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Catégorie : Politique des transports
Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports
Cohen évince Coppey du Syndicat mixte à Toulouse
Stéphane Coppey, le président du Syndicat mixte des transports toulousains, n?a eu d?autre choix que de démissionner après les reproches faits par Pierre Cohen, maire de Toulouse et président de l?agglomération C’est une reprise en main musclée que Pierre Cohen, maire de Toulouse et président de la jeune communauté urbaine du Grand Toulouse, vient d’appliquer aux transports en commun de l’agglomération toulousaine. Alors que le Grand Toulouse reconduit le doublement de sa participation financière à 80 millions d’euros dans le syndicat mixte des transports Tisséo-SMTC, Pierre Cohen en reprend aussi les rênes, laissées pendant deux ans au Vert Stéphane Coppey dans le cadre d’un accord PS-Verts pour les municipales 2008. La pilule est amère pour le président évincé, qui s’était de longue date très fortement investi dans les transports de l’agglomération, s’impliquant dans de nombreuses instances nationales et européennes (présidence de la commission financement-tarification du Gart et de Polis, vice-présidence d’Agir) et s’efforçant de faire avancer les transports avec le consensus plutôt que l’affrontement. Pierre Cohen et son équipe ne lui ont pas laissé le choix, avec une démission collective des 8 élus PS, PC et PRG de la communauté urbaine au SMTC. Resté seul représentant du Grand Toulouse au sein du SMTC avec une autre élue verte, Stéphane Coppey n’a eu qu’à tirer sa révérence, en bouclant le jour même de son éviction, le 21 décembre, une négociation difficile avec les syndicats, mettant fin à une grève du métro démarrée une semaine plus tôt. Une négociation « appuyée sur les bases des propositions faites par la direction de Tisséo dès le mardi 16 décembre », qui, selon le président sortant, « aurait pu aboutir plus rapidement, sans ingérence extérieure [de Pierre Cohen, ndlr]. Cet accord reconnaît la pénibilité et la technicité des métiers du métro, en s’alignant sur la convention collective nationale », a-t-il indiqué. Que reproche Pierre Cohen à Stéphane Coppey ? Dans un communiqué, le président du Grand Toulouse affirme que « le contexte de crise sociale et institutionnelle à Tisséo est caractérisé par l’impossibilité au sein du conseil syndical de mettre en œuvre une politique ambitieuse de développement des transports en commun pour l’agglomération ». En réalité, ce qui bloque tout le fonctionnement du syndicat est l’affrontement entre le Grand Toulouse et le Sicoval, soutenu par la troisième collectivité membre, le SITPRT, sur le prolongement de la ligne B du métro jusqu’à Labège-Innopole. Cette énorme zone commerciale et tertiaire, au sud-est de l’agglomération, ne dispose d’aucune infrastructure de transports en commun et souffre de congestion automobile chronique. Le maire de Toulouse a refusé de lancer l’enquête publique sur le prolongement en métro vers Labège, arguant que le coût trop important obérerait le vaste plan de développement du tramway toulousain promis lors de sa campagne électorale. Cette décision a mis en fureur le Sicoval, qui multiplie depuis les tentatives d’obstruction : refus du vote du budget et des nouveaux projets d’infrastructures, campagne de communication grand public, attaque de Tisséo devant les tribunaux pour faux en écriture… Mais le coup de force du maire de Toulouse risque fort de ne rien régler au blocage des institutions, sauf à poursuivre en faisant cavalier seul. Selon Stéphane Coppey, « on passera d’un président qui a su conserver la confiance et le contact avec les collectivités, à un président qui a rompu ces contacts ». Le 14 décembre, le président de Tisséo arrivait avec une étude montrant que le prolongement de la ligne B du métro ou tout autre moyen de transport pour desservir Labège entraînerait un écart de 5 millions d’euros par an de contribution des collectivités… Décidé à ne pas se laisser faire, Stéphane Coppey a déposé un recours suspensif et sur le fond devant le tribunal administratif. Il dénonçait à la fin de la séance du Grand Toulouse qui a signé son éviction du SMTC « un débat qui n’est pas de savoir comment on fait un PDU avec quels moyens, mais qui prend le leadership et décide pour les autres ».
Catherine STERN
Faux départ pour Keolis dans la Ruhr
Problème pour l?opérateur français sur le réseau « Maas-Rhein-Lippe » : les trains qu?il espérait mettre en service n?ont pas reçu l?agrément de circulation. En attendant, la compagnie doit sous-traiter à grands frais une partie des liaisons à la DB Keolis pensait avoir fait le plus dur il y a deux ans, en remportant un appel d’offres très convoité dans la Ruhr. Mais c’est la reprise d’exploitation du réseau « Maas-Rhein-Lippe » qui lui donne du fil à retordre. Les rames flambant neuves d’Eurobahn, la marque en Allemagne de la compagnie française, auraient dû circuler le 13 décembre sur deux lignes régionales autour de Düsseldorf et de Dortmund. Des liaisons jusqu’ici opérées par la Deutsche Bahn. Mais sur les 18 rames que Keolis prévoyait de mettre en service, seulement quatre avaient reçu le jour dit l’autorisation de circuler. Les autres sont bloquées, jusqu’à ce que l’administration ferroviaire fédérale (EBA) leur délivre le certificat. Conséquence, le dimanche 13 décembre, l’opérateur a dû se résoudre à annuler tous les trains prévus sur l’une de ses franchises. Le lendemain, un plan de secours est improvisé dans l’urgence. Le français doit revoir fortement à la baisse la fréquence des trains et sous-traiter une partie des trajets à… la Deutsche Bahn. Pour les 25 000 passagers qui chaque jour empruntent ce réseau, cette solution de rechange implique des désagréments en cascade, notamment avec les correspondances. « C’est une catastrophe », reconnaît un porte-parole de l’opérateur. Michel Bleitrach, le président de Keolis, préfère parler de « début difficile» dû « à un problème rencontré par le fournisseur de matériel, à qui les rames ont été commandées il y a deux ans ».?Il précise que, sur les deux lignes de la Maas – Rhein – Lippe, la desserte Düsseldorf – Dortmund, au nord, recevra le renfort de rames Stadler déjà acquises pour le réseau voisin du Hollweg, qu’il exploite depuis un an.?Pour la desserte du sud, c’est la Deutsche Bahn qui apportera son aide, indispensable jusqu’à ce que les rames Flirt de Stadler, qui ont fini de passer les tests le 13 décembre, aient reçu le certificat de l’EBA. Keolis n’est pas la seule à avoir manqué son entrée. En Bavière, la Berchtesgadener Landbahn a connu les mêmes déboires. Les deux compagnies devaient faire circuler des trains Flirt de Stadler. C’est une une norme de sécurité émise récemment par l’EBA qui n’a pas permis au constructeur de faire homologuer son matériel dans les temps impartis. « Cette nouvelle exigence a été formulée en octobre, déplore une porte-parole du constructeur suisse. Le délai était trop court. Tous les constructeurs ont rencontré des problèmes. » De fait, Bombardier prévoit un retard de 6 mois dans la livraison des « Talent 2 ». Une maigre consolation pour Keolis, qui devra peut-être attendre jusqu’en mars avant d’assurer un service complet. Ces mésaventures pourraient lui coûter cher. L’opérateur doit payer les prestations de secours de la Bahn et encourt d’éventuelles pénalités sous forme de retenues sur les subventions versées par l’autorité ferroviaire VRR, gestionnaire du réseau. Eurobahn a également engagé des discussions avec Stadler pour voir « quelle suite donner à l’affaire ». En clair, pour le faire participer à ces dépenses supplémentaires. « C’est notre quatrième reprise d’exploitation, jusqu’ici, nous n’avions jamais rencontré la moindre embûche », regrette l’opérateur.
Antoine HEULARD
Le métro de Madrid automatise ses lignes les plus chargées
Le système de gestion des circulations CBTC mis en ?uvre dans le métro de Madrid va permettre de décongestionner deux lignes particulièrement chargées Au regard de ses obligations contractuelles, la société Metro de Madrid n’était jusqu’à présent pas en règle. Sur ses lignes 1 et 6, les plus chargées du réseau, les rames étaient bondées. « Le standard imposé est de 3,49 voyageurs au m2 », explique Carlos Rodríguez Sánchez, directeur de la maintenance et de l’exploitation. Or, le taux d’occupation sur ces lignes était respectivement de 4,7 et 4,3. De plus, la fréquentation augmentant de 5 % par an, le gouvernement a demandé à son exploitant de mettre en œuvre des mesures lui permettant de respecter ses engagements. « La seule solution technique capable de solutionner la surcharge était de passer au CBTC (Communication-Based Train Control), ce que nous avons décidé de faire en 2004, poursuit-il. C’est un investissement de 104 millions d’euros. » Grâce au CBTC, en effet, l’intervalle théorique entre les rames peut descendre à 57 secondes sur la ligne 1 (350 000 voyages/jour) et à 48 secondes au lieu de 1mn 36 sur la ligne 6 (600 000 voyages/jour). De ce fait, la capacité de la ligne 6 passe de 26 000 à plus de 34 000 voyageurs par heure. Rendue possible par l’ouverture, en juillet 2000, d’un poste de commande centralisé du métro à la station Alto del Arenal (où travaillent 26 agents en trois-huit), l’installation du nouveau système de signalisation et de supervision des trains a été faite graduellement, en un an et demi. Sur la ligne 1, le CBTC est en fonctionnement depuis mai 2009 avec les 68 trains. Sur la 6, le basculement s’est fait en décembre, mais il ne sera 100 % opérationnel qu’en 2011 car si 25 rames sont équipées, l’entreprise attend « encore » de réceptionner 30 trains neufs courant 2010. Au contraire du système conventionnel, le CBTC permet l’exploitation des lignes par cantons glissants, le train calculant lui-même sa vitesse et sa distance par rapport au train précédent. En plus d’accroître la capacité des lignes et la fiabilité des circulations, ce système de gestion des trains de dernière génération permet de réduire significativement les coûts de maintenance. La solution Bombardier qui a été choisie (Cityflo 650) a pour avantage de pouvoir être mise en œuvre sans interruption des circulations. « C’est la demande de tous les exploitants de réseaux métro, souligne Joe Bastone, directeur du développement des solutions de signalisation chez Bombardier Transport. Notre solution qui utilise les communications radio sans fil peut être déployée tout en laissant l’ancien système en fonctionnement. » L’installation et les tests se sont donc déroulés pendant les heures de maintenance, soit de 2h30 à 5h30. A ce jour, 76 % des 3,5 millions de Madrilènes ont une station de métro à moins de 600 m de chez eux. Un métro qui a déjà gagné 11 % de capacité sur ses lignes en surcharge grâce au passage à la conduite automatique. La fonction sans conducteur qui est incluse dans le Cityflo 650 ne sera pas opérationnelle : cela ne fait pas partie des projets du métro de Madrid.
Cécile NANGERONI
Naissance d?un grand syndicat de cheminots en Allemagne
Face à la crise et aux rumeurs persistantes de plan social à la Deutsche Bahn, les deux principales organisations de salariés vont fusionner L’union fait la force : alors que la Deutsche Bahn est malmenée par la crise, les deux syndicats de cheminots, Transnet et DGBA, annoncent qu’ils vont fusionner. D’ici 12 à 18 mois, c’est une organisation forte de 260 000 membres qui verra le jour. « L’époque où les syndicats se rendaient la vie difficile et faisaient la chasse aux adhérents est terminée », explique Klaus-Dieter Hommel le chef de DGBA. Ce rapprochement illustre aussi l’inquiétude des cheminots, qui s’attendent à une année 2010 de tous les dangers. Selon les derniers chiffres publiés par la presse, le bénéfice de la compagnie allemande a fondu d’un tiers en moins d’un an. La récession lui aurait déjà coûté un milliard d’euros. Principales responsables de cet effondrement : les activités de fret. En 2009, les volumes ont chuté d’un quart. Autrefois vache à lait du groupe, le transport de marchandises plombe aujourd’hui ses comptes. Afin de redresser la barre, la DB pourrait annoncer des suppressions d’emplois : 14 000 salariés seraient menacés, dont 4 000 dans le fret. « Le prochain exercice sera crucial », commente Rüdiger Grube, le patron des chemins de fer allemands, qui se défend de vouloir tailler dans les effectifs. Pourtant, en coulisse, un plan d’ajustement serait déjà dans les cartons. « La question des suppressions de postes n’est plus taboue », glisse une proche collaboratrice de la direction. Jusqu’à fin 2010, un accord d’entreprise interdit tout licenciement. Le texte doit être renégocié dans les prochains mois. En s’unissant, les syndicats espèrent peser plus lourd à la table des négociations. La crise ne doit pas servir de « prétexte » à des dégraissages, prévient Transnet. Mais l’union des salariés pourrait se heurter aux résistances de la fédération des fonctionnaires, furieuse de voir DGBA quitter son giron. En représailles, elle menace de fonder un nouveau syndicat pour les cheminots qui ne souhaitent pas rejoindre la grande alliance. Ces bisbilles risquent de morceler encore davantage le paysage syndical : ces dernières années, la petite organisation GDL a gagné en audience en défendant des intérêts ciblés pour les seuls conducteurs de trains. « Toutes ces polémiques n’ont rien à voir avec la volonté de mieux défendre les adhérents », déplore Transnet.
Antoine HEULARD
La DB rappelle tous ses ICE au garage
Toilettes, clim, portes : les 252 ICE de la Bahn ont besoin d?une importante révision. Les ICE n’en finissent plus de donner des cheveux blancs à la Deutsche Bahn. Après les essieux, c’est aujourd’hui l’aménagement intérieur des trains à grande vitesse qui pose problème. A partir du 18 janvier, la compagnie va ainsi rappeler l’ensemble de sa flotte pour une vaste opération de remise à neuf. Toilettes défectueuses, problème de climatisation, portes défaillantes : les 252 ICE de la Bahn ont besoin d’une importante révision qui va mobiliser tous les mécaniciens de l’opérateur, pendant plus de deux mois. A cette occasion, les agents de maintenance seront même privés de vacances. Progressivement, tous les ICE vont être retirés de la circulation et subir une révision complète, deux jours durant, dans les ateliers de la DB. Résultat : la firme dirigée par Rüdiger Grube va, une nouvelle fois, devoir composer avec une disponibilité réduite de son parc. Sur certaines lignes, des Intercity assureront la « soudure ». L’offre de places sera aussi revue à la baisse, même si la Bahn assure que les effets de cette remise en état du matériel seront invisibles pour les voyageurs. Reste que ces désagréments font tache, alors que la compagnie vient d’augmenter ses tarifs de 1,8 % en moyenne, à l’occasion de l’entrée en vigueur du plan de circulation hivernal. D’autant que l’an dernier, le trafic ICE avait déjà subi d’innombrables perturbations en raison de doutes persistants sur la solidité des essieux. La Deutsche Bahn s’est finalement résignée à changer 1 200 pièces, soit tous les essieux des ICE 3, les plus modernes de sa flotte. Le coût de l’opération est estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Antoine HEULARD
Les spoliés de la grande vitesse s?organisent
Des villes comme Lille, Breda ou Ashford, souhaitent être desservies par le TGV qui concourt au développement régional A quoi sert la grande vitesse ? C’est la question centrale que posent les régions européennes qui viennent de se rassembler au sein d’un nouveau réseau présent à Bruxelles. Le Nord-Pas-de-Calais, le Kent et la région de Breda, aux Pays-Bas, ont fondé le RER GV, le Réseau européen des régions de la grande vitesse, avec l’objectif d’être rejoints par d’autres comme la Flandre ou la Wallonie. Les fondateurs de cette association ne le dissimulent pas, leur objectif, c’est « sus à la SNCF ». La mise en place de la grande vitesse entre Paris, Londres, Amsterdam et Cologne les mobilise car ils se perçoivent comme les grands perdants. Les trains ne s’arrêtent plus, ou alors de moins en moins, dans les gares d’Ashford, de Lille et surtout de Calais-Frethun. « Un nouveau système nerveux est en train de s’édifier en Europe, il faut qu’il irrigue les territoires. Nous n’avons pas vocation à regarder passer les TGV », s’agace Michel Delebarre, le député-maire de Dunkerque. « Avec sa mauvaise foi souriante, Guillaume Pepy refuse que l’Eurostar qui va à Amsterdam s’arrête à Calais. Nous sommes prêts à financer des arrêts supplémentaires, mais le patron de la SNCF n’accepte pas », renchérit le président de la région Nord-Pas-de-Calais, Daniel Percheron. Dans sa déclaration de principe, le nouveau réseau affirme vouloir « s’assurer que les régions et les villes traversées par la grande vitesse aient accès aux services internationaux. Les services à grande vitesse doivent s’adapter et desservir la population la plus large possible ». Pour la SNCF, la grande vitesse doit concurrencer l’avion sur les trajets d’une durée inférieure à quatre heures. Par conséquent, chaque minute compte. Pour rentabiliser les trains, mieux vaut aller sans s’arrêter le plus vite possible d’une capitale à l’autre. Or, pour les artisans de RER GV, « il ne faut pas courir après l’avion, il faut s’occuper des territoires et des citoyens. Les infrastructures existent dans les gares intermédiaires, encore faut-il que les trains s’arrêtent ». Lille, qui, comme Breda ou Ashford, a investi dans une gare susceptible d’accueillir les TGV, ne veut pas se laisser faire. « Il y a plus de quinze ans, nous nous sommes battus pour que le TGV rentre dans Lille, signifiant une nouvelle naissance et de nouvelles ambitions, rappelle Daniel Percheron. Cette fois-ci encore, voilà l’enjeu. Nous savons que le TGV est un outil d’aménagement du territoire et de développement économique incomparable. » Au cours d’un minicolloque auquel assistaient plusieurs députés européens de la commission Transports, les représentants des différentes régions ont rappelé les investissements auxquels ils avaient consenti pour accueillir la grande vitesse. Pour mettre la pression sur la SNCF, ils envisagent de se tourner vers d’autres opérateurs ferroviaires, alors que la concurrence est désormais ouverte pour le trafic international de passagers, voire de créer leur propre opérateur eurorégional. « Nous pensons qu’il y a un potentiel dans les hinterlands, plaide Alex King, le vice-président du comté du Kent. En ces temps de crise économique, il ne faut laisser passer aucune opportunité. » La grande vitesse doit-elle concurrencer l’avion ou doit-elle permettre de remplir une nouvelle mission de service public en rapprochant les territoires et les régions d’Europe ? « C’est un vrai débat qu’il faut mener, reconnaît un spécialiste de la grande vitesse. De lui dépend le financement des infrastructures : les collectivités locales n’y contribueront que si elles en voient les retombées, mais d’un autre côté l’arrêt dans les gares intermédiaires peut remettre en cause la srentabilité du TGV. » Pour Michel Delebarre, la question est vite tranchée. « Si on continue comme ça, la grande vitesse risque d’être réservée à une clientèle affaires aisée qui fait la comparaison avec l’avion, plaide l’ancien président du Comité des régions. Il ne faut pas que le TGV devienne un produit phare qui laisse la population indifférente. »
Isabelle ORY
Cour des comptes/RATP : le face à face
Le 15 décembre, la commission des Finances de l?Assemblée nationale auditionnait Pierre Mongin, PDG de la RATP, et Christian Descheemaeker, président de la 7e chambre de la Cour des comptes Ecarts de salaires : la RATP compte sur la productivité
En pleine grève du RER A, la question des salaires était centrale. Dans son rapport, la Cour des comptes relève une augmentation des salaires et charges à la RATP de 22,3 % de 2001 à 2007, soit de 3,18 % par an, largement supérieure à une inflation de 1,77 %. De plus, les effectifs ont augmenté de 2000 à 2007 de 8,1 % (soit 3 508 agents). Pour la Cour, la productivité n’a pas été au rendez-vous. Elle relève qu’un conducteur de la RATP travaille 1 286 heures par an pour un salaire mensuel de 2 570 euros, tandis qu’un conducteur de Berlin travaille 1 527 heures pour 1 820 euros. Pierre Mongin, devant la commission des Finances, incite à manier prudemment les comparaisons. « Le réseau berlinois n’est pas structuré de la même façon que le réseau parisien, ce qui a naturellement une incidence sur les coûts de revient. » Quant à l’augmentation des salaires, il relève que durant la période elle a été de 22,19 % pour l’Etat, de 22,22 % à la SNCF, de 22,45 % à EDF. De plus, il remarque que 2 200 recrutements ont été faits pour la seule mise en place de la RTT et que, dans un contexte de forte augmentation du trafic (9,3 % dans la période), la productivité était revenue dès 2007 à celle d’avant la RTT. Or, pour Pierre Mongin, pas question de considérer que ses agents sont trop payés et que « la bonne voie, c’est la productivité ». Elle est de ce fait un élément de la contractualisation avec le Stif, avec un objectif de 2 % par an. Selon le PDG, ce plan sur cinq ans représente « l’équivalent d’un plan d’économies de 250 à 300 millions d’euros ». Or, une étude réalisée par un bureau d’audit « démontre que les surcoûts que nous devons résorber pour rester compétitifs face à la concurrence correspondent à peu près à l’objectif fixé : 300 millions d’euros ». Pour la Cour, cependant, « un gain de productivité de 2 % par an n’est pas vraiment à la mesure des enjeux des années à venir ». Et Gilles Carrez, rapporteur général du budget, rappelle que la question de la productivité se pose plus que jamais : « Sur l’exercice 2005, le coût au kilomètre de la voiture de métro intra-muros est de 12 % supérieur à celui des réseaux de métro de Berlin, Londres, Hongkong, Madrid, New York, et Tokyo. »Infrastructures : la clarification introduite par la loi
A propos du transfert des infrastructures à la RATP, la Cour et la Régie sont d’accord sur l’essentiel : la loi du 8 décembre 2009 permet de clarifier la situation. Vision qui s’oppose donc à celle du président de la Région Ile-de-France, qui a dénoncé dans ce transfert un véritable « hold-up ». En effet, selon Christian Descheemaeker, la RATP a en fait été longtemps fautive, en inscrivant dans ses immobilisations 100 % des infrastructures qu’elle gère, alors qu’elle n’en détenait plutôt que 49 %. En fait, la question de la propriété était longtemps tellement embrouillée qu’on ne savait pas trop à qui appartenaient ces infrastructures. Ce qui est regrettable, c’est qu’en fondant le Stif et en lui transférant en un premier temps les infrastructures l’Etat n’a pas transféré la dette de plus de 4 milliards d’euros qui va avec, à l’inverse de ce qui a été fait dans le ferroviaire avec la création de RFF. Maintenant que la RATP se retrouve à la tête de ses infrastructures, « le bilan de l’entreprise tient debout », a dit Christian Descheemaeker lors de son audition.Dette : comment l’empêcher de croître
Pour la Cour, les investissements sont mal évalués : « Aussi bien en termes de bilan socio-économique, de rentabilité financière ou de valorisation des gains de temps, les résultats sont éloignés des prévisions initiales. » Notamment, Météor a coûté 65 % de plus que prévu… Et, « comme la SNCF, la RATP a financé des infrastructures dont elle savait pertinemment qu’elles ne seraient jamais rentables ». Pierre Mongin veut « éviter de renouveler ce que nous avons fait trop souvent, c’est-à-dire financer ce que les partenaires du contrat de projets Etat-région (CPER), autrement dit l’Etat et la région, ne finançaient pas. Depuis cinquante ans, chaque fois que des infrastructures de transport nouvelles ont été créées en Ile-de-France, il a été demandé à l’exploitant, la RATP, de participer à leur financement, et ce jusqu’à 17 % de leur montant ». D’où l’idée de mettre au point un dispositif semblable à l’article 4 de RFF, soumettant les investissements à une rentabilité financière suffisante pour ne pas détériorer les comptes de l’entreprise. Plus précisément, indique Pierre Mongin, la RATP est intéressée par un mécanisme inspiré par celui du gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE, « auquel est imposé un Roce (résultat opérationnel sur capitaux employés) supérieur à 6 %. »Exploitation et gestion des infrastructures : comment les séparer
La RATP devra, pour admettre des exploitants concurrents en Ile-de-France sur ses infrastructures, séparer les deux fonctions de gestionnaire d’infrastructures et d’exploitant de transport. L’exploitant historique s’apprête, « dans des conditions d’autonomie comptable, à identifier les coûts de la gestion des infrastructures et, conformément à la loi, à les faire certifier ». Dans le cadre de cette séparation comptable, une partie de la dette serait affectée à l’activité de gestionnaire d’infrastructure.
François?DUMONT
Fusion Veolia-Transdev : projet d?accord conclu
La Caisse des dépôts et Veolia Environnement sont parvenus, le 21 décembre, à un projet de cadre général du rapprochement de Transdev et de Veolia Transport, en attendant la signature d’un accord définitif. Ce rapprochement sera réalisé par apport de Veolia Transport et de Transdev à une nouvelle entité, Veolia-Transdev, détenue à 50 % par Veolia Environnement, opérateur industriel, et à 50 % par la Caisse des dépôts, actionnaire stratégique. Préalablement, la Caisse des dépôts souscrira à une augmentation de capital de Transdev de 200 millions d’euros. De son côté, la RATP cédera sa part de 25,6 % de Transdev en échange d’actifs français et internationaux appartenant actuellement à Transdev et à Veolia Transport. Le nouveau groupe sera ensuite introduit en Bourse par augmentation de capital. Le nouvel ensemble se situera parmi les leaders mondiaux du transport collectif, avec un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros et plus de 120 000 collaborateurs. La RATP deviendra le troisième acteur français du marché des transports urbains (hors Ile-de-France) et confortera sa présence européenne. Selon Les Echos, le nouvel ensemble sera vraisemblablement présidé par Antoine Frérot, patron exécutif de Veolia Environnement, Joël Lebreton en serait directeur général, et Cyrille du Peloux, en un premier temps DG délégué, en deviendrait DG lors de l’entrée en Bourse, fin 2010.
Siim Kallas, un Européen de l?Est aux Transports
L?ancien Premier ministre estonien Siim Kallas succède à l?Italien Antonio Tajani, qui en 18 mois de mandat a réussi l?exploit de faire l?unanimité contre lui dans le petit monde du transport européen A 61 ans, le libéral Siim Kallas entame son second mandat sous la houlette de José-Manuel Barroso, dont on le dit proche. Pendant cinq ans, il s’est occupé des affaires administratives internes à la Commission et de la lutte contre la fraude. Cette fois, il récupère un portefeuille amputé de deux secteurs importants. La compétence en matière d’examen et d’autorisation des aides d’état lui est retirée. Le dossier Galileo dépendra lui désormais du Commissaire à l’Industrie. Rien dans le parcours de Siim Kallas ne le préparait à s’occuper des transports, si ce n’est qu’il a présidé l’Union cycliste dans son pays ! Depuis sa nomination, les diplomates spécialisés de l’Union européenne se penchent sur la situation dans la république balte pour tenter de deviner sa vision du secteur. Economiste de formation, Siim Kallas vient d’un pays qui a d’abord privatisé ses infrastructures et notamment son réseau ferroviaire avant de le renationaliser en l’attribuant à deux compagnies différentes qui sont aussi des opérateurs. Pas très orthodoxe au regard de la législation communautaire… « C’est un libéral autodidacte, dit de lui son compatriote, l’eurodéputé Vert Indrek Tarand. Ancien membre du parti communiste, il a été un très bon gouverneur de la banque centrale et un merveilleux ministre des Affaires étrangères. C’est un homme curieux, qui a une vision claire. Il réussira s’il sait s’entourer d’experts. » « Il est intelligent et fait preuve de beaucoup de bon sens », observe l’un de ses collègues à la Commission européenne. Siim Kallas reste néanmoins un inconnu pour la plupart de ses interlocuteurs, même si sa nationalité plaît à Johannes Ludewig. « C’est une bonne chose que pour la première fois une personnalité venue de l’Est occupe ce poste. La politique européenne des Transports est dominée depuis trop longtemps par une vision occidentale », estime le patron de la CER.
Isabelle ORY
Le Gautrain toujours pas qualifié pour la Coupe du monde
Un compromis pourrait être trouvé pour l?ouverture du Gautrain en même temps que le Mondial de foot. Le gouvernement provincial menaçait le constructeur, le consortium Bombela, de lourdes pénalités en cas de non-respect des délais de livraison Le Gautrain sera-t-il prêt à temps pour la Coupe du monde de football ? Le feuilleton se poursuit en Afrique du Sud. Début novembre, le consortium Bombela, chargé de construire et d’exploiter ce super-RER qui reliera Johannesburg à Pretoria, avait annoncé que l’ouverture du premier tronçon entre le quartier d’affaires de Sandton et l’aéroport serait reportée à octobre 2010. C’est-à-dire bien après le Mondial ! En cause, selon lui, des retards dus aux difficultés pour acquérir tous les terrains, et aussi des modifications apportées tardivement au projet. Cette annonce a provoqué une grosse colère du gouvernement provincial, qui s’en tient à son contrat de concession, menaçant Bombela de très lourdes pénalités en cas de retard. Et ce alors qu’il venait de refuser une offre d’ouverture anticipée fin mai contre une rallonge de 1,3 milliard de rands (120 millions d’euros)… Inacceptable en période de crise, ce nouveau surcoût de plus de 5 % pour un projet dont la facture a déjà beaucoup augmenté ! « La liaison vers l’aéroport doit être opérationnelle d’ici le 27 juin 2010 », martèle Barbara Jensen, porte-parole de la Gautrain Management Agency (GMA), l’agence provinciale qui porte le projet. Pourquoi le 27 juin ? « Quand nous avions signé l’accord de concession le 28 septembre 2006, il était stipulé que cette liaison entre Sandton et l’aéroport devrait être ouverte 45 mois après la signature, c’est-à-dire le 27 juin 2010. » Reste que cette date est relativement étrange, la Coupe du monde débutant deux semaines plus tôt. On en sera alors au début des huitièmes de finale (avec un match prévu à Johannesburg que la France pourrait jouer si elle finit deuxième de son groupe à l’issue du tour préliminaire). Les dates du tournoi n’étaient pas encore connues quand le contrat a été signé avec Bombela, explique Mme Jensen. « Il faut se rappeler que le Gautrain n’a jamais été un projet lié à la Coupe du monde, souligne-t-elle. Nous avons commencé à travailler dessus en 2000, quatre ans avant que l’Afrique du Sud obtienne son organisation ! » Si les deux ne sont officiellement pas liés, le Mondial 2010 était évidemment dans toutes les têtes quand le projet a été lancé. Jack van der Merwe, le patron de la GMA, nous disait d’ailleurs il y a six ans, avant même que son pays soit choisi, qu’il serait « prêt en 2009, juste à temps pour la Coupe de monde de football que nous organiserons ici ». Même si le premier morceau du Gautrain, long de 20 km, ne sera qu’une navette conduisant à l’aéroport, loin des stades, le symbole est fort. Quelle mauvaise publicité pour l’Afrique du Sud – et aussi pour les sociétés composant Bombela, dont Bouygues, Bombardier et la RATP – si ce train ultramoderne devait rater de quelques semaines le grand événement qui mettra le pays au centre du monde ! D’autant que la majorité des visiteurs arriveront par cet aéroport O. R. Tambo et qu’on trouve à Sandton une bonne partie des hôtels de Johannesburg. Tout espoir n’est cependant pas perdu : Bombela a proposé d’ouvrir quand même dès le 27 mai, mais avec une « capacité limitée ». Les négociations ont repris avec la province, les deux parties refusant d’en dire plus pour le moment. Selon la presse sud-africaine, le consortium ne demanderait aucun supplément de prix. Il faudra ensuite achever la ligne du Gautrain au nord vers Pretoria et au sud jusqu’au centre historique de Johannesburg. Officiellement, l’ensemble du projet, long 77 km, doit être mis en service fin mars 2011. Il doit coûter 25,2 milliards de rands (2,3 milliards d’euros).
François ENVER