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Catégorie : Politique des transports
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Grand Paris Express : Edouard Philippe se donne un mois pour trancher
On attendait une décision le 23 janvier. Mais les réactions suscitées par l’abandon de la candidature française à l’Expo 2025 ont conduit à repousser l’échéance. Le mardi 23, Edouard Philippe est donc allé à Champigny pour rouvrir symboliquement une période de « concertation ». Les impatients ont alors parlé de début février. Puis on s’est dit que le gouvernement pourrait arrêter ses choix le 12, pour qu’ils soient entérinés le lendemain lors la réunion du conseil de surveillance de la SGP. Mais le Premier ministre ne veut pas se précipiter. Lors de la grande « réunion d’échanges » organisée par le gouvernement vendredi 26 janvier après-midi à Paris avec de nombreux élus franciliens, il a dit qu’il pourrait se donner encore trois semaines, un mois, voire un mois et demi avant de recevoir à nouveau les élus et de leur faire part de sa décision. Résultat, le conseil de surveillance, qui devait sur la base de décisions gouvernementales sortir d’un budget 2018 provisoire pourrait bien rester dans le provisoire, tout en parant au plus pressé. Notamment notifier le très important premier lot de la ligne 16, remporté par Eiffage selon nos informations.
Vendredi 26 janvier, Edouard Philippe et Elisabeth Borne se sont trouvés face à un front uni. D’un côté des élus passionnés, de l’autre un Premier ministre qui les a écoutés pendant quatre heures. Selon l’un des élus conviés, la réunion (qui n’était pas ouverte à la presse) a commencé, après un propos du Premier ministre rappelant qu’il « tient à la cohérence du réseau », « n’est pas là pour arrêter le projet mais pour faire en sorte qu’il aboutisse », par des exposés techniques présentés successivement par Bernard Cathelain (du directoire de la SGP), un représentant du Cetu (le Centre d’études des tunnels), Christian Galivel (RATP), Didier Bense (SNCF Réseau Ile-de-France), qui ont insisté sur la complexité du dossier et les difficultés sur le terrain : déboires de la station Porte-de-Clichy sur le prolongement nord de la ligne 14, intrusion malencontreuse d’Eole sur le RER A à la porte Maillot. Message perçu comme un peu lourd : « les chantiers, c’est compliqué, il faut retarder. »
Réplique des élus, selon François Durovray, président du conseil départemental de l’Essonne : « Nous avons demandé au Premier ministre de renverser cette approche, de partir du respect du calendrier et de voir ce que cela imposait en termes techniques et financiers. » Un François Durovray qui, au-delà de son département et de la ligne 18, et de l’avenir du plateau de Saclay, rappelle que « l’Ile-de-France, c’est 650 milliards d’euros de PIB par an, qu’un dossier transport à 35, 40, 50 milliards n’a rien de scandaleux ; d’autant que le principal frein à l’attractivité de la région, ce sont justement les transports, et que ce sont les Franciliens eux-mêmes qui payent leur réseau par les taxes ».
Tous présents sauf Pierre Bédier (Yvelines), les présidents des départements sont intervenus de façon transverse… et chacun en faveur de sa ligne. Christian Favier (Val-de-Marne) pour la ligne 15 Sud. Jean-Jacques Barbaux (Seine-et-Marne), inquiet de menaces pesant sur la gare de Bry–Villiers–Champigny. Stéphane Troussel (Seine-Saint-Denis) en pointe pour la ligne 16. Nadège Lefebvre (Oise) pour la ligne 17. Patrick Devedjian (Hauts-de-Seine) défendant lui aussi le projet. Quant à Valérie Pécresse, elle a demandé à la fois le Grand Paris Express dans son intégralité, le respect du CPER et du plan de modernisation du réseau. Et la présidente de la région a de nouveau alerté sur les risques de surcoûts concernant « la conception des gares, véritables cathédrales dont le dimensionnement est source de complexité, de surcoût et, à l’avenir, de charges d’exploitation considérables ». Pas sûr que les maires la suivent… Chacun est intervenu en faveur de sa gare et des projets qui vont avec. Normal. D’autant plus fondé, que selon certaines informations, la SGP travaille sur des économies pouvant atteindre jusqu’à cinq milliards d’euros. Parmi les pistes explorées : moins recourir aux barges qu’aux camions pour l’évacuation des déblais ; renoncer à des interconnexions ; et supprimer des gares… Mesures politiquement explosives.
Heureusement, touche par touche, quelques élus ont avancé les voies d’une sortie de crise. Sortie par le haut. Sans toucher au projet. Même si bon nombre ont compris comme le dit l’un d’eux, « qu’on ne peut pas aller plus vite que la musique ». Au bout du compte, un ensemble de propositions précises, cohérentes, principalement portés par des élus très au fait du dossier, politiquement rarement d’accord : LR et PC. Christian Favier (PC) a mis l’accent sur le nécessaire renforcement de la SGP. Il demande 300 emplois supplémentaires. Il y en a 200 aujourd’hui. Quelque 30 millions de masse salariale annuelle en plus permettraient (espère-t-on) de faire quelque trois milliards d’économie, en gérant mieux des marchés de quelque 35 milliards, aux dernières nouvelles. Les élus communistes comptent sur une montée en puissance progressive de la SGP. Le rapport de la Cour des comptes – c’est assez rare – estime que les effectifs de la SGP sont trop faibles. Et Edouard Philippe s’est dit d’accord sur le principe d’un relèvement du plafond d’emplois imposé à la SGP.
Deuxième touche, avancée par le député LR Gilles Carrez, appelé à la tribune en tant que père fondateur du financement du Grand Paris : augmenter les ressources. Il propose de faire passer les taxes affectées de 578 millions d’euros (chiffres 2017) à quelque 750 par an. Jacques Baudrier, élu PC de Paris, en phase avec Gilles Carrez, irait bien jusqu’à 200 millions, ce qui permettrait de lever huit milliards d’investissements. Grosso modo, dans une fourchette de 170 à 200 millions, on se dépêtrerait du surcoût. Gilles Carrez pense même qu’on peut en cas de besoin trouver sans trop de difficultés 300 millions d’euros de plus par an… Et il se souvient, si jamais la taxe sur les bureaux ne suffisait pas, d’avoir proposé en 2009, alors sans succès, une taxe de séjour, demandant aux touristes d’apporter leur écot. Une piste pour plus tard ?
Jacques Baudrier, au nom du Parti communiste – un PC en pointe dans le Grand Paris grâce à son poids dans le Val-de-Marne et à son rôle moteur ; avec l’association Orbival, dans la conception de la ligne 15 – pense lui aussi à une nouvelle taxe. Augmenter pour commencer celle sur les bureaux ne lui semble pas un problème. « Passer de 17 à 20 euros par an le m2 pour des entreprises qui payent entre 500 et 1 000 euros le m², c’est un peu l’épaisseur du trait », dit-il. Mais il milite aussi en faveur d’une recette supplémentaire, qui pourrait bien intéresser le ministère des Transports, et peut-être pas seulement pour le Grand Paris Express : une taxe sur les parkings d’entreprises et de supermarchés, financièrement rentable et écologiquement vertueuse. Au total, résume Jacques Baudrier, « on peut espérer qu’après l’adoption en 2011 par le gouvernement Fillon d’environ 400 millions d’euros de taxes affectées, augmentées de 170 millions en 2013 par le gouvernement Ayrault, complétées de 140 millions de nouvelles recettes annuelles pour le plan de mobilisation en Ile-de-France en 2014 par le gouvernement Valls, que le gouvernement Philippe accepte en 2018 d’apporter 200 millions de plus ». Et cette fois, c’est promis, ce sera la dernière…
F. D.
Photo : gare de Bry-Villiers-Champigny

Grand Paris : le BTP attend un calendrier qui se tienne
Le Grand Paris crée une nouvelle dynamique, qu’on n’avait pas connue en Ile-de-France depuis les RER dans les années 70. La Fédération nationale des travaux publics (FNTP) le constate et s’en réjouit. D’autant que, selon ses chiffres, entre 2008 et 2016, le secteur des travaux publics avait perdu 25 % de chiffre d’affaires et 30 000 emplois. Même s’ils n’ont pas la même importance que le Grand Paris, d’autres facteurs soutiennent l’activité. On en est à mi-mandat du cycle municipal, période traditionnellement favorable aux travaux, l’industrie repart, des plateformes logistiques se développent, des nouveaux quartiers naissent…
Toujours soupçonné de pousser à faire un maximum de travaux, le BTP est peut-être plus prudent qu’on ne le pense sur le Grand Paris. Certes, le 1er décembre 2017, le président de la Fédération régionale des travaux publics d’Ile-de-France, José Ramos, a lancé un cri d’alarme dans le journal spécialisé Batiactu : « Un décalage des chantiers du Grand Paris serait dramatique », dit-il. Mais le titre de l’interview n’épuise pas le propos. La crainte de la profession est double : que des projets soient abandonnés ; que les décisions du gouvernement tardent. José Ramos espérait un calendrier avant la fin de l’année. Espoir déçu. Or, le BTP a besoin de visibilité.
Mais, même si on ne le dit pas trop fort, on sait bien, à la FNTP, que le calendrier initial de la SGP est intenable. Les reports que doit annoncer le gouvernement ne seront pas forcément une mauvaise chose. Surtout s’ils permettent un lissage. Les industriels détestent le stop-and-go. La mobilisation d’énormes moyens nécessitant embauches et formation pour désarmer trois ans après n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant, ni pour les géants ni pour les PME. Ni pour les maîtres d’ouvrage.
Or, c’est bien la tendance actuelle. La surchauffe causée par les travaux du Grand Paris est réelle. Et n’est pas pour rien dans la dérive des coûts. Comme le note la Cour des comptes dans son rapport sur la SGP, « l’évaluation des coûts d’investissement a été faite séparément pour chacun des sept projets soumis à enquête publique. Elle [la SGP] n’a pas pris en compte le fait que ces chantiers ne seront pas successifs mais en grande partie simultanés puisque, selon le calendrier prévisionnel, les sept projets composant le projet d’ensemble auront une plage de travaux de génie civil commune de deux ans, de mi-2019 à mi 2021. » Simultanéité qui tire évidemment les prix à la hausse.
Déjà, selon la Cour, les marchés de la ligne 15 Sud ont été passés avec un écart de 11 % par rapport à l’estimation initiale (3,676 milliards d’euros au lieu de 3,320 milliards). De plus, pour l’un des derniers marchés, la SGP a été confrontée au désistement de trois des cinq entreprises candidates, du fait, semble-t-il d’une incapacité à remettre une offre alors que ces entreprises sont déjà engagées.
Les analyses du Cetu, le Centre d’études des tunnels, faites en juillet 2017, ont confirmé, comme résume la Cour « l’extrême tension sur le génie civil, la capacité à traiter les déblais et à réaliser les systèmes dans un calendrier qui voit se superposer de très grands projets, en particulier en 2019-2020 ».
Parmi les éléments relevés par la Cour et le Cetu, on notera que « 93 km devraient être excavés en 2019-2020, soit plus de 50 % du linéaire total à creuser »… Ou qu’on « aura besoin de 2,5 millions de tonnes de voussoirs en béton préfabriqué sur 2019-2020 ». Or, « la production de produits préfabriqués en béton en Ile-de-France ne dépasse pas 1,4 million de tonnes par an »… Encore quelques chiffres étonnants : « le CA annuel de la profession est de 500 millions d’euros pour les travaux souterrains et de 600 millions d’euros pour les fondations spéciales, soit un ensemble habituel de trois milliards d’euros sur trois ans. Or le volume d’affaires suscité par la seule SGP sur les années 2019 à 2021 atteint presque dix milliards d’euros pour ces deux spécialités. »
La surchauffe, on la constate aussi sur les métiers. Particulièrement recherchés, les conducteurs de travaux, les chefs de chantiers, les topographes. La rareté des ressources, relève un professionnel, amène les entreprises à se « piquer » les meilleurs éléments. Avec une inflation sur les salaires, rarement bien vue par les entreprises.Du point de vue des maîtres d’ouvrage, c’est mauvais aussi. La conséquence de cette demande excessive, note l’un d’eux « c’est que les entreprises sûres d’avoir des marchés ne se battent pas sur les prix et que de ce fait ils augmentent ».
On pourrait compter sur l’arrivée à la rescousse d’entreprises européennes. Pas si simple. Ces entreprises n’ont pas forcément l’habitude de travailler en France et de se plier à nos réglementations.La surchauffe produit aussi ce qu’un professionnel appelle des « facteurs bloquants ». La production, par exemple, peut être limitée par des capacités trop faibles d’encadrement des chantiers. De plus, les bureaux de contrôle (type Veritas), sont eux aussi saturés.
Jusqu’en 2024, les entreprises ne sont pas à la peine. Au contraire… Mais c’est dès maintenant qu’il faut anticiper les années suivantes. Ce ne serait pas idiot que, cette fois, le gouvernement tienne compte dans l’établissement du nouveau calendrier, non seulement des capacités de financement ou des équilibres politiques au sein de la région. Mais aussi de la capacité à réaliser les travaux décidés. « La puissance publique n’a jamais pris en compte le plan de charge des entreprises. Il n’y a jamais eu d’adéquation entre le plan de charge et les travaux qu’on lance », regrette un professionnel. Et si on s’y mettait ?F. D.

Grand Paris : Edouard Philippe en déminage à Champigny
On attendait des décisions imminentes sur le métro du Grand Paris, à la suite de l’explosion des coûts, de la mission confiée au préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot, et du récent rapport de la Cour des comptes. Le Premier ministre a préféré face à la fronde attendue des élus ouvrir une période de concertation. Un peu la méthode Notre-Dame-des-Landes. On se rend sur le site, pour témoigner de l’attention portée au sujet, on concerte et, si possible, on dénoue dans la foulée. Edouard Philippe s’est donc rendu ce mardi à 13 heures, accompagné d’Elisabeth Borne, sur le site le plus emblématique du chantier du Grand Paris Express, à Champigny, où le premier tunnelier de la ligne 15 doit descendre dans son puits le 3 février. « Il est hors de question de ne pas faire ce projet » a réaffirmé le chef du gouvernement. En ajoutant, selon l’AFP : « mais notre objectif c’est de poser des bases solides sur la façon dont ce projet va être mené à son terme. »
Auparavant, le Premier ministre a reçu, ce matin, Valérie Pécresse, présidente de la région, Patrick Ollier, président de la métropole du Grand Paris, et Jean-Yves Le Bouillonnec, président du conseil de surveillance de la Société du Grand Paris. Il devrait commencer à recevoir d’autres élus d’Ile-de-France cette semaine, et n’a pas souhaité dire combien de temps la concertation qui venait de s’ouvrir allait durer ».
Les termes du problème sont connus. Il faut sortir d’une estimation du coût du métro, faite d’abord à la louche, et très politique, pour reconnaître enfin la vérité des prix. S’agissant des dates de mise en service, la problématique est la même. Les échéances fixées ont été très « volontaristes ». La réalité du chantier s’impose. Il faut atterrir. On semble s’acheminer vers une double échéance : sécuriser tout ce qui peut l’être pour 2014, date des jeux Olympiques, ce qui déjà n’est pas si simple, la plupart des promesses du dossier de candidature étant intenables. Et reporter le reste du réseau à des échéances plus lointaines.
On a promis monts et merveilles aux élus franciliens. Il faut déchanter… Difficile, pour ceux qui ont mis tant d’espoirs dans le métro. Par exemple les élus de la ligne 16. Les maires de Sevran, Livry-Gargan, Clichy-sous-Bois, Montfermeil, Chelles, et Noisy-le-Grand ont dans un courrier adressé lundi à Emmanuel Macron protesté contre un report de la ligne 16.
Le contexte est d’autant plus difficile que le président de la République, parallèlement, s’apprête à prendre des décisions radicales sur l’organisation de la métropole du Grand Paris. Patrick Ollier, en présentant ses vœux lundi, a manifesté sa confiance dans l’avenir de la Métropole qu’il préside… sur un ton qui trahissait pourtant une certaine inquiétude. Pour sa part Christian Favier, le président du Val-de-Marne, vient d’annoncer la fermeture de tous les services départementaux, le 7 février. Pour protester contre la suppression attendue des trois départements de petite couronne.
F. D.

Comment les Jeux poussent au crime
On connaît la chanson. Les grands événements sont des accélérateurs. Ce n’est pas faux. On l’a vu avec la première LGV chinoise, Pékin – Tianjin, prête en un temps record le 08/08/08, pour les Jeux olympiques de 2008. Pas faux… mais pas toujours vrai. Londres n’a pas fait tout ce qu’elle avait prévu pour les JO de 2012.
Comme les grands programmes, le Grand Paris a naturellement été conçu indépendamment des Jeux, et si son calendrier a été accéléré par Manuel Valls, c’était dans la perspective de l’Expo 2025 ; mais, pendant qu’on y était, les lignes ont été avec un beau sens de l’esbroufe intégrées dans le dossier de candidature de Paris aux JO 2024. Le dossier prévoit donc à cette date : la ligne 14 jusqu’à Saint-Denis-Pleyel, la ligne 14 jusqu’à Orly, la ligne 15 Sud dans son entier, la ligne 16 de Saint-Denis-Pleyel à Noisy-Champs, la ligne 17 de Saint-Denis-Pleyel à Paris-Charles-de-Gaulle. Sans oublier CDG Express, le prolongement d’Eole à l’ouest, et on en passe.
Sur le papier, accélérer ne coûte pas grand-chose. Mais, si on veut honorer les engagements pris, cela commence à chiffrer. C’est l’un des points majeurs que soulève la Cour des comptes dans son rapport de décembre dernier sur la SGP. « L’espoir de faire coïncider avec l’échéance olympique la mise en service d’une partie substantielle du réseau du Grand Paris Express est de nature à accroître les dépenses à la charge de la SGP de l’ordre de 625 millions d’euros, dont 300 millions d’euros ont d’ores et déjà été décidés. » En effet, précise la Cour, « à l’été 2015, la direction de la SGP a considéré que le schéma de construction de la ligne 16 avec six tunneliers, sur la base duquel a été prise la délibération du conseil de surveillance approuvant l’opération d’investissement, risquait de ne pas permettre une ouverture de la ligne pour les Jeux olympiques de 2024. Elle a donc décidé d’ajouter trois tunneliers supplémentaires. Le surcoût est évalué à 250 millions d’euros. De même, la décision de la SGP de faire passer de huit à dix le nombre de tunneliers utilisé pour la ligne 15 Sud, pour sécuriser la date de la mise en service, va augmenter mécaniquement le coût d’une cinquantaine de millions d’euros. »
La Cour ne rentre pas dans le détail. Un tunnelier, cela coûte environ 20 millions d’euros. Pas loin du coût d’une rame TGV. Ça va moins vite, mais ça creuse mieux… Pour la ligne 15, le surcoût correspond grosso modo aux deux tunneliers. Pour la 16, les trois tunneliers n’expliquent pas tout. Quoi qu’il en soit le surcoût est considérable. Et ce n’est pas fini, puisque, toujours pour tenir les engagements, la SGP a demandé en janvier dernier au Premier ministre son accord pour mettre en œuvre un plus grand nombre de tunneliers sur les lignes 17 et 18. Ce qui induirait, relève la Cour, un surcoût évalué dans le dossier de 180 à 200 millions d’euros pour la ligne 17 et à 125 millions d’euros pour la ligne 18.
Pour quel résultat ? L’étude commandée par la DGITM au printemps 2017 au Centre d’étude des tunnels (Cetu) « juge peu vraisemblable le respect des échéances de 2024, même en augmentant le nombre de tunneliers. Il identifie même des risques juridiques, techniques et financiers supplémentaires, qui seraient induits par une telle accélération de la réalisation des lignes 17 et 18 en vue d’une mise en service pour les Jeux olympiques de 2024. »
C’est pourquoi la Cour des comptes conclut à propos des JO : « Il y a donc probablement lieu de reconsidérer les objectifs de calendrier et de déconnecter la réalisation du Grand Paris Express de l’échéance de cette manifestation sportive. »
F. D.

Adieu l’Expo, à quand la 18 ?
Va-t-on reporter la ligne 18 du Grand Paris après avoir abandonné l’Expo ? Le report et le retrait semblent bien faire la paire. Cependant, après avoir fait part dimanche de sa décision de renoncer à la candidature française à l’Expo 2025, le Premier ministre devait prendre encore un peu son temps avant d’annoncer un éventuel report du premier tronçon de la ligne 18 au-delà de 2024. Tronçon desservant allant d’Orly jusqu’au cluster de Saclay, où devait prendre place le « village global » de l’Exposition universelle.
Jean-Christophe Fromantin (député UDI des Hauts-de-Seine), le grand promoteur de la candidature française à l’Expo, a aussitôt dénoncé la « lâcheté sans nom » de la décision du Premier ministre. La plupart des élus concernés sont déçus mais ils ont vite fait d’oublier l’Expo pour en revenir à l’essentiel : la ligne 18. Luc Carvounas (député PS du Val-de-Marne), accuse le gouvernement de s’éviter de « chercher les fonds pour le métro du Grand Paris que la technostructure ne sait pas financer ». Des élus de l’Essonne emmenés par Grégoire de Lasteyrie, maire de Palaiseau, disent « craindre le pire : une annulation ou un report de la ligne 18 qui doit relier le plateau de Saclay et Orly d’ici 2024. Nous rappelons que le projet de ligne 18 existait avant la candidature de la France à l’Exposition universelle, et que sa nécessité lui survit aujourd’hui. Nous, élus du territoire, redisons avec force la nécessité d’une desserte lourde en transport en commun d’ici 2024 ».
Valérie Pécresse dit de même au Parisien : « J’espère que la messe n’est pas dite. Mais je ne suis pas optimiste. Pourtant, on ne peut pas prendre le prétexte d’abandonner le projet de l’Expo universelle pour abandonner celui de la ligne 18. L’Etat n’a pas fait d’économie dans son budget de fonctionnement, il n’a pas fait cet effort, et il se met à sacrifier des projets d’investissements. Saclay va devenir le moteur scientifique de la France, il doit être desservi et a besoin d’une nouvelle ligne de métro. »A priori, cette nouvelle ligne n’est pas menacée dans son existence. Le schéma d’ensemble du Grand Paris, Elisabeth Borne l’a dit, ne sera pas remis en cause. C’est le calendrier qui peut bouger. De plus, s’agissant toujours de la ligne 18, la loi Grand Paris indique qu’un métro doit être construit. Pas de tramway, donc… Mais un métro, cela peut désigner aussi bien un matériel à grand gabarit type ligne 15, un prolongement d’Orlyval, comme le métro de type parisien aujourd’hui décidé. Sur la ligne 18, pas mal de choses peuvent donc changer, même si cela conduit à refaire des études et donc à retarder le projet. Après tout, cela pourrait être un des cas-écoles du gouvernement, dans sa recherche de solutions de mobilité moins coûteuses que prévu en infrastructure.
A l’idée du report, les élus poussent les hauts cris. Selon l’union des élus pour la ligne 18, « compte tenu de l’état d’avancement du projet [du cluster de Saclay] et des conditions de circulation actuelles sur le plateau, 2024 c’est déjà tard ! » Tard, oui… mais, au-delà des effets de manche, est-ce possible ? Dans le rapport rendu le 21 septembre au gouvernement par le préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot, la mise en service de la ligne 18 d’Orly jusqu’au CEA – Saint Quentin est prévue au premier trimestre 2024. Tout juste, donc. Mais il s’agit du calendrier des « échéances opérationnelles au plus tôt »… alors que le génie civil n’a pas commencé. Or, le prolongement de la ligne 14 Nord ou la réalisation de la ligne 15 le montrent, la phase travaux réserve des surprises. Rarement bonnes.
F. D.

Décès de Claude Gressier
Nous avons appris avec tristesse le décès de Claude Gressier, survenu le 7 janvier. Né en 1943, polytechnicien, ingénieur de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, Claude Gressier avait notamment été directeur des Transports terrestres (1988-1993), directeur général adjoint de la SNCF (1993-1994), président de CTT Sceta (1994-1997), PDG de Geodis (1995-1997), directeur du Transport maritime, des Ports et du Littoral au ministère des Transports (1998-2001), vice-président de la commission des comptes des transports de la nation (2001-2009), administrateur d’Air France KLM (2004-2013) et de la SNCF (2006-2013).
Ces dernières années, au sein du Cercle des Transports, avec d’autres personnalités comme Jean-Noël Chapulut, Olivier Paul-Dubois-Taine, ou encore Philippe Essig, Claude Gressier avait invité à mettre l’accent sur la rénovation des réseaux existants et à décélérer sur les grands projets (Transports et dette publique, 2012, Réorienter les priorités du réseau du Grand Paris, 2014, Moderniser le réseau ferroviaire francilien, 2015). Il avait de ce fait joué un rôle essentiel dans la définition de la nouvelle doctrine de l’Etat sur les grandes infrastructures exprimée par Emmanuel Macron dans son discours de Rennes, le 1er juillet 2017.
Claude Gressier était venu exposer ses conceptions devant le Club Ville, Rail & Transports, et nous le contactions souvent pour connaître son analyse sur les grands dossiers actuels. C’est d’ailleurs en cherchant à le joindre pour parler avec lui du rapport de la Cour des comptes sur la Société du Grand Paris que nous avons appris son décès.
Nous présentons à sa famille nos condoléances attristées.
F. D.
Gilles Carrez : « Maintenant, à la tête de la SGP, il faut un chef de chantier »
Député (Les Républicains) du Val-de-Marne, Gilles Carrez connaît sur le bout des doigts les questions de financement du Grand Paris et des transports en Ile-de-France. En 2009, son rapport a ouvert la voie au financement du futur réseau. Président de la commission des Finances lors de la précédente législature, il avait commandé il y a un an à la Cour des comptes le rapport sur la SGP qui vient d’être rendu public. Et qui fait apparaître une énorme dérive de 13 milliards par rapport aux coûts d’objectif fixés par le gouvernement en 2013.
Gilles Carrez répond aux questions de VR&T.Ville, Rail & Transports. Pourquoi aviez-vous demandé à la Cour des comptes un rapport sur la Société du Grand Paris ?
Gilles Carrez. Je me doutais de ce que l’on est en train de découvrir et je voulais une opération vérité sur les coûts. Elle est indispensable, parce que c’est un projet magnifique, auquel la population adhère et qui répond à des besoins. Lors de mon rapport de 2009, il y avait deux projets concurrents, la double boucle de Christian Blanc, pour relier les clusters, et le plan de mobilisation de la région, tout aussi légitime, voire plus, du fait des besoins de la population. On a ajouté les deux, et cela a été entériné lors d’un conseil interministériel de mars 2013. Cela faisait une addition salée, et on s’est un peu voilé la face. Et pourtant, c’est bien connu, dans l’histoire des grands projets, les coûts réels dépassent les estimations.VR&T. Votre modèle de financement ne suffit plus ?
G. C. Le modèle que j’avais proposé reposait sur un fonds de roulement venu de taxes affectées, d’environ 500 millions par an, que nous avons levées très vite, pour retarder le plus possible le moment où il faudrait recourir à l’emprunt. Mais, ce qu’on n’avait pas vu venir, c’est que la SGP s’est retrouvé tout de suite avec une cagnotte. En période de manque d’argent, tout le monde s’est précipité dessus… A commencer par l’Etat pour sa participation au CPER, la RATP pour des véhicules de maintenance. Et on s’en est servi pour Eole, on a commencé par un milliard d’euros, on est arrivé à un milliard et demi ! Et je ne parle pas des demandes des élus qui ont fait en plus gonfler la facture. Chacun voulait sa gare ! On additionne tout cela, la facture explose, et ce n’est pas la faute de Philippe Yvin…
Mais, il y a eu un défaut tout de même de la SGP, qui n’a pas fait de provisions suffisantes pour aléas et risques identifiés. Au bout du compte elle l’a fait, mais elle aurait dû inscrire ces provisions il y a deux ou trois ans.
Les opérations commencent, il fallait cette opération vérité. Ce qui est gênant, c’est que dans cet exercice, il y a toujours un côté moralisateur, et cela retombe sur un dirigeant, Philippe Yvin, qui a pourtant fait un travail remarquable.VR&T. Comment adapter le calendrier selon vous ?
G. C. Aujourd’hui, en tout état de cause, il faut faire face aux échéances opérationnelles. C’est 2024. Les JO. Or, le fait d’être prêt pour 2024, cela représente en soi un défi colossal. Il faut le dire, parce que je crois que tout le monde n’en est pas trop conscient, on pense qu’il suffit d’appuyer sur un bouton. Non ! Aujourd’hui, il va falloir mobiliser 17 à 18 milliards d’euros entre 2018 et 2022, la SGP va être obligée d’emprunter de façon massive. Par ailleurs, d’un point de vue technique, on va forer un peu partout dans la région, avec la ligne 15 Sud, les prolongements nord et sud de la 14, sans oublier Eole… On ne peut pas se planter. Je suis très sensible aux aspects techniques et opérationnels. Il est nécessaire d’étoffer la SGP pour assurer une maîtrise d’ouvrage très forte. Il faut donner à la SGP des moyens humains suffisants, en quantité et en qualité. On commence à creuser, on commence à passer les marchés système. Or, aujourd’hui, pour une personne à la maîtrise d’ouvrage, il y en a 10 à 15 en assistance à maîtrise d’ouvrage. Cela ne va pas. Certes, il y a la question des coûts et, je l’ai dit, il fallait une opération vérité. Mais il ne faut pas oublier les moyens humains.Donc, les JO d’abord, mais ça n’est pas gagné, et ensuite, après 2024, il va falloir phaser. En commençant par répondre à la demande en fonction des fréquentations attendues des tronçons. Selon les besoins actuels des transports, avant les besoins futurs.
VR&T. Il faudra trouver des ressources supplémentaires ? Combien ? Lesquelles ?
G. C. Le schéma que j’avais proposé, avec 500 millions de taxes affectées par an, correspondait aux quelque 25 milliards qu’on avait en tête. Aujourd’hui à 38 milliards, il faut phaser et trouver d’autres ressources, peut-être aller à 700 ou 800 millions d’euros par an. Peut-être le rapport de la Cour aurait-il pu aller plus loin sur le sujet.VR&T. Il y a bien la redevance d’infrastructure d’environ 200 millions, que devrait acquitter Ile-de-France Mobilités, l’ex-Stif.
G. C. Je vois que pour l’instant le sujet n’est pas à l’ordre du jour. Mais il faudra bien arriver à payer à la SGP une redevance pour l’usage de son infrastructure.VR&T. Vous faites de 2024 une échéance à ne pas manquer. Mais quand on regarde la liste prévisionnelle des mises en service dressée en novembre par le préfet Michel Cadot, et qui figure dans le rapport de la Cour des comptes, on se dit que ce n’est pas gagné du tout. Comment y arriver ?
G. C. Si on est prêt en 2024, ce sera une prouesse mondiale. On a fait de la politique, aujourd’hui il faut faire de l’opérationnel, avec des ingénieurs aux commandes, responsabilisés sur des coûts. Quand je dirigeais les Villes nouvelles, j’ai vu comment on a réussi à faire Disneyland, avec la desserte du RER et la gare TGV. C’était une gageure. Il fallait un grand ingénieur pour faire tout cela. Sans Jean Poulit, on n’y arrivait pas. Regardez ce que font les Anglais pour Crossrail. Les patrons, ce sont des ingénieurs. Maintenant, à la SGP, il nous faut des chefs de chantier.Propos recueillis par François Dumont

Au Sénat, le Grand Paris Express a de nouveaux supporters
CDG Express – projet privé comme chacun sait — a bien du mal à boucler son financement. Aussi l’Etat, comme l’a annoncé le 16 novembre Bruno Le Maire à l’Assemblée nationale, a-t-il décidé de lui avancer une partie non négligeable de la somme : 1,7 milliard sur un besoin récemment évalué à 2,1 milliards. Mais les sénateurs ont voté le lundi 27 novembre un amendement supprimant ce prêt. Ils estiment que cet équipement ne saurait se faire au détriment de la ligne 17 du métro automatique. Projet évalué pour sa part à 2,2 milliards.
Le Sénat est d’autant plus attentif au Grand Paris Express que, depuis les élections du 24 septembre de bons connaisseurs et fervents supporters du projet y siègent. C’est le cas de l’auteur de l’amendement, Arnaud Bazin (Val-d’Oise, LR), auparavant président du conseil départemental du Val-d’Oise. De Michel Laugier (Yvelines, LR), ancien président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Ou de Laurent Lafon (Val-de-Marne, UDI), auparavant maire de Vincennes, vice-président de la Métropole du Grand Paris.
Le Sénat n’aura pas le dernier mot. Mais Arnaud Bazin juge que son amendement appelle « un engagement ferme du gouvernement d’accepter le projet, objet d’un consensus en 2011, confirmé en 2013, portant sur la construction du métro du Grand Paris et son calendrier ». Et considère que « le gouvernement ne peut opposer des ratios d’endettement européens à la réalisation du métro et s’en affranchir pour prêter 1,7 milliard à la société du projet de liaison Charles-de-Gaulle Express ». Selon lui, « si la liaison CDG Express est nécessaire pour le bon déroulement des JO de 2024, la ligne 17 est elle aussi non seulement indispensable à ces JO, mais aussi au développement des territoires de Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne et du Val-d’Oise, voué à la relégation si elle n’était pas réalisée ».
F. D.
Photo : CDG 2

Club VR&T. Où en est la révolution des Transports en Ile-de-France ?
Près de deux ans après l’élection de Valérie Pécresse à la présidence de la région Ile-de-France, le Club VR&T recevait Stéphane Beaudet, juste avant la cérémonie de remise des Grands prix de la région capitale. Le vice-président du conseil régional chargé des Mobilités et vice-président d’Ile-de-France Mobilités a dressé un premier bilan de leur action.

Stéphane Beaudet © J3G « Avec Valérie Pécresse nous avons lancé la révolution des transports. Mais il faut rester modeste. Nous sommes conscients que deux ans après notre arrivée à la région, le quotidien des utilisateurs des transports reste difficile, et qu’il reste bien plus à faire que ce que nous avons déjà accompli », reconnaît Stéphane Beaudet.
La nouvelle équipe s’est donné les moyens de réaliser la régénération des transports publics. « Nous nous sommes battus avec RFF et SNCF réseau pour atteindre un niveau d’investissement convenable. On avait longtemps stagné entre 300 et 500 millions d’euros par an. Nous avons enfin atteint les 800 millions. Ce qu’il faudra maintenir pendant dix ans pour rattraper le retard pris. » La promesse faite de parvenir à 700 rames neuves ou rénovées au cours du mandat est tenue. « Nous en avons déjà acté 708, et nous serons à 1 200 trains neufs ou rénovées d’ici 2025. » Le tout pour un coût de 24 milliards. « Il faudra encore patienter pour voir ces trains circuler, mais l’engagement a été pris », se félicite M. Beaudet. Pour améliorer les déplacements des Franciliens, la région veut aussi développer les kilomètres de bus là où on manque d’offres de transport. Aussi a-t-elle lancé un nouveau plan bus prenant en compte les 5 000 propositions faites par les usagers et les collectivités. « Nous avons lancé le Grand Paris des Bus. C’est-à-dire une rénovation du réseau à très grande échelle. Nous avons engagé un travail titanesque pour réorganiser structurellement les lignes en prenant en compte la répartition des populations. » Ce renfort d’offres devra être déployé sur le réseau de bassin.
« Nous avons aussi commencé à renforcer le réseau de bus de nuit. Sur certaines lignes nous avons doublé la fréquence des Noctilien, et nous allons continuer. Et puis nous avons développé des lignes pôle à pôle, là où il n’y a pas d’offre train de banlieue à banlieue, de manière à répondre à une attente très forte des usagers. » La nouvelle équipe vise 100 % de bus propres dans les zones urbaines en 2025 et sur l’ensemble de l’Ile-de-France d’ici 2029. « Cela peut paraître loin, mais il faut prendre en compte que la durée de vie d’un bus, c’est 14 ans », justifie M. Beaudet.
Valérie Pécresse a aussi ouvert le débat de la route dans les transports publics. « Le mur étanche qui existait entre ceux qui prennent les transports et ceux qui utilisent leur voiture n’existe plus. L’arrivée de véhicules plus propres, plus intelligents, des voitures autonomes va faire disparaître la frontière entre transports individuels et publics. Et notre Plan route doit permettre l’innovation. » La région qui veut favoriser le covoiturage vient de mettre en place un système de mise en relation de 17 plateformes proposant ce mode de déplacement en Ile-de-France. « Il faut tenir compte de demandes qui peuvent être différentes. Quand on recherche un trajet banlieue à banlieue c’est pour pallier un besoin de transport, alors que pour un trajet entre la banlieue et Paris, c’est pour gagner du temps. Les solutions peuvent être multiples, il faut les accompagner. »
Pour réduire la congestion routière, la région doit faire changer les habitudes et obtenir que les voitures soient mieux utilisées. « Si on passait de leur taux de remplissage actuel, de 1,1 usager à 1,8, il n’y aurait plus de bouchon », assure M. Beaudet. La région réfléchit à des mesures incitatives comme réserver des voies aux voitures ayant plusieurs passagers à bord. Et elle travaille aussi sur une billettique plus moderne… « Notre objectif est de devenir une smart région, capable de proposer tout un choix de solutions de mobilité et de s’adapter à des évolutions techniques qui vont vite. Faire les bons choix demande une ouverture d’esprit, d’adaptation d’innovation et d’expérimentation. Voilà où nous en sommes. Même si pour les usagers des transports ce n’est pas toujours le bonheur, la révolution a commencé », conclut M. Beaudet.
Des attentes importantes à l’est comme à l’ouest

Véronique Coté-Millard © J3G Qu’en pensent les élus de la région ? Véronique Coté-Millard, vice-présidente Mobilités de Saint-Quentin-en-Yvelines se dit satisfaite de ce qui a été mis en place en un temps record par l’équipe de Valérie Pécresse. Notamment « de la restructuration du réseau de bus qui permettra d’irriguer le territoire comme jamais. En grande couronne il y avait un retard important. Nous avions le sentiment d’avoir été oubliés. Avec le Grand Paris, la ligne 15 va desservir en rocade la petite couronne, mais on reste sur des modes avec des ruptures de charge qui font que l’utilisation de la voiture demeure le mode principal de développement. Et comme on nous demande de construire énormément de logements et que notre ville bénéficie d’une certaine attractivité, avec 230 000 habitants, 145 000 emplois et 16 000 entreprises, cela nécessite que les transports suivent. » Aussi s’inquiète-t-elle de l’avenir de la ligne 18. « Si elle ne se réalise pas, certaines entreprises ont prévenu qu’elles ne renouvelleraient pas leur bail. Ce serait pour nous une catastrophe. Nous avons la chance d’avoir de grandes entreprises et un développement économique important, il serait dommage que cela ne puisse pas durer faute de moyens de transport suffisamment performants. » Pour limiter les déplacements et tenter de rapprocher les salariés de leur lieu de travail, le plan local d’habitat de Saint-Quentin leur réserve 5 % des logements sociaux.

Pierre Garzon © J3G Pour Pierre Garzon, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne, en charge des Transports, le défi de la région est de rattraper 40 ans de retard en matière de transport. Pour y parvenir, le Val-de-Marne veut jouer un rôle de locomotive en matière d’investissements. « Sur 30 milliards d’investissements publics en Ile-de-France, dix milliards sont situés en Val-de-Marne avec le tramway, la ligne 15 Sud et Est, la 14 Sud, le premier téléphérique francilien. En tant que communiste, nous poussons ce qui va dans le bon sens et critiquons quand il y a lieu. On a par exemple poussé pour avoir du matériel neuf. Mais attention à la façon dont les usagers vont percevoir cette évolution. Aux heures de pointe cela ne résoudra pas les problèmes de saturation, et les gens risquent de penser que cela ne sert à rien. Il faut éviter les mirages qui viendraient briser une dynamique. »
Stéphane Beaudet confirme travailler en bonne intelligence avec le Val-de-Marne et reconnaît que le matériel neuf ne va rien changer concernant la densité des lignes. Le réseau actuel doit faire face à une forte croissance du trafic, à l’instar de ce qui se passe sur le RER D. Créé en 1994 pour 350 000 usagers par jour, il en transporte 650 000 aujourd’hui, et en attend 900 000 en 2030. Les nouvelles rames sans résoudre le problème de saturation, apporteront aux voyageurs quelques avantages non négligeables. « Des rames neuves, c’est moins de pannes, plus de confort, la clim et le chauffage. C’est du matériel qui accélère et freine plus vite et des portes permettant une montée/descente plus rapide, souligne M. Beaudet. Mais comme on continue de construire dans les centres-villes et les secteurs des gares, même si on améliore les transports, on ne résoudra pas les problèmes de surdensité. » Dans l’attente de la construction de nouvelles lignes, Valérie Pécresse a demandé à la SNCF d’être capable d’améliorer les déplacements des usagers, à infrastructure et matériel constant. « Cela passera par une restructuration des plans de transport. Il faut réfléchir à l’intérêt de changer les dessertes, ou de les densifier. Si on ne fait pas ce travail, on court à la catastrophe », prévient Stéphane Beaudet.
Repenser l’urbanisme plutôt que faire des économies
Le vice-président de la région Ile-de-France met en garde ceux qui seraient tentés de jouer les apprentis sorciers en revenant en arrière sur la boucle du Grand Paris Express. « Si on ne la construit pas en intégralité, la solution de banlieue à banlieue qu’on attend, on ne l’aura pas. » Pierre Garzon partage cet avis et s’inquiète qu’on puisse envisager de faire des économies sur les travaux prévus. « Je veux bien participer aux Assises de la mobilité, mais si c’est pour trouver comment réduire les investissements et la voilure, on est à contresens d’une période où on a besoin de rattraper, de moderniser et d’investir. Le Grand Paris a été conçu en globalité. Si on le découpe en morceaux, cela ne marchera plus. Il faut assumer le fait que nous avons besoin d’expansion des investissements à un moment où on nous dit qu’il n’y a plus d’argent. Il faut aller chercher des financements massifs pour rattraper notre retard. »
Pour favoriser l’intermodalité, Saint-Quentin a développé des portails numériques permettant de connaître en temps réel les différents modes de transport qu’on peut prendre ou d’avoir en temps réel l’heure d’arrivée du bus. La ville a aussi soutenu la start-up de covoiturage WayzUp et mis en place un plan de développement interentreprise de partage de vélos et d’autopartage. Véronique Coté-Millard recherche aussi de nouvelles solutions de transport. Elle a prévu de tester l’an prochain les navettes suspendues à 5 mètres du sol de Supraways. Capable de transporter six passagers et fonctionnant à l’énergie solaire, ces navettes ont pour seul inconvénient leur coût : dix millions d’euros du kilomètre. Egalement favorable au développement de l’intermodalité, Pierre Garzon plaide pour la mise en place d’un Grand Paris du vélo. « Il faut rendre ce mode de transport sûr et agréable, rendre possible l’arrivée du vélo électrique. Ce qui implique que les collectivités disposent des financements dédiés. »Concernant le covoiturage, il met en garde : « Ce ne doit pas être considéré comme la solution, ni un prétexte à ne rien faire. Car il faut garder à l’esprit que la ligne 14 Sud pour aller à Orly c’est l’équivalent d’une route à 2×20 voies ; le tramway 9, d’une 2×10 voies. La voiture n’est pas compétitive. Il faut continuer les investissements pour l’expansion des modes lourds, parce que c’est le seul moyen de travailler durablement la question des mobilités en France. » Il lui semble aussi primordial d’inverser la façon d’aménager la région et de rééquilibrer enfin l’Est et l’Ouest. « Aujourd’hui on lance des projets d’aménagement et ensuite on va voir Ile-de-France Mobilités pour régler le problème des transports. Et il y a un déséquilibre d’aménagement. On a un secteur où on met tout l’emploi, et un autre où on entasse des gens, avec des déplacements pendulaires insolubles. Si on continue comme cela, on pourra construire des lignes de métro à coups de milliards, renouveler le matériel, à un moment donné cela saturera. Et on va vers une impasse historique pour le développement de l’Ile-de-France. Il faut remplacer les tuyaux allant des lieux où l’on dort vers les lieux où l’on travaille par des tuyaux poreux qui irriguent tout au long des lignes. » Pour aller dans ce sens, il invite Ile-de-France Mobilités à « ne plus travailler en silo la question des transports et à intégrer le développement de l’urbanisme, à réfléchir aux conséquences de ce qui est voté, à donner son avis et à repenser la question de l’aménagement et des transports. »
Du pire avant du meilleur
Si la construction du Grand Paris est une bonne nouvelle, sa construction va nécessiter une phase de travaux qui vont perturber les déplacements. « On s’est battu pour avoir le métro en sachant que les travaux seraient une période difficile en matière de circulation, reconnaît M. Garzon. Dans le Val-de-Marne, on travaille déjà pour en limiter les désagréments en veillant à réduire les délais de chantier. Mais on se prépare aussi à mettre en place un plan de circulation valable le temps des travaux.Pour cela, nous cherchons à avoir les données techniques de la circulation des camions pour prévoir l’impact que cela aura sur la circulation et anticiper des solutions en prévoyant des itinéraires bis par exemple. Et on met la pression pour que tout ce qui peut éviter de prendre la route soit mis sur des modes plus propres et moins capacitaires. On réfléchit aussi à décaler certains chantiers pour ne pas cumuler les problèmes sur certains axes. Nous mettons en place un outil de prévision pour la décision, pas pour constater les dégâts. » L’élu estime qu’il faudrait créer une direction de crise pour une durée de 10 à 15 ans, et qui pourrait décider de décaler des lignes des bus ou les renforcer. « Durant les chantiers, on sait qu’à certains endroits la voiture ne va plus passer. Qu’il va y avoir des zones de congestion monstrueuses. On ne cherche pas à raconter d’histoires, mais à offrir une alternative à la voiture pour imiter au mieux les désagréments. »
Valérie Chrzavzez-Flunkert
