Catégorie : Transports routiers

Retrouvez toute l’actualité des transports routiers et urbains : Bus, voitures électriques, politiques d’aménagements urbains

  • Concurrence : Valérie Pécresse réaffirme sa volonté d’une ouverture « progressive » des bus RATP

    Concurrence : Valérie Pécresse réaffirme sa volonté d’une ouverture « progressive » des bus RATP

    Valérie Pécresse, auditionnée par les sénateurs de la commission aménagement du territoire et développement durable, sur l’ouverture à la concurrence des bus de la RATP.

    Valérie Pécresse est auditionnée le 11 octobre en fin d’après-midi par la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, au sujet de la proposition de loi du sénateur centriste Vincent Capo-Canellas sur l’ouverture à la concurrence des lignes de bus de Paris et de la petite couronne. Elle sont exploitées aujourd’hui par la RATP.

    La présidente de l’Ile-de-France et de son autorité des transports, Ile-de-France Mobilités (IDFM), se dit favorable à une libéralisation « progressive« , sur un calendrier échelonné, comme cela été le cas pour les 36 lots de lignes de bus de la grande couronne (réseau Optile). Le processus d’ouverture a duré deux ans.

    Pour les lignes parisiennes et de la proche banlieue (308 lignes, 4 500 bus, 19 000 salariés), les appels d’offres sont lancés, la collectivité a prévu d’attribuer les contrats à partir de septembre 2024 et jusqu’en octobre 2025. Les nouveaux délégataires – la RATP et ses concurrents – prendraient ensuite le volant entre l’été 2025 et fin 2026. « L’enjeu est de réussir chaque mise en service et pour cela, de laisser 9 à 12 mois à l’opérateur lauréat pour bien préparer le démarrage du contrat », justifie IDFM.

    Le big bang était initialement prévu pour le 1er janvier 2025, mais devant le risque de conflit social alors que se profilent les Jeux olympiques, le patron de la RATP, Jean Castex, a œuvré pour son report. Le calendrier a été décalé de deux ans, au maximum. De son côté, Valérie Pécresse invoque qu’il « n’a jamais été question de transférer toutes les lignes le 1er janvier 2025 « , mais qu’elle a toujours envisagé une « ouverture progressive« .

    L’élue insiste surtout sur la mise en place d’un  « cadre social très protecteur pour les collaborateurs de la RATP ». En suivant les recommandations de la mission confiée à Jean-Paul Bailly (ex-dirigeant de la RATP) et Jean Grosset (membre du Cese, directeur de l’Observatoire du dialogue social de la Fondation Jean Jaurès). Ils préconisent de :

    • limiter les changements de lieu de travail pour permettre aux anciens agents de la Régie de rester affectés à leurs dépôts actuels, et pas seulement à leur ligne. « Et s’ils veulent changer de dépôts, ce sera à négocier avec les opérateurs », indique Valérie Pécresse.
    • limiter les transferts de personnels en excluant des personnels du siège (RH, comptables, services juridiques) qui sont peu concernés dans leur activité par le bus (700 salariés concernés),
    • récupérer chez IDFM certaines missions stratégiques comme la supervision du trafic, la coordination opérationnelle des opérateurs en cas d’incidents, « pour mieux gérer l’information des voyageurs en service perturbé ». Une trentaine d’agents seraient concernés.
    • Comme pour le réseau Optile en grande couronne, IDFM dit vouloir imposer aux nouveaux opérateurs de maintenir les conditions sociales dont ils bénéficient aujourd’hui à la RATP : le fameux « sac à dos social ». Avec des conditions sociales supérieures à celles prévues dans le décret sur le cadre social territorial (CST),  » pour tous les agents« , insiste Valérie Pécresse.
    • En ce qui concerne la sûreté, IDFM obligera dans les nouveaux contrats les opérateurs de recruter des agents de sécurité supplémentaires. « Au total, 400 agents de sécurité supplémentaires seront prévus dans les contrats de bus à Paris et petite couronne », pointe l’élue francilienne.

    La proposition de loi sur l’ouverture à la concurrence sera débattue en séance publique au Sénat les 23 et 24 octobre.

    N.A

  • Le constructeur de navettes autonomes Milla lève 15 millions d’euros

    Le constructeur de navettes autonomes Milla lève 15 millions d’euros

    Sur le marché embryonnaire des navettes autonomes, gourmandes en R&D et hasardeuses sur le plan réglementaire, et après l’échec cuisant de Navya début 2023, Milla Group se voit assurer de pouvoir lancer la phase industrielle de ses véhicules. La start up française a rendu publique le 10 octobre une levée de fonds de 15 millions d’euros avec le soutien du Fonds SPI (Sociétés de projets industriels), géré pour le compte de l’Etat par Bpifrance. Un apport financier déterminant pour le déploiement de son usine d’assemblage en Ile-de-France.

    En France, peu de véhicules autonomes circulent encore : ceux du Toulousain EasyMiles qui seront exploités par Keolis pendant les Jeux olympiques de 2024. Et ceux de Milla Group sur la base d’un châssis d’un véhicule Renault (Master Bus E-Tech électrique) pour réduire la facture. Ils sont en circulation entre un campus et la gare TGV d’Aix-en-Provence, et testés à Saint-Rémy-Les-Chevreuses (Yvelines) avec la RATP sur deux kilomètres entre la gare RER et le parking de Coubertin à Chevreuse. Un parcours qui permet de tester l’offre de service du dernier kilomètre en zone périurbaine et rurale. Fondée par Frédéric Mathis, la jeune pousse cible tout particulièrement le marché des zones périurbaines et rurales, avec des navettes pouvant rouler à 50km/h.

    En début d’année, Milla Group a été choisie par la SNCF pour la mise en service d’une navette autonome pour le transport de personnes sur des itinéraires mariant voies ferroviaires désaffectées et routes.

    N.A

  • Grands Prix de la Région Capitale 2023

    Grands Prix de la Région Capitale 2023

    La cérémonie de remise des Grands Prix de la Région Capitale, qui a eu lieu le 3 octobre au siège du conseil régional d’Ile-de-France, s’est tenue après les Premières Assises du Mass Transit organisées par Ville, Rail & Transports. Ces Assises appelées à se renouveler ont réuni quelques-uns des grands experts dans ce domaine venant de plusieurs pays (lire pages 70 à 77). Huit prix ont été attribués, après le vote d’un jury réunissant à la fois des journalistes spécialistes des transports et des associations d’usagers. Ils ont récompensé des initiatives prises par des opérateurs, des autorités organisatrices, des établissements publics ou des élus pour améliorer le fonctionnement des transports publics, faciliter l’accès à l’information, favoriser l’utilisation des modes dits doux et plus généralement contribuer à un développement plus durable. L’ensemble des participants s’est ensuite retrouvé au cours d’un cocktail convivial permettant de poursuivre les échanges.

     

    ▷ PASS GESTION DE PROJET 

    Keolis et Transdev ex-aequopour leurs actions en faveur de l’emploi

    Jérôme Dupont, directeur opérationnel et Julie Lamaignere, responsable des Ressources humaines, (Keolis Seine et Oise Est) ont reçu un trophée pour l’initiative de Keolis de recourir au sport pour trouver de nouveaux profils. De son côté, Céline Fischer, directrice des Ressources humaines chez Transdev Île-de-France a reçu ce prix pour les tournées pour l’emploi lancées par Transdev.

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    Parrainé par

    ▷ PASS MODERNISATION

    la RATP pour la modernisation de la ligne 11

    Youenn Dupuis (à droite), directeur général adjoint Ile-de-France chez Keolis a remis ce prix à Claire-Hélène Coux, directrice déléguée de la maîtrise d’ouvrage ainsi qu’à Gilles Fourt, chef du département projets ferroviaires et pôles à IDFM.

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    ▷ PASS LOGISTIQUE URBAINE

    Haropa Port pour le lancement de navettes sur la Seine remplaçant des poids lourds

    Antoine Berbain, directeur général délégué de Haropa Ports, a reçu ce prix, accompagné par Jonathan Fammery, Senior manager procurement & operations steering – Area France, Hapag Lloyd France (à gauche) et par Claus Ellemann Jensen de Greenmodal (à droite).

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    ▷ PASS AMÉNAGEMENT URBAIN

    Paris libère de l’espace en faisant payer le stationnement des motos

    David Belliard, adjoint chargé de la transformation de l’espace public auprès de la maire de Paris, s’est vu décerner ce prix. Il était accompagné par, de gauche à droite, François Wouts directeur de la voirie, Francis Pacaud, chef du service déplacement, et de Dany Taloc, responsable du stationnement.

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    Parrainé par

    ▷ PASS PÉRIURBAIN

    Saint-Quentin-en-Yvelines utilise la trottinette pour les derniers kilomètres

    Alain Ribat (à gauche), directeur de SNCF Transilien a remis le trophée à la Ville de Saint-Quentin-en-Yvelines, représentée par Jean-Baptiste Hamonic, vice-président délégué aux transports et aux mobilités durables, et à Emmanuel Veiga, directeur général adjoint Développement économique et directeur des mobilités.

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    Parrainé par

    ▷ PASS SMART CITY 

    Transilien pour sa cartographie digitale et le guidage piéton

    Pierre Ravier (à droite), le directeur général adjoint chargé de l’exploitation à IDFM, a remis ce prix à Alain Ribat, directeur de SNCF Transilien, et à Marie Pawlak, chef de projet cheminement piéton.

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    ▷ PASS INNOVATION

    Transilien pour la gestion de l’affluence en temps réel

    Le prix a été décerné à Alain Ribat, directeur de SNCF Transilien et à Soizic Goasguen, chef de projet IV Affluence.

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    Parrainé par

    ▷ PASS INTERMODALITÉ

    Vélib’ Métropole pour les stations vélos géantes autour du Stade de France

    Pierre Talgorn, directeur régional Ile-de-France chez Transdev (à droite), a remis cette récompense au Syndicat Autolib’ et Vélib’ Métropole, représenté par son président Sylvain Raifaud, également conseiller de Paris. 

  • Le prix du forfait JO sera déterminé en fin d’année

    Le prix du forfait JO sera déterminé en fin d’année

    Table ronde JO 2024 aux Assises du mass transit organisées le 3 octobre par Ville, Rail & Transports.
    Table ronde consacrée aux JO 2024 lors de Assises du mass transit organisées le 3 octobre par Ville, Rail & Transports. De g à droite : Alain Pittavino (Transdev), Youenn Dupuis,(Keolis), Edgar Sée (RATP), Marie-Hélène Poingt (VRT), Alain Ribat (Transilien) et Laurence Debrincat (IDFM).

    « On a travaillé ligne par ligne, station par station, gare par gare, heure par heure, pour modéliser les flux de voyageurs pendant les deux fois quinze jours que dureront les Jeux olympiques puis paralympiques. A J-297, les plans de transport sont quasiment finalisés », assurait hier Laurence Debrincat, directrice du projet des olympiades chez Ile-de France Mobilités (IDFM). Elle intervenait aux Assises du mass transit organisées hier par Ville, Rail & Transports.

    Concrètement, cela fait combien de bus, d’agents de conduite, de maintenance (si difficiles à recruter), de volontaires sur le réseau des transports franciliens, pour assurer le transport et le guidage des spectateurs, des athlètes et de toutes les autres personnes accréditées, sur les 25 sites des JO (13 dans Paris, 12 en petite et grande couronne couronne), puis les 17 des JOP (10 à Paris) ?

    La SNCF attend 10 millions de voyageurs par jour, « On a l’habitude mais, cette fois, ça sera en flux continu, avertit Alain Ribat, nouveau patron de Transilien, qui participait également aux assises. Sur le RER B et D, particulièrement sollicités avec deux compétitions par jour au Stade de France, et dont on connait les limites, « on va mettre 4500 trains supplémentaires par rapport à un été normal, augmenter les fréquences (toutes les 5 minutes) et les moyens humains« , assure l’opérateur qui cherche 5 000 volontaires au sein du groupe, en plein été, et va déployer 20% de moyens humains supplémentaires parmi les équipes de la Suge, la sûreté ferroviaire. Les travaux sur le réseau ferré seront gelés du 26 juillet au 8 septembre, le temps des olympiades. Et en cas d’avarie, de pénurie, d’imprévus ? « Il y a un plan B, nous avons prévu beaucoup de redondances, à partir de trois gares, au cas où l’une des lignes n’est pas opérationnelle« , rassure Alain Ribat. Sauf, pour l’Arena Paris Nord, desservi par le RER B et rien que le RER B.

    La RATP, de son côté, doit mobiliser 19 000 agents pour la période des JO, et encore plus pendant les JOP qui se déroulent au moment de la rentrée. « En période estivale normale, nous devons absorber 8 à 9 millions de voyageurs quotidiens, avec les JO, ce sera 1,5 million de plus, et avec une grande disparité selon les jours, les événements et les lignes« , décrit Edgar Sée, directeur délégué aux Jeux olympiques et paralympiques à la Régie. Pratiquement toutes les lignes de bus seront déviées, « c’est un peu comme si on gérait une arrivée du Tour de France à Paris, tous les jours!« , compare le responsable du projet.

    Chez Keolis, le gros du sujet, c’est le transport des 15 000 athlètes, puisque la filiale de la SNCF a remporté le marché. « Cela représente l’équivalent de 185 lignes régulières de bus entre les sites et le village olympique, dont dix fonctionneront 24h sur 24, avec jusqu’à 800 départs par jour, toutes les 50 secondes« , détaille Youenn Dupuis, directeur général adjoint, en charge de l’Ile-de-France. Il doit recruter une centaine de conducteurs pendant les JO, et 500 pour les JOP, plus une flotte de véhicules adaptés aux personnes à mobilité réduite.

    Chez Transdev enfin, qui a remporté le marché du transport des spectateurs du site du Château de Versailles (15 000/jour) et celui de la base nautique de Vayres-sur-Marne (35 000 spectateurs/jour), plus celui des accrédités (100 000 personnes), « Il a fallu construire intégralement un réseau, l’équivalent du réseau des transports de Rouen, mais pour deux mois et demi de fonctionnement« , décrit Alain Pittavino, directeur adjoint de Transdev Ile-de-France. Et s’assurer de pouvoir mettre 800 conducteurs tous les jours derrière le volant des bus. « Les recrutements sont en cours, depuis nos réseaux de province et d’Ile-de-France« , indique le représentant de Transdev qui organise le 5 octobre un premier round de négociations avec les syndicats en vue d’un accord de groupe sur les conditions sociales pendant les JO.

    Pour tous les opérateurs de transports, l’enjeu, c’est d’arriver à recruter des conducteurs et des mainteneurs, alors que le secteur souffre d’une pénurie de main d’œuvre depuis plusieurs années. Les primes, les bonus, les billets et les rencontres personnalisées avec les athlètes seront-elles une carotte suffisante pour attirer des vocations le temps d’une olympiade, et en plein été ?  « Les JO, c’est une fois dans une carrière professionnelle« , lâche, optimiste, Edgar Sée.

    Un forfait JO sera mis en vente. On n’en connait pas encore le prix – il sera défini en fin d’année par les élus d’IDFM et tout dépend des arbitrages de Bercy dans le projet de loi de finances qui entre en discussion au Parlement. Le déficit de autorité organisatrice des transports franciliens est estimé à 800 millions pour 2024, dont 200 millions liés au JO. Selon nos informations, ce forfait ne sera pas hebdomadaire, mais en jours glissants. Et pour guider les 25 millions de spectateurs attendus, une appli dédiée sera mise en ligne, en plus de Bonjour RATP, Citymapper, Transilien et de Google Maps.

    Nathalie Arensonas

  • BTP : les ambitions très internationales de NGE

    BTP : les ambitions très internationales de NGE

    Malgré le projet très contesté de l’autoroute concédé A69 entre Toulouse et Castres, toutefois confirmé il y a quelques jours par le ministre des Transports, et la deuxième phase de la ligne ferroviaire à grande vitesse High Speed 2 Londres-Birmingham-Manchester qui menace d’être abandonnée pour des raisons financières (1), NGE, engagé sur ces deux projets emblématiques, envisage son avenir avec sérénité. Notamment sur la scène internationale où le groupe français de travaux publics nourrit un appétit certain et compte doubler son chiffre d’affaires sur la période 2024-2028.

    Devant la presse, le 27 septembre à Paris, Jean Bernadet, son directeur général, a présenté ses ambitions à l’étranger sur un ton résolument combatif : « Nous sommes des faiseurs, nous sous-traitons moins de 10% des travaux ; nous maitrisons l’ingénierie financière, ce qui nous permet de garder un avantage concurrentiel par rapport aux Chinois ; nous avons ajouté les briques financement de projets, maintenance des ouvrages, conception ingénierie, et bientôt, l’exploitation », a énuméré le patron du groupe de BTP, détenu à 72% par ses dirigeants et ses 16 500 salariés. En 2022, les activités internationales ont progressé de 14%, à 377 M€, sur un chiffre d’affaires (CA) global de 3,1 milliards d’euros. Hors de France, le CA doit doubler, selon son selon Orso Vesperini, directeur délégué international.

    Aujourd’hui, un quart des actifs investis par NGE Concessions porte sur des projets internationaux, avec l’ambition de quadrupler les investissements sur les concessions dans les cinq prochaines années. Avec un ratio dette nette/Ebitda de 1,26, NGE s’estime « solide » pour assurer sa croissance externe, en continuant à s’appuyer sur le fonds d’investissement français Montefiore.

    Près de la moitié du chiffre d’affaires est réalisé dans le ferroviaire avec sa filiale TSO (LGV en Egypte, train Maya au Mexique, TER de Dakar, Eole, métro de Toulouse, RER Crossrail à Londres, gares du Grand Paris Express, Ontario Line au Canada) et Jean Bernadet se réjouit des annonces du gouvernement pour les RER métropolitains t le ferroviaire : « du pain béni », dit-il. Mais la BTPiste cherche de plus en plus à diversifier ses métiers en développant l’activité fibre optique, les aménagements en réponse aux effets du réchauffement climatique, et la gestion de l’eau qui ne représente que 4% de son chiffre d’affaires. Les territoires d’expansion sont à l’international où le groupe ne réalise que 12% de son chiffre d’affaires (377 M€ sur 3,1 Md€, 3 500 collaborateurs sur 16 500).

    Délogé d’Asie par ses concurrents chinois, NGE creuse son sillon en Amérique latine où il s’apprête à livrer le train des papetiers en Uruguay (projet Ferrocaril Central en partenariat public-privé), en Afrique où il livre le plus gros barrage du continent au Cameroun, au Canada avec le projet de l’Ontario Line gagné en groupement avec Hitachi, et au Moyen Orient « où une partie de notre avenir se joue », selon Orso Vesperini. Les risques géopolitiques actuels en Afrique ne l’effraie pas : « Nous sommes très sélectifs sur le choix des pays, nous allons être encore plus prudents », balaie-t-il.

    Le BTPiste attend dans les prochaines semaines le résultat d’un appel d’offres pour un marché de conception-réalisation sur la ligne 15 du Grand Paris Express (GPE) et le lot 3 de la ligne 18. Il a déjà été retenu pour le génie civil et la section aérienne de la ligne 17  entre Saint-Denis Pleyel et Le Mesnil-Amelot (26,5 km, neuf gares).

    Nathalie Arensonas

    (1) Selon les informations du Times, le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, est décidé à annuler le tronçon nord à grande vitesse entre Birmingham et Manchester.
  • L’offre de bus atteint désormais 90 % selon la RATP

    L’offre de bus atteint désormais 90 % selon la RATP

    Le niveau de service de bus proposé par RATP avoisine désormais les 90% (de l’offre demandée par Ile-de-France Mobilités) et l’offre de métro atteint 96 %, a annoncé ce matin Jean Castex, qui était l’invité du Club VRT. L’ex-Premier ministre rappelle que lorsqu’il est arrivé à la tête de la RATP il y a tout juste dix mois, l’offre de bus était seulement de 75%.

    Confronté à une pénurie de personnel, Jean Castex a alors lancé un « plan massif de recrutements » et cherché à redonner de l’attractivité à l’entreprise notamment grâce à des augmentations de salaires. « Auparavant, les gens se battaient pour travailler à la RATP, aujourd’hui, c’est à nous de les séduire », résume le PDG. A ce jour, 3000 personnes ont été recrutées (soit deux tiers des recrutements prévus cette année), dont 1750 chauffeurs de bus (couvrant les trois quarts des besoins) et 300 conducteurs de métro.

    Préparation des JO, ouverture à la concurrence, automatisation des métros… les défis ne manquent pas. L’entreprise travaille sur son futur plan stratégique qui sera terminé au printemps 2024 (avant les JO) pour une application à partir de 2025. Pour Jean Castex, s’il est nécessaire de « lancer de grandes réflexions », il ne faut surtout pas négliger « tout ce qui fait le quotidien des usagers ». Et il ajoute : « Notre objectif sociétal est de convaincre les gens qui utilisent des transport carbonés de se tourner vers des modes décarbonés».

    (L’intégralité du Club VRT sera publié prochainement sur le site et par le magazine Ville, Rail & Transports).

  • Transdev va tester “le premier car rétrofité hydrogène à combustion »

    Transdev va tester “le premier car rétrofité hydrogène à combustion »

    Transdev poursuit ses expérimentations autour de l’hydrogène. L’opérateur a signé le 22 septembre un partenariat avec une jeune entreprise innovante EHM (Efficient Hydrogen Motors), à l’occasion du BrittanHy Day, un forum qui se tenait le même jour à Saint-Brieuc dans les Côtes-d’Armor.
    EHM va installer, à la place d’un moteur thermique gasoil, son prototype de moteur combustion hydrogène à haut rendement sur un autocar Crossway Iveco HV Euro 6, mis à disposition par Transdev.
    Les solutions “hydrogène“ habituellement proposées sont, en réalité, des motorisations électriques, alimentées par une pile à combustible autrement dit un générateur électrochimique qui produit de l’électricité.
    La technologie brevetée par EHM utilise l’hydrogène directement comme combustible, à la place des combustibles fossiles. Pour cela, l’entreprise a repensé les cycles de combustion — son moteur fonctionne sur 5 temps – et adapté les matériaux.
    La jeune entreprise affirme que son moteur à combustion hydrogène fournira 50 à 55 % d’efficacité à comparer au 35 à 42 % pour un moteur à combustion à hydrogène classique et 48 -60 % pour un moteur à pile à combustible en fonction de la charge, des températures et des pressions. Globalement, sur un trajet classique à mi-charge, le différentiel de consommation est favorable d’environ 10 % pour le moteur à combustion interne.
    Par rapport à l’électrique, le moteurs d’EHM offre 30 % d’autonomie supplémentaire.
    Les premiers prototypes de ce moteur de 265 KW (360 ch) ont été testés cet été sur banc d’essai. L’un d’eux sera installé et testé dans six mois sur un bus de Transdev. L’objectif est de le mettre en service en septembre 2025 sur une ligne de transport de voyageurs dans le département du Morbihan qui n’est pas encore choisie. Ce département a été retenu car une première station de recharge de Bretagne devrait ouvrir en novembre prochain à Vannes. Une recharge rapide prend entre 15 et 20 minutes et offre une autonomie de 500 km.
    EHM vise une homologation en 2025 puis une fabrication en sous-traitance. Par ailleurs, l’entreprise confiera l’installation des moteurs à Alliance Automotive Group (AAG) qui détient un réseau de 220 garages poids lourds en France et est présent dans 17 autres pays.
    Yann Goubin
  • Bus propres : quelles stratégies face au renchérissement de l’énergie

    Bus propres : quelles stratégies face au renchérissement de l’énergie

    Face au renchérissement de l’énergie, constructeurs, opérateurs, équipementiers et sociétés d’ingénierie mettent en place des parades. Celles-ci passent notamment par des réalisations plus vertueuses, issues de la recherche et du développement, ou par de nouveaux modes d’achat ou de revente de l’énergie, comme l’ont expliqué les participants à la conférence sur les bus propres, organisée le 20 juin par VRT.

    Les événements qui ont bouleversé l’équilibre géopolitique international avec la guerre en Ukraine ont conduit à une augmentation sans précédent des coûts énergétiques et à la quasi-impossibilité d’en prévoir l’évolution à court ou moyen terme. Pour les industriels, comme pour les opérateurs, l’effet sur les comptes d’exploitation a été rapide. « En quelques semaines, le prix du diesel a été multiplié par deux, et celui de l’électrique et du GNV par trois. Le coût kilométrique moyen du diesel s’est accru de 22 %, passant de 4 euros à 4,90 euros, et celui du GNV de 10 % », indique Bruno Lapeyrie. Le directeur du Centre d’Excellence Énergie-Bus de Keolis précise : « L’impact a été moins fort sur le coût kilométrique des véhicules électriques, avec une augmentation de 5 %, car l’élasticité n’est pas la même : le poids de l’énergie est en effet plus bas que celui du diesel. L’énergie, qui était un achat discret, est devenue une masse importante et instable ». Ces événements n’ont pourtant pas freiné le mouvement de transition énergétique, amorcé depuis plusieurs années sur les flottes de bus. Impossible, en effet, d’arrêter un train lancé à pleine vapeur, ont indiqué les intervenants de cette conférence, à commencer par François Warnier de Wailly, directeur du programme Bus 2025 de la RATP : « Nous avons dépassé la phase d’expérimentation de véhicules alternatifs au diesel pour aborder celle du déploiement massif de matériel roulant. Le planning est conforme avec celui qui avait été conçu avec Île-de-France Mobilités il y a cinq ans, avec une cadence d’un à deux nouveaux bus par jour, soit environ 500 par an ». Sur les 25 centres de bus que compte la RATP en Île-de-France, la moitié est « globalement » prête à accueillir des bus biogaz ou électriques, alors que les autres sont encore en travaux, avec l’exigence de conserver une exploitation à plein régime. Près de 700 bus électriques ont été déjà mis en exploitation auxquels s’ajoutent près de 900 bus au GNV. 

    Nouvel équilibre 

    Bruno Lapeyrie confirme : « Le “pli“ de la transition énergétique est bien pris. Keolis exploite actuellement dans le monde 1 500 bus électriques, 40 bus à hydrogène, et 2 500 bus au bioGNV. Une flotte conséquente dont la gestion quotidienne instaure de nouveaux paradigmes en matière de gestion énergétique ». « En tant qu’opérateur de mobilité, la gestion de l’énergie commence à devenir un sujet central. Nous avons un énorme chemin collectif à parcourir, car jusqu’à présent, nous n’avions que peu de notions dans ce domaine », souligne-t-il. Son groupe a consommé 5 500 GWh en 2022 – soit l’équivalent d’un réacteur nucléaire – avec une répartition à 60 % de gazole et 20 % d’électricité. « Cet équilibre est en train de changer très rapidement, notamment en Europe du Nord qui avait déjà franchi le cap des carburants décarbonés il y a dix ans. Les pays nordiques sont désormais entrés de plain-pied dans l’électromobilité », souligne-t-il. 

    Jean-Marc Boucheret, directeur des transports publics et de la mobilité durable chez Iveco, nuance les propos sur les pays d’Europe du Nord, présentés comme des modèles en matière de mobilité électrique. « Certains pays d’Europe du Nord sont plus avancés en termes de part de marché, mais en termes de volume de véhicules, la France réussit cette transition plus rapidement », estime-t-il. En 2022, 87 % des autobus immatriculés en France roulent avec une énergie alternative au gazole, avec une prédominance du GNV (58 % des immatriculations), devant l’électrique à batterie (29 %). L’année 2023 marque toutefois une pause dans les immatriculations des autobus électriques avec une baisse de 40 % sur les cinq premiers mois de l’année, « peut-être liée à une diminution des aides (bonus, aides Mobus) ou par le fait de projets ADEME non sélectionnés ».

    Optimisation 

    « Il faut désormais passer de la transition à l’optimisation énergétique, car l’énergie devient un bien rare. Il nous appartient, en tant qu’industriel, de préserver cette denrée », souligne de son côté François Warnier de Wailly. En matière d’économie d’énergie, les acteurs ont tous activé les leviers de l’éco conduite et de l’optimisation des trajets routiers. De nouvelles pistes de travail apparaissent à présent, basées sur une gestion plus fine de la charge, et ceci pour tous les modes, qu’ils soient électriques, à hydrogène ou au GNV. « Nous avions, par exemple, l’habitude de charger nos bus bioGNV au maximum de pression, à 200 bars. Or, la compression consomme des ressources, et nous veillons désormais à l’évaluer avec pertinence, en fonction des missions que doivent effectuer les bus le lendemain », ajoute-t-il.

    La RATP a aussi travaillé sur le « smart charging », avec l’objectif de piloter ses bornes de recharge pour véhicules électriques, à la fois en puissance et en horaire. « Nous avons rencontré plusieurs difficultés, car les bornes utilisées dans nos centres n’étaient pas forcément interopérables », explique le dirigeant. La RATP a ainsi collaboré avec DREEV, filiale d’EDF spécialiste du « smart charging », sur l’interopérabilité de ses bornes de recharge utilisées par des flottes pouvant compter jusqu’à 200 véhicules. « Il s’agit d’un vrai travail d’ingénierie. Les fournisseurs d’énergie deviennent désormais nos partenaires, c’est une révolution culturelle », résume-t-il. D’ici trois ou quatre ans, les opérateurs de transport deviendront des opérateurs énergétiques, renchérit Bruno Lapeyrie. Ce nouveau rôle d’énergéticien se cristallisera notamment autour de la gestion des batteries. « Lorsqu’un opérateur dispose de 10 000 bus électriques, il renouvelle environ 1 500 batteries par an, à 150 000 euros la batterie. Au bout de quelques années, lorsque toutes les batteries auront été changées, cet opérateur disposera d’un parc de 10 000 batteries statiques, qui seront loin d’être en fin de vie puisqu’elles représentent une capacité de stockage équivalente à une petite centrale électrique. Ainsi, les opérateurs vont fatalement acheter et vendre de l’énergie », affirme-t-il. De quoi inventer de nouveaux métiers. « Nous allons devenir des gestionnaires de flottes de batteries de seconde vie, en plus d’être des gestionnaires de véhicules. Nous sommes d’ailleurs très sollicités à propos de l’utilisation de ces batteries, ce qui prouve qu’elles sont loin d’être en fin de vie et détiennent une valeur loin d’être négligeable », souligne-t-il. 

    François Warnier de Wailly abonde dans ce sens : « Nous testons actuellement différentes solutions pour savoir comment gérer la deuxième vie des batteries, puisque les premières batteries utilisées pour le compte d’IDFM ont désormais atteint cette maturité. Les résultats sont encore confidentiels, mais nous recevons beaucoup d’appels ». Il indique que la RATP n’a pas, d’un point de vue statutaire, la possibilité de vendre de l’énergie, « bien que cela puisse évoluer ».

    Data

    Avant de penser à la seconde vie des batteries, les opérateurs font tout pour maximiser et prolonger leur première vie. « Les batteries représentent le tiers du prix des véhicules que l’on exploite, la moindre optimisation sur la durée de vie devient immédiatement une source d’économie pour l’exploitant et la collectivité locale », insiste François Warnier de Wailly. Pour initier les premières tournées en bus électriques, tous les exploitants ont émis des hypothèses dans leurs business plan sur la durée de vie hypothétique des batteries, « qui peuvent s’apparenter à des paris ». Place désormais à la réalité, avec une data à présent disponible. « Nous avons instrumentalisé nos bus pour récolter un grand nombre d’informations. La problématique va consister à traiter cette information pour en retirer des corollaires et optimiser nos prévisions et budgets associés. Ces datas représentent à présent une nouvelle manne pour les opérateurs et AOM [Autorité organisatrice de la mobilité]. »

    Il reste un point technique sur lequel industriels et opérateurs doivent rester vigilants. En cas de fortes chaleurs, les batteries peuvent avoir une réaction incontrôlée d’auto échauffement, pouvant conduire à un incendie, voire une explosion. Répondant à une question posée par un participant, Bruno Lapeyrie indique que la data reste essentielle pour éviter les emballements thermiques. « Il faut mettre en place la notion de State of Safety qui doit être la priorité numéro un. La data doit permettre d’alerter un conducteur, ou un superviseur dans un PC, en prévenant qu’un emballement thermique est possible dans une heure, un quart d’heure ou cinq minutes, le temps d’évacuer le bus », détaille-t-il. Jean‑Marc Boucheret ajoute qu’Iveco a mis en place un circuit interne de ventilation pour refroidir les batteries.

    Pour répondre aux besoins d’électrification, constructeurs et intégrateurs s’organisent. Iveco entame ainsi la seconde phase d’investissement en la matière, après une première période de dix ans qui vient de s’achever, consacrée à l’arrivée de véhicules électriques hybrides à haute tension. « Désormais, nous allons nous concentrer sur des véhicules purement électriques, puisque nous avons déjà plus de 1 500 commandes pour nos bus électriques ». Le constructeur transalpin fortement implanté en France, a récemment investi 115 millions d’euros dans l’hexagone en R&D, produits et usines, avec un surplus de 30 millions en Italie, dédiés à la conception et à la production de ses propres batteries dédiées aux véhicules électriques et à hydrogène. Les premiers à en être dotés seront les véhicules suburbains Crossway Low Entry électriques à batteries, présentés récemment au salon de l’UITP de Barcelone, et bientôt de l’Iveco Daily Electric. 

    Iveco mettra également l’accent sur une baisse de consommation en se dotant, sur son site de Vénissieux, d’un outil de simulation de dernière génération, consistant en un banc d’essai complet pour véhicules de 12 et 18 mètres, qui entrera en service en 2023. « Ce banc d’essai permettra de concevoir des véhicules qui consommeront moins, en testant autant les systèmes à batteries qu’à hydrogène, en lien avec les pompes à chaleur. Cela constitue un saut qualitatif déterminant pour la deuxième partie de la décennie, en phase avec la croissance du marché hydrogène », indique Jean-Marc Boucheret. 

    Pour sa part, Olivier Kompaore, vice-président de Product line Charging and Power Transfer de Wabtec, indique que son entreprise est focalisée sur les points de charge automatique, pour les pantographes inversés en station ou sur les dépôts. Elle propose également des enrouleurs pour les dépôts, jusqu’à 2,3 mégawatts. « Nous sommes persuadés que l’automatisation reste la solution de recharge la plus sécurisée possible, car les solutions manuelles posent des problèmes de sécurité. Ce phénomène sera renforcé avec les mobilités autonomes », estime-t-il. 

    Côté ingénierie, Benjamin Lugand, chef de projet transition énergétique de Systra France, indique que son groupe a développé un ensemble d’outils numériques pour optimiser les notions d’exploitabilité des véhicules électriques, en proposant la juste puissance électrique des dépôts pour l’adapter aux « kilomètres fiables » attendus des véhicules. « Nous réalisons à cet effet le jumeau numérique du dépôt, d’une ligne ou d’un réseau dans son intégralité, afin d’obtenir les bons dimensionnements. À Montréal, nous avons ainsi abaissé la puissance appelée de 30 % pour un dépôt, avec les mêmes données d’enjeux et d’exploitabilité. Idéalement, il convient d’avoir le regard de l’exploitant et du mainteneur, dès la conception du dépôt », explique-t-il. 

    Cette expertise peut être étendue aux aspects de maintenabilité et d’exploitabilité lors des projets de conversion des dépôts électriques. « Jusqu’à présent, avec des véhicules diesel, les interventions sur les transformateurs s’effectuaient de nuit, pour éviter les coupures de courant en journée. Ce n’est plus possible avec des véhicules électriques rechargés après le service. Nous devons donc appréhender ces interventions dès la phase de conception du dépôt ».

    Anticipation et maîtrise

    L’électrification de plus en plus massive des flottes de véhicules va obliger les opérateurs à se prémunir contre la volatilité des prix de l’électricité en menant plusieurs stratégies de front. Pour Bruno Lapeyrie, le premier moyen d’y faire face, « de loin le plus puissant en termes d’efficacité », consiste à maîtriser l’ingénierie contractuelle. « Il faut développer cette ingénierie pour mieux acheter l’énergie. Keolis a, par exemple, signé trois contrats de long terme à prix fixe – aussi appelés Power Purchase Agreement (PPA) – avec un producteur d’électricité solaire, sur une durée de moyen terme, contre un volume avec des prix négociés plus bas. Tous les opérateurs de mobilité sont en train d’en négocier actuellement pour s’assurer une part d’énergie décarbonée dans leur approvisionnement ». Les opérations sont facilitées lorsque l’Autorité organisatrice de mobilité (AOM) achète elle-même l’énergie. Dans le cas contraire, l’opérateur s’y résoudra, moyennant une commission pour couvrir le transfert de risque, souligne Bruno Lapeyrie. Ce dernier alerte sur le cas des collectivités qui ont mal anticipé l’inflation des prix. « Cela n’a pas été le cas en France, mais cela s’est traduit par des problèmes de trésorerie pour les opérateurs, qui ont dû tenir six à neuf mois avec des prix décorrélés de la réalité. Un groupe comme Keolis peut le supporter, ce n’est pas le cas des petits opérateurs », rappelle-t-il. 

    Les professionnels réflechissent à de nouvelles solutions alors que le prix du diesel a été multiplié par deux et celui de l’électrique et des GNV par trois.

    Autre moyen d’action : la maîtrise des consommations. « Les premiers vrais bus électriques arrivent sur le marché, avec une conception plus légère qui ne repose plus sur l’adaptation d’un ancien modèle thermique. Ces nouveaux bus consomment 25 à 30 % de moins », assure le représentant de Keolis. Les exploitants peuvent aussi jouer sur la maîtrise des coûts énergétiques de leur activité tertiaire (bâtiments, bureaux, dépôts et ateliers) qui représente environ 10 % de la dépense énergétique de Keolis. 

    Un troisième levier repose sur l’utilisation du « smart charging », ou pilotage des rechargements, qualifié de « fun charging » par Bruno Labeyrie, « car la créativité est sans limite pour ses applications ». À Stockholm, Keolis exploite un dépôt piloté en fonction du prix spot du kilowattheure. « Le système ordonnance toutes les entrées et sorties des véhicules pour avoir la facture énergétique la plus faible possible, en tenant aussi compte de la météo du lendemain qui va influer sur le chauffage ou la climatisation », raconte-t-il. Le nec plus ultra du smart charging repose sur le concept du « vehicule to greed », où l’électricité chargée dans les véhicules peut être revendue lorsque son prix est plus haut. « Ce principe n’existe pas encore en France, mais ce n’est qu’une question de temps », estime-t-il. Il existe un moyen plus simple de réaliser des économies en paramétrant correctement le potentiel de puissance d’un site. « La moitié du prix de l’électricité est liée au potentiel de puissance que l’on peut appeler. En dimensionnant correctement un dépôt, le coût de l’électricité est réduit, qu’elle soit consommée ou non ».

    Dernier levier « en termes d’efficacité » sur lequel agir : l’autoconsommation. « Les opérateurs disposent de très grandes surfaces disponibles pour installer des panneaux photovoltaïques, d’autant plus que le décret tertiaire va les obliger à équiper les ombrières et parkings en panneaux photovoltaïques. Keolis va s’en servir pour alimenter ses bus et ses flottes de batteries de seconde vie », indique Bruno Lapeyrie. Selon lui, il est parfois plus difficile d’équiper les bâtiments, car Keolis n’est pas toujours propriétaire des dépôts, et ces derniers n’ont pas toujours été conçus pour être équipés de panneaux photovoltaïques.

    Mix énergétique 

    Si le mode électrique attire et fait beaucoup parler de lui, il reste encore minoritaire.Jean‑Marc Boucheret considère que l’avenir de la filière transport ne peut reposer que sur la seule électromobilité, en laissant de côté les autres énergies comme le gaz. « L’Europe devrait dépasser le critère du seul critère d’émission de CO2 pour considérer l’ensemble des émissions, du puits à la roue, comme le font déjà toutes les entreprises dans le cadre des Scopes 1, 2 et 3 », déclare-t-il, en faisant référence aux nombreux cars et bus dotés d’un moteur à gaz qui circulent actuellement. D’autant plus que la part du bioGNV augmente fortement. En France, la production de biométhane avoisine les 4 TWh. Actuellement, le biométhane représente 36 % du GNV consommé dans les bus, et cette part devrait atteindre les 100 % en 2033, selon la filière. « Le bioGNV est porté par les collectivités qui ont vu l’intérêt de soutenir une énergie décarbonée, non délocalisable et résiliente, dont la pertinence a été démontrée en 2022, qu’elle soit issue de la production de déchets urbains dans les métropoles ou bien des déchets de la production agricole », rappelle-t-il, en évoquant le lien qui s’est noué à l’échelle locale entre le bioGNV issu de l’agriculture, et l’autocar, lequel permet d’assurer un maillage fort des territoires.  De fait, un autocar sur cinq immatriculé en France est désormais équipé d’un moteur au gaz. De quoi redonner un peu de crédit à la filière gaz où Iveco est fortement investi. « Un véhicule biogaz fait aussi bien qu’un véhicule électrique en matière d’émissions, voire mieux, dans certains pays comme la Pologne où l’électricité est produite par du charbon », souligne Benjamin Lugand, en plaidant également pour l’utilité de préserver un mix énergétique.

    Olivier Kompaore valide cette vision. « Le marché tendra probablement vers un mix des différentes énergies, en gardant à l’esprit que le plus important reste la fiabilité et les temps de charges rapides, notamment la façon dont il est possible de transférer de la haute puissance en temps très court. Enfin, il convient de prendre en compte l’impact de ces solutions sur le poids des véhicules, car plus le véhicule sera lourd et plus il consommera. Le travail sur l’allègement des véhicules représente une piste de réflexion pertinente ». Enfin, Olivier Kompaoré ne veut pas oublier la piste de l’induction. Certes, la fiabilité de cette solution est encore loin d’être au niveau de celles des autres systèmes déjà éprouvés « mais cette technologie, encore en phase de test, arrive désormais sur le marché. Il y a beaucoup d’essais en cours, on ne peut les ignorer ».

    Interrogé sur le choix du mix énergétique en Île-de-France, François Warnier de Wailly rappelle que cette décision est généralement portée par l’AOM. « Les exploitants doivent disposer et maîtriser l’ensemble des énergies du panel, puis les mettre en œuvre au regard des spécificités locales. Car la décision du choix énergétique appartient au territoire. La situation en Île-de-France n’est pas du tout la même qu’à Montréal où il suffit d’ouvrir un barrage à proximité pour disposer d’énergie hydro-électrique ».  Bruno Lapeyrie ajoute que le biocarburant a également toute sa place. « Il y a beaucoup de cas où l’électromobilité est impossible à mettre en œuvre. Par exemple, la plupart des autocars interurbains passent la nuit garés devant le domicile du conducteur. Il est hors de question d’installer un chargeur de 250 kWh devant chez eux ». Keolis veille toutefois à n’acheter que des biocarburants de deuxième génération, dont le fabricant peut garantir la provenance et l’origine. 

    Interrogé sur la compatibilité des véhicules Iveco avec le B100, issu du colza, Jean-Marc Boucheret indique que leur motoriste les avait plutôt orientés vers le XTL « considéré comme un carburant d’une meilleure durabilité ». Face à l’engouement franco-français pour cet agrocarburant, Iveco pourrait réviser sa copie. « Nous avons demandé à notre motoriste de réexaminer sa position vis-à-vis du B100, nous attendons ses conclusions dans un avenir proche ».

    Trolleybus version IMC

    L’engouement pour le mode électrique permettra-t-il de réhabiliter les trolleybus, ou plutôt leur version améliorée IMC (pour In Motion Charging) qui les dote d’une petite batterie leur permettant de s’affranchir pendant quelque temps du réseau aérien ? Bruno Lapeyrie rappelle que Keolis exploite ce système à Lyon. « Il s’agit d’une solution extrêmement élégante, d’un point de vue fonctionnel, qui permet de couper le fil à la patte d’une alimentation permanente, en permettant de rouler jusqu’à 30 % du temps sur batterie. Toutefois, l’architecture urbaine est loin de passer au second plan et très peu de villes en Europe de l’Ouest acceptent de mettre en place des lignes aériennes de contact, à moins d’en posséder déjà ». 

    Jean-Marc Boucheret indique qu’Iveco a proposé les tramways IMC à de nombreuses collectivités, sans pour autant assister à l’émergence de nouveaux projets. « L’investissement linéaire et la maintenance peuvent également constituer des freins. La ville de Berlin, qui voulait une énergie purement électrique, avait un projet à Spandau, désormais remis en cause. De fait, il y a très peu de nouveaux projets, à part quelques-uns en Italie, en Allemagne ou à Prague ». Selon lui, les collectivités préfèrent la flexibilité d’exploitation offerte par les bus électriques à batteries, avec une charge au dépôt la nuit, et ceci d’autant plus en France « où les véhicules sont confrontés à des difficultés de circulation ». La vitesse moyenne des véhicules est basse, surtout quand on la compare avec celle des Pays-Bas où les autobus urbains roulent 100 000 km par an, soit 30 % de plus.

    « En France, les bus roulent un maximum de 200 km par jour, ce qui permet d’utiliser peu de batteries, même avec de la climatisation ou du chauffage. Si un jour la circulation des bus devient plus fluide, avec davantage de sites propres, les véhicules atteindront les 100 000 km par an et il sera temps de refaire des calculs pour éventuellement envisager d’intégrer des pantographes », estime-t-il. En attendant, le modèle du bus à batteries reste privilégié. 

    Grégoire HAMON

  • La RATP teste un bus autonome avec des passagers à bord

    La RATP teste un bus autonome avec des passagers à bord

    La RATP teste, depuis une semaine, en conditions réelles avec des passagers à bord, un bus autonome, sur une partie de la ligne 393, de 10 h à 15 h, entre le terminus, gare du RER A de Sucy-Bonneuil et Pointe-du-Lac, sur la commune de Créteil. Il s’agit d’un CRRC C12AI, un bus électrique de 12 mètres, commercialisé par Clément Bayard, la filiale française du constructeur chinois. Équipé de deux lidars, un à l’avant et un à l’arrière, complétés par deux radars placés aux mêmes  extrémités, et d’une caméra à l’avant, le bus est capable de circuler de façon autonome : démarrer, rouler, tourner, freiner, marquer les arrêts…  Comme l’exige la législation, un conducteur peut à tout moment reprendre la main. Il est aussi chargé d’effectuer le retournement à Pointe-du-Lac, puisque le bus doit alors sortir de la voie qui lui est réservée sur la ligne 393.
    « L’intérêt de cette ligne à haut niveau de service, c’est qu’elle possède une voie dédiée, avec des priorités aux feux », souligne Gilles Tauzin, le directeur de l’innovation de la RATP qui a succédé début septembre à Côme Berbain, lui-même devenu directeur délégué du matériel roulant. Les interactions sont de fait limitées, mais n’empêchent pas de croiser les autres bus de la ligne arrivant en sens inverse.« Sur la partie de la ligne que nous testons, entre la gare de Sucy-Bonneuil et Pointe-du-Lac, le bus autonome met 20 minutes, alors qu’un bus avec chauffeur en met 15 », précise Marc Hutchinson, machiniste, en rappelant que la vitesse commerciale du bus autonome est de 27 km/h, légèrement inférieure à celle des bus articulés de 18 m (des Urbano de Polarys) qui peuvent rouler à 30 km.

    Différentes configurations en phase de tests

    A l’entrée dans le véhicule, l’accompagnateur «filtre» les voyageurs – les mineurs sont interdits à bord, même accompagnés –, explique les spécificités du bus et s’assure que chaque voyageur boucle la ceinture de son siège. Le nombre de passagers est limité à 17, alors qu’on compte 136 places dans les autres bus en circulation sur la même ligne.  En une semaine, plus de 600 voyageurs ont pu emprunter ce bus autonome.
    La RATP a commencé en 2020 à expérimenter le bus autonome sur la ligne 393, mais d’abord sans passagers à bord . Elle devrait arrêter les tests le 27 septembre prochain, mais le directeur de l’innovation espère que le ministère des Transports autorisera une nouvelle prolongation. Cela avait déjà été le cas en 2022, pour un an supplémentaire.
    Elle aussi lancé une autre expérimentation, en cours dans Paris, avec le concepteur français de véhicules autonomes Milla qui a levé 15 millions d’euros en juin dernier. Une ligne, baptisée Intergares, a été créée en juillet, entre les gares de Lyon, et d’Austerlitz. Elle est exploitée avec un Renault Master de Milla, modifié avec différents capteurs pour pouvoir l’insérer dans la circulation parisienne mais toujours avec un conducteur derrière le volant pour des questions de sécurité.
    « Notre rôle d’opérateur consiste à tester plusieurs modèles de bus autonomes dans des configurations de lignes différentes », explique Gilles Tauzin. Et de résumer : « La difficulté c’est de faire fonctionner un système de transport dans son ensemble. Le véhicule autonome n’est qu’un des éléments de ce système et il faut l’intégrer dans un trajet, avec des arrêts, des horaires à respecter, des voyageurs qui attendent un service ».
    Yann Goubin
  • Une étude démonte le mythe du covoiturage écologiquement vertueux

    Une étude démonte le mythe du covoiturage écologiquement vertueux

    « Le premier bilan du covoiturage courte distance est décevant, on tâtonne : au premier trimestre 2023, deux trajets quotidiens sur 10 000 étaient réalisés via les plateformes de covoiturage (Karos, Klaxit, BlaBlaCar Daily, Ecov, etc NDLR); les trajets covoiturés ne sont pas tous pertinents, ils se font en zones denses, aux heures de pointe, sur moins de 10 km, là où il y a des transports collectifs ou sur des voies routières supplémentaires dédiées qui attirent plus d‘automobiles et ne sont pas respectées; les aires de covoiturage ne sont accessibles qu’en voiture; les subventions publiques se focalisent sur les plateformes d’intermédiation alors que le covoiturage courte distance est souvent informel; le covoiturage n’est pas structurant pour la planification écologique, ce n’est pas une alternative réelle à l’autosolisme ».

    La charge est lourde, elle était menée le 12 septembre au soir dans les salons feutrés de la mairie du 11e arrondissement parisien par Géraud Guibert, président du think tank La Fabrique écologique, et Sylvie Landriève, codirectrice du Forum Vies mobiles, et par leurs équipes. Une conférence au titre un peu moqueur, « Y-a-t-il un passager dans l’auto ?« , en présence d’une représentante du ministère des transports, lequel vise trois millions de trajets du quotidien covoiturés d’ici à 2027, et de deux élus, Alain Jund pour Strasbourg, David Belliard, pour Paris.

    Pour rappel, l’Etat a débloqué 150 millions d’euros en 2023 (1 euro pour chaque euro d’aide des collectivités locales, prime de 100 euros aux nouveaux covoitureurs à partir de 10 trajets en trois mois, aide aux infrastructures de covoiturage) afin de démocratiser ce mode de déplacement pour aller travailler, chercher les enfants à l’école, faire ses courses etc. « 35 fois plus pour un trajet via plateforme que pour un trajet covoituré de façon informel, insistent dans leur communiqué La Fabrique écologique et le Forum Vies mobiles, les deux think tanks qui viennent de publier une étude sur le sujet.

    « Si on ne traite pas le covoiturage sans repenser tout le système de transport, c’est du gaspillage d’argent public », lance Matthieu Bloch, coauteur de l’étude menée sur plusieurs territoires français – Grenoble , Rouen, Plaine de l’Ain, Bretagne, Pays de la Loire, le Genevois, qui subventionnent les trajets de court-voiturage via des plateformes.

    Brouillard

    « L’action publique est dans le brouillard », selon Géraud Guibert qui appelle l’Etat à faire en des enquêtes régulières pour évaluer l’évolution du covoiturage informel (organisé entre voisins, par des entreprises, des associations), et mesurer l’impact des politiques publiques et l’usage de l’argent public.  Le ministre des Transports, Clément Beaune s’était fait excuser, faisant jouer son devoir de réserve à deux semaines des élections sénatoriales, Claire Baritaud, en charge de la politique de covoiturage au ministère, promet une étude sur « tous les types de covoiturage » dans les mois à venir.

    « Un certain nombre de politiques publiques démarrent dans le brouillard, je défends le droit au brouillard, à l’expérimentation« , s’est amusé Alain Jund, vice-président de la métropole strasbourgeoise et délégué aux mobilités actives et partagées au sein de l’association des élus du transport, le Gart.

    Dans sa newsletter de septembre (page 5), la Fédération nationale des associations des usagers du transport est tout aussi remontée contre les politiques publiques en faveur du covoiturage du quotidien, considérant qu’il représente « un nouveau danger pour les transports publics ».

    Nathalie Arensonas

    « Y a-t-il un passager dans l’auto ?  » : la synthèse de l’étude ici