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Catégorie : Politique des transports
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Coûts de transaction, coûts de production, capture… Comment remettre sur les rails le système ferroviaire français ?
Pour Yves Crozet, économiste, administrateur de RFF, l’idée de créer en France une holding à l’allemande est une fausse piste. Contre le rêve de reconstitution de l’opérateur historique, il invite le groupe SNCF à poursuivre sa mue pour mieux affronter la concurrence.
Par Yves Crozet, professeur à l’Université de Lyon (IEP) et directeur du Laboratoire d’économie des transports (LET) Avec les Assises, l’heure est en France à l’introspection ferroviaire. Car le système ferroviaire français n’est pas en bonne santé. Sa productivité, sa compétitivité mais aussi sa qualité et ses coûts sont interpellés. Cela d’autant plus que nous sommes en période de crise des finances publiques et que le ferroviaire est gourmand en subventions de tous ordres. Cette question des subventions est importante car elle est une caractéristique du secteur. Il n’y a pas en Europe d’activité ferroviaire qui puisse vivre sans subvention. Même dans les cas rares où l’exploitation réussit à couvrir ses coûts par les recettes, il est le plus souvent nécessaire de subventionner l’infrastructure, parfois largement. C’est le cas en France du réseau LGV, qui ne peut se développer sans financement public de l’infrastructure, ou des trains de fret, qui paient un péage très éloigné du coût complet.
Or, de façon surprenante, au lieu de se concentrer sur la question des coûts de production, le débat actuel se polarise sur la question organisationnelle. La faible efficience du système ferroviaire ne proviendrait-elle pas de la réforme de 1997, qui a conduit à séparer le gestionnaire d’infrastructure (GI) de l’entreprise ferroviaire (EF) ? Il est devenu courant de pointer du doigt les coûts de transaction qui ont résulté de cette séparation. N’assiste-t-on pas à certains doublons de part et d’autre de la frontière entre les deux Epic ? Et de façon plus générale, n’y a-t-il pas une perte d’information et de compétence avec la dé-intégration des entreprises ferroviaires historiques ?
Ces questions interrogent directement les principes de la déréglementation du secteur instaurée par les directives européennes depuis 20 ans. Plus précisément, elles interpellent sur la façon dont nous les avons mises en œuvre en France, en refusant le « modèle » anglais de l’éclatement de l’opérateur historique, mais en nous éloignant aussi du « modèle » allemand de dé-intégration à l’intérieur d’une seule holding ferroviaire publique.
Pour éclairer les débats sur l’organisation institutionnelle nous souhaitons souligner ici qu’une holding ferroviaire « à la française » ne résoudrait que marginalement les coûts de transaction tout en ne posant pas la question de fond sur les coûts de production. De ce fait, il est nécessaire d’envisager un autre scénario pour éviter de se laisser séduire par des sirènes dont le chant exprime essentiellement la nostalgie du monopole.Dé-intégration et coûts de transaction
Les Allemands ne sont pas les seuls à avoir choisi la dé-intégration à l’intérieur d’une même société mère publique. Les Italiens et les Espagnols ont fait de même et c’est aussi le cas en Belgique et en Suisse. Parmi les pays qui ont choisi la mise en place d’un GI totalement séparé de l’EF, nous avons la Suède ou les Pays-Bas. Mais dans ces pays le GI est un GI à part entière, il n’y a pas de Gestionnaire d’infrastructure délégué (GID) comme l’est la SNCF. Le duo SNCF-RFF est donc un système hybride, boiteux diront les plus critiques, où une claire séparation institutionnelle se double d’un maintien de la tâche concrète de GID dans les mains de l’EF. Ne devrait-on pas sortir de cette ambiguïté et répartir plus clairement les missions ?
Une « claire séparation institutionnelle » se définit d’abord par rapport aux critiques qui s’adressent au système actuel. Elles tournent largement autour d’un déficit de clarté : est-ce le GI ou le GID qui est responsable de la difficulté à satisfaire la demande de sillon, de manquer de réactivité pour gérer les conséquences d’un accident et des réparations qui s’ensuivent, de mal programmer les travaux de rénovation en regard des impératifs de la circulation des trains, etc. ? Au cas par cas, on peut désigner le « vrai » responsable ou identifier la force majeure qui a provoqué le mal mais, d’une manière générale, la perception largement partagée est celle d’un système relativement opaque qui responsabilise mal les acteurs.
A ce stade de la réflexion, la première question qui se pose n’est donc pas celle de la holding, mais celle de l’achèvement de la réforme de 1997. On pourrait ainsi envisager un transfert dans le giron de RFF des entités que sont la direction des circulations ferroviaires (DCF), SNCF Infrastructures et Gares & connexions. En toute logique c’est cette option qui serait en ligne avec les directives européennes et l’orientation des choix de 1997. Mais cela ressemblerait à un démantèlement d’une SNCF déjà durement marquée par le dramatique recul du fret ferroviaire. Transférer à RFF près de la moitié des effectifs de la SNCF pose donc des questions sociales mais aussi industrielles et commerciales. L’existence d’une filière industrielle ferroviaire est sans doute mieux assurée si, par exemple à l’exportation, les firmes françaises ont un savoir-faire qui combine exploitation des trains et gestion de l’infrastructure.
C’est pourquoi la solution de la holding séduit. On ferait les mêmes rapprochements que ci-dessus, mais dans le cadre d’une seule société mère, qui pourrait éventuellement changer de nom. Nous aurions alors, comme en Allemagne une société mère que nous appellerons « Rail France », laquelle serait la holding d’autres entités qui auraient pour nom « Rail Infrastructures », « Circulations ferroviaires », « TER », « Grandes lignes », Gares et connexions, Fret, etc. Ces entités seraient indépendantes du point de vue comptable et même plus que cela, elles seraient des filiales de la société mère. Mais notons que cela ne supprime pas les coûts de transaction. Ainsi l’entité « Circulation ferroviaire » étant en contact avec les concurrents de l’opérateur historique, il faudrait, comme en Allemagne, créer autour de cette entité une « muraille de Chine » dont l’étanchéité serait régulièrement auditée. L’attribution des sillons et le choix du niveau des péages devraient en tout état de cause relever d’une entité indépendante, qui ressemblerait furieusement à ce qu’est RFF aujourd’hui. Bref, les coûts de transaction existent pour la simple raison que nous ne sommes plus à l’époque des monopoles ferroviaires intégrés. Même si l’avantage de la holding est de donner à la société mère le maximum d’informations nécessaires pour assurer la sécurité d’ensemble du système, l’interopérabilité, la cohérence des choix technologiques, la ré-intégration ne réglerait pas, loin s’en faut, le problème clé, celui des coûts de production.Ré-intégration et coûts de production
La « solution » de la holding, spécialement en France, pose de nombreuses questions liées au fonctionnement passé et présent du système ferroviaire. Pour le comprendre, plaçons-nous d’abord du point de vue de Bruxelles.
Il est évident qu’une holding « à la française » serait vue comme la reconstitution du monopole de l’opérateur historique dans un pays où la concurrence n’a été instaurée (non sans mal) que pour le Fret(1). Or le monopole, outre son caractère euro-incompatible, a montré ses limites. Ce dont souffre le système ferroviaire français aujourd’hui n’est pas tant d’une coordination imparfaite entre RFF et SNCF que de ce que l’on appelle pudiquement l’inflation ferroviaire, fruit d’une progression beaucoup trop faible de la productivité tant du côté de l’infrastructure que de l’exploitation des trains. La conséquence est que le coût pour les finances publiques est très élevé. En Allemagne ou en Suisse, les coûts sont aussi élevés, mais la spécificité française est que chez nous les subventions progressent alors même que le nombre de trains qui circulent ne cesse de diminuer malgré les succès du TGV et, localement, du TER. Le principal problème que nous devons aborder est donc celui de notre incapacité à faire du ferroviaire une activité à productivité croissante et donc à coûts de production décroissants.Or il est maintenant connaissance commune que le ferroviaire géré « à la française » n’est pas capable d’atteindre un tel objectif.
– On l’a vu dans le fret où la réponse à l’arrivée des concurrents s’est traduite par un repli sur des objectifs de trafic qui se réduisent comme peau de chagrin, alors que des subventions substantielles ont été versées.
– On l’a vu pour les TER où les dotations publiques ont progressé plus que les trafics !
– On l’a vu pour les trains d’équilibre du territoire où la négociation a conduit à la mise en place d’une nouvelle subvention.
– On le voit dans la maintenance et le renouvellement de l’infrastructure où sévit une inflation ferroviaire très supérieure à la hausse des indices de prix de référence.
– On le voit même pour le TGV où la question du niveau des péages, qui est en elle-même légitime, devrait conduire à s’interroger sur les gains de productivité potentiels de cette activité. Les demandes de subvention pour l’exploitation de certains TGV se profilent à l’horizon !Ces exemples sont significatifs d’une logique d’économie administrée et non d’une logique d’entreprise. Notons bien que SNCF et RFF ne sont pas les seuls à vivre des subventions et à en demander toujours plus. Une grande partie de ces demandes résulte des stratégies d’autres acteurs du système ferroviaire qui s’inscrivent encore plus explicitement dans une logique d’économie administrée. Cette dernière se caractérise par le réflexe d’une demande de subvention dès lors que le financement est problématique. Ainsi, les syndicats mais aussi les clients, les élus régionaux et nationaux, qu’il s’agisse des TER ou des projets de TGV, ne sont d’accord que sur une chose : l’Etat doit payer ! Quand un problème se pose, il faut accroître les subventions !
C’est essentiellement pour cela qu’une holding à la française serait une mauvaise solution. On éviterait (peut-être) quelques coûts de transaction, mais on renforcerait ce qui fait la caractéristique principale du ferroviaire français : la capture de la tutelle publique par les autres acteurs du système qui arrivent à convaincre que leurs intérêts particuliers relèvent de l’intérêt général.Le problème clé : la capture de la tutelle publique
Le principal problème de gouvernance du ferroviaire français ne réside pas dans la coupure entre RFF et la SNCF, il se trouve dans l’incapacité de la puissance publique à imposer des objectifs raisonnables au système. Car tous les autres acteurs poussent dans le sens contraire.
Qu’on en juge :
– le projet de Snit et ses dizaines de milliards de projets de lignes TGV est-il quelque chose de raisonnable ? Alors même que les finances publiques sont dans la situation que l’on sait ! Chacun convient que cela n’est pas possible, mais personne ne veut abandonner son propre projet : un exemple typique de jeu d’acteurs qui pousse la puissance publique à faire des promesses inconsidérées.
– Est-il raisonnable de voir les ministres successifs fixer des objectifs ambitieux au fret ferroviaire alors que la réalité vient, année après année, leur imposer un cruel démenti ?
– Est-il raisonnable de maintenir en activité certaines lignes ferroviaires quand les trafics sont faibles et n’ont aucune raison de progresser puisque dans le même temps on améliore le réseau routier et la performance des automobiles ? Certains projets de réouverture de lignes suscitent les mêmes questions.
– Symétriquement, est-il raisonnable d’arrêter le trafic fret de certaines lignes ferroviaires locales alors que des opérateurs ferroviaires de proximité (OFP) pourraient y développer une activité performante.
– Est-il raisonnable de se plaindre des coûts des TER SNCF tout en se montrant d’une excessive pusillanimité devant l’idée même d’expérimenter localement l’ouverture à la concurrence pour ce marché ?
– Est-il raisonnable de se satisfaire en France de gains de productivité très faibles dans le ferroviaire à comparer de ce que réalisent nos voisins ?
– Est-il raisonnable qu’une entreprise publique qui représente moins de 1 % de l’ensemble des salariés de France, dont les salariés sont protégés par leur statut, cumule à elle seule chaque année entre 20 et 30 % du total des journées de travail perdues en France pour fait de grève ?
– Le lecteur peut allonger cette liste !C’est donc sur ces blocages que s’arrête le parallèle avec l’Allemagne et la Suisse. Dans ce dernier pays, le maintien de l’unité des CFF a été compensé par une diminution forte des effectifs, de presque 40 000 dans les années 1980 à 28 000 personnes aujourd’hui (-30 %), alors même que le trafic a progressé très sensiblement. Le même mouvement a été observé en Allemagne. En d’autres termes, dans ces pays, la promotion d’une holding ferroviaire s’est accompagnée d’une contrepartie importante en termes d’efficacité et donc de maîtrise des subventions publiques.
La mise en place d’une holding ferroviaire à l’allemande exigerait rappelons-le :
– la création de sociétés anonymes et de filiales et l’abandon du statut d’Epic ;
– la fin du statut pour tous les nouveaux recrutés du système, accompagnée d’objectifs explicites de réduction tendancielle des effectifs du fait des gains de productivité attendus ;
– le transfert de la dette ferroviaire à la collectivité, faute de quoi la nouvelle entité ré-intégrée se verrait lestée d’une dette insoutenable de plus de 35 milliards d’euros ;
– une programmation raisonnable des financements publics et donc l’abandon de nombreux projets non réalistes dans l’état de nos finances publiques ;
– le recours explicite à la concurrence pour les trafics voyageurs, afin de mettre sous tension l’opérateur historique ;
– un encadrement rigoureux du droit de grève(2)…Chacun comprend bien qu’un tel big bang ferroviaire est hors d’atteinte pour de multiples raisons. Il tombe sous le sens qu’en France, la reconstitution du monopole ferroviaire renforcerait encore plus la capture. L’inflation ferroviaire s’accélérerait et les subventions se multiplieraient pour la plupart des entités de la holding. On comprend bien dès lors pourquoi certains poussent en avant cette solution. Le point commun qu’ils défendent est simple : renforcer le caractère administré de la production ferroviaire ce qui a l’avantage de rendre l’Etat coupable de tous les maux !
Redonner des marges de manœuvre à la collectivité en échappant à la tyrannie du statu quo ?
Le lecteur aura compris que tel n’est pas notre objectif. L’intérêt général commande que le secteur ferroviaire en France soit capable de fournir des gains de productivité dont profitera le plus grand nombre au lieu d’attirer à lui des subventions toujours plus importantes. Mais comment faire dans un monde où dominent les mécanismes de capture ? Est-il possible d’échapper à la tyrannie du statu quo ? Sachant qu’il est inutile de rêver d’un Grand Soir qui placerait la tutelle publique en position de force pour imposer des objectifs clairs de gains de productivité, Il faut les rechercher par plusieurs moyens indirects. Tous pouvant se résumer à une idée simple : faire la démonstration que l’on peut faire mieux et moins cher.
Pour éclairer les choix à venir, regardons d’abord la situation actuelle car des éléments de pression en faveur de l’efficacité du système ferroviaire existent déjà. On peut en citer trois.
– La création et le développement (non anticipé) de RFF sont un de ces leviers indirects. Car RFF ne s’est pas contenté d’être une structure de défaisance de la dette ferroviaire. Le GI a pris son rôle au sérieux et la tutelle publique a fait de même. En donnant à RFF dans son contrat de performance (2008) un objectif de couverture des coûts complets, l’autorité publique a indirectement mis le système ferroviaire et la SNCF sous tension. Même s’il est évident que l’on ne pourra augmenter indéfiniment les péages, il faut conserver cette pression et le rôle croissant de RFF sur la définition des processus de maintenance et renouvellement. La démarche prend du temps, mais les résultats sont indéniables. L’expertise ferroviaire ne relève plus d’un seul acteur.
– La régionalisation des TER est un autre exemple de remise en cause du monopole d’expertise. L’ouverture à la concurrence va devenir l’étape suivante de la régionalisation. La concurrence sur le marché a montré ses limites et aussi les limites de Fret SNCF. Il faut en tirer les conséquences (voir ci-dessous). Mais comme on l’a vu dans les pays voisins, la concurrence pour le marché (TER), sera une source importante de benchmarking. Les régions ont besoin de références pour sortir de leur pusillanimité à l’égard de la SNCF. Et la SNCF elle-même a besoin de cette tension extérieure qui peut l’aider à progresser en interne car ses capacités de réaction sont importantes.
– Le développement du rôle de l’Araf représente une autre source de pression sur le système. Là aussi, nous avons un gisement potentiel de transparence et donc d’incitations. Là encore le monopole de l’expertise se transforme en pluralisme en même temps que se multiplient les entreprises agissant dans le ferroviaire.Pour ne pas s’en tenir au statu quo, faisons, une bonne fois pour toutes, le deuil de l’intégration et distinguons ce qui relève du monopole d’une part et d’autre part de firmes plurielles. Car ce qui fonde les directives européennes c’est qu’il y a deux types d’activités distincts dans le champ du ferroviaire.
– Il y a d’abord ce qui relève du monopole public de l’infrastructure. Ce que nous devons faire est donc de préciser le rôle de ce monopole symbolisé par RFF. Un élargissement de périmètre de RFF est inscrit dans les évolutions en cours. La gestion des circulations est logiquement en train de se rapprocher du GI. Cette évolution est en marche, mais il faut encore préciser les fonctions qui relèvent en propre de RFF. Sur ces bases, un calendrier pourrait être envisagé. Mais ce transfert ne signifie pas que d’autres activités comme Gares & connexions ou SNCF infrastructures doivent suivre le même chemin car ces dernières sont plus assimilables à des activités d’entreprises cherchant à se valoriser sur des marchés.
– Il y a ensuite dans le monde du ferroviaire ce qui relève de la compétence d’entreprises diversifiées. La SNCF en est le meilleur exemple, qui a développé en France et à l’étranger de multiples filiales dans ses domaines de compétences. Ce qui est devant nous n’est pas la reconstitution de l’opérateur historique, mais la poursuite de la mue de la SNCF et de son groupe, dont les composantes vont de plus en plus s’autonomiser car elles seront, chacune dans son activité, confrontées à la concurrence. Prenons quelques exemples :
– le secteur du fret par son imbrication avec Geodis et ses multiples filiales, développe de plus en plus une logique liée aux intérêts propres de la firme et qui n’ont plus rien à voir avec l’intérêt général. Il faut en tirer les conséquences…
– L’activité SNCF infrastructures doit aussi être pensée en relation avec les filiales du groupe et le fait que l’entretien de l’infrastructure ne relève pas du périmètre du monopole. Il est tout à fait possible de laisser la SNCF développer ses capacités dans ce secteur sans les intégrer à RFF. Mais RFF doit aussi pouvoir à terme choisir ses sous-traitants. L’exemple suédois nous montre ce qu’est une externalisation systématique de la maintenance et de la rénovation.
– Gare & connexions représente un cas particulier compte tenu du rôle important des régions et des collectivités locales dans la question des gares, mais aussi du rôle des gares dans la perspective de l’ouverture à la concurrence. Comme vient de le rappeler l’Araf, cette entité doit voir progresser son autonomie par rapport à la SNCF.
– Les activités TER et Grandes lignes doivent aussi se positionner comme des composantes relativement indépendantes, faisant face à des marchés assez différents.Ce chemin est raisonnable car il répond aux deux enjeux clés du système ferroviaire français, la compétitivité industrielle et la soutenabilité financière :
– la compétitivité car la tendance n’est pas, en France comme en Europe, à une reconstitution des monopoles ferroviaires, mais à la poursuite d’une logique d’entreprise pour une firme, la SNCF, qui se trouve de fait confrontée à un nombre croissant de nouveaux acteurs dans tous ses champs d’activité. La promotion de sa capacité industrielle et commerciale, en France et à l’étranger, ne passe pas par le repli mais par la définition d’une stratégie résolue d’affronter la concurrence ;
– la soutenabilité financière car l’autre enjeu concerne les finances publiques. L’existence des péages et l’objectif de coût complet donné à RFF ont le mérite considérable de requérir des subventions « en aval », au niveau des services de transport et donc très visibles dans les comptes publics. La puissance publique sait alors ce qu’elle finance : l’Etat qui assure un maintien des TET, les régions qui assurent l’offre de TER, etc. Les services offerts peuvent se révéler déficitaires, plutôt que de paraître équilibrés à la faveur de subventions croisées ! Il appartient alors à la puissance publique de décider ou non de l’achat du service au prix de ce déficit, voire d’explorer les productions alternatives de service que peuvent proposer d’autres modes ou d’autres opérateurs.Alors que la dette publique atteint des sommets, il est inutile de rêver à une disparition de RFF qui augmenterait de près de 30 milliards la dette « maastrichienne ». Il est plus sage et plus sain de choisir le chemin de la raison, celui qui protège les finances publiques, elles en ont plus que jamais besoin !

Le Stif et la RATP achètent 107 tramways en crédit-bail sur plus de trente ans
Première en Ile-de-France ! Le Stif et la RATP viennent de signer avec le groupe BPCE et la Banque européenne d’investissement un contrat de crédit-bail sur 33 ans. Objet : financer l’acquisition de 107 rames de tram livrables avant la fin 2014. Il fallait 378 millions d’euros pour financer l’achat des 107 rames de tramway destinées aux futures lignes T3, T5, T6, T7 et T8. Où trouver cette coquette somme ? Et quid de l’acheteur, sachant que la RATP finançait jusqu’à présent sur fonds propres l’achat des matériels roulants, mais que la loi relative à l’organisation et à la régulation des transports ferroviaires (dite loi ORTF) du 8 décembre 2009 en a transféré la propriété à son autorité organisatrice ? Et que de surcroît cette même loi met fin au monopole de la RATP pour exploiter les lignes franciliennes à compter de 2029 ? Ça n’a pas été simple, mais le Stif et la RATP se sont unis dans une formule originale : le crédit-bail. Ils ont ainsi pu signer, le 7 novembre, un contrat sur une durée de 33 ans avec différentes entités de BPCE – Caisses d’épargne Ile-de-France et Rhône Alpes, Crédit foncier de France, Natixis, Ingepar –, ainsi qu’avec la BEI, qui assure un refinancement à hauteur de 300 millions d’euros par un prêt long terme sur ses propres ressources accordé au Crédit foncier de France. « La directrice générale du Stif, Sophie Mougard, et Pierre Mongin, PDG de la RATP, ont trouvé la martingale : le crédit-bail a sorti ce dossier de l’ornière dans laquelle il se trouvait, a avoué Jean-Paul Huchon, président du Stif et du conseil régional d’Ile-de-France. Et nous avons aujourd’hui une proposition efficace et crédible. » Soulignant que ce crédit-bail adossé à un refinancement de la Banque européenne était « une première en France », Philippe de Fontaine Vive Curtaz, président de la BEI, a insisté : « Cela montre la confiance que l’on a dans nos partenaires. » La RATP versera un loyer annuel qui lui sera remboursé par le Stif dans une contribution identifiée. « A compter de la première année suivant la livraison de la dernière rame, les redevances annuelles du crédit-bail devraient s’élever à 20 millions d’euros et progresseront de 1,60 % l’an », a calculé la RATP. Un Stif qui, conformément à la loi ORTF, deviendra propriétaire du matériel roulant à l’issue du crédit-bail. « C’est un peu la logique d’une concession », a schématisé Pierre Mongin. Les livraisons commencent dès ce mois-ci et s’échelonneront jusqu’à fin 2014. Il s’agit d’une opération exceptionnelle par ces temps de rigueur, ont souligné les protagonistes, qui obtiennent un taux favorable de 3,6 % sur un très long terme, notamment grâce au triple A de la RATP. « Cette notation a été récemment confirmée. Malgré nos 5 milliards d’euros de dette d’infrastructure, nous gardons la confiance des agences de notation », a-t-il souligné. La démarche revêt un caractère exemplaire et « répond aux objectifs stratégiques de la Commission européenne : le développement durable, l’innovation technologique et le soutien à l’industrie européenne, la cohésion sociale », a aussi indiqué le PDG de la RATP. Olivier Klein, directeur général du groupe BPCE, a pour sa part rappelé avoir mis en œuvre « à la fois les capacités de financement du groupe et ses capacités d’ingénierie financière », pour mener à bien ce projet. Le groupe bancaire s’enorgueillit d’avoir déjà été choisi pour des leasings ou des PPP à Reims ou à Dijon pour leurs trams, par les régions Rhône-Alpes et Alsace pour l’achat de TER. « C’est assez particulier en ce moment de signer avec des banquiers », a de son côté ironisé Jean-Paul Huchon, tout en rappelant sa qualité d’ancien banquier ! Il juge que le réseau des Banques populaires et Caisse d’épargne est l’un de ceux « qui parient sur le développement des territoires », le tram étant « un instrument exceptionnel de cohésion urbaine ». Et de citer en exemple le T5, qui « rejoint les deux localités les plus pauvres de France : Sarcelle et Saint-Denis ».
Cécile NANGERONI
107 véhicules pour cinq lignes en chantier
Illustration du développement des liaisons de banlieue à banlieue, nécessaires pour adapter l’offre aux besoins des Franciliens et voulu par le Stif, la politique volontariste d’extension du réseau de tramway. D’ici à fin 2014, 5 lignes seront créées ou prolongées. Avec un réseau de 105,3 km et 187 stations, la région jouira du « plus important réseau de tramway d’une capitale européenne », a affirmé Jean-Paul Huchon, président du Stif.
• Le prolongement du T3 à l’est, dont la mise en service est prévue fin 2012, ira de la porte d’Ivry à la porte de la Chapelle sur 14,5 km et 26 nouvelles stations. Afin de simplifier l’exploitation d’une ligne aussi longue, il y aura 2 tronçons et donc une correspondance à la porte de Vincennes. 25 nouvelles rames seront nécessaires, pour un montant de 88 M€. Une extension ultérieure est prévue jusqu’à la porte d’Asnières.
• Le T5 reliera à partir de l’année prochaine Saint-Denis à Garges-lès-Gonesse sur 6,6 km et 16 stations, via Pierrefitte-sur-Seine, Montmagny et Sarcelles. Il s’agit de la première ligne de tramway sur pneus d’Ile-de-France. 15 Translohr STE3 de Lohr Industrie ont été commandés pour l’exploiter (53 M€).
• Prévu pour 2014, le T6 connectera Châtillon-Montrouge, terminus de la ligne 13 du métro, à Viroflay grâce à 21 stations réparties sur 14 km. 28 Translohr STE6 (141 M€) sont prévus pour la seconde ligne sur pneus de la région parisienne.
• Long de 11,2 km pour 18 stations, le T7 reliera fin 2013 Villejuif et Athis-Mons. 19 rames de Citadis lui seront livrées (53 M€). Un prolongement de la ligne sera réalisé ultérieurement d’Athis-Mons à Juvisy-sur-Orge.
• En Seine-Saint-Denis, le T8 desservira en 2014 Saint-Denis, Epinay-sur-Seine et Villetaneuse grâce à 17 stations réparties sur 8,5 km. Les 20 trams nécessaires coûteront 43 M€. Un prolongement de 3 km jusqu’à la future gare Rosa-Parks du RER E est à l’étude.
Après appel d’offres, deux industriels ont été retenus pour la fourniture des tramways : Alstom Transport pour les Citadis 302 (d’une capacité de 200 voyageurs, dont 54 assis), qui équiperont progressivement à partir de l’année prochaine le T3, le T7, le T8 ; le groupe Lohr pour les Translohr STE3 du T5 (125 voyageurs par rame) et les Translohr STE6 du T6 (pouvant embarquer jusqu’à 252 voyageurs).
Quatre lignes de tramway circulent déjà
Depuis l’inauguration de la première ligne francilienne, le T1 (Saint-Denis – Bobigny), en 1992, trois autres lignes sont venues enrichir le réseau de tram francilien. Totalisant 41,5 km et 71 stations, elles sont quotidiennement empruntées par 370 000 voyageurs. Demain, avec le prolongement des T1, T2, T3 et la mise en service des T5, T6, T7 et T8, ce sont 830 500 voyageurs qui prendront tous les jours le tramway.
• Le T1 de Noisy-le-Sec à Saint-Denis (12 km) est actuellement en travaux pour son prolongement jusqu’à Asnières-Gennevilliers-Les Courtilles qui sera mis en service en 2012.
• Le T2 de la porte de Versailles à La Défense (13,7 km) est également en chantier pour être prolongé jusqu’au pont de Bezons d’ici à 2012.
• Le T3 du pont du Garigliano à la porte d’Ivry (7,9 km) a été mis en service en décembre 2006. Egalement appelé tram des Maréchaux, puisqu’il circule sur ces boulevards en lieu et place du bus PC, il transporte plus de 100 000 voyageurs chaque jour de semaine. Depuis 2009, des travaux sont en cours en vue de son extension à l’est.
• Le T4 d’Aulnay-sous-Bois à Bondy (7,9 km) est le seul tram-train d’Ile-de-France. Il est exploité par la SNCF depuis novembre 2006.
Le TGV californien vers les 100 milliards de dollars
Plus de trois fois le coût annoncé au départ, l’inauguration initialement prévue en 2020 repoussée de treize ans, les Républicains contre les 840 km de la LGV californienne peinent à avancer. Un premier chantier de 210 km est néanmoins programmé. class= »rtejustify »>
Réalisme ou téméraire fuite en avant ? Alors que les Républicains font tout pour faire capoter le programme de renaissance ferroviaire du président Obama, l’agence chargée du futur TGV californien a jeté un joli pavé dans la mare, le 1er novembre, en publiant une nouvelle feuille de route avec un phasage des travaux. Elle n’envisage désormais plus l’achèvement des 840 km de ligne à grande vitesse entre Los Angeles et San Francisco avant 2033, tandis que la facture a grimpé à 98 milliards de dollars. Et peut-être 19 milliards de plus si les variantes les plus chères sont retenues. Cette annonce a de quoi déconcerter les électeurs de l’Etat qui ont donné leur feu vert au projet lors d’un référendum, il y a trois ans. On leur promettait alors une inauguration vers 2020, pour une trentaine de milliards…
La California High-Speed Rail Authority (autorité californienne de la grande vitesse) entend néanmoins entamer les travaux dès l’an prochain. Pour 6 milliards de dollars, il s’agit de construire, d’ici 2017, 210 km de ligne nouvelle dans la campagne de la vallée centrale, du nord de Bakersfield au nord de Fresno. Pourquoi commencer par la partie la moins dense du corridor ? Parce que c’est justement là que le chantier posera le moins de problème. Or, il faut aller vite si l’on ne veut pas perdre les quelque 3,5 milliards donnés par Washington dans le cadre du plan de relance ! Le premier tronçon de la LGV californienne devrait donc surtout servir de base d’essai. Il ne sera a priori parcouru à son ouverture que par quelques trains – diesel – de la ligne San Joaquin d’Amtrak (qui va de Bakersfield à Oakland et à Sacramento), et leur permettra de gagner trois quarts d’heure.
Les TGV ne devraient entrer en lice que dans une deuxième phase qui verrait en 2021 l’électrification du tronçon initial et son prolongement soit au nord jusqu’à Merced et San José (dans la Silicon Valley, au sud de la zone urbaine de San Francisco), soit au sud jusqu’à San Fernando (à l’entrée de l’agglomération de Los Angeles). Dans le premier cas, on aurait une LGV de 475 km avec des trains directs de San Francisco à Bakersfield qui emprunteraient la ligne du Caltrain (San Francisco – San José, 75 km), en passe d’être électrifiée. Dans le second cas – un scénario plus rentable que le précédent, selon les études, d’autant qu’il n’y a actuellement aucun service de passagers dans le coin –, la longueur de la LGV atteindrait 485 km entre Merced et San Fernando, où il faudrait changer pour rejoindre Los Angeles en train de banlieue (diesel). La troisième phase prévoit la construction d’ici 2026 de la partie nord ou sud qui n’aura pas été retenue précédemment, la LGV atteignant alors les 660 km entre Merced ou San José et San Fernando. Ce n’est enfin qu’au terme d’une quatrième phase, envisagée entre 2030 et 2033, que les TGV entreraient dans Los Angeles – dont la gare centrale serait atteinte en 2 heures 40 depuis San Francisco, grâce aussi à une reconstruction du couloir du Caltrain –, avant de poursuivre un peu plus loin à Anaheim, chez Disney, dans l’Orange County. Soit 840 km en tout.
Le nouveau programme doit passer devant le parlement local début 2012. L’agence chargée du TGV estime que cette montée en puissance progressive de la grande vitesse devrait rassurer les investisseurs privés, appelés à jouer un grand rôle dans le financement à partir de la deuxième phase. Rappelant que construire la LGV coûtera moins cher aux Californiens que les élargissements d’autoroutes ou les agrandissements d’aéroports dont elle les dispensera, elle assure toujours que l’exploitation sera rentable. Les concepteurs du projet ne disent en revanche plus un mot sur le coût de la cinquième phase, qui doit encore ajouter au nord un prolongement de Merced à Sacramento et au sud une branche de Los Angeles à San Diego. Le système, achevé, ferait alors 1 300 km de long. Vers 2050 ?François Enver

Le Centre va subventionner les navetteurs vers l’Ile-de-France
Les navetteurs Orléans – Paris, et plus généralement les Vendômois ou Tourangeaux travaillant en Ile-de-France, ne débourseront plus que 75 euros maxi par mois pour gagner leur entreprise quotidiennement. C’est la mesure que vient d’adopter le conseil régional
du Centre, qui va subventionner la « mobilité professionnelle des salariés », accentuant ainsi le phénomène de « banlieurisation » de la région. En adoptant, le 20 octobre, une « aide complémentaire à la mobilité professionnelle des salariés », le conseil régional du Centre a voulu donner un « coup de pouce au pouvoir d’achat ». Cette aide bénéficiera aux salariés porteurs d’un abonnement SNCF de plus de 150 euros par mois. Après la prime transport due par l’employeur, l’abonné ne doit pas supporter in fine une charge mensuelle de plus de 75 euros, soit un trajet inférieur à 2 euros en 2de classe. Cette mesure est valable pour les trains TER, Transilien ou TGV, ce qui va d’abord favoriser les salariés partant travailler chaque matin en région parisienne. Pendant longtemps, la région a fait du développement endogène une priorité inaltérable. « Mais la réalité est là, constate François Bonneau, président PS de la région, l’emploi et la matière grise sont d’abord concentrés en Ile-de-France et les coûts de transport pèsent de plus en plus sur le pouvoir d’achat. » Au total, 8 000 abonnés (dont 1 900 au départ d’Orléans, 700 de Chartres ou 500 de Montargis) devraient bénéficier de cette aide dès son lancement, le 1er janvier prochain. De fait, le dispositif bénéficiera à de nombreux cadres (notamment utilisateurs du TGV au départ de Tours et de Vendôme). Faute de pouvoir obtenir une carte Orange (uniquement disponible dans une ville régionale, Malesherbes), la région créée donc son propre dispositif qui, pour certains, « pourrait accentuer le déménagement régional ». De plus en plus de salariés régionaux travaillent en effet en Ile-de-France, alors que de nombreux Franciliens déménagent désormais dans les « franges franciliennes », accentuant le phénomène de « banlieurisation » et le développement de vastes zones pavillonnaires.« Coût exponentiel » ?
En effet, près de 85 % des abonnés « domicile – travail » éligibles à cette aide travaillent en région parisienne. En cinq ans, la région Centre a ainsi accueilli 87 000 entrées de Franciliens, leur seconde terre d’accueil après Paca. Et chaque année ce sont près de 1 500 familles franciliennes qui s’installent dans l’agglomération orléanaise. C’est pourquoi Xavier Beulin, président du CESR, parle du nouveau dispositif régional comme « d’une contribution à une nouvelle culture de la mobilité et à l’aménagement du territoire régional ». Pourtant, Jean-Michel Bodin, vice-président de la région en charge des transports et initiateur de cette aide réclame de la vigilance : « Ce dispositif est-il une aide à l’aménagement du territoire dans le bon sens ou dans le sens inverse ? », se demande-t-il. De plus, selon lui, son coût pourrait aussi devenir « exponentiel », avec une charge de 5,2 millions d’euros en 2012, puis 6 millions en année pleine. Et cela d’autant plus que d’ici à 2020 le conseil régional veut augmenter de 50 % la fréquentation de ses trains, en particulier sur Chartres – Paris, où l’arrivée de 13 nouvelles rames en 2013 et le cadencement vont dégager de fortes capacités. Cette aide régionale pourrait donc constituer « un appel d’air » pour accentuer la « banlieurisation » de la région. C’est d’ailleurs pourquoi Charles-Eric Lemaignen, président de l’Agglo d’Orléans et membre du bureau du Gart, aurait préféré d’autres priorités comme, « l’investissement de la région sur les lignes malades » au départ de Chartres et Orléans vers Paris.
Jean-Jacques TALPIN

Lyon – Turin : Paris et Rome s’accordent pour financer?le tunnel
Il y avait urgence à s’entendre : le calendrier du projet de ligne nouvelle Lyon – Turin était devenu tellement obsolète que Bruxelles a haussé le ton il y a quelques mois. class= »rtejustify »>
Il y avait urgence à s’entendre : le calendrier du projet de ligne nouvelle Lyon – Turin était devenu tellement obsolète que Bruxelles a haussé le ton il y a quelques mois. Si la France et l’Italie ne s’entendaient pas sur le financement, si un avant-projet n’était pas mis au point et si les travaux préparatoires côté italien n’étaient pas lancés avant la fin du premier semestre 2011, la contribution européenne serait purement et simplement supprimée, avait prévenu la Commission.
Message reçu. Le 27 septembre, la France et l’Italie ont trouvé un accord sur le financement du tunnel ferroviaire de base entre Saint-Jean-de-Maurienne et la vallée de la Suse dans le Piémont. Cet accord prévoit désormais un financement de la section internationale supporté à un peu moins de 30 % par l’Europe (inchangé), tandis que les Italiens et les Français se répartiront le reste : 57,9 % pour les premiers et 42,1 % pour les seconds (alors que la répartition initiale prévoyait un partage 63 %-37 %). Les Italiens ont également obtenu un phasage des travaux, car ils souhaitent reporter à plus tard le percement du tunnel de l’Orsiera, théâtre d’une violente contestation du projet.
Dans un premier temps, le projet consisterait donc à réaliser le tunnel de base de 57 km et deux gares internationales pour un montant de 8,5 milliards d’euros. Plus tard, ce serait au tour des tunnels de Belledonne, puis du Glandon (2,8 milliards d’euros pour les deux ouvrages), ainsi que des aménagements de voies côté français. Puis une troisième phase prévoit la construction du tunnel de l’Orsiera pour 1,8 milliard d’euros. Prochaine étape importante : la signature de l’avenant au traité de Turin de 2001, qui doit notamment mettre en place le futur promoteur public binational de la liaison. Même si ce document pourrait être signé avant la fin de l’année, il ne met pas fin pour autant aux incertitudes qui pèsent toujours sur ce projet. Surtout côté italien. « Quand les travaux du tunnel de reconnaissance de Maddalena commenceront, on y verra plus clair », assure un bon connaisseur du dossier. Il estime que ces travaux pourraient être lancés en novembre car le chantier a été « sécurisé » fin juin, sous haute protection policière. Côté français, un débat public sur les accès au tunnel pourrait aussi être mené avant la fin de l’année. Mais personne ne se risquerait sur un calendrier ultérieur. La décision de passer des travaux préparatoires au lancement du projet lui-même sera une décision hautement politique… et, cela va sans dire, financière.
Marie-Hélène Poingt

L’épargne populaire pour financer le Snit ?
Plusieurs députés communistes ont déposé le 18 octobre à l’Assemblée nationale une proposition de loi pour remédier à « l’absence totale de crédibilité » du schéma national des infrastructures de transport (Snit), « faute de priorisation des projets et surtout, faute de financements dédiés ». class= »rtejustify »>
Plusieurs députés communistes ont déposé le 18 octobre à l’Assemblée nationale une proposition de loi pour remédier à « l’absence totale de crédibilité » du schéma national des infrastructures de transport (Snit), « faute de priorisation des projets et surtout, faute de financements dédiés ». Le Snit recense 260 milliards d’euros de projets sur 30 ans, ce qui est élevé au regard du budget de l’Afitf, mais surtout de celui des collectivités locales qui devraient contribuer à hauteur de 97 milliards. Les parlementaires proposent la création d’une source de financement pérenne dédiée aux infrastructures de transport. Il s’agirait d’un livret d’épargne défiscalisé sur le modèle du livret A dont les fonds, partiellement centralisés par la Caisse des dépôts et consignations, seraient accessibles pour des investissements nouveaux, pour des travaux de maintenance et de régénération. « Le Japon est financé par les Japonais. La dette est détenue par le peuple, ils ne risquent rien pour leur tripe A ! Le livret A finance le logement, il pourrait y avoir d’autres livrets. Les Français épargnent presque 17 % de leurs revenus, on pourrait en affecter une partie aux infrastructures ! », a proposé le sénateur Yves Krattinger lors du débat organisé le 25 octobre par TDIE sur le financement du Snit. Pour Michel Bouvard, président de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts ce n’est pas si simple : « L’hypothèse d’un livret infrastructures pose quelques problèmes. Une enveloppe de 8 milliards a déjà été mobilisée, et l’épargne des Français n’est pas extensive. Il ne faudrait pas que ce nouveau livret pèse sur la consommation ou se fasse au détriment d’une autre forme d’épargne, l’assurance-vie, par exemple. » Pour le vice-président du conseil général de la Gironde, Gilles Savary, recourir à l’épargne privée pourrait également se faire sur le modèle des « project bonds » européens. Au-delà de ces questions de financement, le débat de TDIE a également porté sur la gouvernance. « La nécessité de hiérarchiser les projets du Snit est impérieuse. Il faut définir les priorités et ne pas en changer tous les deux ans. Et ne plus faire passer une infrastructure quelque part sous prétexte que l’on a un ancien Premier ministre à cet endroit. Ce fonctionnement-là, on ne peut plus se le permettre », a souligné Gilles Savary. « La question n’est pas tant celle du Snit, mais celle des priorités et les programmes d’action » a pour sa part noté Noël de Saint Pulgent, membre du Conseil scientifique de TDIE. « Le Snit n’est pas un document de programmation, c’est un document réducteur d’incertitudes. Si l’on veut programmer, c’est un autre exercice. Peut-être pourrions-nous nous accorder sur une préprogrammation pour 5 ans », a proposé le président de l’Afitf, Dominique Perben. « Ne faut-il pas revoir les paramètres d’évaluation des projets en terme d’efficacité socio-économique ? Les paramètres de régularité, de robustesse du réseau devraient avoir plus d’importance que le point à point à grande vitesse. Le Snit ce n’est pas le développement des LGV au départ de Paris », a indiqué Véronique Wallon, directrice générale adjointe de RFF.
Guillaume LEBORGNE
Les élus communistes lorrains proposent un amendement pour créer un VT régional
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La région est la seule collectivité locale qui ne peut plus lever de fiscalité directe constate le groupe communiste du conseil régional de Lorraine. Or, depuis la suppression de la taxe professionnelle et le gel des dotations de l’Etat, les régions s’estiment financièrement asphyxiées et bien en peine de financer leurs TER. C’est pourquoi le groupe PC lorrain, à l’initiative de son président, Roger Tirlicien, ainsi que du vice-président chargé de la mobilité, Patrick Hatzig, proposera aux élus de gauche, majoritaires au sénat, de porter ensemble, lors de l’examen du projet de loi de finances 2012 un amendement à la Loi organique relative aux lois de finances créant un versement transport (VT) régional. Taux proposés : un maximum de 0,2 % additionnel dans le périmètre des transports urbains et 0,3 % sur le reste du territoire régional. Recette escomptée en Lorraine : 37 millions d’euros. A échelle nationale, la ressource rapporterait, selon les élus, en fourchette basse 500 millions d’euros et jusqu’à 850 millions d’euros en appliquant partout les taux maximaux. Le produit de ce VT serait bien sûr affecté aux dépenses d’investissements et de fonctionnement des transports régionaux de voyageurs, ainsi qu’à l’amélioration de l’intermodalité. Reste à faire voter l’amendement…Dubaï : accord de coopération avec le hongkongais MTR
La Road and Transport Authority (RTA) de Dubaï-Emirats arabes unis et l’exploitant du métro hongkongais MTR ont signé un accord de coopération (Memorandum of Understanding) prévoyant notamment des échanges d’informations et d’expertises en matière de planification, de design, d’exploitation et de maintenance des infrastructures et services de transports urbains, tant ferroviaires que routiers, en vue d’améliorer leur efficacité et de mieux assurer leur intermodalité. RTA exploite les lignes rouge et verte du métro de Dubaï, ainsi qu’une flotte de bus de 1 420 véhicules et diverses liaisons de transport maritime. MTR opère pour sa part, outre le métro de Hong Kong, des lignes de métro en Chine, en Australie, en Suède et au Royaume-Uni.

DB Netz condamné pour ses pratiques discriminatoires
Le tribunal administratif fédéral exige le retrait de certaines clauses « abusives » fixées par la filiale de la Bahn lors de l’attribution des sillons. Un jugement qui pose une nouvelle fois la question de l’indépendance du gestionnaire de l’infrastructure. Le verdict était très attendu par tous les concurrents de la Deutsche Bahn qui s’estiment lésés dans leur droit à un juste accès au réseau ferré. Après le prix de l’électricité et les taxes d’arrêt en gare, ce sont cette fois-ci les conditions d’utilisation des sillons qui se retrouvent dans le collimateur de la justice. Par exemple, l’obligation faite aux compagnies empruntant les rails allemands d’embaucher exclusivement du personnel maîtrisant la langue de Goethe, « à l’écrit et à l’oral », précise le gestionnaire de l’infrastructure, tout en ajoutant que cela vaut également pour les agents d’entretien. Autre critère litigieux : DB Netz exige que soit systématiquement réglée l’intégralité du prix des sillons, y compris lorsque les voies sont inutilisables pour cause de travaux. Au total, le tribunal administratif fédéral a listé treize dispositions « discriminatoires », suite à une plainte déposée par l’Agence des réseaux, le gendarme allemand du rail. DB Netz est désormais sommé de mettre fin sine die à ces pratiques qui entravent la concurrence.
Dans un communiqué, l’opérateur historique cherche à relativiser la portée de cette condamnation. « La justice s’est déjà prononcée sur 99 clauses litigieuses et plus de 80 d’entre elles n’ont pas été recalées », rappelle-t-il. Il n’empêche : ce jugement pose une nouvelle fois la question de l’indépendance de DB Netz. Car cet épisode donne des arguments supplémentaires à tous ceux qui souhaitent que la Deutsche Bahn n’ait plus la main mise sur le réseau. Hasard du calendrier, la commission des Monopoles vient justement de rappeler à l’ordre la DB. Pour la troisième fois en trois ans, cet organe qui conseille le gouvernement sur les questions de concurrence estime qu’il est urgent de placer DB Netz sous la tutelle de l’Etat, afin de garantir « une concurrence juste et stable, dont les usagers seraient les premiers bénéficiaires ». Au passage, les experts égratignent le gouvernement, qui ne prendrait pas ses responsabilités : au début de l’année, le ministre des Transports avait annoncé qu’il ne séparerait pas la Bahn de sa filiale, malgré les injonctions de Bruxelles. Mais ce statu quo n’en finit plus de faire des vagues.
Le syndicat des conducteurs de trains (GDL) vient désormais à son tour grossir les rangs des partisans du divorce forcé entre la Bahn et sa lucrative filiale (1,2 milliard d’euros de bénéfices attendus en 2015). Pour l’organisation professionnelle, les compagnies privées ne cessent de tirer les salaires de leurs cheminots vers le bas, pour compenser les surcoûts liés à cette compétition biaisée. « La concurrence, ou plutôt la concurrence imparfaite, se fait sur le dos des salariés », déplore Claus Wesselsky, le président de GDL. La DB rejette ces accusations et fustige l’analyse trop simpliste de la commission des Monopoles : « Tous les pays qui ont séparé le réseau des activités opérationnelles ont connu une explosion du prix des sillons », met en garde la compagnie.
Antoine Heulard

La ligne métrique Le Blanc – Argent est sauvée
Après 15 mois de polémiques, le conseil régional du Centre vient d’accepter de financer une grande partie des travaux de sécurisation de cette ligne d’abord empruntée par des scolaires de Sologne. Après 15 mois de polémiques, le conseil régional du Centre vient d’accepter de financer une grande partie des travaux de sécurisation de cette ligne d’abord empruntée par des scolaires de Sologne. Face aux refus de financement par les conseils généraux de l’Indre et du Loir-et-Cher, la région porte sa participation de 4 à 9,1 millions d’euros, le solde étant apporté par RFF (4,5 millions) et la communauté de communes de Romorantin (250 000 euros). La région a estimé que cette ligne exploitée par Keolis « était un élément fondamental de l’aménagement du territoire ». Depuis 2008, la vitesse de circulation sur cette ligne jugée dégradée avait été abaissée de 70 à 40 km/h. Une convention de financement a donc été signée avec RFF, qui engagera des travaux en décembre prochain pour un « retour à la normale » en septembre 2012.
J.-J. T.