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Catégorie : Politique des transports
Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports
Compin entend doubler de taille en trois ans
L’équipementier français Compin a pris 60 % de parts du leader chinois du siège en composite, Qingdao Railway FRP. Une participation qui lui permet de prendre pied sur le marché chinois C’est ce qui s’appelle de la croissance externe ! Après avoir racheté, fin 2007, l’équipementier français EMC, puis, en mai 2008, l’anglais AVE Rail Products, le groupe Compin (sièges, équipements intérieurs) vient d’annoncer la création d’une coentreprise en Chine avec le leader chinois du siège en composite, Qingdao Railway FRP (350 employés, 12 millions d’euros d’activité). Compin a acquis en juin 60 % des parts de cette entreprise avec laquelle il avait déjà collaboré sur plusieurs projets. Référencée auprès des plus grands constructeurs chinois (Sifang Kawasaki, BSP Sifang Power, Satco, CSR), Qingdao Railway FRP constitue une porte d’entrée idéale pour le marché chinois. L’entreprise construit des bouts avant, des intérieurs de trains et des sièges en composite. Notamment les sièges bas, un sujet sur lequel Compin n’a jamais travaillé. Outre le marché chinois, incontournable aujourd’hui si l’on veut jouer les premiers rôles dans le ferroviaire, cette joint-venture permettra à Compin de disposer d’une base de production d’éléments en composite à bas coût. Au rythme où il mène ses acquisitions, Compin, qui compte maintenant plus de 1 000 salariés, est en train de devenir un acteur global. L’objectif d’atteindre un chiffre d’affaires de 100 millions en 2008 a été atteint avec un an d’avance (114 millions en 2008). Le prochain cap fixé par le PDG, Marc Granger, est de 200 millions en 2010, ce qui signifie que le groupe aura doublé de taille en trois ans. Compin rachète des entreprises, mais il connaît également une très forte croissance organique, avec de nombreuses embauches en ingénierie et pour le développement de projet. La grande ambition de Compin, qui tarde encore à se concrétiser, est de se positionner comme un ensemblier de l’intérieur des trains. Dans le monde merveilleux qu’imagine Compin, les donneurs d’ordres confiraient l’aménagement intérieur de leur train à un seul et même prestataire, qui coordonnerait lui-même l’approche design et la fourniture de l’habillage intérieur du train, de ses sièges et équipements. Cette logique du “tout en un”, on l’observe depuis environ un an sur tous les appels d’offres de rénovation passés par les opérateurs. Mais elle tarde un peu à éclore chez les industriels, qui compartimentent toujours aménagement intérieur et siège. Pour Compin, cela ne saurait tarder : « Les opérateurs tout comme les constructeurs veulent de plus en plus se distinguer par une approche design audacieuse, cependant qu’ils cherchent à réduire leur nombre de fournisseurs. Nous sommes persuadés que c’est la bonne approche », estime Roald Greboval, directeur marketing et communication de Compin. Avec le sourcing planétaire, confier à un prestataire fiable le préassemblage des composants qui arrivent en kit est une nécessité pour assurer la qualité. Ce rôle, qui implique un positionnement de proximité auprès des constructeurs, Compin est tout disposé à l’assumer.
Guillaume LEBORGNE
Alstom, c?est naturel
Alstom a placé sa participation à Innotrans sous le signe de l’écologie. Ses efforts technologiques définissent un nouvel Alstom, très nature C’est tout juste s’il ne met pas une pâquerette à sa boutonnière. Lors du salon Innotrans, Philippe Mellier, le PDG d’Alstom, a développé une dialectique environnementaliste à laisser pantois plus d’un militant écolo. « Tout notre budget de recherche et développement est focalisé sur le “green package” », a assuré l’ancien patron de Renault Trucks. « Nous accordons beaucoup d’importance aux questions de consommation énergétique et aux émissions de CO2. En matière de recyclabilité, nous ne nous intéressons pas uniquement à la fin de vie de notre produit, mais à l’entièreté de son cycle de vie, ce qui inclut la maintenance, la gestion des fluides et le choix des outillages. C’est ce souci permanent qui nous permet d’afficher entre 90 et 98 % de recyclabilité de nos trains », a-t-il assuré lors de la conférence de presse du groupe français. Le filtre du Corradia Lint réduit de 95 % les émissions de particules ; la récupération de l’électricité sur tous les nouveaux TGV permet de renvoyer jusqu’à 8 MW dans le réseau EDF au freinage ; les équipements APS du Citadis préservent l’environnement urbain, et ce dernier fait « quatre fois moins de bruit que le trafic automobile ». Clou du spectacle, l’AGV, qui revendique 70 t (15 %) de moins que ses concurrents sur la balance, a moins de bogies et offre donc moins de résistance à l’avancement, sans parler de ses moteurs à aimant permanent qui consomment moins d’électricité. Si Alstom lave plus vert, ce n’est pas seulement parce que la préoccupation est dans l’air du temps en cette période de crise du pétrole et de chasse aux émissions. C’est aussi en prévision de normes et de spécifications de plus en plus drastiques en matière d’environnement : rouler à 360 km/h, c’est bien, mais il faudra bientôt le faire avec un impact environnemental minimal. A cette condition-là, le train en général et Alstom en particulier ont une belle carte à jouer. Cet Alstom, après un Innotrans 2004 morose, un Innotrans 2006 convalescent, on l’a trouvé éclatant de santé à Innotrans 2008. La branche transport annonce quatre ans de carnet de commandes (17,3 milliards d’euros) et la meilleure marge chez les grands constructeurs, et le français affiche maintenant des ambitions de croissance. En interne, la capacité de production de trains à grande vitesse devrait être triplée dans les deux prochaines années. Et puis, Alstom aimerait faire des acquisitions. « Si l’industrie devait se consolider, nous serions du côté des acheteurs », a indiqué Philippe Mellier. Suite au plan de sauvetage d’Alstom en 2004, la Commission européenne avait astreint le constructeur français a ne plus faire d’acquisition durant une période de quatre ans. C’en est fini de cette interdiction, Alstom est maintenant libre de racheter qui il souhaite pour se positionner sur de nouveaux marchés. L’Inde n’est pas encore mûre, et la Chine est trop désireuse de s’approprier les technologies étrangères. Reste la Russie, le premier marché ferroviaire mondial et ses kyrielles de trains à renouveler : un marché estimé à 300 milliards de dollars sur vingt ans. Ce qui donne tout son sens au partenariat stratégique conclu entre Alstom et TMH au lendemain d’Innotrans.
Guillaume LEBORGNE
L?Europe se presse au chevet de CFF Cargo
CFF Cargo cherche des partenaires pour se développer en Suisse et en Europe L’air des montagnes doit y être pour quelque chose. Le 16 octobre, l’opérateur de fret suisse CFF Cargo s’est félicité du succès rencontré par son offre de partenariat dans le fret. « Les CFF ont reçu en tout 25 déclarations d’intérêt. 14 d’entre elles ont fait l’objet d’un dossier concret selon les spécifications », explique l’entreprise dans un communiqué. Ces candidatures répondent à un appel lancé par l’opérateur helvète le 3 septembre dernier. Dans un communiqué, celui-ci a déclaré très officiellement être à la recherche de partenaires industriels pour se développer en Suisse et en Europe. « C’est la fin d’une stratégie d’action agressive en solitaire », avait alors déclaré Andreas Mayer, directeur des CFF. Outre la SNCF et la DB qui suivent ce dossier de très près, on ne sait pas grand-chose des candidats potentiels. « La part prépondérante des offres concerne le trafic international, se contente de préciser le communiqué. Plusieurs offres concernent également le trafic suisse. Quelques offres contiennent aussi des propositions de coopération en matière d’entretien des wagons et des locomotives. » Les 14 dossiers doivent maintenant être passés au crible pour que les CFF désignent leur favori. Puis les négociations pourront débuter, avec dans l’idée d’aboutir à un partenariat « au premier semestre 2009 ».
Résultats records pour Amtrak
Les recettes d’Amtrak ont augmenté de 14 % en 2008 par rapport à l’exercice précédent. Du jamais vu Prix du pétrole oblige, l’opérateur ferroviaire Amtrak vient de battre son record de fréquentation avec 28,7 millions de passagers transportés sur l’année fiscale 2008 (1er octobre 2007-30 septembre 2008), soit une croissance de 11 % par rapport aux 25,8 millions de 2007. Les recettes tirées des ventes de billets sont elles aussi en forte hausse avec 1,73 milliard de dollars (1,27 milliard d’euros) contre 1,52 milliard de dollars (1,11 milliard d’euros) sur l’exercice précédent (+ 14 %). Le nord-est des Etats-Unis, très peuplé, contribue à une part importante de cette dynamique avec 10,9 millions de voyageurs transportés (+ 8,6 %), dont 3,4 millions sur l’Acela Express, la liaison « rapide » de la côte Est qui relie Boston, New York, Philadelphie et Washington. Cette région représente par ailleurs 950 millions de dollars (700 millions d’euros) de chiffre d’affaires (+ 14,6 %), dont 468 millions (343 millions d’euros) pour l’Acela (+ 15,9 %). Ces performances sont sans précédent en trente-sept ans d’existence. Le patron d’Amtrak, Alex Kummant, prédit un doublement de la fréquentation au cours des dix prochaines années, à 50 millions de voyageurs par an. Une projection très ambitieuse qui intervient alors que le Congrès doit bientôt étudier les finances d’Amtrak pour les cinq prochaines années. Après avoir vu son avenir menacé à plusieurs reprises durant les deux mandats de l’administration Bush, Amtrak a retrouvé de son éclat au cours des derniers mois, en surfant sur la vague du pétrole cher et de la congestion routière. De quoi aborder les négociations en position de force. Le 31 septembre dernier, le Congrès a voté à une très large majorité des autorisations de crédit de 13 milliards de dollars pour financer son développement. Au grand dam des néoconservateurs, qui voient d’un mauvais œil l’avenir de cette activité subventionnée. Parmi les sénateurs qui ont voté contre se trouvait un certain John McCain.
Guillaume KEMPF
Les collectivités avancent sur le financement de la LGV Sud-Europe Atlantique
Les collectivités territoriales, qui contribuent à hauteur d’environ 25 % au projet de ligne à grande vitesse Sud-Europe Atlantique, ont trouvé « 90 à 95 % » des financements, a indiqué le 30 septembre le secrétaire d’Etat aux Transports, à l’issue d’une réunion à Bordeaux avec des élus des 51 collectivités locales de six régions concernées. Dominique Bussereau a aussi évoqué la possibilité de solliciter l’Union européenne pour « quelques financements européens supplémentaires » et de demander à la Caisse des dépôts des « prêts à des conditions avantageuses ». Une nouvelle réunion est prévue à Bordeaux le 13 novembre en vue de finaliser un « protocole d’intention pour la réalisation de la LGV-SEA ».
Vignette autoroutière : Bruxelles attend la Slovénie au tournant
Bruxelles a envoyé une mise en demeure à la Slovénie au sujet de sa vignette autoroutière, première étape avant une procédure d’infraction devant la Cour de justice européenne C’est l’avertissement avant le blâme. Depuis le 1er juillet, Ljubjana fait payer aux automobilistes et aux motocyclistes l’accès à ses autoroutes : 55 euros pour l’année ou 36 euros pour six mois pour les voitures. La Commission européenne critique le dispositif. A son sens, il crée une discrimination entre les ressortissants des autres Etats membres qui circulent occasionnellement sur le réseau et les Slovènes eux-mêmes qui fréquentent plus souvent les routes de leur pays. Les services du commissaire aux Transports dénoncent le « manque de droits d’usage proportionnés pour le transit ou l’utilisation de courte durée de l’infrastructure ». En clair, le vacancier européen qui ne fait que traverser la Slovénie devrait payer moins. Bruxelles a tergiversé avant de lancer cette mise en demeure. La législation communautaire n’interdit en effet pas les vignettes autoroutières pour les voitures, il n’y a même pas de cadre juridique européen dans ce domaine. La Commission invoque donc une base moins solide : les principes généraux des traités européens, qui condamnent la discrimination entre citoyens de différents Etats. Un choix qui avait été contesté à l’intérieur même de l’exécutif européen, certains estimant qu’alors qu’on propose via l’Eurovignette une tarification appliquée aux poids lourds, ce n’est pas le moment d’entraver les efforts de la Slovénie… Mais le commissaire Alberto Tajani est italien et ce sont les Italiens qui ont le plus protesté lorsque cette vignette a été mise en place. Ceci explique peut-être partiellement cela…
Isabelle ORY
Sécurité routière : les chiffres comparés des capitales européennes
L’étude publiée par le Conseil européen de la Sécurité routière démontre que les rues des capitales européennes sont deux fois moins mortelles que les routes du continent On a deux fois moins de chance de mourir dans les rues des capitales européennes que sur une route ailleurs sur le continent. C’est ce que révèle une étude publiée par le Conseil européen de la Sécurité routière (ETSC), à l’occasion de la journée européenne de la Sécurité routière, qui a eu lieu le 13 octobre. L’ONG spécialisée dans le traitement des statistiques routières a analysé les données transmises par plus de 30 capitales afin de voir lesquelles avaient fait des efforts ces dernières années, notamment dans la perspective de l’objectif fixé par l’Union européenne de diviser par deux le nombre de morts entre 2001 et 2010. Les bons résultats des grandes villes s’expliquent facilement : il y a moins d’accidents impliquants des voitures, ils sont de toute façon moins violents en zone urbaine parce que la vitesse est réduite. Mais les usagers vulnérables eux paient un lourd tribu (voir graphique) : en ville, un mort sur deux est un piéton ou un cycliste. Un vrai défi pour les municipalités. « Nous voyons aussi apparaître un nouveau type d’usagers, les piétons qui ont leurs écouteurs dans les oreilles, que les Anglais appellent podestrians (contraction entre Ipod et pedestrian). Ils sont encore plus impliqués dans les accidents que les autres, parce qu’ils sont immergés dans leur monde musical », ajoute Ellen Townsend, la directrice de l’ETSC. En 2007, les rues de Berlin (1,64 tué pour 100 000 habitants) et de Paris (1,70) étaient les plus sûres pour les usagers. En revanche, mieux vallait être très prudent à Ljubjana en Slovénie (12,98 tués pour 100 000 habitants) ou Vilnius en Lithuanie (12,09). L’étude du Conseil européen de la sécurité routière préfère néanmoins se concentrer sur les progrès accomplis par les villes ces dernières années. Parmi les bons élèves, Lisbonne, Oslo, Stockholm ou encore Paris qui arrive en quatrième position du classement (voir graphique). A chaque fois, les résultats ne sont pas dus au hasard mais le fruit d’une politique délibérée et d’efforts soutenus dans le temps. « A Lisbonne, nous avons amélioré l’infrastructure aux croisements, nous avons travaillé sur le stationnement automobile, explique Joao Cardoso du laboratoire portuguais pour l’ingénierie civile. Une meilleure intégration des différents modes de transports (train, métro et bus) a permis de rendre les trajets piétons plus sûrs. » A Lisbonne, le nombre de tués sur la route est passé de 10,4 pour 100 000 habitants en 2001 à 4,33 en 2007. En Norvège, la capitale a elle misé sur la réduction de la vitesse, en multipliant les zones 30. Les carrefours les plus dangereux ont été remplacés par des ronds-points. Résultat : un nombre de tués dans les rues passé de 2,95 pour 100 000 habitants à 1,82. Des bonnes pratiques observées au niveau européen, l’ETSC tire plusieurs enseignements. « Il est crucial d’avoir une vraie stratégie pour la sécurité routière, qui peut notamment passer par un plan pluriannuel », souligne Graziella Jost, responsable de l’étude . Les besoins des usagers les plus vulnérables doivent être tout particulièrement pris en compte. La police doit être associée à la démarche à la fois pour la prévention et les sanctions. Enfin, les zones 30 doivent être généralisées aussi souvent que possible.
Isabelle ORY
RATP : trafic à la hausse, bénéfices en baisse
Selon Pierre Mongin, le PDG de la RATP, le nouveau contrat signé avec le Stif a « modifié l’équation économique, plus dure pour la RATP » Nettement plus de chiffre d’affaires, 4,1 %, davantage de trafic pour la maison mère, 3 %, soit 20 000 voyages en plus par jour, 60 millions supplémentaires estimés à la fin de l’année. La RATP, qui a toujours plaidé pour un renforcement de son offre, en concordance avec le Stif, peut se réjouir de son impact sur la croissance du trafic, estimée à 30 millions d’euros supplémentaires de chiffre d’affaires. C’est la tendance au cours du premier semestre pour la RATP. Une tendance très favorable à relativiser, puisque la croissance des recettes voyageurs ne bénéficie pas du même effet positif, avec une hausse limitée à 1,4 %. Deux principales explications à cela. D’une part, c’est la part des filiales qui progresse le plus dans le chiffre d’affaires. Et surtout, c’est lié au nouveau contrat signé avec le Stif, qui a « modifié l’équation économique, plus dure pour la RATP », selon les termes de Pierre Mongin, son PDG. Car il y a davantage d’abonnés, de Ticket Plus avec possibilité de combiner train et bus avec le même billet, de trafic à tarification sociale, en hausse de 30 %. Et puis, pour trouver « l’équilibre contractuel », la RATP a consenti une réduction à hauteur de 40 millions par an de la contribution tarifaire versée par le Stif. Cela correspond à un « reversement » au Stif d’une partie de l’excédent d’exploitation. Si l’on ajoute l’impact de la hausse du pétrole (environ 12 millions de charges supplémentaires), cela explique la baisse du bénéfice net de l’entreprise, en repli de 22,2 % par rapport à la même période de 2007. Pierre Mongin espère toutefois voir son bénéfice annuel « proche » du précédent.
Pascal GRASSART
Un pont en plastique renforcé de fibres de verre en Allemagne
Long de 27 m et large de 5 m, ce pont pesant 80 t a été transporté, posé et mis en service dans la même journée Déjà largement apprécié pour sa légèreté dans la construction de véhicules (en particulier pour les nez ou faces avant de trains), le plastique renforcé de fibres de verre (PRV) gagne les infrastructures. C’est ainsi que le premier pont composite en acier et PRV a été mis en service en Allemagne, à Friedberg (Hesse). Ce pont routier est le résultat d’une coopération entre l’Administration des routes et des transports du Land de Hesse (HSVV) et l’institut Itke, spécialisé dans les constructions au sein de l’université de Stuttgart. Long de 27 m et large de 5 m, ce pont pesant 80 t est constitué d’un tablier de PRV collé sur une superstructure formée de deux supports en acier. Entièrement préfabriqué et transporté en entier jusqu’au chantier, où il a été scellé dans la même journée à des paliers de béton, le pont de Friedberg a été immédiatement opérationnel, les perturbations ayant été limitées à quelques heures. Et à long terme, selon ses promoteurs, ce nouveau type de pont pourrait être exploité pendant environ 50 ans sans travaux, du fait qu’il est épargné par la corrosion, alors que les ponts classiques nécessitent des mesures de maintenance après 15 ou 20 ans de service. Toujours est-il qu’un programme de suivi sur plusieurs années est prévu pour cette structure innovante. Mise en œuvre sur un pont routier, cette technique rapide pourrait s’avérer très utile lors de travaux liés à la modernisation des voies ferrées. En particulier pour les électrifications (qui obligent parfois à reconstruire les passages supérieurs pour des questions de gabarit) ou la création de passages supérieurs, par exemple dans le cadre de la suppression de passages à niveau.
Patrick LAVAL
Jusqu?à 85 % sortis des caisses de la région Picardie
Objectif de la Picardie : rendre le train partout compétitif par rapport à la voiture. 73 des 184 millions d’euros investis dans le rail d’ici à 2012 sortiront de ses caisses Cinquième région TER en termes de trafic, la Picardie montre son engagement fort en faveur du ferroviaire, en dehors même de ses compétences légales « et alors même que les principaux partenaires institutionnels, Etat, RFF sont défaillants », peut-on lire dans les conclusions de ses réflexions menées au moment du Grenelle de l’environnement. Premier exemple : la ligne Amiens – Compiègne, dont la modernisation était inscrite au contrat de plan 2000-2006. « On a dû compenser l’insuffisance de participation de l’Etat, qui n’a pas mis les 18 millions d’euros prévus, et finalement plus de 83 % du montant des travaux ont été financés par la région », déplore Daniel Beurdeley, vice-président chargé des transports au conseil régional de Picardie. Le conseil régional a en effet apporté 30,9 des 37,2 millions d’euros nécessaires à la modernisation de ces 76 km de voie unique. En deux ans et jusqu’au milieu de l’année prochaine : un renouvellement de voie et de ballast, des rectifications de courbes serrées afin d’autoriser des vitesses, selon les sections, de 110 à 140 km/h contre 100 aujourd’hui, ainsi que la mise en œuvre de la signalisation automatique et de l’automatisation des 12 passages à niveaux. L’objectif est de gagner de 15 à 18 minutes sur le trajet Amiens – Compiègne et de permettre ainsi aux nombreux étudiants et salariés pendulaires de choisir le train plutôt que l’automobile. « Dans la configuration actuelle, le train, qui met 1 heure 30, n’est pas compétitif, reconnaît Daniel Beurdeley. Notre objectif est qu’on puisse faire facilement l’aller-retour dans la journée avec un trajet plus rapide et au moins douze dessertes dans chaque sens, qui seront proposées au lieu de huit. » De fait, sur les 163 déplacements enregistrés dans la zone, seulement 4 % sont assurés par le train. Un train qui a pourtant séduit davantage depuis l’arrivée de sept nouveaux autorails et la mise en place, en 2003, de deux allers-retours supplémentaires, puisque sa fréquentation a progressé de 20 %. « Même sans être performante par rapport à la voiture, la ligne voit son trafic augmenter », assure-t-il, comme preuve du potentiel du ferroviaire. « Cet axe, pourtant, n’intéresse ni la SNCF ni RFF, pour lesquels cette ligne comme d’autres en Picardie sont plus ou moins vouées à la fermeture », analyse le vice-président aux transports. Deuxième exemple d’investissement régional : les gares et les quais de la ligne Amiens – Laon – Saint-Quentin, une opération du précédent CPER. « Là aussi, on a mis plus que notre part avec 85 % des 24 millions d’euros… », poursuit l’élu. Autre chantier en Picardie, hors CPER, cette fois : la modernisation du tronçon Beauvais – Abancourt sur la ligne qui file ensuite jusqu’au Tréport, qui concerne les voies et les gares. Des points d’arrêts qui, pour se maintenir en état, engloutissent chaque année 2 millions d’euros du budget régional, la collectivité en étant le principal financeur (avec l’aide de RFF et de la SNCF). Sans compter les travaux pour raisons de sécurité ni l’accélération du programme de mise en accessibilité pour les PMR, soit 105 millions d’euros jusqu’en 2015 pour les 33 gares les plus importantes de la région, représentant donc une dépense de plus de 10 millions d’euros par an. Le contrat de projet signé en 2007 est largement aussi ambitieux que le précédent CPER. L’engagement financier de la région y est toujours aussi important : a priori 73 millions des 184 millions d’investissements prévus sortiront de ses caisses. Et sans doute plus si l’on se réfère au passé. Parmi les chantiers les plus importants : la modernisation de Creil – Beauvais, de Creil – Chantilly et des accès en région parisienne de façon générale, ou encore celle d’Amiens – Rang-du-Fliers, en limite du Nord-Pas-de-Calais, dont l’électrification est par ailleurs à l’étude. La région tient par ailleurs à s’affirmer comme maître d’ouvrage sur des études de dessertes visant à revitaliser certaines lignes en perte de vitesse (Creil – Beauvais ou Crépy – Compiègne, par exemple). Elle étudie parallèlement les possibilités d’améliorations sur l’axe Creil – Roissy. « On ne pourra pas continuer comme ça très longtemps », prévient toutefois Daniel Beurdeley, qui fait l’addition. « Il y a aussi les 60 millions d’euros par an pour renouveler le matériel roulant, compensés à hauteur de 13 millions d’euros, la tarification sociale… Au total, le budget transport de 270 millions d’euros représente 27 % du budget de la région (1 milliard), le deuxième après l’éducation et la formation. A un moment, ça va coincer… » D’autant que la région Picardie n’a pas l’intention de laisser fermer des lignes. « Nous croyons au transport public. Même si sur Abbeville – Le Tréport, huit trajets sur dix sont effectués en voiture, il est possible d’inverser la tendance en y mettant les moyens. » S’il faut pour cela réaliser un grand emprunt, on s’y prépare. « Pourquoi pas ? », assure l’élu, qui a pourtant une meilleure idée : l’affectation d’une nouvelle ressource à l’autorité organisatrice. « Une taxe payée par les entreprises, comme le versement transport », serait la bienvenue. Taxe ou pas, la volonté ne faiblira pas dans la région de France qui, à 91 euros par an et par habitant, paye le plus pour ses transports ferroviaires.
Cécile NANGERONI