Catégorie : Politique des transports

Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports

  • Catherine Pila réélue à la tête d’Agir Transport

    Catherine Pila réélue à la tête d’Agir Transport

    Quelques jours avant le lancement des Journées Agir, qui se tiennent à Montpellier du 18 au 20 juin, l’association qui rassemble des collectivités et des opérateurs indépendants a tenu son assemblée générale le 31 mai et procédé à l’élection de son président. C’est Catherine Pila, présidente de la Régie des Transports Métropolitains (RTM) et vice-présidente de la Métropole d’Aix-Marseille Provence Métropole, qui a été réélue à la tête d’Agir Transport.

    L’élue rempile donc pour un nouveau mandat à la tête de l’association qui compte près de 530 adhérents. Soit 84 entreprises, 443 collectivités dont 19 régions, 62 départements et 364 autorités organisatrices de la mobilité.

    La Centrale d’Achat du Transport Public (CATP), mise en place à l’initiative d’Agir, poursuit également son développement en proposant de nouvelles fournitures comme le catalogue logiciels multi-éditeurs et développe son offre de prestations intellectuelles avec de nouvelles AMO comme covoiturage, stationnement, billettique et Maas, etc, indique l’association dans un communiqué.

  • MaaS. Quelles solutions pour aboutir au titre unique ?

    MaaS. Quelles solutions pour aboutir au titre unique ?

    Clément Beaune avait lancé début 2023 l’idée d’un titre unique pour faciliter l’usage (et le paiement) des transports publics partout sur le territoire d’ici à deux ans. VRT a organisé, le 30 avril, une conférence sur le sujet pour faire le point, évaluer les obstacles à lever et les innovations à venir pour esquisser les contours des nouveaux services que pourront proposer
    les opérateurs et les collectivités.

    Gabriel Plouviez

    Simplifier et unifier. Ce sont les maîtres-mots qui guident l’idée de lancer un titre unique pour les transports en France. Clément Beaune, l’ancien ministre des Transports, se donnait deux ans pour y arriver. Patrice Vergriete, son successeur, veut davantage prendre son temps. Cela n’empêche pas les acteurs de la billettique et les autorités organisatrices de la mobilité d’avancer, parfois de façon dispersée.

    C’est le cas en Normandie où, il y a presque un an, le ticket unique Atoutmod était lancé sur le réseau de transport. A l’occasion de la conférence sur le MaaS (Mobility as a service) organisé le 30 avril par VRT, Gabriel Plouviez, chef de produit digital et tarification du syndicat mixte, est revenu sur ce projet lancé en 2011. « Le projet a débuté il y a plus de dix ans avec l’idée de proposer un support unique permettant de voyager sur tous les réseaux de transport du territoire normand. L’arrivée du Covid en 2020 a orienté notre stratégie vers le MaaS sous forme dématérialisée » explique-t-il. Le syndicat mixte Atoumod regroupe 18 autorités organisatrices de mobilités en Normandie (Région, communautés urbaines et métropoles). «L’intermodalité est forte sur les centres urbains denses de Rouen, du Havre et de Caen, mais devient plus compliquée dans les territoires ruraux, où il est difficile de faire connaître le réseau de cars interurbains. Le titre unique doit donc aussi permettre de mieux faire connaître l’offre existante (cars, réseaux urbains, trains)», ajoute-t-il.

    Pour développer des supports, les prestataires comme Fairtiq et Digimobee s’appuient sur les smartphones, même si chacun a une approche bien différente. Le premier développe une logique de suivi de l’utilisateur grâce à la géolocalisation, indépendamment des infrastructures, avec une solution particulièrement adaptée aux réseaux ouverts tandis que le second utilise les infrastructures existantes du réseau.

    Géolocalisation, QR code ou valideurs

    L’application Fairtiq fonctionne selon le principe du « check-in, check-out » : l’utilisateur clique sur l’application (ou « swipe ») pour démarrer son parcours en transport en commun, en empruntant un ou plusieurs moyens de transport. Il clique en fin de parcours (ou bien laisse l’application le faire quand il quitte le dernier moyen de transport). « Cela permet d’afficher une autorisation de voyage valide sur le téléphone, puis l’application reconstitue le voyage grâce à la géolocalisation et attribue le tarif le plus avantageux à l’utilisateur », explique Lorcan Le Pen, directeur France & Belgique. L’entreprise suisse est présente dans six pays et a déjà contribué à la réalisation de 160 millions de trajet.

    Dominique Descolas

    Digimobee s’appuie de son côté sur les infrastructures. « Nous aidons les opérateurs à déployer des projets de MaaS, en travaillant pour les régions et les métropoles qui optent pour une validation volontaire avec un geste dédié. Nous pouvons recourir à différentes solutions comme le QR code ou des valideurs, car il convient de protéger la recette des opérateurs », explique Dominique Descolas, PDG de Digimobee. Selon lui, l’auto-déclaration peut conduire à des dérives en termes de fraude, par exemple lorsqu’un utilisateur attend de voir un contrôleur pour valider. « De plus notre système permet de fonctionner en toutes circonstances : même lorsque la couverture telecom est défaillante, il est possible d’accéder aux titres des voyageurs ». La société propose des briques de solutions qui sont ensuite intégrées sous forme de SDK dans les applications des opérateurs (comme Trafi, Moovit ou Freeway) ou dans celles d’acteurs du secteur automobile ou bancaire.

    Pour Gabriel Plouviez, ces solutions sont complémentaires. Avant de déployer la solution Fairtiq sur une partie du réseau normand, le syndicat mixte avait en effet mis en place une solution de type M-ticket en prépaiement, sur le modèle de Digimobee. « Comme Atoumod travaille pour le compte de 18 AOM, nous n’avons pas eu d’autre choix que d’imposer l’auto-validation », indique Gabriel Plouviez. Et il poursuit : « Aujourd’hui, nous sommes fiers et satisfaits d’avoir imposé ce geste, qui a ses limites mais aussi ses qualités. En Normandie le réseau est complètement ouvert, à part à la gare Saint-Lazare où il y a des portiques pour accéder au quai. Fort de cette expérience de prépaiement, nous avons ensuite souhaité adresser le marché du post-paiement en proposant un marché qui a été remporté par Fairtiq. Nous considérons que cette solution s’éloigne assez peu du principe de notre M-ticket, avec une auto-validation réalisée sur le smartphone. Elle permet de s’affranchir des infrastructures du territoire ».

    Interrogé sur le choix du pré ou post paiement, Eric Alix, PDG de RATP Smart Systems, propose également une réponse qu’il qualifie «d’hybride ». «On observe dans un pays comme la Suisse que les deux systèmes coexistent, avec toutefois une majorité de prépaiement. Il est important de proposer un large choix aux utilisateurs avec le post paiement pour ceux qui n’ont pas envie de se préoccuper des différentes gammes tarifaires, et le prépaiement aux voyageurs plus occasionnels. Il vaut mieux que le titre unique soit multi technologie, ce qui n’impose pas de contraintes supplémentaires aux AOM qui ont déjà assez de problèmes avec les enjeux de gouvernance », souligne-t-il. Selon lui, le post paiement est facilement déployable dans les réseaux ouverts en France, largement majoritaires par rapport aux quelques réseaux fermés, à condition toutefois d’avoir un QR code unique. « En revanche, cette solution est plus compliquée pour les réseaux fermés comme le métro où il faut pouvoir ouvrir des portillons. C’est pourquoi je crois à une offre hybride en fonction de la nature du réseau », résume Eric Alix.

    Lorcan Le Pen
    David Brottet

    David Brottet, directeur des offres collectivités et nouveaux marchés, chez SNCF Connect & Tech, se montre également pragmatique. Puisque les systèmes sont multiples, il est quasiment impossible d’imposer très rapidement des changements de normes ou des technologies, explique-t-il. Il faut donc, poursuit-il, « être ambitieux en travaillant à la fois sur le moyen terme (et c’est tout l’enjeu de la plateforme de mise à disposition sur laquelle travaille la DGITM) et sur le court terme où la solution digitale est intéressante car elle peut embarquer l’intelligence capable de parler simplement aux voyageurs, en masquant la complexité du réseau. Il faut que l’application s’adapte à l’utilisateur». L’exemple suisse montre qu’une solution de type Fairtiq en post-paiement peut facilement s’implanter lorsque le contexte s’y prête. Lorcan Le Pen indique que sa société a débuté en 2016 son activité sur le territoire helvète dans trois communautés tarifaires. Deux ans plus tard, sa solution couvrait l’ensemble des transports publics du territoire tous modes confondus (train, bus, bateau, téléphérique). Aujourd’hui, 20 % des titres achetés en Suisse sont effectués via le post-paiement. Le responsable explique cette progression rapide par un écosystème très favorable. « La Suisse jouit d’une gouvernance bien établie, avec une coopération entre tous les acteurs, entre 18 communautés tarifaires et 250 opérateurs indépendants, qui vont des Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) aux petits acteurs ». De plus, le déploiement de la solution Fairtiq a été favorisé par l’utilisation préalable d’un QR code interopérable, qui peut être non seulement vendu par tous mais également contrôlé par tous.

    En France, Fairtiq a travaillé avec deux partenaires clés, en démarrant par la région Occitanie ainsi que l’opérateur SNCF Occitanie. « Nous avons débuté les travaux il y a quelques années avec un déploiement sur le ferroviaire, avant d’ajouter les cars régionaux sur l’intégralité de l’Occitanie. La région a voulu favoriser le report modal à travers une gamme tarifaire innovante, permise par notre application. Aujourd’hui, nous avons des résultats probants sur la population jeune, mais également sur les actifs ou seniors grâce à des offres spécifiques de tarifs dégressifs à l’usage ou du cagnottage. »

    En Normandie, le déploiement a démarré par une offre sur des réseaux urbains et sur une offre régionale pour relier ces réseaux. Désormais l’objectif consiste à déployer l’offre sur le TER au 1er juillet 2024.

    Digimobee utilise les infrastructures avec différentes technologies (NFC, QR code, Bluetooth,…) dans différents pays. « C’est le cas en Belgique où nous avons déployé notre solution en nous adaptant à plusieurs régions et à plusieurs opérateurs, dont l’opérateur national SNCB, chacun attaché à son infrastructure et à ses procédures. Toutes les applications des réseaux intègrent notre solution, sous forme de SDK, qui permet d’émettre des titres, de les valider et de les contrôler. Ainsi, en Wallonie, les titres sont scannés grâce au QR code affichés par le valideur, tandis qu’à Bruxelles nous générons un QR code de manière à ce qu’il puisse être lu par les portillons. A bord des trains de la SNCB, les billets doivent aussi intégrer des informations nominatives » détaille Dominique Descolas.

    Selon lui, cette approche séduit plusieurs régions françaises, comme la Nouvelle-Aquitaine qui dispose d’une grande diversité de réseaux, urbains et interurbains. « Notre solution permet de composer avec l’existant sans attendre une hypothétique harmonisation des systèmes d’autant plus qu’elle ne se justifie pas parce que chacun veut garder sa spécificité ».

    Finalement, poursuit-il, seul le mobile permet de proposer une solution rapidement, « soit avec une solution très basique, soit en s’adaptant aux infrastructures quand il y a un système fermé et en recourant aux systèmes NFC ou Calypso. Cela permet d’aller relativement vite parce qu’il faut composer avec tous les acteurs tout en assurant la protection de la recette ».

    SNCF Connect n’est pas en reste sur le sujet, affirme David Brottet, citant deux expérimentations qui s’appuient sur des solutions développées par SNCF Connect & Tech grâce à sa « double casquette » de distributeur et de prestataire technologique. « Nous avons ainsi développé une brique de pay as you go, conçue sous forme de SDK, qui peut être intégrée chez différents distributeurs. Pour l’instant elle est proposée chez SNCF Connect et pour la vente de billets de TER en région nouvelle Aquitaine sur un principe similaire à la solution Fairtiq ».

    Ainsi, le voyageur déclare son voyage au démarrage de son trajet. Une fois le déplacement achevé, il est facturé selon une tarification kilométrique calculée automatiquement. « A la fin de la période, nous proposons une logique d’optimisation financière, avec un plafonnement tarifaire. Nous tenons compte du contexte d’utilisation grâce à des QR codes permettant aux voyageurs d’ouvrir des portiques quand ils se présentent en gare », précise David Brottet.

    SNCF Connect & Tech a également travaillé avec son partenaire Airweb, une entreprise qui aide les réseaux urbains à digitaliser leur réseau de distribution, afin d’intégrer leur agrégateur dans SNCF Connect. Ce qui permet aux utilisateurs de l’application de commander un ticket à l’unité sur plus d’une trentaine d’agglomérations en France, comme Annecy ou Orléans.

    Priorité à l’information

    Au-delà des contraintes techniques, la carte unique doit apporter un surcroît de visibilité aux usagers afin de les inciter au report modal. Pour les promoteurs de la carte Atoumod, il s’agit de renforcer la lisibilité tarifaire et l’information voyageur. « A travers l’offre Atoumod, nous cherchons avant tout à faire connaître l’offre existante sur le territoire, notamment sur les cars régionaux et interurbains. Le MaaS doit servir à accompagner les usagers vers ces offres dans le cadre de liaisons domicile-travail mais aussi lors de déplacements touristiques, comme par exemple sur des navettes pour rejoindre Giverny ou les plages du débarquement en Normandie », indique Gabriel Plouviez. Le syndicat mixte va bientôt lancer des navettes spéciales à l’occasion des 80 ans du Débarquement en Normandie et l’application Atoumod en fera la promotion tout en permettant l’achat de billets afin d’éviter que les usagers «ne s’éparpillent dans la recherche d’information ».

    L’information voyageur est absolument primordiale, ajoute David Brottet. « Les voyageurs réguliers ont besoin d’être rassurés sur les fréquences et d’être réorientés en cas de perturbations, tandis que les occasionnels qui seront vraisemblablement le cœur de cible du titre unique, ont surtout besoin de comprendre l’offre». Il cite en exemple l’application SNCF Connect, où « l’écrasante » majorité des visites est effectuée « pour s’informer, se rassurer sur les horaires ou comprendre les parcours plutôt que pour acheter des billets ». Pour cette raison, la dynamique d’intégration des informations a beaucoup de sens car l’information se pilote non seulement au niveau national mais aussi local. Elle sera aussi une des conditions de la réussite du titre unique.

    De même, le titre unique devrait mettre fin aux superpositions de tarifs pour un même trajet et aux interrogations des utilisateurs, qui ne savent pas toujours s’ils ont le droit de voyager avec le titre qu’ils ont acheté. Dans ce cas, le post paiement permet de s’affranchir de ces difficultés, estime Gabriel Plouviez. « C’est un long travail , compliqué, car les MaaS sont construits en lots par différents prestataires qui doivent coopérer ensemble pour avoir une application tout en un».

    La carte unique est liée aux écosystèmes de transport dans lesquels évoluent les utilisateurs, complète Eric Alix. « Nous disposons avec notre application Bonjour RATP de la plus grosse audience en Ile-de-France et nous serions ravis que tous les Parisiens puissent voyager partout en France avec elle. Nous proposons également Mappy qui compte beaucoup d’automobilistes utilisateurs et à qui nous souhaitons proposer d’autres choix modaux partout en France. »

    Le titre unique devrait bouleverser la façon dont les AOM vont gérer leurs appels d’offres. En effet, elles vont pouvoir comparer les coûts des différentes solutions techniques qui leur seront proposées (entre le pré ou post paiement, le QR code ou l’open paiement), ce qui devrait favoriser une meilleure harmonisation de la tarification et dans la distribution de titres. « Les AOM vont pouvoir faire leur marché, notamment en fonction du coût proposé, en choisissant telle ou telle technologie et il en sera de même pour les voyageurs. Cela va permettre de normaliser un peu nos contrats de distribution, en construisant des solutions moins onéreuses, car le digital permet d’abaisser les coûts par rapport aux modes de distribution traditionnels. De cette manière, les AOM vont pouvoir s’y retrouver financièrement », estime Eric Alix.

    Le financement en question

    Pascal Lemonnier

    Car se pose toujours in fine la question de savoir qui supportera le coût de l’opération. Pour Pascal Lemonnier, directeur commercial d’Egis, la mise en place du titre unique nécessite une subvention publique assez forte. «Il faut que l’État et les régions arrivent à forcer les opérateurs et les AOM à faire les modifications nécessaires sur leur système ». Et il poursuit : « Le consensus actuel va dans le sens d’une solution dématérialisée, jugée moins onéreuse. Mais il faudra la financer. Je doute que les opérateurs puissent le faire sans subventions. Il faudra également couvrir les frais d’exploitation des plateformes, avec la gestion de la clientèle et des call centers. Si on veut que des investisseurs privés viennent autour de la table, il va falloir définir un business model qui leur permettra d’investir sur du moyen et long terme».

    Pascal Lemonnier évoque également la concurrence potentielle du secteur privé, celle des cartes bancaires pour l’open paiement par exemple. De même, les GAFA comme Google et Apple proposent des applications MaaS très efficaces, permettant de proposer des parcours multimodaux complets de A à Z. « Il s’agit d’une concurrence assez forte qui n’est pas encore acceptée par tous les opérateurs de mobilité. Or, il faudra intégrer ces acteurs dans le sujet du titre unique », prévient-il.

    Dominique Descolas est du même avis. « Quand on ambitionne de réaliser 30 %, 50 % voire 90 % des ventes sur le mobile, il faut éliminer tout ce qui constitue des freins à l’usage. Pour l’instant il reste des progrès à faire en termes de paiement. Il faut saisir son numéro de carte bancaire puis attendre un éventuel SMS, puis aller sur l’application, ce qui génère de potentielles erreurs et surfacturation de la part des PSP (prestataires de service de paiement). Il y a donc une grande marge de progrès du côté des schémas de paiement et des PSP, surtout au regard des solutions Apple Pay et Google Pay. Ce sont de grands facilitateurs, qui permettent d’acheter en un clic, sans avoir besoin de saisir sa carte, avec un paiement sécurisé, qui ne coûte pas plus cher. Donc pourquoi s’en priver ?  ».

    Le dirigeant de Digimobee se dit favorable à des solutions permettant de ventiler immédiatement la recette entre tous les acteurs, comme Stripe. En revanche, il se montre plus réticent sur la solution d’open paiement qu’il juge onéreuse et difficile à déployer de façon globale sur tous les réseaux. Il cite l’exemple de Londres, pionnier dans l’open paiement et qui, 15 ans après, constate que 60 % des voyages sont toujours achetés avec la vieille carte Oyster. « Les utilisateurs préfèrent toujours ce qui est simple. Une solution optimale pourrait consister à porter la carte dans le mobile. »

    De son côté, Pascal Lemonnier évoque la gestion de la garantie du paiement, qui est évidemment plus simple dans le cas du prépaiement, puisque le client paye à l’avance, alors que la question se pose dans le cas du post paiement : « Qui prend le risque d’un éventuel non paiement ? Est-ce l’opérateur de bus dans lequel le voyage s’est effectué ou bien l’opérateur de la plateforme qui « possède » le client ?  », s’interroge-t-il, tout en considérant que ce serait plutôt à l’opérateur de la plateforme, où le client s’est enregistré, de prendre des garanties de paiement. Cela va nécessiter l’instauration de règles « un peu plus compliquées » pour le client, qui devra rentrer ses données bancaires sur une plateforme. Le responsable d’Egis plaide pour une seule inscription sur une plateforme de titre unique, même s’il y a plusieurs fournisseurs, afin que la plateforme assure la relation avec tous les opérateurs et que l’utilisateur n’ait pas à se réinscrire à chaque fois. .

    A quand un véritable titre unique en île de France ?

    Selon Eric Alix, l’application « Bonjour Ratp » permet déjà la dématérialisation sur les portables Android. « Toutes les applications ont signé le contrat de distribution avec Île-de-France Mobilités et cela sera le cas d’ici quelques semaines sur les iPhone, ce qui sera très utile pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 car la dématérialisation permettra d’éviter en partie les files d’attente importantes dans nos stations ». La prochaine étape concerne la dématérialisation de la carte de post paiement « Liberté + », qui existe pour l’instant sous forme de carte et ne concerne que Paris intra-muros. « L’enjeu est de dématérialiser ce titre dans les téléphones et cela, pour toute la banlieue. A plus long terme, il faudrait qu’un voyageur francilien puisse utiliser son application RATP lorsqu’il se déplace à Toulouse ou Tourcoing, et inversement. »

    Plateforme nationale et gouvernance

    La fameuse plateforme nationale de mise à disposition du titre unique, sur laquelle travaille la DGITM et que tous les acteurs appellent de leurs vœux, devra donc s’adapter à l’offre existante tout en proposant des solutions pour les collectivités n’ayant pas encore développé leur MaaS. Gabriel Plouvier plaide pour la création de briques techniques fonctionnelles à l’échelon national qui puissent être réutilisables par les AOM pour alimenter les MaaS régionaux et urbains. « Les générateurs de QR codes s’avèrent des logiciels extrêmement complexes et coûteux Peu d’industriels les maîtrisent et le développement d’un générateur à l’échelle nationale serait extrêmement intéressant pour toutes les métropoles. Il en va de même pour la construction d’un module de réservation à l’échelon national qui pourrait également servir à contingenter certains transports, réserver sa place dans des trains ou des cars », estime-t-il.

    La question du moteur tarifaire se pose aussi. « Pratiquement toutes les régions se dotent d’une stratégie MaaS en construisant leur propre moteur tarifaire et en ont même parfois plusieurs pour l’ensemble de leur réseau de transport (un pour le car, un pour le train, un autre pour le réseau urbain, etc.), avec une construction souvent artisanale. Là encore, ce procédé gagnerait à être industrialisé à l’échelle nationale», suggère-t-il. Ces briques, qui manquent parfois cruellement pour les MaaS locaux ou régionaux, faute d’ingénierie ou de financements suffisants, sont jugées essentielles et complémentaires à l’application titre unique. Pascal Lemonnier insiste pour sa part sur le besoin de mettre en place un système d’échange de données entre AOM qui puisse satisfaire aux exigences du RGPD, S’il n’y a qu’une seule inscription chez une AOM avec un contrat unique, cela signifie que de multiples fournisseurs de services dans les régions, du secteur privé ou public, vont essayer d’attirer les clients avec une gamme de services de plus en plus élaborée, poursuit-il. « Ce sera bénéfique puisque la concurrence va permettre de monter en gamme et d’offrir aux clients finaux des services de plus en plus fiables et intéressants. » Pascal Lemonnier plaide aussi pour qu’une instance nationale puisse imposer des standards d’échanges de données, comme l’Asfa a su le faire pour permettre l’interopérabilité entre les différentes autoroutes. « La DGITM lance son projet sur le sujet. C’est une étape préliminaire indispensable », insiste-t-il.

    Tous les intervenants reconnaissent aussi l’importance d’instaurer une gouvernance claire pour la gestion du titre unique. Gabriel Plouviez rappelle que le lancement d’un titre unique au niveau d’un territoire, ne serait-ce qu’à l’échelle régionale, représente un défi de taille « parce que chaque AOM a ses propres projets et ambitions, avec sa manière de fonctionner». Lorcan Le Pen acquiesce : « Il faut un chef de fil pour orchestrer le titre unique et coordonner les initiatives, avec une coopération intelligente et saine entre les acteurs. »

    Grégoire Hamon

  • Les priorités de Hiba Farès pour RATP Dev

    Les priorités de Hiba Farès pour RATP Dev

    Entrée dans le groupe RATP en 2018, comme membre du comité exécutif et directrice de l’expérience clients, du marketing et des services, Hiba Farès a pris en 2022 la présidence de RATP Dev. Elle s’est fixée comme priorités de stabiliser les contrats, développer l’activité, attirer et fidéliser les talents. Elle était l’invitée du Club VRT le 29 avril.

    Mission accomplie pour RATP Dev. Filiale à 100 % du groupe RATP, l’entreprise a été créée en 2002 pour développer, exploiter et maintenir des nouveaux réseaux de transport urbain et interurbain en dehors du réseau historique de sa maison mère. En France et à l’international. Vingt ans plus tard, le petit poucet des transports est présent dans 15 pays et poursuit méthodiquement sa route. Depuis l’arrivée d’Hiba Farès à sa présidence, en 2022, la filiale a remporté notamment les contrats d’exploitation et de maintenance de Durham et Raleigh aux Etats-Unis, du réseau Mistral à Toulon, de Sydney Western Airport et de la ligne 15 sud du futur métro Grand Paris Express. Et en mars dernier, Sytral Mobilités lui a attribué la gestion des métros, funiculaires, tramways et liaison aéroport de Lyon et des territoires lyonnais. « Avec ce contrat nous sommes sur le plus grand réseau de transports en commun hors Île-de-France. Mais nous avions traversé le périphérique depuis 2003 en devenant l’opérateur de l’ensemble des transports publics de l’agglomération d’Annemasse », rappelle-t-elle.

    Une réussite, trois explications

    Cette réussite, la présidente de RATP Dev l’explique d’abord par la capacité de s’appuyer sur l’expertise de sa maison mère en matière de transport, de maintenance, que la filiale exporte en régional et à l’export. « Nous savons gérer des infrastructures, acheter du matériel, discuter avec les fournisseurs, concevoir des stations et des gares, opérer des flux, réaliser la maintenance… Nous avons un laboratoire d’expérimentation pointu que nous devons à nos ingénieurs et bénéficions d’une expertise rare qui nous permet d’avoir un vrai rôle de conseils », détaille Hiba Farès. C’est ce qui lui a permis de remporter en décembre dernier le contrat de la ligne Sydney Metro-Western Sydney Airport, au sein du consortium Parklife Metro. « Nous sommes exploitant, mais nous sommes allés en Australie bien en amont pour participer à la conception du projet, au service du client avec qui nous partageons un même intérêt. A la différence d’une société de génie civile, RATP Dev s’inscrit dans la durée du contrat, de 15 à 20 ans, avec pour objectif d’être renouvelé au-delà », précise sa dirigeante. L’entreprise a intérêt à ce que les choses soient construites pour durer. Et pour s’en assurer, n’hésite pas à mettre en garde sur ce qui risque de ne pas fonctionner, pointer ce qui va mal vieillir, ou risque d’être mal conçu, en se basant sur son expérience d’exploitant mainteneur, mais aussi sur celle du groupe. « C’est un vrai point de différenciation que nous mettons en avant et que j’entends préserver », assure Hiba Farès. Ne pas débarquer avec des solutions toutes faites, c’est ce qui expliquerait aussi le succès de RATP Dev, assure sa dirigeante. « Pour chaque contrat, nous avons la volonté de construire une offre locale ». Ce qui nécessite un travail de terrain pour comprendre les particularités et les paramètres locaux, et proposer une offre sur-mesure mais bénéficiant du savoir-faire international de la filiale. « Nous capitalisons sur ce que nous avons fait ailleurs, en le personnalisant », résume Hiba Farès qui refuse d’industrialiser entièrement les process. Troisième recette du succès, elle tiendrait au « pragmatisme », à « l’humilité » et au « sens opérationnel » des collaborateurs qui « vont toujours chercher de la performance additionnelle pour continuer à s’améliorer (…) Malgré notre croissance, il faut veiller à ne pas perdre notre capacité à rechercher des solutions adaptées à chaque marché, car c’est dans notre ADN ».

    Une progression «  jalousée »

    Les aventures de la filiale de la RATP ne laissent pas de marbre ses concurrents. Certains lui reprochent d’avoir remporté l’appel d’offres du réseau de Lyon grâce à une politique tarifaire agressive. Une accusation qu’Hiba Farès balaie d’un revers de main : « Il n’y a aucune polémique à avoir après cette victoire. » Elle invite ses concurrents à demander les principales caractéristiques de l’appel d’offres, elle ne manque pas de le faire après chaque appel d’offres non remporté. « Cela permet de rétablir la réalité », assure-t-elle.

    RATP Dev perd-t-elle de l’argent ? La filiale ne publie pas ses chiffres, ses résultats annuels sont noyés dans ceux de l’ensemble des filiales du groupe RATP qui, toutes confondues, seraient à l’origine de 127 millions d’euros de pertes. Et une grande partie serait due à l’activité des bus londoniens opérés par RATP Dev Transit London. Hiba Farès lie ces difficultés à l’inflation et à la pénurie de personnel à Londres. Mais ce problème serait en voie de résorption, RATP Dev renégociant ligne par ligne et améliorant le service pour en venir à bout, affirme la dirigeante. Comme l’a déjà annoncé Jean Castex, pdg du groupe, RATP Dev cherche une voie de sortie pour se retirer du contrat londonien. « Nous avons 13,7 % du marché des bus londoniens, les acteurs qui s’en sortent en possèdent 25 %. C’est pourquoi nous sommes en quête d’investisseurs pour reprendre ces lignes, en partie ou en totalité. »

    Des pistes pour trouver des financements

    Si les transports publics sont l’une des solutions au changement climatique, ils ne sont pas suffisamment valorisés. « Dans le modèle de délégation, le transport est encore vu comme un métier de tractionnaire, alors que pour répondre à l’exigence des cahiers de charges il faut apporter de l’innovation, du digital, de l’information en temps réel aux voyageurs, de la multimodalité », souligne Hiba Farès qui souhaiterait que son entreprise et ses concurrents mènent une bataille commune pour mettre davantage en avant la valeur ajoutée des transports publics dans les territoires. Elle plaide aussi pour repenser leur modèle de financement, pérenniser, et lutter ainsi à armes égales avec l’hégémonie de la voiture. En ayant les moyens de créer le fameux « choc d’offres » qui permettrait d’amorcer un cercle vertueux avec plus de volume de transport, plus de passagers et davantage de recettes pour réaliser des investissements.

    Comment ? En commençant par aller chercher de nouvelles sources de financement auprès des usagers. En France, ils paient en moyenne un quart du coût du transport public, bien moins que dans d’autres pays. Opérer ce changement ne pourra se faire que localement, parce que chaque territoire est différent en termes de démographie et d’acceptabilité, et que ces hausses tarifaires devraient s’accompagner de la mise en place de tarifs sociaux, afin que les transports publics restent accessibles à tous, précise Hiba Farès. La présidente de RATP Dev est aussi favorable à une hausse ciblée du versement mobilité, en contrepartie d’un accent mis en priorité sur les trajets domicile-travail. Et enfin, elle préconise la mise en place d’un plan de lutte contre la fraude. « à effet immédiat ».

    Pour les investisseurs publics et privés qui souhaiteraient investir dans la transition énergétique et la décarbonation, mais y renoncent parce qu’ils sont confrontés au modèle de contrat de délégation de service public, « qui ne leur convient pas toujours », selon Hiba Farès, elle suggère de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. Citant l’exemple de l’Australie ou du Canada où le financement des transports publics est souvent assuré par des partenariats public-privé. Autre proposition, relier le modèle économique du transport à celui de l’immobilier, comme cela se fait au Japon et à Hong Kong. Dans ces pays, quand une nouvelle infrastructure de transport génère des projets immobiliers, les plus-values sont réaffectées aux opérateurs de transport. Une piste également défendue par Valérie Pécresse, patronne de l’Ile-de-France et de son autorité des transports et par la Société des Grands projets (anciennement société du Grand Paris). Autour des nouvelles gares du futur métro Grand Paris Express, seuls les promoteurs réalisent des plus-values, alors que les nouvelles dessertes en transport public valorisent les projets immobiliers. « Un partage de la valeur ajoutée, comme cela se fait aussi en Australie ne serait pas choquant. C’est aux politiques d’en prendre la décision, mais à nous de pousser ces solutions », encourage Hiba Farès qui préconise aussi de flécher certaines recettes, comme l’ajustement carbone aux frontières, les taxes sur le carburant ou une partie des taxes sur les autoroutes, vers les transports publics. « Ce sont des pistes qu’il faut continuer à promouvoir sans se décourager, car il est nécessaire de trouver des ressources pour financer un choc d’offres et pouvoir mettre en place un super réseau, du premier au dernier kilomètre, bien desservi, avec des horaires étendus et une fréquence régulière. Mais cela ne serait pas suffisant, estime-t-elle. Pour dissuader l’usage de la voiture, il faudrait aussi mettre en place une petite dose de contraintes, car si les voitures roulent bien et si le parking en centre-ville reste gratuit, on ne modifiera pas les habitudes ». Pour faire changer les comportements, il faut que le triptyque confort-prix-temps de trajet soit en faveur des transport publics.

    RATP Dev a repris en 2021 l’exploitation et la maintenance de la ligne 3 du métro du Caire.

    Nouveaux usages

    La fréquentation des transports publics, qui avait chuté pendant la crise du Covid, a évolué depuis de manière différente d’un pays à l’autre. Elle est revenue au niveau d’avant la pandémie aux Etats-Unis et en France, sauf dans les grandes villes. Dans les pays en développement, les attentes pour le transport public sont importantes et lorsque RATP Dev propose de nouvelles lignes de bus à haut niveau de service (BHNS) comme à Casablanca, ou de métro au Caire, la demande suit.

    Dans les grandes villes, où plus de 20 % d’emplois sont « télétravaillables », la fréquentation des transports publics est remontée de 80 a  90 % par rapport à avant 2019, avec des différences selon les jours de la semaine. Le mardi tout le monde se déplace, le vendredi beaucoup moins et le week-end, la demande de transports publics explose. Le tout variant d’un territoire à l’autre. Ces changements de comportement en matière de transport semblent durables, et RATP Dev est encore en phase d’apprentissage pour s’y adapter, confie Hiba Farès.

    Sélectivité pour les appels d’offres

    RATP Dev réalise 30 % de son activité en France, 30 % dans le reste de l’Europe, le solde ailleurs dans le monde, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, Hiba Farès vise un développement en Europe, aux États-Unis et en zone Asie-Pacifique. Après avoir remporté le métro de Sydney, l’entreprise répond à deux appels d’offres dans cette ville ainsi qu’à Melbourne, mais aussi pour le métro de Singapour, avec un partenaire singapourien.

    Au Moyen-Orient, RATP Dev entend profiter des nombreuses opportunités, et a été retenue pour l’exploitation et la maintenance des lignes 1 et 2 du futur réseau de métro de Riyad, après avoir remporté celui des bus en 2019. Enfin, avec un partenaire local et Keolis, la filiale de la RATP est montée à bord du métro de Doha au Qatar. Et en Egypte, elle a signé un accord pour l’exploitation et la maintenance de la ligne 3 du métro du Caire et de ses extensions, et obtenu le contrat d’exploitation et de maintenance du train interurbain (LRT).

    RATP Dev qui s’est initialement développée à coup d’opérations de croissance externe a aujourd’hui atteint une taille critique lui permettant de gagner des marchés seule, ou avec des partenaires. « Nous travaillons avec tout le monde, et notamment avec des Français. Nous évoluons dans un monde où l’on peut être en compétition un jour, et partenaire le lendemain. C’est comme ça qu’on peut gagner, apprendre et progresser. » Pour choisir ses appels d’offres, Hiba Farès prend en compte la connaissance du client et de ses projets. Mais il faut aussi que l’entreprise ait la capacité d’apporter une réponse locale. « C’est en étant très proche de l’écosystème qu’on a gagné l’Australie et Lyon, pas en proposant une solution depuis Paris. Si nous ne sommes pas à même d’apporter une réponse locale, on laisse la place aux autres », assure la dirigeante, qui privilégie aussi son cœur de métier. « Dès qu’un projet d’appel d’offres concerne la création ou la reprise d’un réseau de rail urbain, de métros ou de tramway, nous nous positionnons ». Elle ne s’interdit pas non plus d’aller vers des projets de bus, comme à Toulouse, Bayonne, Brive-la-Gaillarde, ou Saintes. Aux Etats-Unis, la filiale de la RATP est déjà présente dans quinze États, pour une trentaine réseaux de bus, et continue à étendre ses conquêtes.

    Les opportunités liées à l’ouverture à la concurrence des trains régionaux en France intéressent l’entreprise qui a déjà répondu à un appel d’offres sur le TER en Pays de la Loire, sans succès. « Nous regarderons les nouveaux appels d’offres pour nous positionner seul, et sur un seul », annonce Hiba Farès, confirmant ainsi que la société Régionéo, formée en 2020 par RATP Dev et Getlink pour répondre à des appels d’offres sur les TER, a vécu. Quant aux projets des Services express régionaux métropolitains, les Serm, la présidente de RATP Dev dit ne s’intéresser qu’à ceux dans les villes où la filiale est déjà implantée.

    Le facteur humain

    Passée par l’hôtellerie et l’aviation, Hiba Farès retrouve dans celui des transports publics, le « même côté humain ». « Nous faisons des métiers exigeants, qui demandent expertise, engagement et disponibilité, mais ce sont des métiers porteurs de sens. » Pour attirer et fidéliser les talents, RATP Dev a travaillé sur sa marque employeur et mis en place un outil digital de recrutement. Déployé sur la centaine de villes où la filiale est présente, l’outil permettrait d’avoir une vision des annonces ouvertes, et de progresser sur le recrutement. « Il reste des tensions sur les métiers de la conduite et de la maintenance, mais plus avec la même ampleur », confirme Hiba Farès.

    Depuis son arrivée en septembre 2022, Cécile Tuil, directrice exécutive clients & engagement, a mis en place une politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) qui s’illustre par des résultats tangibles en matière de parité : en Afrique du Sud, la filiale de RATP Dev a recruté autant d’hommes que de femmes, en Arabie Saoudite, elle a embauché 40 % de femmes sur le métro. En Égypte l’entreprise a recruté les premières conductrices de train et de métro du pays et annonce 10% de femmes parmi ses effectifs. En France, Hiba Farès promet qu’il y aura des nominations de nouvelles directrices sur les réseaux urbains gagnés.

    Une étude sur les mobilités dans le monde à l’horizon 2030 lancée par les équipes marketing de RATP Dev montre qu’en matière d’environnement, 80 % des plans de résilience nationaux comportaient un volet transport. Ce dont Hiba Farès se félicite, se remémorant des COP où « on ne parlait pas des transports. Et quand on en parlait, cela se limitait aux voitures électriques, alors qu’on sait que même un bus diesel pollue moins qu’un véhicule électrique en covoiturage », commente-t-elle.

    L’étude a aussi révélé une insécurité, réelle ou perçue, dans les transports. A Stockholm, ville la plus sûre du monde, seulement 65 % de femmes disent se sentir en sécurité dans les transports, contre 90 % des hommes.

    A Paris, c’est 50 % des femmes et 80 % d’hommes et à Melbourne, 30 % des femmes et 50 % des hommes. « Ce sujet a des conséquences sur l’image, la fréquentation, les reports, mais aussi sur nos équipes. Car si c’est la réalité, les situations d’agressivité rendent nos métiers difficiles et moins attractifs », en déduit Hiba Farès, bien décidée à s’emparer de ce sujet. Enfin, il ressort aussi de cette étude que 58 % des Français auraient réduit leurs déplacements à cause de l’inflation. « Cela signifie que le transport est vu comme une dépense accessoire. Ce qui nous ramène au sujet du prix et de l’inclusivité et ne rend que plus cruciaux les projets comme Sydney, Toronto ou le Grand Paris Express qui ont pour objectif de reconnecter des zones éloignées des bassins d’emploi de façon rapide, efficace, à un prix raisonnable. »

    Porte d’entrée pour les JO

    La RATP sera sur le pont pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris et les salariés de RATP Dev prévoient de prêter main forte pour l’accueil sur le terrain, si besoin. La filiale du groupe aura aussi un rôle à jouer dans la bonne tenue des Jeux, car ce sont les équipes de RATP Dev qui assureront la gestion de la gare Aéroport d’Orly pour le compte d’Île-de-France Mobilités. Cette première gare du Grand Paris Express qui doit ouvrir fin juin, à l’occasion de l’extension de la ligne 14 du métro, sera une porte d’entrée pour des millions de touristes depuis et vers l’aéroport parisien.

    « Nous aurons à cœur de montrer notre savoir-faire en matière d’accueil et de gestion des flux pendant cet événement planétaire», promet Hiba Farès.

    Valérie Chrzavzez

  • Elections européennes : «  L’atteinte des objectifs n’est pas mesurée »

    Elections européennes : «  L’atteinte des objectifs n’est pas mesurée »

    A quelques jours du scrutin européen du 9 juin (en France), Arnaud Aymé, consultant spécialiste des transports chez Sia Partners, répond aux questions de Ville, Rail & Transports.

    VRT. Quel bilan tirer du mandat parlementaire européen qui s’achève sur les questions de transport et de mobilité ?

    Arnaud Aymé : La DG Move (la direction en charge des transports, au sein de la Commission européenne, ndlr) s’était donnée des objectifs de décarbonation des transports, mais aussi de mise à profit des technologies numériques, et d’amélioration de la sécurité routière. Elle avait décidé des actions en conséquence et les a souvent mises en œuvre. Le problème c’est que l’atteinte des objectifs n’est pas mesurée. Dans le dernier rapport publié (sur l’année 2022), la DG mesure la mise en œuvre des actions, pas l’atteinte des objectifs.

    Quels sujets ont progressé, lesquels sont en panne ?

    Avec le Green Deal, l’Union européenne a mis en avant beaucoup de choses ces cinq dernières années pour décarboner les transports, mais il y a de grosses contradictions comme l’autorisation donnée aux méga-trucks de passer les frontières : des mastodontes de plus de 25 mètres, pesant jusqu’à 60 tonnes. Et le passage pour les flux transfrontaliers des camions de 40 à 44 tonnes… On voit bien que les actions de la DG Move peuvent-être contrecarrées par d’autres mesures communautaires. Il y a des contradictions au sein même des instances européennes, qui traduisent les divergences de vision et d’intérêt entre les pays membres.
    Concernant la fin de la vente des véhicules thermiques neufs en 2035, on sent un certain coup de mou avec les questions de souveraineté européenne, de production en Europe des voitures et des batteries, et de déploiement des bornes de recharge. Quant au verdissement des flottes de véhicules d’entreprises, avec des mesures coercitives transposées en France pour les sociétés qui n’électrifient pas assez leur parc, il faut faire attention à ne pas rendre la mesure contre-productive : l’acceptabilité par les salariés ou par les clients des loueurs n’est pas encore au rendez-vous, et cela pourrait pousser les entreprises à ne pas renouveler leur parc. Avec pour conséquence l’augmentation de l’âge moyen des véhicules, plus polluants.
    Les autres gros chapitres inscrits dans la mandature qui s’achève, c’est le soutien à l’utilisation des carburants alternatifs pour le secteur routier, maritime (SMF) et aérien (les SAF), la promotion du ferroviaire, et l’application du principe pollueur-payeur : ce dernier point n’a pas été mis en œuvre et, sans surprise, il n’y a pas eu d’inflexion notable de la répartition des parts modales dans les transports ces cinq dernières années. Car non seulement, le temps du ferroviaire et de ses infrastructures est long, mais aussi le récent feu vert du Parlement européen aux méga-camions envoie un signal défavorable au fret ferroviaire : cela incite les pays membres à réviser leur réglementation nationale, ce qui risque de produire encore plus de report modal inversé, en faveur du transport routier de marchandises.
    Un autre sujet à double tranchant, c’est l’ETS, le système d’échanges de quotas d’émission de l’Union européenne [un marché carbone pour réduire les émissions, ndlr] qui doit promouvoir les entreprises faiblement émettrices. Mais en même temps on accorde des droits à polluer à certains secteurs, le transport maritime notamment, et ça compense ce que ne font pas les Chinois et les Américains…

    Alors quels sont les grands enjeux européens du prochain mandat européen ?

    Stimuler davantage le principe pollueur-payeur avec la mise en place de l’écotaxe et de péages urbains, qui sont des sources de financement vertueux. Ce n’est certes pas populaire en France, mais ça peut le devenir si les élus montrent que c’est un moyen de financer des projets de mobilité durable. Étendre aussi le marché des quotas carbone, puisqu’aujourd’hui, seulement 40% des émissions de CO2 sont concernés par le système. Et enfin, construire un vrai système ferroviaire européen : si tout le réseau grande vitesse était « ERMTSisé », et financé, on ferait des grands corridors ferroviaires et le train serait plus attractif pour les voyageurs et le transport de marchandises. L’ERTMS (système européen de gestion de trafic des trains interopérable, ndlr), c’est la pierre angulaire d’un système ferroviaire européen mieux intégré. Aujourd’hui, le mitage du réseau ferré est un frein au développement du train comme alternative à la route. Et nous Français, ne sommes pas innocents… L’Europe ne peut pas tout faire. 

    Propos recueillis par N.A

     

     

  • Le manifeste européen de l’UTP

    Le manifeste européen de l’UTP

    L’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), le syndicat patronal des entreprises de transport public, milite pour que dans la nouvelle législature (2024-2029) issue du scrutin dans quelques jours, les politiques environnementales de l’Union européenne soient mieux évaluées en amont, sous-entendu ne pas répéter des meures « contre-productives » du type du projet de règlement européen en 2023 imposant des bus urbains neufs à émission zéro dès 2030. Adopté en l’état, les communes auraient été dans l’obligation, d’ici sept ans, de n’acquérir que des bus électriques ou des bus à hydrogène. Un coût que les collectivités n’auraient pas pu assumer.

    L’UTP appelle aussi les candidats à porter l’idée d’une  » allocation significative des fonds structurels » vers le secteur des transports publics et du fret ferroviaire. Et demande que les fonds du MIE (mécanisme pour l’interconnexion en Europe) soient davantage fléchés vers les infrastructures de transport. Et que ceux du programme Life (fonds de soutien aux programmes innovants exclusivement consacré aux actions pour l’environnement et le climat) le soient vers le transport propres.

    Enfin, l’UTP appelle à mettre en œuvre « un véritable système pollueur-payeur ». « Il est urgent d’établir une équité entre les modes et d’appliquer une taxation juste et loyale », de façon à ce que chaque mode « compense ses externalités négatives ».

    Les « points d’alerte » sur les textes actuellement en négociation à l’échelle européenne : de nombreux règlements ou directives en cours d’élaboration ou des discussions : règlement relatif à l’utilisation des capacités d’infrastructure ferroviaire dans l’espace ferroviaire unique européen notamment ; règlement sur la comptabilisation des émissions de GES des services de transport, révision de la directive « poids et dimension » des camions, révision de la directive conducteurs de trains. Sur la directive véhicules propres notamment, l’UTP demande une révision pour que les véhicules bas carbone puissent rester « une option possible » pour le bus après 2030.

    N.A

  • Élections européennes : que proposent les têtes de liste ?

    Élections européennes : que proposent les têtes de liste ?

    Les transports et la mobilité n’ont pas trouvé leur place comme objet politique dans la campagne électorale des européennes du 9 juin prochain, elle-même éclipsée par les tensions géopolitiques internationales. Au mieux, le débat s’est focalisé sur un seul sujet: la voiture électrique. Mais le train fait aussi l’unanimité.

    Les principales propositions des têtes de liste (par liste alphabétique)

    Besoin d’Europe (Ensemble, Renaissance, MoDem, Horizons, Parti radical, UDI)

    Tête de liste : Valérie Hayer

    ▶ Produire 10 millions de véhicules électriques (ni hybrides rechargeables, ni GPL) en Europe d’ici à 2030, « contre 880 000 assemblés dans l’UE aujourd’hui ».

    ▶ Doubler la part du fret ferroviaire

    ▶ Développer les trains de nuit

    ▶ Lancer un Passe rail illimité pour les jeunes

    ▶ Développer l’avion vert : biocarburants et molécules de synthèse.

    Europe Écologie (Écologistes, Alternative alsacienne)

    Tête de liste : Marie Toussaint

    ▶ Doubler la part du ferroviaire d’ici à 2030, financé par une taxe sur le fret maritime et aérien

    ▶ 39 milliards d’euros d’investissement pour le rail

    ▶ Non aux méga-camions, « un contresens climatique »

    ▶ Augmenter les péages autoroutiers pour les camions

    ▶ 100% des flottes d’entreprises électriques d’ici à 2030

    ▶ 10 milliards d’euros d’investissement pour le vélo

    ▶ Créer un « ISF climatique et social »

    ▶ Contracter un « emprunt Climat »

    ▶ Une « union fiscale » afin que l’Europe se dote de fonds propres pour engager les investissements dans la transition écologique, en permettant à l’UE de « lever des impôts » avec des ressources fiscales affectées aux mobilités du quotidien.

     

    La droite pour faire entendre la voix de la France en Europe (Les Républicains, les Centristes)

    Tête de liste : François-Xavier Bellamy

    ▶ Revenir sur la fin de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035 : « Le continent européen va ressembler à Cuba avec des véhicules hors d’âge », prédit le candidat LR

    ▶ Défendre le Lyon-Turin et le fret ferroviaire. Et lancer un ticket unique européen.

     

    La Gauche unie pour le monde du travail (PCF, Radicaux de gauche, Gauche républicaine et socialiste, L’Engagement)

    Tête de liste : Léon Deffontaines

    ▶ Investir massivement pour le réseau ferré

    ▶ Gratuité des transports publics du quotidien

    ▶ Débloquer des outils fiscaux pour développer des grands projets de transport dans les métropoles

    ▶ Financements dédiés pour les Serm (RER métropolitains) : produits des concessions autoroutières, taxes sur les bureaux, emprunts verts.

    ▶ Imposer un malus au poids des véhicules

    ▶ Arrêter l’ouverture à la concurrence des transports

    ▶ Interdir les vols intérieurs intra-européens

     

    Rassemblement national (RN)

    Tête de liste : Jordan Bardella

    Poursuivre la vente des voitures thermiques au-delà de 2035

    ▶ Abandon de la fin des ventes de véhicules thermiques à partir de 2035, mesure décidée en 2022 par l’Union européenne. « Plutôt que d’interdire brutalement et sans étude d’impact la vente de voitures thermiques individuelles, l’Europe doit favoriser l’innovation dans le secteur pour ne pénaliser ni les consommateurs ni les emplois industriels », milite le candidat d’extrême droite.

    ▶ « Créer les conditions d’un redéploiement massif du transport ferroviaire » en passant par « la possibilité accrue pour les États de déroger aux règles européennes de concurrence ».

     

    Réveiller l’Europe (Parti socialiste – Place publique)

    Tête de liste : Raphaël Glucksmann

    ▶ Lancer un « ticket climat » à 49 euros, passe donnant accès illimité à tout le réseau de transport public français (trains régionaux, bus, métro, hors TGV)

    ▶ Amplifier la taxe carbone aux frontières

    ▶ Embrancher les lignes de fret ferroviaires aux ports fluviaux et maritimes

    ▶ Taxer le kérosène et instaurer une TVA standard sur les billets d’avion (le taux est de 10 %, comme pour les billets de train)

    ▶ Limiter les liaisons aériennes court-courrier

    ▶ Refondre le versement mobilité

    ▶ Baisser le tarif des péages ferroviaires

    ▶ taxer les « 0,1 % les plus riches » au niveau de l’UE, pour financer la transition écologique.

    Union populaire (LFI, Gauche écosocialiste, Parti ouvrier indépendant, Révolution écologique pour le vivant)

    Tête de liste : Manon Aubry

    Interdire les vols aériens dans l’UE s’il y a une alternative en train en moins de 4h

    ▶ Interdire les vols aériens à l’intérieur de l’Union européenne (UE) quand il existe une alternative en train en moins de 4 heures. Et taxer le kérosène

    ▶ Baisser les péages ferroviaires

    ▶ Renationaliser et réunifier la SNCF

    ▶ Développer et rénover des lignes ferroviaires de fret, de trains du quotidien et des trains de nuit, « plutôt que des projets inutiles comme le Lyon-Turin »

    ▶ Miser sur le rail, les Serm, « pas sur les BHNS ».

  • « En lançant la gratuité des transports publics, nous avons développé une vision systémique », affirme Julie Frêche

    « En lançant la gratuité des transports publics, nous avons développé une vision systémique », affirme Julie Frêche

    Cinq mois après le lancement, le 21 décembre 2023, de la gratuité totale des transports publics, Montpellier dresse un premier bilan. La fréquentation a progressé de 23,7 % sur les trois premiers mois 2024 comparés à la même période 2019 (avant Covid). 

    Selon Julie Frêche, conseillère municipale déléguée aux transports, la gratuité concerne potentiellement un demi-million de personnes qui habitent Montpellier. Avant la première phase de la gratuité, instaurée par étape (en septembre 2020, les transports publics avaient commencé par être gratuits le week-end, un an plus tard, la mesure concernait les moins de 18 ans et les plus de 65 ans), le réseau comptait 86 000 abonnés. Désormais, ils sont 358 000 à posséder un abonnement.

     

    Ville, Rail & Transports. Vous tirez un premier bilan positif de la gratuité des transports publics…

    Julie Frêche. Sur le premier trimestre 2024, comparé à la même période en 2019, nous enregistrons une hausse de la fréquentation de 23,7 %. Ce qui représente 5 millions de déplacements en plus. Il faudra toutefois attendre la fin de l’année pour disposer d’un panorama complet car le système de comptage entre les deux périodes a changé, passant de celui par validation à celui assuré par des cellules compteuses installées dans les tramways et les bus.

    Dans le cadre de notre plan Stratégie Mobilités 2025, nous avons développé une vision systémique : nous mettons à disposition de tous les habitants, où qu’ils soient, sans dogmatisme, une offre de transport complémentaire, avec une palette de services pour répondre à la demande.

    La gratuité ne se fait pas au détriment du vélo, puisque le nombre de cyclistes a fait un bond de 17,2 % à l’échelle de Montpellier et de 16,2 % à l’échelle de la métropole. En plus de la gratuité, nous avons développé le vélo, le covoitutage gratuit, le déploiement de bornes électriques…. Avec, à la clé, davantage de pouvoir d’achat.

    VRT. La part modale de la voiture a-t-elle reculé?

    J. F. La part modale de la voiture n’a pas augmenté. Mais nous devrons attendre les chiffres stabilisés pour en savoir plus.

    Nous sommes tellement attaqués sur la gratuité que cela nous oblige. Nous proposons 42 lignes de bus et quatre lignes de tram. Nous allons lancer une cinquième ligne de tram ainsi qu’une extension de la ligne 1 jusqu’à la gare TGV Montpellier Sud de France.

    On nous dit aussi que l’insécurité serait plus grande lorsque les transpors sont gratuits, ce n’est pas le cas, au contraire : le nombre d’atteintes aux biens et aux personnes a reculé de 26 % alors que la fréquentation a augmenté. Nous multiplions les actions conjointes avec la police des transports. 22 agents ont été recrutés pour constituer notre police des transports. Nous allons en embaucher 20 supplémentaires. Nous aurons ainsi le plus grande police de transport public de France.

    VRT. Que deviennent les contrôleurs dans le dispositif?

    J. F. Les contrôleurs poursuivent leurs missions mais différemment. Ils traitent surtout des incivilités et mettent encore quelques amendes lorsque les voyageurs ne sont pas en règle car la gratuité est réservée aux résidents.

    VRT. Pourquoi avoir changé le statut juridique de la société qui exploite le réseau de transport public?

    J. F. Nous avons transformé le statut juridique de la société TAM, de société anonyme d’économie mixte locale en société publique locale (SPL). Nous l’avons décidé en 2021 pour pouvoir sortir de la concurrence, pour nous conformer aux règles. Cela a permis de mieux sécuriser notre choix. C’était aussi une forte demande des syndicats. Ainsi, nous pouvons pérenniser l’exploitant TaM.

    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

     

  • Trois régions pour expérimenter le titre de transport unique

    Trois régions pour expérimenter le titre de transport unique

    La Normandie, les Pays-de-la-Loire et le Centre-val-de-Loire sont les trois régions retenues pour expérimenter à partir de la fin de l’année le titre de transport unique, a annoncé le 23 mai dans un communiqué le ministère des Transports. Cette « première phase expérimentale » portera en particulier sur l’axe Caen – Le Mans – Tours avec la participation des trois métropoles concernées. « Ces territoires offrent un terrain propice pour tester différents parcours utilisateurs, valider des propositions techniques, améliorer et étendre progressivement le service auprès d’usagers effectuant des déplacements interrégionaux de porte-à-porte », indique encore le ministère, espérant dès 2025 le déploiement national « d’une solution permettant de réaliser des trajets de bout-en-bout sur tout le territoire national avec un seul titre de transport ». Et de préciser : « Il s’agit de relier entre eux les systèmes billettiques régionaux et locaux pour simplifier le parcours des usagers« .

  • Pourquoi la RATP refuse que ses conducteurs cumulent une activité de VTC

    Pourquoi la RATP refuse que ses conducteurs cumulent une activité de VTC

    « La double activité n’est pas interdite à la RATP, mais quand un chauffeur de bus est en arrêt maladie et a une activité de VTC, ça pose problème… », a lancé Jean Castex le 15 mai devant des journalistes. Le pdg de la RATP réagissait à la révélation d’une note interne de la Régie par nos confrères de RMC, un document qui alerte sur le nombre de salariés de l’entreprise de transport en situation de double activité, pendant leur jour de repos, ou même… quand ils en un arrêt maladie.

    A ce jour, « 30 agents se trouvent en procédure disciplinaire pouvant conduire à un licenciement« , indique le service presse du transporteur. En fait, le droit du travail n’empêche pas les travailleurs indépendants de cumuler leur activité professionnelle avec une activité salariée. Et un salarié de la RATP pourrait donc légalement cumuler son activité avec une activité de VTC ou de taxi, sauf que « l’entreprise a fait le choix de refuser à ses agents de cumuler leur emploi avec une activité de VTC pour des raisons de sécurité », précise les communicants du . Pourquoi ?  « Il serait impossible pour la RATP de s’assurer des temps de conduite maximum journalier sur les deux activités ainsi que des repos quotidiens et hebdomadaires » obligatoires, justifie le groupe de transport public. Qui dit vouloir préserver ainsi « la pérennité du modèle social », en ne faisant pas « peser une charge indue aux caisses de solidarité ».

    La RATP dit avoir renforcé ses contrôles « et ces situations sont étudiées avec la plus grande attention en lien avec les caisses de sécurité sociale ». Les agents mis en cause peuvent être amenés à rembourser « l’ensemble des indemnités indûment perçues », et risquent aussi des procédures disciplinaires pouvant déboucher sur un licenciement, pour les employés en CDI, ou à la révocation, pour les agents statutaires.

    Si l’absentéisme est en recul de 10% à la RATP, selon Jean Castex, « on n’est toujours pas revenu au niveau d’avant Covid ».

    N.A

  • Jean-Pierre Farandou sera remplacé après les Jeux olympiques

    Jean-Pierre Farandou sera remplacé après les Jeux olympiques

    Sitôt la page des Jeux olympiques tournée en septembre, le pdg de la SNCF rendra sa casquette de premier des cheminots. Mesure de rétorsion de la part de l’Etat suite à l’accord du 22 avril sur les fins de carrière des cheminots ? Ou mise en scène ?

    Fin de match après les JO. Après une convocation à Bercy, très scénarisée, de Jean-Pierre Farandou, le gouvernement siffle brutalement la fin de la partie. Deux heures avant l’audition du patron de la SNCF, le 7 mai, par le Sénat pour évoquer « les conséquences de l’accord » sur les fins de carrière, un communiqué officiel répétait ce que l’on savait déjà : le premier des cheminots à la tête des 150 000 salariés du groupe ferroviaire restera en poste jusqu’en septembre. Son mandat s’achevait le 13 mai et comme prévu, il est prolongé de quelques mois, le temps que la SNCF passe l’épreuve du feu des Jeux Olympiques.
    Mais, la sanction est tombée : après la compétition, Jean-Pierre Farandou ne sera pas reconduit pour un deuxième mandat, a annoncé le gouvernement. Sitôt la page des JO tournée, l’Elysée proposera aux parlementaires le nom d’un (e) successeur(e).

    Jean-Pierre Farandou avait jusqu’ici toujours fait savoir son intention de rempiler. Il fêtera ses 67 ans cet été, sera donc bientôt frappé par la limite d’âge fixée pour le pdg de la SNCF et aurait dû quitter ses fonctions en juillet 2025.

    Manque de transparence ? Fusible ?

    Signé le 22 avril avec les syndicats, l’accord sur les fins de carrière a mis le feu aux poudres, semble vouloir faire croire le gouvernement. Mais qui a allumé la mèche ? Début mai, Bruno Le Maire convoquait Jean-Pierre Farandou pour « qu’il rende des comptes », l’accord engageant, selon le ministre de l’Economie et des Finances, les équilibres de la réforme des retraites et les équilibres financiers de la SNCF ». Laissant entendre que son ministère qui a en partie la tutelle de la SNCF, notamment financière, n’avait pas été averti de cet accord… Lequel a été validé par le ministre des Transports, Patrice Vergriete. Selon les termes de cet accord social signé par les quatre organisations syndicales de la SNCF, à compter de janvier prochain, l’ensemble des cheminots pourront, dix-huit mois avant la fin de carrière, travailler neuf mois payés à 100 % puis effectuer neuf mois non travaillés rémunérés à 75 %, quand l’ancien système valait pour une durée d’un an dont un semestre payé à 60 %.

    Dans ce qui ressemblait un peu à une cérémonie d’adieu devant des sénateurs plutôt conquis par le style et le bilan Farandou, le pdg – pour encore quatre mois – de la SNCF s’est donc soumis le 7 mai après-midi aux questions des membres de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat. Il a dit ne pas comprendre les accusations d’opacité avancées par Bercy notamment.

    Morceaux choisis :

    Qui a donné la directive d’ouvrir des négociations sur la pénibilité et les fins de carrière ?
    « Matignon », répond Jean-Pierre Farandou. « C’est Matignon qui conduisait la réforme des retraites, qui avait les contacts avec les partenaires sociaux et qui a voulu ouvrir une perspective de sortie de crise, en disant que les branches et les entreprises seraient bienvenues à ouvrir ce genre de négociations. Ce que l’on a fait. Ça tombait bien, on avait un vieil accord de 2008, le moment n’était pas mauvais de tenir compte des trois réformes de retraites successives, Fillon, Touraine et celle de 2023, pour simplifier et améliorer le dispositif sur la pénibilité des métiers (…) Dans leur carrière, deux cheminots sur trois sont amenés à exercer un métier pénible…, ajoute le pdg de la SNCF. Le 22 février, dans une interview publiée dans Le Monde, dix lignes mentionnaient l’ouverture des négociations sur cet accord ! »

    Quel est le prix de l’accord pour la SNCF ? « 35 millions d’euros par an », calcule Jean-Pierre Farandou. Je m’engage à compenser le coûts de cet accord, il ne coûtera rien aux contribuables, ni aux voyageurs (cela signifierait augmenter le prix des billets de 29 centimes d’euros…), j’ai de l’argent, les résultats de la SNCF sont bons, je peux financer cet accord ».

    Quel bilan social tire-t-il de son mandat ? « Je suis un infatigable du dialogue social. Quand je suis arrivé à la SNCF fin 2019, il y avait une rupture, une glaciation des relations sociales. J’ai rétabli le dialogue, il a été nourri et réussi. Concurrence, discontinuité de Fret SNCF…, les enjeux sociaux sont énormes. On ne peut pas embarquer 150 000 cheminots dans un projet de transformation sans les représentants du personnel. Sinon, c’est la porte ouverte aux collectifs et alors là, c’est très compliqué… Ils sont impalpables ».

    Le préavis de grève du 21 mai ? « Nous avons une table ronde de convergence calée le 22 mai, on a le droit à un petit mouvement social d’encouragement la veille… »

    Nathalie Arensonas

     

    Jean-Pierre Farandou avait été nommé en novembre 2019 avec comme mission première le rétablissement des comptes de la SNCF et la mise en œuvre de la réforme ferroviaire de 2018. Sous son mandat, le statut des cheminots a disparu en janvier 2020 – conséquence de la réforme – et son entreprise a été confrontée à deux mouvements de grève importants contre la réforme de la SNCF en 2019-2020 puis celle des retraites en 2023. Il a aussi dû affronter la crise du Covid-19 et l’arrêt total des TGV puis l’organisation de trains sanitaires pour transporter les malades et décharger les hôpitaux de certaines régions particulièrement touchées.
    Il est aussi celui qui a ramené les comptes de la SNCF dans le vert avec des résultats historiques en 2022 et 2,4 milliards d’euros de bénéfice puis 1,3 milliard d’euros en 2023. La SNCF fait face à des fréquentations record dans les trains, mais aussi une pénurie de rames TGV, à l’heurte où les Français ont une envie de train. Occasionnant une hausse du prix des billets.