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  • Carton rouge de la Cour des comptes pour l’Ile-de-France

    Si rien n’est fait, la Cour des comptes l’affirme, les transports ferroviaires en Ile-de-France vont continuer à se dégrader. Et les Sages de préconiser un certain nombre de mesures. Un réseau devenu inadapté. Une qualité de service dégradée. Une affirmation insuffisante de l’autorité organisatrice. Un nécessaire rattrapage des investissements sur le réseau. Une procédure de sélection des projets à améliorer. Un déséquilibre financier dur à résorber… Sans offrir de révélations inédites, le rapport rendu par la Cour des comptes sur Les transports ferroviaires  en Ile-de-France n’en est pas moins un pavé de 200 pages dans la mare. Il dresse un inventaire pointilleux des causes de dysfonctionnements.

    Le constat, sévère, invite à soigner la sélection de ce qui sera fait dans les années à venir. Et à éviter une explosion des coûts prévus. Pour Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, « l’importance des besoins justifie qu’une priorité soit donnée aux projets de modernisation des lignes existantes et à des extensions limitées du réseau ». Soit les décisions qui peuvent être prises dans des délais très rapprochés, sans lourdes études techniques. « Faisons d’abord fonctionner ce qui existe. Cela ne suffira pas mais c’est le bon sens. »
     

     

    Un réseau proche de la saturation

    Sur de nombreux tronçons, le réseau est saturé et ce phénomène s’accroît de façon inquiétante. Comme le souligne Didier Migaud, il « est confronté à une difficulté structurelle d’adaptation à la demande. Entre 2001 et 2009, le trafic a augmenté de près de 20 % sans que les infrastructures évoluent en conséquence. » Et le rapport de distribuer les mauvaises notes. SNCF et RFF ont négligé la modernisation. Christian Descheemaeker, président de la 7e chambre de la Cour, souligne : « dans les années TGV, on a fait des TGV et les trains de banlieue en ont pâti. On n’avait pas d’argent pour investir de tous les côtés. » Conséquence : plus du tiers des incidents sont liés à l’infrastructure et au matériel roulant. Et certaines lignes de métro sont saturées, dont douze en heures de pointe.
     

     

    Une régularité à la baisse

    La régularité s’est nettement dégradée. Les retards de plus de 5 minutes atteignent 11,5 % des trains SNCF et jusqu’à 15,6 % sur le RER D et 23 % sur Paris-Nord – Crépy. Et si sur métros et trams, la situation est qualifiée de « plutôt satisfaisante », il y a « l’exception notable » de la ligne 13 où, en pointe, 10 % de l’offre n’est pas assurée. Enfin, sur les lignes A et B, coexploitées par la SNCF et la RATP, l’irrégularité atteint 12 et 22 % et peut dépasser 37 % sur Sceaux-Robinson.
     

     

    L’autorité du Stif insuffisante

    Si l’organisation du service public a été réformée en 2005, « l’autorité régionale des transports doit exercer pleinement ses compétences et faire prévaloir une stratégie commune. » En cause, la loi ayant confié à l’État la désignation de l’exploitant du projet Charles de Gaulle Express. Ou encore celle ayant créé la Société du Grand Paris, « mission qui aurait dû revenir au Stif ».

    De même, la relation du Stif avec les opérateurs « n’apparaît pas satisfaisante. » Il n’a pas été en mesure de maîtriser la croissance de la rémunération de la RATP et de la SNCF, qui a dépassé en 2009 3,6 milliards. Cette croissance a été de 2,3 points chaque année depuis 2000, de près de 10 % sur la seule période 2006-2009.
    Les coûts complets par réseau, a fortiori par ligne, sont « insuffisamment connus de la RATP et de la SNCF. » Un exemple : « La SNCF indique ne pas être en mesure de calculer les gains globaux de productivité qu’elle réalise. »
     

     

    Une sélection des projets contestée

    Alors que les investissements se situent à un niveau inférieur à celui du milieu des années quatre-vingt-dix, marquées par Eole et Meteor, la Cour s’interroge sur la pertinence de certains. Et note des « lacunes » dans la sélection de projets RATP. Elle observe des bilans économiques préalables qui « surestiment les gains de temps pour les usagers tandis que les coûts d’investissements sont sous-estimés. Leur impact sur l’endettement de la RATP a été fréquemment négligé. »
     

     

    Des coûts à la dérive

    Certes, la réalisation des infrastructures est particulièrement longue : neuf ans et demi pour les métros, près de treize pour les trams : il y a les contraintes d’une zone urbaine dense. Toutefois, « la multiplicité des acteurs constitue également un facteur d’explication. » Dans ce contexte, le coût final des projets du contrat de plan État-Région 2000-2006 a augmenté, en moyenne… de 92 % par rapport aux prévisions.
     

     

    Un déséquilibre financier grandissant

    Si rien ne change, l’augmentation des coûts de fonctionnement et les projets envisagés vont accroître le déséquilibre actuel. Bien qu’ils n’en aient pas conscience, les usagers n’acquittent « que » 26,5 % des coûts, investissements et fonctionnement. Les employeurs en financent 41 %, les collectivités locales 21 %. Didier Migaud juge que le modèle actuel n’est « plus tenable ». Il conjugue trois handicaps majeurs : une croissance structurelle des coûts de fonctionnement, un niveau élevé d’endettement des exploitants, « en particulier la RATP », des contraintes pesant sur les collectivités locales.

  • Jean-Paul Huchon boucle sa boucle

    Jean-Paul Huchon boucle sa boucle

    Le 15 novembre, le président du conseil régional d’Ile-de-France a présenté une proposition de synthèse d’Arc Express et du métro du Grand Paris. Et une version complète de la rocade proposée par le Conseil régional. C’était un arc, c’en était plutôt deux : l’un au nord et l’autre au sud. À l’est comme à l’ouest, les tracés s’évasaient en de vastes fuseaux. Arc Express est maintenant une boucle, que le président du conseil régional d’Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, a présentée le 15 novembre. C’est à la demande de Jean-Luc Mathieu, président de la Commission particulière du débat public sur Arc Express, que le conseil régional a complété la carte du projet.

    À l’ouest, les deux options retenues diffèrent peu pour cette traversée des quartiers de Nanterre, Rueil-Malmaison, Suresnes et Saint-Cloud : le tracé le plus court serait long de 13,3 km, et le plus long ferait 14,6 km, pour une facture de 1,4 à 1,5 milliard d’euros, matériel roulant compris. À l’est, les deux tracés se distinguent nettement plus : l’un long de 10 km si on choisit de desservir la zone la plus dense, par Pantin, Les Lilas, Montreuil, Bagnolet, Fontenay-sous-Bois, l’autre de 13,6 km en allant plus à l’est par Bobigny, Bondy, Rosny-sous-Bois. La facture serait de l’ordre de 1 à 1,3 milliard d’euros, matériel roulant compris.

    L’exécutif régional avait déjà, le 8 novembre, en réagissant à l’avis négatif du Conseil d’État, demandé une révision de la loi Grand Paris permettant d’intégrer le projet de métro automatique dans le cadre du SDRIF (Schéma directeur de la région Île-de-France) tout en validant celui-ci. Le 15 novembre, le conseil régional a poursuivi sur cette voie en présentant une deuxième carte, intégrant toute une partie du métro automatique du Grand Paris. Du moins de ses fonctions. Sous le nom d’Arc Grand Est (passant par la Cité Descartes, Clichy-Montfermeil et rejoignant Le Bourget au nord), on retrouve une partie de la double boucle de métro de Christian Blanc. Concernant la desserte d’Orly, le conseil régional propose deux options : soit le prolongement de la ligne 14 du métro parisien (projet de la Société du Grand Paris), soit celui de la ligne 7, qui serait moins coûteux. Pour la desserte de l’aéroport de Roissy, l’option proposée serait en un premier temps une reprise de la concession de CDG Express, pour en faire, sous maîtrise d’ouvrage publique, une ligne maillée, avec un plus grand nombre de stations selon le même tracé. Enfin la desserte Massy – Saclay serait assurée par un bus à haut niveau de service (BHNS), permettant de transporter 4 000 vo­yageurs/jour. Le site propre ouvrirait ensuite la voie à un tram-train, avec une capacité de 8 000 voyageurs/jour, quand le besoin s’en ferait sentir. La solution aurait l’agrément de Pierre Veltz, le président de l’Établissement public de Paris-Saclay.

    Le message délivré par Jean-Paul Huchon est on ne peut plus clair : nous travaillons à la synthèse… Mais une synthèse sous hégémonie de la région et du Stif et qui, vue de la Société du Grand Paris, a tout l’air d’un démantèlement (on ne peut parler de détricotage, ce réseau étant peu maillé). Le conseil régional s’apprête à poursuivre avec son nouvel interlocuteur au gouvernement le travail commencé « dans un esprit de coopération » avec Michel Mercier, ministre centriste jusqu’à présent en charge du dossier. Lundi 15?novembre, au lendemain du remaniement, Jean-Paul Huchon ne connaissait pas encore le nom de son nouvel interlocuteur, qui est Maurice Leroy.?C’est donc à François Fillon, avec qui les relations sont bonnes, que le président du Conseil régional avait fait parvenir par lettre ses propositions.

  • Comment Transdev a gagné le tram de Besançon

    Comment Transdev a gagné le tram de Besançon

    A Besançon, l’opérateur historique Keolis cédera sa place à Transdev à compter du 1er janvier prochain. A Besançon, l’opérateur historique Keolis cédera sa place à Transdev à compter du 1er janvier prochain. Comme l’avait annoncé Jean-Louis Fousseret, président (PS) de la communauté d’agglomération du Grand Besançon (180 000 habitants, 59 communes), début septembre (voir VR&T n° 503, page 12), c’est la filiale de la Caisse des dépôts qui opérera le réseau Ginko. Le conseil communautaire en a en effet décidé ainsi à l’unanimité le 18 octobre. L’offre de Transdev a été préférée à celles de Keolis (délégataire actuel et historique) et de Veolia, également candidat pour la gestion et l’exploitation des lignes urbaines, dans le cadre d’une délégation de service public (DSP) de sept ans, incluant la mise en service de la première ligne de tramway (15 km) en 2015.

    Principalement cinq raisons ont motivé le choix des élus. D’abord, le niveau de service le plus élevé, en volume de kilomètres produits et en fréquence sur les réseaux, y compris pendant les travaux qui devraient débuter à l’automne 2011. « Ce niveau de service s’appuie sur des moyens plus importants en personnels et en matériels », commente-t-on au Grand Besançon. Ensuite, des objectifs forts en matière de développement de la fréquentation, avec un engagement sur une hausse de 50 % d’ici 2017, grâce notamment au tram. Mais aussi un moindre recours aux fonds publics, puisque Transdev s’engage sur le niveau de recettes le plus élevé et assure un fort niveau de maîtrise des dépenses, en particulier en première partie de contrat.

    La contribution forfaitaire cumulée du Grand Besançon, à 138,26 millions d’euros sur la durée du contrat, est la plus basse avec cette offre. « Elle est également la plus intéressante pour la mise en œuvre des options de maintenance des rames et de la plateforme du tramway », estime l’AO, qui rappelle aussi que Ginko est l’un des réseaux les plus performants de France, avec une moyenne de 134 voyages par an et par habitant, et même 186 sur les seules lignes urbaines, soit un trafic de 90 000 voyages par jour et près de 23 millions par an.

    Enfin, Transdev a marqué des points grâce à sa démarche qualité ambitieuse – avec des engagements forts sur la ponctualité, la propreté, l’information et l’accueil du public, la satisfaction de la clientèle – et à son système performant de management environnemental. « Il s’engage à faire baisser la consommation de gazole de 8 % et celle d’électricité pour l’éclairage de 20 %, sur la durée du contrat. » De son côté, l’opérateur souligne qu’il mettra en place le projet de billettique multimodale et se réjouit de l’arrivée du tram dans une agglo de taille moyenne. « Nous sommes heureux que la solution tramway ne soit plus réservée aux grandes agglomérations et se développe maintenant dans des agglomérations de moins de 200 000 habitants, commente Joël Lebreton, PDG de Transdev. Petit à petit, la “ville douce” que nous défendons depuis de nombreuses années gagne de plus en plus de terrain. »

  • Une offre multimédia pour « buller » en TGV

    Une offre multimédia pour « buller » en TGV

    D’après les études menées auprès de la clientèle TGV, le voyage est considéré comme « une bulle dans laquelle on a du temps pour soi », résume Béatrice Chavanel, directrice du programme Internet à bord des trains. L’idée de la box TGV est donc de l’occuper intelligemment. Depuis le 1er décembre, et progressivement jusqu’en janvier, les 52 rames du TGV Est proposent aux voyageurs des 1re et 2de classes munis d’un ordinateur portable de se connecter à l’Internet en Wifi et d’accéder à une centaine de contenus multimédias. Après près de trois ans de recherche et développement et quelques mois de tests en 2008, et aussi un investissement de quelque 40 millions d’euros, dont la moitié pour l’équipement technique des TGV (350 000 euros par rame), la SNCF se lance dans cette aventure à pas feutrés. « Nous avons besoin de cette expérimentation afin de mesurer l’appétit des clients », reconnaît Barbara Dalibard, directrice de la branche SNCF Voyages.

    Le choix du TGV Est est celui du pragmatisme : c’est la seule ligne à disposer d’un parc matériel 100 % dédié et qui est fréquentée par une clientèle extrêmement hétérogène. Ainsi, pas de mauvaise surprise, tous les trains proposeront l’offre multimédia et le bouquet de services à la fois à la clientèle professionnelle (actualités, cours de langue…) et à la clientèle familiale et loisirs (jeux pour les enfants, cours de cuisine, films, concerts…). Le portail propose aussi la géolocalisation et le suivi temps réel du trajet, offrant au passage des infos touristiques, la météo, l’horoscope… pour des prix variant de 0,49 à 5,49 euros. Le surf est lui facturé 4,99 l’heure et 9,99 le trajet, payable via un portefeuille virtuel qui se recharge par CB ou carte prépayée de 5 ou 10 euros vendues à la voiture-bar et dans les Relay.

    Avec un débit moyen par rame de 2 Mbit/s (descendant) et 512 kbit/s (montant), « c’est suffisant pour assurer la connexion à 20 % des voyageurs, alors que les études de marché indiquent qu’ils sont 10 à 15 % à être intéressés », précise Barbara Dalibard. Le bilan est prévu en septembre 2011, qui permettra de pérenniser ou non le service, voire de l’étendre au reste du réseau TGV. Les partenaires du projet – Orange Business Services pour l’ensemble, Capgemini pour les solutions logicielles et Alstom Transport pour les équipements Wifi et serveurs embarqués – ont opté pour une solution hybride, satellitaire et Wifi. Lorsque la visibilité du satellite est absente, c’est le Wifi qui prend le relais, notamment en gare.

    Comme dans les Thalys depuis mai 2008, les 12 millions de voyageurs annuels de la ligne pourront surfer ou se divertir à 320 km/h, sauf dans le tunnel des Vosges, et jusqu’en Allemagne, en Suisse et au Luxembourg. Une prouesse technologique a priori fiable… Cependant, le jour de l’avant-première, l’affluence de testeurs combinée aux chutes de neige ont donné beaucoup de fil à retordre au système…

  • Jean-Marie Bockel, président de Mulhouse Alsace Agglomération (m2A) : « On a planté le drapeau du tram-train »

    Jean-Marie Bockel, président de Mulhouse Alsace Agglomération (m2A) : « On a planté le drapeau du tram-train »

    VR&T : Le tram-train arrive. Pour vous, c’est la fin d’une aventure ?
    Jean-Marie Bockel : Sur le tram-train, j’ai été persévérant. On a été jusqu’au bout de cette démarche, dont j’avais eu l’intuition il y a quinze ans. Et s’il n’y avait pas eu cette intuition de tram-train, il n’y aurait jamais eu de tramway à Mulhouse ! VR&T : Le tram-train arrive. Pour vous, c’est la fin d’une aventure ?
    Jean-Marie Bockel : Sur le tram-train, j’ai été persévérant. On a été jusqu’au bout de cette démarche, dont j’avais eu l’intuition il y a quinze ans. Et s’il n’y avait pas eu cette intuition de tram-train, il n’y aurait jamais eu de tramway à Mulhouse ! Je suis content qu’on ait pu aller jusqu’au bout de la démarche, parce qu’on aurait pu s’arrêter en 2006 avec l’inauguration des deux premières lignes du tramway et dans la foulée la petite extension qu’on a faite en 2009. On a réussi à convaincre la région, qui est le principal investisseur et financeur du fonctionnement. C’est comme ça que les choses se sont déroulées : j’ai pris mon bâton de pèlerin, et je suis allé à convaincre [le président du conseil régional d’Alsace, ndlr], Adrien Zeller, à l’époque que ça serait une très belle opportunité pour la région, ce tram-train, même s’il avait un coût. L’objectif explique largement l’investissement qui a été fait, c’est un doublement du trafic sur cette ligne. Est-ce que la fréquentation sera au rendez-vous ? On ne le sait jamais à l’avance, mais jusqu’à présent, s’agissant en tout cas de ce tramway, nous avons toujours eu un retour de fréquentation supérieur à nos prévisions. Je pense que les prévisions de quasi-doublement de trafic sont des prévisions qui sont raisonnables et qui peuvent être tenues. C’est vrai que le tram-train donne toute sa pertinence à une démarche d’ensemble qui ne s’arrêtera pas là, etconstitue également pour l’agglomération mulhousienne, une troisième ligne de tramway, puisque cette ligne nouvelle qui longe la voie TER permettra d’avoir à la fois les trams-trains et les tramways urbains, jusqu’à Lutterbach.

     

    VR&T : Puisqu’on aborde le sujet du tramway urbain, quel bilan en tirez-vous ?
    J-M B. : Le bilan du tram est excellent. C’est la raison pour laquelle il y a de telles attentes, et il explique pourquoi le débat sur le report des extensions a été quelque peu difficile. On aurait eu ce débat il y a cinq ans avant la mise en service du tramway, je pense que ça n’aurait suscité
    aucune émotion. Mais là, comme tout le monde voit que le tramway est un succès, puisque tout le monde l’emprunte (et pas seulement les gens qui habitent le long des lignes), cela crée un désir, une attente. C’est un succès en termes de fréquentation, ce qui est quand même l’objectif premier d’un tramway, mais aussi en termes de rénovation urbaine. Il faut dire que cela a transformé la ville. Pas seulement d’un point de vue urbanistique, mais aussi d’un point de vue déplacements urbains. Prenez le principal croisement, Porte-Jeune : c’était un croisement de circulation automobile, presque une autoroute urbaine, à l’image de la ville telle qu’elle avait été redessinée dans les années 1950 et 60. On ne pouvait pas traverser ! Il y avait d’ailleurs un passage souterrain, que l’on a finalement supprimé parce que c’était devenu ingérable. Le tramway a profondément changé les habitudes de déplacements urbains. On était dans le tout automobile, et aujourd’hui l’automobile a retrouvé sa juste place. Il était impossible d’avoir une politique cyclable dans une ville qui avait été tellement redessinée pour l’automobile, et aujourd’hui la bicyclette – et bien sûr les aménagements qui vont avec – se développe à toute vitesse. Les cheminements piétons étaient interrompus par un trafic automobile dense. Aujourd’hui, le centre-ville a commencé à s’élargir, et il n’y a qu’à venir un jour de grande affluence pour voir que le tramway est parfois freiné par les piétons. Il y a eu, au-delà du succès même du tramway, un effet considérable sur les déplacements urbains.

     

    VR&T : Pourtant, les extensions vers Wittenheim et Illzach ont bien été reportées…
    J-M B. : Avant même d’aborder la question des extensions qui sont retardées, il faut d’abord regarder ce qui a été fait, les mises en service effectives, et ce n’est quand même pas rien ! D’autant que ce n’est pas seulement un investissement, mais c’est aussi un coût de fonctionnement relativement important. Et c’est aussi une manière de dire que, nonobstant la question des extensions reportées, cette agglomération qui à la fin de l’année n’aura pas encore un an est d’ores et déjà très fortement positionnée en termes de priorité budgétaire pour les transports publics. Le discours que certains ont pu tenir sur un recul ou sur un abandon ne résiste pas à l’analyse. Il n’en est pas moins vrai que nous avons pris la décision de renoncer au PPP sur les extensions des deux lignes déjà existantes. Ce renoncement au PPP n’est pas un abandon à tout jamais. Les études qui ont été faites et les propositions des candidats au PPP sont des matériaux qui nous seront utiles lorsque, la situation financière le permettant dans quelques années, nous pourrons reprendre ces extensions, et sûrement d’autres aussi. Tout ne se fera pas en un jour ! Mais ces extensions se feront vers le bassin potassique [Wittenheim et peut-être au-delà, ndlr], vers Illzach, et nous sommes d’ores et déjà intéressés par des extensions qui se feront également, quand ce sera possible, vers la zone franche urbaine au-delà des Coteaux vers l’ouest, du côté de la gare et de Riedisheim. Faire franchir les voies ferrées au tramway au moins jusqu’à Riedisheim, un jour, c’est une question qui se posera. Je ne donne pas de date. On pourra recommencer à réfléchir à la question dans le prochain mandat très certainement, mais pour une mise en oeuvre un peu plus tard. On a quand même quelques années pendant lesquelles il faudra que l’on assimile tout ça. Et pendant ce temps-là, l’amélioration du réseau
    de bus va se poursuivre. Rappelons que c’est un maillage : il n’y  pas que le tramway et le tram-train, il y a aussi le bus. On a également une réflexion sur d’éventuelles lignes express, à l’instar d’autres villes. Pour le moment, on est au stade des études, mais ça peut concerner le bassin potassique, entre autres.

     

    VR&T : Est-ce l’échec du PPP ?
    J-M B. : Je suis favorable aux PPP. Cela permet d’étaler la dépense dans une durée longue, et moralement c’est tout à fait justifié dans la mesure où il s’agit de projets pour les générations à venir. Mais l’inconvénient des PPP, c’est que c’est tout ou rien. C’est-à-dire qu’à partir du moment où l’on considère que la situation financière a changé, ce qui est le cas, et que ce n’est pas dans un contexte donné raisonnable de le faire, on peut justifier de l’arrêter, mais on ne peut pas dire « je n’en fais qu’un bout ». Là, c’est vrai que dans l’idéal on aurait pu imaginer faire un petit bout, faire 400 m par ci, une station par là, mais le PPP, c’est tout ou rien. Si j’avais la machine à remonter le temps, je dirais que pour la situation mulhousienne d’aujourd’hui, le PPP n’était pas la bonne solution. Mais à l’époque, on ne le savait pas ! On était dans un contexte différent, et on pensait que c’était la bonne solution pour faire d’un coup ce qui nous manquait.

     

    VR&T : Pensez-vous que Mulhouse fera école avec le tramtrain ?
    J-M B. : A l’origine, la SNCF ne voulait qu’un train-tram, c’est-àdire un train léger qui rentre dans la ville. Le fait que nous ayons réussi ce que Paris n’a pas réussi, c’est-à-dire d’avoir un partage entre des rames Soléa et des rames SNCF qui font tout le parcours, non pas une montée et une descente d’un agent à Lutterbach ça marque une évolution des esprits. La gageure du tram-train n’était pas uniquement technologique. On a planté le drapeau du tram-train. Mais toutes les villes qui ont des chemins de fer n’ont pas vocation à avoir un tram-train. Il faut plusieurs conditions, qui sont des conditions de population, de géographie ou de physique : il faut une configuration urbaine et périurbaine, il faut un existant préalable qui permette de rendre l’investissement raisonnable… Cela dit, un certain nombre de villes françaises et européennes s’intéresseront au modèle mulhousien, et j’en suis fier.

     

    VR&T : Mais la phase 2, jusque Kruth, semble bien incertaine, d’autant que m2A ne semble pas prête à s’investir davantage…
    J-M B. : Franchement, personne ne peut reprocher à l’agglomération mulhousienne un manque de solidarité avec les territoires alentour. Je rappelle que le tram-train va desservir, au-delà de m2A, Wittelsheim (une grosse commune de 10 000 habitants qui n’appartient à aucune intercommunalité), Cernay, Thann (avec deux  stations à Vieux-Thann et trois stations à Thann)… Cette desserte très importante sera cofinancée, pour l’investissement et le fonctionnement, par la région Alsace et m2A. On ne peut pas dire qu’on n’est pas dans une démarche de solidarité, alors que les territoires qui en bénéficieront n’ont pas de versement transport à l’heure actuelle, et donc n’ont pas de capacités contributives. Au-delà, on verra, à chaque jour suffit sa peine. Kruth, c’est pour l’instant sans date. Seul le succès avéré jusqu’à Thann d’ici quelques années pourra relancer, surtout avec l’encombrement routier de la vallée, l’idée d’aller jusqu’au bout. Mais, il y aura aussi une discussion financière. Et je vois mal m2A s’engager financièrement jusqu’en fond de vallée, d’autant, encore une fois, que les communes concernées n’ont pas de versement transport.
     

     

    VR&T : Et les extensions dont on a pu parler vers Altkirch ou Guebwiller ?
    J-M B. : C’est vraiment à la région Alsace de gérer le dossier. Il y a une réflexion sur Guebwiller, il peut y avoir des réflexions vers le sud… Pour le moment, confortons l’existant, vérifions que nos prévisions s’avèrent justes, confortons le tramway urbain – et ça sera notre priorité dès qu’on va recouvrer des marges de manoeuvre.  

     

  • Jean Rottner, maire de Mulhouse : « Le tram a structuré la ville »

    Jean Rottner, maire de Mulhouse : « Le tram a structuré la ville »

    VR&T : Quel bilan tirez-vous du tramway ?
    Jean Rottner : Jean-Marie Bockel a eu raison à l’époque. Le tramway a un effet structurant. Et il constitue la colonne vertébrale d’un projet de ville. VR&T : Quel bilan tirez-vous du tramway ?
    Jean Rottner : Jean-Marie Bockel a eu raison à l’époque. Le tramway a un effet structurant. Et il constitue la colonne vertébrale d’un projet de ville. Il a permis de replanter un cadre urbain assez fort, de donner du sens à certains quartiers et de les relier entre eux. Les deux lignes se croisent en plein centre-ville, et ont la particularité de relier l’ensemble de nos zones sensibles. Or les zones sensibles et la politique de la ville à Mulhouse, ça touche presque un habitant sur trois ! A côté de ce tram, il y a aussi depuis cinq ans une politique ambitieuse de renouvellement urbain, 260 millions d’euros conventionnés avec l’Anru. Nous avons une particularité ici : les quartiers anciens en centre-ville sont comparables aux quartiers que l’on retrouve en banlieue dans d’autres villes. Chez nous, la problématique sociale et celle de reconquête des quartiers passe par le centre-ville. Jean-Marie Bockel s’y est attaqué il y a cinq-six ans, en développant un certain nombre de politiques et de perspectives. On arrive dans certains quartiers à terme, et dans d’autres on finalise des choses qui vont se mettre en place dans les deux ou trois ans qui viennent. Il y a une politique de quartiers, une politique de transports, et une cohérence qu’il s’agit de redonner sur l’ensemble de la ville. Nous ne manquons pas d’ambition, et nous développons depuis quelque temps ce que l’on appelle le programme Mulhouse Grand Centre, qui va être proposé en concertation avec les Mulhousiens à partir de février 2011. C’est un projet d’aménagement du centre-ville dans lequel nous allons injecter plus de 30 millions d’euros pour les quatre ans qui viennent. Il a pour objectif de restructurer l’espace urbain, de redynamiser certaines friches commerciales, de travailler sur le logement et l’habitat, et de faciliter le stationnement et l’accessibilité au centre-ville. Nous allons agir sur ces quatre éléments, et cela viendra compléter ce qui s’est fait dans les autres quartiers et ce qui se fait du côté de la gare.

     

    VR&T :Faciliter le stationnement et l’accessibilité en voiture au centre-ville, dites-vous ?
    J.R. : Je plaide pour une complémentarité des différents modes de transport et pour un renforcement de nos parkings-relais, qui sont encore sous-exploités. Je veux aussi qu’on puisse arriver de manière simple et claire en voiture sur le centre-ville. Il ne s’agit certainement pas d’opposer un mode à l’autre, mais de rendre l’ensemble de ces moyens de transport complémentaires. On peut aussi parler du vélo et des chemins piétonniers. Chacun a des utilisations particulières ; c’est plutôt à nous d’organiser la ville pour qu’elle puisse être bien vécue par tous.

     

    VR&T : Revenons au tramway. m2A a récemment renoncé à construire les extensions prévues…
    J.R. : Déjà, j’attire votre attention sur la création de la ligne 3, vers Lutterbach. Pour les extensions, il faut pouvoir mener un projet de cette ampleur. Nous avons estimé, compte tenu des incertitudes budgétaires qui pèsent aujourd’hui sur les collectivités, qu’il était prudent d’attendre et de ne pas peser sur notre capacité de faire. Cela dit, il y a des éléments structurants pour le tramway. Bien sûr, il y a l’extension vers le nord, vers Kingersheim et Wittenheim, qui est une extension tout à fait naturelle. Par contre, de l’autre côté de la ligne 2, sur les Coteaux, il faudra aller du côté de la zone d’activité de la Mer-Rouge ou du parc des Collines. Enfin, il y a le quartier DMC, une zone de 75 ha où tout est à réinventer. Pour l’instant, c’est une cité interdite qui est aussi grande que le centre-ville et où nous sommes en train de créer le Mulhouse de demain, avec des bâtiments monumentaux superbes qui font 232 m de long, 34 m de large, ont quatre étages et qui sont porteurs d’une nouvelle vision qu’on peut avoir de la ville, à l’échelle de ce qui s’est créé à Fribourg avec l’écoquartier Vauban. La nouvelle ligne 3 et le tram-train passent à proximité. Il y a déjà une gare, qu’on va appeler Dornach DMC pour bien signifier l’importance de ce quartier. C’est un enjeu majeur. Et une branche du tram pourrait y conduire à l’avenir.

  • Ouverture prochaine du second tronçon de la ligne Arex entre Séoul et ses aéroports

    Le second tronçon, long de 20,4 km, de la ligne dite Arex reliant le premier aéroport de Séoul, à Gimpo, et la gare ferroviaire de la capitale coréenne entrera en service le 29 décembre prochain. Il fait suite au premier tronçon de 37,6 km entré en exploitation en 2007 entre Gimpo et l’autre aéroport de Séoul, situé à Incheon. Cette mise en service mettra ce dernier à 43 minutes de la gare ferroviaire de Séoul, où les passagers bénéficieront d’un service d’enregistrement et de passage en douane. La fréquence prévue est d’un train toutes les 6 minutes. En 2013, des KTX circuleront sur la ligne Arex, réduisant le trajet complet Incheon – gare de Séoul à 30 minutes, et offrant la possibilité de dessertes à grande vitesse directes entre les aéroports d’Incheon et de Gimpo et les autres grandes villes du pays : Busan, Daegu, etc. Pour mémoire, la ligne Arex, construite par un consortium où figuraient notamment Hyundai-Rotem et Alstom, est exploitée par la Korail Airport Railroad Co, dont l’opérateur national Korail est actionnaire à 88 %.

  • Macquarie veut se développer dans le transport en France

    La banque australienne Macquarie entend se développer en France dans les secteurs du transport et de l’énergie, a annoncé le 22 novembre Bruno Angles, directeur général de Macquarie en France. « Nous souhaitons poursuivre notre développement en France dans le secteur du transport (autoroutes, aéroports, ferroviaire, ports) et de l’énergie », a-t-il expliqué. Macquarie est surtout connu en France comme propriétaire, avec le groupe de BTP Eiffage, de la quasi-totalité du capital des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône, deuxième réseau autoroutier français (2 234 km) entre Paris, Lyon, les Alpes et le sud de l’Alsace. Si l’Etat français cédait, comme annoncé, toute ou partie de sa participation dans la gestion des aéroports régionaux de Nice, Lyon, Toulouse, Bordeaux et Montpellier, Macquarie pourrait être intéressé par leur gestion. La banque qui entend dépenser au minimum un « ticket » de 50 millions d’euros pour entrer dans une société, peut compter sur les trois fonds européens qu’il a lancé (7,4 milliards d’euros levés).

  • Israël lance un appel d’offres pour un TGV à destination d’Eilat

    Le 22 novembre, le ministère des Transports israélien a publié un appel d’offres pour construire une voie ferrée vers la cité balnéaire d’Eilat, au bord de la Mer Rouge. Le ministre en charge du dossier, Israël Katz, a affirmé vouloir mettre en place un partenariat public-privé afin de mener rapidement à terme ce projet. Ce TGV qui devra traverser le désert du Néguev n’a rien de comparable avec le nôtre puisqu’il ne dépassera pas les 170 km/h. Ce train aurait aussi une mission écologique puisqu’il devrait pouvoir prendre en charge les véhicules personnels et les marchandises.

  • Transdev rachète Greentomatocars

    Transdev renforce son offre de service multimodal au Royaume-Uni en achetant la Greentomatocars, spécialisée dans le transport à la demande dans le Grand Londres (la société est basée à Brentford) et qui exploite notamment plus de voitures hybrides 100 Toyota Prius. Son système de réservation centralisé en ligne ou par l’intermédiaire d’une plateforme téléphonique, et son suivi en temps réel apportent une qualité de service optimal, estime Transdev. Depuis sa création en 2006, Greentomatocars a enregistré une croissance spectaculaire, partant de 4 véhicules au départ, sa flotte est aujourd’hui de 120. Transdev entend par cette acquisition étendre son savoir-faire en matière de gestion de flotte de véhicules hybrides légers et réaffirmer sa responsabilité environnementale. Présent au Royaume-Uni depuis 1997, le groupe gère aujourd’hui 11 réseaux, plus de 1 700 véhicules et transporte 295 millions de voyageurs par an.