Colombie) a attribué le marché du matériel roulant pour la future ligne de tramway d’Ayacucho au Groupe Lohr. Ce contrat, d’un montant de 42 millions d’euros, fait suite à une consultation menée par la société du métro de Medellín qui exploite deux lignes de métro et deux lignes de transport par câble. Medellín (Colombie) a attribué le marché du matériel roulant pour la future ligne de tramway d’Ayacucho au Groupe Lohr. Ce contrat, d’un montant de 42 millions d’euros, fait suite à une consultation menée par la société du métro de Medellín qui exploite deux lignes de métro et deux lignes de transport par câble. Le contrat est assorti d’un financement de projet, sous forme de prêt, par l’Agence française de développement (AFD). Il porte sur la fourniture de 12 tramways sur pneus Translohr STE5 de 39 mètres (300 passagers, avec 3 essieux motorisés) et sur les prestations associées (comprenant notamment les études spécifiques, l’assistance technique pendant 3 ans, la formation, les outillages spécifiques, les pièces de rechange, la documentation, le transport). Les premières livraisons sont planifiées mi-2013, pour une mise en service programmée début 2014. La ligne de tramway d’Ayacucho, qui sera la première pour Medellín, est une ligne d’hypercentre longue d’environ 5 km, reliant les stations de San Antonio (ligne B du métro) et Alejandro Echavarría (deux lignes de télécabines). La ligne présente des secteurs en pente de 12 % et des courbes de rayons de 20 m en ligne et de 10 m au dépôt. « La fréquentation attendue est de 85 000 passagers par jour, ce la rend comparable au T6 de la RATP », indique le directeur commercial de Translohr, Jean-François Argence.
Résultats SNCF : 700 millions de dépréciation pour les TGV
En présentant ses vœux, Guillaume Pepy avait annoncé « une bonne année 2011 » pour le groupe SNCF. Puis la SNCF a annoncé la hausse de son chiffre d’affaires, de 7,2 %, à 32,6 milliards. En présentant ses vœux, Guillaume Pepy avait annoncé « une bonne année 2011 » pour le groupe SNCF. Puis la SNCF a annoncé la hausse de son chiffre d’affaires, de 7,2 %, à 32,6 milliards. Le 16 février, le groupe vient de présenter l’ensemble de ses résultats, tous comptes faits, devant son conseil d’administration. Si le chiffre d’affaires est en nette hausse, ce n’est pas le cas du résultat net. Il passe de 697 millions d’euros en 2010 à 125 millions. Principale explication : un fort impact de la dépréciation d’actifs, dont 700 millions d’euros pour les rames TGV. « Ces actifs ont dû être dépréciés pour refléter l’insuffisante rentabilité de notre flotte », a précisé Guillaume Pepy. Deux jours plus tôt, lors d’un colloque Avenir Transports, le président de la SNCF avait déjà annoncé : « La valeur des rames TGV aujourd’hui dans les livres de la SNCF s’élève à près de 4,5 milliards d’euros. Nous allons la déprécier car nous avons trop de rames et elles sont surtout anciennes. »
Une marge à la hausse… mais insuffisante
Présentée comme le véritable indicateur de la performance économique, la marge opérationnelle progresse sensiblement, dépassant les trois milliards d’euros, pour s’établir à 9,3 % en 2011 contre 7,1 % en 2010 et 6,8 % l’année précédente. Mieux : toutes les branches voient leur marge progresser, mais surtout Proximités. Cette branche bénéficie en particulier de la performance de Keolis, de la signature avec l’Etat de la convention « trains d’équilibre du territoire ».
En revanche, la marge est quasi stable pour SNCF Voyages, « malgré des chocs externes de grande ampleur » – forte hausse des péages et de l’énergie traction –, et grâce à « une bonne performance commerciale ». Reste que si la marge est, en pourcentage, la plus élevée avec 14 %, Guillaume Pepy l’a relativisée lors du colloque Avenir Transports : « Il faudrait qu’elle soit de 20 % pour pouvoir renouveler la flotte. »
De façon globale, la hausse de la marge à 9,3 % n’est d’ailleurs pas suffisante pour l’entreprise qui, comme elle l’a rappelé à diverses reprises, estime à plus de 10 % le « niveau de profitabilité suffisant » pour couvrir les besoins d’investissements. La marge reste d’ailleurs inférieure à celle réalisée en 2008, à 10,3 %. Avant « la » crise… Et l’objectif demeure d’atteindre « au plus vite » une marge sur chiffre d’affaires située entre 10 et 12 %, pour couvrir les besoins d’investissements.Un endettement réduit
Lors de la présentation des résultats 2010, la SNCF soulignait que la dette commençait à être maîtrisée et devrait se stabiliser. En fait, en 2011, elle est en baisse de 170 millions et se situe à 8,33 milliards d’euros. Et le groupe est « légèrement en avance » sur son plan de marche, visant à revenir à « une situation financière durablement soutenable » à l’échéance 2015. Globalement, comme pour chacune de ses branches.
Pascal Grassart

« Il faut laisser une chance au marché de s’ouvrir » par Alain Thauvette
Alain Thauvette est président de l’Afra, l’Association française du rail, qui fédère les nouveaux opérateurs ferroviaires. Alain Thauvette est aussi directeur général d’Euro Cargo Rail. Ville, Rail & Transports. Qu’attendez-vous de la suite des Assises ? Où en êtes-vous sur le fret ?
Alain Thauvette. J’attends des actes. Vendredi 20 janvier, nous avons tenu une table ronde sur le fret ferroviaire avec les représentants des pouvoirs publics, qui faisait suite à celle du 30 mai 2011. Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie et des Transports, a chargé Daniel Bursaux, directeur général des Infrastructures, des Transports et de la Mer, de réunir rapidement les entreprises ferroviaires et RFF pour régler le problème des sillons. La première réunion a été fixée au 3 février car l’urgence du dossier est reconnue.VR&T. Quel est précisément le problème des sillons ?
A. T. Toujours le même : en raison de fréquents travaux sur le réseau, on n’est pas en mesure d’obtenir facilement des sillons. Quand j’entends dire que 80 % des sillons demandés avaient été alloués en septembre 2011, je suis surpris. Colas Rail avait obtenu 15 % des sillons annuels demandés, et Euro Cargo Rail, un peu plus de 60 % seulement. De plus, les 40 % restants d’ECR?seront traités en sillons de dernière minute, ce qui demande un effort constant pour notre cellule planification. Tout le monde y met de la bonne volonté mais les entreprises sont obligées de mettre en place des moyens et du personnel supplémentaires, puisqu’elles ne savent qu’à la dernière minute si le sillon leur sera alloué. Il faut donc aboutir à une meilleure coordination entre les plages travaux et les sillons, de façon qu’on puisse circuler, même en mode dégradé. L’Afra et ses membres ont demandé un guichet unique pour les sillons de dernière minute. Il sera mis en place au premier trimestre.VR&T. Pourquoi un guichet unique ?
A. T. Parce qu’aujourd’hui les entreprises vont directement au bureau horaire ou à RFF. Chaque entreprise ferroviaire recherche ses propres solutions. C’est le système D. Nous avons tous le même problème, nos membres comme Fret SNCF. En fait, nous ne savons pas vraiment comment les grilles horaires sont élaborées par rapport aux travaux. Cela provient de la séparation entre le GI et le GID.VR&T. Les Assises vont dans votre sens…
A. T. Oui, et nous sommes tous d’accord au sein de l’Afra pour aboutir au regroupement progressif au sein du gestionnaire d’infrastructure des activités actuellement conduites par Infra SNCF, la DCF, ainsi que par Gares & Connexions.VR&T. Peut-on progresser en période électorale ?
A. T. Tout cela prendra forcément du temps. Il faut donc commencer au plus vite. DCF et RFF vont se rapprocher. Il y a désormais un seul patron pour tous les horairistes, Gilles Cheval, et RFF a annoncé la création d’une task force de 35 horairistes spécialement dédiée au fret pour répondre à la demande. Un groupe de travail entre l’Etat, la SNCF et RFF a été mis en place concernant le transfert des activités d’Infra SNCF vers le GI, et l’Afra devrait être consultée sur ce sujet dans les prochaines semaines. Ensuite, il faudra traiter la question de la gouvernance du système ferroviaire français : la création ou non d’une holding en France. La décision revient au gouvernement. C’est pourquoi rien ne se fera maintenant avant l’élection présidentielle.VR&T. Sur le plan social, la SNCF dit que le statut n’est pas un tabou. Quelles évolutions souhaitez-vous ?
A. T. Le statut, c’est deux choses : l’emploi à vie et le régime particulier de retraite. Cela relève exclusivement de la SNCF et de l’Etat et ne concerne pas les nouveaux entrants. A ce titre, je n’ai pas d’évolution à souhaiter. La commission présidée par Nicolas Baverez a toutefois montré que le financement de ce statut devenait très difficile. Ensuite, il y a les conditions de travail. D’un côté, le code du travail, et de l’autre, le RH 077, qui définit la façon de travailler à la SNCF. Entre les deux, se trouve la convention collective fret qui a été négociée en accord avec la SNCF et les syndicats, et qui est appliquée par les nouveaux entrants.
Or, aujourd’hui, le gouvernement évoque l’idée d’un cadre social harmonisé. A quoi cela s’applique-t-il ? A mon sens, il ne peut être question que des conditions de travail. Et dans ce cas il n’est pas possible d’appliquer au secteur celles découlant du RH 077. Je prends un exemple : le nombre de découchés. A ses débuts, une entreprise qui couvre par son activité l’ensemble de la France n’a pas de relais sur tout le territoire. Elle a forcément recours à la règle du découché. C’est pourquoi la convention collective fret autorise les nouveaux entrants, après signature d’un accord d’entreprise, d’avoir recours jusqu’à trois découchés par déplacement. Ce n’est qu’avec la mise en place de nouvelles agences et l’amélioration du maillage du territoire que le nombre de repos hors résidence peut être réduit. Autre exemple, les salaires. En Allemagne, dans le transport voyageurs, on note qu’après quinze années de concurrence les salaires se sont rapprochés entre les rémunérations de la DB et des nouveaux entrants.
En France, si les nouveaux entrants débutaient leur activité en appliquant d’emblée les conditions de la SNCF, le handicap serait insurmontable. Il faut donc procéder par étapes. Il faut laisser une chance au marché de s’ouvrir. Enfin, je souhaite couper court à l’idée que les conditions de travail des nouveaux entrants puissent nuire à la sécurité : la sécurité ne s’est pas dégradée car nous appliquons bien entendu, tous, les mêmes règlements sous le contrôle de l’EPSF.VR&T. Que répondez-vous à l’accusation de dumping social ?
A. T. J’ai eu un jour une réunion avec les syndicalistes français et je leur ai demandé : « C’est quoi le dumping social ? » Ils m’ont répondu : « Il vous faut deux employés pour faire un travail quand il nous en faut cinq. C’est cela, le dumping. Vous ne créez donc pas suffisamment d’emplois. » Je ne partage pas cette définition. Fin 2011, les nouveaux entrants totalisaient 1 364 emplois, alors qu’on en comptait que 1 154 fin 2010, soit une augmentation de 18 %. Dans le même temps, le nombre de nos locomotives a augmenté de 19 % et notre chiffre d’affaires de 46 %.
Comment y sommes-nous parvenus malgré la crise économique ? C’est grâce à notre compétitivité. Elle vient de la polyvalence des agents. Pas des rémunérations : le salaire fixe est plus élevé chez nous, mais la SNCF offre des primes plus importantes. La majorité de nos employés ont moins de cinq ans de service. Ils ont pourtant un salaire de base plus élevé car ils commencent directement sur voie principale. Ce qui fait vraiment la différence, c’est qu’un conducteur chez les nouveaux entrants est aussi habilité à exercer des activités au sol dans une gare de triage. Les nouveaux entrants embauchent des agents de manœuvre lorsqu’ils peuvent être occupés 7 heures par jour.VR&T. Le bilan du fret depuis l’ouverture à la concurrence n’est, pour la SNCF, pas concluant. Qu’en pensez-vous ?
A. T. L’ouverture à la concurrence est un succès. L’effondrement de l’activité fret à la SNCF n’est pas le fait des nouveaux entrants. En 2010, alors que le transport de marchandises par rail s’est contracté de 9,2 % en France, l’activité fret des nouveaux entrants a augmenté de 19,2 %.
D’un côté, la SNCF nous reproche de lui avoir trop pris de trafic et de l’autre de n’en avoir pas pris assez pour inverser la tendance. Les nouveaux entrants ont ramené sur le rail des trafics routiers. 25 % à 50 % des nouveaux trafics d’ECR et d’Europorte en 2010 ont été pris sur la route. A noter aussi que Fret SNCF reprend du trafic aux nouveaux entrants. Bref, la concurrence devient effective.VR&T. Les nouveaux entrants travaillent-ils à perte ?
A. T. Europorte doit atteindre l’équilibre en 2013, et ECR en est proche, à 1 % près, de son chiffre d’affaires.VR&T. La concurrence dans le trafic de voyageurs devra vraiment commencer avec les TET. Qu’en pensez-vous ?
A. T. Selon le CSA, 70 % des Français sont favorables à l’ouverture à la concurrence du voyageur en France. Les Français attendent de cette évolution que cette ouverture apporte un vrai service aux voyageurs : fiabilité, régularité, sécurité, confort, propreté, information.
En tant que nouvel entrant, nous souhaitons mettre un terme à la politique d’attrition des trains d’équilibre du territoire (TET) en répondant au juste prix aux cahiers des charges que l’Etat élabore, tout en déployant des arguments sur les coûts, la qualité, les services, la transparence, l’intermodalité.
Avec un management de proximité que nous mettrons en place, nous saurons convaincre l’Etat de la nécessité de ne pas retarder cette ouverture qui sera bénéfique aux clients, à l’industrie du ferroviaire, aux cheminots et à l’opérateur historique.VR&T. Et pour la grande vitesse ?
A. T. Dans un contexte de crise, il n’est pas souhaitable que les clients continuent à se tourner vers d’autres modes de transport. Il est nécessaire de revoir les processus, les organisations, de manière à donner plus de cohérence au juste prix. Le secteur ferroviaire évolue. L’ouverture à la concurrence de la grande vitesse est dans l’ordre des choses.
Propos recueillis par François DUMONT
Le gouvernement approuve le projet de LGV Londres-Nord
Le 10 janvier, Justine Greening, secrétaire d’Etat britannique aux Transports, a annoncé que le gouvernement a approuvé le projet de deuxième ligne à grande vitesse britannique (HS2, pour High Speed 2), destinée à relier Londres et Birmingham, Leeds et Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre et à se connecter avec le réseau classique plus au nord. Le 10 janvier, Justine Greening, secrétaire d’Etat britannique aux Transports, a annoncé que le gouvernement a approuvé le projet de deuxième ligne à grande vitesse britannique (HS2, pour High Speed 2), destinée à relier Londres et Birmingham, Leeds et Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre et à se connecter avec le réseau classique plus au nord. Cette ligne nouvelle autorisée à 250 mph maximum (400 km/h) doit être construite en deux phases, en commençant par une section de 225 km qui doit être terminée en 2026. Outre une relation entre Londres et Birmingham (170 km) en 45 minutes (contre 1 heure 24 actuellement), cette première étape verrait l’établissement d’un raccordement entre la HS2 et la HS1, qui relie déjà Londres au tunnel sous la Manche. Puis, lors de la deuxième étape, qui devrait être achevée d’ici 2033, la HS2 devrait être prolongée au nord vers Manchester et Leeds, alors qu’au sud une branche serait ouverte vers l’aéroport de Heathrow. Tout ceci à condition que le projet soit approuvé par le Parlement, fin 2013. La consultation officielle pourrait alors débuter début 2014, le tracé final devant être fixé fin 2014.
Ce projet ne fait toutefois pas l’unanimité, en particulier chez les 172 000 personnes habitant à proximité du tracé ou de la part des défenseurs de l’environnement. Pour informer les résidents, le ministère britannique des Transports (DfT) a organisé une campagne sur le terrain. Et en réponse aux écologistes il a été annoncé que 36 km au total seraient en tunnel, contre 23 km prévus auparavant, au nord-est de Londres. Quelques réserves ont été émises par des acteurs de la vie économique britannique, qui tiquent devant un total de quelque 32,7 milliards de livres (40 milliards d’euros) pour une rentabilité incertaine (en particulier la desserte de Heathrow). Mais la plupart des décideurs d’outre-Manche accueillent favorablement un investissement qui fournira du travail et modernisera un réseau d’infrastructures qui devrait être saturé en 2025. Appelée à capter 4,5 millions de voyages annuels par avion et 9 millions de voyages par la route, en plus des voyages par le rail en constante augmentation depuis quinze ans, la HS2 est également le seul grand projet épargné par les mesures d’austérité du gouvernement Cameron…Patrick LAVAL

Péage urbain : Milan imite Londres en lançant un nouveau système visant tous les conducteurs
Rongée par la pollution, la capitale économique de l’Italie mise sur un nouveau péage urbain, baptisé Area C, qui pénalise désormais toutes les voitures. Ciao l’Ecopass, benvenuto à l’Area C ! Depuis le 16 janvier, les Milanais découvrent ce nouveau système de péage urbain inspiré de Londres. Le principe ? Alors que l’Ecopass, en place depuis 2008, faisait payer les conducteurs dans l’hyper-centre selon le degré d’émissions polluantes du véhicule – sur le principe du « qui pollue plus paie plus » –, le système Area C (avec un C pour centre ou congestion) consiste en la mise en place d’un péage de 5 euros pour toutes les voitures, quel que soit le degré de pollution. « Ce ticket d’entrée doit nous pousser à changer nos habitudes pour le bien de tous », précise le maire de gauche, Giuliano Pisapia. Active du lundi au vendredi de 7h30 à 19h30 pendant 18 mois de test, la zone Area C, surveillée par des caméras, est en plus interdite aux voitures les plus polluantes et aux véhicules de plus de 7 m. Seules les voitures électriques, les motos et scooters circulent sans payer, de même que les véhicules hybrides ou GPL, exemptés jusqu’à la fin de l’année. Les livreurs ont un tarif préférentiel (5 euros pour une entrée comprenant 2 heures de parking, 3 euros l’accès journalier), tout comme les 78 000 résidents de la zone concernée qui bénéficient de 40 accès gratuits avant de payer 2 euros l’accès.
Avec ce règlement drastique – une amende de 76 euros est prévue pour les fraudeurs –, Giuliano Pisapia espère réduire le trafic de 20-30 % dans une ville rongée par la pollution, où le seuil maximum européen de particules PM10 a été dépassé 132 jours en 2011. Ses modèles ? « Stockholm, où le péage urbain a réduit de 20 % l’utilisation de la voiture ; Copenhague, où 36 % des habitants se déplacent à vélo ; Londres, où la “Congestion Charge” a aussi profité aux commerçants. » Alors que 700 000 voitures entrent chaque jour dans la ville, dont 110 000 dans l’hyper-centre, l’enthousiasme du maire n’est cependant pas partagé par toute la ville. L’association d’entrepreneurs Assolombardia redoute que ce péage « expulse petit à petit les activités du centre ». Côté politique, le parti populiste de la Ligue du Nord a lancé une pétition pour le retrait de l’Area C, tandis que le président de la région, Roberto Formigoni, membre du parti de Berlusconi, reproche à ce système de « taxer indifféremment celui qui pollue et celui qui ne pollue pas ». Des résidents furieux ont eux réclamé un tarif encore plus préférentiel, ce que la mairie pourrait mettre en place d’ici mars.
Pour mieux faire avaler la pilule aux 30 000 personnes qui, selon les estimations, devront renoncer à prendre leur voiture, la ville a promis d’investir les quelque 30 millions d’euros annuels générés par ce péage dans les transports en commun et pistes cyclables. 1 million d’euros seront par ailleurs déboursés cette année pour améliorer les transports, dont la fréquence sera augmentée. Avec 3 lignes de métro, 19 de trams, 96 de bus et 5 de trolleybus, Milan est encore sous-équipée. La preuve ? Seuls 19,9 % des parcours des transports en commun ont des voies réservées. Cette situation génère de nombreux bouchons, au point qu’en heure de pointe trams et bus roulent parfois à 6 km/h !
Eléonore Kern
Concurrence : publication du décret gares
Le « décret gares » a été signé le 20 janvier par le Premier ministre et publié au JO le 22. Il garantit aux entreprises ferroviaires et aux candidats autorisés l’accès transparent et non discriminatoire aux gares et aux autres infrastructures de service du réseau. Le décret détermine la nature des services et prestations accessibles (accueil, information des voyageurs, fourniture de carburant ou électricité, accès aux voies de garage).
Le décret modifie l’organisation de la branche Gares & Connexions de la SNCF. Le gouvernement n’a pas suivi l’Autorité de la concurrence, qui préconisait une nomination du directeur général de la branche par décret du Premier ministre. C’est le conseil d’administration de la SNCF qui nomme le directeur de Gares & Connexions sur proposition du président de la SNCF. Les personnels chargés du traitement des demandes de prestations et de leur réalisation doivent respecter la confidentialité des informations qui leur sont communiquées par les entreprises ferroviaires.