Le service express métropolitain de Strasbourg revu à la baisse

RER métropolitain de Strasbourg

L’envergure du Réseau express métropolitain (Reme) de l’agglomération de Strasbourg, était-elle trop grande pour les équipes locales de la SNCF ? Pourquoi la compagnie a-t-elle pris ce risque alors que beaucoup savaient qu’elle manquait de moyens pour répondre à l’ambition des élus?

Entré en service le 12 décembre 2022, cet équivalent strasbourgeois du RER d’Ile-de-France prévoit plus de 800 trains régionaux supplémentaires chaque semaine. « L’exploitation n’a pas suivi« , témoigne un cheminot en cabine du Strasbourg-Haguenau, l’une des lignes les plus chargées sur le REME en heure de pointe. « On travaille en flux tendus. Il suffit d’une panne mineure ou d’un arrêt en gare qui se prolonge pour que tout le plan de transport s’écroule. Certains voyageurs, furieux, m’ont dit qu’ils renonçaient au train à cause du REME et qu’il allaient reprendre leur voiture« , déplore ce conducteur.

Menace sur les paiements

Trois mois après la mise en service du REME, la SNCF et les collectivités se sont déjà accordées pour revoir les plans de transport à la baisse. « Le plan de transport permet aujourd’hui de faire circuler 3731 trains chaque semaine autour de Strasbourg, soit 580 trains en plus par semaine par rapport à l’avant-REME », a calculé la direction régionale de la SNCF. « On est loin des plus de 800 trains prévus« , répond Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg chargé des mobilités, des transports et des déplacements. Au cours d’une réunion houleuse avec la direction régionale de la SNCF, en présence des élus des communes concernées, l’Eurométropole a menacé de ne plus payer sa part (7 millions d’euros par an) du fonctionnement du REME si la situation ne s’améliore pas. « Nous allons procéder à un comptage permanent des trains qui circulent vraiment. Nous paierons au prorata », a répété Alain Jund à l’issue de la réunion.

Au conseil régional du Grand-Est, la facture du REME sera honorée (7 millions d’euros également) mais Thibaud Philipps, vice-président délégué aux transports et aux mobilités durables, menace de « déduire la part du service manquant du prochain paiement annuel versé à la SNCF« . Dans les comptes de la collectivité, le coût de fonctionnement des transports publics s’élève à 130 millions sur le périmètre du Reme, qui s’étend sur la quasi-totalité du Bas-Rhin.

Nouvelles rames en mars

Le conseil régional du Grand-Est a fléché l’acquisition de neuf rames automotrices Régiolis dédiées au REME, pour un investissement de 102 millions d’euros. « Ces rames ont été livrées et les deux dernières unités vont entrer en service commercial au mois de mars« , annonce Thibaud Philipps.

« Les premières semaines sont celles d’un rodage inhérent à un projet de cette ampleur. Cette phase a confirmé que les ressources humaines, notamment de conducteurs de trains, et matérielles nécessaires étaient bien réunies. Il reste cependant certaines améliorations techniques et opérationnelles à apporter pour fluidifier les circulations, garantir la régularité et la robustesse face aux aléas« , reconnaît la direction régionale de la SNCF.

Pour apaiser la colère des voyageurs, le Conseil régional a négocié un dédommagement par la SNCF de la moitié du prix des abonnements pendant trois mois, jusqu’en avril. Ce geste commercial se poursuivra en mai pour les abonnés de la vallée de la Bruche et de la ligne Saverne-Sélestat. Dans le nouveau plan de montée en charge du REME, le service prévu initialement en décembre 2022 est désormais promis en août 2023.

Olivier Mirguet