Catégorie : Politique des transports

Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports

  • Un accord entre RFF et la grande distribution

    Réseau ferré de France a signé le 18 juin une convention avec des entreprises de la grande distribution pour étudier les conditions d’un report modal du routier vers le ferroviaire. Auchan, Conforama, Casino, Castorama, Ikea, Intermarché, Leroy-Merlin et RFF vont étudier la faisabilité économique et technique de la mise en place de services de transport combiné sur les axes Rennes – Lyon et Dourges – Lyon dès 2011. L’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) est également associée.

  • Taïpeh construit sa future gare multimodale

    Particulièrement à Taïpeh, la capitale, mais aussi dans les métropoles de Kaoshing et de Taichung, partout, les transports urbains et interurbains innervent la gigantesque conurbation qu?est la façade ouest de Taïwan A l’extérieur, deux tours jumelles de verre et d’acier. A l’intérieur, des bureaux, des espaces commerciaux, des couloirs à n’en plus finir et des panneaux indicateurs à foison… Bienvenue en 2014, dans la toute nouvelle gare centrale de Taïpeh, où s’interconnecteront 3 lignes de métro, le réseau ferré national conventionnel, celui de la grande vitesse et la ligne menant à l’aéroport.
    Premier cercle desservi : Taïpeh et ses banlieues, soit 6,2 millions d’habitants. Par un métro en expansion, tout d’abord : aux 93 km du moment, s’en ajouteront 63, représentant 5 nouvelles lignes ou extensions, qui devraient ouvrir entre fin 2010 et fin 2015. Plus tard, à l’horizon 2021, le réseau pourrait passer à 270 km, avec l’ambition de transporter 3,6 millions de voyageurs par jour, contre 1,3 million aujourd’hui. « Au métro de grande capacité des débuts du réseau, nous préférons désormais la moyenne capacité et l’automatisation complète », annonce Chang Pei-Yi, directeur général adjoint du Department of Rapid Transit System (Dorts), le maître d’ouvrage du métro de Taïpeh, dont l’exploitant est la Taïpeh Rapid Transit Corporation (TRTC).
    La ligne express de 53 km qui reliera Taïpeh à son aéroport de Taoyuan, sous la double responsabilité du Dorts et du bureau de la grande vitesse du ministère des Transports et Communications (MOTC), devrait être mise en service en 2014. Sur le modèle de Hongkong ou Kuala Lumpur, elle permettra l’enregistrement au départ des passagers en gare centrale de Taïpeh et sera connectée au réseau à grande vitesse en gare de Taoyuan.
    Le réseau national conventionnel de la Taiwan Railway Administration (TRA), vieillissant et concurrencé par la grande vitesse sur les longues distances, entend se repositionner à la manière d’un RER : « Nous allons privilégier les liaisons intra et intercités de 40 à 70 km, comme Taïpeh – Taoyuan ou Taïpeh – Keelung, avec des fréquences accrues », annonce Franck C. K. Fan, le directeur général de la TRA. Cette reconversion implique une importante mise à niveau : nouveau matériel roulant, mise en viaduc ou en tunnel d’une partie des voies, rénovation des gares, modernisation de la signalisation, du système de communication et de contrôle, de la billetterie… Sous ce chapitre, la TRA a adopté l’Easy Card, la carte monétique sans contact en vigueur dans les autres transports publics de la capitale.
    Enfin, malgré ses difficultés, le réseau à grande vitesse n’est pas non plus inactif sur Taïpeh. Son exploitant THSRC envisage en effet une extension de 7 km et une gare supplémentaire à Nangang, dont le génie civil est déjà en cours, pour compléter sa desserte de la cité.
     

    François BOUCHER

  • LGV : l?Espagne serre la vis de ses investissements

    Un mois après son plan de relance, l?Espagne va revoir ses investissements ferroviaires à la baisse. La LGV Madrid – Lisbonne et l?amélioration du réseau conventionnel vont sans doute être remis à des jours meilleurs Rigueur budgétaire oblige, le gouvernement espagnol va faire 15 milliards d’euros de coupe dans ses dépenses, dont 6 en 2010 et 2011 dans les transports et leurs infrastructures. Tout le pays sera touché, tous les modes de transport aussi, mais un peu moins le ferroviaire. Devant les Cortès, le 19 mai dernier, José Blanco a annoncé 6,4 milliards d’euros d’économies en deux ans pour son ministère du Développement. Discret sur le détail, le ministre a avancé un étalement des chantiers et des opérations différées, peut-être sine die, en fonction de la conjoncture.
    Cependant, pourront faire exception les travaux ferroviaires menés dans le cadre d’une collaboration public-privé. En effet, le 7 avril, José Luis Rodriguez Zapatero avait lancé un « plan extraordinaire » (PEI) de 17 milliards d’euros en deux ans. Ces investissements devaient soutenir l’activité économique et l’emploi, dans un cadre très proche du partenariat public-privé (PPP) à la française. Un mois plus tard, la logique est inversée, l’austérité est de mise mais la recherche de PPP demeure : à ce jour, des banques, ultérieurement des entreprises du BTP ibériques, pourraient être intéressées par ces modalités qui autorisent des concessions.
    Règle générale de la rigueur printanière, les chantiers déjà engagés vont prendre un peu plus de temps. « Avant de construire plus, nous devons tirer un meilleur rendement de ce que nous avons », affirme José Blanco, sur un ton nettement moins ambitieux que celui employé encore récemment à Madrid.
    C’est dire que le plan stratégique d’infrastructures de transport (Peit) en vigueur sur la période 2005-2020 ne sera pas fini à terme : il prévoyait au départ 241 milliards d’euros de dépenses, dont 103 pour le seul ferroviaire. Cet effort restant en arrière-plan, trois projets demeurent prioritaires dans une communauté sensible comme l’est la Catalogne : l’achèvement de la grande vitesse jusqu’à la frontière française (accords internationaux obligent), la modernisation de la banlieue de Barcelone saturée et l’amélioration de l’accès à son port. De même, le désenclavement de la Galice, au nord-ouest, progressera avec la livraison de Ourense – Santiago, confirmée pour 2011.
    S’affichant visionnaire et un peu cassant, le ministre a martelé devant les députés : « Rien ne redeviendra comme avant. » Et de renvoyer les projets visés ou annulés à un redéploiement des programmes via un décret. Paraissent à ce stade dans la ligne de mire, la liaison directe entre Palencia et Santander (les Cantabres devant passer par Bilbao), le TGV Madrid – Lisbonne, le tronçon vers les Asturies, déjà difficile à faire en raison de longs tunnels entre León et Oviedo, l’amélioration du réseau conventionnel, telle la banlieue de Valence. Par contre, la grande vitesse reliera bien cette ville et Madrid en décembre prochain, a réitéré José Blanco, avant d’engager les communautés autonomes aux budgets plus ou moins fournis à se mettre, elles aussi, à la diète.
    Des sections vont donc être durablement annulées comme les prolongements du « Y » basque vers Miranda de Ebro ou, en Navarre, le parcours entre Pampelune et Saragosse. Techniquement, ces discontinuités un peu curieuses pourraient être palliées, au moins provisoirement, par les rames à écartement variable existantes. Une offre où les fabricants hispaniques Talgo et CAF ont une solide expérience.
    La situation est plus paradoxale en Pays basque où la répartition des compétences et des financements pourraient avoir des effets moins dévastateurs. La situation économique de ce territoire étant en effet meilleure que dans le reste de la péninsule, il dispose de ressources propres assez abondantes et de la confiance des institutions financières.
     

    Michel GARICOÏX

  • La grande vitesse italienne prend du retard au nord-est

    Pas de TGV pour Venise : le train à grande vitesse avance au ralenti dans le nord-est de la Botte. Une décision du gouvernement Berlusconi aggrave la situation Le nord-est de la Botte bénéficiera-t-il bientôt de la grande vitesse ? Rien n’est moins sûr. Ces derniers jours, les travaux LGV de cette riche région d’Italie ont subi un sacré coup de frein de la part du gouvernement Berlusconi. Pour l’instant, dans cette zone, la grande vitesse s’arrête à Treviglio (province de Bergame), soit à moins de 40 km de Milan. Ensuite, seule une miniportion Padoue – Venise est à grande vitesse, si bien qu’il faut compter plus de 2 heures 30 pour un Milan – Venise. Le 13 mai, le Cipe – Comité interministériel pour la programmation économique – a aggravé la situation, en actualisant le programme financier 2007-2011 du groupe public ferroviaire Ferrovie dello Stato. Cette actualisation exclut le Nord-Est des futurs travaux. Ainsi, le tracé TGV Vérone – Padoue (120 millions d’euros) et la portion Brescia – Vérone (84 millions d’euros) vont devoir attendre 2011 pour avoir des financements. Pour Venise – Trieste, impossible de savoir quand les fonds seront débloqués. Autre problème : le tracé Treviglio – Brescia va recevoir 1,130 milliard, alors que plus de 2 milliards sont nécessaires pour ce chantier. « Nous allons devoir tout reporter à 2020 ! », s’agace Andrea Tomat, président de l’organisation patronale Confindustria en Vénétie. Les entrepreneurs de la région sont d’autant plus inquiets qu’en 2015 Milan organise l’Exposition universelle. 30 millions de visiteurs sont attendus, dont 20 % logeront dans d’autres villes. Sans LGV, le Nord-Est sera défavorisé. Actuellement, des TGV circulent entre Turin et Milan, et de Milan vers Bologne, Florence, Rome et Naples.
     

    Eléonore KERN

  • L?Assemblée italienne renonce à l?achat de 1 000 trains régionaux

    La majorité de Berlusconi a refusé un projet d?achat de 1 000 trains sur quinze ans proposé en mai par la commission Transports de l?Assemblée, qui voulait moderniser le réseau ferroviaire de proximité En Italie, pas une semaine ne passe sans que les adeptes de la formule « train-boulot-dodo » ne se plaignent de l’état désastreux des trains régionaux et de banlieue. Retards, saleté, accidents : pour moderniser ce réseau de proximité, la commission Transports de l’Assemblée a élaboré spontanément en mai un projet de loi prévoyant d’assurer au groupe public italien de transport ferroviaire Ferrovie dello Stato un financement annuel de 300 millions d’euros à partir de 2011. Ces fonds auraient permis d’acheter 1 000 trains sur quinze ans, selon le député de gauche Michele Meta (PD), rapporteur de ce texte qui avait recueilli l’adhésion de députés des deux camps. Mais fin mai, la commission Budget, présidée par la majorité de droite de Berlusconi, a rejeté à deux reprises ce projet de loi, qui est donc enterré. C’est, semble-t-il, le rassemblement des financements (montant total 4,5 milliards d’euros) qui a posé problème. La commission Transports envisageait initialement de relever la taxation sur les carburants. Elle a ensuite prôné le recours à l’augmentation d’une taxe sur les profits des groupes énergétiques, sans pour autant convaincre la commission Budget. Après ces deux refus, la commission Transports a donc préféré abandonner. A noter que ce projet d’investir dans le transport de passagers avait suscité la colère du fret. Giacomo Di Patrizi, président de FerCargo – association représentant les sociétés privées du secteur – avait rappelé que le fret traverse « une crise dramatique, avec en 2009 une baisse de l’activité largement supérieure à 30 % ».
     

    Eléonore KERN

  • Le dossier « droits des passagers » avance mais les polémiques continuent

    Encore une étape de franchie pour la future législation communautaire sur les droits des passagers dans les autocars Les députés européens de la Commission Transports ont adopté en seconde lecture le rapport de leur collègue Antonio Cancian, tout en le modifiant assez sensiblement par leurs amendements, ce qui montre que le sujet reste polémique et que le texte va sans doute encore évoluer d’ici son adoption définitive.
    Voici ce qui a été décidé sur quelques points clés :
    Champ d’application du texte : il couvre d’office le transport national et international. Les transports urbains et suburbains peuvent être exclus par les Etats, « à condition qu’ils offrent un niveau comparable en terme de droits des passagers ». Le transport régional est lui aussi concerné, à moins d’être intégré dans un réseau de service urbain ou suburbain. Michel Quidort, président de l’EPTO, qui représente les opérateurs privés au niveau européen, s’interroge sur l’imprécision du texte : « le transport régional ce n’est pas le même concept aux Pays-Bas où on traverse tout le pays pour aller travailler qu’en France, où commence-t-il et où finit-il ? » En France, seule l’Ille-et-Vilaine, les Alpes-Maritimes et le Rhône ont une offre de transport intégrée entre le local et le régional ;
    Indemnisation/compensation : les eurodéputés ont durci la législation, ce qui promet un bras de fer sur ce sujet avec les ministres des Transports. Au bout d’une heure de retard, les passagers ont droit à des boissons et des collations ou repas. Dans les cas où le retard au départ dépasse deux heures, le passager aurait droit à un remboursement ou à un transport par un autre moyen. Au cas où aucune alternative n’est proposée, l’opérateur devra payer une compensation équivalente à 50 % du prix du billet. Même chose si le retard à l’arrivée dépasse deux heures à cause d’une négligence du chauffeur ou d’un problème technique ;
    Responsabilité en cas d’accident : le transporteur devra dans les deux semaines suivant la blessure ou le décès d’un passager indemniser au moins partiellement dans un premier temps la personne ou sa famille, il devra prendre en charge les frais y compris éventuellement ceux des funérailles. Des modalités qui ne s’appliquent pas si la compagnie n’est pas responsable du sinistre ;
    Personnes à mobilité réduite : la législation prévoit qu’elles ont le droit de monter à bord, sauf si leur sécurité est menacée. Le texte prévoit l’équipement des terminaux pour favoriser l’accès. Le personnel doit être formé à l’accueil des PMR, qui, sinon, peuvent faire voyager gratuitement un accompagnateur pour les assister. Là aussi, les transporteurs de proximité estiment que ces mesures ne sont pas assez pragmatiques et ne tiennent pas compte de la réalité sur le terrain, et qu’elles risquent au bout du compte de surenchérir le coût des contrats de service public pour les autorités organisatrices, si les équivalences de services rendus, comme par exemple le transport à la demande, ne sont pas reconnues comme suffisantes par le texte.
    Les négociations avec les ministres des Transports ont d’ores et déjà commencé sur cette nouvelle mouture, le Parlement européen espérant voter en plénière le mois prochain. Mais cette date sera difficile à tenir, tant les Etats et les députés divergent. A tel point que les Hongrois qui prendront le relais de la présidence belge de l’Union européenne au premier semestre 2011 craignent même d’hériter du dossier !
     

    Isabelle ORY

  • Libéralisation du transport régional : l?Allemagne s?interroge sur l?avenir

    Après 15 ans de libéralisation du transport régional en Allemagne, le souhait des AOT serait de faire évoluer les contrats vers des durées plus longues « Après dix ans d’ouverture du marché, les prix commencent à remonter, disent en général les experts. Ce n’est pas le cas en Allemagne », assure Bernhard Wewers, le président de la Bundesarbeitsgemeinschaft der Aufgabenträger des SPNV (association des autorités organisatrices des transports ferroviaires régionaux en Allemagne), qui dressait le 7 juin pour l’Union internationale des transports publics (UITP) le bilan de quinze ans de libéralisation du transport ferroviaire dans son pays. Selon lui, le transport ferré régional allemand a vu le nombre de ses passagers faire un bond de 43 %, le nombre de km-trains croître de 28 %, tandis que les coûts s’abaissaient de 26 %.
    « C’est donc une histoire à succès tant pour les autorités organisatrices – elles sont 28 – que pour les opérateurs ferroviaires qui sont une petite trentaine », résume-t-il. Loin devant les autres, la Deutsche Bahn, même si elle perd des recettes, serait aussi gagnante car ses concurrents potentiels apportent des idées nouvelles et la forcent à innover. « De plus en plus, les contrats ne se remportent pas sur la base de la baisse des coûts mais sur une base de développement des recettes », précise Bernhard Wewers.
    Une nuance toutefois : la longueur de la procédure. Entre le lancement de l’appel d’offres et le choix de l’opérateur qui exploitera le réseau, il faut compter deux ans environ. Comme l’opérateur retenu doit ensuite commander le matériel, il faut encore ajouter deux ou trois ans avant que le nouvel exploitant puisse commencer son service. « Nous sommes confrontés à un boom des appels d’offres à lancer. Il faut voir si notre système peut l’absorber. A cela s’ajoutent la crise financière et le problème de la diminution des subventions de l’Etat fédéral », souligne Bernhard Wewers. Le représentant des autorités organisatrices des transports pense que le type de contrat passé jusqu’à présent devrait évoluer. Sans doute vers des durées plus longues permettant de financer le matériel roulant et vers des contrats minimisant les risques pour l’exploitant. Selon lui, le débat est lancé en Allemagne.
     

    Marie-Hélène POINGT

  • Les Corail, Téoz et les trains de nuit ouverts à la concurrence dans quatre ans

    Les trains Corail Intercités, Téoz et les trains de nuit Lunéa vont bientôt être soumis à leur tour à la concurrence. C?est ce qui découle du contrat que la SNCF s?apprête à signer début juillet avec l?Etat Cette convention avait été demandée par Nicolas Sarkozy pour trouver une solution à la survie des trains d’aménagement du territoire. Elle confie à la SNCF pour quatre ans l’exploitation de ces trains, structurellement déficitaire selon elle. Ou plus exactement pour trois ans, auxquels s’ajoutera une année de transition pour préparer l’arrivée d’opérateurs concurrents sur ce marché. L’Etat prendra de ce fait la casquette d’autorité organisatrice des transports pour ces liaisons, comme le font actuellement les régions pour les TER.
    Jusqu’à présent, la Société nationale organisait une péréquation interne entre ses liaisons rentables et celles qui sont déficitaires. Mais le système est en train de trouver ses limites : le TGV est moins rentable et le sera de moins en moins avec l’arrivée de la concurrence. De plus, le déficit de la plupart des Intercités est tel que le conseil d’administration de la SNCF ne peut autoriser des investissements dans cette activité. Or, le matériel arrive en bout de course. Pour le moderniser et le renouveler, il faudrait investir entre 1,5 et 2 milliards d’euros.
    D’où la nécessité de trouver une solution, réclamée depuis des années par la SNCF pour ne plus supporter seule ces charges. Dans les années 2005, elle avait tenté de se décharger sur les régions, provoquant une levée de boucliers. La solution proposée aujourd’hui porte en germe une nouvelle cause de fâcherie avec les syndicats car elle risque à terme de délester un peu plus les activités historiques de la SNCF.
    A l’avenir, la péréquation va être externalisée et gérée par l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf). Ce fonds sera alimenté par une contribution sur les billets de train grandes lignes. Mais à terme, la SNCF ne sera plus la seule à payer puisque, avec l’ouverture du transport ferroviaire international de voyageurs depuis le 13 décembre dernier, de nouveaux opérateurs finiront bien par arriver sur le marché et seront donc taxés eux aussi.
    Ce scénario n’était pas gagné d’avance. Depuis des mois, la SNCF négociait en catimini avec le secrétariat d’Etat aux Transports pour finaliser un contrat lui confiant la gestion des trains qu’elle avait elle-même rebaptisés trains d’aménagement du territoire. Elle mettait dans ce paquet les seules liaisons ferrées Intercités et les trains de nuit déficitaires. Soit une quinzaine de lignes nécessitant quelque 170 millions d’euros annuels en prenant en compte les investissements nécessaires au renouvellement du matériel roulant, selon les calculs de la SNCF.
    Mais, dès qu’ils ont eu la certitude de ce qui se tramait, les nouveaux opérateurs ferroviaires ont commencé leur travail de lobbying pour avoir leur place dans le dispositif. En avril, Veolia Transport a adressé une lettre à Dominique Bussereau, le secrétaire d’Etat aux Transports, pour lui faire comprendre son mécontentement. L’opérateur n’a jamais caché qu’il souhaitait se porter candidat à l’exploitation de ces lignes. Il considérait même qu’elles pourraient représenter un bon test avant de se lancer sur le marché des TER promis lui aussi à la concurrence.
    Au bout de longues semaines, Dominique Bussereau a fini par admettre qu’à terme ces liaisons pourraient être « externalisées ». En recourant à une convention, l’Etat reconnaît implicitement que ces liaisons tombent dans le champ du règlement européen sur les obligations de service public, qui prévoit l’ouverture à la concurrence. Ses services avaient prévu de conclure un contrat de cinq ans avec la SNCF. Trop long selon les nouveaux entrants préférant une durée de trois ans, avec éventuellement une phase transitoire pour préparer l’avenir.
    Les concurrents potentiels de la SNCF ont donc eu gain de cause. Ils ont également obtenu satisfaction sur un autre chapitre : le périmètre des lignes concernées. Ils ont demandé que la convention englobe tous les trains Corail, Intercités, Téoz et Lunéa. Un package commercialement plus intéressant car n’incluant pas que les seules liaisons déficitaires déterminées par la SNCF. Cette demande présentait également l’avantage d’être soutenue par la Fnaut (fédération nationale des associations d’usagers des transports). Le gouvernement s’est appuyé dans ses choix sur un audit mené par le cabinet KPMG chargé de faire un état des lieux, de déterminer les trains éligibles au fonds de péréquation ainsi que le montant de la contribution.
    Pour l’avenir, les concurrents de la SNCF souhaitent que les conventions soient passées par lots sur une durée d’une dizaine d’années. Elles pourraient par exemple concerner toutes les lignes d’une région. Veolia Transport semble particulièrement intéressé par la Normandie, notamment la ligne Paris – Granville. Une liaison emblématique mal exploitée par la SNCF selon plusieurs observateurs. Alors que la SNCF utilise 19 rames, 12 suffiraient, assurent-ils en dénigrant également la relève historique effectuée en plein milieu du parcours. Selon eux, une organisation différente permettrait de réduire drastiquement les coûts. Des arguments auxquels personne n’est insensible en période de crise. Mais il reste l’argument social qui incite le gouvernement à la prudence. Dans quatre ans, les premières expérimentations d’ouverture à la concurrence des TER devraient être lancées, sinon achevées. Le paysage aura forcément évolué, tout comme le discours syndical qui devra en tenir compte, espèrent les pouvoirs publics. Et les solutions sociales proposées par le rapport Grignon pour préparer l’ouverture à la concurrence dans les TER (dont la publication finale est attendue cet automne) pourraient facilement être transposées aux trains Intercités.
     

    Marie-Hélène POINGT

  • Christian Gazaignes : « Sur le projet Gautrain, la situation financière est difficile »

    Un entretien avec le directeur de Bouygues Travaux publics Entre l’aéroport de Johannesburg et le centre des affaires de Sandton, les marches à blanc du Gautrain se succèdent à un rythme accéléré, tout comme les travaux de finition dans des stations transformées par moments en véritables fourmilières. La promesse va être tenue : le premier train rapide régional d’Afrique entrera en service le 8 juin, trois jours avant le début de la Coupe du monde de football. En première ligne, Bombardier, qui a fourni les rames, RATP Dev, chargé d’exploiter la ligne pendant quinze ans, et Bouygues pour qui c’est un chantier majeur en termes tant d’ambitions que de difficultés particulières. Christian Gazaignes, directeur général de Bouygues Travaux publics depuis février 2003, en témoigne.

     

    Ville, Rail & Transports : Quel est le poids d’un tel chantier pour votre entreprise, notamment par rapport aux chantiers ferroviaires dans l’Hexagone ?
    Christian Gazaignes : C’est un chantier considérable pour Bouygues, le plus important projet ferroviaire d’Afrique. Pour un tel projet en France, il y aurait au moins quinze lots différents pour les entreprises de génie civil. Considérable donc, mais pour un montant travaux de 2,5 milliards d’euros. On peut estimer qu’en France un tel chantier pèserait six à sept milliards d’euros, soit l’équivalant de la LGV Sud Europe Atlantique. Dans ce pays où il n’y a pas une administration forte, le mener en quatre ans pour sa première phase représente une gageure. Sur les 1 400 parcelles de terrains que l’administration devait rendre disponibles, pas une seule n’a été livrée à la date. D’où une situation financière difficile : c’est une perte importante que nous avons provisionnée en 2009. Nous espérons à la fin obtenir une indemnisation, en faisant valoir les moyens supplémentaires que nous avons dû déployer pour compenser le retard initial. Il y a un contrat, l’autorité devrait être tenue par ses obligations. Les négociations sur les pénalités sont engagées, cela prendra un peu de temps…

    VR&T : En dépit de cela, pour la première phase, entre l’aéroport et Sandton, la mise en service sera en avance sur les prévisions…
    C. G. : Etre prêt pour le début de la Coupe du monde, c’était important pour tous, même si ce n’était pas dans le calendrier d’origine, puisque le contrat était déjà en cours lorsque la date de la Coupe a été fixée. Nous travaillons comme des fous et livrerons donc le chantier trois semaines avant la date prévue, tout en ayant compensé les retards du début. Pour la seconde phase du projet, entre Johannesburg et Pretoria, il y a du retard sur certaines parties du chantier et il n’est pas certain que tout soit achevé en mars 2011. C’est, en particulier, dû à la complexité géologique, avec des zones de dolomites, des vides, des cavités irrégulières et donc un important risque d’effondrement du sol. Il y a très peu de zones de dolomites dans le monde et donc très peu d’expérience de ces situations. Sur cette zone, nous avons dû réaliser plus de 1 200 sondages.

    VR&T : Quels sont, outre les délais, les objectifs majeurs que vous ont fixés les autorités pour la réalisation de ce chantier ?
    C. G. : D’abord, créer des emplois. Nous avons créé 10 000 emplois directs pendant la construction, 90 000 emplois directs ou indirects sur la durée du projet. Ces objectifs précis sont contrôlés chaque mois par un audit, tout comme le respect des critères d’embauches, fixés en faveur des populations défavorisées, les « previously disavantaged individuals », Noirs, métis, femmes, handicapés… Et puis, il s’agit de diminuer les bouchons sur deux axes routiers essentiels. Entre l’aéroport et Sandton en désengorgeant l’aéroport et pour permettre de rejoindre les grands hôtels. Entre Johannesburg et Pretoria, où le trajet de 80 km peut prendre deux heures et demie. C’est là où il y a le plus de trafic.?Une étude récente estime que pour faire face à la croissance prévue il faudrait prévoir une autoroute à 18 voies si l’on veut éviter les bouchons. Il n’y a de toute façon pas la place. Avec le Gautrain, il faudra 42 minutes pour relier les deux villes. Pour l’ensemble du Gautrain, nous misons sur 160 000 voyageurs quotidiens, 40 millions par an.
     

    Propos recueillis par Pascal GRASSART

  • Westbahn, la future « low-cost » du rail autrichien

    Dans un an et demi, le nouvel opérateur « Westbahn » lancera un train de voyageurs par heure et par sens sur la relation Vienne – Salzbourg. Sept rames à deux niveaux et vitesse à 200 km/h ont été commandées au suisse Stadler Jamais nouvelle entreprise ferroviaire ne se sera lancée avec autant d’ambitions dans une exploitation à si grande échelle, de surcroît en concurrence frontale avec l’opérateur historique existant ! Fondée en 2008, l’entreprise s’appelle Westbahn, elle est autrichienne et s’apprête à exploiter à 200 km/h, dès le 11 décembre 2011, des rames automotrices à deux niveaux, toutes flambant neuves, sur la relation Vienne – Salzbourg, avec un authentique cadencement horaire !
    Première filiale opérationnelle de Rail Holding, Westbahn appartient pour moitié au patron du groupe de travaux publics Strabag, Hans Peter Haselsteiner, et pour l’autre moitié à Stefan Wehinger, ancien directeur de l’activité voyageurs des ÖBB (Österreichische Bundesbahnen, les chemins de fer fédéraux autrichiens). Directement appelé à ce poste de responsabilité en 2004 par le ministre autrichien des Transports de l’époque, Wehinger s’en est vu évincé contre son gré quatre ans plus tard, et tient désormais sa revanche en tant que nouveau directeur général de Westbahn. Et si l’on songe que le président du conseil d’administration de Rail Holding, qui apparaît aussi comme le véritable « coach » du management de Westbahn, n’est autre que le charismatique Benedikt Weibel, autrefois patron des CFF, on peut se dire que les ÖBB ont décidément quelque souci à se faire…
    L’irruption de Westbahn sur la scène ferroviaire autrichienne résulterait finalement, selon Benedikt Weibel, d’un malheureux choix stratégique des ÖBB qui se seraient concentrés depuis des années sur le trafic fret, au détriment de l’activité voyageurs : recherche du gain immédiat oblige ! En Autriche, le trafic « grandes lignes » semble, en effet, ne jamais avoir fonctionné comme un réel centre de profit, hormis sur le corridor Vienne – Linz – Salzbourg, où existe depuis toujours une forte demande qui ne saurait être valablement captée par le transport aérien, vu les faibles distances séparant ces pôles urbains. Rien d’étonnant, donc, à ce que Westbahn ait justement choisi ce même corridor pour démarrer son exploitation et venir ainsi concurrencer, sur leurs terres d’élection, les tout nouveaux Railjet récemment mis en service par les ÖBB. Et cela ne pourrait être qu’un début : « Si tout marche bien, nous pourrions alors élargir notre offre jusqu’à Bratislava et Munich », a même déclaré Benedikt Weibel à l’hebdomadaire allemand Die Zeit…
    « Nous serons tout simplement plus attractifs que les ÖBB », assure pour sa part Stefan Wehinger. Le concept « Westbahn » représente un investissement de 120 millions d’euros, dont l’essentiel, soit 100 millions d’euros, est consacré à l’achat du matériel roulant. Westbahn a commandé au constructeur suisse Stadler sept éléments automoteurs électriques de six caisses à deux niveaux, dont la conception technique dérive du matériel développé pour la S-Bahn de Zurich. Avec néanmoins une première différence d’importance, puisque les rames Westbahn devront pouvoir rouler à 200 km/h en service commercial…
    Les sept éléments automoteurs électriques seront construits dans l’usine suisse d’Altenrhein. Leur maintenance comme leur mise en ligne dépendront entièrement du constructeur, les trains n’étant, en toute rigueur, pas « achetés », mais faisant au contraire l’objet d’un contrat de leasing assez particulier. Du côté du nouvel opérateur, on reconnaît que cette solution est plutôt chère, mais qu’elle devrait se révéler, au final, plus intéressante économiquement, à partir du moment où les calculs se basent sur une durée de vie du matériel estimée à 30 ans. La couverture des journées de roulement nécessitera normalement l’engagement des sept rames, aussi le constructeur a-t-il dû prendre en compte, avec une acuité extrême, le facteur « disponibilité du matériel ». Cela dit, le plan de transport pourra encore être réalisé avec une unité immobilisée, mais au prix d’une réduction des temps de retournement aux terminus. Pour effectuer les opérations de maintenance, Stadler disposera d’une halle à Linz, gare qui fonctionnera comme origine pour les premiers trains de la journée, et terminus pour les derniers. Il serait apparemment prévu que le cadencement horaire s’étende depuis les petites heures de la matinée jusque tard en soirée…
    Le choix par Westbahn d’un matériel automoteur, qui prend ainsi le contre-pied de celui des ÖBB avec leurs rames tractées réversibles Railjet, paraît à l’évidence tout sauf innocent : grâce aux excellentes valeurs d’accélérations qui caractérisent généralement un tel matériel (en l’occurrence 1,1 m/s2 pour les futures rames Stadler), le nouvel opérateur peut d’ores et déjà annoncer un temps de parcours de seulement 2 heures et 50 minutes entre Vienne et Salzbourg, en dépit de cinq arrêts intermédiaires (Vienne-Hütteldorf, Saint-Pölten, Amstetten, Linz, Wels et Attnang-Puchheim) ! Et sans doute, dès 2013, une fois achevé le tunnel du Wienerwald (la forêt viennoise) entre Hütteldorf et Saint-Pölten, ce temps s’abaisserait même à 2 heures 30…
    Pour le voyageur, emprunter un train de la Westbahn devrait s’avérer d’une déconcertante facilité. Déjà, le cadencement systématisé lui évitera toute mémorisation d’horaires, puisqu’il n’aura finalement à se souvenir que de la minute à laquelle partent, à chaque heure, les trains de sa gare. De plus, il n’aura même plus à se soucier de prendre son billet. Pour Westbahn, le choix d’un matériel à deux niveaux, associé au cadencement horaire, devrait garantir, sans exception aucune, un excédent de places disponibles dans tous les trains. En conséquence, inutile de réserver au préalable. Le voyageur aura toute latitude pour monter jusqu’au dernier moment dans le train qu’il souhaite emprunter, sans même avoir de titre de transport en poche, puisqu’il pourra l’acheter à bord. Ce sera d’ailleurs une manière courante de voyager avec le nouvel opérateur qui va réaliser, du même coup, de substantielles économies en faisant l’impasse définitive sur la vente en gare, vente qui autrement aurait nécessité la location d’autant de guichets spécialisés, ainsi que la rétribution d’agents commerciaux à longueur de journée. Bien sûr, la vente par Internet reste également prévue, et il faut noter que les cartes de réduction actuelles ainsi que les abonnements délivrés dans le cadre de communautés tarifaires existantes devraient être également acceptés, pour autant que les négociations correspondantes aboutissent d’ici là…
    « Rien à terre, tout à bord », telle pourrait être, décidément, le maître-mot du concept « Westbahn », à l’évidence issu d’une nouvelle approche de l’exploitation ferroviaire centrée sur la profitabilité. Ainsi, pour assurer la vente et le contrôle des titres de transport, répondre aux attentes des voyageurs, mais aussi… pour effectuer le nettoyage des voitures, les dépannages et autres petites interventions d’entretien pendant le parcours et surtout lors des stationnements en gare entre deux trains successifs, l’opérateur a prévu d’employer pas moins de six « accompagnateurs clients » par train, soit un agent par voiture ! Ce sont eux qui assureront aussi le service des boissons chaudes ou rafraîchissantes, ainsi que la restauration froide pour laquelle la fraîcheur, la simplicité, la valeur diététique et le rapport qualité/prix devraient apparemment revêtir une importance primordiale…
    Du coup, sur les quelque 250 collaborateurs appointés par Westbahn, moins de 10 % seront employés à terre pour des tâches administratives. Leur quartier général sera installé à l’intérieur des bâtiments de la gare de Vienne-Westbahnhof (la gare de l’Ouest), qui fait l’objet d’une complète réhabilitation. A bord des futurs trains, les nombreux « accompagnateurs clients » auront à charge d’assurer un vrai moment de détente à leurs voyageurs, dans un environnement voulu de grand confort. Il est intéressant de constater que le nouvel opérateur cite la France comme l’exemple qu’il a suivi lorsqu’il vante le confort de ses futurs sièges en cuir, de grande largeur, qui seront au demeurant fabriqués par l’équipementier espagnol Fainsa… Surtout, Westbahn entend proposer sa première classe au prix de la seconde telle qu’elle est tarifée par la concurrence. On murmure que les ÖBB prendraient la menace très au sérieux…
     

    Philippe HÉRISSÉ