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Catégorie : Transports routiers
Retrouvez toute l’actualité des transports routiers et urbains : Bus, voitures électriques, politiques d’aménagements urbains
Les prochains défis du transport par autocar
C’est plutôt paradoxal pour un secteur traditionnel de l’économie : tous perdent de l’argent, mais tous s’en réjouissent. Ou font mine de se réjouir car ils ont espoir en un lendemain meilleur Le marché du transport de voyageurs par autocar longue distance qui a commencé à décoller, avec le cinq millionième passager fêté lors du 24e congrès de la FNTV le 5 octobre, est porteur de grands espoirs. Pierre Gourdain, jusqu’alors directeur France – il vient de passer la main à Yvan Lefranc-Morin – de l’Allemand aux cars vert pomme, en est sûr : 2017 sera l’année des résultats positifs pour Flixbus.
Ce 24e congrès était fort à propos intitulé « Pourquoi tout change ». Car si Michel Seyt a tout de même rappelé que le cœur de l’activité des autocaristes restait les services conventionnés, lesquels évoluent « dans un environnement complexe et sans cesse mouvant », la prochaine passation de pouvoir du département à la région pour les cars interurbains et scolaires constituant le prochain grand changement à gérer, la vedette de ce show à la maison de la Chimie était le désormais fameux autocar Macron. Tous sont venus chanter ses louanges, égrenant les chiffres : 2 000 emplois créés, 1 000 liaisons sur 360 lignes et 40 millions d’euros de chiffre d’affaires en un an. « Il faudra collectivement être vigilant pour que cette nouvelle offre de transport reste plébiscitée par tous, qu’elle associe accessibilité, confort et ponctualité », a demandé Alain Vidalies. Un secrétaire d’Etat qui a aussi assuré que le décret d’application de l’ordonnance du 29 janvier dernier sur les gares routières, précisant ses équipements et ses services, était « en cours d’élaboration […], sa publication est attendue avant la fin de l’année ».
Du côté des nouvelles mobilités aussi tout va très vite, étant donné que « le transport est un besoin universel et très fréquent » est venu rappeler Thibaud Simphal. Le patron d’Uber se réjouissant de cette « formidable opportunité » et du boom réalisé par le service Uber pool, le VTC groupé permettant de payer son trajet de 3 à 5 euros, soit à peine plus cher que le métro… Il a d’ailleurs annoncé « des discussions très avancées comme maître d’œuvre d’opérations de transport public dans les aéroports et les gares ». 40 % des utilisateurs du service Uber sont « totalement multimodaux », insiste-t-il. Son compère directeur France et Bénélux de BlaBlaCar ajoutant pour sa part qu’on ne trouvera « pas un mode de transport qui conviendra à tout le monde, tous sont complémentaires et nous travaillons ensemble à améliorer la mobilité des Français ».
Quant à la star du jour, l’autocar, il lui faut maintenant ancrer sa présence dans le paysage du transport longue distance. Même si tous sont d’accord pour louer son succès, à la hauteur des espérances de la fédération, et « avec un public largement composé de personnes qui ne voyageaient pas ou peu », précise Guillaume Pepy. Qui ajoute que concernant la clientèle piquée au train, « c’est difficile à dire, mais a priori moins que craint ». « Les débats sur la cannibalisation des TER sont derrière nous », assure aussi Hugo Roncal, le patron d’Eurolines.
Tous attendent l’explosion du trafic, se jaugeant à l’aune de l’Allemagne où les autocars ont transporté 20 millions de personnes après trois ans de libéralisation. Le débat sur les tarifs doit aussi être mis sur la table. « Il faut un prix qui soit juste et viable », insiste le patron de la SNCF et indirectement de sa filiale Ouibus. c’est-à-dire qui couvre les frais et autorise les marges. Or à ce jour, le prix moyen de 12, 60 euros par passager, selon les statistiques de l’Arafer, ne couvre pas les charges.
Les trois opérateurs sur la scène – quatre en comptant Starshipper lancé par Reunir qui s’est toutefois allié à Ouibus depuis l’été – affichent un optimisme à toute épreuve, chacun disputant la première place dans tel ou tel autre domaine (nombre de clients, lignes européennes, recettes…). Mais alors que les premières recompositions ont eu lieu – Flixbus ayant avalé Megabus, Ouibus Starshipper – d’aucuns se demandent combien d’acteurs resteront sur le marché. « Il ne serait pas sain que Flixbus ait 80 % du marché », prévient Guillaume Pepy comme pour exorciser un scénario à l’allemande ou Berlin Linien Bus a dû s’incliner devant la féroce start-up. « Nous sommes coleader, lui a pratiquement répondu le patron de Flixbus France. Ce sont les médias qui adorent nous monter les uns contre les autres. Mais notre principal concurrent finalement c’est l’immobilisme, c’est TF1 et ceux qui restent sur le canapé à la regarder ! » Une boutade qui a déclenché plus d’un rire en salle.
cecile.nangeroni@laviedurail.com
Menaces sur l’emploi chez Ouibus
La tension monte, à Lyon, chez les chauffeurs de Ouibus. La direction de l’entreprise a annoncé, le 19 septembre, envisager le transfert des 42 contrats des salariés de son dépôt lyonnais à Faure Express, un de ses partenaires autocaristes. Dans ce dépôt, l’un des trois grands sites d’exploitation de l’entreprise en France, les employés craignent que la décision ne leur soit imposée. Et ils s’inquiètent pour l’avenir du site. Ils attendaient des réponses ce matin lors d’une rencontre avec les dirigeants de Ouibus.
« La direction présente ça comme une réflexion. Mais, c’est une réflexion bien avancée », assure Rémy Haddad, délégué syndical CGT de Ouibus.
Depuis quelque temps, les chauffeurs se sentent poussés dehors par la filiale de la SNCF. Elle leur propose de faire des « passerelles » pour devenir contrôleurs, ou chauffeurs de train. Elle les invite avec insistance à aller travailler chez ses partenaires. A Lyon, une demi-douzaine de salariés ont déjà rejoint Starshipper, franchise de Ouibus à travers la France. Ils auraient été débauchés par un ancien collègue. « Il y a 30 personnes de trop », lançait la direction à la mi-août.
« Notre proposition préserve la totalité des emplois et toute la qualité de service pour les clients », fait valoir Ouibus, que nous avons contacté et qui confirme l’existence de ce projet. « A ce stade, il s’agit simplement d’un projet sur lequel nous venons d’ouvrir une discussion avec le personnel. »
A l’origine, le modèle de Ouibus reposait sur une flotte détenue en propre et des chauffeurs salariés pour assurer ses trajets. Mais face à la concurrence féroce sur ce marché et aux pertes enregistrées, l’entreprise a revu sa stratégie en la calquant sur celle de ses concurrents. « Ouibus évolue de plus en plus vers un rôle d’organisateur de mobilité et de distributeur », annonçait la direction en août. En clair, l’autocariste veut faire appel à des sous-traitants plutôt qu’à ses propres employés pour exploiter ses lignes. « Ça leur coûte moins cher que nous », regrette cet autre chauffeur qui ne préfère ne pas être cité.
« Ce qui est plus inquiétant, reprend Rémy Haddad, c’est que dans le discours de Roland de Barbentane [le directeur général], l’entreprise doit recentrer ses activités sur le site de Vitry-sur-Seine. Donc le dépôt de Lille risque de connaître le même sort… »
Alban ELKAÏM
Allemagne : les drôles de manières de Flixbus
Qui pourra encore empêcher l’irrésistible course au monopole de Flixbus sur le marché des autocars longue distance en Allemagne ? Une chose est sûre : ce rôle ne reviendra pas à la Deutsche Bahn Le groupe vient en effet d’annoncer son intention de se désengager d’un marché sur lequel il ne sera jamais vraiment parvenu à prendre pied, en dépit de deux marques : IC Bus et BerlinLinienBus. Dès cet été, Deutsche Bahn annonçait vouloir « faire de la consolidation en cours du marché des bus longue distance le cadre d’une réflexion autour de [son] activité dans ce secteur ». Avant de trancher : la plupart des 40 liaisons assurées par BerlinLinienBus devraient disparaître à la fin de l’année. Certaines devraient être reprises par l’autre marque du groupe, IC Bus, mais cette dernière se concentrera sur ses lignes transfrontalières les plus profitables (comme Berlin – Copenhague ou Hambourg – Amsterdam).
Sur un chiffre d’affaires annuel de 12,5 millions d’euros, BerlinLinienBus représentait une perte nette de 28 millions d’euros. Inacceptable pour Rüdiger Grube, qui se plaignait récemment que la recette moyenne par personne et par kilomètre d’un bus longue distance s’élevait à 3,7 centimes d’euros, quand il en faudrait sept pour être profitable.
Pendant ce temps, Flixbus continue de grignoter des parts de marché. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir la libéralisation du marché lancée en 2013 et que le ministre fédéral des Transports, Alexander Dobrindt, décrivait un an plus tard comme « une nouvelle dimension de la mobilité », aboutir à un monopole de fait. Flixbus contrôle aujourd’hui 80 % du marché allemand, un chiffre qui devrait grimper à 90 % avec la sortie de Deutsche Bahn du paysage.
Si elle affiche encore des résultats négatifs, la start-up bénéficie du soutien d’investisseurs importants, dont General Atlantic, ou le fonds de capital risque Holtzbrinck Ventures. Sa grande souplesse – elle ne possède ni flotte de véhicules ni chauffeurs, mais sous-traite son activité à des PME – lui a permis d’opter pour une stratégie d’expansion tous azimuts en absorbant ses concurrents et en ajoutant des liaisons à son portefeuille. Dans un contexte de guerre tarifaire, elle a éliminé petit à petit ses concurrents en les acquérant : Mein Fernbus, en janvier 2015, puis en juin dernier Megabus, et enfin Postbus au mois d’août.
Une politique low cost qui pourrait finir par avoir un coût social : la semaine dernière, la chaîne NDR révélait que les salariés de Megabus avaient reçu leurs premières lettres de licenciements : 210 emplois seraient concernés.
La même stratégie est-elle en train de se dessiner en France ? Un peu plus de deux mois après que Flixbus a racheté l’activité commerciale de son concurrent Megabus, les deux opérateurs ont annoncé en septembre leur divorce. La fin de ce partenariat laisse sur le carreau les 170 salariés de Megabus et moins de choix pour les voyageurs…
Gilles Bouvaist, à Berlin
Deutsche Bahn tire un trait sur les bus longue distance
Qui pourra encore empêcher l’irrésistible course au monopole de Flixbus sur le marché des autocars longue distance en Allemagne ? Une chose est sûre : ce rôle ne reviendra pas à la Deutsche Bahn. Le groupe vient en effet d’annoncer son intention de se désengager… d’un marché sur lequel elle ne sera jamais vraiment parvenu à prendre pied, en dépit de deux marques : IC Bus et Berlin Linien Bus. Dès cet été, Deutsche Bahn annonçait vouloir « faire de la consolidation en cours du marché des bus longue distance le cadre d’une réflexion autour de [son] activité dans ce secteur ». Avant de trancher : la plupart des 40 liaisons assurés par BerlinLinienBus devraient disparaître à la fin de l’année. Certaines devraient être reprises par l’autre marque du groupe, IC Bus, mais cette dernière se concentrera sur ses lignes transfrontalières les plus profitables (comme Berlin-Copenhague ou Hambourg-Amsterdam).
L’agence de presse allemande dpa rapporte que, sur un chiffre d’affaires annuel de 12 millions d’euros, BerlinLinienBus représentait une perte nette de 28 millions d’euros.
Inacceptable pour Rudiger Grube, qui se plaignait récemment que la recette moyenne par personne et par kilomètre d’un bus longue distance s’élevait à 3,7 centimes d’euros, quand il en faudrait sept pour être profitable.De quoi laisser les coudées franches à Flixbus, qui, pendant ce temps, continue de grignoter les parts de marché. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir la libéralisation du marché lancée en 2013 et que le ministre fédéral des Transports Alexander Dobrindt, décrivait un an plus tard comme « une nouvelle dimension de la mobilité », aboutir aujourd’hui à un monopole de fait. Flixbus contrôle aujourd’hui 80 % du marché allemand, un chiffre qui devrait grimper à 90 % avec la sortie de Deutsche Bahn du paysage. Si elle affiche encore des résultats négatifs, la start-up bénéficie du soutien d’investisseurs importants, dont General Atlantic, ou le fonds de capital risque Holtzbrinck Ventures. Sa grande souplesse – elle ne possède ni flotte de véhicules ni chauffeurs, mais sous-traite son activité à des PME – lui a permis d’opter pour une stratégie d’expansion tous azimuts en absorbant ses concurrents et en ajoutant des liaisons à son portefeuille. Dans un contexte de guerre tarifaire, elle a éliminé petit à petit ses concurrents en les acquérant : Mein Fernbus, en janvier 2015, puis en juin dernier Megabus, et enfin Postbus au mois d’août. Une politique low-cost qui pourrait finir par avoir un coût social : la semaine dernière, la chaîne NDR révélait que les salariés de Megabus avaient reçu leurs premières lettres de licenciements : 210 emplois seraient concernés.
Gilles Bouvaist, à Berlin
Flixbus et Megabus divorcent déjà
Un peu plus de deux mois après avoir annoncé leur accord commercial exclusif fin juin, les deux opérateurs de cars Macron, Megabus et Flixbus, se séparent. Flixbus France avait en effet racheté l’activité commerciale du concurrent, filiale du britannique Stagecoach, et conclu un accord de sous-traitance pour la production d’offre. C’est ce dernier qui vient d’être rompu, possibilité que prévoyait l’accord initial, tient à préciser Flixbus. Un accord dont le montant est tenu secret.
« Après analyse approfondie de l’ensemble de nos lignes, nous avons constaté que nous avions des doublons sur toutes les dessertes domestiques. Et nous avons voulu privilégier nos partenaires historiques », explique le DG France de Flixbus, Pierre Gourdain. Qui ajoute que le partenariat perdure en revanche sur les lignes internationales.
Megabus France proposait une trentaine de liaisons nationales. La fin de ce partenariat exclusif laisse sur le carreau ses 170 salariés, localisés à Paris, Lyon, Bordeaux, et Nantes. Pierre Gourdain affirme ne pas y être indifférent et « tenter de les aider. Les bons chauffeurs sont très recherchés sur le marché, ce dernier devrait les absorber rapidement », commente-t-il. L’entreprise d’autocars pourrait aussi « proposer du transport occasionnel », ajoute-t-il.
Megabus pourrait aussi, pourquoi pas, être tenté de se rapprocher des autres concurrents sur le marché hexagonal, isilines et Ouibus. En tout état de cause, le directeur général des opérations de Megabus France, Samir Plisson, pourrait se poser en sauveur des emplois. Il assurait en effet le 14 septembre à TourMag avoir « formulé l’intention de racheter les actifs de Megabus France ».
Le patron de Flixbus quant à lui, se retranche derrière une « loi du marché qui fonctionne bien » et la preuve que son offre sur le marché français était finalement « très bien adaptée à la demande ». Il affirme que l’opération est au bénéfice du consommateur, qui y trouverait une « grande simplification »… A voir. Le bénéfice immédiat pour la filiale française du géant allemand aux bus verts est tout de même d’avoir tué une partie de la concurrence…
C. N.

Berlin teste un système de mobilité partagée à la demande
Une énième start-up « disruptive » dans le domaine des transports ? On pourrait le croire avec le lancement cet été à Berlin d’Allygator Shuttle, une flotte de minibus Le client réserve via une application un véhicule et le partage avec des usagers, qu’un algorithme regroupe en fonction de leur destination. Ses créateurs, Maxim Nohroudi et Tom Kirschbaum, souhaitent à terme séduire les villes en proposant un dispositif palliant les lacunes de leur réseau de transports.
Avec leur société Door2Door, créée en 2012, ils ont misé sur la cartographie collaborative (TrackYourCity) et un système, baptisé Ally, exploitant les données de géolocalisation pour optimiser le trajet en comparant les modes de transports – voitures, taxi, métro, et bus mais aussi vélo et carsharing. Avec 15 véhicules, Allygator n’est pour l’instant proposé que le soir, les vendredis et le week-end, pour 10 centimes d’euros par kilomètres. Une solution de mobilité partagée à la demande, telle que l’a évoquée le Forum international des transports dans une étude de juillet 2016, vantant son impact sur les transports publics.Gilles Bouvaist, à Berlin
www.allygatorshuttle.com
Enquête. Deux tiers des passagers d’autocars ne bouclent pas leur ceinture
Un an après l’entrée en vigueur de l’obligation pour tous les autocars d’être équipés de ceintures de sécurité, une enquête menée par l’association Prévention Routière et Keolis, réalisée par observation auprès de 1 346 passagers entre juillet 2015 et juillet 2016, révèle que deux tiers des passagers (65 %) ne s’attachent toujours pas. Lorsqu’on les interroge, seuls 16 % des passagers disent « toujours » porter la ceinture de sécurité. Etre passager régulier n’est pas un facteur incitatif et la ceinture est souvent perçue comme inutile. A noter toutefois que le taux de port de la ceinture a pu atteindre 100 % dans certains transports scolaires. Les deux acteurs lancent donc une campagne incitative « En car comme en voiture, j’attache ma ceinture ! ». La ceinture permet d’éviter les risques de projection et d’éjection qui peuvent provoquer des blessures graves. Deux vidéos et une fiche conseil pour les voyageurs, enfants comme adultes, ont été réalisées. Elles seront diffusées dans les cars Keolis, ainsi que lors des actions menées par le groupe auprès des publics scolaires.
Rennes ajoute du covoiturage à l’offre Star
Rennes Métropole et Keolis, en partenariat avec la mairie d’Acigné expérimentent un nouveau mode de déplacement alliant la visibilité des infrastructures du réseau Star à la souplesse du covoiturage. Dès cette rentrée, les habitants d’Acigné pourront bénéficier de ce service baptisé Covoit’Star et qui s’apparente à de l’auto-stop organisé. Le service de covoiturage relais spontané et simple va vers deux destinations : Rennes Beaulieu ou la zone d’activités des Champs Blancs. Le voyageur n’a qu’à se présenter à l’un des arrêts de bus identifié « Le covoit’Star » et se signale grâce à un panonceau type auto-stoppeur fourni lors de l’inscription en mairie. Les covoitureurs pour leur part identifient leur véhicule par un macaron. A chaque inscription (gratuite et pour les plus de 16 ans), le client reçoit cinq voyages sur le réseau Star, chargés sur sa carte KorriGo.
Flixbus se renforce encore
Un pas de plus dans la concentration du secteur : un mois après le rachat du britannique Megabus, l’opérateur allemand de bus longue distance a mis la main début août sur son compatriote Postbus qui appartenait au géant allemand de la logistique Deutsche Post. « A partir du 1er novembre, les premiers services de Postbus seront intégrés à la plateforme internationale de mobilité de Flixbus », a indiqué Flixbus dans un communiqué. En plus des cars jaunes de Postbus et de leurs 120 destinations en Allemagne et dans les pays voisins, Flixbus pourra vendre ses billets « dans 5 000 points de vente » de Deutsche Post, « d'ici la fin de l'année », grâce à un accord de coopération entre les deux groupes. Les deux partenaires envisagent par ailleurs de lancer un service de livraison de colis par autocar, déjà expérimenté par Deutsche Post (maison mère de la Poste allemande et de l'enseigne de messagerie DHL) entre Hambourg et Berlin.

Hongkong : un modèle économique en questions
Réputés dans le monde pour son réseau performant, sa carte Octopus, son métro MTR et ses tramways à impériale, les transports de Hongkong font rêver les professionnels du transport. Emmanuel Vivant, PDG de RATP Dev Transdev Asia et directeur général des tramways de Hongkong est venu expliquer devant le Club VR&T le modèle économique de ces transports publics rentables sans bénéficier d’aucune subvention. Grand témoin du Club Ville Rail & Transports consacré à Hongkong, Emmanuel Vivant a d’abord planté le décor. Rappelant que l’ancienne colonie britannique est un territoire de 1 100 km2, peuplé par sept millions d’habitants bénéficiant d’un PIB (à parité de pouvoir d'achat) de 56 500 dollars par tête, soit le double de celui de la France. Rétrocédée à la Chine en 1997, cette région de la République populaire de Chine bénéficie d’un statut particulier. Le territoire a gardé sa monnaie, son système juridique hérité du droit britannique et dispose d’un système économique différent du reste du pays : pas de TVA, pas de taxes à l’import ou à l’export, un bouclier fiscal de 17 %, pas de régulation sur le temps de travail, pas de négociation collective… Pour Emmanuel Vivant, « la création d’un Smic, il y a cinq ans, a été une révolution ! », Mecque du capitalisme, Hongkong est la ville la plus dense du monde avec 35 000 habitants au km2 en moyenne et jusqu’à 55 000 habitants au km2. Mais seul 20 % du territoire est urbanisé. La péninsule est constituée d’îles montagneuses et d’espaces non développés, vierges et préservés.
A Hongkong, 90 % des déplacements se font en transports publics (taxis compris). Les habitants ont le choix entre un réseau ferré de 230 km, 6 000 bus, un tram, des ferries… Et si la région ne compte que 400 000 voitures, soit le taux de véhicules particuliers le plus faible du monde dans une métropole, cela fait tout de même 100 véhicules par kilomètre de route, car le réseau est limité. Les habitants privilégient donc les transports en commun avec lesquels ils font deux voyages par jour en moyenne, soit 12 millions de déplacements quotidiens, 5 millions en métro, 4 millions en bus, le reste en minibus, tram et ferries. Plus de 95 % des habitants ont au moins une carte Octopus, carte de paiement des transports sans contact, qui a inspiré l’Oyster card de Londres.
Les transports publics hongkongais sont peu régulés. « On parle de non-interventionnisme positif, précise Emmanuel Vivant. Le gouvernement laisse les acteurs se débrouiller et n’intervient par petites touches que pour corriger les problèmes. » Il y a peu de coordination et beaucoup de concurrence dans le marché. Le tram, par exemple, est en compétition avec 50 lignes de bus, les passagers ont donc le choix. L’économie est ouverte, mais dominée par de grosses sociétés privées qui se sont développées avec l’immobilier. Les deux sociétés de bus appartiennent à des grands groupes immobiliers, idem pour le ferry, et c’était également le cas du tram avant que RATP Dev et Transdev ne le reprennent. Seul le métro fait exception. Historiquement c’était une société gouvernementale qui a été mise en bourse après la crise asiatique. Il y a peu d’appels d’offres. « Le gouvernement donne des franchises d’exploitation de dix ans, mais tant que le travail est bien fait, elles sont renouvelées. En revanche s’il considère que le service s’est dégradé il peut remettre les droits d’exploitation en compétition. Ce qui est déjà arrivé. » C’est un modèle très capitalistique. Les opérateurs possèdent tous leurs moyens de production. MTR possède les tunnels, les trains…
Les transports publics ne bénéficient d’aucune subvention publique. Ce sont les utilisateurs qui payent le service. « Le métro bénéficie toutefois de subventions pour le “droit à développer”, et récemment le gouvernement a accordé des aides pour certaines lignes de ferries desservant des îles peu habitées que les opérateurs considéraient non viables et menaçaient d’abandonner. Pour assurer la pérennité du service, le gouvernement a accordé de faibles subventions aux opérateurs », précise le PDG de RATP Dev Transdev Asia.
Autre spécificité bien connue des transports hongkongais : les opérateurs se dotent de revenus annexes, notamment la publicité et l’immobilier. C’est ainsi que beaucoup d’immeubles de la ville de Hongkong ont été développés par MTR, car la société de métro finance le coût de création de nouvelles lignes en ayant recours à l’immobilier. Pour cela elle demande au gouvernement de lui accorder des mètres carrés à développer autour des stations qu’elle achète au prix « green field ». « MTR achète ces terrains à la valeur “5” pour y construire des lignes de chemin de fer, elle en fait des allotissements qu’elle revend à des promoteurs immobiliers. L’entreprise peut les revendre “10” avec le droit à développer, ou “8” et prendre 50 % des plus-values des appartements, ou encore “8” avec obligation de lui rétrocéder une partie des constructions. » C’est ainsi que l’opérateur de métro en est arrivé à gérer 15 centres commerciaux. « Si le modèle hongkongais suscite la curiosité des Européens, vus de Hongkong nos systèmes sont considérés comme socialistes », s'amuse Emmanuel Vivant.
Après cet état des lieux, le patron du réseau de tramways de Hongkong a évoqué son expérience de transporteur. En 2009, la filiale chinoise de RATP Dev Transdev Asia a repris l’exploitation du tramway hongkongais vieux de 112 ans, en le rachetant à un promoteur immobilier. « Nous avons amélioré le service, notamment en mettant en service des trams plus modernes mais ressemblant aux anciens, car les habitants y sont très attachés. Nous voulions montrer qu’un opérateur peut apporter quelque chose de plus par rapport à un promoteur immobilier. » Ces trams, dits « Signature » très modernes, sont construits dans les ateliers du transporteur. Chaque jour le « Ding Ding », comme on le surnomme, fait voyager 200 000 passagers dans l’une des 164 rames à deux étages circulant sur un réseau 13 km plus une boucle de 2,5 km. Et ce pour la modique somme de 0,25 euro le ticket, sans aucune subvention. Ce qui en fait le mode de transport le moins cher de l’île, mais aussi le plus fréquent et le plus accessible avec 120 arrêts. Un tous les 250 mètres. Mais la concurrence avec le métro et le bus reste rude. « Il nous faut continuer à convaincre et innover. C’est ainsi que nous avons été les premiers à proposer de l’information en temps réel, ou que nous avons mis en place une organisation scientifique du service ayant comme objectif d’attirer plus de passagers avec des ressources limitées. » L’exploitant compte 630 employés. « Nous exploitons sept relations différentes en collectant les données d’Octopus et en utilisant un algorithme qui affecte les moyens pour minimiser les temps d’attente et les surcharges. » L’entreprise exploite à ses risques et périls, « chaque euro qu’on investit doit rapporter et nous sommes propriétaire de tout : les trams, la voie, les dépôts… » Les recettes annexes représentent une part importante du chiffre d’affaires de l’entreprise, qu'Emmanuel Vivant n’a pas souhaité préciser. Des revenus qui viennent de la publicité, à la fois sur les trams et les abris, mais aussi de la privatisation des rames pour des événements privés, de la commercialisation de produits dérivés. Et l’entreprise vient de mettre en place un tram dédié aux touristes avec audioguide.Le système hongkongais a des qualités évidentes. Mais il est si éloigné du nôtre qu'il semble difficile de s'en inspirer. « Si on peut, on le fait peu », regrette Daniel Cukierman, président de DC Consultant et lui-même ancien CEO de Veolia Transport RATP Asie. « Le système hongkongais est la preuve que la valeur créée avec les infrastructures peut être récupérée par ceux qui font les investissements. Ce qui n’est pas le cas chez nous où c’est l’immobilier qui récupère cette valeur, et dans une moindre mesure les collectivités. » La société du Grand Paris a raté l’occasion de s’inspirer de cet exemple. « En gardant 800 mètres autour des gares, la SGP aurait pu ainsi financer son métro. » Autre leçon qu’il tire de cet exemple, « c’est que gagner de l’argent n’est pas honteux et n’empêche pas d’être bon ». Regrettant qu’en France cela reste tabou. « C’est comme si les services publics ne devaient pas gagner d’argent. Pour Eole, on va faire des gares cathédrales. C’est bien, mais cela ne permettra pas de profiter du trafic pour obtenir des revenus supplémentaires. » Daniel Cukierman s’étonne aussi que les collectivités préfèrent se priver de revenus plutôt que de faire de la publicité sur leurs trams. « Ce qui se fait à Hongkong nous démontre qu’on peut équilibrer une entreprise avec un service de qualité et des prix du ticket plus bas que chez nous. Il est donc surprenant qu’en construisant le Grand Paris, un métro automatique, qui va permettre d’économiser le coût des conducteurs, on prévoie tout de même d’avoir un service déficitaire à subventionner. »
On sait d'autre part que les villes chinoises sont tentées par le modèle HK. Mais, pour Jean-François Doulet, maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris, codirecteur du Centre franco-chinois Ville et Territoire et auteur de La ville made in China, ce modèle est difficilement reproductible en raison de la nature du régime foncier. « Le système économique urbain chinois est fondé sur la captation de la plus-value foncière non partagée, au profit exclusif des municipalités. La ville capte la plus-value financière pour se doter d’une manne qui lui permet d’investir et de subventionner les transports publics. Ce mode de fonctionnement chinois est très résistant, même si depuis la fin des années 90 on voit apparaître des innovations en matière de financement, qui se rapprochent de ceux de Hongkong. » Cela a été le cas pour la ligne 13 ou 4 à Pékin ou l’extension de la ligne 2 de Shenzhen. Mais « ces expériences restent un phénomène microscopique à l’échelle chinoise ». Toutefois, depuis dix ans la Chine semble opérer une mutation vers la métropole intégrée, qui devient le nouveau paradigme et pourrait faire évoluer l’articulation urbanisme et transport. « Mais jusqu’à présent le développement des réseaux de transports publics en Chine ne s’est pas fait dans un cadre favorisant la densité ou l’intégration fonctionnelle, relativise-t-il. Le modèle tend à étaler les villes en raison de la captation de la plus-value foncière par les municipalités chinoises qui préfèrent développer des réseaux routiers parce que c’est plus facile et que cela valorise plus rapidement les nouveaux terrains. » Mais c’est de plus en plus critiqué, des mutations s’opèrent. « La Chine, qui est entrée dans une phase de croissance économique ralentie, va chercher à optimiser les territoires et augmenter les niveaux de régulation, ce qui devrait être propice à la densification et à l’articulation des transports, et donc à se rapprocher de ce qui se fait à Hongkong. » Le pays entre dans une nouvelle échelle : celle de la grande région urbaine. Le TGV chinois a fait émerger une vingtaine de clusters urbains qui sont au cœur de l’aménagement du territoire. Se pose alors la question de la valorisation de l’aménagement autour de ces gares. « On expérimente des formes de captation de la plus-value foncière entre municipalité et province. Les projets de TER vont poser la question des gares et des modalités de financement de leur aménagement. Ce tournant du développement urbain et des réseaux de transport et de la mobilité va-t-il apporter des choses inédites et voir émerger un modèle chinois ? L’avenir le dira, mais la Chine hérite d’un système très peu favorable aux transports collectifs et à leur intégration dans la dynamique urbaine, constate M. Doulet. Et pour le moment le modèle chinois reste très résistant à ce qui se fait à Hongkong, où l’on ne considère pas que les transports collectifs sont un service public, alors qu’en Chine ils bénéficient de subventions des titres de transport. » La question des gares et de leur intermodalité reste centrale en Chine. Est-ce que les promoteurs vont s’adapter ? De quelle façon ? « Autour des gares chinoises, on constate un fort dynamisme de services de mobilité avec la mise en place de vélos en libre service, de navettes partagées, de minibus exploités par des associations de propriétaires privés, ou de centres commerciaux… Il y a des singularités en termes de mobilité, de réactivité et d’adaptabilité mais elles ne touchent pas encore le cœur du financement via l’immobilier. »
Quelles leçons tirer du modèle hongkongais ? Emmanuel Vivant retient d’abord sa culture commerciale. « La demande guide l’offre, parce que seul le client paye et qu’il n’y a pas de subvention. » Il cite également en exemple le développement des revenus annexes, la rigueur de gestion, la culture de l’autosuffisance, et enfin l’efficacité opérationnelle de MTR et des autres opérateurs. Mais le PDG de RATP Dev Transdev Asia considère que les transports de Hongkong pourraient s’améliorer en s’inspirant de ce qui se fait chez nous. Notamment en ce qui concerne la coordination intermodale. A Hongkong l’intermodalité n’est pas un sujet. Comme les opérateurs sont concurrents, ils n’ont pas intérêt à faciliter le passage d’un mode à l’autre. Un inconvénient toutefois limité car il y a tellement d’offres point à point, que les voyageurs ont rarement besoin de changer. Le véritable point faible des transports Hongkongais c’est le manque d’information multimodale pour les voyageurs, toujours pour des raisons de concurrence. Autre piste d’amélioration : la tarification, « car la carte Octopus n’est qu’un porte-monnaie électronique qui n’offre pas de discount ». Le patron des trams a pu vérifier que dans ce domaine les choses n’étaient pas faciles à mettre en place. « Nous avons demandé la possibilité de proposer des transferts gratuits bus/tram, ce qui est difficile à obtenir car cela peut être considéré comme de la compétition déloyale avec d’autres modes. » Si les transports Hongkongais ont de quoi inspirer l’Europe, ils pourraient encore se perfectionner en jouant la carte de l’intégration tarifaire et de l’information, en proposant des pôles d’échanges mieux conçus, en développant des modes doux, (marche à pied ou vélo), des espaces publics de qualité, où encore en améliorant les problèmes de congestion qui pénalisent les bus.
Nathalie CHRZAVZEZ-FLUNKERT
Testez vos connaissances sur le métro hongkongais
Vous pensez tout savoir sur le MTR, pour Mass Transit Railways ? Le PDG de RATP Dev Transdev Asia, vous propose un quiz. Selon vous ces affirmations sont-elles fondées où font-elles partie du mythe ?
MTR ne touche pas de subventions
Faux : l’entreprise ne touche pas de subventions d’exploitation (sauf tarifs spéciaux pour les personnes âgées), mais il existe des subventions d’investissement, de deux natures, du cash sur certaines lignes et des droits de développement immobilier sur les autres. MTR mixe le développement immobilier et les subventions cash lorsqu’il n’y a pas de terrain à développer.MTR bénéficie de terrains gratuits.
Faux : mais l’entreprise les achète à des tarifs préférentiels, à la valeur du terrain agricole et n’a pas à payer de droits pour en changer l’usage.Grâce à l’immobilier MTR est extrêmement rentable.
Vrai et Faux : l’entreprise a des marges opérationnelles de 50 % mais elle les utilise pour financer des investissements colossaux. Sa rentabilité est de 6 %.MTR finance ses opérations avec l’immobilier.
Faux : les opérations sont excédentaires, grâce aux revenus des voyageurs et de la publicité. L’immobilier ne finance que la part des investissements non couverte par les excédents d’exploitation.MTR est devenu d’abord un développeur immobilier.
Vrai et Faux : l’entreprise possède 13 millions de m2 à Hongkong, dont 267 000 m2 qu’elle gère. Mais MTR reste culturellement une entreprise ferroviaire. L’immobilier n’est qu’un département.MTR a inventé le développement immobilier.
Faux : l’utilisation de la valorisation des terrains pour financer a été un modèle classique du développement des lignes de chemin de fer au XIXe et début XXe siècle. Cela s’est fait aux Etats-Unis, en Angleterre, au Brésil ou au Japon. A Hongkong tous les opérateurs le font d’une façon ou d’une autre. Son institutionnalisation est en revanche unique et liée notamment à l’histoire de Hongkong et de sa rétrocession du Royaume-Uni à la Chine. Comme les gouvernements des deux pays ne voulaient pas investir à Hongkong, cela a incité l’entreprise à avoir recours à un développement autonome sans que le gouvernement ait besoin de s’endetter pour financer des projets.