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Catégorie : Transports urbains
Retrouvez toute l’actualité des transports urbains: Métro, RER, lignes de bus, constructeurs et opérateurs en France et à l’international

La RATP consolide son fief parisien sur le réseau de bus
C’était le dernier round du processus d’ouverture à la concurrence des lignes de bus parisiennes et de proche couronne, et la RATP sort largement vainqueur. Après avoir limité la casse lors des des deux précédents appels d’offres, sa filiale RATP Cap-Île-de-France est pressentie pour remporter les deux derniers lots, les plus gros : 66 lignes desservant la capitale et la proche banlieue (Boulogne-Billancourt, Issy-les-Moulineaux, Vanves, Bagneux, Montrouge, Malakoff, Levallois-Perret, Montreuil, Bagnolet, Vincennes, Romainville, Les Lilas et Rosny-sous-Bois).
Sous réserve d’un vote à venir des élus d’Ile-de-France lors d’un vote en séance le 17 octobre prochain. Si la décision est entérinée, l’opérateur historique dont l’actuel pdg Jean Castex pourrait prendre les commandes de la SNCF dans quelques semaines, aura donc limité la casse en réussissant à ne pas se faire déloger de son fief parisien. Sur les douze lots de lignes parisiennes et de proche couronne mis en concurrence, la RATP en conserve huit. Les deux-tiers. Ses concurrents Keolis (filiale de la SNCF), Transdev et ATM, l’entreprise des transports de Milan, se partagent le reste.
Au total, depuis 2021 et l’ouverture progressive à la concurrence, 36 lots ont été attribués sur le réseau de bus Optile de grande couronne et 12 pour Paris et les commune limitrophes.

A la RATP, un mandat qui se finit bien pour Jean Castex
Il va partir sur une note victorieuse. Deux jours avant l’annonce de l’Elysée qui souhaite voir Jean Castex prendre les commandes de la SNCF, l’actuel patron de la RATP était sur le point de réaliser une grande première : remporter un contrat ferroviaire, au nez et à la barbe de la SNCF… Sa filiale RATP Dev est pressentie pour exploiter les TER de l’Etoile ferroviaire de Caen. L’opérateur va faire son entrée sur le réseau des trains régionaux.
Ce sera peut-être le dernier fait d’armes de Jean Castex à la tête de la RATP, dont le bilan après trois ans de mandat est honorable. Il était arrivé à un moment très compliqué de l’entreprise. Désormais sur le départ, il laisse l’opérateur public en meilleur état qu’il l’avait trouvé en novembre 2022. A l’époque, la Régie était en crise avec un quart des bus et 10% des métros dans l’incapacité de rouler en raison d’un manque de conducteurs, des grèves liées à l’ouverture à la concurrence, et un taux absentéisme élevé. Surtout, les comptes étaient dans le rouge avec 26 millions d’euros de pertes pour 2022.
Carnet de chèques
Il s’était immédiatement attelé à renouer le dialogue avec les syndicats, avait surtout consenti une hausse des salaires de 5,7%, et convaincu les élus d’Ile-de-France Mobilités (IDFM) de voter fin 2023 un avenant au contrat qui lie l’autorité organisatrice des transports de la région à la RATP. Un chèque de 285 millions d’euros sur deux ans pour absorber une partie de la hausse de salaires, ce qui permit à l’époque de sauver non seulement les comptes de la RATP qui menaçaient d’être à nouveau dans le rouge, mais aussi l’intéressement des agents et la prime JO des 19 000 salariés mobilisés pendant l’événement.
Il a dans le même temps lancé des campagnes massives de recrutements pour rétablir la qualité de service, revenue à un niveau satisfaisant juste avant les JO. La RATP a ensuite relevé sans encombre le défi du transport des spectateurs lors de cet évènement sportif mondial, pour lequel elle était particulièrement attendue. Le groupe a même renoué avec les bénéfices en 2024 avec des comptes semestriels bénéficiaires de 153 millions d’euros contre 54 millions d’euros de pertes un an avant. Il a ensuite enregistré une belle croissance au premier semestre 2025.
Ouverture à la concurrence
L’ouverture à la concurrence du réseau de bus de la RATP promettait d’être un sujet explosif en interne. Le dirigeant est parvenu à éteindre le feu avec des primes généreuses. C’est dire s’il va laisser un bon souvenir en interne, lui le haut fonctionnaire bonhomme, au contact humain facile, à la façon d’un Jacques Chirac, qui pour apaiser le climat social, n’a pas hésité à pratiquer la politique du carnet de chèques.
La barre est haute pour celui ou celle qui devra lui succéder. Deux noms circulaient avant l’été, celui de Catherine MacGregor, la patronne d’Engie, et de Xavier Piechaczyk, président de RTE. Celui de François Durovray, président de l’Essonne et éphémère ministre des Transports du gouvernement Barnier, est aussi évoqué.
Dans le contexte d’ouverture à la concurrence, le fauteuil de pdg de la Régie ne peut pas rester vide pendant trop longtemps. Des échéances approchent, notamment la dernière vague d’attribution des marchés des bus parisiens. Jusqu’ici, la RATP a réussi à limiter la casse même si elle vu débouler ses concurrents, Keolis, Transdev et l’italien ATM qui va débarquer à Paris.

Urbanloop présente ses nouvelles navettes pour Dunkerque
Urbanloop, la société qui a développé un système de navettes, sortes de capsules à très faible consommation énergétique, a dévoilé le 15 septembre le design de ses véhicules de huit places, (quatre assises et quatre debout), dessinées par Yellow Window, une agence française de design qui a travaillé pour Alstom, Caf, SNCF ou Thalys.
Mesurant 4 mètres de long, 1,2 m de large et 2,3 m de haut, ces navettes sont destinées à deux contrats en cours : celui de la Communauté urbaine de Dunkerque, qui a présenté un exemplaire de sa capsule le 20 septembre sur la place Jean Bart (mise en service prévue en 2028), et celui d’Abu Dhabi Transportation dont un exemplaire sera exposé le 30 septembre au salon international Global Rail (et mis en service en 2026).
Les navettes choisies par Dunkerque portent la livrée aux couleurs vives du réseau de bus gratuit de l’agglomération. Quant à celles d’Abu Dhabi, elles seront équipées de vitrages athermiques, d’une isolation renforcée et d’une climatisation intégrée sur le toit.
Avec son système de transport, Urbanloop affirme proposer une solution « cinq fois moins chère et cinq fois plus rapide à déployer qu’un transport lourd » . L’entreprise a développé une gamme de véhicules électriques, sans batteries embarquées, capables d’emporter de 4 à 12 passagers. Elles peuvent être déployées sur un réseau d’une longueur allant jusqu’à 20 km. Le système peut offrir un débit de 300 à 3000 passagers par heure soit une navette toutes les 15 secondes.
L’entreprise a déjà signé, en octobre 2023, une commande de son système de transport pour la Métropole du Grand Nancy. Et elle a pu démontrer le fonctionnement de son système de transport pendant les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. L’exploitant, Keolis, a ainsi transporté plus de 10 000 passagers, au cours des deux premiers mois, sur le site Saint-Quentin-en-Yvelines où se sont déroulées des épreuves de cyclisme. Le service a repris en avril 2025 et se poursuivra jusqu’à mi-novembre pour desservir la base de loisirs de Trappes.

Keolis exploitera le réseau de l’agglo d’Agen pendant dix ans de plus
L’agglomération d’Agen renouvelle la délégation de service public de Keolis : l’opérateur présent depuis 2006 va continuer à exploiter le réseau de transport urbain pendant dix ans de plus. Le nouveau contrat, d’un montant global de 107 millions d’euros, a pris effet le 7 juillet.

Transdev reconduit pour exploiter le réseau de transport de Rouen
La Métropole Rouen Normandie a reconduit la concession de Transdev pendant neuf ans pour l’exploitation de son réseau de transport Astuce. Le contrat prévoit notamment le renforcement du réseau (métro, TEOR, bus), le doublement du parc de vélos en location longue durée (Lovélo), ou encore la création du service Astuce PRO pour répondre aux besoins des zones d’emploi et des entreprises,
C’est, selon l’opérateur de transport allemand, le plus important contrat jamais conclu par la Métropole Rouen Normandie sur le plan financier : 1,210 milliard d’euros cumulés. « S’ajoutent des investissements conséquents (208 millions d’euros sur 9 ans) pris en charge par la Métropole, dont 160 millions d’euros concernent le matériel roulant (renouvellement et décarbonation des bus, rétrofit, véhicules techniques, maintien du patrimoine tramway avec opérations à mi-vie, 5000 vélos à horizon 2032)« , précise encore un communiqué de Transdev.L’objectif du contrat, qui démarre dès cette année, est d’aboutir à une hausse de 24 % de la fréquentation d’ici à 2034.

Mesures en suspens dans les transports : les élus attendent les 50 millions d’euros promis
Décrets en attente de publication, décisions politiques repoussées, sujets techniques à trancher… Le ministre des Transports Philippe Tabarot, reconduit par Sébastien Lecornu va retrouver
sur son bureau quelques dossiers chauds que les professionnels sont impatients de voir aboutir. Deuxième de la série de VRT, après les caméras pour contrôleurs : les 50 millions d‘euros promis à une sélection d’autorités organisatrices des mobilités (AOM).
Le décret relatif à la répartition de la fraction de 50 millions d’euros, issue du produit de la mise aux enchères de quotas d’émission de gaz à effet de serre (ETS1), est en attente de publication. Il doit encadrer la répartition de l’enveloppe et détailler les montants par « affectataires ». La loi de finances 2025 prévoit que ces derniers soient les AOM locales, Sytral Mobilités (Lyon), les régions agissant en tant qu’AOM locales de substitution et les communes non AOM ayant conservé leur réseau de transport urbain après la loi d’orientation des mobilités (LOM). Cela représente au total plus de 1 150 bénéficiaires.
Le versement interviendra en fin d’année, si le texte est bien publié par le prochain ministre chargé des Transports d’ici novembre. L’aide sera ainsi fléchée directement aux AOM qui figurent sur la liste disponible sur le point d’accès national aux données (site transport.data.gouv.fr). Elle bénéficiera également aux communes qui perçoivent le versement mobilité, ainsi qu’à celles disposant d’un service de transport régulier dont les données sont référencées sur le même site. Leur référencement est obligatoire avant le 31 octobre 2025.
Les 50 millions d’euros seront répartis proportionnellement à la population des bénéficiaires et selon un coefficient lié au revenu fiscal de référence moyen par habitant des communes concernées. Lorsque l’AOM est la région, le calcul sera effectué à l’échelle de chaque communauté de communes.
En 2005, l’Union européenne a mis en place un marché du carbone, baptisé EST1, Emissions Trading Scheme, destiné à couvrir les émissions de l’industrie, l’énergie, l’aviation et le maritime. Un nouveau marché carbone, EST2, adopté en 2023 par l’UE, démarrera en 2027 et couvrira les émissions de CO2 des énergies fossiles utilisées dans les secteurs du transport routier, du bâtiment, de la construction et de la petite industrie.

Keolis renforce sa présence au Danemark
Keolis a annoncé le 15 septembre avoir remporté un contrat auprès de l’autorité de transport public Movia pour exploiter un réseau de bus couvrant six villes dans la région centrale de Seeland, au Danemark (Slagelse, Ringsted, Skælskør, Næstved, Køge et Roskilde).
Le contrat, qui débutera le 27 juin 2027 s’étend sur six ans, avec une possible extension jusqu’à 14 ans, sous réserve d’atteinte des objectifs de performance. Le chiffre d’affaires cumulé sur l’ensemble de la période pourrait dépasser 150 millions d’euros, indique l’opérateur français qui est présent au Danemark depuis 2000 et exploite plus de 400 bus dans huit villes danoises, dont Copenhague et Odense.

Pourquoi le téléphérique s’installe dans les grandes villes
Après Brest, Toulouse et Saint-Denis de La Réunion, Île-de-France Mobilités s’apprête à inaugurer cette année son premier téléphérique urbain, « Câble 1 », dans le Val-de-Marne. Un peu avant, en septembre, Ajaccio mettra en service son téléporté « Angelo ». Longtemps cantonné à l’Amérique latine, ce mode de transport connaît un essor en France. Un premier retour d’expérience a été dressé lors de la conférence organisée le 3 juillet par VRT.
Toulouse fait partie du petit club des villes françaises à être dotées d’un téléphérique urbain. L’heure d’un premier retour expérience intéressante pour Patrick Vial, chef de projet chez Tisséo Collectivités. «Téléo transporte environ 1,8 million de passagers par an, soit près de 6 000 voyageurs par jour, avec un objectif à terme de 8 000 lorsque le reste du réseau de transport sera pleinement connecté », rappelle-t-il.
Le taux de disponibilité est supérieur à 99,3 %, parfois même au-delà, alors que le téléphérique fonctionne plus de 7 000 heures par an. Selon Patrick Vial, l’exploitation a dû s’ajuster entre les prévisions et la réalité du terrain : ainsi, les horaires, pensés pour s’aligner sur ceux du métro, avec un service de 5h à 00h30, sont réajustés l’hiver lorsque la fréquentation est moindre, avec une fermeture à 22h30. « Cela permet garder un bon niveau de service pour les usagers tout en réalisant des économies d’énergie. De plus, les périodes de maintenance de nuit sont ainsi un peu plus confortables», souligne le chef de projet.
Côté usagers, le téléphérique obtient le meilleur taux de satisfaction de tous les modes de transport de Tisséo (métro, bus, tram). « Cette satisfaction tient notamment à la présence humaine en station, à un environnement calme et sécurisé (vidéosurveillance, embarquement au sol, bruit minimal), et à une expérience de transport apaisante, loin du stress des autres modes », poursuit-il.
Partage d’expérience pour Téléo
La gestion des incidents repose beaucoup sur la communication : il est crucial d’informer rapidement sur la nature du problème et sur les délais de reprise, même s’ils ne durent jamais moins de trois à quatre minutes.
Pour Patrick Vial, le transport par câble a toute sa place dans les projets interurbains, notamment pour les Services express régionaux métropolitains (SERM). Ne serait-ce que par sa capacité à répondre à l’exigence de rapidité.
Enfin, le téléphérique joue aussi un rôle de vitrine touristique, attirant curieux et visiteurs. Des cabines, qui ont été décorées aux couleurs du Tour de France, à l’occasion de son passage cet été, sont un exemple de valorisation médiatique et d’image positive du câble urbain, estime-t-il.
De fait, le projet toulousain suscite un intérêt croissant de nombreuses métropoles. « Nous recevons une cinquantaine de délégations par an, dont une dizaine de nature politique, avec des élus venus de Bordeaux, Lyon ou Lille par exemple », indique Patrick Vial. Elles s’intéressent au fonctionnement du téléphérique en milieu urbain et à sa particularité d’intégrer une station intermédiaire dans son tracé – une spécificité rare pour ce type d’infrastructure. « Cela les aide à mûrir leur réflexion… ou parfois à se réorienter»
Tisseo a ainsi collaboré avec les projets de Créteil et d’Ajaccio, notamment sur les documents techniques. Ce partage d’expérience ne se limite pas à la France. « L’Allemagne s’intéresse beaucoup au sujet, notamment pour franchir de grands obstacles comme des rivières ou des faisceaux ferroviaires. Nous avons même récemment accueilli une délégation venue de l’île de Bornéo, en Indonésie, qui envisage un téléphérique pour remplacer une portion de ligne de transport traditionnelle ».
Vélocité pour Angelo
Côté Corse, le projet avance. L’un des éléments les plus remarqués du téléphérique urbain d’Ajaccio reste sa rapidité d’exécution. En moins de cinq ans, le projet de câble Angelo aura franchi toutes les étapes clés, depuis l’attribution du marché jusqu’à sa mise en service prévue à l’automne 2025. Et cela malgré les contraintes de l’obtention d’une déclaration d’utilité publique (DUP), notamment en raison du survol de nombreux terrains privés.
Contrairement aux remontées mécaniques alpines, les projets urbains passent obligatoirement par une DUP, une procédure lourde mais déterminante. « Elle permet de donner au maître d’ouvrage la faculté d’exproprier les terrains d’assiette des pylônes et des stations », rappelle Fabien Abinal, gérant du cabinet d’ingénierie Eric qui a travaillé en tant qu’Assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO) sur le projet ajaccien. « La stratégie a été de tout préparer en amont, avant même de sélectionner le groupement de conception-réalisation. Nous avons monté les dossiers administratifs, le dossier préliminaire de sécurité, le dossier de DUP… Cela a permis d’anticiper les discussions avec les services de l’État et de gagner un temps précieux», explique-t-il.
Un travail préparatoire complété par une « saine pression des élus », qui a contribué à fluidifier les démarches, et ceci en dépit d’une alternance politique en milieu de projet.
Denis Baud Lavigne, responsable commercial Applications Urbaines de Poma – constructeur retenu pour Angelo -, souligne l’intérêt de s’appuyer sur une organisation resserrée : « Nous avions une équipe constituée avec un architecte pour les permis, une ingénierie intégrée pour toute la partie réglementaire, et une synthèse de tous les documents pour éviter les allers-retours avec les administrations».
Le tracé présente des défis particuliers, survolant à la fois des zones urbaines et des espaces naturels. Denis Baud Lavigne souligne l’importance d’une équipe locale pour répondre à ces enjeux, avec le choix d’architectes et ingénieurs civils corses, « sensibles aux réalités du territoire ». Le système a été conçu pour minimiser l’impact au sol : des stations implantées au plus bas, et des pylônes élevés pour éviter le défrichement tout en respectant les normes incendie.
Des stations au ras du sol pour le Câble 1
L’intégration dans le paysage, beaucoup plus urbain dans le cadre du Câble 1 de Créteil, a constitué également un défi majeur pour ses concepteurs, qui ont opté pour un aménagement des stations en rez-de-chaussée. Les zones dites « d’envol » – où les cabines ralentissent à proximité du sol – sont souvent sécurisées par des barrières. Mais sur la ligne C1, les concepteurs ont su éviter cette rupture. « À partir du moment où les stations sont au rez-de-chaussée, il y a des zones d’envol où il peut y avoir collision. Nous avons donc proposé d’intégrer ces zones à l’aménagement extérieur des stations », explique Lucie Coursaget, architecte associée à l’Atelier Schall, en charge de la conception architecturale et des aménagements urbains des cinq stations, ainsi que du design des cabines et des pylônes. « Les gares sont entièrement végétalisées, accessibles, et sans danger, et ne nécessite pas de clôture. Il y a une vraie continuité urbaine. »
Le C1 traverse quatre communes, et chaque station offre un aménagement spécifique – passerelle piétonne, esplanade, gradins, bassin, etc. – en fonction du tissu urbain. Par exemple, à Valenton, la station fait le lien entre la coulée verte du Val-de-Marne et le centre plus urbanisé : le cheminement végétalisé mène aux quais d’un côté, tandis qu’une esplanade avec gradins et bassin anime l’autre. « Ce qui est au sol appartient au territoire, tandis que l’identité de la ligne se trouve dans le ciel, portée par les pylônes et les cabines qui traversent l’ensemble», souligne l’architecte.
Si l’emprise au sol d’un projet de téléphérique urbain est beaucoup plus légère qu’un projet de tramway, la pose des pylônes oblige toutefois à des prouesses techniques et même logistiques. Bernard Teiller, président de Doppelmayr France, constructeur retenu pour cette ligne, est revenu sur les contraintes inédites du projet. « En montagne, nous disposons de vastes espaces, mais sur le C1, nous avons dû travailler en flux tendu, notamment pour le montage des pylônes. Il fallait que tout s’enchaîne parfaitement : le camion arrivait, parfois de très loin, la grue devait être en place, les moyens humains et les équipements secondaires aussi. Aucun chantier ne permettait de disposer d’une zone de reprise ou de stockage pour la mise en place du suivant. »
L’accessibilité incontournable
Bernard Teillier rappelle que l’accessibilité est une exigence majeure dès la conception du Câble 1. Ainsi la lacune – l’espace entre le quai et la cabine – a été réduite à « quasi zéro ». Les stations ont été conçues de plain-pied, sans escalator ni ascenseur.
Un travail approfondi a également été mené sur les cabines, en lien étroit avec les associations de personnes à mobilité réduite et la Direction ministérielle de l’accessibilité (DMA). Elles ont été aménagées pour permettre aux usagers en fauteuil roulant d’entrer en marche avant, de manœuvrer à l’intérieur et de ressortir facilement. Des banquettes amovibles séparées ont été installées, ainsi qu’un soin particulier apporté au choix des couleurs, aux contrastes visuels et à l’emplacement des poignées.
La vitesse de déplacement en station a été ajustée à quelques centimètres par seconde pour sécuriser l’embarquement sans altérer le débit. Enfin des tests ont été réalisés avec les associations d’usagers PMR sur un site d’essais aux Pays-Bas, non ouvert au public.Lucie Coursaget, explique que tous les voyageurs doivent pouvoir accéder aux stations de la même manière. « Nous avons adopté une échelle proche de celle du tramway, en s’appuyant sur la capacité du système câble à descendre jusqu’au trottoir ».
Daniel Pfeiffer, directeur du STRMTG (Service Technique des Remontées Mécaniques et des Transports Guidés), souligne que l’accessibilité est aujourd’hui un impératif pour tous les transports publics, même si l’adaptation des réseaux anciens reste complexe. Il rappelle qu’un guide de référence a été produit sous l’impulsion du Gart et de la délégation ministérielle à l’accessibilité. « Ce référentiel permet de servir de base pour l’accessibilité des projets à venir ».
Pour Denis Baud Lavigne, ce guide a le mérite d’éviter de recommencer une concertation complète à chaque projet puisqu’il garantit aux différentes associations que chaque cas a été pris en compte. Il ajoute que les notions d’accessibilité ont revêtu une importance particulière dans le cadre du projet d’Ajaccio, notamment à la station de Stiletto qui dessert directement un hôpital.
Cette station, bien qu’implantée sur un talus, a pu être conçue avec un accès de plain-pied sur le côté faisant face à l’hôpital. Autre élément décisif : le sens de rotation du câble a été défini en fonction des flux de voyageurs attendus.
La question de l’évacuation d’urgence
L’évacuation en cas de panne est un enjeu critique des transports par câble en ville. « Une évacuation reste extrêmement rare. Mais cela peut arriver. Et dans ce cas, il faut que tout soit parfaitement rôdé », souligne Daniel Pfeiffer.
Contrairement à la montagne, l’évacuation verticale est mal adaptée au contexte urbain, notamment pour les publics fragiles. La stratégie privilégiée repose sur le sauvetage intégré, consistant à ramener les cabines en gare, y compris en cas de défaillance.
La France impose des standards très élevés, alors que d’autres pays européens se contentent souvent d’une évacuation verticale. « Nous allons très loin dans les scénarios, même les moins probables, en demandant que l’évacuation intégrée constitue le mode de sauvetage », précise Daniel Pfeiffer.
Cette solution a été historiquement déployée sur des systèmes bicâbles – des câbles porteurs fixes et un câble tracteur qui tire la cabine -, comme celui de l’Aiguille du Midi, mis en service il y a plus de cinquante ans. « Les systèmes bicâbles, plus complexes et plus coûteux, permettent en général une évacuation intégrée plus facile, notamment parce qu’ils ne nécessitent pas de franchir des pylônes comme en monocâble, où le même câble assure à la fois le portage et la traction. »
La généralisation des monocâbles en zone urbaine a obligé les constructeurs à innover. Bernard Teillier indique que Doppelmayr a commencé à travailler sur le sujet pour le projet du 3S de Coblence, en Allemagne, où un téléphérique urbain franchit une longue portée au-dessus du Rhin et de la Moselle. Mieux valait éviter une évacuation verticale. L’approche repose sur une analyse exhaustive des pannes passées, pour anticiper tous les scénarios possibles et offrir un ensemble de solutions redondantes et automatisées, capables de faire rentrer les cabines en station – même en cas de panne majeure.
Le dirigeant cite plusieurs cas, comme la casse d’un roulement de poulie motrice ou retour : « Dans ce cas le câble ne peut plus tourner. Pour éviter cette situation, nous avons installé un second jeu de roulements. En cas de défaillance, on bascule sur ce système de secours à vitesse lente et on ramène les cabines. »
Le câble peut également dérailler sur un pylône. « C’est un scénario plus rare mais déjà observé. Il n’y a pas de danger direct car des systèmes de rattrape-câble sont en place, mais pour reprendre l’exploitation, il faut réaligner le câble. Des outils spécifiques, scellés et dédiés, permettent cette remise en ligne. » Et si, malgré tout, la récupération intégrée échouait sur le C1, un plan B est prévu : « Dans ce cas extrême, l’évacuation verticale serait réalisée par des équipes spécialisées, comme le GRIMP (Groupement d’Intervention en Milieu Périlleux) de la BSPP à Paris, formé à ce type d’intervention. »Un groupe de travail européen, rassemblant les pays de l’Arc alpin et piloté par la France à travers le STRMTG est d’ailleurs en train d’élaborer un guide de référence sur la récupération intégrée, avec le concours des constructeurs.
Autre hantise pour le câble en milieu urbain, la menace d’un incendie. « Le vrai sujet, ce n’est pas un feu interne au système, mais bien un foyer externe — par exemple un camion-citerne en feu sous la ligne. Si une cabine passe rapidement au-dessus d’un foyer, il n’y a pas de danger immédiat. Le vrai risque, c’est l’immobilisation », explique Bernard Teillier. Le monocâble utilisé sur le C1 est capable de fonctionner en mode « marche incendie », un dispositif prévu pour maintenir le mouvement du câble sans interruption. Un système de caméras thermiques, installées tout au long du tracé, permet de détecter les départs de feu et d’activer automatiquement ce mode de secours. Ce protocole a nécessité deux années d’étude approfondie, en lien avec un cabinet spécialisé en risques incendie.
Mais ce niveau de résilience n’est pas aussi facilement atteignable avec une technologie bicâble, où les câbles porteurs sont fixes et difficile à faire bouger en cas d’urgence. Dès lors, les lignes bicâbles doivent être tracées à bonne distance de toute voirie à risque, limitant leur déploiement en zone urbaine dense. « Si un câble fixe est exposé à un feu intense, il peut casser au-delà de 500°C. Il faut alors analyser l’impact au sol », ajoute Daniel Pfeiffer. Le STRMTG a travaillé sur une norme anti-incendie, adoptée en 2018. Cette norme donne la priorité à l’évacuation en mouvement, même si cela implique de court-circuiter certains automatismes de sécurité, tout en imposant un choix rigoureux de matériaux ininflammables dans les véhicules et les gares et surtout, l’obligation de mener des études de risques localisées.
Plus de souplesse pour la maintenance
Autre enjeu : assurer la fiabilité du système sans multiplier des interruptions trop longues de maintenance. Les autorités ont ouvert la voie à plus de flexibilité, qui s’éloigne d’un certain nombre de révisions périodiques très strictes, parfois lourdes, comme des démontages complets. « Nous acceptons désormais de suivre la notice du constructeur, qui peut proposer une maintenance plus espacée ou différente», indique Daniel Pfeffer.
Cette évolution permet d’envisager une maintenance continue ou nocturne, pour éviter les interruptions complètes. « À Toulouse, des objectifs précis ont été fixés pour une maintenance en période courte ou la nuit. Les arrêts annuels tournent autour de deux semaines », précise ainsi Fabien Abinal, dont le cabinet d’ingénierie accompagne les collectivités de Brest et Toulouse.
Il ajoute que le soutien technique à l’exploitation et à la maintenance est un facteur clé de réussite pour les nouveaux systèmes câblés urbains, et ceci dès la conception du projet. « Cela implique d’intégrer dès le début des exigences performancielles claires dans les contrats, comme la tenue au vent, la disponibilité ou encore la durée annuelle d’interruption ».
L’approche du cabinet Eric consiste à proposer un accompagnement renforcé au démarrage, puis progressivement allégé afin que les opérateurs puissent gagner en autonomie. Denis Baud Lavigne acquiesce. Il rappelle que la majorité des appels d’offres suivent actuellement le modèle du marché global de performance, combinant conception, réalisation, exploitation et maintenance. « Chez Poma, nous avons su nous adapter : notre groupe compte aujourd’hui 1 500 personnes dédiées à l’exploitation-maintenance, contre 1 300 pour la conception-réalisation. Cela reflète l’évolution de notre activité, surtout en milieu urbain ».
Conclusion, selon lui, l’un des grands avantages du câble urbain reste l’unité du projet : un seul groupement assure tout, des fondations à la mise en service. Cela garantit un coût global maîtrisé et un interlocuteur unique pour le maître d’ouvrage – un atout majeur comparé aux projets multi-lots.
Pourquoi le téléphérique s’installe dans les grandes villes
Après Brest, Toulouse et Saint-Denis de La Réunion, Île-de-France Mobilités s’apprête à inaugurer cette année son premier téléphérique urbain, « Câble 1 », dans le Val-de-Marne. Un peu avant, en septembre, Ajaccio mettra en service son téléporté « Angelo ». Longtemps cantonné à l’Amérique latine, ce mode de transport connaît un essor en France. Un premier retour d’expérience a été dressé lors de la conférence organisée le 3 juillet par VRT.
Les étapes clés de l’ingénierie
Fabien Abinal, gérant du cabinet Eric, spécialisé dans le domaine de l’ingénierie du transport par câble, rappelle le rôle de l’ingénierie dans chaque étape du développement des projets, de la phase de conception jusqu’à l’exploitation. Lors d’une phase clé, la maturation du projet, l’ingénieriste travaille aux côtés du maître d’ouvrage pour optimiser le tracé, en limiter les impacts et en garantir la pertinence technique et urbaine. Vient ensuite l’étape des autorisations, jugée particulièrement lourde mais essentielle. Elle comprend les concertations publiques, les enquêtes environnementales et les procédures de sécurité
La question des servitudes de survol est souvent perçue comme un obstacle. Fabien Abinal rappelle l’évolution favorable du cadre réglementaire : « Depuis 2016, le code des transports permet l’instauration de servitudes de survol en milieu urbain, à condition de respecter certaines distances par rapport aux bâtiments et de justifier l’utilité publique du projet. »
Enfin, les phases opérationnelles nécessitent des outils et compétences pointues pour répondre aux exigences de sécurité et s’assurer que la réalisation reste conforme aux autorisations délivrées.
Keolis obtient l’exploitation d’un nouveau métro en Inde
Keolis a annoncé le 8 septembre avoir obtenu, auprès du consortium PITCMRI (constitué de Tata et Siemens), le contrat d’exploitation durant dix ans de la future ligne 3 du métro de Pune, situé au sud ouest de Mumbai en Inde.
Cette ligne, en construction, s’étendra sur 23 km pour desservir 23 stations. « PITCMRL est le concessionnaire d’un projet de métro en partenariat public-privé (PPP) pour une durée de 35 ans », rappelle Keolis en précisant que, sur la ligne 3 (la troisième du réseau de métro de Pune), les rames seront conduites exclusivement par des femmes. Environ 100 conductrices vont ainsi être recrutées et formées.
L’opérateur français de transport public est déjà présent dans le pays où il exploite depuis 2017 le métro d’Hyderabad.

Matawan en négociation exclusive avec le fonds d’investissement Antin
La start-up bourguignonne Matawan (ex-Ubitransport fondée en 2012), spécialisée dans la billettique connectée pour les transports et l’intermodalité et devenue une PME de 250 salariés, a besoin d’un partenaire financier pour accompagner sa croissance. Début septembre, le fonds d’investissement Antin Infrastructure Partners, coté à la Bourse de Paris et co-dirigé par l’ancienne ministre de l’Ecologie et des transports Nathalie Kosciusko-Morizet, est entré en négociation exclusive avec la pépite française, en vue d’une prise de contrôle via son fonds d’investissement NeoGen.
Matawan a construit une plateforme de mobilité sur le modèle SaaS (« software as a service ») utilisant le cloud pour décloisonner les transports publics et offrir des services performants aux autorités organisatrices de transport et aux voyageurs. Elle commercialise des solutions de mobilité à plus de 330 réseaux répartis dans six pays en Europe et en Amérique du Nord. En pleine phase de croissance, la PME est intégrée au programme gouvernemental French Tech 120 destiné à soutenir 120 « scale-up » parmi les plus performantes.
NextGen devrait prendre une participation majoritaire dans l’entreprise aux côtés de son fondateur, Jean-Paul Médioni qui resterait présent au capital. L’opération devrait être bouclée d’ici à la fin de l’année.